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Opinion

Le temps d’oser dire …

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Des partisans houthis brandissent des fusils et tiennent des portraits du guide suprême iranien assassiné, l'ayatollah Ali Khamenei, lors d'un rassemblement de solidarité avec l'Iran et le Liban à Sanaa, la capitale yéménite, le 6 mars 2026. (Mohammed Huwais/AFP)
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Par Youssef Mouawad
Publié mars 7, 2026 - 10:27

Doit-on pleurer l’ayatollah Khamenei ? Va-t-on se joindre au cortège des éplorés ou alors donner le nom de ce « martyr » à une avenue de notre capitale ? Dans leur complaisance, nos gouvernements avaient bien donné le nom de Hafez al-Assad à une rue passante pour célébrer in sæcula sæculorum son âge d’or sur notre terre*.


Après tout, le Guide suprême iranien a bien façonné le Liban et l’a régenté au même titre que les usurpateurs Assad, père et fils. Et même si ce fut par personnes interposées, il a laissé ses empreintes indélébiles dans notre histoire, violant nos institutions et déchirant notre tissu social si spécifique. Des décennies durant, notre pays ne fut qu’un condominium syro-iranien, une bande de terre longeant la Méditerranée où Damas et Téhéran exerçaient concomitamment leur conjointe souveraineté.

 Nos chefs d’État respectifs, nos Premiers ministres, nos commandants en chef et leurs deuxièmes couteaux, ces éminences grises, n’y voyaient pas d’inconvénient tant que leurs intérêts respectifs étaient assurés et que leur camarilla prospérait, et tant que leur proche parentèle pouvait se constituer des empires financiers et des fortunes immobilières ! 

La crainte instaurée et le profit miroité


L’axe de la récalcitrance (al-moumana’a) n’avait pas abandonné la scène libanaise avec le retrait des troupes syriennes en 2005. Ayant investi l’État depuis le mandat d’Élias Hraoui, il avait placé ses « créatures » à tous les niveaux de l’administration civile et militaire. Il y avait insufflé son poison et gangrené l’appareil étatique. Et pire que tout, il avait imposé aux médias son narratif officiel. Bon gré mal gré, il avait fallu adopter sa pensée unique exaltant la « Résistance ». Et nous en étions arrivés à psalmodier involontairement ses antiennes ! 

La collaboration de nos élites allait de soi : comme sous tous les cieux, elle était suscitée par la crainte que le Hezbollah instaurait et par le profit qu’il laissait miroiter. La presse libre restait muselée et le citoyen lambda allait prendre un mauvais pli, celui de ne plus appeler les choses par leur nom.  Le silence, qu’on l’appelle mutisme ou discrétion, cette politesse de lâches, a fait le reste. 

Mais là, en ce moment précis de l’interventionnisme américain, à ce point de rupture, qu’est-ce qui empêche le Libanais, frondeur s’il en est, de s’exclamer : « Il suffit ! Dehors les Iraniens ! Vos sicaires se comportent chez nous comme en pays conquis ! » 

 L’apologie de la liquidation physique 

Le bombardement américain a réglé son compte au vicaire d’Allah à Téhéran. Mitra Hejazipour, championne d’échecs, une refuznik iranienne, a sans ambages salué la nouvelle. Et dans son « insolence », elle n’a pas mis de frein à son exultation, contrairement à nombre de nos responsables politiques qui vivent dans la crainte d’un retour de bâton. « Cela fait des décennies, a-t-elle dit verbatim, que des millions d’Iraniens attendaient la fin de cet homme et de ce qu’il incarnait. Rien ne ressuscitera les victimes de ce régime, rien n’effacera les vies brisées, les tortures, les exécutions, les humiliations. Mais depuis quarante-sept ans que cette dictature criminelle tient l’Iran, c’est la première fois… ».

Libanais, qui restez bâillonnés par la frousse dite tempérance, prenez exemple sur Mitra Hejazipour ou sur notre pop star Élissa qui a traité le Hezbollah d’organisation terroriste.  Une Iranienne et une Libanaise ont osé! 

Qu’attendez-vous pour dénoncer l’insoutenable?


*Pour ensuite la débaptiser et l’accorder à Ziad al Rahbani, commémorant ainsi son souvenir, autrement plus mélodieux.





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