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En 2010, Israël a intercepté avec violence le Mavi Marmara, un navire turc affrété par une ONG humanitaire pour venir en aide à la bande de Gaza, alors sous blocus israélien. Cet incident de trop fera éclater au grand jour l’animosité entre le gouvernement d’Erdogan et l’État hébreu. (AFP)
Opinion
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Par Youssef Mouawad
Publié sept. 5, 2026 - 13:25
La guerre ne s’est pas encore interrompue dans notre sud qu’elle risque de se déclencher chez nos voisins. C’est dire que nous vivons en sursis et d’un conflit à l’autre. Et pour cause! Peu s’en fallut que le bombardement d’une base syrienne ne dégénérât en bataille rangée entre Ankara et Tel-Aviv. C’était le 18 août dernier et Benjamin Netanyahou n’y était pas allé de main morte: son pays n’allait pas tolérer un ancrage militaire turc susceptible de déborder vers le sud syrien. Le message était d’autant plus brutal que huit frappes avaient pris pour cible la base aérienne d’Abou al-Dhouhour, située à 70 kilomètres de la frontière turque. Rappelons, par ailleurs, que depuis la chute de Bachar el-Assad en décembre 2024, Erdogan est le principal mentor de la nouvelle Syrie, celle d’Ahmed al-Charaa, l’aidant à reconstruire ses forces armées et faisant d’elle un partenaire stratégique. Ce n’est plus la Syrie de Hafez el-Assad Est-ce ce regain de tension entre Ankara et Tel-Aviv qui a précipité une réunion entre le chef de la diplomatie syrienne, Assaad Chaïbani, et le chef du Mossad, Roman Gofman, le 23 août dernier en Jordanie? Or ce conciliabule n’a pas suscité une levée de boucliers dans le monde arabe comme l’avait fait la visite impromptue d’Anouar al-Sadate en Israël en 1977. Un tabou a été officiellement brisé et, de fait, qui aurait pu croire à la tenue d’une telle concertation sous le régime baasiste? L’État hébreu aurait dû s’en féliciter mais, contrairement à ce que l’on attendait, il n’a interrompu ni ses frappes aériennes ni ses incursions territoriales comme celles du 27 août à Quneitra. C’est que les choses ont changé. Sous Hafez el-Assad, la Syrie était une puissance régionale qui, sans être redoutable, était redoutée de ses voisins immédiats, pays arabes fussent-ils ou non. On évitait de lui chercher querelle et de ce fait elle mena, dans certaines limites, une politique étrangère agressive qui versait souvent dans la provocation. Et du coup, en vertu de l’autonomie de son action et des marges de manœuvre qu’elle s’octroyait, elle avait constitué, ne serait-ce que géographiquement, une zone tampon entre d’une part une Turquie «erdoganesque» affichant son islam décomplexé et d’autre part, un Israël, l’État consubstantiellement juif. Or voilà que, dans un pays éreinté par une gestion bassiste et saccagé par des années de guerre civile, la Turquie, s’étant mise à poser ses jalons, va indubitablement se retrouver nez à nez avec un Israël qui occupe une portion du territoire syrien. À quoi s’attendre ? Ayant pris en considération l’ego démesuré de Netanyahu comme celui d’Erdogan, et pour le cas où ces deux hommes d’État demeureraient à leurs postes respectifs, nous devons nous attendre à un duel épique sur le territoire syrien, libanais, jordanien, voire ailleurs. Ce combat sera fait de feintes, d’esquives, de coup fourrés mais également d’attaques frontales, de corps à corps et d’escalades de tension jusqu’au point de rupture. Et cela même si le rapport du Congressional Research Service de septembre 2025 estime que la confrontation directe entre la Turquie et Israël demeure peu probable, précisément parce que les deux États connaissent le coût d’une guerre, si celle-ci en venait à se déclarer. Toutefois, dans le domaine de la polémologie, les dirigeants et autres élites ne sont pas nécessairement des acteurs rationnels! D’autant plus, qu’aux yeux des observateurs israéliens, le slogan qui prévaut en Anatolie à savoir « Make Turkey great again » n’est pas de nature à rassurer l’État sioniste. Washington aura de plus en plus de mal à contenir ou à séparer les deux adversaires qui déjà se rangent en ordre de bataille. La Turquie, un nouvel Iran? Oui, c’est une hypothèse, mais uniquement dans un face à face avec Israël, la Syrie étant devenue du jour au lendemain une zone où «se chevauchent deux périmètres de sécurité», le Turc et l’Israélien, le musulman et le juif. Et il n’est pas à exclure que le militantisme chiite, ce mobilisateur de « proxies », n’en vienne à s’allier, ne serait-ce que momentanément, à une «version frériste» de l’islam politique prônée par Ankara! Nous aurions ainsi, et contre toute attente, un Hezbollah soutenu par son ennemi d’hier, Ahmed al-Charaa, un islamiste venu de Jabhat al-Nusra et Hayat Tahrir al-Cham! Contre l’adversaire commun, un renversement des alliances est toujours légitime et opportun. Mais ce ne serait là qu’une alliance tactique, dictée par les nécessités de l’heure et qui ne pourrait préjuger de l’avenir. Le nationalisme arabe ayant été évacué, la Turquie ne va pas se contenter de s’emparer économiquement du marché syrien fort de 25 millions de consommateurs: elle voudra exercer une influence politique à Damas et investir à cet effet son appareil militaire et sécuritaire. Le pouvoir bancal du président syrien, ne pouvant assurer certaines fonctions régaliennes ni encadrer les divers corps de l’État, fera nécessairement appel à l’expertise de son voisin du nord. Faut-il croire pour autant que ce dernier va être happé par la spirale de la «belligérance annoncée»? Tout s’y prête et l’on peut déjà percevoir les prémices d’un engrenage rappelant celui des États-Unis au Vietnam sous Lyndon Johnson. Car si l’État syrien compte se reconstituer, il aura en premier lieu besoin d’une armée en mesure de mater les tendances centrifuges des Alaouites, des Druzes et autres factions qui appellent au fractionnement du pays. Or c’est à Ankara d’y pourvoir et de renforcer l’autorité centrale sise à Damas. Mais Israël, qui a pris de mauvaises habitudes en Syrie et qui compte y conserver une liberté d’action aérienne, ne peut s’accommoder d’une armée structurée sur le modèle otanien et pouvant servir de proxy à une entreprise néo-ottomane. Et le Liban, de la primauté à la secondarité? Un nouveau décor est désormais planté pour un nouveau script qui définira de nouvelles règles du jeu ! Qu’adviendra-t-il du Hezbollah pris dans une souricière? Eh bien, il pourrait bénéficier, dans ce cas de figure, ne serait-ce qu’en partie, du soutien logistique de Damas, soutien qui lui a gravement manqué depuis la chute de Bachar el-Assad. Et peut-être que, par un déplacement des plaques tectoniques, le Liban passerait du statut de théâtre initial à celui de théâtre secondaire d’un conflit régional. Mais pour tout vous dire, ça nous fera une belle jambe!
L'Essentiel du jour
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Par LevantTime . - Publié sept. 5, 2026 - 00:55
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Le convoi du CICR transportant les civils libérés, parti de la zone occupée par Israël dans le sud du Liban, s'est rendu au point qui marque le début de la zone tenue par les autorités libanaises. (AFP)
Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a annoncé vendredi avoir transféré au Liban quatre nouvelles personnes relâchées par Israël, au lendemain de la libération d’un premier civil. Il s’agit de trois Libanais et de deux Syriens, selon le CICR. C’est la première fois qu’une telle opération a lieu depuis le début, en avril, des négociations entre le Liban et Israël, sous l’égide des États-Unis. Beyrouth avait demandé, lors de la dernière session de pourparlers en août, la libération d’un premier groupe de ses ressortissants capturés par Israël dans le sud du Liban, où celui-ci est en guerre avec le Hezbollah pro-iranien. Leur nombre est estimé par leurs proches à une trentaine, parmi lesquels figurent des combattants du mouvement islamiste. Le président libanais Joseph Aoun a remercié, dans un communiqué, les États-Unis et le CICR, et affirmé que cette libération «confirmait la pertinence de la position» du Liban, engagé avec Israël dans des négociations rejetées par le Hezbollah. Les États-Unis ont salué jeudi «le gouvernement d’Israël et le gouvernement du Liban pour avoir fait preuve de bonne foi à travers ces premières étapes», exprimant l’espoir que cela serve «de base à des discussions élargies sur d’autres questions civiles». Les deux pays doivent tenir une nouvelle session de négociations en septembre, à une date encore inconnue. Selon le bureau du Premier ministre israélien, l’annonce de jeudi «fait suite aux efforts déployés par Israël et le Liban pour localiser et rapatrier les dépouilles des dirigeants de la communauté juive qui avaient été enlevés et tués au Liban» entre 1984 et 1986. Intensification des frappes israéliennes Sur le terrain, des frappes israéliennes ont fait vendredi trois morts et 23 blessés dans le sud et l’est du Liban. Israël a intensifié vendredi ses frappes dans la région, après avoir annoncé jeudi soir avoir pris le contrôle de la crête montagneuse d’Ali Taher, qui servait de position stratégique au Hezbollah pro-iranien et qui surplombe notamment Nabatiyé. L’armée va désormais y renforcer ses positions afin d’«empêcher l’ennemi de reprendre position dans la zone», a déclaré le ministre israélien de la Défense, Israël Katz. Une frappe a également visé la région de Tyr, notamment le village de Rmadiyé, selon l’ANI. Pour Trump, la guerre en Iran, c’est de la «gnognotte» Concernant la guerre en Iran, le président américain Donald Trump a cherché vendredi à en minimiser l’impact pour les États-Unis, à l’approche des élections législatives cruciales de mi-mandat. «Beaucoup de gens n’appellent pas ça une guerre. Je dis que c’est un conflit militaire, parce que c’est de la gnognotte (en anglais ‘small potatoes’) pour nous. Ce n’est pas un gros truc. On a fait le Venezuela et on a fait ça», a-t-il répondu aux journalistes dans le Bureau ovale, interrogé à propos de son vice-président JD Vance, qui avait déclaré la veille ne pas vouloir qualifier le conflit de guerre. Alors que la flambée des prix du carburant liée à la guerre menace de coûter aux républicains de Donald Trump leur majorité au Congrès lors des élections de mi-mandat en novembre, son administration s’efforce de minimiser l’ampleur du conflit. Selon le président, les États-Unis mènent des «frappes ponctuelles», assurant «ne pas être actuellement en train de se battre». Il a également affirmé que les États-Unis contrôlaient le détroit d’Ormuz et avaient décimé les forces armées iraniennes. «Ce que nous avons accompli est remarquable. Nous avons pris le contrôle du Venezuela et nous avons, pour l’essentiel, pris le contrôle de l’Iran», a-t-il déclaré.
Hommage
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Par Michel Hajji Georgiou - Publié sept. 4, 2026 - 23:28
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De Hassan Rifaï, l’on garde l’image d’un juriste respecté, posé, une référence en droit administratif et constitutionnel, argumentant, d’une voix calme et chevrotante, pour pointer du doigt les écarts et les égarements des politiques vis-à-vis du régime démocratique parlementaire et de la Constitution. Pourtant, l’ancien député et ministre, disparu le 3 septembre 2025, était aussi un homme révolté. Un frondeur. Même à cent ans. Surtout à cent ans! Il l’avait été enfant, haranguant les foules à Baalbeck contre le Mandat, puis tout au long de sa carrière d’avocat et de parlementaire. À cent ans, tout à fait désabusé de la République et de ses flibustiers, sa douce colère ne s’était pas calmée. «Le Liban est un pays impossible!», disait-il à l’auteur de ces lignes dans un entretien réalisé quelques années avant sa mort et jamais publié. Mais attention. Hassan Rifaï n’était ni nihiliste ni négationniste. Il s’était battu toute sa vie pour une certaine idée du Liban. En l’occurrence le Grand Liban, uni et pluriel. Et il évaluait à sa juste valeur l’expérience libanaise, dans tout ce qu’elle avait de positif. Mais l’humain l’avait déçu. Or c’est précisément l’humain qu’il recherchait. Et il ne le trouva jamais sur la scène publique libanaise. En tout cas, pas au service de la République. Rifaï était un homme de droit, toujours élégant, irréprochable, tout ce que l’on attend d’un homme de sa stature morale et intellectuelle. Mais il était aussi intraitable. Impitoyable, même. Sans doute son attachement à son pays et à son régime démocratique l’avait-il conduit à ne se reconnaître qu’une seule fidélité: un certain code de valeurs et une certaine idée de la République. Aussi se montrait-il critique vis-à-vis de toutes les erreurs et de toutes les dérives, à commencer par celles que commettaient ses amis politiques. Il n’épargnait personne. Ni les communautés et les clans, ni les chefs religieux, lui qui était d’ailleurs laïc, et certainement pas les responsables politiques! Tout le monde y passait, et Rifaï se faisait un malin plaisir à déconstruire les mythes et les idées reçues qui faisaient de tel ou tel président de la République ou Premier ministre un dirigeant exceptionnel. Ses repères étaient objectifs: la cohérence des actes avec les principes démocratiques. De ce fait, personne ne trouvait réellement grâce à ses yeux. Le constat était terrible: aucun des dirigeants, dans l’histoire du pays, n’avait véritablement respecté la démocratie parlementaire libanaise. Aucun. Non qu’il plaçât tout le monde sur le même pied d’égalité. Il avait suffisamment de distance critique pour reconnaître les qualités et les défauts des uns et des autres. Il aimait citer Léon Duguit: «Le droit constitutionnel n’a de garde-fou que la bonne foi des hommes qui l’appliquent.» Il en avait presque fait son credo républicain. Et son verdict était sans merci: cette bonne foi, il ne l’avait tout simplement pas trouvée. Trop de politiciens, et pas suffisamment d’hommes d’État. Et, surtout, beaucoup de mensonge et d’hypocrisie. Ainsi, un jour, un grand responsable lui avait conseillé: «Ne construisez pas de routes aux gens. Sinon, ils cesseront de venir chez vous.» En dépit du respect qu’il portait à cet allié politique, la formule l’avait désemparé et choqué. Elle contenait à elle seule toute une conception du pouvoir: ne jamais résoudre définitivement le problème de celui que l’on prétend représenter, puisqu’on perdrait, avec son besoin, la raison même de sa dépendance. Le projet de l’État était ainsi renvoyé aux calendes grecques. Ou, en tout cas, s’il se trouvait des gens de bien, le système ne leur permettait pas d’arriver aux postes de responsabilité. Rifaï était un rebelle, oui, mais avec la rigueur et la précision d’un orfèvre du droit administratif et constitutionnel. Et c’est sans doute cela qui le distinguait au sein du landerneau politique libanais. Rebelle, il le fut suffisamment pour le payer cher. En août 1982, il fut victime d’une tentative d’assassinat après s’être opposé au diktat israélien. À Taëf, en 1989, il fut presque mis au ban pour avoir immédiatement discerné les contradictions présentes et les pièges ajoutés dans les réformes constitutionnelles. À partir de 1992, sous l’occupation syrienne, il connut l’ostracisme politique pour son opposition à l’appareil sécuritaire de la tutelle et à la politique de Rafic Hariri. Mais il était juste. Il pouvait s’opposer au confessionnalisme politique, tout en reconnaissant que son abolition à l’étape actuelle serait une catastrophe pour le Liban, et que la démocratie numérique sonnerait une bonne fois pour toutes le glas de la formule libanaise et de la présence chrétienne au Liban. Il pouvait s’associer à l’idée que les chrétiens avaient été lésés par les réformes constitutionnelles de Taëf, les sunnites aussi, soutenait-il, tout en rappelant les excès commis dans la pratique du pouvoir par les présidents de la République entre 1943 et 1990, et en mettant en garde contre une bouffée nostalgique de ces pratiques sous l’antienne du «droit des chrétiens». Une dérive vers un régime présidentiel ou semi-présidentiel constituait, selon lui, un danger pour les chrétiens. L’importance du régime parlementaire hérité de la IIIe République française résidait précisément dans le fait que le président de la République était politiquement irresponsable devant la Chambre des députés. Cela le plaçait, selon Rifaï, dans une position privilégiée. Au-dessus de la mêlée, il pouvait guider le navire de la République à bon port sans se retrouver embourbé dans les enjeux de pouvoir. Cette responsabilité morale de préserver la Constitution et la République était, à ses yeux, beaucoup plus importante que toute responsabilité politique. Mais encore fallait-il en convaincre les principaux concernés. Rifaï pouvait reconnaître l’importance d’une décentralisation administrative tout en refusant que cette revendication se transforme en slogan idéologique masquant une volonté séparatiste. Il rappelait, dans ce sens, que Beyrouth et le Mont-Liban avaient été privilégiés dans la construction du Grand Liban, alors que les régions périphériques, notamment la sienne, Baalbeck, avaient été méprisées. Cela avait contribué à affaiblir le sentiment national libanais, qui était tributaire, après tout, d’un bien-être fondé sur le respect de la dignité humaine. L’adhésion à la citoyenneté supposait que tout le monde fût logé à la même enseigne du point de vue du développement. Sans égalité entre les citoyens, la souveraineté ne pouvait que chanceler. C’était d’ailleurs le sens de sa première intervention au Parlement en 1968. Les événements qui suivirent donnèrent une singulière gravité à cet avertissement. Les déséquilibres économiques, sociaux et territoriaux contribuèrent à nourrir les revendications de la gauche et d’une partie de la rue musulmane, dans un pays déjà travaillé par les tensions communautaires, les ingérences extérieures et la montée en puissance des organisations armées. Ils participèrent ainsi à l’affaiblissement progressif de l’État, avant la guerre, les occupations successives et l’émergence de mouvances paraétatiques. En définitive, Hassan Rifaï incarne un peu ce modèle libanais de personnalité cosmopolite, complexe, située en dehors des tranchées communautaires et partisanes, respectée de manière quasi unanime, surtout hors des cercles politiques, mais uniquement consultée au besoin et de manière intéressée à l’intérieur de ces mêmes cercles. Le Liban n’aime pas les esprits trop indépendants et insoumis, même si son système comporte encore des failles qui permettent à ces derniers d’exister et de se faire entendre. Ils sont tolérés, mais doivent rester en marge. Il en va de la survie de l’État-zaamat et de l’État-jamaat, qui préfère se tourner invariablement vers des patrons étrangers que vers des hommes à même de générer, proposer et mettre en pratique des solutions à l’intérieur. Le système politique libanais et ses protagonistes détestent la notion de responsabilité, parfaitement anxiogène, et lui préfèrent la dépendance ou, pire encore, la servilité. Or, répétait Rifaï, citant une fois de plus Léon Duguit: «Là où est la responsabilité est le pouvoir.» Faut-il dès lors s’étonner qu’au Liban, là où la responsabilité n’est nulle part, le pouvoir ne soit nulle part non plus? Ou, plus exactement, qu’il soit toujours ailleurs?
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Ormuz: l'Iran veut imposer ses règles du jeu à Trump

Le régime iranien des mollahs, plus spécifiquement le courant radical représenté par les Gardiens de la Révolution islamique, continue de vouloir gérer la crise du détroit d’Ormuz en imposant ses conditions et en mettant à l’écart les Etats-Unis dans les tractations entreprises, voire en déniant tout rôle de Washington dans la solution en gestation. Afin d’atteindre cet objectif, les décideurs à Téhéran ont négocié le projet de règlement exclusivement avec le sultanat d’Oman en prenant bien soin d’affirmer qu’aucun dialogue n’a lieu avec les USA. Pire encore : poussant toujours plus loin son arrogance et son mépris affiché à l’égard du président américain, le régime iranien devait souligner dans la matinée de mercredi que «l’accord avec Oman a été ajourné en raison des menaces proférées par les Etats-Unis». Téhéran agit ainsi avec l’Administration US en «vainqueur» qui non seulement cherche à imposer ses règle du jeu, mais traite surtout son «ennemi» de manière délibérément humiliante, en interprétant les hésitations et les louvoiements du président Donald Trump comme un signe de faiblesse dont il cherche à tirer profit. Dans ce cadre, le site local al-Janoubiya , reflétant la mouvance de l’opposition chiite libanaise hostile au Hezbollah, rapporte des informations puisées dans la presse iranienne qui confirment, certes, une fois de plus, l’existence d’une fracture au sein du régime iranien, mais qui relèvent surtout une mise à l’écart du chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi dans les négociations en cours. De fait, une source responsable au ministère iranien des A.E. a indiqué mercredi qu’«aucune visite du ministre des A.E. ou du président du Parlement (principaux négociateurs iraniens) n’est prévue au Pakistan ou au Qatar» (principaux médiateurs entre les USA et l’Iran). Dans le même temps, la Janoubiya rapporte également qu’un haut responsable de la mouvance radicale au sein du régime aurait déclaré que si le président iranien Massoud Pezechkian présente, une fois de plus, sa démission, celle-ci sera immédiatement acceptée. Ce climat iranien qui entoure les tractations sur la gestion du détroit d’Ormuz et l’obstination iranienne à tenir les USA à l’écart de toute solution laissent planer un sérieux doute sur la solidité et la crédibilité de l’accord négocié par le régime avec Oman. Une source autorisée iranienne a d’ailleurs tenu à souligner mercredi soir que l’accord irano-omanais «ne signifie pas que le détroit d’Ormuz deviendra sûr» et ne «signifie pas la réouverture complète du détroit»! Dans la pratique, le vice-ministre iranien des AE, Kazem Gharibabadi, devait indiquer en soirée que l’accord négocié avec Oman implique «un modèle de gestion différent de celui mis en application depuis soixante ans». Et le porte-parole de préciser qu’à la demande de Téhéran le sultanat est disposé à changer «les couloirs d’entrée et de sortie des navires commerciaux». Reste à savoir, dans un tel contexte, si le président Trump acceptera les règles de jeu ainsi définies par l’aile radicale du régime, d’autant que dans le même temps, l’allié yéménite des Pasdarans, la milice des Houthis, poursuit son escalade en mer Rouge contre l’Arabie saoudite. Le porte-parole des Houthis a ainsi indiqué en soirée que la milice a pris pour cible «un pétrolier saoudien dans le golfe d’Aden à l’aide d’un missile balistique». Auparavant dans la journée, une source britannique avait fait état également d’une attaque au large du Yémen contre un navire commercial. Ces attaques sont intervenues alors que le président Trump avait déclaré dans l’après-midi qu’il ferait assumer à l’Iran toute attaque des Houthis contre des navires saoudiens. En tout état de cause, le ministre Araghchi a souligné dans le contexte des pourparlers avec Oman que tout accord avec le sultanat au sujet d’Ormuz devra être avalisé par le Guide suprême, Mojtaba Khamenei. Sauf que le président iranien a déclaré en fin de soirée que «le contact avec le Guide suprême est extrêmement difficile au stade actuel»… Le dossier libanais C’est dans ce contexte particulièrement trouble et lourd de conséquences imprévisibles que s’est tenue mercredi la deuxième journée du septième round de négociations directes entre le Liban et Israël, dans une atmosphère plus positive que la veille. C’est ce qu’ont annoncé en fin de journée des sources proches de Baabda qui ont indiqué sur ce plan que les discussions ont abouti à la formation de trois commissions chargées des dossiers politique, militaire et en rapport avec la délimitation des frontières internationales entre les deux pays. C’est sur ce dernier point que les progrès les plus notables ont été enregistrés. Les sources de Baabda précisent que la délégation libanaise a présenté une étude détaillée et bien documentée sur le sujet, et le représentant américain devait rendre hommage à la position définie par la partie libanaise à cet égard. L’autre sujet qui a fait l’objet de pourparlers entre les délégations libanaise et israélienne est la détermination de la tierce partie qui serait chargée de s’assurer de l’absence de toute présence milicienne du Hezbollah dans les zones-pilotes évacuées par Tsahal et prises en charge par l’armée libanaise. L’Etat hébreu s’opposerait à un rôle de la France à ce propos. Par contre, les observateurs relèvent que le ministre italien des Affaires étrangères a eu un entretien téléphonique avec son homologue iranien et parallèlement, un officier supérieur italien a tenu à Beyrouth une réunion avec le chef d’état-major de l’armée libanaise, ce qui a entretenu des spéculations sur le choix de l’Italie comme tierce partie qui serait chargée de s’assurer de l’application rigoureuse des termes de l’accord-cadre entre le Liban et Israël. En tout état de cause, la séance de mercredi après-midi a été levée avant l’heure prévue, à la demande de la délégation américaine, «en raison de développements sur le terrain», a indiqué en début de soirée un responsable au Département d’Etat. Appui de Bkerké aux négociations avec Israël Notons pour clore ce volet diplomatique qu’à l’issue de sa réunion mensuelle tenue à Bkerké – comme à l’accoutumée chaque premier mercredi du mois – l’assemblée des évêques maronites a publié un communiqué dans lequel les prélats apportent leur appui total aux négociations entre le Liban et Israël, sous l’égide des Etats-Unis, dans le but d’obtenir un «retrait total de l’armée israélienne du Liban-Sud et le retour des habitants dans leurs villages (…)». Fait significatif: le communiqué de Bkerké souligne explicitement que la voie des négociations avec Israël suivie ainsi par le pouvoir libanais doit se poursuivre «loin des tentatives visant à lier ce processus à des agendas étrangers», dans une allusion à peine voilée à la volonté du régime iranien de prendre le contrôle de la carte du Liban-Sud. Sur le terrain, au Liban-Sud, la journée de ce mercredi 6 août 2026 a été lourde en termes de pertes en vies humaines. La journée a commencé par l’explosion d’un engin artisanal dans le village de Majdel Zoun, dans le caza de Tyr. L’explosion a fait deux tués et 7 blessés, dont l’un grièvement atteint, dans les rangs de l’armée israélienne. A la suite de cette explosion, Tsahal a publié un communiqué accusant, en des termes sévères, le Hezbollah d’avoir violé le cessez-le-feu au Liban et annonçant que des raids de représailles seraient effectués au Sud. De fait, une attaque au drone a été menée contre la localité de Tebnine, faisant un tué et 12 blessés. Parallèlement, les forces de l’Etat hébreu ont annoncé avoir détruit une infrastructure souterraine relevant du Hezbollah dans le village de Srebbine (caza de Bint Jbeil) où d’importants lots d’armes et de munitions ont été saisis.

La mer Rouge et le risque d’une guerre régionale plus vaste

La montée des tensions dans le Golfe accentue les craintes, à l’échelle mondiale, d’une nouvelle crise de la navigation en mer Rouge. Une telle évolution imposerait de nouvelles contraintes à un commerce maritime international déjà extrêmement coûteux et provoquerait une autre crise des approvisionnements, à faible distance des zones de conflit du détroit d’Ormuz et des risques géopolitiques qui leur sont associés au Moyen-Orient, si l’affrontement devait se prolonger. Le scénario se répète désormais à un rythme si régulier qu’il en devient prévisible. Le président américain Donald Trump porte ses menaces à leur plus haut niveau. Washington évoque une frappe de grande ampleur, tandis que le secrétaire d’État Marco Rubio parle d’itinéraires de substitution au détroit d’Ormuz. Les marchés commencent alors à intégrer dans leurs anticipations la possibilité d’une guerre régionale. Les cours du pétrole s’envolent, les marchés boursiers reculent et la région s’enfonce dans l’inconnu. Les responsables politiques, pour leur part, abordent chacun la crise sous un angle particulier. Les uns raisonnent en fonction des prochaines échéances électorales, les autres en termes de rapports de force et d’influence, tandis que les groupes de pression et les grandes entreprises agissent selon la logique des intérêts et des profits, tirant parfois avantage des fluctuations que les crises elles-mêmes provoquent sur les marchés. Ceux-ci ne considèrent d’ailleurs plus cette dynamique comme une exception, mais comme un phénomène récurrent. À chaque escalade, les cours du pétrole augmentent sous l’effet des inquiétudes entourant les approvisionnements énergétiques. Dès que des signes d’apaisement apparaissent, les prix repartent à la baisse. Il en va de même sur les marchés financiers, qui vacillent à chaque menace avant de récupérer une partie de leurs pertes dès que ressurgit la perspective d’un accord. Malgré cela, les craintes d’une nouvelle perturbation de la navigation dans le détroit d’Ormuz s’intensifient, tandis que le trafic des porte-conteneurs à travers le golfe d’Aden, Bab el-Mandeb et le canal de Suez connaît un recul préoccupant. Plus d’une cinquantaine de pays sont déjà touchés. Dans certains États africains, comme le Nigeria, les conséquences persistantes de la guerre aggravent la pauvreté et la faim chez les enfants. En Allemagne, la production des usines Tesla a ralenti après que plus de dix-huit compagnies maritimes internationales ont décidé de détourner leurs navires par le cap de Bonne-Espérance, retardant ainsi l’acheminement des matières premières industrielles. Le géant japonais du transport maritime NYK a également suspendu ses traversées de la mer Rouge. Ce changement d’itinéraire multiplie par quatre les coûts du transport maritime en raison de l’allongement des distances le long des côtes africaines. Il perturbe également les chaînes d’approvisionnement et retarde l’arrivée des composants industriels et technologiques en provenance de Chine, de Taïwan et d’autres pays d’Asie orientale. Au cours des derniers mois, de nombreux navires marchands ont abandonné leur route traditionnelle passant, dans les deux sens, par le golfe d’Aden et le canal de Suez. Environ vingt mille navires de commerce empruntaient chaque année ces voies maritimes, sur une flotte mondiale de quelque 105 000 bâtiments de transport ayant acheminé, en 2024, près de 15 milliards de tonnes de marchandises et de matériaux divers à travers les mers. Le retour du spectre de l’inflation représente l’un des plus grands défis auxquels sont confrontés les gouvernements, après que le monde se fut relativement adapté aux conséquences des perturbations dans le détroit d’Ormuz. Cette situation ravive le souvenir des déséquilibres économiques liés à la pandémie de Covid-19. L’Europe s’inquiète de l’augmentation des prix du pétrole et d’une possible extension des guerres du Moyen-Orient. Les économies de l’Union européenne continuent, par ailleurs, de subir les effets du coût de la guerre russe en Ukraine. Toute modification de la stratégie américaine conduirait à une nouvelle réalité économique en Europe, caractérisée par des écarts de croissance et une compétitivité de plus en plus déséquilibrée. Les Européens sont sous le choc et doivent décider rapidement. Ils ne sont guère en mesure de résister à un nouveau défi économique mêlant inflation, chômage et incendies, tandis que l’Union européenne recherche des fournisseurs d’énergie de substitution situés à de grandes distances. En revanche, durant les mois de guerre entre les États-Unis et l’Iran, l’économie américaine, fondée en grande partie sur la demande intérieure, a été relativement peu affectée. Dans le même temps, le commerce des États-Unis avec les pays d’Amérique du Nord et ceux de l’ASEAN, en Asie du Sud-Est, s’est renforcé pour atteindre environ 1 200 milliards de dollars. Les routes du commerce maritime se sont réorientées vers l’océan Pacifique, tandis que le commerce chinois atteignait près de 800 milliards de dollars. La conquête des mers a constitué l’une des grandes aventures de l’humanité. Elle a fait de la Méditerranée, avec son commerce et ses richesses, un vaste espace d’échanges entre les anciens Phéniciens, les Grecs, les Égyptiens, l’Afrique du Nord, le sud de l’Europe et l’Inde. Rome y a établi les anciennes routes du commerce et de la guerre. Les voyages de Christophe Colomb et de Vasco de Gama, la réduction des distances entre la route de la soie venue de Chine et l’Europe, illustrée par le périple de Marco Polo, puis le tour du monde de l’amiral Magellan ont contribué à ouvrir de nouvelles voies maritimes au commerce international. Mais la mer ne sert pas un seul objectif. Plus d’un million de personnes travaillent dans le commerce maritime, à bord des navires ou sur les quais. À cela s’ajoutent les secteurs de la construction navale, de la pêche, de la plaisance et du tourisme maritime. La mer contribue aux projets de développement, stimule de nombreuses activités économiques et soutient la consommation de matériaux produits localement, notamment par les industries du fer, de l’aluminium et des câbles, ainsi que par les ateliers de fabrication de fibres de verre. Dès lors, toute extension des guerres autour des détroits, de Bab el-Mandeb jusqu’aux mers de Chine et du Japon, alors que l’économie mondiale enregistre une croissance faible, proche de 3 %, entraînerait de nouvelles répercussions politiques et économiques. Leurs conséquences matérielles et psychologiques continueraient de peser sur la vie de millions de personnes. Les milieux financiers estiment à au moins 3 000 milliards de dollars la valeur annuelle des marchandises transitant par la mer Rouge, soit près de 13 % du commerce mondial. Ce chiffre pourrait atteindre 5 000 milliards de dollars d’ici à 2050. Malgré l’importance de ce pont du commerce mondial, la route de la mer Rouge manque toujours de nombreux services et équipements maritimes. Elle souffre notamment de l’insuffisance des chantiers navals, des installations de maintenance et des industries maritimes, ainsi que de l’absence d’un dispositif assumant pleinement la responsabilité de la libre circulation des échanges. S’y ajoutent les besoins liés aux chambres internationales de la marine marchande et au transport des produits alimentaires mondiaux, notamment l’huile de palme et les céréales. On redoute également une volonté de réorganiser les lignes de transport et d’approvisionnement dans la région au détriment de l’Égypte et de certains États africains. L’Égypte apparaît comme la principale perdante en raison des menaces qui pèsent sur les revenus du canal de Suez, évalués à environ 11 milliards de dollars. Près de 15 % du commerce mondial, 30 % du trafic de conteneurs et 8 % des flux de pétrole brut empruntent ce passage. Israël a, de son côté, établi en Érythrée son plus important poste d’observation militaire et une plateforme stratégique majeure offrant une vue sur la région de Tiran, considérée comme un Gibraltar régional. Sa guerre contre l’Iran nourrit des tensions susceptibles de dégénérer en violences armées internationales et régionales, mais aussi d’alimenter la piraterie et les violences liées aux identités. Une telle évolution pourrait porter atteinte à la sécurité nationale arabe. Or, il n’existe encore aucune vision arabe commune et intégrée permettant de sécuriser ce passage et de garantir une véritable sécurité arabe collective. Cette carence risque de miner le rôle des États de la région et de leurs régimes actuels, de compromettre leur indépendance politique et d’affaiblir leur vitalité. Ainsi, les prix du pétrole peuvent diminuer après l’annonce par Donald Trump du report d’une éventuelle frappe militaire, et les marchés boursiers peuvent repartir à la hausse à l’évocation d’un accord imminent. Cela ne signifie cependant ni que la paix a été instaurée, ni que les causes des tensions ont disparu. Le Moyen-Orient ne vit ni une guerre ouverte ni une paix stable. Il demeure dans une zone grise entre les deux, au cœur d’une guerre froide dont les instruments de confrontation se transforment, tandis que ses conséquences économiques et psychologiques continuent de peser sur la vie de millions de personnes. Toute escalade affecte tout le monde. Elle aurait de graves conséquences sur la croissance mondiale et sur les niveaux d’inflation, comme le souligne JPMorgan. Elle entraînerait également une hausse du prix de l’essence, des appareils électroniques et des assurances. Elle obligerait à créer de nouveaux itinéraires, notamment des corridors maritimes verts tels que ceux évoqués lors de la conférence de Glasgow. Elle imposerait aussi de développer les terminaux portuaires, de libéraliser le secteur au Maroc et en Afrique, de progresser dans les domaines de la technologie, des services logistiques et d’Internet, et d’étendre les activités offshore, les simulateurs et les académies maritimes. Ce cycle d’escalades récurrentes ne signifie pas que la région se dirige vers la paix. Il révèle au contraire une autre réalité: ni guerre généralisée ni véritable stabilité, mais une gestion permanente des crises. L’escalade est devenue une carte de négociation, la menace un instrument politique, tandis que les négociations servent davantage à repousser l’affrontement qu’à ouvrir la voie à une solution de fond. Mais, au milieu de cet affrontement politique et stratégique, un seul acteur continue de payer le véritable prix: les populations. Les États arabes prendront-ils conscience de l’importance d’élaborer des stratégies capables de protéger leur «mer pétrolière», cette bande côtière essentielle à la configuration de la carte du commerce mondial?

Cheikh Naïm…  Le monopole de la violence légitime commence à Ali Taher

Avant toute chose, cheikh Naïm, il vous faut comprendre que l’ensemble des Libanais paient aujourd’hui le prix de vos inconséquences politiques, de votre soumission aveugle à l’Iran et de vos décisions unilatérales qui ont entraîné le Liban dans des guerres qu’il n’avait ni choisies ni décidées. Car ceux qui ont conduit le pays à cette situation dramatique et permis le retour de l’occupation israélienne dans certaines parties du Liban-Sud ne sont pas ceux qui s’efforcent aujourd’hui de sauver le Liban. Ce sont ceux qui se sont soumis aux ordres de l’Iran et ont décidé seuls d’entrer en guerre, en dehors des institutions de l’État et de son autorité. Ceux qui ont jeté le Liban-Sud dans une confrontation ouverte et exposé les Libanais à la destruction et au déplacement forcé sont ceux qui ont entraîné le Liban dans une guerre au service du projet iranien, et non ceux qui œuvrent aujourd’hui à sortir le pays de sa crise et à rétablir ses institutions. Quant à ceux qui tentent de sauver ce qu’il reste de la patrie, il s’agit du président de la République, le général Joseph Aoun, et du président du Conseil des ministres, qui s’emploient à rendre à l’État sa pleine souveraineté décisionnelle et à sortir le Liban de la spirale des guerres. L’exemple le plus parlant est la proposition du président de la République de remettre la colline Ali Taher à l’armée libanaise, une proposition que vous avez rejetée, alors même qu’elle avait été acceptée par la partie israélienne. La question qui se pose aujourd’hui n’est pas celle de l’importance stratégique de cette colline, car celle-ci ne fait aucun doute, mais celle des raisons qui vous poussent à refuser d’en remettre le contrôle à l’institution militaire libanaise. Est-ce parce qu’elle constitue le point d’observation le plus élevé sur de vastes secteurs du Sud et que celui qui la contrôle bénéficie d’un avantage décisif en matière de surveillance et de conduite des tirs? Est-ce parce que les infrastructures militaires, les fortifications et les tunnels qu’elle abrite représentent un investissement militaire construit au fil de longues années, au point que sa remise à l’armée signifierait la perte de l’un des principaux éléments de votre puissance sur le terrain? Ou bien la véritable raison est-elle que remettre cette position à l’armée libanaise reviendrait, dans les faits, à reconnaître le principe de l’exclusivité des armes entre les mains de l’État et à transférer la décision militaire aux autorités légitimes? Quelle que soit la réponse, le paradoxe demeure saisissant. Si le choix se résume à remettre cette position à l’armée libanaise ou à la voir détruite par Israël, comment le choix israélien peut-il apparaître comme préférable au premier? Et comment peut-on préférer voir un site libanais détruit par l’ennemi plutôt que placé sous l’autorité de l’institution militaire libanaise? Il ne faut pas perdre de vue, cheikh Naïm, que vous dirigez une milice armée en dehors du cadre de la légalité libanaise. Ni les discours ni les campagnes de dénigrement et d’accusations de trahison n’y changeront quoi que ce soit. L’exclusivité des armes entre les mains de l’État n’est pas un simple slogan politique, mais un principe de souveraineté et un impératif constitutionnel dont il n’y aura pas de retour en arrière. Il sera appliqué, quel que soit le temps nécessaire. Enfin, les négociations directes engagées par l’État libanais, en vertu de sa souveraineté et dans le respect de son intérêt national, ne constituent pas une concession. Elles sont l’un des instruments permettant de recouvrer les droits et la voie la moins coûteuse pour libérer le territoire, obtenir la libération des prisonniers et reconstruire ce que les guerres imposées au Liban au service de projets étrangers à l’intérêt national ont détruit.

L’impudence iranienne pour justifier une défaite libanaise

Six ans après la catastrophe de l’explosion au port de Beyrouth, alors qu’il est plus que probable que le Hezbollah, avec la complicité d’autres acteurs, ait protégé le stockage du nitrate d’ammonium, le Liban continue de résister à son ennemi intérieur. Cet ennemi, c’est l’arsenal du Hezbollah, utilisé aussi bien à l’intérieur du pays qu’à l’extérieur, notamment en Syrie, bien avant la «guerre de soutien à Gaza», laquelle a débouché sur une catastrophe pour la communauté chiite, mais qui constitue avant tout un désastre national pour le Liban. Les dernières déclarations du secrétaire général du Hezbollah, Naïm Kassem, en apportent une nouvelle illustration. Kassem a accusé les autorités libanaises d’avoir «servi Israël au lieu de servir le Liban», avant d’ajouter que «le président Joseph Aoun est devenu partie prenante au conflit, un facteur de division, ce qui est incompatible avec sa fonction». Ces propos ne sont qu’un épisode supplémentaire de la guerre que l’Iran mène contre l’État libanais et l’ensemble de ses institutions. Heureusement, l’impudence ne saurait masquer une défaite. Car il s’agit bien d’une défaite libanaise provoquée par le Hezbollah. À cause de cette défaite, dont le Hezbollah, autrement dit l’Iran, porte la responsabilité, le Liban est désormais contraint de combattre sur deux fronts, dans des circonstances particulièrement difficiles. Le premier front est celui de la guerre menée par l’Iran contre l’État libanais. Le second consiste à mettre fin à l’occupation israélienne afin de permettre le retour des déplacés dans leurs villes et leurs villages. À Rome, des négociations difficiles ont eu lieu avec Israël dans le but de parvenir à la fin de cette occupation. Tout ce que fait aujourd’hui le Hezbollah, avec le soutien de la République islamique d’Iran, revient en réalité à conforter la position israélienne. Comment le négociateur libanais peut-il répondre à son interlocuteur israélien lorsque celui-ci rappelle que les armes du Hezbollah ont servi à menacer les localités israéliennes de Galilée? C’est dans cette perspective que le Premier ministre Nawaf Salam a répondu avec une remarquable clarté au secrétaire général du Hezbollah, sans le nommer explicitement: «Nous voyons aujourd’hui certains accuser les autorités politiques d’avoir servi Israël au lieu de servir la souveraineté du Liban, avant d’appeler au dialogue et à l’unité comme si les Libanais étaient dépourvus de mémoire. «La vérité est que le plus grand service qu’on ait rendu à Israël l’a été par ceux qui ont unilatéralement entraîné le Liban dans les aventures absurdes des guerres dites de “soutien”, lui offrant ainsi les prétextes pour attaquer notre pays, piétiner sa souveraineté, détruire ses villes et ses villages, tuer ses habitants et en déplacer des centaines de milliers. «Celui qui s’est arrogé le monopole de la décision de guerre, qui cherche encore à confisquer la décision de l’État et à arrimer le Liban à des calculs et à des axes extérieurs, en méprisant les intérêts de son propre environnement comme ceux de l’ensemble des Libanais, n’a aucune légitimité pour distribuer des certificats de patriotisme, encore moins de souveraineté. «Il n’y aura de souveraineté pour le Liban qu’à travers une décision nationale unique et indépendante, portée par un État doté d’une seule armée exerçant seule son autorité sur l’ensemble du territoire. «Quant au dialogue et à l’unité, ils ne peuvent se construire qu’à travers le courage de reconnaître les faits, aussi amers soient-ils, et d’assumer la responsabilité de choix inconsidérés dont les Libanais continuent aujourd’hui encore à payer le prix.» Toutes les accusations formulées par Naïm Kassem trouvent ainsi leur réponse. Il exhorte les autorités libanaises à «défendre la souveraineté nationale, renforcer l’armée libanaise, obtenir le retrait de l’ennemi israélien, reconstruire le pays et faire toute la lumière sur l’affaire du port». Il affirme en outre que «les négociations directes n’ont apporté au Liban que honte, humiliation, déceptions et concessions successives». Il est même allé jusqu’à soutenir que «toutes les agressions contre le Liban se sont déroulées sous supervision, direction et approbation américaines», appelant les autorités libanaises à «mettre fin aux concessions gratuites, dialoguer avec la Résistance, redresser la situation intérieure et défendre la souveraineté». Il n’a pas non plus oublié de rendre hommage à l’Iran, estimant que celui-ci «avait veillé à ce que le Liban figure en tête du mémorandum d’entente avec les États-Unis et avait exigé l’arrêt de l’agression ainsi que le retrait israélien». Le secrétaire général du Hezbollah conclut en affirmant que «c’est le processus issu du mémorandum d’entente qui permettra le retrait israélien, et sans la résistance, rien n’aurait été obtenu». Il ajoute: «Nous sommes attachés à l’unité nationale. La grande unité entre le Hezbollah et Amal a constitué un rempart infranchissable contre l’agression israélo-américaine et contre les petits acteurs. Ensemble, en tant que peuple, résistance, avenir et vie, nous continuerons notre chemin.» Le moins que l’on puisse dire de cette allocution, qui défie toute logique, est que Naïm Kassem semble persuadé que les Libanais sont privés de mémoire. Y compris de celle des assassinats de Rafic Hariri, de ses compagnons, de tant de figures parmi les plus honorables du pays, jusqu’à Lokman Slim. Il semble également convaincu que les Libanais ignorent qui a ouvert le front sud sans le moindre respect pour la souveraineté nationale, même dans son acception la plus élémentaire. Il apparaît désormais clairement que le secrétaire général du Hezbollah considère les Libanais comme un troupeau incapable de soumettre ses positions au moindre examen critique. Il voudrait que l’État libanais assume les conséquences des crimes commis par son parti contre le pays, y compris le retour de l’occupation israélienne. Les déclarations de Naïm Kassem ne s’expliquent que par son mépris pour l’intelligence des Libanais et par la domination totale qu’exerce l’Iran sur le Hezbollah. La question demeure donc entière: comment le Liban peut-il sortir de cette crise? Doit-il attendre un changement majeur en Iran? La réponse est simple. Le Liban en est capable, à condition de comprendre que la véritable humiliation consiste à invoquer l’occupation pour justifier le maintien d’une arme illégale sur son territoire. Elle consiste aussi à refuser d’admettre qu’il est impossible de mettre fin à une occupation sans négociations directes avec celui qui occupe le territoire. Il y a un prix qu’il faudra inévitablement payer. Ceux qui refusent de l’assumer ne cherchent qu’à continuer d’exploiter le Liban-Sud et ses habitants indéfiniment, dans l’attente du Jour du Jugement de la République islamique. Autrement dit, du jour où l’Iran redeviendra un État normal, rien de plus. Un État qui n’aura plus besoin de recourir à l’impudence pour justifier sa défaite.

Hezbollah-Israël, une guerre sans fin au service de qui? (14)

Cette série d’articles a pour objectif de mieux comprendre la situation actuelle sur la scène libanaise, à la lumière du passé, loin des discours passionnés, idéologiques ou romantiques, qui passent à côté des réalités, laissant au lecteur tirer les conclusions qui s’imposent. Les treize parties précédentes étaient une relecture des évènements relatifs à la montée en puissance du Hezbollah depuis l’accord de Taëf, jusqu’à l’application incomplète de la résolution 1701 du Conseil de Sécurité de l’ONU, en 2006. Depuis la fin de la guerre des 33 jours de 2006 avec Israël, le Hezbollah s’est employé à se reconstituer en termes d’armement, de réorganisation et de redéploiement. En clair, il a encaissé un grand coup pendant cette guerre, mais a surpris Israël par ses capacités militaires, puis il est devenu lors des deux années suivantes une vraie force armée, d’envergure régionale, grâce à quatre facteurs : son expérience acquise sur le terrain ; l’appui iranien ; le pont terrestre syrien (sous le régime Assad) Téhéran – Beyrouth ; et le compromis entre son secrétaire général Hassan Nasrallah et le président libanais de l’époque Emile Lahoud. Ainsi, les corridors ou lignes d’approvisionnement logistiques venant de Syrie se sont réactivées, entraînant un saut quantitatif et qualitatif au niveau de l’arsenal de la milice pro iranienne. Certaines estimations parlent du décuplement de son potentiel en roquettes, qui est passé d’environ 15 000 en 2006 à plus de 150 000 projectiles en 2018, incluant non seulement des roquettes proprement dites mais également de nouveaux missiles à plus longue portée qu’il n’avait pas auparavant, dont les missiles de précision, notamment les Fateh-110 manufacturés sur place par transformation des anciens modèles Zelzal, en leur ajoutant des systèmes de guidage en vol et transformant leurs ailerons fixes en ailerons mobiles, en plus de l’acquisition de missiles antinavires précis et à longue portée, comme les Silkworm chinois et leurs copies iraniennes, et même les Yakhunt russes dont la portée est de 300 km. Sont venus s’ajouter à cet arsenal des drones suicides, des drones lanceurs de missiles, des drones de reconnaissance, etc. … et de missiles antiaériens portables, de type MANPAD. Côté redéploiement, la milice chiite a déplacé son infrastructure militaire à l’intérieur du tissu urbain et à l’intérieur des localités. Les villes et villages chiites du sud et la banlieue sud de Beyrouth sont devenus de vraies forteresses complexes militaro-urbaines et soigneusement camouflées, où se mêlent civils et combattants en un tissu difficile à défaire, faisant de la ligne de séparation entre le combattant et le non combattant impossible à dessiner. Le Hezbollah a de plus multiplié le recours à des organisations civiles de couverture pour assurer des patrouilles civiles de surveillance, dont la plus connue est «Vert sans frontières», enregistrée comme ONG consacrée à la protection de l’environnement et au reboisement. Les avant-postes et pépinières de cette ONG, situés le long de la ligne bleue, ont longtemps servi à masquer les infrastructures militaires, les entrepôts de munitions et les tunnels de combat du Hezbollah. De plus, et sous prétexte de protéger des propriétés privées ou des zones de reboisement, ses membres ont régulièrement bloqué l’accès des inspecteurs de la FINUL, pendant les deux décennies ayant suivi la guerre de 2006. Enfin, les miliciens du Hezbollah ont assuré une présence sans uniformes aux entrées des positions camouflées et des souterrains. Les contraintes subies par la FINUL La FINUL dans sa nouvelle version renforcée par la résolution 1701 n’offrait pas, dès le départ, de solution au désarmement du Hezbollah. En effet, elle n’est pas une force de frappe, vu qu’elle est sous le chapitre 6 et non sous le chapitre 7 de la charte des Nations Unies. Ses contributeurs européens, notamment la France, l’Italie, l’Espagne et l’Allemagne, refusaient que leurs Casques bleus se substituent à l’État pour mener un désarmement coercitif. En outre, le mandat onusien ne permettait pas d’opérations de fouille systématique. Cette situation a mené la FINUL à cohabiter avec le Hezbollah, non sans contacts indirects entre les deux parties par le truchement des services de renseignement libanais, et à travers les maires et les ONG qui sont affiliées au Hezbollah, surtout après le début de la guerre en Syrie, et avec la prolifération des combattants islamistes des deux côtés de la frontière libano-syrienne. Dans ce cadre, la FINUL a subi pendant l’année 2011 au moins trois attentats faisant 16 blessés parmi les contingents italiens et français, dont les auteurs étaient des miliciens liés à Al Qaeda, notamment aux brigades palestiniennes Abdallah Azzam, venant des camps palestiniens du Liban-Sud. Les suites politiques de la guerre de 2006 Politiquement, la pression exercée par le Hezbollah, le mouvement Amal, et leur allié du Courant patriotique libre de Michel Aoun, seulement trois mois après la guerre des 33 jours, prit la forme d’un blocus institutionnel destiné à affaiblir durablement l’exécutif. Dès novembre 2006, cinq ministres chiites appartenant au Hezbollah et à Amal, ainsi que le ministre chrétien Yaacoub Sarraf proche du président Emile Lahoud, démissionnèrent, dénonçant l’absence d’un «tiers de blocage»(1) en leur faveur au Conseil des ministres, et proclamant le gouvernement illégitime. Cela a affaibli la légitimité du Premier ministre Fouad Siniora et l’obligea à gouverner en position de faiblesse. À partir de décembre 2006, la mise en place d’un sit‑in massif au centre‑ville de Beyrouth, encerclant le Grand Sérail, et la décision de Nabih Berri de ne pas convoquer le Parlement paralysèrent l’activité législative et empêchèrent l’élection présidentielle, censé se tenir en septembre-octobre 2007, accentuant de ce fait l’asphyxie politique. Parallèlement, l’incapacité du gouvernement à neutraliser le réseau de télécommunications privé du Hezbollah, jugé illégal, transforma une tentative de réaffirmation de la souveraineté en casus belli. La décision gouvernementale de délégitimer ce réseau, le 5 mai 2008, provoqua une réaction milicienne du Hezbollah, le 7 mai 2008. Le coup de force du 7 mai Les 7 et 8 mai 2008, le Hezbollah prit le contrôle de larges secteurs de Beyrouth‑Ouest, attaqua les bureaux du Courant du Futur et assiégea à nouveau le Premier ministre Fouad Siniora par la force des armes au sérail gouvernemental, démontrant que toute tentative d’affaiblir militairement la milice pro iranienne, entraînerait l’effondrement de l’ordre public. Confronté au spectre d’une guerre généralisée et à l’effondrement de l’État, Siniora en accord avec les mêmes ministres ayant exigé le démantèlement du réseau clandestin du Hezbollah, annula les décrets visant ce réseau et accepta, sous l’effet de la médiation du Qatar, l’Accord de Doha du 21 mai 2008. L’Accord de Doha Suite au coup de force du 7 mai 2008, le Qatar, s’étant donné une vocation de médiateur dans les différends arabes et moyen-orientaux, et affirmant sa force tranquille (Soft Power), convoqua les dirigeants libanais à Doha. Les efforts de son émir devaient aboutir à l’Accord qui imposa la formation d’un gouvernement d’union nationale accordant au Hezbollah le «tiers de blocage» (1), ou droit de veto au Conseil des ministres. Le même Accord interdit l’usage des armes pour régler des différends internes, une clause qui était réitérée dans tous les accords libano-libanais depuis 1975 et qui était devenue «folklorique». Cependant, le statut des armes du parti pro iranien a été sanctuarisé sous prétexte de «faire face à Israël». De ce fait, cette question devenait taboue. Au final, ce «compromis» n’avait pas été un simple choix tactique mais était la conséquence d’un enchevêtrement d’impératifs militaires et politiques, parmi lesquels la nécessité d’un déblocage constitutionnel, la stabilité sécuritaire, et la préservation (apparente) de l’unité nationale, inexistante, en réalité, de facto. Ainsi, le premier gouvernement souverainiste après la fin de l’occupation syrienne a été contraint de se soumettre aux réalités, au fait accompli, sur le terrain. Et comme conséquence, le Hezbollah a continué à brandir l’argument de la «résistance» dans un seul et unique but: intimider ses adversaires pour garder, à moindre prix, son contrôle sur les décisions politiques au Liban. (1) Le « tiers de blocage » (ou tiers de garantie) au sein du gouvernement libanais découle d’une interprétation controversée de la Constitution libanaise amendée en 1990 par les accords de Taëf. Cette expression, « tiers de blocage », ne figure pas textuellement, mais repose sur deux piliers constitutionnels majeurs. D'une part, l'article 65 stipule que les décisions portant sur 14 sujets « fondamentaux », tels que la loi électorale ou la modification de la Constitution, requièrent impérativement une majorité des deux tiers des membres du gouvernement, ce qui offre un droit de veto automatique à toute coalition formée d’un tiers des ministres plus un. D'autre part, l'article 69 prévoit la démission automatique de l'ensemble de l'exécutif si plus d'un tiers de ses membres démissionne. Ce dispositif institutionnel, conçu à l'origine pour garantir le pacte de coexistence communautaire, a été politiquement sacralisé lors de l'Accord de Doha en mai 2008, transformant ce quota mathématique en une condition sine qua non de la formation des gouvernements, donnant ainsi un droit de veto au Hezbollah dans tous les gouvernements qui se sont succédés depuis 2008 jusqu’en 2025.

Négociations avec Israël; acte d’accusation prochainement sur le 4 Août: le retour de l’État

Le septième round des pourparlers directs libano-israéliens a démarré mardi à Rome, au siège de l’ambassade des États-Unis. Les discussions, présentées comme étant ardues, seront étalées sur trois jours, au cours desquels les deux délégations libanaise et israélienne doivent s’entendre sur la suite du mécanisme prévu pour un retrait progressif des forces de Tel Aviv et un déploiement de l’armée. Un sujet sur lequel Beyrouth insiste particulièrement alors que la priorité de l’État hébreu reste le mécanisme prévu par le Liban pour le désarmement du Hezbollah. Ce groupe pro-iranien est de nouveau monté au créneau mardi, fustigeant les autorités libanaises et s’en prenant en particulier au président de la République, Joseph Aoun. Après un silence qui a duré près d’un mois, le chef du Hezb, Naïm Qassem, s’est permis d’accuser le président de «partialité» et de faire le jeu d’Israël. Il a stigmatisé sa politique qui «consiste (selon lui) à faire des concessions gratuites à Israël, et à servir les intérêts de cet État et non du Liban». Ce discours méritait facilement d’avoir pour titre: «Les pourparlers libano-israéliens vu par Téhéran», à qui Naïm Qassem a rendu hommage, soit dit en passant. Pour lui, le salut du Liban ne peut passer qu’à travers le mémorandum d’entente irano-américain, ce qui concrètement signifie qu’aux yeux du Hezb, le Liban doit rester sous la coupe du régime des mollahs. Une perspective qui reste hors de question pour les autorités libanaises, engagées à fond, au contraire, dans un processus qui doit affranchir le Liban de toute tutelle et redonner à l’État ses lettres de noblesse. Le chef du gouvernement, Nawaf Salam, s’est d’ailleurs fait l’écho de cette constante libanaise, en répondant vertement au porte-parole de l’Iran au Liban, qu’il a remis à sa place, en soulignant, dans un message sur son compte X, qu’ «un groupe qui a spolié la décision de guerre et de paix et le rôle de l’État au profit d’un axe étranger (auquel il appartient) est le dernier à avoir le droit de donner des leçons de patriotisme». Pour le président du Conseil, si quelqu’un a rendu service à Israël, c’est bien le Hezbollah. M. Salam a rappelé à cet égard les guerres «absurdes» dans lesquelles ce groupe a entraîné «unilatéralement» le pays, au mépris de l’intérêt national, donnant ainsi à Israël «un prétexte pour attaquer le Liban, détruire ses villages, tuer et déplacer la population, et bafouer sa souveraineté». Une page nouvelle avec la Syrie Le discours de Naïm Qassem s’est cependant distingué par l’annonce d’une volonté hezbollahie d’ouvrir une nouvelle page avec le régime d’Ahmad el-Chareh en Syrie, que son groupe avait pourtant combattu, aux côtés des forces de Bachar el-Assad, durant la guerre de 2011. Cette volonté d’ouverture tactique ne peut s’expliquer que par l’affaiblissement et l’isolement d’un Hezbollah qui semble prêt à tout pour survivre. Car, coup de malchance, le terrain a montré mardi que la formation pro-iranienne espère maintenir son couloir d’approvisionnement avec l’Iran via la Syrie. Pendant que Naïm Qassem chantait les louanges d’une nouvelle page entre sa formation et Damas, l’armée libanaise annonçait la saisie, dans le secteur frontalier du côté d’Ersal, dans la Békaa, de roquettes de type Grad, destinées au Hezb et qui étaient acheminées en contrebande à partir de la Syrie. Il s’agit de la énième saisie d’armes acheminées vers la formation pro-iranienne, parallèlement à la découverte de tunnels et de voies de passages frontaliers illégaux, ayant tous la même finalité: le trafic d’armes et de drogue. La commémoration du 4 Août Autre coup de malchance pour le Hezb: cette saisie coïncide avec la sixième commémoration de l’explosion apocalyptique du port de Beyrouth, le 4 août 2020, où étaient stockées des centaines de tonnes de nitrate d’ammonium. En annonçant, le 28 juillet 2026, la découverte de près de 4.000 tonnes de cette même matière explosive, près du village de Houla, au Liban-Sud, la Finul a conforté les soupçons, nourris pendant des années, de liens entre le Hezb et l’affaire très louche, du stockage de 2.700 tonnes de nitrate d’ammonium au port de Beyrouth (contrôlé à l’époque par le Hezb), dont quelques centaines seulement avaient explosé le 4 août 2020. L’acte d’accusation que le juge d’instruction près la Cour de Justice, Tarek Bitar, doit publier d’ici décembre, selon le bâtonnier Imad Martinos, devrait faire la lumière sur cette affaire que de nombreux responsables, sous le mandat de l’ancien président Michel Aoun, ont cherché à étouffer par tous les moyens. Son successeur, Joseph Aoun, a, au contraire, pressé le magistrat de rendre public, au plus vite, l’acte d’accusation qui a été soumis à l'avocat général près la Cour de cassation, Mohammed Saab. Ce dernier doit rendre son réquisitoire, après avoir examiné le document, analysé les charges, et donner son avis écrit sur la suite à donner à la procédure, avant de le remettre à Tarek Bitar. Depuis l’accession de Joseph Aoun à la tête de l’État et la désignation de Nawaf Salam pour diriger le gouvernement, l’affaire de l’explosion du 4 août suit une trajectoire judiciaire normale. Marquera-t-elle la fin de l’impunité au Liban? Nombreux sont ceux qui l’espèrent. En tout cas, le comportement des autorités reflète un sérieux dans le suivi. Un deuil national a été décrété dans le pays où les drapeaux ont été mis en berne, notamment au palais présidentiel, pendant que des ministres participaient aux rassemblements organisés à la mémoire des victimes. Lors du rassemblement organisé en fin d’après-midi, près du port, à l’heure où l’explosion s’était produite, les parents des victimes ont annoncé qu’ils poursuivront leur mobilisation jusqu’à ce que toute la vérité soit faite sur cette affaire et que les responsables soient sanctionnés. Un accord sur Ormuz? Sur le plan régional, c’est une impression de déjà-vu qui a marqué la journée de lundi, avec l’annonce d’un accord imminent sur le détroit d’Ormuz, alors que tous les accords précédents conclus et signés entre les États-Unis et l’Iran n’ont pas été respectés par le régime iranien. C’est dans ce cadre que les deux médiateurs qatari et pakistanais ont fait état d’«efforts en cours» pour que Washington et Téhéran reprennent leur dialogue, tandis que les États-Unis annonçaient un prochain accord pour rouvrir le détroit d'Ormuz, au cœur de la reprise des hostilités ces dernières semaines. Cet accord pourrait intervenir «mardi ou mercredi», selon le Secrétaire au Trésor, Scott Bessent. Le Secrétaire d’État, Marco Rubio, devait le confirmer un peu plus tard. Selon le Qatar, ces efforts sont menés sans discussions directes prévues entre les deux parties. Quoi qu’il en soit, la tension persiste dans la région où les Houthis yéménites ont ciblé l'aéroport de Najran en Arabie saoudite. Dans la nuit de lundi à mardi, un cargo qui tentait de franchir le détroit d’Ormuz, a été frappé par un projectile qui a déclenché un incendie. Un membre de l'équipage est porté disparu, selon la société de sécurité britannique Vanguard.