

« Merci d’être venu » est probablement l’une des phrases que Léon XIV a le plus entendue au cours de son séjour au Liban. Pour beaucoup, l’accueil populaire réservé au Pape a créé la surprise. Léon XIV a loué la « simplicité » de notre foi. Il a dû retrouver au Liban quelque chose de la foi des paysans du Pérou, celle d’un peuple que la sophistication intellectuelle de l’Occident n’a pas encore atteint.
« Wow ! Merci au Pérou, et surtout à Chiclayo, d’avoir si bien façonné cet homme de Dieu plein de zèle et de compassion » écrit sur Facebook un ingénieur à la retraite qui a passé trois jours scotché à la télévision. Ce n’est pas Mère Marie Makhlouf, la supérieure des Sœurs de la Croix, ni les deux femmes qui ont eu reçu le réconfort de son étreinte, à Bkerké et au port, qui diront le contraire. Désormais, Léon XIV connait le Liban de près et le peuple a lu sur son visage le bonheur de la rencontre.
Dans l’avion qui le ramenait à Rome, le pape a livré mardi dernier certaines réflexions personnelles qui sont autant de commentaires de sa visite. Il a parlé de son livre de chevet, La Pratique de la Présence de Dieu, du Frère Laurent de la Résurrection, un humble moine français du XVIIe siècle. « S’il n’y a pas la rencontre personnelle avec Jésus-Christ, il y aura un « ethnicisme déguisé en christianisme », a dit un jour le Pape François, en parlant des peuples qui se disent chrétiens. La rencontre personnelle avec Jésus-Christ n'est pas aussi commune qu'on le pense.
Un voyage possible en Algérie
Léon XIV a également parlé des efforts d’apaisement qu’il déploie auprès d’Israël et des États-Unis, personnellement ou à travers la diplomatie du Vatican, alors que la région risque un embrasement dans le conflit opposant Israël au Hezbollah. Il a en outre confirmé avoir pris connaissance de la lettre ouverte que lui avait adressée le parti pro-iranien, auquel il avait répondu en substance en l’invitant à renoncer aux armes et à choisir le dialogue. Cette réponse a pu être transmise par cheikh Ali Khatib, président du Conseil supérieur chiite, qu’il a vu à la rencontre interreligieuse de lundi, et avec lequel, selon le Nonce Paolo Borghia, il a eu un tête-à-tête par la suite. « La paix, a affirmé Léon XIV durant la messe du front de mer à Beyrouth, est aussi bien un objectif qu’un moyen ».
Par ailleurs, le pape a cité son désir de se rendre, après le Liban, en Algérie, patrie de saint Augustin et terre de rencontre islamo-chrétienne. Il semble donc qu’il porte ce désir dans son cœur, à l'instar de tous ses prédécesseurs. Depuis Vatican II et la déclaration « Nostra Aetate », l’Eglise universelle déploie des efforts constants pour promouvoir le dialogue entre les deux mondes, chrétien et musulman. Un effort qui a fini par porter ses fruits dans la déclaration commune sur la fraternité d’Abou Dhabi (2019) et dans l’encyclique Fratelli Tutti, qui en a repris et développé l’essentiel.
La perspective œcuménique
Enfin, le Pape a parlé de la perspective œcuménique commune à son pèlerinage à l’ancienne Nicée, lieu de naissance du Credo, et au Liban. Là aussi, Léon XIV s’inscrit dans le sillage de ses prédécesseurs, en particulier de Benoît XVI qui, en 2012, en remettant aux Eglises orientales, à partir du Liban, l’exhortation apostolique issue du synode sur le Moyen-Orient, confiait au pays du Cèdre, poumon de tous les chrétiens du Moyen-Orient, la tâche de « rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés ».
C’est « l’unique Église du Christ (qui) s’exprime dans la variété des Traditions liturgiques, spirituelles, culturelles et disciplinaires des six vénérables Églises orientales catholiques sui juris, ainsi que dans la Tradition latine », dira-t-il à la messe d’ouverture du synode, à Rome, en 2010. « C’est cette optique intérieure qui m’a guidé dans les voyages apostoliques en Turquie, en Terre sainte – Jordanie, Israël, Palestine – et à Chypre, où j’ai pu connaître de près les joies et les préoccupations des communautés chrétiennes ». Depuis, il y a eu les voyages de François au Caire, en Irak et à Bahreïn.
Mais dans un Liban à la souveraineté anéantie par un Hezbollah totalement inféodé à l’Iran, livré à une oligarchie sans scrupules et à des rivalités internes insensées entre leaders chrétiens, l’Église maronite avait été placée à l’époque devant une tâche qui la dépasse, et n’avait pu accomplir la mission qui lui avait été confiée. Du reste, les Eglises signalées par Benoît XVI, en raison d’un cléricalisme paralysant, doivent encore aujourd’hui apprendre à se respecter, à discerner leurs charismes respectifs, à s’écouter et à travailler ensemble. Comme l’a si bien dit le Cardinal Pizzaballa, patriarche latin de Jérusalem, au vu de ce qui se passe à Gaza, dont la présence au Liban durant la visite papale a été remarquée : « Nous ne sommes plus appelés à construire des structures, mais des relations ». Le Liban, terre des bonnes relations et du “vivre ensemble” islamo-chrétien, doit devenir aussi la terre pionnière de l’unité chrétienne.