
Aoun à Washington: la meilleure chance depuis une génération de retrouver la souveraineté

Pour la première fois depuis 2009, un président libanais a franchi cette semaine les portes de la Maison-Blanche non pas en solliciteur venu quémander qu'on se souvienne de lui, mais en dépositaire d'un plan. Mardi, le président Joseph Aoun s'est assis face à Donald Trump et lui a remis une proposition écrite: une feuille de route pour démanteler l'arsenal du Hezbollah, regrouper toutes les armes du pays sous l'autorité exclusive de l'État libanais et, en contrepartie, obtenir un retrait israélien du territoire que l'armée israélienne occupe encore dans le sud.
Trump, de son côté, a adopté un ton presque paternel. «Nous nous sentons très bien à l'égard du Liban», a-t-il déclaré aux journalistes, ajoutant que le pays avait été «très mal traité» et méritait d'être «traité avec le respect qui lui est dû». Il a reconnu, dans la même phrase, qu'«il y a un problème Hezbollah» — comme s'il diagnostiquait, en une seule formule, à la fois la tragédie du Liban et sa chance.
Il serait facile de ne voir dans cette visite qu'un symbole habillé en substance — une opération de communication pour un président soucieux de montrer aux électeurs libanais comme aux bailleurs du Golfe que Beyrouth a de nouveau des amis à Washington.
Il serait facile, aussi, de n'y voir qu'un chapitre de plus dans la longue histoire des émissaires américains et des accords-cadres qui ont beaucoup promis et peu tenu.
Mais cette lecture passerait à côté de ce qui est réellement nouveau ici, et de ce qui est réellement en jeu.
Pour la première fois depuis des décennies, c'est l'État libanais — non pas une milice, non pas un parrain étranger, non pas un seigneur de guerre confessionnel — qui se présente à la table avec un plan qui lui appartient en propre. Que ce plan réussisse ou non déterminera si le Liban passera la prochaine génération en pays souverain, ou s'il restera, comme depuis cinquante ans, un champ de bataille loué aux guerres des autres.
Un président sans milice, mais avec une armée
La biographie même de Joseph Aoun est indissociable de l'épisode qui se joue aujourd'hui à Washington. Il a été élu président le 9 janvier 2025, mettant fin à une vacance paralysante de deux ans durant laquelle le Parlement avait échoué à douze reprises à élire un chef d'État.
Il est arrivé au palais de Baabda non pas en chef de parti ou en héritier dynastique, mais en commandant sortant de l'armée libanaise — un choix orchestré, pour une bonne part, par un intense lobbying de Washington et de Riyad, qui voyaient tous deux en Aoun une figure rare, jouissant de la confiance de l'ensemble des communautés du pays et vierge des jeux de milices qui ont vidé l'État libanais de sa substance depuis la guerre civile.
Son élection était elle-même un symptôme de l'affaiblissement du Hezbollah: meurtri par quinze mois de guerre contre Israël, privé de son secrétaire général Hassan Nasrallah et d'une grande partie de son commandement, et voyant son parrain iranien absorbé par ses propres difficultés, le parti ne pouvait plus, comme il l'avait fait pendant deux ans, bloquer un président qu'il ne contrôlait pas entièrement.

Ce contexte compte énormément pour comprendre ce qui s'est passé cette semaine. Aoun ne s'est pas rendu à Washington en médiateur faisant la navette entre le Hezbollah et Israël. Il y est allé en chef d'État élu d'un pays qui, pour la première fois depuis deux générations, tente d'agir comme tel — en affirmant un monopole sur l'usage légitime de la force, principe si élémentaire à la notion même d'État qu'il n'avait guère eu besoin d'être énoncé au Liban depuis cinquante ans tant son absence allait de soi, et dont la réaffirmation est aujourd'hui si remarquable qu'elle est devenue le fait central de la vie politique libanaise.
L'accord-cadre trilatéral et les clauses cachées de la souveraineté
Cette visite ne s'est pas produite dans le vide. Le 26 juin, au terme de cinq rounds de pourparlers indirects et directs organisés sous l'égide de Washington, les représentants libanais et israéliens ont signé ce que l'on appelle désormais l'Accord-cadre trilatéral — le premier accord de quelque nature que ce soit entre les deux États depuis l'éphémère accord de paix de 1983, qui s'était effondré sous la pression syrienne et intérieure moins d'un an après sa signature.
Signé par les ambassadeurs des deux pays à Washington en présence du secrétaire d'État américain Marco Rubio, cet accord en quatorze points engage les deux parties, « avec le plein soutien des États-Unis », à œuvrer à mettre fin à l'état de conflit qui les oppose, à garantir leur souveraineté et leur sécurité mutuelles, et, à terme, à normaliser leurs relations.
Les responsables libanais ont pris soin — la précaution s'imposait, tant le mot «normalisation» demeure explosif dans la vie politique libanaise — de le présenter comme un cadre de sécurité et de souveraineté plutôt que comme un traité de paix. Mais sa logique ne pointe que dans une seule direction.
Ce sont les mécanismes de l'accord qui devraient retenir l'attention de Beyrouth, car ils en révèlent à la fois les promesses et les limites. L'accord n'oblige pas Israël à se retirer de la bande de territoire libanais qu'il occupe depuis le cessez-le-feu ayant mis fin à la guerre de novembre 2024. Il crée à la place ce que l'on appelle des «zones pilotes»: deux périmètres limités — l'un au sud du fleuve Litani mais en dehors de la zone de sécurité israélienne initiale, l'autre une petite bande au nord du Litani, à l'intérieur de cette zone — où les forces israéliennes se retireraient en échange d'un déploiement vérifié de l'armée libanaise et du démantèlement de toute infrastructure militaire du Hezbollah qui s'y trouverait.
C'est dans l'une de ces zones pilotes, la localité de Zawtar el-Gharbiyeh, que les troupes libanaises sont entrées le jour même de la rencontre entre Aoun et Trump, aux côtés de Froun et Srifa, les deux autres villages couverts par cette première phase. Le message, délibérément calculé, était clair: l'État bouge quand il dit qu'il va bouger, et c'est l'armée — non une quelconque faction armée — qui en est l'instrument.
C'est ce plan qu'Aoun a apporté dans le Bureau ovale: une offre visant à accélérer et à élargir ce modèle, appuyée par une proposition écrite sur le démantèlement de l'arsenal restant du Hezbollah, en échange d'une pression de Trump sur le Premier ministre Benjamin Netanyahou pour élargir le retrait au-delà des deux zones pilotes symboliques et honorer pleinement les termes initiaux du cessez-le-feu.
Trump a notamment déclaré qu'il serait disposé à s'adresser directement au Hezbollah si Aoun le lui demandait — une offre qui, quelle que soit sa valeur pratique, signale une Maison-Blanche plus investie dans la stabilisation du Liban qu'elle ne l'a été depuis la présidence de George W. Bush.
La ligne rouge de Netanyahu, et pourquoi elle ne doit pas dicter les conditions du Liban
Si les ambitions de l'État libanais ont un plafond, c'est actuellement en Israël qu'il est fixé. En visite auprès des troupes stationnées dans la bande occupée du sud du Liban, quelques semaines avant le voyage d'Aoun, Netanyahu n'a laissé planer aucune ambiguïté: les forces israéliennes «ne quitteront pas le sud du Liban tant que la menace ne sera pas éliminée», une formule qui ne lie le retrait ni à un calendrier ni à la souveraineté libanaise, mais au seul jugement unilatéral d'Israël sur le moment où le Hezbollah aura été suffisamment désarmé.
Il a continué d'autoriser des frappes quasi quotidiennes en territoire libanais, que Beyrouth considère comme une violation flagrante du cessez-le-feu, et les forces israéliennes continuent d'occuper ce que l'on appelle désormais les «cinq collines», des hauteurs situées juste à l'intérieur du territoire libanais, que le Hezbollah, et de plus en plus le gouvernement libanais lui-même, citent comme la preuve la plus concrète que c'est Israël, et non le Hezbollah, qui viole aujourd'hui le cœur même du marché conclu par le cessez-le-feu de novembre 2024.
Le constat mérite qu'on s'y attarde, car il met au jour l'asymétrie inconfortable qui traverse l'ensemble du projet de désarmement. On demande à l'État libanais d'accomplir une tâche concrète, vérifiable et séquencée — collecter et détruire tout un arsenal non étatique constitué en quatre décennies — selon un calendrier politique fixe, tandis que l'obligation réciproque d'Israël, le retrait, demeure otage d'une évaluation israélienne de la menace, subjective et indéfiniment révisable. L'évaluation d'Amnesty International sur l'accord-cadre a été sans détour à cet égard, le qualifiant d'accord qui «trahit les victimes de crimes de guerre» en omettant d'assortir d'un quelconque mécanisme de reddition de comptes la poursuite des frappes israéliennes contre des civils libanais, alors même qu'il exige un désarmement unilatéral côté libanais.
Rien de tout cela ne plaide contre le désarmement — bien au contraire. Cela plaide pour que l'État libanais, et ses amis à l'étranger, exigent que les obligations de l'accord-cadre s'exercent dans les deux sens, et que le levier dont dispose Washington sur Netanyahu — que Trump a prouvé cette semaine être disposé à actionner — soit généreusement employé à obtenir le retrait des « cinq collines » et la fin des frappes, et non simplement à sermonner Beyrouth sur les échéances.
La formule qu'Aoun a employée devant ses interlocuteurs américains — selon laquelle seul Trump dispose du levier nécessaire pour faire bouger Netanyahu — n'est pas une figure de style.
C'est le constat exact de l'endroit où réside le pouvoir réel dans cette équation, et c'est une manière implicite d'exiger que Washington s'en serve.
Le refus du Hezbollah, et le terrain qui se dérobe sous ses pieds
Sans surprise, le Hezbollah n'a rien accepté de tout cela. Dans les jours qui ont précédé le départ d'Aoun pour Washington, le secrétaire général Naïm Qassem a livré l'une de ses interventions publiques les plus tranchantes, qualifiant l'accord-cadre de juin de «nul et non avenu», d'«humiliation» et d'accord rédigé «entièrement en faveur d'Israël».
Il a exhorté Aoun à l'abandonner purement et simplement et à ne poursuivre que des négociations indirectes, insistant sur le fait que «la priorité est de restaurer la souveraineté et de faire cesser la présence israélienne», une formule qui inverse le séquençage même retenu par le gouvernement, et qui reviendrait, dans les faits, à accorder au Hezbollah un droit de veto indéfini sur le monopole étatique des armes, en conditionnant le désarmement à un retrait israélien que le maintien même de son propre armement offre à Israël tous les prétextes pour retarder.

Il faut nommer le double piège que le Hezbollah tente ici de construire, car il constitue la véritable bataille rhétorique de tout le débat sur le désarmement.
Le parti affirme qu'il ne désarmera pas tant que des troupes israéliennes resteront en sol libanais. Israël affirme qu'il ne se retirera pas tant que le Hezbollah restera armé.
Ces deux positions peuvent être sincèrement tenues, et toutes deux servent, commodément, à repousser indéfiniment la véritable épreuve de souveraineté que le Liban attend depuis que l'accord de Taëf, en 1989, a promis — sans jamais la tenir — la dissolution de toutes les milices.
La tâche du gouvernement libanais — et c'est tout à l'honneur d'Aoun que son gouvernement ait commencé à le comprendre — consiste à briser ce cercle plutôt qu'à l'arbitrer, en démontrant, par les déploiements dans les zones pilotes, que l'État peut étendre son autorité de bonne foi indépendamment de la coopération du Hezbollah, et en se servant de cette bonne foi démontrée pour obtenir, par l'entremise de Washington plutôt que par celle de l'arsenal du Hezbollah, une réciprocité israélienne réelle et vérifiable.
Certains signes indiquent que ce cercle se fissure déjà, et que le Hezbollah le sait. Lorsque le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi est arrivé à Beyrouth au début de l'année, porteur, selon plusieurs sources, de liquidités destinées au parti, les autorités libanaises auraient bloqué l'entrée de ces fonds, un épisode mineur mais révélateur, qui aurait été impensable dans l'économie politique libanaise il y a trois ans à peine, quand les circuits reliant le Hezbollah à Téhéran fonctionnaient en toute impunité.
Araghchi en est venu depuis à affirmer, avec diplomatie, que l'Iran «soutient toute décision prise par le parti» mais «n'intervient pas», un recul calculé par rapport à l'époque où les officiels iraniens présentaient l'arsenal du Hezbollah comme un élément de dissuasion régionale non négociable.
Aoun, de son côté, s'est montré d'une franchise inhabituelle en retour, affirmant devant ses interlocuteurs que les décisions du Hezbollah relèvent en dernier ressort de Téhéran, et déclarant, en des termes qu'il aurait été périlleux pour tout président libanais de prononcer il y a dix ans, que «personne ne négocie en notre nom».
L'Axe de la résistance, affaibli par la chute du régime Assad en Syrie, par la décapitation du commandement du Hezbollah par Israël, et par les propres préoccupations de l'Iran happé par ses propres conflits, n'est tout simplement plus la force qu'il était lorsque la dernière tentative de désarmement avait échoué en 2006.
Rien ne garantit le succès cette fois-ci. Mais l'équilibre des contraintes a basculé, pour la première fois depuis des décennies, en faveur de l'État.
Le Hezbollah et son parrain iranien se trouvent, plus largement, dans une position nettement affaiblie à l'échelle régionale. L'affrontement américano-iranien dans le Golfe met à rude épreuve les ressources financières et militaires que Téhéran peut allouer à ses relais régionaux, tandis que l'armée syrienne a renforcé sa surveillance le long de la frontière, étendant sa présence dans les zones frontalières et fermant les points de passage illégaux et les tunnels de contrebande qui servaient autrefois à réapprovisionner le Hezbollah.
Cet effort étrangle le parti sous un autre angle: son stock de missiles, de drones et de munitions a déjà été considérablement réduit par les frappes israéliennes et des mois de combats, et la fermeture du corridor syrien complique la reconstitution de ce qui a été perdu, tout en tarissant les circuits de financement qui transitaient autrefois par Damas.
Enfin, les destructions infligées au sud du Liban, et les centaines de milliers de personnes qu'elles ont déplacées, ont érodé le soutien au Hezbollah au sein même des communautés qu'il prétend défendre, un coût politique et moral qui pourrait s'avérer plus difficile à inverser que n'importe quelle perte militaire.
L'argent du Golfe, et le levier qu'il achète
Si Washington fournit la force diplomatique de ce processus, le Golfe en fournit la logique économique, avec une franchise que les élites libanaises d'une génération antérieure, habituées à un mécénat golfique s'accompagnant de peu de conditions, ont trouvée déconcertante.
L'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Koweït ont dit directement à Aoun et au Premier ministre Nawaf Salam que les fonds de reconstruction et d'investissement seraient conditionnés à un plan de désarmement assorti d'un calendrier précis, et non à une simple aspiration vague.
Tom Barrack, l'émissaire de l'administration Trump pour la région, a décrit cet arrangement en des termes presque transactionnels: les gouvernements du Golfe, dit-il, ont fait savoir à Beyrouth que «si vous faites ces choses-là, nous viendrons dans le sud du Liban, et nous financerons une zone industrielle, la rénovation et des emplois».
L'Arabie saoudite et le Qatar, dans cette logique, investiraient directement dans le sud une fois les armes du Hezbollah disparues, transformant ce territoire même, qui a hébergé pendant quatre décennies les infrastructures d'une milice, en vitrine de ce à quoi pourrait ressembler économiquement un Liban désarmé et placé sous le contrôle de l'État.

L'ampleur de ce qui est ainsi suspendu dans l'attente du désarmement n'est pas anodine. L'évaluation rapide des dommages et des besoins de la Banque mondiale chiffre les besoins totaux de reconstruction et de relèvement du Liban après la guerre de 2024 à environ 11 milliards de dollars, dont 4,6 milliards de dollars de dommages pour le seul secteur du logement, et 3,4 milliards de dollars de pertes supplémentaires pour le commerce, l'industrie et le tourisme.
L'économie libanaise, déjà exsangue depuis l'effondrement financier de 2019, s'est contractée de 7,1 % supplémentaires en 2024 du fait de la guerre.
Washington aurait approuvé une enveloppe de 230 millions de dollars spécifiquement destinée à soutenir les opérations de désarmement menées par l'armée libanaise, et une conférence internationale plus large sur le soutien aux forces armées libanaises — attendue dans les mois à venir — doit permettre de coordonner le financement qui donnera à l'armée les moyens d'être réellement la force capable d'imposer le monopole étatique des armes, et non simplement de le proclamer.
C'est là, en somme, le dispositif incitatif que l'État libanais n'avait jamais eu jusqu'ici à sa disposition: une coalition internationale crédible et bien dotée, prête à financer concrètement les bénéfices du désarmement, et non simplement à l'exiger en paroles.
Cela donne à Beyrouth quelque chose à offrir aux communautés sceptiques du sud, ces villes et villages chiites qui ont hébergé les infrastructures du Hezbollah pendant une génération, et qui devront constater un développement tangible, et non de simples leçons étrangères sur la souveraineté, pour que la présence de l'État y soit perçue comme une amélioration réelle plutôt que comme une occupation sous un autre nom.
L'argent seul ne dissoudra pas quatre-vingts ans de méfiance confessionnelle. Mais sans lui, aucun gouvernement libanais ne pourrait raisonnablement demander au sud d'échanger un parrain armé familier contre une promesse de protection étatique encore jamais éprouvée.
L'ONU se retire à mesure que l'État s'avance
Un autre basculement structurel mérite l'attention, car il redessinera l'architecture sécuritaire du sud du Liban quelle que soit l'issue des pourparlers sur le désarmement: le Conseil de sécurité des Nations unies a voté la fin de la FINUL, la mission de maintien de la paix qui patrouille la frontière libano-israélienne depuis 1978, dont le mandat et les opérations doivent s'achever à la fin de 2026.
Pendant près de cinquante ans, la FINUL a été à la fois indispensable et insuffisante, une présence d'observation dépourvue du mandat comme de la puissance de feu nécessaires pour désarmer réellement le Hezbollah, mais dont les casques bleus ont offert un tampon diplomatique et un regard reconnu internationalement sur une frontière volatile.
Son retrait fait disparaître ce tampon au moment précis où l'on demande à l'armée libanaise d'assumer la pleine responsabilité d'un territoire que la FINUL contribuait autrefois à surveiller.
Lue avec cynisme, cette décision pourrait ressembler à la communauté internationale se lavant les mains d'un problème qu'elle a géré sans le résoudre pendant un demi-siècle, laissant Beyrouth seul face à la supériorité militaire israélienne et aux capacités résiduelles du Hezbollah.
Lue avec davantage d'optimisme — et c'est l'optimisme que semble adopter le gouvernement d'Aoun —, le retrait de la FINUL agit comme un mécanisme de mise en demeure, une échéance ferme qui ne laisse plus à l'armée libanaise la possibilité de demeurer un partenaire subalterne dans le sud de son propre pays.
Laquelle de ces deux lectures s'avérera juste dépendra presque entièrement de la question de savoir si le financement et la formation internationaux promis en accompagnement du désarmement se concrétiseront selon le calendrier dont l'armée a besoin, plutôt que selon celui qui arrange les cycles budgétaires étrangers.
Ce que requiert réellement la restauration de l'État
Il convient de préciser ce que signifie «restaurer l'État libanais» dans ce contexte, car l'expression est invoquée par chaque camp à Beyrouth à des fins différentes, souvent contradictoires.
Cela ne signifie pas simplement déployer des soldats dans des villages autrefois contrôlés par le Hezbollah, même si c'est là une première étape nécessaire, celle-là même qui est en cours dans les zones pilotes.
Cela signifie, plus fondamentalement, rétablir le principe constitutionnel — inscrit dans l'accord de Taëf il y a trente-six ans et jamais appliqué — selon lequel l'État libanais détient seul le monopole légitime de la violence organisée sur son territoire.
Toutes les autres crises non résolues de la gouvernance libanaise, de la paralysie des gouvernements successifs à l'incapacité du pays à mener une politique étrangère indépendante, en passant par l'effondrement de son secteur bancaire, renvoient d'une manière ou d'une autre à l'existence d'un acteur armé non étatique plus puissant que l'armée censée répondre de l'autorité civile élue.
Le gouvernement d'Aoun, et le cabinet du Premier ministre Salam à ses côtés, ont fait le pari calculé que le moment est enfin venu de faire appliquer ce principe, non par le type d'affrontement qui a plongé le Liban dans la guerre civile en 1975 ou amené les hommes en armes du Hezbollah dans les rues de Beyrouth en mai 2008, mais par une séquence négociée, garantie sur le plan international et incitée sur le plan économique, qui offre à ce qu'il reste de la base du Hezbollah une porte de sortie honorable, et aux communautés chiites du sud un intérêt tangible dans la réussite de l'État.

C'est un pari fondé sur une lecture honnête du rapport de forces régional: un Hezbollah privé de ses principaux commandants et d'une grande partie de son arsenal par la campagne israélienne de 2024, un Iran absorbé par ses propres confrontations et incapable de réapprovisionner ou de reconstituer le parti comme il le faisait autrefois, un régime syrien qui n'offre plus au Hezbollah le corridor logistique dont il dépendait depuis des décennies, et un bloc formé par les États-Unis et le Golfe plus disposé qu'à aucun moment depuis 2006 à investir un véritable capital diplomatique et financier dans la construction de l'État libanais, plutôt que de se contenter d'endiguer le chaos libanais.
Rien de tout cela ne rend le succès inéluctable. Le Hezbollah conserve un arsenal encore considérable, une base politique dévouée, et a démontré en 2008 sa disposition à retourner ses armes contre d'autres Libanais lorsqu'il a jugé sa position existentiellement menacée.
La conduite même d'Israël — la poursuite de l'occupation des cinq collines, les frappes quasi quotidiennes, la conditionnalité sans terme fixé par Netanyahu sur le retrait, donne à l'argument du Hezbollah, selon lequel on demande au Liban de désarmer unilatéralement dans le vide, un ancrage réel, et non simplement rhétorique, auprès de Libanais qui pourraient sans cela soutenir le projet de l'État.
Et l'armée libanaise, aussi professionnalisée soit-elle et quelle que soit la confiance dont elle jouit par-delà les clivages confessionnels, demeure sous-équipée et sous-financée pour assumer à la fois la sécurisation du sud, la tenue de la ligne face aux incursions israéliennes et le maintien de l'ordre intérieur, ce qui explique précisément pourquoi la conférence de financement et l'enveloppe américaine de 230 millions de dollars comptent tout autant que n'importe quel communiqué émanant du Bureau ovale.
Le pari qu'il faut faire sur Beyrouth
Ce qu'il ne faut pas perdre de vue, au milieu de ces obstacles bien réels, c'est la rareté de cette configuration dans l'histoire contemporaine du Liban. Il est difficile d'identifier un autre moment, depuis l'accord de Taëf, où un chef d'État libanais s'est rendu à Washington porteur de son propre plan écrit plutôt que de recevoir un plan qui lui était dicté; où les capitales du Golfe ont conditionné leur aide à la souveraineté plutôt que de simplement financer des parrains confessionnels rivaux, comme elles l'ont fait tout au long des années 1990 et 2000; où le parrain régional du Hezbollah a été aussi contraint; et où une administration américaine s'est montrée disposée, comme Trump l'a fait cette semaine en proposant de dialoguer personnellement avec le Hezbollah et en s'engageant à faire pression sur Netanyahu, à investir un capital politique au nom de l'État libanais plutôt que de traiter le Liban comme un théâtre secondaire de la confrontation israélo-iranienne.
Notre conviction est que les amis du Liban, à Washington, dans le Golfe, et parmi les Libanais ordinaires épuisés par cinquante années passées à vivre à l'intérieur des guerres des autres, devraient traiter cette configuration pour ce qu'elle est: non pas une garantie, mais une véritable fenêtre d'opportunité, et une fenêtre qui ne restera pas ouverte indéfiniment.
La position régionale de l'Iran pourrait se stabiliser. L'attention du Golfe pourrait se porter sur d'autres priorités. Les administrations américaines changent, et avec elles l'investissement personnel qu'un président donné consent à l'égard d'un petit pays méditerranéen de six millions d'habitants. Le gouvernement de Netanyahu pourrait juger qu'une occupation indéfinie comporte, sur le plan de la politique intérieure, un coût moindre qu'un retrait négocié. N'importe lequel de ces basculements pourrait refermer la fenêtre qui, pour l'instant, reste ouverte.
Ce dont les institutions de l'État libanais ont le plus besoin en ce moment n'est ni un nouveau document-cadre ni une nouvelle poignée de main photographiée, aussi bienvenus soient-ils l'un et l'autre.
Elles ont besoin que l'armée libanaise soit correctement dotée en moyens pour étendre le modèle des zones pilotes à l'ensemble du sud du Litani, selon un calendrier compté en mois plutôt qu'en années.
Elles ont besoin que Washington traite la réciprocité israélienne — un retrait réel des cinq collines, la fin des frappes en territoire libanais, le respect des termes réels du cessez-le-feu — comme un objectif tout aussi urgent que le désarmement du Hezbollah, et non comme une considération secondaire à négocier une fois que Beyrouth aura déjà cédé son principal levier.
Elles ont besoin que le financement de la reconstruction promis par le Golfe parvienne au sud assez rapidement pour que les communautés qui y vivent perçoivent le retour de l'État comme une amélioration tangible de leur quotidien, et non comme la simple substitution d'un groupe d'hommes armés à un autre.
Elles ont besoin que l'on offre à ce qu'il reste de la base du Hezbollah, de manière constante et crédible, une place au sein d'un État libanais fonctionnel, plutôt que de la traiter uniquement comme un problème sécuritaire à résoudre par la force.
Et, enfin, elles ont besoin d'une réforme radicale du système politique et juridique confessionnel libanais, qui a failli, une réforme qui sème les germes d'une nation plaçant l'identité nationale au-dessus des allégeances et des divisions confessionnelles inscrites dans son ordre constitutionnel depuis 1943, et qui permette l'émergence d'une nouvelle classe politique déterminée à faire du Liban un État fonctionnel chez lui et un partenaire fiable à l'étranger.
Rien de tout cela n'est garanti par une poignée de main dans le Bureau ovale. Mais pour un pays qui a passé un demi-siècle à s'entendre dire que sa souveraineté était l'otage des calendriers des autres — syrien, israélien, iranien, et souvent celui de ses propres factions —, voir un président libanais franchir les portes de la Maison-Blanche avec son propre plan, plutôt qu'avec une demande d'en recevoir un, n'est pas rien.
C'est le premier véritable test, depuis une génération, permettant de savoir si l'État libanais peut enfin devenir le seul acteur armé dans sa propre maison. Le Liban, et la région qui l'observe, passeront les prochains mois à découvrir si l'État est enfin en mesure de réussir cette épreuve.