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Un Œil sur l'évènement
Portrait de l'auteur
Par Hisham Dibsi
Publié oct. 10, 2026 - 16:38
De «Tempête décisive» à «L’Aube du Yémen» La distance qui sépare «Tempête décisive» de «L’Aube du Yémen» ne se résume pas à onze années de guerre au Yémen. Elle représente un parcours politique et stratégique marqué par une accumulation d’échecs, des modifications des rapports de force et des transformations de la place du Yémen dans le conflit régional, jusqu’à cette situation où la sécurité de la mer Rouge et du détroit de Bab el-Mandeb est devenue partie intégrante des calculs de guerre et de ses possibles dénouements. Lorsque l’Arabie saoudite a lancé l’opération «Tempête décisive», en mars 2015, l’objectif affiché était de rétablir l’autorité reconnue par la communauté internationale et d’enrayer l’expansion des Houthis après leur prise de Sanaa et leur progression vers Aden. L’intervention apparaissait comme une tentative d’empêcher l’effondrement d’une configuration politique et sécuritaire dont Riyad jugeait le maintien indispensable pour protéger ses frontières méridionales et empêcher que le Yémen ne devienne une base d’influence hostile sur le flanc sud du royaume. Mais les années suivantes ont montré que la supériorité aérienne ne suffisait pas, à elle seule, à faire émerger un pouvoir politique stable, que la reconquête de positions ne signifiait pas nécessairement le rétablissement de l’État et que l’affaiblissement militaire d’un adversaire n’entraînait pas automatiquement la disparition de sa capacité à conduire le conflit. Les Houthis ont conservé le contrôle de Sanaa et de vastes régions du nord du Yémen, tandis que les forces qui leur étaient opposées souffraient de leurs divisions et de la multiplicité de leurs centres de décision. Parallèlement, la crise humanitaire et économique continuait d’épuiser la société yéménite. Le problème ne résidait pas seulement dans la dimension militaire, mais dans le fossé entre les objectifs déclarés de la guerre et la capacité à traduire les résultats obtenus sur le terrain en un règlement politique viable. C’est là que réside l’un des principaux enseignements de cette première expérience: on ne peut reconstruire un État par la seule reconquête du territoire lorsque le pouvoir demeure partagé entre des forces rivales et que les institutions restent tributaires des allégeances militaires et des calculs régionaux. C’est dans cette perspective qu’il convient d’examiner l’opération «L’Aube du Yémen», lancée par les forces gouvernementales yéménites en octobre 2026, avec le soutien de l’Arabie saoudite, dans un contexte d’intensification des affrontements sur la côte occidentale et dans des zones présentant une importance stratégique pour la navigation en mer Rouge et dans le détroit de Bab el-Mandeb. De la gestion de la guerre à la modification de ses paramètres Ce qui distingue la situation actuelle, c’est que la bataille ne se limite plus aux lignes de front à l’intérieur du Yémen. Le front yéménite est désormais étroitement lié à la sécurité de l’Arabie saoudite, aux intérêts du commerce international et aux rivalités régionales pour le contrôle des voies maritimes. Bab el-Mandeb n’est donc plus simplement un détroit bordé par les côtes yéménites. Il est devenu un point névralgique d’une équation sécuritaire et économique qui dépasse le Yémen lui-même. C’est ainsi que l’on peut comprendre le déplacement du centre de gravité vers la côte occidentale et les régions environnant le détroit. La reconquête de ces positions ne vise pas seulement à réduire l’étendue des territoires contrôlés par les Houthis, mais aussi à limiter leur capacité à utiliser la géographie yéménite comme moyen de pression sur l’Arabie saoudite et la navigation internationale. Cette évolution soulève toutefois une question fondamentale: Riyad cherche-t-elle à reprendre le contrôle des positions stratégiques et à sécuriser ses frontières et ses voies maritimes, ou entend-elle remodeler les rapports de force au Yémen afin d’imposer un règlement politique à des conditions différentes? Ces trois objectifs peuvent s’inscrire dans une même stratégie, mais chacun répond à des exigences distinctes. La sécurisation d’un détroit maritime peut être obtenue au moyen d’une opération militaire relativement limitée. Mettre fin au contrôle des Houthis sur Sanaa nécessite, en revanche, une campagne plus vaste et plus complexe, tandis que la construction d’un règlement durable exige de surmonter les divisions yéménites, et non de se contenter de modifier les lignes de contrôle. Tel est le véritable défi de «L’Aube du Yémen»: l’opération parviendra-t-elle à établir un lien entre la force militaire, la légitimité politique et la reconstruction des institutions de l’État, ou verra-t-on se reproduire le fossé qui a marqué les années de guerre précédentes? Bab el-Mandeb: une géographie qui a bouleversé les calculs de guerre L’évolution des affrontements montre que le contrôle de la côte occidentale est devenu l’un des principaux enjeux de la bataille. Mais l’annonce de la reconquête de positions stratégiques ne suffit pas, à elle seule, à établir la réalité du contrôle sur le terrain, pas plus qu’elle ne garantit la capacité à conserver ces positions. Les sites côtiers nécessitent des forces capables de protéger les lignes d’approvisionnement et d’empêcher l’adversaire de les reprendre ou de les menacer depuis d’autres fronts. Les échanges d’attaques visant des installations saoudiennes ont également montré que les affrontements ne se déroulent pas à sens unique. Plus les objectifs militaires et économiques prennent de l’importance, plus la probabilité de représailles sur un espace géographique élargi augmente. La bataille pourrait ainsi passer d’une tentative de sécurisation de la navigation à une guerre d’usure réciproque, où les considérations militaires se mêleraient aux enjeux économiques, aériens et énergétiques. La question ne consiste donc pas seulement à savoir qui contrôle Bab el-Mandeb à un moment donné, mais qui dispose des moyens de garantir durablement sa sécurité et d’empêcher qu’il ne soit utilisé comme instrument de pression politique et militaire. Les Houthis et le dilemme des forces adverses On ne peut considérer les Houthis comme une force qui disparaîtrait à la seule perte de quelques positions. Au fil des années de guerre, ils ont accumulé une expérience militaire et organisationnelle, tiré parti de leur contrôle sur les institutions et de vastes territoires et développé des moyens de pression qui dépassent les fronts terrestres. Leurs liens avec l’Iran confèrent également une dimension régionale aux affrontements, même s’il serait erroné de réduire l’ensemble du mouvement yéménite à cette relation en négligeant ses racines locales. Le défi auquel sont confrontées les forces gouvernementales ne consiste pas uniquement à progresser vers des positions déterminées, mais à transformer ces avancées en une modification durable des rapports de force. Cela exige une coordination entre les différentes formations militaires, une unité de décision, une gestion politique des territoires reconquis et la prise en compte des intérêts locaux qui influent sur la poursuite ou l’arrêt des combats. C’est ici qu’apparaît le dilemme des forces opposées aux Houthis. Le gouvernement et le Conseil de direction présidentiel ne sont pas les seuls acteurs en présence. Il existe également des forces sudistes porteuses de leur propre projet politique, des formations militaires disposant d’assises et d’intérêts distincts, ainsi que des forces locales sur la côte occidentale, à Marib et à Taëz. Ces différents acteurs peuvent s’entendre sur la nécessité de combattre les Houthis, sans pour autant partager la même conception de l’État à venir ou de la répartition du pouvoir et des richesses. L’unification de ces forces n’est pas une simple question d’organisation secondaire, mais une condition politique et militaire de toute transformation durable. Une avancée sur le terrain qui ne reposerait pas sur un consensus concernant l’administration des territoires reconquis pourrait ouvrir la voie à de nouveaux conflits et reproduire les divisions sous d’autres formes. La leçon restée en suspens après «Tempête décisive» L’expérience a démontré que la guerre au Yémen ne se réduit ni à un affrontement entre l’Arabie saoudite et les Houthis, ni à une lutte entre influences arabe et iranienne. Elle est aussi une crise de l’État, l’effondrement d’une transition politique, une compétition pour le pouvoir et les ressources, ainsi qu’un conflit entre différentes conceptions de l’avenir du Yémen. C’est pourquoi la comparaison entre «Tempête décisive» et «L’Aube du Yémen» ne devrait pas porter sur l’ampleur des frappes aériennes ou le nombre de positions reconquises, mais sur les différences entre les objectifs, les circonstances et la capacité à transformer la puissance militaire en résultats politiques. La première expérience n’a pas réussi à mettre fin à la guerre ni à reconstruire un pouvoir central stable. Quant à la nouvelle opération, elle fait face à une épreuve encore plus complexe: reprendre l’initiative dans un contexte de divisions yéménites accumulées, de menaces transfrontalières et de voies maritimes devenues partie intégrante des calculs du conflit régional. Si «L’Aube du Yémen» constitue un véritable tournant, ce ne sera pas simplement parce qu’une opération militaire aura été lancée ou qu’un front aura progressé, mais parce que les rapports de force pourraient évoluer de manière à ouvrir une possibilité politique jusque-là inaccessible. En revanche, si les objectifs militaires demeurent dissociés d’un projet d’État, cette nouvelle phase pourrait se solder par une modification des lignes de front sans changement de la nature même de la crise. C’est ici que commencent les questions les plus difficiles, auxquelles sera consacrée la deuxième partie: que cherche réellement l’Arabie saoudite dans cette nouvelle guerre? Quelles sont les limites du rôle iranien? Les forces yéménites peuvent-elles construire un partenariat politique qui dépasse leurs divergences? Et quelle voie pourrait conduire à mettre fin à la guerre, plutôt qu’à la reconduire dans un nouveau cycle?
Étude
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Par Khalil Helou - Publié oct. 10, 2026 - 10:23
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Cette capture d’écran, tirée d’une vidéo diffusée par le Centre des médias d’Ansarullah le 7 octobre 2026, montre un combattant affilié aux autorités houthies tirant à la mitrailleuse lors d’une avancée contre les troupes gouvernementales yéménites soutenues par l’Arabie saoudite, dans le gouvernorat de Taëz, selon les médias houthis. (via AFP)
I. Résumé exécutif L'effondrement de la trêve de 2022 a entraîné une mutation du conflit yéménite en une guerre conventionnelle de haute intensité. Le lancement de l’«Opération Aube du Yémen» par le gouvernement yéménite internationalement reconnu et les forces qui lui sont alliées, soutenues par Ryad, vise à briser la double menace houthie, milice soutenue par l’Iran, sur le couloir maritime Bab el-Mandeb – mer Rouge, et sur les infrastructures pétrolières au Yémen même (Ma’rib) et en Arabie Saoudite. Ce conflit s'articule désormais autour de trois dynamiques majeures: la sanctuarisation du flanc ouest (côte Ouest du Yémen sur la mer Rouge), l'asphyxie des centres urbains (Taëz) et l'internationalisation directe du conflit par l'activation d'alliances militaires de tiers (Turquie, Pakistan). II. Analyse du théâtre militaire côtier et paysage topographique La stratégie de la coalition repose sur une approche méthodique de reconquête et de verrouillage des voies navigables internationales. Elle consiste à sanctuariser le détroit de Bab al-Mandeb et la ville portuaire de Mokha. Les forces interarmées progouvernementales (Brigades des Géants, Bouclier de la Nation, Résistance de la Tihama) ont déjà sécurisé l'aérodrome militaire de Dhubab au sud de Mokha, ce qui implique une ouverture d’une ligne logistique aérienne possible, et la ville de Mokha elle-même. L'objectif immédiat est de priver les Houthis de bases de projection de drones maritimes de surface, en termes militaires Improvised Maritime Explosive Devices (IMED), et de mines marines. Les IMED ont eu déjà des usages dévastateurs en Ukraine et avaient fait couler des bâtiments prestigieux de la marine russe, et en Iran par les Américains contre les ports iraniens abritant les vedettes rapides de la République islamique. Le paysage topographique se présente comme suit: le département (mohafazat) de Taëz est maritime et montagneux. Localisé au sud-ouest du Yémen, il englobe les villes de Dhubab (dont le nom fait référence à Bab El-Mandeb) et de Mokha. Dans ce département se situent de multiples sommets, dont certains dominent la plaine côtière partant de Bab El-Mandeb à Hodeidah (port maritime important toujours aux mains des Houthis) en passant par Dhubab et Mokha. Les hauteurs dominantes dans ce département, notamment les hauteurs de Hayfan et Kahbub, prennent leur importance aujourd’hui car elles dominent non seulement la plaine côtière ouest du Yémen mais aussi les lignes logistiques des forces gouvernementales qui partent d’Aden vers Bab El-Mandeb. Les forces gouvernementales ont consolidé leurs positions sur les monts al-Manzara, al-Ashari et Dhiban dans le secteur de Hayfan, sur une altitude de 1000 à 1500 mètres et à 50-60 km de la côte, et ont surtout occupé la chaîne stratégique du mont Kahbub, à 40 km de la côte, ce qui veut dire qu’avec une artillerie de longue portée placées sur cette colline, ou des missiles classiques, la côte Est à portée de tir, ce qui rend difficile aux Houthis de mener des contre-offensives. De plus, le contrôle de ces sommets ainsi que du Jabal Zalat (depuis le 22 septembre) ôte aux Houthis le contrôle de tir visuel sur la route côtière. Il sanctuarise le flanc oriental de l'axe logistique de la coalition, condition sine qua non pour la suite des opérations sur l’axe côtier sud-nord vers Hodeidah. Un miliciens houthi sur les hauteurs de Taez. Tout ce qui est décrit ci-dessus pourrait être placé dans le cadre de la préparation du dispositif de combat (offensif) sur Hodeidah. Cela est une exigence géopolitique sur laquelle convergent de multiples intérêts, notamment américains, européens, arabes, asiatiques et africains. Une rive Est de la mer Rouge ayant un port contrôlé par les Houthis est une carte aux mains de Téhéran, qu’il faut ôter. L’opération sur Hodeidah serait coûteuse, car les Houthis y renforcent leurs défenses au sud de la ville et dans la plaine environnante de Tihama, provoquant une alerte d'évacuation civile émise par le chef du Conseil de direction présidentiel, Rashad al-Alimi. Les forces loyalistes mettent en œuvre une manœuvre en « pincer » depuis des nœuds routiers, notamment ceux de Hays et Al-Khawkha. Déjà la marine saoudienne a bombardé le port de la ville pour détruire les stocks de mines et de drones navals. Les forces loyalistes seront certainement appuyées par l’aviation saoudienne, la plus puissante de la région, et surtout par le soutien en Renseignement du CENTCOM américain, qui fournit du renseignement tactique en temps réel. L'assaut du port d'Hodeïdah est donc en cours de préparation. Tout retard de l’opération sur Hodeïdah, ou son annulation, donnera aux Houthis le temps d’établir un dispositif de combat défensif solide et leur donne l’opportunité de frapper des cibles «molles» à Aden et en Arabie saoudite, notamment les aéroports, les installations pétrolières et les stations de désalinisation de l’eau de mer. III. Sécurisation intérieure et impasse stratégique : Taëz et Ma’rib Si la coalition progresse sur le littoral, les lignes intérieures subiront certainement une pression très grande. La ville de Taëz est défendue par 15000 à 20000 soldats de l’armée régulière yéménite (22e, 17e et 35e brigades), appuyés par des résistants locaux et des renforts extérieurs (Bouclier de la nation, Géants). Fortement implantés sur des hauteurs urbaines autour de la ville, ils opposent une résistance acharnée aux Houthis. Ces forces disposent d'artillerie légère et de systèmes anti-drones récents. Leur potentiel défensif en combat urbain est excellent. La ville subit depuis quelques jours un encerclement opérationnel complet. Les forces houthies ont coupé la route de Heyjat al-Abd, un col montagneux assurant la liaison avec Aden, coupant complètement l’artère d’approvisionnement. Les rebelles houthis qui assiègent la ville sont alimentés en flux continu depuis le nord par l'axe autoroutier Sanaa–Dhamar–Ibb soumis en continu aux frappes aériennes saoudiennes et yéménites. Face à cette situation les Houthis utilisent des réseaux secondaires de vallées permettant de contourner l'interdiction aérienne de la coalition. Le gouvernement tente de desserrer l'étau via de violents combats sur les verrous montagneux que les rebelles tiennent toujours. Ma’rib, tenue par les forces loyalistes, au nord-est du Yémen, revêt une importance stratégique majeure, car la région abrite des infrastructures pétrolières et gazières, constituant les principales ressources du gouvernement yéménite. Une double offensive gouvernementale dans ce secteur cible les fronts de Raghwan (nord du front de Ma’rib) et les zones sud pour protéger ces installations, qui sont des cibles « molles » prioritaires des contre-attaques houthies. Les pertes sont lourdes des deux côtés (dont un général loyaliste). Par ailleurs, le gouvernement a ouvert un axe offensif direct vers la capitale Sanaa et progresse au nord (Hajjah/Saada) à Haradh, en direction du bastion houthi de Haydan. Toutefois, il faudrait s’attendre à un enlisement et une guerre d’usure, car l’équilibre des forces terrestres reste en faveur des Houthis. Le point fort des forces gouvernementales est la supériorité aérienne et technologique grâce aux Saoudiens et aux Américains, alors que les Houthis, qui ont l’avantage du nombre, jouissent de moyens asymétriques importants, notamment les drones, en plus des missiles balistiques qu’ils n’hésitent pas à utiliser sur des cibles civiles. IV. Reconfiguration des alliances et projection régionale L'internationalisation du conflit marque un tournant géopolitique majeur. En effet, dans le cadre du Pacte de la Mecque, Islamabad a déjà déployé des capacités militaires de soutien sur le sol saoudien. Ce déploiement assure la défense de l'espace aérien, la reconnaissance et la coordination technologique, déchargeant les forces saoudiennes pour les opérations offensives au Yémen. Ankara attend, pour le faire, le feu vert de son Parlement, et on ne sait pas encore quelle sera la nature des troupes déployées, mais certainement qu’elles incluront des technologies de pointe. Les Emirats Arabes Unis ont retiré leurs parrainages directs au Yémen. Abou Dhabi réoriente sa stratégie vers le contrôle des infrastructures portuaires de la Corne de l'Afrique, notamment le Somaliland, l’Ethiopie et les Forces de Soutien Rapide (RSF) au Soudan … Toutefois, la marine émiratie tient à garder ouvert le passage de la mer Rouge malgré ses contradictions avec l’Arabie saoudite dans la Corne de l’Afrique. Le conflit yéménite pourrait donc déborder sur la rive africaine. L'Érythrée et l'Arabie Saoudite maintiennent leur soutien à l’armée soudanaise d’Abdel Fatah Al-Bourhane face aux RSF. Parallèlement, Ryad surveille de près les velléités d'accès à la mer Rouge de l'Éthiopie (soutenue par les EAU), susceptibles de déstabiliser son allié érythréen. V. Perspectives et évaluation des risques Le conflit yéménite risque de devenir l'épicentre d'une confrontation multi-acteurs pour le contrôle de la sécurité maritime et des flux énergétiques mondiaux. Une victoire rapide d'un camp étant exclue, le scénario le plus probable est une guerre d'usure violente et destructrice au cours des prochains mois.
L'Essentiel du jour

Un Nobel de la paix pour sauver un droit international en péril

Le prestigieux prix accordé à la Sud-Africaine Navi Pillay, une infatigable défenseure des opprimés
Portrait de l'auteur
Par LevantTime . - Publié oct. 9, 2026 - 20:37
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Navi Pillay a reçu le prix Nobel de la paix 2026 dans la salle d’audience historique n° 600 du palais de justice de Nuremberg, dans le sud de l’Allemagne, la même où s’étaient tenus, en 1945-1946, les procès de Nuremberg contre les dirigeants de l’Allemagne nazie…
Le prix Nobel de la paix décerné à la juriste sud-africaine Navi Pillay intervient dans un contexte de remise en cause croissante du droit international, fragilisé par la multiplication des conflits et les attaques contre les institutions chargées de le faire respecter. Depuis plusieurs mois, rapports et déclarations d’organisations internationales se succèdent pour alerter sur les dangers qui menacent les droits humains et les fondements de l’ordre juridique mondial. Une situation qu’illustre la vive réaction d’Israël à cette distinction, ainsi que la nouvelle offensive américaine contre la Cour pénale internationale. Le prix Nobel de la paix a récompensé vendredi la juriste Navi Pillay, une Sud-Africaine de 85 ans qui a consacré une grande partie de sa vie à la défense du droit international. Mme Pillay a notamment présidé la commission d’enquête indépendante de l’ONU qui, l’an dernier, a accusé Israël de commettre un génocide dans la bande de Gaza. Tout au long de sa carrière, la Sud-Africaine, qui a grandi sous l’apartheid, a combattu les pires atrocités, du Rwanda au Proche-Orient. «Nous traversons une époque où le droit international et les droits humains font l’objet d’attaques politiques importantes», a-t-elle alerté vendredi, en dédiant son Nobel «à tous les survivants de crimes internationaux», lors d’une conférence de presse organisée à Nuremberg, dans une salle où avaient été jugés les principaux responsables nazis… Une infatigable défenseure des droits humains Avocate d’origine indienne, devenue juge puis Haute-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme (2008-2014), Mme Pillay est réputée pour son aptitude à traiter les dossiers les plus difficiles. Sa carrière l’a menée des tribunaux sud-africains, où elle a défendu les militants anti-apartheid, au Tribunal pénal international pour le Rwanda, en passant par la Cour pénale internationale (CPI). Le siège du CPI à La Haye, aux Pays Bas. Elle a acquis une renommée mondiale pour ses vives critiques de la répression exercée par plusieurs gouvernements contre les manifestations populaires dans le monde arabe, notamment en Libye et en Syrie. Née en 1941 dans la ville côtière de Durban, fille d’un chauffeur de bus et issue d’une famille d’origine tamoule, Navi Pillay a connu un parcours hors norme. Elle grandit dans un quartier pauvre de cette ville portuaire, étudie le droit, puis décroche un doctorat à la prestigieuse université américaine Harvard. Elle devient la première femme de couleur à ouvrir un cabinet d’avocats dans sa province du KwaZulu-Natal et défend avec acharnement les opposants à l’apartheid. «Pleurer ou se battre» Un an après l’élection de Nelson Mandela en 1994, elle devient la première femme de couleur nommée à la Haute Cour d’Afrique du Sud. La même année, avec l’appui de Mandela, elle rejoint le Tribunal pénal international pour le Rwanda. Elle fait partie des juges ayant rendu une décision historique conduisant à la reconnaissance du viol en tant qu’arme de génocide. «Nous avons subi les pires insultes et discriminations raciales, avons été maltraités et traités comme des moins que rien», racontait Mme Pillay à l’AFP lors d’un entretien en 2023. Sous l’apartheid, la communauté indienne était classée comme un groupe racial distinct et soumise à de nombreuses discriminations. Le choix était alors simple: être «faible et pleurer» ou «se battre à chaque match», soulignait-elle. «J’ai toujours su qui j’étais et comment combattre toute forme de discrimination. En osant prendre la parole et en la condamnant. C’est ce que j’ai fait à l’ONU», ajoutait-elle. Israël évoque… Goebbels En septembre 2025, la commission d’enquête placée sous sa présidence – qui ne s’exprime pas au nom de l’ONU – avait conclu qu’Israël commettait un génocide à Gaza depuis le début de la guerre déclenchée par l’attaque sans précédent du Hamas, le 7 octobre 2023. Israël avait catégoriquement rejeté ce rapport, le qualifiant de «biaisé et mensonger» et accusant ses auteurs de parti pris antisémite. Des affiches à Paris. Le Nobel décerné à Mme Pillay légitime «la haine anti-Israël», a réagi vendredi le ministère israélien des Affaires étrangères sur X, estimant que le chef de la propagande nazie, Joseph Goebbels, devait «applaudir depuis l’enfer». En 2024, la Cour pénale internationale avait également émis des mandats d’arrêt, toujours inexécutés, contre Benjamin Netanyahu et son ancien ministre de la Défense, Yoav Gallant, pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité dans la bande de Gaza. En réponse, Donald Trump avait déjà sanctionné plusieurs juges, procureurs et membres du personnel de la CPI. Le mois dernier, il était allé plus loin en appelant les États membres à quitter cette institution, qu’il avait qualifiée de «malfaisante». «Tribunal voyou» Vendredi, quelques heures après l’annonce du prix Nobel, le gouvernement américain a rempilé en annonçant de nouvelles sanctions contre la Cour, justifiant ces mesures par sa volonté de «défendre la souveraineté américaine». «Ils veulent plus de pouvoir et le veulent à nos dépens», a insisté le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, qualifiant au passage la CPI de «tribunal voyou». «Nous espérons voir nos alliés calmer les ardeurs de la Cour. Dans le cas contraire, les États-Unis continueront de démanteler la CPI, brique par brique, jusqu’à ce que les Américains ne puissent plus être menacés», a-t-il ajouté. Benjamin Netanyahu a salué les sanctions américaines, qualifiant le CPI de «péril mortel pour les démocraties respectueuses du droit». «La CPI n’est pas un tribunal. C’est une entité politique», a dénoncé M. Netanyahu. Sur X, le Premier ministre israélien a également qualifié Mme Pillay de personne «sectaire» qui «diabolise les Juifs».
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Le Levant: Osons l’espoir d’une paix
Par
Jawad Pakradouni
Publié

La question suivante a été posée à l’un des programmes de l’intelligence artificielle : le Levant a-t-il connu une véritable période de paix depuis son existence ? La réponse est terrible. La région a connu des moments d’accalmie, mais jamais une paix durable. La seule période que l’on puisse qualifier de stabilité fut la Pax Romana , du premier au troisième siècle. Une paix imposée par l’épée, une pax manu militari . Une paix au prix du sang, que même l’intelligence artificielle serait incapable d’en établir le bilan. Les différents conflits ont été motivés pour des raisons essentiellement religieuses, liées à d’autres considérations politiques ou territoriales. L’ironie du sort veut qu’aujourd’hui, l’unique concept susceptible d’offrir une paix véritable porte le nom du seul ancêtre commun aux trois religions monothéistes qui se sont succédé, et pour lesquelles tant de sang fut versé, et continue de l’être: Avraham, Abraham, Ibrahim. Au nom de Yahvé, d’Allah ou de Dieu, on se pourfend. Et pourtant, beaucoup aspirent à une paix durable, mais cette paix a un prix : celui du pardon. Combien de générations faudra-t-il pour que ce pardon soit enfin accordé, et qu’une paix authentique devienne possible entre des peuples qui s’entretuent depuis des siècles, sur et pour le même territoire ? Pourtant, dans les trois religions d’Abraham, un même précepte est répété et psalmodié: “Je pardonne totalement à quiconque m’a blessé ou offensé.” “Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.” “La rétribution d’un mal est un mal équivalent. Mais quiconque pardonne et rétablit la paix, sa récompense incombe à Dieu.” Ces trois strophes appartiennent respectivement aux trois religions, dans l’ordre de leur apparition. Les crimes commis par chaque camp contre l’autre sont abominables. Et chercher à remonter à l’âge de pierre pour déterminer quel peuple occupait quel territoire est vain et futile. Les Phéniciens, par exemple, s’étendaient jusqu’à Gibraltar. Devons-nous alors revendiquer les pays que nos ancêtres ont colonisés ? Certainement pas, déjà que nous avons du mal à gérer les 10 452 km² de notre petit pays. Il est difficile d’oublier les plaies encore béantes et les pans de ruines fumantes des dernières guerres. Mais les générations futures sont-elles condamnées à porter le poids de nos erreurs ? À un moment, il faut panser le passé et penser l’avenir: Celui de nos enfants, de leurs enfants, et de ceux qui suivront. Deux mille ans d’histoire et de conflits pour quelques centaines d’années d’accalmie: l’équation parle d’elle-même. On ne choisit ni sa famille, ni le pays dans lequel on naît. Mais on peut infléchir le cours des choses. Il suffit de ravaler sa fierté et de pardonner. Le pardon est probablement l’étape la plus difficile de toutes. Le philosophe contemporain Jonathan Lockwood Huie a écrit : “Pardonne aux autres, non pas parce qu’ils méritent le pardon, mais parce que toi, tu mérites la paix.” Notre génération a été bercée toute sa vie par la guerre, avec seulement une quinzaine d’années de répit. Le Liban est peut-être le seul pays au monde à avoir été le théâtre des guerres des autres: guerre des blocs, guerre de soutien, guerre par procuration. Même sa guerre civile n’en fut pas réellement une. Il est temps que notre pays soit enfin épargné des guerres des siennes, et surtout de celles des autres. Peut-être est-il naïf d’espérer une paix durable et de croire que nous pourrions donner tort au refrain des Poppys : “Je voulais, j’espérais que la paix règne en maître… Mais tout a continué, non, rien n’a changé.” À l’heure actuelle, tout semble converger vers un règlement du conflit, l’espoir d’une paix; il est probablement naïf de s’accrocher à cet espoir. Comme l’a écrit Virgil Gheorghiu dans La Vingt-cinquième heure , l’enfer est de perdre tout espoir. Nous subissons déjà un enfer physique au quotidien; nul besoin d’y ajouter un enfer moral. C’est pourquoi, osons la paix….

L’Europe face à ses démons
Par
Michel Hajji Georgiou
Publié

Non, la guerre déclenchée par la Russie contre l’Ukraine ne saurait être traitée comme un épisode périphérique ou un simple conflit territorial, n’en déplaise aux poutinistes en tous genres. L’agression russe révèle un déchirement plus profond : une confrontation entre deux visions du monde. D’un côté, la liberté et le droit ; de l’autre, la nostalgie d’un ordre impérial, au nom d’un pseudo « âge d’or » mythifié, fondé sur la domination et la terreur. Ce qui se déroule aujourd’hui sur les terres ukrainiennes est la tentative méthodique de ressusciter la logique impérialiste russe et d’en faire le modèle politique de ce siècle. La bataille du Donbass n’est pas une bataille locale. C’est un test pour l’Europe entière - pour son courage, sa mémoire et son avenir. Pas moins. Le régime de Vladimir Poutine ne cherche pas simplement à annexer un territoire. Poutine veut restaurer une architecture impériale dont les références historiques sont explicites : Pierre le Grand, Catherine II, et l’idée d’un « espace civilisationnel » sacralisé par le mythe du « monde russe », où les peuples ne sont pas des sujets politiques mais de la matière ethnique à absorber, convertir ou effacer. Tout Empire se fonde sur la négation du droit : il n’admet ni souveraineté populaire, ni pluralisme, ni liberté individuelle. Il n’a que faire de la liberté - concept qui lui est parfaitement étranger. Cette guerre est dirigée contre l’idée même d’Europe. Car l’Europe n’est pas un territoire ; elle est, dans l’esprit de ses concepteurs, une manière d’habiter le monde : une certaine idée de la dignité humaine, de la loi, du débat, de l’égalité des droits. Elle est la fille des Lumières et du refus absolu de la terreur. Elle est née dans la coopération pour promouvoir une culture du lien visant à reconstruire ce que la culture de l’exclusion et de l’annihilation des deux guerres avait anéanti. Elle n’existe que dans un espace où l’individu est souverain face à l’État. Le projet impérialiste russe est son inverse exact : un despotisme au nom de la revendication d’un espace vital - exactement ce contre quoi l’Europe s’est reconstruite au-delà de l’horreur d’Auschwitz et de Buchenwald. C’est pour cela que Kyiv est devenue une frontière non entre deux pays mais entre deux modèles de civilisation. Si l’Ukraine tombe, ce n’est pas seulement un État qui sera détruit, mais c’est, une fois de plus, la possibilité même d’un monde régi par le droit international - comme c’est d’ailleurs le cas avec ce que fait Netanyahu à Gaza et en Cisjordanie, du reste . Comme l’écrit Nicolas Tenzer dans Notre guerre , l’invasion russe constitue « une offensive totale contre l’ordre légitime ». Il ne s’agit pas d’une crise régionale, non, mais d’une attaque frontale contre la démocratie libérale elle-même. Le Kremlin le sait : en écrasant l’Ukraine, il prouverait que la loi n’est qu’un décor et que seule la force fonde la vérité. La conséquence serait universelle : une régression planétaire vers la logique impériale, celle des protectorats, des vassaux, des frontières mouvantes, des peuples réduits au silence. Un retour à l’Europe d’avant Westphalie. Mais il y a plus grave encore : l’effondrement parallèle du pilier occidental qui, depuis 1945, donnait au monde libre sa colonne vertébrale. Les États-Unis, jadis architectes et garants d’un ordre international - imparfait, souvent cynique, mais structurant - se retirent aujourd’hui du champ historique. Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche a confirmé ce basculement cataclysmique : un monde réduit à des transactions, à la rentabilité immédiate, à l’insignifiance morale. Trump, fidèle à lui-même, aurait sans doute négocié Munich avec Hitler au nom du pragmatisme comptable, reproché à Varsovie d’être « ingrate » envers le IIIe Reich, et conseillé à Churchill de « faire la paix » en ajustant quelques frontières. Il aurait peut-être même félicité Qisling pour son pragmatisme. La lâcheté déguisée en réalisme : rien de plus vieux - mais rarement aura-t-elle été portée avec une telle morgue - et une telle franchise et insouciance cynique. Ce qui s’est joué en février dernier entre Trump et Zelensky n’avait rien d’un incident diplomatique. C’était une rupture historique, sinon une abdication morale - même si Washington tente, depuis, de ramasser les morceaux de son erreur stratégique. Le message envoyé à Poutine fut limpide : continuez, la voie est libre . Les Sudètes II, version XXIe siècle. Ce basculement stratégique américain offrait à la Russie une fenêtre d’opportunité dangereuse : si Washington se retire, Moscou peut intensifier son offensive, convaincue que l’Ukraine s’effondrera sous le poids de l’indifférence occidentale. Ce qui se profile n’est pas seulement la défaite d’un pays, mais l’effritement de l’idée occidentale elle-même - au profit d’une coalition mondiale des Empires : Moscou, Pékin, Téhéran, leurs clientèles et leurs supplétifs politiques en Europe et aux États-Unis. George Steiner en aurait frémi de terreur : c’est la dernière porte du château de Barbe-Bleue que l’on enfonce actuellement sous les yeux d’un monde quasi-exsangue - comme en Palestine. Fin de culture. Lucide, il l’avait prédit, dès 1971 : « Je trouve dérisoire toute théorie de la culture, toute analyse des conditions présentes qui ne place pas, au centre, les mécanismes de terreur qui menèrent à la mort, en Europe et en Russie, du début de la première guerre mondiale à la fin de la seconde, par la faim ou par des massacres systématiques, soixante-dix millions d'êtres humains. » Dérisoire est un mot faible. Ignoble sonne à présent bien plus juste. Ce retrait américain a révélé ce que Kissinger appelait « la tentation du désengagement ». L’Occident souffre d’une fatigue existentielle. Il ne croit plus à son propre récit. Il n’ose plus défendre ce qu’il prétend incarner. Trump, dans ce sens, n’a rien inventé : il n’est que le symptôme hypertrophié d’une civilisation qui doute d’elle-même, de ses repères, de ses valeurs morales édifiées pour qu’il n’y ait plus jamais de Hitler, qui a versé dans un certain nihilisme méphistophélique. Or, lorsque la civilisation se retire, les barbares avancent. Demandez à Romulus Augustule et Odoacre… L’Europe se retrouve seule - et ce n’est pas un accident. De Gaulle l’avait anticipé dès les années 1960 : une grande puissance n’a pas d’amis, seulement des intérêts. La dépendance stratégique est une erreur mortelle. Aujourd’hui, la solidarité atlantique repose sur les caprices d’un homme qui oscille entre admiration pour Poutine et mépris pour ses alliés. Et l’Europe hésite, tremble, calcule. Comme naguère, avec Chamberlain, en dépit de la clairvoyance de certains de ses leaders. Que reste-t-il alors ? Une seule alternative : se réveiller ou mourir ; choisir d’exister comme puissance politique souveraine ou redevenir un protectorat ; comprendre que la liberté se défend à la Churchill, aux antipodes des Pétains - Orbàn, Salvini et autres. L’Ukraine incarne aujourd’hui ce que l’Europe a oublié, après près d’un siècle de paix : que la liberté est une nécessité vitale, et certainement pas un confort rhétorique. Et, surtout, que des hommes et des femmes meurent pour que l’idée de droit survive. Une civilisation qui n’est pas capable de reconnaître cela est déjà morte. En perdant sa mémoire, elle perd sa raison d’être, son âme. Notre guerre - car c’est celle de chacun de nous comme devoir moral - est de maintenir la frontière symbolique et politique entre le monde du droit et le monde de l’Empire. Si cette frontière tombe, c’est l’humanité politique qui s’effondre. Il ne restera de ce qui fait de l’Europe rien de plus qu’un simple espace géographique. L’Ukraine est, en quelque sorte, le limès qui protège encore l’Europe des ténèbres. Si le verrou saute, une certaine idée du monde disparaîtra avec. Il faut dire « non » à Poutine et ses clones partout en Europe - tant qu’ils portent ce projet de transformer le monde en enclos identitaires asservis au cœur de l’Empire et son pouvoir. C’est cette réaction collective à la tyrannie qui a toujours permis de façonner une civilisation, en dépit de ses nombreuses failles, plus progressiste et plus humaine. C’est rien moins que le prix de notre évolution à tous.

La chute du dernier tabou : le Liban ne sera pas le dernier à signer la paix !

Les négociations directes entre le Liban et Israël ont officiellement débuté en vue d’aboutir à un accord de paix. Leur condition fondamentale est le désarmement du Hezbollah. D’autres points, essentiels et secondaires, sont sur la table, notamment une coopération économique permettant aux deux pays d’avancer sur la voie du redressement, de la reconstruction du Liban-Sud, et de la sécurité et la stabilisation à la frontière nord d’Israël. Avant d’entrer dans les détails et les analyses, avant de sonder le point de vue des uns et des autres, et avant de faire une rétrospective des événements qui ont amené le Liban à payer la facture la plus élevée au niveau du conflit arabo-israélien depuis plus d’un demi-siècle, une question toute simple se pose : quelle est l’alternative à la paix avec Israël, au redressement du Liban et à la reconstruction du pays ? Aucune réponse claire. L’État est absent depuis des décennies et la milice iranienne implantée au Liban décide, seule, quand lancer une guerre, quand conclure une trêve, quand négocier, quand soutenir Gaza, quand provoquer Israël ou déstabiliser les pays arabes voisins. Elle construit des tunnels pour poursuivre les guerres, au lieu de construire des abris et des hôpitaux. Jusqu’au jour où le Hezbollah s’est enfermé lui-même dans une impasse stratégique. La guerre qu’il a déclenchée pour servir le projet iranien sous le slogan de « l’unité des fronts », il n’est plus en mesure d’y mettre fin. Téhéran a progressivement levé la couverture qu’il assurait au Hezbollah. Il cherche à gagner du temps pour préserver le régime et il maintient le Hezb pour l’utiliser à nouveau en cas de besoin. Mais Israël refuse désormais tout maintien de la menace représentée par le Hezbollah. Il a repoussé cette milice au nord du Litani, ce qui fut plus simple que de concrétiser la fameuse boutade de Nabih Berri qui avait lancé devant ses visiteurs, qui le mettaient en garde contre la dégradation de la situation, qu’il fallait déplacer le cours du Litani à la frontière avec Israël ! Résultat: le Hezbollah n’agit plus selon les anciennes règles de la dissuasion. En fait, il ne réagit plus du tout… Il a avalisé une trêve, mais une trêve n’est qu’un répit entre deux guerres. Les responsables libanais, longtemps absents et hésitants, voire dépassés par la réalité imposée de facto, se sont enfin réveillés. Ils ont repris l’initiative, mais ont hésité, puis ont échoué à aller jusqu’au bout dans leur action. Ce qu’ils n’accompliront pas, Israël le fera à leur place — mais le prix à payer sera bien plus lourd. C’est dans ce cadre précis que s’est produit un événement à caractère historique : la visite exceptionnelle du pape Léon XIV ; une visite qui a pris une dimension politique du fait qu’elle avait pour leitmotiv « heureux les artisans de paix ». Quelques heures à peine après le départ du Saint Père qui a exhorté les Libanais à faire le choix de la paix, la commission de suivi des violations du cessez-le-feu s’est muée en comité de négociations directes entre le Liban et Israël. Les négociations de paix qui ont été entamées entre le Liban et Israël servent l’intérêt national du Liban. Elles sont dans l’intérêt de la sécurité du Liban et de sa vocation même de « pays-message », plutôt que d’être un « baril explosif ». Elles offrent une alternative au discours du Hezbollah fondé sur la guerre sans horizon, sur « la résistance pour la résistance », dans le seul but de servir l’influence iranienne dans la région. Les négociations directes entre le Liban et Israël impliquent la possibilité d’aboutir à un accord de paix. Les négociations directes ont longtemps représenté un tabou au Liban, sans que nul ne réfléchisse à la chose ou suscite un débat à ce propos. Si le Liban ne négocie pas avec Israël pour défendre lui-même ses intérêts, qui le ferait alors ? Le Hezbollah discute au nom de l’Iran, au service du projet expansionniste de la Wilayat al-Faqih. Les négociations directes marquent donc la relance par le Liban de son rôle souverain et le début du recul de l’influence iranienne. Les pourparlers ont été entamés de façon officielle, sérieuse et efficace. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a mandaté une équipe du Conseil de sécurité nationale pour rejoindre la commission technique, dite de « mécanisme », et rencontrer les responsables libanais. La présidence libanaise a annoncé de son côté que le président Joseph Aoun a chargé l’ambassadeur Simon Karam de représenter le Liban. Les négociations directes ne porteront pas seulement sur les violations du cessez-le-feu, mais aussi sur les bases de futures relations économiques et de coopération entre le Liban et Israël. L’ambassade des États-Unis à Beyrouth a soutenu la démarche dans un communiqué: « Les progrès durables ne sont possibles, souligne le communiqué, que si les appréhensions et les aspirations exprimées par les deux parties libanaise et israélienne sont prises en compte ». L’ambassadeur Michel Issa a salué la décision du gouvernement libanais d’opter pour le dialogue, après des décennies d’incertitude. Il a estimé que les négociations directes constituent une étape constructive sur la voie de l’initiation de processus qui pourraient permettre un jour aux deux pays de coexister dans un climat de paix, de respect mutuel et de dignité. L’ambassadeur a réaffirmé dans ce contexte l’engagement de son pays à soutenir tous les efforts qui renforcent la paix, la stabilité et la sécurité. Le début des négociations ne constitue pas la solution en soi, mais elle représente une ouverture importante. Elles se poursuivront parallèlement aux opérations israéliennes visant à démanteler l’aile militaire du Hezbollah et à mettre un terme à ses activités économiques — voire sociales. Le scénario le plus explosif pourrait venir d’Iran : Téhéran pourrait se lancer dans une confrontation globale s’il perçoit que le rôle du Hezbollah est terminé ou que le régime approche de sa fin. Il pourrait alors sacrifier totalement le Hezbollah pour obtenir quelques gains. Ces différents scénarios pourraient apparaître dans les coulisses des négociations directes entre Liban et Israël.

Le Levant dans la tourmente : perspectives libanaises et syriennes (2/3)

La zone du Levant a connu ces deux dernières années des bouleversements profonds et dramatiques qui ont changé la physionomie géopolitique de la région. Les événements qui se sont succédé depuis l’attaque meurtrière du Hamas contre Israël, à partir de la bande de Gaza, le 7 octobre 2023, semblent avoir pavé la voie à l’émergence d’un nouveau Moyen-Orient, comme ne cesse de l’affirmer le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu. En cette fin d’année 2025, quel panorama, quelles perspectives et quel bilan politico-sécuritaire peut-on donc dresser au niveau de cette région ? En prenant suffisamment de recul et de hauteur, il devient plus aisé de scruter de près les développements en cours et les changements drastiques dont ont été le théâtre le Liban, la Syrie, Israël, Gaza (et les territoires palestiniens) ainsi que l’Iran. Déjà fortement ébranlé par l’explosion apocalyptique survenu au port de Beyrouth le 4 août 2020 et par l’effondrement économico-financier de 2019, le Liban se débat en cette fin d’année dans les retombées multiples de l’inqualifiable (et absurde) « guerre de soutien » (au Hamas) déclenchée par le Hezbollah le 8 octobre 2023. Ce conflit armé, voulu vraisemblablement par le régime des mollahs iraniens, a abouti à l’assassinat du chef du Hezbollah Hassan Nasrallah, à l’élimination du commandement militaire du parti chiite, à la destruction de nombreux villages au Liban-Sud et à l’occupation par Israël de cinq positions stratégiques en territoire libanais. Les engagements du président À l’ombre d’un tel contexte, il est devenu impératif d’amener Israël à mettre un terme à sa propension à disposer du territoire et de l’espace aérien libanais selon son vouloir, bon ou mauvais. Cela a toutefois une contrepartie : le pouvoir libanais, soutenu par la population, doit décider de faire appliquer les résolutions onusiennes ainsi que tous les engagements pris par le président Joseph Aoun dans son discours d’investiture, le jour de son élection à la première magistrature de l’État, le 9 janvier 2025. La population libanaise se doit d’appuyer l’action de l’État sur ce plan en étant consciente du fait que le nécessaire démantèlement de l’appareil militaire du Hezbollah et le désarmement global du parti ne se feront peut-être pas sans heurts, mais ils se feront en tout cas au bénéfice de toutes les communautés du Liban, et au premier chef des chiites libanais. Une telle détermination doit s’exprimer sans ambages. Dans ce cadre, la Syrie, l’Iran et Israël doivent admettre qu’il s’agit là pour le Liban d’une démarche volontariste qui ira jusqu’à son terme et qu’elle est, in fine , en faveur de toute la région. Face aux comportements égocentriques et réducteurs des principaux acteurs levantins, force est de relever que le Liban peut, et devrait, jouer un rôle de catalyseur afin d’enclencher une dynamique salvatrice globale. Quant à la situation purement interne au Liban, les liens qui unissent les différentes communautés libanaises méritent d’être retissés, et seul le président Joseph Aoun pourrait déclencher cette nouvelle « filature ». À cette fin, il doit clairement illustrer par ses actions qu’il a été élu président pour être un chef, dans toute l’acception du terme. Sans une ferme détermination, une volonté claire et nette de sa part, sans le courage dont il a fait montre au cours de sa carrière, le Liban ne pourra pas redevenir l’État florissant et prospère, l’État en paix, qu’il était autrefois. Le séisme syrien Il reste que le bouleversement qui a eu le plus lourd impact sur le Liban au cours des derniers mois aura été sans conteste la chute du régime de Bachar el-Assad. Cette dictature syrienne avait imposé au pays du Cèdre pendant un demi-siècle une occupation et une hégémonie qui avaient profondément modifié la physionomie politique du pays. Le nouvel ordre a émergé en Syrie à la faveur du vide soudain, mais prévisible, provoqué par l’effondrement du régime Assad. Cette chute brutale du pouvoir baasiste s’est accélérée du fait de l’absence stupéfiante de réaction de la part de la base populaire du régime, parallèlement à la débandade de la troupe. Le nouveau régime ne bénéficie pas toutefois, du moins au stade actuel, d’assises solides sur le plan interne. Les exactions perpétrées contre les minorités, sans que les nouvelles autorités interviennent fermement, fragilisent le pouvoir. Le président Ahmed el-Chareh a été reçu, avec tous les honneurs dus à son rang, par les présidents Donald Trump et Emmanuel Macron. Il est appelé aujourd’hui à apporter la preuve que ces honneurs sont bien mérités. Son avenir et celui de la Syrie – du moins la partie qui est sous son contrôle – sont tributaires de la distance qu’il saura maintenir entre son pays, d’une part, le Hamas et l‘Iran, d’autre part. Il y va de sa survie. Prochain article : Le Levant dans la tourmente : l’Iran pris dans la tornade

Le Liban, terre de rencontre, terre de l'unité chrétienne

« Merci d’être venu » est probablement l’une des phrases que Léon XIV a le plus entendue au cours de son séjour au Liban. Pour beaucoup, l’accueil populaire réservé au Pape a créé la surprise. Léon XIV a loué la « simplicité » de notre foi. Il a dû retrouver au Liban quelque chose de la foi des paysans du Pérou, celle d’un peuple que la sophistication intellectuelle de l’Occident n’a pas encore atteint. « Wow ! Merci au Pérou, et surtout à Chiclayo, d’avoir si bien façonné cet homme de Dieu plein de zèle et de compassion » écrit sur Facebook un ingénieur à la retraite qui a passé trois jours scotché à la télévision. Ce n’est pas Mère Marie Makhlouf, la supérieure des Sœurs de la Croix, ni les deux femmes qui ont eu reçu le réconfort de son étreinte, à Bkerké et au port, qui diront le contraire. Désormais, Léon XIV connait le Liban de près et le peuple a lu sur son visage le bonheur de la rencontre. Dans l’avion qui le ramenait à Rome, le pape a livré mardi dernier certaines réflexions personnelles qui sont autant de commentaires de sa visite. Il a parlé de son livre de chevet, La Pratique de la Présence de Dieu, du Frère Laurent de la Résurrection, un humble moine français du XVIIe siècle. « S’il n’y a pas la rencontre personnelle avec Jésus-Christ, il y aura un « ethnicisme déguisé en christianisme », a dit un jour le Pape François, en parlant des peuples qui se disent chrétiens. La rencontre personnelle avec Jésus-Christ n'est pas aussi commune qu'on le pense. Un voyage possible en Algérie Léon XIV a également parlé des efforts d’apaisement qu’il déploie auprès d’Israël et des États-Unis, personnellement ou à travers la diplomatie du Vatican, alors que la région risque un embrasement dans le conflit opposant Israël au Hezbollah. Il a en outre confirmé avoir pris connaissance de la lettre ouverte que lui avait adressée le parti pro-iranien, auquel il avait répondu en substance en l’invitant à renoncer aux armes et à choisir le dialogue. Cette réponse a pu être transmise par cheikh Ali Khatib, président du Conseil supérieur chiite, qu’il a vu à la rencontre interreligieuse de lundi, et avec lequel, selon le Nonce Paolo Borghia, il a eu un tête-à-tête par la suite. « La paix, a affirmé Léon XIV durant la messe du front de mer à Beyrouth, est aussi bien un objectif qu’un moyen ». Par ailleurs, le pape a cité son désir de se rendre, après le Liban, en Algérie, patrie de saint Augustin et terre de rencontre islamo-chrétienne. Il semble donc qu’il porte ce désir dans son cœur, à l'instar de tous ses prédécesseurs. Depuis Vatican II et la déclaration « Nostra Aetate », l’Eglise universelle déploie des efforts constants pour promouvoir le dialogue entre les deux mondes, chrétien et musulman. Un effort qui a fini par porter ses fruits dans la déclaration commune sur la fraternité d’Abou Dhabi (2019) et dans l’encyclique Fratelli Tutti, qui en a repris et développé l’essentiel. La perspective œcuménique Enfin, le Pape a parlé de la perspective œcuménique commune à son pèlerinage à l’ancienne Nicée, lieu de naissance du Credo, et au Liban. Là aussi, Léon XIV s’inscrit dans le sillage de ses prédécesseurs, en particulier de Benoît XVI qui, en 2012, en remettant aux Eglises orientales, à partir du Liban, l’exhortation apostolique issue du synode sur le Moyen-Orient, confiait au pays du Cèdre, poumon de tous les chrétiens du Moyen-Orient, la tâche de « rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés ». C’est « l’unique Église du Christ (qui) s’exprime dans la variété des Traditions liturgiques, spirituelles, culturelles et disciplinaires des six vénérables Églises orientales catholiques sui juris , ainsi que dans la Tradition latine », dira-t-il à la messe d’ouverture du synode, à Rome, en 2010. « C’est cette optique intérieure qui m’a guidé dans les voyages apostoliques en Turquie, en Terre sainte – Jordanie, Israël, Palestine – et à Chypre, où j’ai pu connaître de près les joies et les préoccupations des communautés chrétiennes ». Depuis, il y a eu les voyages de François au Caire, en Irak et à Bahreïn. Mais dans un Liban à la souveraineté anéantie par un Hezbollah totalement inféodé à l’Iran, livré à une oligarchie sans scrupules et à des rivalités internes insensées entre leaders chrétiens, l’Église maronite avait été placée à l’époque devant une tâche qui la dépasse, et n’avait pu accomplir la mission qui lui avait été confiée. Du reste, les Eglises signalées par Benoît XVI, en raison d’un cléricalisme paralysant, doivent encore aujourd’hui apprendre à se respecter, à discerner leurs charismes respectifs, à s’écouter et à travailler ensemble. Comme l’a si bien dit le Cardinal Pizzaballa, patriarche latin de Jérusalem, au vu de ce qui se passe à Gaza, dont la présence au Liban durant la visite papale a été remarquée : « Nous ne sommes plus appelés à construire des structures, mais des relations ». Le Liban, terre des bonnes relations et du “vivre ensemble” islamo-chrétien, doit devenir aussi la terre pionnière de l’unité chrétienne.

Politique de déni et suicide collectif
Par
Jawad Pakradouni
Publié

Dans le livre d’histoire pour le baccalauréat français, figure un chapitre à la page 138 intitulé «La naissance de l’État d’Israël». Sauf que, bizarrement, on passe de la page 137 à la page 140, les deux pages du chapitre susmentionné étant collées l’une sur l’autre. Ainsi, nos enfants seront épargnés d’apprendre la création d’un pays, que le nôtre refuse de reconnaître, et donc qui n’existe pas officiellement… Bonjour les résultats au bac si ce sujet sera posé. Par contre, l’armée du pays qui n’existe pas, quant à elle, décime tout sur son passage ou lors de ses survols. On pourrait conclure que nous sommes attaqués par des fantômes ou des esprits. Nous n’avons pas besoin de forces régulières ou de soi-disant «résistance» paramilitaire, mais d’un exorciste. Sur un autre plan, la BDL a annoncé l’augmentation des plafonds des deux circulaires 158 et 166, de deux cents et cent dollars respectivement, lesquels ne seront pas palpables mais virtuels (i.e. payables par cartes de débit uniquement). Une chaîne de télévision a interrogé plusieurs personnes qui étaient contentes voire euphoriques de cette décision, de ce cadeau à l’approche des fêtes, ayant tendance à oublier qu’elles ont été initialement spoliées de leurs deniers, se satisfaisant des miettes de leurs propres sous que les banques leur reversent. Par ce merveilleux cadeau, les banques leur font l’aumône avec leur propre argent. Là encore, l’État et les banques refusent de reconnaître leur responsabilité. En temps normal, cette situation aurait été dévastatrice pour les institutions publiques et financières, mais lorsque le peuple est doté d’une mémoire de poisson rouge, et s’évertue à ignorer qu’il a été littéralement volé, adieu les responsabilités et bonjour l’impunité. Et au sujet de l’impunité et de l’oubli, le meilleur exemple est celui du 4 Août. Les autorités refusent une fois de plus de reconnaître une quelconque implication, voire une simple faute administrative, et nous-mêmes avons tendance à oublier ce qui fut l’un des pires cataclysme ayant frappé le pays: the show must go on… La politique du déni est un suicide collectif. Si un jour un livre d’histoire devrait être écrit pour notre pays, les générations futures s’arrêteront probablement à l’indépendance… et pour le reste ce sera des feuilles blanches. En acceptant obséquieusement notre situation, au nom de cette fabuleuse stupidité qu’est la résilience, nous sommes devenus experts à nous effacer avant même d’être écrits….