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Portrait de l'auteur
Par Michel Hajji Georgiou
Publié sept. 6, 2026 - 13:31
Le joueur argentin, qui a mis fin à sa carrière internationale le 31 août 2026, n’était rien moins qu’un prestidigitateur des stades. Son parcours, fait de prodiges, de chutes et de rédemption, dit peut-être quelque chose de notre besoin intact d’enchantement dans un monde qui prétend pourtant s’en être défait. Annoncée quelques semaines après la finale de Coupe du monde 2026 perdue contre l’Espagne, la retraite internationale de Lionel Messi n’a pas été sans provoquer une émotion dont il est difficile de trouver beaucoup d’équivalents dans l’histoire récente du football. Il faudrait sans doute remonter à Maradona, ou encore à Cruyff ou Pelé, pour retrouver cette sensation qu’avec le retrait d’un joueur disparaît quelque chose qui excède très largement le sport lui-même, comme si une certaine manière d’habiter le football, sinon même d’y croire, arrivait, elle aussi, à son terme. Loin des glacis de la raison Las des interminables statistiques et des insupportables querelles, fastidieuses et stériles, autour de «qui est le meilleur de tous les temps». L’auteur de ces lignes n’a jamais été un fanatique de ballon rond, ni des classements verticaux ou d’une hiérarchie du mérite en général, et, partant, apprécie le talent de chaque joueur avec le même regard émerveillé d’un enfant de 11 ans. Du reste, cette obsession particulièrement contemporaine des chiffres gâche tout le plaisir du spectacle. Et pour cause: la démarche qui consiste à additionner les buts, les passes décisives, les Ballons d’or, les Ligues des champions, les Copa América, les Coupes du monde… ne peut être que réductrice. Elle n’est pas sans évoquer, sur un autre registre, la critique développée par le philosophe germano-américain Eric Voegelin de la tentation gnostique moderne: celle d’un savoir persuadé de pouvoir enfermer la réalité dans un système et abolir ce qui lui résiste. Les records sont probablement un indicateur du génie de Lionel Messi. Mais tant d’autres grands joueurs qui ont fait vibrer les stades et les cœurs, qui n’ont pas réalisé la moitié de ses exploits, restent pourtant éternels dans les mémoires. Ce qui les a rendus véritablement singuliers se trouve ailleurs, loin des glacis de la raison. Quelque chose d’autre s’est joué autour d’eux. Quelque chose qui relève d’un certain sens profond de la transcendance, que l’entendement ne saurait pleinement saisir. C’est le cas de Lionel Messi pendant plus de vingt ans, depuis le jour où, sous les regards de «l’icône» Diego Maradona, il faisait sa toute première entrée, en juin 2006, dans l’arène de la Coupe du monde sous les couleurs de l’Albiceleste contre la Serbie-Monténégro. Or cet élément indicible qui fait le génie de Messi, comme pour d’autres, touche peut-être à l’un des paradoxes les plus curieux de la modernité: la persistance de la magie dans un monde qui s’est précisément construit contre elle. Le monde désenchanté Max Weber parlait du désenchantement du monde pour désigner ce lent processus par lequel la modernité occidentale avait progressivement soumis l’existence à la rationalisation, au calcul, à la prévisibilité et à l’explication causale. Le monde ne devait plus être parcouru de puissances obscures, de signes, d’interventions surnaturelles ou de volontés invisibles; il devait, au moins en principe, devenir intelligible. Malheureusement, le sport moderne, et plus largement le monde moderne hérité de la globalisation, s’inscrit parfaitement dans cette dynamique. Le football d’aujourd’hui, et pas seulement le football, est en effet probablement l’un des objets les plus quantifiés qui soient. Le moindre geste est mesuré, et tout est soigneusement calculé et modélisé. Des mathématiques à l’intelligence artificielle, le talent brut dépend désormais davantage de la science que de l’enchantement. C’est ce qu’il y a d’humain, dans son rapport spontané, voire sauvage, avec l’invisible issu du cœur, qui disparaît sous nos yeux, au profit de la quadrature de la VAR. C’est, quelque part, le meurtre du sport au nom de plus de rigueur et d’équité… quand bien même l’euthanasie de cette part de spontané sublime finit par provoquer elle-même des injustices flagrantes. Il suffit, pour s’en assurer, de revenir sur certaines décisions controversées du Mondial 2026. Paradoxe des paradoxes, Lionel Messi est lui-même, à l’origine, un enfant de cette modernité technique, à laquelle il doit certainement une partie de sa carrière exceptionnelle. Son corps, trop petit pour les standards attendus, a été corrigé par un traitement hormonal. Détecté très tôt, son talent a été pris en charge par une institution qui a organisé sa formation, son alimentation, son développement physique et son intégration dans une machine sportive déjà mondialisée. Rien, en apparence, ne pouvait être plus éloigné du vieux récit héroïque. L’histoire ressemble davantage, de prime abord, aux dystopies du genre de Gattaca plutôt qu’à celui des mythes et récits messianiques. Pourtant, ce vieux récit est bel et bien revenu, et même avec une insistance presque embarrassante. Depuis les débuts de sa carrière, Lionel Messi a été passé au microscope. Mais plus l’on s’acharnait à l’expliquer et à le démystifier, moins on réussissait à dissiper entièrement l’impression produite par certains de ses gestes. L’homme n’arrive simplement pas à être circonscrit et réduit à l’accumulation de données. À l’âge où la plupart des grands joueurs rentrent dans l’ombre, il continue de surprendre. De stupéfier, même, en apportant au sport cette part d’insensé qui échappe à l’hypersystématisation, quasi robotique, du monde. C’est probablement là qu’il faut chercher cet ailleurs qui caractérise Messi. Dans une survivance de la magie à un moment où même les lieux qui permettaient l’expression positive d’une humanité faite de chair et de sang se retrouvent progressivement «disciplinés» par cet attrait hypnotique pour une nouvelle gnose puritaine au nom de la modernité. Le Messie fabriqué par la machine Bien qu’issu, en quelque sorte, de la machine matricielle, Lionel Messi constitue en lui-même une remise en question de ce modèle de prêt-à-porter. Une sorte d’alter ego du Neo de Matrix jeté dans une simulation régie par des paramètres qui prétendent tout calculer. La destinée de l’Argentin a en effet progressivement pris, presque malgré lui, la forme d’un récit messianique. Le calembour sur son nom serait trop facile s’il n’avait pas été constamment relancé par sa propre histoire: celle de l’enfant fragile, auquel le corps semble vouloir refuser l’accomplissement auquel son talent le destine. Puis celle de l’exil très jeune vers Barcelone, de l’adoption par une ville étrangère, de l’ascension presque irréelle, de la reconnaissance mondiale, et ensuite de cette étrange difficulté à être reconnu par les siens… Car, pendant longtemps, l’Argentine a entretenu une relation de hainamoration avec son enfant prodigue. Qu’importaient ses résultats, son talent, sa brillance… il lui fallait répondre à une seule question, impitoyable: pourquoi n’était-il pas Maradona? Certes, la comparaison était inévitable, mais elle était aussi profondément injuste. Tout séparait les deux hommes dans leur manière d’être au monde. Maradona portait l’Argentine avec tout ce qu’elle pouvait avoir de passionnel, de contradictoire, d’excessif et de théâtral. Il parlait, provoquait, se battait, tombait, revenait, mêlait au football sa vie privée, ses colères, ses engagements politiques… jusqu’à sa propre destruction. Son corps lui-même semblait devenir l’un des lieux où se jouaient les contradictions de son pays. Maradona était l’incarnation même de ce que le monde attendait du football: une âme rebelle, poussant parfois le jeu jusqu’à l’immoralité, mais dans une forme de gigantomachie du football. Maradona était épique. Et, surtout, il avait placé son pays au firmament du football en 1986. Messi, lui, ne donnait rien de tout cela. Il était silencieux, parfois presque absent du récit que les autres construisaient autour de lui, absence qui fut longtemps interprétée comme un défaut. Presque effacé, sans personnalité. C’est d’ailleurs ce que lui reprochèrent les deux géants Maradona et Pelé: manquer de leadership, être trop lisse. Une sorte de bébé-éprouvette miracle des stades. On reprochait aussi à l’enfant de Rosario de ne pas chanter suffisamment l’hymne, de ne pas être assez argentin, d’avoir été «fabriqué» par Barcelone, puis naturellement de ne pas gagner avec la sélection ce qu’il gagnait presque continuellement avec son club. La prophétie inachevée La finale du Mondial 2014 perdue de manière dramatique contre l’Allemagne, puis celles des Copa América 2015 et 2016, avaient progressivement transformé ce soupçon en accusation. Lorsqu’il manqua son tir au but contre le Chili en 2016 et annonça ensuite qu’il renonçait à la sélection, il était pourtant déjà l’un des plus grands joueurs de l’histoire du football. Mais son récit restait étrangement inachevé. Le sentiment d’inachèvement ne concernait pourtant guère son palmarès. Plutôt cette nécessité quasi archaïque continuellement imposée aux héros modernes: parachever leur parcours initiatique. Sous les couleurs argentines, Messi brillait, puis chutait lourdement. Mais il ne se relevait pas. Il n’accomplissait pas la prophétie. Et, aux yeux de son peuple, cela renforçait le sentiment de hainamoration: un dieu déchu reste un dieu, malgré tout. Mais avec, en prime, ce qui est, aux yeux de ses adorateurs, un substrat d’humanité insupportable et, partant, parfaitement haïssable: ses tares, ses faiblesses. Les Argentins aimaient Maradona malgré sa déchéance spectaculaire et son humanité faillie. Mais c’est parce qu’il avait «mérité» cette déchéance, qu’elle était, quelque part, devenue acceptable après Mexico 1986. Messi, lui, n’avait pas encore le droit de chuter, parce qu’il n’avait pas encore atteint le sommet. Non, la prophétie n’était pas accomplie. Elle tournait même à la caricature. Messi revint donc. Mais il dut attendre encore sa rédemption. Il fallut la Copa América 2021, au Maracanã, pour que cette relation faite de soupçon, d’attente et de déception avec son public et son peuple commence véritablement à changer. Et il fallut surtout le Mondial 2022 pour que l’histoire acquière cette forme presque trop parfaite que personne n’aurait osé écrire sans paraître céder à une facilité scénaristique. Fait étrange, Maradona était mort en 2020. C’est comme si une sorte de malédiction nationale oppressante avait été levée. En même temps, le peuple argentin avait besoin d’une figure paternelle de substitution, et la pression ne s’en retrouvait que redoublée. Mais peut-être mêlée d’un peu de tendresse, cette fois? Ce qui s’est produit au Qatar en 2022 est d’autant plus intéressant que Messi lui-même y apparaît légèrement différent. Il proteste davantage, répond aux provocations, s’emporte, parle avec une violence dont on ne le croyait guère capable et laisse même échapper ce «¿Qué mirás, bobo?» face aux Néerlandais qui amuse l’Argentine. Buenos Aires y découvre enfin, avec retard, ce qu’elle avait toujours attendu de lui. Un peu de Maradona dans beaucoup de Messi. Mais Messi ne devient pas pour autant Maradona. Et c’est peut-être précisément là que se produit la véritable réconciliation: l’Argentine cesse de lui demander de l’être. À partir de 2022, Messi n’a plus besoin d’incarner un autre modèle du génie national. Il peut enfin devenir, pour son pays aussi, ce qu’il avait été partout ailleurs: Messi. Simplement. L’acte final de la prophétie Certes, le triomphe de 2022 aurait pu constituer une fin parfaite. Mais, comme pour Maradona, l’acte final de la prophétie héroïque est la chute. Personne n’attendait plus vraiment quelque chose d’exceptionnel de Messi en 2026. À 39 ans, l’on considérait largement qu’il faisait partie des «héros fatigués». La chute du Capitole avait eu lieu avec l’épisode amer de son départ du FC Barcelone et sa mésaventure au PSG. Il n’évoluait plus qu’en ligue américaine, sous les couleurs de Miami… à la périphérie du monde du football, dans les terres lointaines du soccer . Et la nouvelle génération était déjà là, prête à envoyer les ancêtres à Bicêtre. Pourtant, ce Mondial de 2026, qui paraissait devoir n’être qu’un épilogue, se transforma en un dernier coup d’éclat sensationnel. L’Argentine atteignit encore la finale, avec un Messi redevenu à 39 ans son «leader historique» et son recours dans les moments décisifs, accomplissant quelque chose qui n’était pas sans rappeler ce que Roberto Baggio avait réalisé pour l’Italie en 1994, à… 27 ans: le deus ex machina continuel. Baggio échoua aux portes du triomphe contre le Brésil, après avoir pratiquement porté l’Italie jusqu’à Pasadena. Son penalty envoyé au-dessus de la transversale devait laisser l’une des images les plus cruelles de l’histoire des Coupes du monde: celle d’un homme immobile, la tête basse, les mains sur les hanches, tandis que le Brésil célébrait sa victoire. Celui qui était «mort debout». Le lutin italien n’avait jamais connu l’apothéose. Mais cette mort symbolique, loin d’effacer son tournoi, finit elle aussi par entrer dans sa légende. L’histoire fut plus clémente pour Messi, en dépit d’une campagne de haine à son encontre, mêlée d’accusations de triche et de favoritisme, sur fond de décisions arbitrales controversées et d’actes de jeu déloyaux de son équipe, comme elle l’avait été naguère pour Maradona. Plus encore, même. Une finale lors d’un sixième Mondial au bord de la retraite, avec, à la clef, une prestation individuelle hors pair? C’est précisément là ce qu’il y a de magique dans le phénomène Messi, et qui défie la raison et son avalanche de statistiques. Le génie ne peut être enfermé dans une somme de paramètres et de variables. Sa forme physique, même optimale, ne peut pas expliquer à elle seule ce dont le monde entier a été témoin. Et qu’importe si son récit nous rappelle que le héros, tout mythique qu’il fût, ne saurait abolir la sinistre influence de Saturne. Le réenchantement du monde Car, au-delà de la prophétie accomplie, de l’ascension à la chute, avec son lot de bonheurs et de malheurs, l’Argentin a livré au monde un dernier tour de piste qui relève de l’art, sinon de la poésie homérique. Avec le retrait de Lionel Messi de la scène internationale, c’est un peu de la magie du monde qui disparaît… en attendant qu’un autre héros providentiel revienne enchanter les stades. Messi aura incarné, pendant plus de vingt ans, la coexistence de deux mondes que l’on croyait incompatibles: celui de la rationalisation extrême du sport moderne et celui, beaucoup plus ancien, du héros, du signe, de l’attente et de l’enchantement. Lorsque Messi s’en va, quelque chose de cette contradiction apparaît brusquement. D’autres prodiges ont déjà émergé, mais nous découvrons peut-être, au moment même où l’un de ses derniers grands représentants quitte la scène, à quel point nous continuons à avoir besoin de transcendance. Le monde moderne n’a donc probablement pas supprimé l’enchantement. Il n’a fait que le déplacer. Pendant quatre-vingt-dix minutes, cet homme nommé Lionel Messi, qui l’a incarné sur les pelouses, s’en va après avoir tout accompli. Et même plus.
Analyse

Sommes-nous devenus plus stupides?

Ou vivons-nous une transformation de la structure du savoir?
Portrait de l'auteur
Par Mona Fayad - Publié sept. 5, 2026 - 20:01
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La question «Le monde est-il devenu plus stupide?» revient régulièrement dans les débats contemporains sur les médias numériques, les moteurs de recherche et les réseaux sociaux. Elle paraît simple en apparence, mais dissimule une problématique plus profonde, liée à la nature même du savoir: comment est-il produit, comment est-il transmis et comment est-il consommé? Peut-être que la question «Sommes-nous devenus plus stupides?» n’est pas la plus juste. Il faudrait plutôt demander: le savoir se transmet-il encore d’une manière qui permette de le comprendre et de le rendre productif? La majorité de ceux qui lisent reviennent-ils encore aux textes originaux? Ou se tournent-ils vers leurs résumés et vers ce qui en est rapporté à travers ce qui circule entre les lecteurs? L’une des clés permettant de comprendre ce phénomène se trouve dans les travaux du psychologue britannique Frederic Bartlett, qui mena dans les années 1930 une série d’expériences sur ce qu’il appelait la «reproduction sérielle». Dans ces expériences, on demandait à une personne d’écouter une histoire puis de la raconter à une autre, qui la racontait à son tour à une troisième, et ainsi de suite. Les résultats furent frappants: à chaque nouvelle transmission, l’histoire n’était pas reproduite telle quelle, mais reformulée. Certains détails disparaissaient, d’autres étaient amplifiés, d’autres encore remplacés par des éléments correspondant au contexte, à l’expérience et à la culture du destinataire. Lorsque la chaîne atteignait un nombre suffisant de relais, l’histoire originale était devenue quelque chose de tout à fait différent. Ce modèle simple met au jour une vérité fondamentale: la mémoire n’est pas un réceptacle neutre, mais un mécanisme de reconstruction. Et lorsque le savoir passe par de multiples intermédiaires, il n’est pas «conservé», mais «reproduit». C’est ici que commencent à apparaître les ressemblances avec notre monde contemporain, ainsi que la crainte de devenir plus stupides. À l’ère des médias numériques, le savoir ne se transmet plus par l’écoute orale, mais à travers des chaînes de médiation: un article est résumé, puis cité, puis republié sous la forme d’un bref post, avant d’être encore réduit à une phrase ou à un titre. Dans ce contexte, on peut reprendre une image métaphorique apparue dans un texte de presse: celle d’une bibliothèque dont les livres seraient remplacés par des résumés, puis par des résumés de résumés, jusqu’à ce que le lecteur se retrouve face à des couches successives de réduction, dans ce que l’on pourrait appeler la «chaîne du raton laveur», qui ne lit pas l’original mais fouille dans ses restes. Il faut préciser ici que le choix du «raton laveur» n’est pas fortuit. Cette métaphore condense symboliquement une situation cognitive qui tend à s’enraciner. Cet animal, qui vit à la périphérie des villes et fouille dans les poubelles, ne produit pas sa nourriture: il se nourrit des restes de ce que les autres produisent. Malgré son intelligence pratique et son aptitude à démonter, saisir et récupérer les choses, il ne comprend pas véritablement ce qu’il a entre les mains, mais les traite comme des matériaux destinés à un usage immédiat. Ainsi se présente le savoir à l’époque de la réduction en série: des textes sont abrégés, puis abrégés de nouveau, jusqu’à ce qu’il n’en subsiste que des miettes de sens, réorganisées et remises en circulation sans véritable lien avec leur source. À ce stade, nous ne nous sommes pas seulement éloignés de l’original: nous sommes entrés dans une nouvelle phase de production de l’information ou du savoir, où l’acteur cognitif n’est plus un lecteur ou un penseur, mais un ramasseur de fragments de sens qu’il redistribue sous des formes rapidement consommables. La «culture du raton laveur» ne désigne donc pas seulement la superficialité. Elle décrit avec précision la dégradation de la chaîne même du savoir, de la création au résumé, de la compréhension au traitement formel, des idées à ce qui n’est plus que leur trace pâlie. Mais ce phénomène ne peut être compris indépendamment de la structure technique qui le gouverne. C’est ici qu’intervient Marshall McLuhan, qui résumait sa pensée dans la célèbre formule: «Le médium est le message.» Le problème ne réside donc pas seulement dans le contenu, mais dans la forme à travers laquelle ce contenu est transmis. Les médias numériques contemporains ne se contentent pas de transporter l’information: ils la remodèlent selon une logique de vitesse, de condensation et de fragmentation. Le texte long devient impropre à la consommation, tandis que l’idée n’est admise qu’à condition d’être réduite à quelques lignes susceptibles d’être partagées. Cette transformation crée un paradoxe saisissant: nous vivons à une époque où l’accès au savoir n’est plus difficile, mais excessivement facile. Or cette facilité excessive fait apparaître ce que l’on pourrait appeler une «illusion cognitive»: il suffit de lire un court extrait ou un résumé rapide pour avoir le sentiment de posséder l’idée. Mais ce sentiment de maîtrise ne s’accompagne pas nécessairement d’une compréhension profonde ni de la capacité à reconstruire ou à critiquer le savoir. C’est ici qu’apparaissent ceux que l’on pourrait qualifier de «semi-instruits»: des individus qui possèdent les signes du savoir mais non sa structure, son vocabulaire mais non sa logique interne. Le problème se complique encore lorsqu’on l’examine sous l’angle de l’attention. Au lieu de demeurer dans un état de concentration prolongée, comme dans la lecture traditionnelle ou la réflexion soutenue, l’esprit vit désormais sous un bombardement informationnel continu: notifications, vidéos, titres et vagues successives de contenu. Cette situation ne produit pas seulement une dispersion de l’attention, mais la reconfigure selon une logique de saut permanent entre de brèves unités de sens, au lieu d’une construction progressive et cumulative de l’idée. Je me souviens ici d’une anecdote que nous nous racontions autrefois et qui circulait beaucoup au temps des manifestations populaires. Elle illustre bien le mécanisme de réduction et de transformation du contenu. Après l’occupation de la Palestine, de nombreuses manifestations populaires descendirent dans les rues en scandant: «À bas la déclaration Balfour!» La plaisanterie voulait qu’à la fin de la manifestation, le slogan soit devenu: «Qu’un type tombe d’en haut!», les deux formules ayant en arabe une proximité rythmique et sonore. Cette image permet peut-être de mieux saisir ce qui se passe dans le langage quotidien lorsque le savoir devient une série de messages courts répétés collectivement. La manifestation commence par une formule politique précise. Puis, sous l’effet de la répétition, de la fusion collective et du rythme sonore, elle se transforme progressivement en une autre formule, complètement différente. Celle-ci peut conserver le rythme et l’intensité affective de la première, mais elle en perd la signification et le sens originels. Ce qui subsiste n’est plus le sens, mais l’énergie émotionnelle de la formule. On retrouve ici, sous une autre forme, ce qu’avait observé Bartlett: ce qui importe n’est pas seulement ce qui a été dit, mais la manière dont cela a été répété et réinterprété dans un contexte social changeant. Si nous réunissons ces différents fils, nous pouvons dire que ce que nous vivons aujourd’hui relève moins d’un «effondrement de l’intelligence» que d’une transformation des conditions dans lesquelles elle se déploie. L’esprit humain n’a pas radicalement changé, mais l’environnement dans lequel il fonctionne, lui, s’est profondément transformé: nous sommes passés d’un environnement permettant l’accumulation lente à un environnement imposant une reproduction rapide et fragmentée du savoir. Ce changement crée une tension permanente entre deux formes de pensée: une pensée réflexive, qui a besoin de temps, et une pensée rapide, qui exige une réponse immédiate. À cette lumière, la question «Sommes-nous devenus plus stupides?» devient en partie trompeuse. Il serait sans doute plus juste de dire que nous sommes davantage exposés à des conditions qui rendent la pensée profonde moins stable, voire moins possible, et qui rendent le savoir plus vulnérable à la fragmentation et au recyclage. Quant à la stupidité, si le terme est permis, elle n’est peut-être pas une propriété de l’esprit, mais un effet secondaire et une caractéristique de la structure culturelle qui s’est mise en place. C’est une technique qui reconfigure notre rapport au monde. Ainsi, plutôt que d’y voir un déclin des capacités humaines, nous pouvons y voir une transformation de «l’environnement du savoir»: un environnement où il est devenu facile de savoir quelque chose, mais plus difficile de le comprendre véritablement, dans toute sa profondeur.
Opinion
Portrait de l'auteur
Par Youssef Mouawad - Publié sept. 5, 2026 - 13:25
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En 2010, Israël a intercepté avec violence le Mavi Marmara, un navire turc affrété par une ONG humanitaire pour venir en aide à la bande de Gaza, alors sous blocus israélien. Cet incident de trop fera éclater au grand jour l’animosité entre le gouvernement d’Erdogan et l’État hébreu. (AFP)
La guerre ne s’est pas encore interrompue dans notre sud qu’elle risque de se déclencher chez nos voisins. C’est dire que nous vivons en sursis et d’un conflit à l’autre. Et pour cause! Peu s’en fallut que le bombardement d’une base syrienne ne dégénérât en bataille rangée entre Ankara et Tel-Aviv. C’était le 18 août dernier et Benjamin Netanyahou n’y était pas allé de main morte: son pays n’allait pas tolérer un ancrage militaire turc susceptible de déborder vers le sud syrien. Le message était d’autant plus brutal que huit frappes avaient pris pour cible la base aérienne d’Abou al-Dhouhour, située à 70 kilomètres de la frontière turque. Rappelons, par ailleurs, que depuis la chute de Bachar el-Assad en décembre 2024, Erdogan est le principal mentor de la nouvelle Syrie, celle d’Ahmed al-Charaa, l’aidant à reconstruire ses forces armées et faisant d’elle un partenaire stratégique. Ce n’est plus la Syrie de Hafez el-Assad Est-ce ce regain de tension entre Ankara et Tel-Aviv qui a précipité une réunion entre le chef de la diplomatie syrienne, Assaad Chaïbani, et le chef du Mossad, Roman Gofman, le 23 août dernier en Jordanie? Or ce conciliabule n’a pas suscité une levée de boucliers dans le monde arabe comme l’avait fait la visite impromptue d’Anouar al-Sadate en Israël en 1977. Un tabou a été officiellement brisé et, de fait, qui aurait pu croire à la tenue d’une telle concertation sous le régime baasiste? L’État hébreu aurait dû s’en féliciter mais, contrairement à ce que l’on attendait, il n’a interrompu ni ses frappes aériennes ni ses incursions territoriales comme celles du 27 août à Quneitra. C’est que les choses ont changé. Sous Hafez el-Assad, la Syrie était une puissance régionale qui, sans être redoutable, était redoutée de ses voisins immédiats, pays arabes fussent-ils ou non. On évitait de lui chercher querelle et de ce fait elle mena, dans certaines limites, une politique étrangère agressive qui versait souvent dans la provocation. Et du coup, en vertu de l’autonomie de son action et des marges de manœuvre qu’elle s’octroyait, elle avait constitué, ne serait-ce que géographiquement, une zone tampon entre d’une part une Turquie «erdoganesque» affichant son islam décomplexé et d’autre part, un Israël, l’État consubstantiellement juif. Or voilà que, dans un pays éreinté par une gestion bassiste et saccagé par des années de guerre civile, la Turquie, s’étant mise à poser ses jalons, va indubitablement se retrouver nez à nez avec un Israël qui occupe une portion du territoire syrien. À quoi s’attendre ? Ayant pris en considération l’ego démesuré de Netanyahu comme celui d’Erdogan, et pour le cas où ces deux hommes d’État demeureraient à leurs postes respectifs, nous devons nous attendre à un duel épique sur le territoire syrien, libanais, jordanien, voire ailleurs. Ce combat sera fait de feintes, d’esquives, de coup fourrés mais également d’attaques frontales, de corps à corps et d’escalades de tension jusqu’au point de rupture. Et cela même si le rapport du Congressional Research Service de septembre 2025 estime que la confrontation directe entre la Turquie et Israël demeure peu probable, précisément parce que les deux États connaissent le coût d’une guerre, si celle-ci en venait à se déclarer. Toutefois, dans le domaine de la polémologie, les dirigeants et autres élites ne sont pas nécessairement des acteurs rationnels! D’autant plus, qu’aux yeux des observateurs israéliens, le slogan qui prévaut en Anatolie à savoir «Make Turkey great again» n’est pas de nature à rassurer l’État sioniste. Washington aura de plus en plus de mal à contenir ou à séparer les deux adversaires qui déjà se rangent en ordre de bataille. La Turquie, un nouvel Iran? Oui, c’est une hypothèse, mais uniquement dans un face à face avec Israël, la Syrie étant devenue du jour au lendemain une zone où «se chevauchent deux périmètres de sécurité», le Turc et l’Israélien, le musulman et le juif. Et il n’est pas à exclure que le militantisme chiite, ce mobilisateur de «proxies», n’en vienne à s’allier, ne serait-ce que momentanément, à une «version frériste» de l’islam politique prônée par Ankara! Nous aurions ainsi, et contre toute attente, un Hezbollah soutenu par son ennemi d’hier, Ahmed al-Charaa, un islamiste venu de Jabhat al-Nusra et Hayat Tahrir al-Cham! Contre l’adversaire commun, un renversement des alliances est toujours légitime et opportun. Mais ce ne serait là qu’une alliance tactique, dictée par les nécessités de l’heure et qui ne pourrait préjuger de l’avenir. Le nationalisme arabe ayant été évacué, la Turquie ne va pas se contenter de s’emparer économiquement du marché syrien fort de 25 millions de consommateurs: elle voudra exercer une influence politique à Damas et investir à cet effet son appareil militaire et sécuritaire. Le pouvoir bancal du président syrien, ne pouvant assurer certaines fonctions régaliennes ni encadrer les divers corps de l’État, fera nécessairement appel à l’expertise de son voisin du nord. Faut-il croire pour autant que ce dernier va être happé par la spirale de la «belligérance annoncée»? Tout s’y prête et l’on peut déjà percevoir les prémices d’un engrenage rappelant celui des États-Unis au Vietnam sous Lyndon Johnson. Car si l’État syrien compte se reconstituer, il aura en premier lieu besoin d’une armée en mesure de mater les tendances centrifuges des Alaouites, des Druzes et autres factions qui appellent au fractionnement du pays. Or c’est à Ankara d’y pourvoir et de renforcer l’autorité centrale sise à Damas. Mais Israël, qui a pris de mauvaises habitudes en Syrie et qui compte y conserver une liberté d’action aérienne, ne peut s’accommoder d’une armée structurée sur le modèle otanien et pouvant servir de proxy à une entreprise néo-ottomane. Et le Liban, de la primauté à la secondarité? Un nouveau décor est désormais planté pour un nouveau script qui définira de nouvelles règles du jeu ! Qu’adviendra-t-il du Hezbollah pris dans une souricière? Eh bien, il pourrait bénéficier, dans ce cas de figure, ne serait-ce qu’en partie, du soutien logistique de Damas, soutien qui lui a gravement manqué depuis la chute de Bachar el-Assad. Et peut-être que, par un déplacement des plaques tectoniques, le Liban passerait du statut de théâtre initial à celui de théâtre secondaire d’un conflit régional. Mais pour tout vous dire, ça nous fera une belle jambe!
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Léon XIV… le Liban et la Troisième Indépendance !

La visite du pape Léon XIV au Liban n’est pas une visite ordinaire, c’est un moment historique qui impose son caractère exceptionnel. Dans le pays-message, et à travers la région et le monde, se croisent de grandes confrontations. La paix face à la guerre, le dialogue face à la violence, la modération face au fanatisme, la diversité face à l’uniformité, l’humanisation face au populisme, la Constitution face aux lois d’exception, le droit face au chaos, la citoyenneté face au Minoritisme et au Majoritisme, l’État face au non-État, la bonne gouvernance face à la corruption. Le Liban et le monde libre vivent ces affrontements alors que le pays dispose d’une occasion rare de prouver sa capacité à se relever. Depuis cinq décennies, le Saint-Siège n’a jamais abandonné l’idée d’un Liban «État modèle» malgré les effondrements politiques, économiques et souverains. Un cardinal affirma un jour: «Vous croyez que le Liban historique meurt, mais sa résurrection viendra de son élite, résidente et expatriée.» Un signal clair que le pari demeure sur les Libanais eux-mêmes. Le pape François affronta cette réalité avec une clarté spirituelle et politique. Il embrassa le drapeau libanais et mobilisa la diplomatie vaticane pour préserver l’identité civilisationnelle du pays, mais refusa alors de visiter Beyrouth, lançant un message sans équivoque: non à l’alliance des minorités, non au non-État, non à la corruption, non à la confusion entre l’Église et le pouvoir, non à la transformation du Liban en plateforme de conflits. Un constat d’un État qui se délite et d’une formule civilisationnelle menacée. Aujourd’hui, Léon XIV vient avec un titre rassembleur: la paix. Une paix qui n’est pas seulement l’antonyme de la guerre, mais celui de l’effondrement moral, de la démission nationale, et de la complicité dans la destruction de l’État. C’est une résistance aux armes illégales, aux alliances qui fabriquent des minorités imaginaires, aux fanatismes qui renversent la Constitution, paralysent les institutions, et menacent la coexistence. Il vient affirmer que le Liban mérite la vie, mérite la résurrection, mérite un État fidèle à sa mission. Il vient raviver la volonté d’un peuple épuisé et rappeler à une élite hésitante que le monde voit encore au Liban un espace de liberté et de responsabilité. Le choix du Liban comme première étape après la Turquie n’est pas un hasard, c’est un message que l’effondrement du pays frappe le cœur du pluralisme dans tout l’Orient et au-delà. Son message aux Libanais est clair : «Sauvez votre État, ou vous perdez votre mission.» Pas de demi-État ni de demi-souveraineté, pas de confusion entre bonne gouvernance et manipulation politique, pas de soumission au chantage des armes. La paix véritable repose sur la citoyenneté, sur la Constitution, et sur la légitimité internationale. Son message au monde est tout aussi clair: «Sauver le Liban, c’est défendre l’être humain», défendre un pluralisme menacé, préserver un pont entre Orient et Occident. La paix devient un projet de libération: libérer l’être humain de la peur, l’État de la dépendance, la politique de la corruption, l’identité libanaise de la déformation. La visite devient une occasion d’écrire un nouveau chapitre, la troisième indépendance. L’indépendance de l’État face au sabotage de la souveraineté, l’indépendance de la vérité face à la falsification, l’indépendance de l’être humain face aux systèmes qui détruisent le bien commun.

Dior, la madeleine de Proust de la couture
Par
Yasmina Comair
Publié

Au cœur de la ville lumière, entre archives, sculptures, fonds de robes et dés à coudre, vibre une maison où les effluves de la rose de mai saisissent la mémoire olfactive des visiteurs. Une maison où dialoguent le passé et le présent. Depuis l’ombre fertile laissée par John Galliano et l’arrivée de Jonathan Anderson, une nouvelle lecture de l’héritage Dior semble émerger: plus conceptuelle, plus artistique, mais profondément fidèle à l’esprit de la maison fondée en 1946. Une étude de la forme C’est au Musée Rodin, merveilleux des sculptures du grand Auguste, que cette nouvelle étape s’est révélée. Après le défilé haute-couture, pendant la dernière semaine du mois de janvier 2026, l’installation Grammaire des Formes a ouvert au public dans le chapiteau éphémère où s’était tenue la présentation du prodige au monde. Quinze silhouettes d’Anderson y dialoguaient avec neuf créations historiques de Monsieur Dior et plusieurs céramiques de la sculptrice kenyane Magdalene Odundo. Le dispositif était presque radical. Le sol, recouvert d’un parquet en point de Hongrie argent-lamé vieilli , murmurait à l’oreille d’un toit noyé de cyclamens roses. Cet écrin épousait les robes autant que les courbes des créations d’Odundo. Façonnées à la main, ces dernières développent un langage de tensions inspiré du corps humain et de traditions ancestrales de la poterie. Dans la collection d’Anderson, ces formes trouvent un écho évident: tailles marquées, volumes sculptés, silhouettes presque architecturales. La couture devient ici matière, une conversation entre vêtement et sculpture. Des groupes d’enfants, assis par terre et crayons à la main, dessinaient, coloriaient les modèles dans leurs carnets. Un moment simple et silencieux qui rappelait que la couture est avant tout un regard qui se forme. Cette première collection d’Anderson pour Dior ne cherche pas l’effet spectaculaire. Elle fonctionne plutôt comme une étude. Galliano, l’ombre fertile Impossible d’aborder ce moment sans évoquer John Galliano. L’enfant terrible de la mode, celui dont l’énième provocation lui valut un purgatoire pour purger ses démons. Avant Anderson, c’était lui qui avait véritablement transformé Dior. Dans les années 1990 et 2000, Galliano avait transformé la vénérable maison en théâtre: défilés spectaculaires, références historiques, silhouettes flamboyantes. Anderson ne cherche pas à reproduire cette dramaturgie. Mais il semble en avoir retenu l’essentiel: l’idée que Dior doit rester un lieu d’expérimentation. Là où Galliano travaillait la narration et le costume, Anderson explore les archives et la forme. Une autre manière d’être radical, mais avec la même conscience de l’héritage. D’ailleurs, les cyclamens au plafond, c’est le prolongement du minuscule bouquet offert par le maître à l’élève, quand il fut invité par ce dernier, en avant-première, à découvrir la collection de celui qui lui succédait réellement. Une fleur chavirante comme une bascule, belle comme un hommage. La veste Bar, centre de gravité Au cœur de cette réflexion demeure une pièce fondatrice: la veste Bar. Créée en 1947 pour accompagner le New Look, elle reste la matrice de toute la maison: taille cintrée, hanches sculptées, silhouette architecturale. Chez Anderson, elle apparaît parfois intacte, parfois déplacée ou décomposée, raccourcie ou étirée, comme une sculpture que l’on examine sous plusieurs angles. C’est le signe qu’une maison peut évoluer sans renier son origine. La démonstration s’est prolongée lors du dernier défilé de la nouvelle collection de Prêt à Porter au Jardin des Tuileries à Paris, devant un étang parsemé de nénuphars… Les classiques revisités furent acclamés pour leur équilibre entre précision historique et souffle contemporain; un moment où la maison semble assumer pleinement cette tension entre archives et avant-garde. De la littérature et de l’humanisme Dior entretient depuis longtemps un dialogue discret avec la culture. On le retrouve aujourd’hui dans les sacs à main format cabas Dior Book Tote , devenus presque des objets littéraires. Certains reprennent les titres de grands classiques imprimés sur la toile. Des Fleurs du Mal à Madame Bovary , des Liaisons dangereuses à Dracula , ces accessoires ressemblent désormais à des livres que l’on porterait à l’épaule, comme si la couture elle-même devenait bibliothèque. Ceci dit, l’histoire de Dior n’est pas seulement esthétique, ni intellectuelle. Ainsi, pendant l’Occupation, Christian Dior poursuivait son travail de couturier à Paris pendant que sa sœur Catherine Dior s’engageait dans la Résistance. Arrêtée puis déportée au camp de concentration de Ravensbrück, elle reviendra après la guerre… le parfum Miss Dior lui est dédié. Aussi, cette tension entre ombre et lumière fait partie de la mémoire de la maison. Elle explique pourquoi Dior n’a jamais été seulement une marque, mais une histoire humaine. Une maison qui se redéfinit Dior a traversé plusieurs périodes. Il y eut la radicalité du New Look, les visions successives des directeurs artistiques, puis des années où l’image de la maison semblait se chercher. Les logos, autrefois discrets, sont devenus immenses avant de trouver une forme plus subtile. Aujourd’hui, sous l’impulsion réfléchie de Delphine Arnault, la maison semble vouloir retrouver un équilibre entre héritage et invention. L’arrivée de Jonathan Anderson s’inscrit clairement dans cette direction. Une mémoire active Toucher un cuir, observer et revêtir une coupe, humer un parfum raffiné ou même ouvrir délicatement un sac Lady Dior suffit parfois à comprendre l’ADN de cette maison. Dior n’est pas seulement une silhouette, pas seulement une esthétique. C’est une mémoire créatrice en mouvement, une couture née sous une bonne étoile car elle n’oublie jamais d’où elle vient; mais continue d’explorer ce qu’elle peut devenir: une madeleine de Proust de la couture, en perpétuelle réinvention.

Flash info: la guerre a commencé!
Par
Zeina Ziadeh
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Rien de nouveau dans la formule. Mais, cette fois, son poids est différent — le rythme de sa cadence me troue de son vacarme. Nous nous appelons tous pour nous rassurer. Les réponses s'enchaînent comme un rituel quotidien: Nous allons bien, et vous? Bien! Comme si le mot était une incantation derrière laquelle on s'abrite. Ma mère — bien. Mon frère aîné et sa famille — bien. Mon frère cadet, dans sa destination du Golfe — bien. Ma sœur et sa famille, ici — bien. Ceux que mon cœur chérit et ceux que j'aime — bien. Bien! On l'écrit, on le répète jusqu'à ce qu'il s'émousse. Mes proches venus de France pour passer une semaine au pays des Cèdres — et parmi eux certains que nous rencontrions pour la première fois, les enfants surtout — repartent dans quelques heures. Les valises sont à la porte. Deux enfants demandent: On ne va pas à l'aéroport? Une mère qui essaie de sourire pour que son trouble ne passe pas sur les visages des petits. Des pères qui font semblant de tenir bon. Le vol de quinze heures — annulé. La porte du retour direct — fermée. J'ai vu dans leurs yeux cette inquiétude que nous, enfants de cette terre, avons apprise: une inquiétude qui ne crie pas. Qui calcule. Nous nous réunissons, nous décidons vite — parce que le temps, dans les crises, n'accorde pas le luxe du doute. Après des appels en cascade et une recherche dans les options qui restent, des sièges sont trouvés au départ de Beyrouth à vingt-et-une heures trente, vers Istanbul, puis la Belgique, puis Lille. Dix heures de transit entre plusieurs aéroports valent mieux que rester dans une ville dont les flammes de la région approchaient les rivages et le ciel. Beyrouth, que je parcourais encore il y a quelques jours comme une touriste cherchant dans ses pierres un vestige du passé, me semble maintenant se tenir sur la pointe des pieds. La ville qui sait tomber et se relever recompose son souffle, une fois encore. Je comprends, alors, que la sécurité ne se possède pas. Elle s'emprunte. Leur avion a décollé. Ils ont atterri à Istanbul. Un message court: Nous allons bien . Une photo — ils sont par terre, ou sur les chaises d'une salle d'attente. Les enfants sourient malgré la fatigue. Puis la route vers Lille. Je respire. Pas longtemps. Les flashes s'enchaînent. Je lis, je n'y crois pas, je relis: la région s'embrase. Des capitales arabes sont bombardées. Les miens sont là-bas — ma mère, mes frères, la moitié de ma famille. Je saisis mon téléphone. J'hésite. Je ne veux pas leur transmettre ce qui tremble en moi. Et je reviens à la même question, rituelle, familiale: Vous allez bien? Mais quel bien se mesure au nombre d'aéroports traversés en paix? Et quelle tranquillité a besoin d'être confirmée toutes les quelques heures? Bien — parce que l'avion a décollé et atterri. Bien — parce que le ciel est resté ouvert avant que les obus ne tombent et que la terre ne tremble. Bien — parce que le danger est resté une probabilité. Pour quelques minutes encore. Je pense à ce moment dans la place, à m'entendre expliquer Beyrouth à mes proches. Je ne savais pas que quelques jours plus tard je vivrais une nouvelle leçon sur la fragilité de la géographie. La ville dont je racontais l'histoire dans mon français mâtiné d'anglais revient me rappeler que ses chapitres s'écrivent pendant qu'on les traverse. Sommes-nous vraiment bien? Quel bien? Quel pays? Quelle région? Quelle paix? Quelle vie? Nous sommes une génération qui suit les mouvements aériens et les cartes des zones à bombarder et la trajectoire des missiles — comme d'autres suivent la météo. Nous maîtrisons l'art des plans de secours avant même d'oser rêver d'un plan. Nous vivons d'une fatigue chronique. Nous portons une capacité obscure à attendre. Nous aimons, nous tremblons, et nous essayons de survivre chaque jour — à tout. Ce soir-là, la région a commencé à brûler… Et à l'aube du lundi, le Liban a brûlé. Et moi, je m'accroche encore à une petite phrase: Que je vous voie. Que je voie vos visages. Que vous soyez bien.

Un commando israélien à Nabi Chit; Pezeshkian «s’excuse» auprès des pays arabes!

La nuit du vendredi 6 au samedi 7 mars a été marquée par une intrusion israélienne héliportée dans un village de la Békaa, dont l’objectif apparent était la recherche des restes de Ron Arad, aviateur israélien disparu en 1986 après que son avion avait été abattu. Les habitants de plusieurs régions libanaises, notamment le Mont-Liban, ont entendu le bruit incessant de l’aviation israélienne à basse altitude toute la nuit de vendredi à samedi. L’action, elle, se déroulait dans un village de Baalbeck dans le nord de la Békaa, Nabi Chit, qui a été le théâtre de l’opération d’une unité de commando. En pleine nuit, la présence des soldats sur le terrain a attiré l’attention de membres du Hezbollah et d’habitants de la région. Une confrontation a, de ce fait, eu lieu dont le bilan a été particulièrement lourd côté libanais, avec non moins de 41 morts et autant de blessés (selon le ministère libanais de la Santé) et une scène de dévastation totale dans le village, comme l’ont montré des vidéos qui ont circulé samedi en matinée. En effet, pour faire évacuer ses soldats, l’aviation israélienne a fortement bombardé la localité. Si le Hezbollah a relaté cette confrontation dans l’un de ses communiqués, assurant avoir «repoussé» une incursion, l’explication est venue de l’armée israélienne un peu plus tard: il semble que des informations fournies par un membre du Hezbollah retenu prisonnier par Tel Aviv ait mis les Israéliens sur la piste d’indices sur le sort du pilote disparu en 1986 au Liban, Ron Arad. Selon un message du porte-parole arabophone de l’armée israélienne, Avichay Adraee, les restes de Ron Arad n’ont pas été retrouvés sur le site. M. Adraee a précisé que l’opération n’a pas fait de victimes dans les rangs des militaires impliqués. La recherche des restes d’un homme disparu depuis 40 ans, aussi importante soit-elle, suffit-elle à expliquer cette dangereuse opération ou y aurait-il une justification plus rationnelle encore non-révélée? Le plus grave dans l’affaire est l’implication de l’armée libanaise dans l’incident, puisque trois de ses soldats comptent parmi les morts. L’armée a précisé dans un communiqué que ses patrouilles avaient repéré un mouvement inhabituel des hélicoptères israéliens alors même que les bombardements violents se poursuivaient dans les villages environnants. Toutefois, les échanges de tirs ont surtout eu lieu avec les «habitants» de la région, selon le texte. Casques bleus blessés L’autre importante nouvelle de ces dernières 24 heures est le ciblage d’une position de la Finul à la frontière libano-israélienne, qui a fait des blessés parmi les Casques bleus ghanéens. L’ONU a réagi avec force, mettant en garde contre des débordements au Liban-Sud. Par ailleurs, les bombardements israéliens précédés – ou non – d’avertissements sur les réseaux sociaux se poursuivent de manière quasiment incessante sur la banlieue-sud de Beyrouth, et sur les régions du Liban-Sud et de la Békaa. Et les ordres d’évacuation se poursuivent des deux côtés: le dernier en date lancé par les Israéliens concernait une nouvelle fois toute la zone au sud du Litani, particulièrement celle de Tyr. La ville a été un peu plus tard la cible d’un bombardement dévastateur. Le Hezbollah a riposté en appelant les habitants des colonies de Nahariya et de Kiryat Shmona (à quelques kilomètres de la frontière avec le Liban) à évacuer les lieux. Le lancement de roquettes, missiles ou drones du côté du Hezbollah n’a pas cessé, attirant des représailles de plus en plus violentes sur les régions libanaises. Et ce, malgré les décisions du gouvernement libanais de considérer comme «illégales» ces activités: à ce titre, les sources du ministre de la Justice, Adel Nassar, indiquent qu’il «étudie» la possibilité d’engager des poursuites contre le secrétaire général du Hezbollah Naïm Kassem. À suivre. Comme il le fait presque quotidiennement, le ministre israélien de la Défense Israël Katz a lancé des menaces contre le Liban, nommant cette fois le gouvernement libanais directement, et l’exhortant à désarmer le Hezbollah pour ne «pas payer un très lourd tribut». Pour sa part, la représentante de l’ONU au Liban, Jeanine Hennis-Plasschaert, a appelé à des pourparlers directs entre le Liban et Israël, à un moment où le bruit de bottes couvre de loin les voix de la diplomatie. Un discours et son contraire Du côté de l’Iran, l’événement le plus marquant de ces dernières heures a été le discours presque surréel du président iranien, Masoud Pezeshkian, dans lequel il «s’excuse» auprès des pays voisins pour les frappes contre leur territoire. Il a annoncé par le fait même une «suspension» de ces frappes, «sauf si une attaque est lancée à partir de ces pays». Comme pour démentir ses propos, les attaques iraniennes contre les pays du Golfe ont été particulièrement virulentes ces dernières heures. On retiendra notamment les missiles ayant visé de plein fouet l’aéroport de Dubaï, ce qui a entraîné la suspension des vols de et vers cet aéroport. Non moins de dix drones ont également été lancés vers le Qatar presque au même moment. Et le Bahreïn dit avoir intercepté des dizaines de missiles et de drones. Les Gardiens de la Révolution ont, pour leur part, revendiqué des attaques contre le Kurdistan irakien. Notons sur ce plan que l’aviation américaine et israélienne a bombardé samedi des positions du régime des mollahs à la frontière irako-iranienne. Ce bombardement intervient alors qu’il est de plus en plus question d’une offensive terrestre, vers l’Iran, des opposants iraniens kurdes en poste en Irak. En tout état de cause, les «excuses» du président Pezeshkian aux pays du Golfe et l’engagement qu’il a pris que les tirs de missiles contre ces pays ne se répèteront pas ont été démenti par les nouveaux tirs de missiles lancés samedi matin contre le Qatar, Bahreïn et Dubaï, où l’aéroport a été pris pour cible, ce qui a interrompu momentanément le trafic aérien. L’apparente contradiction entre les propos de Pezeshkian et la pratique sur le terrain est-elle une tactique ou l’indice d’un schisme réel qui commence à apparaître au sein du régime, déjà fortement ébranlé par l’offensive américano-israélienne? Quoi qu’il en soit, l’Iran continue d’être pilonné avec violence pour la huitième journée consécutive. Israël a annoncé avoir mené une offensive avec 80 avions de combat qui ont mis hors service les différents aéroports. Et le président américain Donald Trump, comme pour répondre au président iranien qui a assuré que son pays «ne se rendrait jamais», a menacé l’Iran d’une intensification des frappes, promettant pour samedi «une frappe très dure», sur des «zones et des groupes encore jamais ciblés». Des heures chaudes en perspective.

Comment en sommes-nous arrivés là?
Par
Jawad Pakradouni
Publié

Un énième retour à la guerre, une guerre qui n’est toujours pas la nôtre, celle pour venger la mort d’un dictateur théocrate. Il se dit que dans les temps d’infortune, la solidarité est de mise, et que nous ne devons régler nos comptes qu’après. C’est d’ailleurs ce que les voix moralistes préconisaient en 2023-2024. Non ! Aujourd’hui plus que jamais, nous devons dénoncer une fois pour toutes les causes de nos malheurs. Nos malheurs nous les devons bien évidemment au Hezbollah, mais aussi à la complaisance politicienne, à l’acquiescement d’un état de fait, de tous les partis. La complaisance pour éviter la « guerre civile »; l’acquiescement qui se traduit par des alliances contre nature, pour le partage des postes ou pour préserver des quotas confessionnaux. L’hypocrisie politicienne ! Voilà la véritable source du problème. Cette hypocrisie s’est traduite par la dernière décision du gouvernement : « Les actes militaires et sécuritaires du Hezbollah sont illégitimes ». Il est effarant d’opérer (encore) une distinction entre la branche militaire et la branche politique de cette milice, d’autant que les deux se combinent : le chef de file du groupe parlementaire est lui-même le numéro 2 cette organisation paramilitaire. Ce qui nous a conduit au désastre est la faiblesse d’un système politique qui a préféré l’accommodement à la vérité. En novembre 2024, on nous a expliqué qu’il fallait préserver la stabilité, ne pas provoquer la sensibilité du camp perdant, ne rien lui reprocher, la faute étant uniquement celle de « l’ennemi oppresseur » qui ne rêve que de l’établissement du Grand Israël… On nous a aussi expliqué que critiquer le Hezbollah revenait à diviser les Libanais, comme si la division ne venait pas précisément de l’existence d’une organisation armée qui décide seule de la guerre et de la paix. Comme si l’unité nationale pouvait exister lorsque certains citoyens vivent sous l’autorité de la loi et d’autres au-dessus. En réalité, cette attitude n’était qu’une capitulation progressive. Chaque concession faite au nom de la « préservation de la paix sociale» a reculé un peu plus la souveraineté de l’État. L’encre de la décision du conseil des ministres mettant au ban les actions militaires du Hezbollah n’avait pas encore séché que la milice lançait des roquettes et des drones sur Israël. La vérité qui ne souffre d’aucune interprétation: tant que l’anomalie perdurera, le Liban restera condamné à subir des guerres qui ne sont pas les siennes, avec son lot de morts et de destructions. Nous sommes autant responsables que le Hezbollah dans ce qui nous arrive. Notre silence et notre bienveillance sont bien plus dangereux que son arsenal. Apprendre de nos erreurs, même en temps de guerre, afin que, si la paix revient un jour, nous soyons enfin capables de la préserver….

Le temps d’oser dire …
Par
Youssef Mouawad
Publié

Doit-on pleurer l’ayatollah Khamenei ? Va-t-on se joindre au cortège des éplorés ou alors donner le nom de ce « martyr » à une avenue de notre capitale ? Dans leur complaisance, nos gouvernements avaient bien donné le nom de Hafez al-Assad à une rue passante pour célébrer in sæcula sæculorum son âge d’or sur notre terre*. Après tout, le Guide suprême iranien a bien façonné le Liban et l’a régenté au même titre que les usurpateurs Assad, père et fils. Et même si ce fut par personnes interposées, il a laissé ses empreintes indélébiles dans notre histoire, violant nos institutions et déchirant notre tissu social si spécifique. Des décennies durant, notre pays ne fut qu’un condominium syro-iranien, une bande de terre longeant la Méditerranée où Damas et Téhéran exerçaient concomitamment leur conjointe souveraineté. Nos chefs d’État respectifs, nos Premiers ministres, nos commandants en chef et leurs deuxièmes couteaux, ces éminences grises, n’y voyaient pas d’inconvénient tant que leurs intérêts respectifs étaient assurés et que leur camarilla prospérait, et tant que leur proche parentèle pouvait se constituer des empires financiers et des fortunes immobilières ! La crainte instaurée et le profit miroité L’axe de la récalcitrance (al-moumana’a) n’avait pas abandonné la scène libanaise avec le retrait des troupes syriennes en 2005. Ayant investi l’État depuis le mandat d’Élias Hraoui, il avait placé ses « créatures » à tous les niveaux de l’administration civile et militaire. Il y avait insufflé son poison et gangrené l’appareil étatique. Et pire que tout, il avait imposé aux médias son narratif officiel. Bon gré mal gré, il avait fallu adopter sa pensée unique exaltant la « Résistance ». Et nous en étions arrivés à psalmodier involontairement ses antiennes ! La collaboration de nos élites allait de soi : comme sous tous les cieux, elle était suscitée par la crainte que le Hezbollah instaurait et par le profit qu’il laissait miroiter. La presse libre restait muselée et le citoyen lambda allait prendre un mauvais pli, celui de ne plus appeler les choses par leur nom. Le silence, qu’on l’appelle mutisme ou discrétion, cette politesse de lâches, a fait le reste. Mais là, en ce moment précis de l’interventionnisme américain, à ce point de rupture, qu’est-ce qui empêche le Libanais, frondeur s’il en est, de s’exclamer : « Il suffit ! Dehors les Iraniens ! Vos sicaires se comportent chez nous comme en pays conquis ! » L’apologie de la liquidation physique Le bombardement américain a réglé son compte au vicaire d’Allah à Téhéran. Mitra Hejazipour, championne d’échecs, une refuznik iranienne, a sans ambages salué la nouvelle. Et dans son « insolence », elle n’a pas mis de frein à son exultation, contrairement à nombre de nos responsables politiques qui vivent dans la crainte d’un retour de bâton. « Cela fait des décennies, a-t-elle dit verbatim, que des millions d’Iraniens attendaient la fin de cet homme et de ce qu’il incarnait. Rien ne ressuscitera les victimes de ce régime, rien n’effacera les vies brisées, les tortures, les exécutions, les humiliations. Mais depuis quarante-sept ans que cette dictature criminelle tient l’Iran, c’est la première fois… ». Libanais, qui restez bâillonnés par la frousse dite tempérance, prenez exemple sur Mitra Hejazipour ou sur notre pop star Élissa qui a traité le Hezbollah d’organisation terroriste. Une Iranienne et une Libanaise ont osé! Qu’attendez-vous pour dénoncer l’insoutenable? *Pour ensuite la débaptiser et l’accorder à Ziad al Rahbani, commémorant ainsi son souvenir, autrement plus mélodieux.