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Photo ANWAR AMRO/AFP
Analyse
Portrait de l'auteur
Par Mona Fayad
Publié oct. 21, 2026 - 20:27
Comment le Liban en est-il arrivé à un tel degré de dégradation, jusqu’à l’effondrement? Qu’est-ce qui empêche l’État d’exercer ses prérogatives souveraines, notamment son monopole de la violence, son pouvoir de décider de la guerre et de la paix et celui de définir une politique étrangère conforme à ses intérêts? Quiconque examine avec un regard critique et impartial le premier siècle d’existence de l’État libanais constate que la classe politique dirigeante s’est comportée, depuis l’indépendance jusqu’à aujourd’hui, d’une manière singulière. Alors que les premiers fondateurs du Grand Liban entendaient consolider la notion de citoyenneté, l’allégeance à la patrie et le droit à l’autodétermination, les pratiques des responsables politiques ont abouti à une «confiscation de la citoyenneté» et à un affaiblissement du sentiment d’appartenance nationale, jusqu’à sa disparition chez certains, au profit des chefs confessionnels, des grandes familles et des allégeances étrangères.
Économie
Portrait de l'auteur
Par Bernard Raymond Jabre - Publié oct. 21, 2026 - 17:55
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Un vehicule de police en feu dégageant une épaisse fumée noire et des flammes est couché sur le côté sur l'autoroute A20 pendant les manifestations du 17 octobre 2026. (AFP)
La France ne traverse plus seulement une crise budgétaire, une crise politique, une crise sociale ou une crise d’autorité. Le danger véritable apparaît lorsque ces crises, jusqu’ici relativement distinctes, commencent à converger, interagir et se nourrir les unes des autres. C’est alors qu’une succession de crises peut devenir une crise systémique de l’État. Il ne s’agit pas d’annoncer l’effondrement de la France. L’État demeure puissant, l’administration fonctionne, les institutions tiennent et l’économie française reste considérable. Mais une question plus profonde se pose : un État peut-il rester pleinement souverain lorsqu’il perd progressivement sa capacité à décider, à financer ses décisions, à les faire accepter et à les faire exécuter ?
Décryptage
Portrait de l'auteur
Par Taline Becharraoui - Publié oct. 20, 2026 - 23:42
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En Israël, un panneau représentant Donald Trump et Benjamin Netanyahu affiche en hébreu le message suivant: «Président Trump: votez Netanyahu!» En début de semaine, Trump a apporté un soutien sans ambiguïté à Netanyahu en vue des prochaines élections israéliennes, prévues le 27 octobre. (Jack Guez / AFP)
La relance des négociations entre Libanais et Israéliens à Tampa, en Floride, après plus de deux mois de gel (la dernière session avait eu lieu début août à Rome), constitue sans conteste l’événement marquant de ce mardi. Dans la forme, cette réunion a lieu entre deux délégations militaires et civiles, dans un objectif déclaré de faire le bilan des maigres réalisations enregistrées jusque-là. Une réunion de deux ou trois jours dont personne n’attend grand-chose, à l’exception d’un exposé des demandes des uns et des autres, jusque-là irréconciliables. Selon la MTV, en ce premier jour, un bilan a été fait de l’expérience des «zones pilotes» et des défis rencontrés. Mercredi, la discussion portera sur les pays pouvant jouer le rôle d’observateurs après le départ de la Finul, afin de lever des recommandations aux gouvernements. La chaîne a parlé d’un troisième jour qui serait consacré à des réunions bilatérales entre les Américains et chacune des deux délégations.
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Une alliance militaire sunnite face à l’Iran

Depuis le début de la guerre lancée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, les monarchies pétrolières du Golfe en paient le prix fort : à défaut de pouvoir atteindre Tel-Aviv ou Washington, la République islamique n’a pas hésité à cibler ses voisins arabes, sous prétexte qu’ils abritent des bases américaines, pourtant largement évacuées. Résultat : l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Koweït, Bahreïn, le Qatar, pourtant considéré comme un allié de l’Iran, mais aussi Oman et la Jordanie ont été pris pour cible. Récemment, Téhéran a activé ses proxys en Irak et au Yémen, les milices chiites irakiennes et les Houthis yéménites, qui ont visé les infrastructures pétrolières saoudiennes.

Une crise financière aux profondes racines politiques

La crise libanaise, officiellement apparue à l’automne 2019, a été expliquée presqu’exclusivement par des facteurs techniques : ingénieries financières de la Banque du Liban ; profits bancaires; parité livre-dollar; taux d’intérêt; transferts de capitaux ; déficit commercial et consommation. Ces facteurs doivent être en effet examinés, mais ils ne suffisent pas à expliquer totalement l’effondrement. Les causes politiques, sécuritaires et administratives — pillage du secteur public, recrutements anarchiques dans l’administration de l’Etat, dépenses sans budgets réguliers, clientélisme, politisation de la justice, contrebande, économie parallèle et implication dans des conflits régionaux — ont été largement occultées. Le gouvernement de Hassane Diab n’est pas exclusivement à l’origine d’une crise qui se préparait depuis des décennies. Toutefois, certaines décisions prises ou assumées pendant son mandat ont accéléré la rupture.

De Rome à Ormuz, les négociations progressent mais les incertitudes persistent

C’est la journée des pourparlers par excellence. À Rome, la troisième et dernière réunion du septième round de négociations directes entre Beyrouth et Tel Aviv a pris fin sur une note plus ou moins positive mais toujours pas concluante. Dans le Golfe, Téhéran et Mascate seraient sur le point d’annoncer un accord provisoire sur la navigation dans le détroit d’Ormuz. Dans les deux cas, un dénouement n’est certainement pas pour bientôt, d’autant que le problème de fonds, c’est-à-dire le pouvoir déstabilisateur de l’Iran dans la région, et plus particulièrement celui des milices pro-iraniennes, persiste, comme l’a relevé à juste titre le ministre syrien des Affaires étrangères, Assaad al-Chibani, en visite jeudi à Ankara.

Le Prophète et le Philosophe (1/10)
Par
Wissam Saadé
Publié

En avril 2026, Wissam Saadé a donné quatre conférences à l’Université de Bologne. La première, à l’invitation du professeur Giovanni Giorgini, intitulée «Le Prophète et le Philosophe: la hiérarchie du savoir entre la falsafa d’Avicenne et le néoplatonisme ismaélien d’al-Kirmānī», est présentée ici dans une version remaniée et enrichie, publiée sous la forme d’une série de dix articles. Cette série explore le paysage intellectuel du néoplatonisme islamique à travers une lecture comparée d’Avicenne et d’al-Kirmānī. Si les deux penseurs partagent un horizon largement néoplatonicien, façonné par une métaphysique de l’émanation, une hiérarchie de l’être et une synthèse de la pensée aristotélicienne et platonicienne, ils développent néanmoins des projets philosophiques distincts : Avicenne s’inscrit dans la tradition de la falsafa péripatéticienne, tandis qu’al-Kirmānī s’inscrit dans le cadre de la théologie ismaélienne. Malgré ces contextes intellectuels différents, leurs systèmes demeurent engagés dans un dialogue continu sur la nature du savoir, les rapports entre la raison et la révélation, ainsi que sur l’ascension de l’âme. Leurs projets respectifs incarnent également des conceptions contrastées du politique, éclairant différentes manières de penser la place de la philosophie par rapport à l’autorité, à la loi et à l’organisation de la communauté. Cet article constitue le premier volet de cette série en dix parties.

Ormuz: l'Iran veut imposer ses règles du jeu à Trump

Le régime iranien des mollahs, plus spécifiquement le courant radical représenté par les Gardiens de la Révolution islamique, continue de vouloir gérer la crise du détroit d’Ormuz en imposant ses conditions et en mettant à l’écart les Etats-Unis dans les tractations entreprises, voire en déniant tout rôle de Washington dans la solution en gestation. Afin d’atteindre cet objectif, les décideurs à Téhéran ont négocié le projet de règlement exclusivement avec le sultanat d’Oman en prenant bien soin d’affirmer qu’aucun dialogue n’a lieu avec les USA. Pire encore : poussant toujours plus loin son arrogance et son mépris affiché à l’égard du président américain, le régime iranien devait souligner dans la matinée de mercredi que «l’accord avec Oman a été ajourné en raison des menaces proférées par les Etats-Unis».

La mer Rouge et le risque d’une guerre régionale plus vaste

La montée des tensions dans le Golfe accentue les craintes, à l’échelle mondiale, d’une nouvelle crise de la navigation en mer Rouge. Une telle évolution imposerait de nouvelles contraintes à un commerce maritime international déjà extrêmement coûteux et provoquerait une autre crise des approvisionnements, à faible distance des zones de conflit du détroit d’Ormuz et des risques géopolitiques qui leur sont associés au Moyen-Orient, si l’affrontement devait se prolonger. Le scénario se répète désormais à un rythme si régulier qu’il en devient prévisible. Le président américain Donald Trump porte ses menaces à leur plus haut niveau. Washington évoque une frappe de grande ampleur, tandis que le secrétaire d’État Marco Rubio parle d’itinéraires de substitution au détroit d’Ormuz. Les marchés commencent alors à intégrer dans leurs anticipations la possibilité d’une guerre régionale. Les cours du pétrole s’envolent, les marchés boursiers reculent et la région s’enfonce dans l’inconnu.