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Analyse

Sommes-nous devenus plus stupides?

Ou vivons-nous une transformation de la structure du savoir?
Portrait de l'auteur
Par Mona Fayad
Publié sept. 5, 2026 - 20:01
La question «Le monde est-il devenu plus stupide?» revient régulièrement dans les débats contemporains sur les médias numériques, les moteurs de recherche et les réseaux sociaux. Elle paraît simple en apparence, mais dissimule une problématique plus profonde, liée à la nature même du savoir: comment est-il produit, comment est-il transmis et comment est-il consommé? Peut-être que la question «Sommes-nous devenus plus stupides?» n’est pas la plus juste. Il faudrait plutôt demander: le savoir se transmet-il encore d’une manière qui permette de le comprendre et de le rendre productif? La majorité de ceux qui lisent reviennent-ils encore aux textes originaux? Ou se tournent-ils vers leurs résumés et vers ce qui en est rapporté à travers ce qui circule entre les lecteurs? L’une des clés permettant de comprendre ce phénomène se trouve dans les travaux du psychologue britannique Frederic Bartlett, qui mena dans les années 1930 une série d’expériences sur ce qu’il appelait la «reproduction sérielle». Dans ces expériences, on demandait à une personne d’écouter une histoire puis de la raconter à une autre, qui la racontait à son tour à une troisième, et ainsi de suite. Les résultats furent frappants: à chaque nouvelle transmission, l’histoire n’était pas reproduite telle quelle, mais reformulée. Certains détails disparaissaient, d’autres étaient amplifiés, d’autres encore remplacés par des éléments correspondant au contexte, à l’expérience et à la culture du destinataire. Lorsque la chaîne atteignait un nombre suffisant de relais, l’histoire originale était devenue quelque chose de tout à fait différent. Ce modèle simple met au jour une vérité fondamentale: la mémoire n’est pas un réceptacle neutre, mais un mécanisme de reconstruction. Et lorsque le savoir passe par de multiples intermédiaires, il n’est pas «conservé», mais «reproduit». C’est ici que commencent à apparaître les ressemblances avec notre monde contemporain, ainsi que la crainte de devenir plus stupides. À l’ère des médias numériques, le savoir ne se transmet plus par l’écoute orale, mais à travers des chaînes de médiation: un article est résumé, puis cité, puis republié sous la forme d’un bref post, avant d’être encore réduit à une phrase ou à un titre. Dans ce contexte, on peut reprendre une image métaphorique apparue dans un texte de presse: celle d’une bibliothèque dont les livres seraient remplacés par des résumés, puis par des résumés de résumés, jusqu’à ce que le lecteur se retrouve face à des couches successives de réduction, dans ce que l’on pourrait appeler la «chaîne du raton laveur», qui ne lit pas l’original mais fouille dans ses restes. Il faut préciser ici que le choix du «raton laveur» n’est pas fortuit. Cette métaphore condense symboliquement une situation cognitive qui tend à s’enraciner. Cet animal, qui vit à la périphérie des villes et fouille dans les poubelles, ne produit pas sa nourriture: il se nourrit des restes de ce que les autres produisent. Malgré son intelligence pratique et son aptitude à démonter, saisir et récupérer les choses, il ne comprend pas véritablement ce qu’il a entre les mains, mais les traite comme des matériaux destinés à un usage immédiat. Ainsi se présente le savoir à l’époque de la réduction en série: des textes sont abrégés, puis abrégés de nouveau, jusqu’à ce qu’il n’en subsiste que des miettes de sens, réorganisées et remises en circulation sans véritable lien avec leur source. À ce stade, nous ne nous sommes pas seulement éloignés de l’original: nous sommes entrés dans une nouvelle phase de production de l’information ou du savoir, où l’acteur cognitif n’est plus un lecteur ou un penseur, mais un ramasseur de fragments de sens qu’il redistribue sous des formes rapidement consommables. La «culture du raton laveur» ne désigne donc pas seulement la superficialité. Elle décrit avec précision la dégradation de la chaîne même du savoir, de la création au résumé, de la compréhension au traitement formel, des idées à ce qui n’est plus que leur trace pâlie. Mais ce phénomène ne peut être compris indépendamment de la structure technique qui le gouverne. C’est ici qu’intervient Marshall McLuhan, qui résumait sa pensée dans la célèbre formule: «Le médium est le message.» Le problème ne réside donc pas seulement dans le contenu, mais dans la forme à travers laquelle ce contenu est transmis. Les médias numériques contemporains ne se contentent pas de transporter l’information: ils la remodèlent selon une logique de vitesse, de condensation et de fragmentation. Le texte long devient impropre à la consommation, tandis que l’idée n’est admise qu’à condition d’être réduite à quelques lignes susceptibles d’être partagées. Cette transformation crée un paradoxe saisissant: nous vivons à une époque où l’accès au savoir n’est plus difficile, mais excessivement facile. Or cette facilité excessive fait apparaître ce que l’on pourrait appeler une «illusion cognitive»: il suffit de lire un court extrait ou un résumé rapide pour avoir le sentiment de posséder l’idée. Mais ce sentiment de maîtrise ne s’accompagne pas nécessairement d’une compréhension profonde ni de la capacité à reconstruire ou à critiquer le savoir. C’est ici qu’apparaissent ceux que l’on pourrait qualifier de «semi-instruits»: des individus qui possèdent les signes du savoir mais non sa structure, son vocabulaire mais non sa logique interne. Le problème se complique encore lorsqu’on l’examine sous l’angle de l’attention. Au lieu de demeurer dans un état de concentration prolongée, comme dans la lecture traditionnelle ou la réflexion soutenue, l’esprit vit désormais sous un bombardement informationnel continu: notifications, vidéos, titres et vagues successives de contenu. Cette situation ne produit pas seulement une dispersion de l’attention, mais la reconfigure selon une logique de saut permanent entre de brèves unités de sens, au lieu d’une construction progressive et cumulative de l’idée. Je me souviens ici d’une anecdote que nous nous racontions autrefois et qui circulait beaucoup au temps des manifestations populaires. Elle illustre bien le mécanisme de réduction et de transformation du contenu. Après l’occupation de la Palestine, de nombreuses manifestations populaires descendirent dans les rues en scandant: «À bas la déclaration Balfour!» La plaisanterie voulait qu’à la fin de la manifestation, le slogan soit devenu: «Qu’un type tombe d’en haut!», les deux formules ayant en arabe une proximité rythmique et sonore. Cette image permet peut-être de mieux saisir ce qui se passe dans le langage quotidien lorsque le savoir devient une série de messages courts répétés collectivement. La manifestation commence par une formule politique précise. Puis, sous l’effet de la répétition, de la fusion collective et du rythme sonore, elle se transforme progressivement en une autre formule, complètement différente. Celle-ci peut conserver le rythme et l’intensité affective de la première, mais elle en perd la signification et le sens originels. Ce qui subsiste n’est plus le sens, mais l’énergie émotionnelle de la formule. On retrouve ici, sous une autre forme, ce qu’avait observé Bartlett: ce qui importe n’est pas seulement ce qui a été dit, mais la manière dont cela a été répété et réinterprété dans un contexte social changeant. Si nous réunissons ces différents fils, nous pouvons dire que ce que nous vivons aujourd’hui relève moins d’un «effondrement de l’intelligence» que d’une transformation des conditions dans lesquelles elle se déploie. L’esprit humain n’a pas radicalement changé, mais l’environnement dans lequel il fonctionne, lui, s’est profondément transformé: nous sommes passés d’un environnement permettant l’accumulation lente à un environnement imposant une reproduction rapide et fragmentée du savoir. Ce changement crée une tension permanente entre deux formes de pensée: une pensée réflexive, qui a besoin de temps, et une pensée rapide, qui exige une réponse immédiate. À cette lumière, la question «Sommes-nous devenus plus stupides?» devient en partie trompeuse. Il serait sans doute plus juste de dire que nous sommes davantage exposés à des conditions qui rendent la pensée profonde moins stable, voire moins possible, et qui rendent le savoir plus vulnérable à la fragmentation et au recyclage. Quant à la stupidité, si le terme est permis, elle n’est peut-être pas une propriété de l’esprit, mais un effet secondaire et une caractéristique de la structure culturelle qui s’est mise en place. C’est une technique qui reconfigure notre rapport au monde. Ainsi, plutôt que d’y voir un déclin des capacités humaines, nous pouvons y voir une transformation de «l’environnement du savoir»: un environnement où il est devenu facile de savoir quelque chose, mais plus difficile de le comprendre véritablement, dans toute sa profondeur.
Opinion
Portrait de l'auteur
Par Youssef Mouawad - Publié sept. 5, 2026 - 13:25
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En 2010, Israël a intercepté avec violence le Mavi Marmara, un navire turc affrété par une ONG humanitaire pour venir en aide à la bande de Gaza, alors sous blocus israélien. Cet incident de trop fera éclater au grand jour l’animosité entre le gouvernement d’Erdogan et l’État hébreu. (AFP)
La guerre ne s’est pas encore interrompue dans notre sud qu’elle risque de se déclencher chez nos voisins. C’est dire que nous vivons en sursis et d’un conflit à l’autre. Et pour cause! Peu s’en fallut que le bombardement d’une base syrienne ne dégénérât en bataille rangée entre Ankara et Tel-Aviv. C’était le 18 août dernier et Benjamin Netanyahou n’y était pas allé de main morte: son pays n’allait pas tolérer un ancrage militaire turc susceptible de déborder vers le sud syrien. Le message était d’autant plus brutal que huit frappes avaient pris pour cible la base aérienne d’Abou al-Dhouhour, située à 70 kilomètres de la frontière turque. Rappelons, par ailleurs, que depuis la chute de Bachar el-Assad en décembre 2024, Erdogan est le principal mentor de la nouvelle Syrie, celle d’Ahmed al-Charaa, l’aidant à reconstruire ses forces armées et faisant d’elle un partenaire stratégique. Ce n’est plus la Syrie de Hafez el-Assad Est-ce ce regain de tension entre Ankara et Tel-Aviv qui a précipité une réunion entre le chef de la diplomatie syrienne, Assaad Chaïbani, et le chef du Mossad, Roman Gofman, le 23 août dernier en Jordanie? Or ce conciliabule n’a pas suscité une levée de boucliers dans le monde arabe comme l’avait fait la visite impromptue d’Anouar al-Sadate en Israël en 1977. Un tabou a été officiellement brisé et, de fait, qui aurait pu croire à la tenue d’une telle concertation sous le régime baasiste? L’État hébreu aurait dû s’en féliciter mais, contrairement à ce que l’on attendait, il n’a interrompu ni ses frappes aériennes ni ses incursions territoriales comme celles du 27 août à Quneitra. C’est que les choses ont changé. Sous Hafez el-Assad, la Syrie était une puissance régionale qui, sans être redoutable, était redoutée de ses voisins immédiats, pays arabes fussent-ils ou non. On évitait de lui chercher querelle et de ce fait elle mena, dans certaines limites, une politique étrangère agressive qui versait souvent dans la provocation. Et du coup, en vertu de l’autonomie de son action et des marges de manœuvre qu’elle s’octroyait, elle avait constitué, ne serait-ce que géographiquement, une zone tampon entre d’une part une Turquie «erdoganesque» affichant son islam décomplexé et d’autre part, un Israël, l’État consubstantiellement juif. Or voilà que, dans un pays éreinté par une gestion bassiste et saccagé par des années de guerre civile, la Turquie, s’étant mise à poser ses jalons, va indubitablement se retrouver nez à nez avec un Israël qui occupe une portion du territoire syrien. À quoi s’attendre ? Ayant pris en considération l’ego démesuré de Netanyahu comme celui d’Erdogan, et pour le cas où ces deux hommes d’État demeureraient à leurs postes respectifs, nous devons nous attendre à un duel épique sur le territoire syrien, libanais, jordanien, voire ailleurs. Ce combat sera fait de feintes, d’esquives, de coup fourrés mais également d’attaques frontales, de corps à corps et d’escalades de tension jusqu’au point de rupture. Et cela même si le rapport du Congressional Research Service de septembre 2025 estime que la confrontation directe entre la Turquie et Israël demeure peu probable, précisément parce que les deux États connaissent le coût d’une guerre, si celle-ci en venait à se déclarer. Toutefois, dans le domaine de la polémologie, les dirigeants et autres élites ne sont pas nécessairement des acteurs rationnels! D’autant plus, qu’aux yeux des observateurs israéliens, le slogan qui prévaut en Anatolie à savoir «Make Turkey great again» n’est pas de nature à rassurer l’État sioniste. Washington aura de plus en plus de mal à contenir ou à séparer les deux adversaires qui déjà se rangent en ordre de bataille. La Turquie, un nouvel Iran? Oui, c’est une hypothèse, mais uniquement dans un face à face avec Israël, la Syrie étant devenue du jour au lendemain une zone où «se chevauchent deux périmètres de sécurité», le Turc et l’Israélien, le musulman et le juif. Et il n’est pas à exclure que le militantisme chiite, ce mobilisateur de «proxies», n’en vienne à s’allier, ne serait-ce que momentanément, à une «version frériste» de l’islam politique prônée par Ankara! Nous aurions ainsi, et contre toute attente, un Hezbollah soutenu par son ennemi d’hier, Ahmed al-Charaa, un islamiste venu de Jabhat al-Nusra et Hayat Tahrir al-Cham! Contre l’adversaire commun, un renversement des alliances est toujours légitime et opportun. Mais ce ne serait là qu’une alliance tactique, dictée par les nécessités de l’heure et qui ne pourrait préjuger de l’avenir. Le nationalisme arabe ayant été évacué, la Turquie ne va pas se contenter de s’emparer économiquement du marché syrien fort de 25 millions de consommateurs: elle voudra exercer une influence politique à Damas et investir à cet effet son appareil militaire et sécuritaire. Le pouvoir bancal du président syrien, ne pouvant assurer certaines fonctions régaliennes ni encadrer les divers corps de l’État, fera nécessairement appel à l’expertise de son voisin du nord. Faut-il croire pour autant que ce dernier va être happé par la spirale de la «belligérance annoncée»? Tout s’y prête et l’on peut déjà percevoir les prémices d’un engrenage rappelant celui des États-Unis au Vietnam sous Lyndon Johnson. Car si l’État syrien compte se reconstituer, il aura en premier lieu besoin d’une armée en mesure de mater les tendances centrifuges des Alaouites, des Druzes et autres factions qui appellent au fractionnement du pays. Or c’est à Ankara d’y pourvoir et de renforcer l’autorité centrale sise à Damas. Mais Israël, qui a pris de mauvaises habitudes en Syrie et qui compte y conserver une liberté d’action aérienne, ne peut s’accommoder d’une armée structurée sur le modèle otanien et pouvant servir de proxy à une entreprise néo-ottomane. Et le Liban, de la primauté à la secondarité? Un nouveau décor est désormais planté pour un nouveau script qui définira de nouvelles règles du jeu ! Qu’adviendra-t-il du Hezbollah pris dans une souricière? Eh bien, il pourrait bénéficier, dans ce cas de figure, ne serait-ce qu’en partie, du soutien logistique de Damas, soutien qui lui a gravement manqué depuis la chute de Bachar el-Assad. Et peut-être que, par un déplacement des plaques tectoniques, le Liban passerait du statut de théâtre initial à celui de théâtre secondaire d’un conflit régional. Mais pour tout vous dire, ça nous fera une belle jambe!
L'Essentiel du jour
Portrait de l'auteur
Par LevantTime . - Publié sept. 5, 2026 - 00:55
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Le convoi du CICR transportant les civils libérés, parti de la zone occupée par Israël dans le sud du Liban, s'est rendu au point qui marque le début de la zone tenue par les autorités libanaises. (AFP)
Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a annoncé vendredi avoir transféré au Liban quatre nouvelles personnes relâchées par Israël, au lendemain de la libération d’un premier civil. Il s’agit de trois Libanais et de deux Syriens, selon le CICR. C’est la première fois qu’une telle opération a lieu depuis le début, en avril, des négociations entre le Liban et Israël, sous l’égide des États-Unis. Beyrouth avait demandé, lors de la dernière session de pourparlers en août, la libération d’un premier groupe de ses ressortissants capturés par Israël dans le sud du Liban, où celui-ci est en guerre avec le Hezbollah pro-iranien. Leur nombre est estimé par leurs proches à une trentaine, parmi lesquels figurent des combattants du mouvement islamiste. Le président libanais Joseph Aoun a remercié, dans un communiqué, les États-Unis et le CICR, et affirmé que cette libération «confirmait la pertinence de la position» du Liban, engagé avec Israël dans des négociations rejetées par le Hezbollah. Les États-Unis ont salué jeudi «le gouvernement d’Israël et le gouvernement du Liban pour avoir fait preuve de bonne foi à travers ces premières étapes», exprimant l’espoir que cela serve «de base à des discussions élargies sur d’autres questions civiles». Les deux pays doivent tenir une nouvelle session de négociations en septembre, à une date encore inconnue. Selon le bureau du Premier ministre israélien, l’annonce de jeudi «fait suite aux efforts déployés par Israël et le Liban pour localiser et rapatrier les dépouilles des dirigeants de la communauté juive qui avaient été enlevés et tués au Liban» entre 1984 et 1986. Intensification des frappes israéliennes Sur le terrain, des frappes israéliennes ont fait vendredi trois morts et 23 blessés dans le sud et l’est du Liban. Israël a intensifié vendredi ses frappes dans la région, après avoir annoncé jeudi soir avoir pris le contrôle de la crête montagneuse d’Ali Taher, qui servait de position stratégique au Hezbollah pro-iranien et qui surplombe notamment Nabatiyé. L’armée va désormais y renforcer ses positions afin d’«empêcher l’ennemi de reprendre position dans la zone», a déclaré le ministre israélien de la Défense, Israël Katz. Une frappe a également visé la région de Tyr, notamment le village de Rmadiyé, selon l’ANI. Pour Trump, la guerre en Iran, c’est de la «gnognotte» Concernant la guerre en Iran, le président américain Donald Trump a cherché vendredi à en minimiser l’impact pour les États-Unis, à l’approche des élections législatives cruciales de mi-mandat. «Beaucoup de gens n’appellent pas ça une guerre. Je dis que c’est un conflit militaire, parce que c’est de la gnognotte (en anglais ‘small potatoes’) pour nous. Ce n’est pas un gros truc. On a fait le Venezuela et on a fait ça», a-t-il répondu aux journalistes dans le Bureau ovale, interrogé à propos de son vice-président JD Vance, qui avait déclaré la veille ne pas vouloir qualifier le conflit de guerre. Alors que la flambée des prix du carburant liée à la guerre menace de coûter aux républicains de Donald Trump leur majorité au Congrès lors des élections de mi-mandat en novembre, son administration s’efforce de minimiser l’ampleur du conflit. Selon le président, les États-Unis mènent des «frappes ponctuelles», assurant «ne pas être actuellement en train de se battre». Il a également affirmé que les États-Unis contrôlaient le détroit d’Ormuz et avaient décimé les forces armées iraniennes. «Ce que nous avons accompli est remarquable. Nous avons pris le contrôle du Venezuela et nous avons, pour l’essentiel, pris le contrôle de l’Iran», a-t-il déclaré.
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USA-Iran: les précédents ultimatums de Trump (2/2)

Il faut replacer la feuille de route américano-iranienne de 60 jours dans la perspective des cycles d’ultimatums qui rythment la stratégie moyen-orientale du président Donald Trump dont la méthode repose sur une alternance entre la menace d’une destruction totale et la mise en œuvre d’une diplomatie purement transactionnelle. En avril 2025, un premier ultimatum unilatéral de soixante jours intimant à Téhéran l’ordre de démanteler son programme nucléaire s’était soldé par un refus catégorique du Guide suprême Ali Khamenei, déclenchant les frappes massives de juin 2025 par les B2 américains contre les sites nucléaires iraniens. Un an plus tard, en avril 2026, face au blocus asphyxiant du détroit d'Ormuz, la Maison-Blanche récidivait en brandissant la menace d’une dévastation des infrastructures vitales iraniennes «sous quatre heures», une vraie menace qui avait alors contraint Téhéran à accepter in extremis le principe d'une trêve, ouvrant la voie au protocole signé à Versailles par le président Trump. La sécurité maritime dans les négociations Sur le plan opérationnel, les Etats-Unis et l’Iran ont mis en place à Bürgenstock une «ligne de communication directe» destinée à éviter tout incident maritime dans le détroit d’Ormuz, principal point de passage du pétrole iranien et arabe. Parallèlement, le Trésor américain a accordé une exemption de sanctions jusqu’au 21 août 2026, couvrant le pétrole et les produits pétrochimiques iraniens. Ces mesures sont significatives pour Washington et pour Téhéran : elles répondent à la demande iranienne d’un soulagement économique immédiat et réduisent, à court terme, le risque d’une flambée des prix du pétrole. Elles mettent également en évidence la logique de troc qui sous‑tend les négociations — sécurité contre accès aux marchés — et la fragilité de solutions fondées sur des exemptions temporaires plutôt que sur des garanties durables. Le Liban et la déconfliction : une mécanique sans Israël est-elle viable? La création d’une «cellule de déconfliction» destinée à imposer le cessez‑le‑feu au Liban est un mécanisme qui regroupe les États‑Unis, l’Iran, le Qatar, le Liban et le Pakistan, mais exclut Israël, une première depuis quatre décennies, contrairement au «mechanism» actuel et aux commissions des ententes de juillet 1993 et d’avril 1996. L’omission de Tel‑Aviv est politiquement explosive. Pour Israël, qui considère le Hezbollah comme une menace existentielle, être tenu à l’écart de cette cellule qui gouvernera son propre front est inacceptable et Benjamin Netanyahou l’a signifié à plusieurs reprises, car elle limite ses marges de manœuvre militaires et opérationnelles dans le Sud‑Liban. Pour Washington, cette configuration crée un dilemme : stabiliser le Liban sans aliéner Israël ou risquer de perdre l’appui d’un allié stratégique face à l’Iran en lui imposant des contraintes qu’il juge dangereuses. À plus long terme, l’efficacité de cette cellule de déconfliction est sur la sellette, et le cessez‑le‑feu au Liban reste fragile. Le nucléaire : des intentions affirmées mais sans engagement contraignant Sur le dossier nucléaire, les progrès sont douteux. JD Vance a évoqué le retour des inspecteurs de l’AIEA, suscitant un certain optimisme, mais le ministère iranien des Affaires étrangères a précisé que Téhéran n’avait signé «aucun nouvel engagement nucléaire» lors de la session. Autrement dit, la porte est ouverte au contrôle et à la transparence, mais sans aucun engagement de l’Iran à remettre l’uranium enrichi à 60 % à la Chine ou à la Russie, ou sa dilution, ni à arrêter les travaux d’enrichissement. Au stade actuel, le programme nucléaire iranien est certes délabré et ne fonctionne pas suite aux frappes américaines et israéliennes. L’Iran attend en contrepartie de la surveillance de l’AIEA, des garanties économiques et sécuritaires tangibles et durables, ce qui n’est nullement visible pour le moment. Sans calendrier contraignant pour le démantèlement des capacités nucléaires iraniennes, le cœur du problème reste entier. Ce flou rend difficile un accord pérenne sans clauses techniques robustes, vérifiables et assorties de sanctions automatiques en cas de violation. Les gains économiques: oxygène ponctuel en plus des circuits contournant les sanctions L’annonce officielle par Téhéran de la conclusion positive des négociations techniques, scellée par un accord de la Maison-Blanche de libérer 12 milliards de dollars iraniens gelés, illustre une logique transactionnelle. Ce déblocage financier majeur a toutefois immédiatement déclenché un duel à distance, révélateur de la fragilité du processus : tandis que Donald Trump s'empressait d’affirmer sur ses réseaux que ces fonds seraient obligatoirement fléchés vers l’achat de produits agricoles américains, le gouvernement iranien rejetait catégoriquement cette injonction. Si l’administration américaine cherche à décrire un contrat d'affaires avantageux comme étant une concession géopolitique, l'Iran entend sanctuariser ce triomphe financier comme une restitution souveraine et sans contrepartie commerciale unilatérale. Par ailleurs, la dépendance de l’Iran au marché chinois demeure un facteur déterminant, même si Pékin n’est pas directement au cœur des pourparlers. La Chine reste donc un partenaire énergétique essentiel pour Téhéran, et ses intérêts sécurisent en partie la modération iranienne, en l’occurrence l’ouverture du détroit d’Ormuz. Enfin, l’ombre des circuits d’exportation contournant les sanctions toujours en vigueur complique la capacité de la diplomatie occidentale à faire une pression durable. Sommaire des risques, et scénarios D’une manière sommaire, derrière l'optimisme de façade affiché en Suisse, la trêve des soixante jours est constamment menacée par quatre détonateurs géopolitiques. Le premier est le décalage fondamental entre les attentes de Washington, qui exige un renoncement nucléaire de Téhéran, et la position iranienne, qui n'y voit qu'un répit économique sans contrepartie stratégique. Le deuxième réside dans l'exclusion d'Israël de la cellule de déconfliction libanaise, qui laisse le gouvernement Netanyahu libre de saboter militairement la trêve au Liban pour neutraliser le Hezbollah, ce qui forcerait l'Iran à la riposte. Le troisième est la relance en sourdine par le Hezbollah de la réorganisation de ses rangs et du redéploiement camouflé d’un dispositif de combat face à Israël, chose qu’il avait réussi à faire de main de maitre après le retrait israélien de 2000, puis après la résolution 1701 de 2006, enfin après le cessez-le-feu du 27 novembre 2024. Si le Hezbollah récidive ainsi dans ses activités, il donnerait de nouveau à Israël un motif pour reprendre les combats et outrepasser les directives de Washington. Enfin, le quatrième détonateur à caractère géopolitique qui menace la trêve est l'imprévisibilité intrinsèque de Donald Trump, soumis aux pressions intérieures à sa droite et à sa gauche, ce qui pourrait l'amener à rompre unilatéralement le processus de Bürgenstock. Si l'un de ces verrous saute, le déclenchement de l'engrenage sera immédiat : le rétablissement instantané du blocus américain provoquera, comme réponse symétrique, une nouvelle fermeture iranienne du détroit d'Ormuz, replongeant le Golfe et le Proche-Orient dans la crise. Conclusion: apaisement conditionnel, pas de paix garantie Les 60 prochains jours détermineront si la feuille de route est le prélude à une pacification graduelle, ou bien le cadre d’une temporisation qui reportera simplement l’affrontement. Pour l’heure, nous assistons à un soulagement fragile qui permettrait peut-être de construire patiemment des garanties vérifiables et aboutir à un accord formel à la fin de l'été 2026, non sans risque potentiel de retour à la guerre au Liban et dans le Golfe. Une stabilisation réussie transformerait ainsi une guerre chaude en une guerre froide régionale hautement militarisée, suspendue à plusieurs facteurs de rupture à moyen et long terme. A lire sur le même sujet : USA-Iran: une feuille de route sous contrainte de temps (1/2)

Liban-Israël: Rubio veut arracher une déclaration d’intention

Au troisième jour du cinquième round des pourparlers libano-israéliens, à Washington, des discussions jugées ardues entre les deux délégations politico-militaires libanaise et israélienne devaient déboucher sur une déclaration d’intention définissant le cadre de négociations plus élaborées et d’une coopération future entre le Liban, Israël et les États-Unis. La déclaration d’intention devait être annoncée et signée par le Liban et Israël à 23 heures, heure de Beyrouth, mais l’annonce a été retardée en raison de la poursuite des discussions entre les deux parties. Selon diverses sources concordantes, le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, pèse de tout son poids pour amener le Liban et Israël à signer cette déclaration d’intention. Pendant ce temps, plusieurs incidents ponctuels ont été signalés, dans la journée et la soirée de jeudi, entre l’armée israélienne et des miliciens du Hezbollah. Peu avant minuit, l’aviation de l’État hébreu a effectué un raid contre le village de Beit Yahoun, dans le caza de Bint Jbeil. Les débats de cette dernière journée du cinquième round des pourparlers ont donc été axés, sans surprise, sur le retrait israélien et l’avenir de l’arsenal militaire du Hezbollah. Deux sujets sur lesquels les deux parties peinaient à s’entendre, alors que le secrétaire d’État américain, en tournée dans le Golfe, évoquait des avancées dans les pourparlers. Pour Israël, soumis à de fortes pressions américaines en faveur d’un repli, du moins jusqu’à la Ligne jaune, l’équation est claire: pas de retrait tant que la formation pro-iranienne maintient ses armes et représente une menace pour le nord du pays. Le Liban, pour sa part, réaffirme sa volonté d’étendre sa souveraineté sur l’ensemble de son territoire et estime que le maintien de l’armée israélienne au Sud compliquerait sa tâche. Beyrouth exige ainsi un retrait israélien total préalable, alors que Tel-Aviv souhaite que l’armée libanaise se déploie au Sud avant le retrait de ses forces. Les deux parties peinaient également à trouver une entente autour des «zones pilotes», qui constitueraient le point de départ d’un repli israélien dont le calendrier reste à fixer. Selon le Yediot Aharonot , le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, aurait réussi à convaincre Donald Trump de ne plus réclamer un retrait, dès lors que Washington est associé au projet de «zones pilotes» au Sud, dont Israël se retirerait progressivement en échange d’un déploiement renforcé de l’armée libanaise. Netanyahu a d’ailleurs réaffirmé, dans un discours en fin de journée, que ses troupes maintiendraient une présence dans «les zones de sécurité à Gaza et au Liban» et que «des missions doivent encore être menées face à l’Iran, au Hezbollah et au Hamas». Tel-Aviv a certes sensiblement réduit ses opérations dans la partie méridionale du pays, mais son armée continue d’éliminer des combattants du Hezbollah. Trois personnes ont ainsi été tuées dans une frappe de drone qui a ciblé une voiture près de Mayfadoune, dans le caza de Nabatiyé. Le dossier libanais est, comme on le sait, intégré aux discussions entre Washington et Téhéran, sur insistance de la République islamique, qui veut garder la haute main sur tout processus engageant le sort du pays et s’est autoproclamée porte-parole du Liban, en dépit du rejet officiel libanais de toute immixtion iranienne dans ses affaires. Faisant fi des critiques du président Joseph Aoun et du Premier ministre Nawaf Salam contre le comportement de Téhéran, le commandant de la force al-Qods des Gardiens de la révolution islamique, Esmaïl Qaani, a ainsi déclaré, une fois de plus, qu’Israël devait quitter «l’intégralité du territoire libanais» de son propre gré, faute de quoi il serait «contraint de fuir sous l’effet de la défaite». Téhéran continue de poser comme condition à la poursuite de ses négociations avec Washington un retrait israélien inconditionnel du Liban-Sud. Pour leur part, les États-Unis et les pays du Golfe ont réaffirmé, dans un communiqué conjoint publié au terme de la conférence ministérielle du Conseil de coopération du Golfe, qui s’est tenue à Manama, la nécessité de dissocier les deux processus diplomatiques menés à Washington et en Suisse. Le bloc parlementaire du Hezbollah est allé dans le même sens que le CGRI, appelant l’État libanais à «profiter du soutien iranien» et le mettant en garde contre «des concessions qui seraient consenties à Tel-Aviv». Israël a immédiatement réagi par la voix de son ministre de la Défense, Israel Katz, qui a annoncé que son pays «frappera fortement l’Iran s’il nous attaque à cause de nos opérations au Liban». Bras de fer autour d’Ormuz Au niveau régional, le bras de fer autour du détroit d’Ormuz s’est nettement durci jeudi, les Gardiens de la révolution islamique ayant rejeté une initiative d’Oman, soutenue par Washington et les pays du Golfe, visant à sécuriser la navigation dans ce passage stratégique. Ce développement menace de compliquer le processus diplomatique en cours en faveur d’une paix dans la région, d’autant que l’Iran, qui se proclame vainqueur de sa guerre contre les États-Unis et Israël, et qui est en butte à des difficultés financières et économiques substantielles, cherche à multiplier les acquis de cet ordre. Selon le Wall Street Journal, des droits de péage pourraient rapporter à Téhéran jusqu’à 40 milliards de dollars par an. De quoi renflouer le régime, surtout si ses avoirs restent bloqués par Washington. Signe d’une crise émergente, un pétrolier a été «touché par un engin explosif de source indéterminée au sud-est d’un port omanais», a annoncé en fin de journée la marine britannique. Trois autres cargos, dont un pétrolier, qui traversaient le même couloir, ont dû rebrousser chemin, selon la même source. Téhéran comptait sur Oman pour contourner la pression internationale et imposer un droit de péage sur Ormuz, mais le sultanat s’en est rapidement distancié, annonçant deux nouveaux couloirs temporaires, établis le long de ses côtes en coordination avec l’Organisation maritime internationale (OMI). Son ministre des Affaires étrangères, Badr al-Busaidi, a assuré qu’aucun «frais de transit» ne serait imposé, tout en précisant que Mascate poursuivait ses discussions avec Téhéran sur des coûts liés à certains services administratifs et de sécurité maritime. Si cette décision a été largement saluée par les pays du Golfe, les Pasdaran, qui entendent maintenir le contrôle de l’un des principaux points de passage énergétique de la planète, l’ont aussitôt rejetée. Dans un contre-communiqué, ils ont affirmé que «les seules routes autorisées pour traverser le détroit d’Ormuz sont celles annoncées par la République islamique d’Iran». Reprochant à Mascate de ne pas s’être concerté avec eux, ils ont averti que tout navire empruntant un autre itinéraire s’exposerait à «des sanctions», sans en préciser la nature. La réaction américaine n’a pas tardé. À Bahreïn, où il participe à la conférence ministérielle du CCG, Marco Rubio a rejeté catégoriquement toute idée de péage ou de redevance dans le détroit, affirmant qu’«aucun État ne pouvait prétendre être propriétaire d’une voie maritime internationale». Pour Washington, le débat dépasse largement le cadre du Golfe. Les responsables américains redoutent qu’un précédent à Ormuz n’encourage d’autres puissances à monnayer le passage dans des détroits stratégiques à travers le monde, ce qui provoquerait un «chaos total», a averti Rubio. Reste à voir quel impact cet épisode aura sur les négociations américano-iraniennes. Car, d’une part, les Pasdaran estiment que toute concession au sujet d’Ormuz serait synonyme de perte d’influence régionale. D’autre part, les États-Unis, certes soucieux de conclure un accord avec l’Iran, ne veulent pas le faire «à n’importe quel prix», a réaffirmé Marco Rubio à Manama. Le chef de la diplomatie américaine a ainsi répété qu’aucune disposition du futur accord avec l’Iran ne devait compromettre «la sécurité, la stabilité ou la prospérité» des États du Golfe, dans une tentative évidente de rassurer ces monarchies, alors qu’une nouvelle réunion technique entre experts américains et iraniens est prévue en Suisse à la fin du mois. Cet engagement a transparu dans le communiqué final de la conférence ministérielle de Manama. La question des missiles balistiques y a été intégrée, alors qu’elle ne figure pas dans le mémorandum d’entente américano-iranien et que Téhéran refuse, au nom de l’équilibre des forces régional, que ce dossier fasse l’objet de négociations. Les chefs de la diplomatie des pays du Golfe ont ainsi appelé Washington à inclure la question des missiles iraniens et des groupes armés alliés de Téhéran dans les pourparlers visant à mettre un terme définitif à la guerre au Moyen-Orient. «Une paix et une sécurité régionales durables exigent de répondre à l’ensemble des menaces iraniennes, y compris ses missiles balistiques, ses drones et son soutien aux groupes armés dans la région», ont déclaré les ministres du CCG.

Les communautés ecclésiales, printemps de l’Église (1/2)

À l’initiative du mouvement des Focolari, l’archevêque maronite d’Antélias, Mgr Antoine Bou Najem, a accueilli, le 29 mai dernier, à la cathédrale de la Résurrection (Mtayleb), pour une soirée de prière et des présentations, des responsables et membres de 35 mouvements ecclésiaux, apparus pour la plupart dans la mouvance du renouveau charismatique après le Concile Vatican II. Dans cet article divisé en deux parties, nous présentons cet événement, qui est une première, et sa signification pour l’Église en général, ainsi que «le lieu théologique» de ces mouvements ecclésiaux par rapport à la hiérarchie de l’Église, tel qu’élaboré dans les années 1990 par le cardinal Josef Ratzinger, futur Benoît XVI, alors préfet du Dicastère pour la doctrine de la foi. Un printemps de l’Église À la fin des années 1960, au sortir de ce que le théologien Karl Rahner décrivait comme «un hiver de l’Église», les premiers rayons d’un incroyable réveil, celui du renouveau charismatique, se levaient sur le Liban et sur le monde catholique. L’une des clés théologiques du phénomène était – elle l’est toujours – l’expérience de l’amour de Jésus pour chacun et la redécouverte de l’action de l’Esprit Saint, à travers les charismes accordés pour édifier l’Église et chaque fidèle en particulier. Le Concile Vatican II avait remis à l’honneur l’idée que l’Esprit donne des dons non seulement à la hiérarchie, mais aussi à tous les fidèles, pour le bien commun de l’Église. Cette vision avait permis de mieux comprendre l’émergence de nouvelles formes de vie chrétienne adaptées à la situation du moment et rendues possibles par l’effusion de l’Esprit, une dynamique nouvelle et l’expérience de la présence de Dieu. Sur ces entrefaites, alors que les bourgeons d’une communauté œcuménique charismatique née dans les milieux universitaires anglophones commençaient à se former, la guerre éclatait au Liban. Pendant des années, dans l’effervescence des commencements, le groupe de prière et la communauté nés de ce renouveau attirèrent des jeunes qui, ignorant les dangers des bombardements, des enlèvements et autres périls du moment, firent preuve d’une fidélité héroïque aux réunions de prière et à la communauté humaine qui en surgit. Et tous pouvaient témoigner que, là où ils se croyaient en train de «tout donner», ils étaient, en fait, en train de «tout recevoir», non sans quelques «incompréhensions» venues des proches. Depuis ces débuts spontanés et parfois déroutants, ce «printemps de l’Église» a essaimé dans le monde entier, ainsi qu’au Liban, où sa contribution à la «nouvelle évangélisation» est aujourd’hui reconnue et appréciée. La nouveauté de certains charismes et l’effusion de l’Esprit ont été parfois difficiles à expliquer ou à accepter. Mais maintenant, ces groupes et communautés sont entrés dans une phase de relative maturité ecclésiastique, de patiente communion, de responsabilité partagée et d’enracinement dans l’Église. Pour en superviser le déploiement dans le monde catholique, le pape François a créé «Charis», un organisme relevant du Dicastère pour les laïcs et appelé à servir tous les courants du «Renouveau charismatique». Le 29 mai dernier, à l’initiative du mouvement des Focolari et pour la première fois au Liban, 35 de ces mouvements et communautés ecclésiaux présents dans le pays se sont rencontrés, dans leur diversité, en la cathédrale de la Résurrection (Mtayleb – diocèse maronite d’Antélias). L’évêque du lieu, Mgr Antoine Bou Najem, épaulé par le nonce apostolique, Mgr Paolo Borgia, leur offrait l’hospitalité de sa cathédrale et leur donnait officiellement la parole. Accomplissement d’une promesse La réunion fut présentée par Fadi Bouzamel (Focolari) comme «l’accomplissement d’une promesse faite en 1998 au pape Jean-Paul II par Chiara Lubich». Cette promesse consistait à œuvrer inlassablement, «conformément à la vocation à l’unité des Focolari», à rapprocher les nouveaux mouvements ecclésiaux les uns des autres, à les conduire à se connaître, à s’apprécier et à coopérer entre eux dans leur mission d’évangélisation du monde, conformément aux charismes de chacun d’entre eux et sous l’autorité de leurs évêques. Pourquoi 1998? Répondre à cette question, c’est remonter au Congrès mondial des mouvements ecclésiaux tenu à Rome le 31 mai 1997. Ce jour-là, Jean-Paul II avait fait une «inoubliable rencontre» avec plus de deux cent mille personnes appartenant à une cinquantaine de mouvements ecclésiaux et nouvelles communautés. Celles-ci représentaient un «courant de grâce» grandissant, que son prédécesseur, saint Paul VI, accueillant en 1975 le Renouveau charismatique au cœur de la basilique Saint-Pierre, avait considéré comme «une chance pour l’Église». En 1998, à la Pentecôte, l’émerveillement de Jean-Paul II se renouvelait devant une immense manifestation réunissant, du 27 au 29 mai, place Saint-Pierre, 400.000 responsables et membres de mouvements ecclésiaux et communautés nouvelles, venus des quatre coins de la planète. Stupéfait, le monde entier découvrit ce jour-là une Église en pleine jeunesse, une Église capable d’accueillir et de mettre en valeur chaque charisme, une Église capable de recueillir la diversité dans l’unité, la vitalité missionnaire des laïcs, la catholicité des mouvements ecclésiaux et des nouvelles communautés, nées dans le sillage du Concile Vatican II. Parmi les mouvements les plus influents, pour ne citer que les plus connus, figuraient le mouvement des Focolari, né en pleine guerre mondiale (1942), le Renouveau charismatique catholique, le mouvement Communion et Libération, le Chemin néocatéchuménal, la Communauté de Sant’Egidio , la Communauté de l’Emmanuel et le Chemin neuf. S’adressant à la foule, Jean-Paul II avait affirmé: «J’ai pu les mentionner comme des nouveautés qui attendent encore d’être accueillies et mises en valeur de façon adéquate. Je vois aujourd’hui, et je m’en réjouis, qu’ils manifestent une conscience personnelle plus mûre. Ils représentent l’un des fruits les plus significatifs de ce printemps de l’Église, déjà annoncé par le Concile Vatican II, mais malheureusement souvent entravé par le processus de la sécularisation qui se développe (…) et qui promeut des modèles de vie sans Dieu (…). On ressent donc avec urgence la nécessité d’une annonce forte et d’une formation chrétienne solide et approfondie. Nous avons besoin aujourd’hui de personnes chrétiennes mûres, conscientes de leur identité baptismale, de leur vocation et de leur mission dans l’Église et dans le monde! Nous avons besoin de communautés chrétiennes vivantes! Et voici alors les mouvements ecclésiaux et les communautés nouvelles: ceux-ci sont la réponse suscitée par l’Esprit Saint à ce défi dramatique de fin de millénaire. Vous êtes cette réponse providentielle.»

Négociations de Washington: la politique des petits pas

Le deuxième jour du 5e round des négociations directes entre le Liban et Israël, qui se sont tenues ce mercredi 24 juin au Département d’Etat, à Washington, a été axé sur l’examen du mécanisme concret qui devrait être mis en place afin de «gérer» le retrait partiel, et symbolique au stade actuel, des forces israéliennes de certains secteurs de la région frontalière. Conformément aux discussions en cours sur ce plan, l’armée libanaise devra remplacer au fur et à mesure les unités israéliennes qui se retirent progressivement. Des sources généralement bien informées relèvent que cette relève sera effectuée par des unités de l’armée libanaise encadrées et sous contrôle «sécuritaire» et opérationnel du commandement militaire américain. Les discussions en cours à Washington à ce sujet se poursuivront pour une troisième journée, ce mercredi 24 juin. Concernant la finalité de ces négociations libano-israéliennes, un haut responsable au Département d’Etat a indiqué mercredi que l’administration Trump œuvre à «mettre un terme définitif aux cycles de violence entre le Liban et Israël». Et d’ajouter, pour bien cerner le cadre des pourparlers – sans doute pour les tenir bien à l’écart des gesticulations médiatiques hégémoniques du régime des mollahs – que «le Liban et Israël négocient en leur qualité d’Etats souverains pour réaliser la paix». Dans l’attente que se décantent les pourparlers de ce cinquième round, un calme précaire et tendu continue de régner sur le terrain dans la zone méridionale, le long de la frontière avec Israël. Cette accalmie est toutefois marquée quasi quotidiennement par des incidents sécuritaires ponctuels, comme ce fut le cas en ce mercredi lorsque l’armée israélienne a abattu deux miliciens du Hezbollah qui s’approchaient des positions israéliennes dans le secteur de la colline stratégique de Ali el-Taher. Parallèlement, un drone israélien a lancé une roquette contre une voiture qui circulait sur la route de Kfar Remman (caza de Nabatiyeh). Deux personnes ont été tuées au cours de cette frappe. En fin d’après-midi, une autre frappe de drone a été signalée à Nabatiyeh el-Fawqa tandis que des tirs d’artillerie étaient dirigés contre le village de Yater, dans le caza de Bint Jbeil. Ces incidents ponctuels interviennent alors que le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a affirmé mercredi que l’Etat hébreu «n’a pas terminé son opération au Liban-Sud», soulignant à ce propos que tant qu’il se maintient dans ses fonctions de Premier ministre, l’armée israélienne ne se retirera pas totalement de la zone tampon qu’elle s’emploie à instaurer et à consolider dans la région méridionale libanaise afin de sécuriser le Nord d’Israël. Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, devait d’ailleurs indiquer mercredi que l’Administration Trump n’a pas demandé à Israël de se retirer du Liban-Sud. Notons pour clore ce dossier libanais (qui paraît donc évoluer à «petits pas») que le président Joseph Aoun a réaffirmé ce mercredi que les négociations de Washington sont totalement dissociées des pourparlers américano-iraniens initiés en Suisse. Le volet régional En ce qui concerne les développements régionaux, trois dossiers fondamentaux continuent d’entretenir les divergences entre Américains et Iraniens au niveau de la lecture et de l’interprétation de l’accord-cadre conclu entre les deux parties. L’Administration Trump, plus spécifiquement le chef de la Maison Blanche, ne rate aucune occasion pour affirmer que les experts de l’Agence internationale de l’Energie atomique inspecteront bel et bien les sites nucléaires iraniens, ce que ne cesse de démentir catégoriquement les pôles du régime iranien. Dans le même temps, le président Trump souligne sans détour que les avoirs iraniens qui seront débloqués serviront exclusivement à acheter, pour le compte de la population iranienne, du blé, du maïs et du soja directement sur le marché américain, ce qui bénéficiera aux agriculteurs et producteurs US. Cette approche est toutefois rejetée par les hauts responsables à Téhéran qui répètent à qui veut bien l’entendre qu’il revient au pouvoir iranien uniquement de décider de l’usage des avoirs qui seront dégelés par l’Administration américaine. Autre sujet de discorde entre Washington et Téhéran: la gestion de la navigation maritime internationale dans le détroit d’Ormuz. Le régime iranien continue à se démener à plus d’un niveau afin d’imposer, comme un fait accompli, son contrôle et sa souveraineté sur le détroit en imposant des redevances pour des services d’ordre administratif, «écologique» et «sécuritaire» qui seraient assurés aux navires empruntant cette voie de passage maritime. Il s’agit là manifestement d’un péage qui ne veut pas dire son nom… Ce qui a incité le président Trump à affirmer mercredi que si les Iraniens s’emploient à imposer un péage déguisé au détroit d’Ormuz, il arrêtera purement et simplement les négociations avec Téhéran…

 USA-Iran: une feuille de route sous contrainte de temps (1/2)

Après 48 heures chaotiques, ponctuées de menaces de rupture, la première session de haut niveau entre les délégations américaine et iranienne s’est achevée sous la double médiation du Qatar et du Pakistan. Le protocole signé à Versailles le 17 juin apparaissait jusque-là comme une trêve fragile; il est désormais transformé en véritable exercice diplomatique après la validation formelle d’une feuille de route de 60 jours. Celle-ci devrait déboucher soit sur un accord final, à l’image des arrangements qui structurent le Moyen-Orient depuis 1948, soit sur une nouvelle crise ouverte. Les risques politiques et militaires entre les deux parties demeurent entiers, dans une période hypercompressée. Le rôle du Qatar Le rôle pivot du Qatar dans les négociations entre l’Iran et les États-Unis illustre, d’une part, que le chantage iranien, à travers ses bombardements contre l’émirat, a porté ses fruits et, d’autre part, le retour en force d’une diplomatie transactionnelle, où la géopolitique s’efface derrière ce qui ressemble à un contrat d’affaires. Déjà dépositaire historique des canaux financiers secrets entre Washington et Téhéran, Doha s’est imposé en Suisse, grâce à son soft power, comme garant d’une certaine stabilité régionale. Partageant avec l’Iran le plus grand gisement gazier mondial, tout en hébergeant la principale base militaire américaine au Moyen-Orient, le Qatar a su manœuvrer pour orchestrer, dans un premier temps, le gel des avoirs iraniens sous pression de Washington, puis leur dégel dans un second temps, rouvrant ainsi le détroit d’Ormuz. Mais la force de cette médiation qatarie réside également dans l’intimité de ses réseaux économiques avec l’équipe de Donald Trump. Qu’il s’agisse du gendre de Donald Trump, Jared Kushner, ou de l’envoyé spécial Steve Witkoff, présents en Suisse auprès de JD Vance, les deux figures clés de la délégation américaine entretiennent des liens financiers étroits avec les fonds souverains de l’émirat. Cette imbrication inédite entre intérêts privés et affaires d’État a permis de transformer un conflit idéologique hautement inflammable en table de négociation commerciale, non sans risques. En intégrant de surcroît le Qatar au cœur de la cellule de déconfliction sur le front libanais, Washington valide l’émergence d’un parrainage qatari qui redéfinit l’équilibre des forces au Moyen-Orient. Le pire, pour le Liban, dans cette affaire, serait un nouvel accord de Doha, comme celui de 2008. La principale nouveauté issue des négociations en Suisse est cette feuille de route, qui déclenche une véritable course contre la montre de 60 jours, avec des négociations techniques prolongées destinées à mettre en œuvre le protocole d’entente. Les équipes restent sur place à Bürgenstock et les ateliers techniques devraient se multiplier. Ce calendrier strict enferme Washington et Téhéran dans un piège politique, où le délai nécessaire aux concessions devient un compte à rebours inflammable face aux pressions internes dans chacun des deux pays. Prolongation possible du délai de 60 jours? L’administration américaine n’a pas le luxe du temps: la Maison-Blanche a un besoin impérieux de résultats rapides pour stabiliser les marchés énergétiques et valider sa doctrine de diplomatie transactionnelle. Un enlisement technique en Suisse, doublé d’une possible prolongation de la trêve, offrirait à l’Iran le scénario idéal: continuer d’encaisser les pétrodollars grâce à la levée temporaire des sanctions sur la vente de son pétrole, tout en maintenant le flou sur son programme nucléaire. Face à cette montre iranienne qui tourne, l’exécutif américain se retrouverait pris au piège de sa propre opinion publique à droite, notamment par le sénateur Roger Wicker, républicain du Mississippi et président de la commission des forces armées du Sénat, qui a publiquement déclaré que cet accord «négocie et brise les victoires» militaires de l’armée américaine. Quant au sénateur Ted Cruz, républicain du Texas, il tire à boulets rouges sur le dégel des 12 milliards de dollars d’avoirs iraniens, estimant qu’envoyer des milliards aux ayatollahs revient à financer directement le terrorisme antiaméricain et à formaliser le contrôle iranien sur le détroit d’Ormuz. De son côté, le sénateur John Cornyn, républicain du Texas, dénonce un accord qui permettrait à l’Iran de vendre librement son pétrole et de renflouer ses caisses pour reconstruire son arsenal de missiles balistiques, sans aucune contrepartie sur le démantèlement nucléaire. Le sénateur Rick Scott, républicain de Floride, exprime pour sa part son refus catégorique de faire confiance au régime de Téhéran. Mais le plus important de tous est le sénateur Lindsey Graham, républicain de Caroline du Sud, l’un des plus proches alliés de Donald Trump, qui s’est aligné sur une position prudente mais ferme: il exige que tout accord final soit soumis à l’approbation et au vote du Congrès, refusant de laisser le seul pouvoir exécutif valider le dégel des fonds. Ainsi, si la trêve de 60 jours doit déboucher sur un traité, Donald Trump devra faire face à une coalition de faucons républicains criant à la trahison et de démocrates dénonçant un chèque en blanc. Cette opposition constitue le premier obstacle interne au succès de la feuille de route helvétique. Quand le Capitole s’invite à Bürgenstock Donald Trump est également sous pression à sa gauche. Le 23 juin courant, le Sénat américain a adopté, par 50 voix contre 48, une résolution limitant les pouvoirs de guerre du président. Cette motion constitutionnelle n’a pas la force juridique de paralyser la Maison-Blanche, mais son calendrier politique est embarrassant. En s’alliant aux démocrates, quatre sénateurs républicains ont brisé l’unité de leur camp pour contester à Donald Trump le monopole de la décision militaire face à Téhéran, en lui demandant d’obtenir l’approbation du Congrès pour tout acte de guerre. Cette posture législative fragilise les négociateurs américains à Bürgenstock: l’Iran sait désormais que la menace de Donald Trump de reprendre les bombardements à la moindre incartade est politiquement entravée par un Congrès susceptible de lui couper les budgets nécessaires. De plus, elle pousse le président américain, furieux de ce qu’il qualifie de «faute patriotique», à durcir le ton pour prouver sa souveraineté, quitte à saboter lui-même les ateliers techniques par des sorties incendiaires sur les réseaux sociaux. Coincée entre les exigences de Mojtaba Khamenei, les foudres d’un allié israélien marginalisé et de ses relais dans l’administration américaine, ainsi que le réveil constitutionnel de son propre Congrès, la feuille de route de 60 jours apparaît plus que jamais comme un sursis précaire, où chaque camp guette le premier faux pas de l’autre. L’imprévisibilité américaine et la diplomatie duale Les négociations ont en effet failli capoter lorsque, le 21 juin courant, Donald Trump, en direct sur Fox News, a menacé de reprendre les bombardements contre l’Iran et d’intervenir dans le détroit d’Ormuz si aucun accord n’était conclu dans les 60 jours. La délégation iranienne a alors suspendu sa participation, et il a fallu un intense travail de conciliation de la part des Qataris et des Pakistanais pour ramener les négociateurs à la table. Ce type d’intervention publique illustre une tension permanente entre une diplomatie de terrain menée par JD Vance, Jared Kushner et Steve Witkoff, et une communication présidentielle qui rappelle où se trouve le centre de décision, au risque d’annuler les progrès réalisés en coulisses. C’est là tout le paradoxe stratégique: la combinaison d’une menace verbale maximale et d’une pratique diplomatique pragmatique. Ce paradoxe peut certes fonctionner pour imposer des concessions, mais il déclenche aussi des crises de confiance du côté iranien, pakistanais et qatari. (À suivre)

Crise régionale: la diplomatie s’active, les zones d’ombre se multiplient

La journée de mardi a été marquée par un véritable branle-bas diplomatique autour de deux actualités qui font la «une» internationale depuis quelque temps: les discussions entre Washington et Téhéran et les pourparlers directs entre le Liban et Israël. La cinquième session des négociations libano-israéliennes s’est ouverte au Pentagone, mais non sans un rappel ferme du président Joseph Aoun de la ligne directrice qui doit encadrer ces discussions, étalées sur trois jours: le respect de la souveraineté libanaise. M. Aoun, qui a critiqué à plusieurs reprises l’ingérence iranienne flagrante dans les affaires intérieures du Liban, a mis sur un même pied d’égalité Téhéran et Tel Aviv. «Nous n’accepterons rien de moins que la fin de l’occupation israélienne et de toutes les tutelles étrangères», a-t-il déclaré, dans une allusion à peine voilée à l’Iran. Il a exprimé l’espoir que les discussions aboutissent «au plein rétablissement de la souveraineté du Liban sur chaque parcelle de son territoire», selon un communiqué de son bureau. Pour Beyrouth, l’objectif de ces discussions consiste à transformer le cessez-le-feu en un mécanisme concret permettant le retrait israélien du Sud, le retour des déplacés et la libération des prisonniers. Selon des sources du palais présidentiel, citées par l’agence locale al-Markaziya, des instructions précises ont été données au chef de la délégation libanaise, l’ambassadeur Simon Karam, afin de maintenir fermement ces priorités tout en recherchant des arrangements militaires et sécuritaires applicables sur le terrain, où le cessez-le-feu reste malmené. L’armée israélienne a tiré mardi sur des groupes de personnes qu'elle a présentées comme des «terroristes» du Hezbollah pro-iranien, dans le secteur de la colline stratégique de Ali Taher, faisant au moins deux morts. Selon des informations relayées par les médias israéliens, les discussions porteraient notamment sur la création de «zones pilotes» au Liban-Sud. Selon le Haaretz , Tel Aviv aurait élaboré plusieurs cartes prévoyant un retrait expérimental de certaines zones situées au sud du Litani et de la Ligne jaune, où l’armée libanaise se déploierait sous supervision américaine. Au Liban, on indique que les discussions à caractère militaire et sécuritaire seront suivies, jeudi, d’autres d’ordre politique, en rapport notamment avec le désarmement du Hezbollah. Le projet de «zones pilotes» bénéficie bien entendu d’un soutien américain dans la mesure où il constituera un véritable test pour la capacité de l’armée libanaise à maintenir la sécurité dans la partie méridionale du pays et à empêcher les tentacules de Téhéran de s’y étendre de nouveau. Mais il comprend quand même deux écueils majeurs: la République islamique, qui refuse de desserrer son emprise sur le Liban, a été associée au mécanisme qui doit voir le jour. Les raisons de cette présence, pour le moins inopportune, n’ont pas été encore officiellement expliquées. D’autre part, le Liban ne semble pas prendre part aux préparatifs concrets de ce dispositif, comme en témoigne la teneur dévoilée des deux entretiens téléphoniques de Joseph Aoun avec le vice-président et le secrétaire d’État américains, JD Vance et Marco Rubio. Les deux l’ont appelé mardi pour exprimer leur soutien à ses positions et à celles du gouvernement, en faveur d’un rétablissement de la souveraineté libanaise. Selon un communiqué de la présidence de la République, ils l’ont informé que «les préparatifs pour la composition et l’action de cette cellule sont actuellement à l’étude». Reste à savoir quel sera le rôle du Liban dans ce cadre, alors que Beyrouth continue de plaider pour une dissociation des deux voies de négociations, libano-israélienne et irano-américaine. L’appel de Joe Raggi aux pays arabes À Amman où il participait aux travaux de la 165e conférence ministérielle de la Ligue arabe, le ministre des Affaires étrangères, Joe Raggi, a demandé aux pays arabes de soutenir «l’indépendance de la voie de négociation libanaise» par rapport à l’axe américano-iranien. Il a insisté sur le fait que l’avenir du Liban ne devait pas être décidé en son absence. Apparemment, cette volonté reste soutenue par Washington, comme l’a rappelé JD Vance, dans sa réponse au leader des Forces libanaises, Samir Geagea, qui l’avait interpellé au sujet de la position américaine par rapport au Liban et au Hezbollah. JD Vance a affirmé dans sa réponse à M. Geagea que les États-Unis considéraient le président Aoun et le gouvernement libanais comme «la seule autorité légitime du pays». Le vice-président américain a insisté sur le fait que les échanges avec Téhéran «ne visaient pas à lui accorder un rôle dans l’avenir du Liban, mais à obtenir qu’il fasse pression sur le Hezbollah afin qu’il respecte ses engagements». En tout état de cause, le camp souverainiste contre qui le chef du Hezbollah, Naïm Qassem, s’est déchaîné de nouveau mardi, l’accusant de servir les intérêts d’Israël, ne compte pas baisser sa vigilance. Plus de 400 personnalités libanaises ont ainsi co-signé un appel pour sauver le Liban, s’articulant autour de trois idées principales: un ralliement autour de l’État, un soutien aux négociations directes avec Israël et un rejet de la tutelle que l’Iran cherche à imposer au Liban, via son bras militaire, le Hezbollah. Dans le même ordre d’idées, le bloc parlementaire des Forces libanaises, les députés du parti Kataëb et un groupe de députés indépendants (dont Achraf Rifi, Michel Moawad et Fouad Makhzoumi) ont remis au chef du gouvernement, Nawaf Salam, un mémorandum dans lequel ils appellent l’État libanais à préparer un dossier juridique, financier et diplomatique afin de réclamer à la République islamique d’Iran des compensations pour les dommages et les pertes résultant de la dernière guerre initiée sur le front libanais par l’Iran. La diplomatie française reste également fortement impliquée dans l’après-guerre au Liban. Lors de trois entretiens téléphoniques avec Joseph Aoun, Nawaf Salam, ainsi qu’avec le président de la Chambre, Nabih Berry, le président français Emmanuel Macron a évoqué l’évolution des négociations américano-iraniennes, la consolidation du cessez-le-feu au Liban-Sud et la préparation de l’après-Finul. Alors que la mission de la force internationale doit prendre fin à partir de 2027, Paris consulte plusieurs partenaires européens afin de définir les modalités d’une éventuelle présence internationale de substitution. Grincements de dents Parallèlement, les discussions entre les États-Unis et l’Iran ont franchi une nouvelle étape, les deux parties ayant décidé de mettre en place quatre groupes de travail consacrés à la levée des sanctions, au nucléaire, à la reconstruction économique iranienne et au suivi des engagements. Les responsables américains se montrent optimistes, mais des grincements de dents se font entendre, alors que le président iranien, Massoud Pezechkian, et son chef de la diplomatie, Abbas Araghchi, se trouvent à Islamabad pour des discussions avec les responsables pakistanais, engagés dans la médiation avec Washington. Le président américain Donald Trump a affirmé que l’Iran avait accepté des inspections nucléaires «au plus haut niveau», et que «les inspecteurs seront sur le terrain, au moment opportun», ce que Téhéran s’est empressé de démentir. Par la voix de ses responsables, la République islamique a déclaré ne pas avoir l’intention d’autoriser l’Agence internationale de l’énergie atomique à inspecter certains sites nucléaires bombardés récemment par Israël et les États-Unis. Ce à quoi Donald Trump a réagi par un: «Si l’Iran est à la recherche de problèmes, qu’il essaie de se doter de l’arme nucléaire.» Un deuxième point de friction concerne le déblocage des avoirs iraniens gelés. Téhéran a annoncé un accord prévoyant le dégel immédiat de 12 milliards de dollars, en deux tranches de six milliards. Mais Donald Trump a indiqué que ces fonds seraient placés sous séquestre et destinés exclusivement à l’achat de produits alimentaires et médicaux américains. Par la voix de son ambassadeur à l’ONU, Téhéran a immédiatement rejeté cette interprétation, affirmant que l’Iran resterait seul maître de l’utilisation de ses avoirs. Alors que les États-Unis veulent s’assurer que ces fonds seront utilisés pour soutenir le peuple iranien, en proie à une crise socio-économique sans précédent, le régime des mollahs, en butte à une crise financière, cherche à se renflouer pour assurer sa propre survie. Le litige sur le détroit d’Ormuz Un troisième point de friction se rapporte à la question du détroit d’Ormuz. Téhéran a réaffirmé sa volonté de conserver le contrôle administratif de cette voie stratégique, qui a connu mardi le trafic maritime le plus élevé depuis le début de la guerre. L’Iran et Oman ont annoncé le début de discussions sur les modalités et les coûts des futurs services liés à la gestion de cet axe, alors que Washington s’oppose fermement à un contrôle iranien du détroit. Dans ce contexte, le secrétaire d’État américain Marco Rubio qui a entamé mardi une tournée dans le Golfe, a réaffirmé à son arrivée à Abou Dhabi qu’«aucun pays n'est autorisé à percevoir des péages ou des redevances sur une voie navigable internationale». L’objectif de la tournée est de «rassurer les pays alliés du Golfe sur le protocole d’accord avec l’Iran». Marco Rubio doit ainsi discuter avec les dirigeants des Émirats arabes unis, du Koweït et de Bahreïn du protocole d’accord avec l’Iran, de la sécurité du détroit d’Ormuz et des garanties de stabilité réclamées par ces pays qui avaient été attaqués par l’Iran durant sa guerre avec les États-Unis et Israël.