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Hezbollah-Israël, une guerre sans fin au service de qui? (14)

Le fait accompli imposé par le Hezb après la guerre de 2006

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Retour aux scènes de la guerre civile : des miliciens armés du mouvement Amal se tiennent devant une voiture en flammes, le 7 mai 2008, tandis qu'ailleurs, des partisans du Hezbollah bloquent les principaux axes routiers de Beyrouth à l'aide de barricades enflammées, paralysant la capitale dans un long bras de fer politique avec le gouvernement. (AFP)
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Par Khalil Helou
Publié août 5, 2026 - 02:02

Cette série d’articles a pour objectif de mieux comprendre la situation actuelle sur la scène libanaise, à la lumière du passé, loin des discours passionnés, idéologiques ou romantiques, qui passent à côté des réalités, laissant au lecteur tirer les conclusions qui s’imposent.

Les treize parties précédentes étaient une relecture des évènements relatifs à la montée en puissance du Hezbollah depuis l’accord de Taëf, jusqu’à l’application incomplète de la résolution 1701 du Conseil de Sécurité de l’ONU, en 2006.

Depuis la fin de la guerre des 33 jours de 2006 avec Israël, le Hezbollah s’est employé à se reconstituer en termes d’armement, de réorganisation et de redéploiement. En clair, il a encaissé un grand coup pendant cette guerre, mais a surpris Israël par ses capacités militaires, puis il est devenu lors des deux années suivantes une vraie force armée, d’envergure régionale, grâce à quatre facteurs : son expérience acquise sur le terrain ; l’appui iranien ; le pont terrestre syrien (sous le régime Assad) Téhéran – Beyrouth ; et le compromis entre son secrétaire général Hassan Nasrallah et le président libanais de l’époque Emile Lahoud.

Ainsi, les corridors ou lignes d’approvisionnement logistiques venant de Syrie se sont réactivées, entraînant un saut quantitatif et qualitatif au niveau de l’arsenal de la milice pro iranienne.

Certaines estimations parlent du décuplement de son potentiel en roquettes, qui est passé d’environ 15 000 en 2006 à plus de 150 000 projectiles en 2018, incluant non seulement des roquettes proprement dites mais également de nouveaux missiles à plus longue portée qu’il n’avait pas auparavant, dont les missiles de précision, notamment les Fateh-110 manufacturés sur place par transformation des anciens modèles Zelzal, en leur ajoutant des systèmes de guidage en vol et transformant leurs ailerons fixes en ailerons mobiles, en plus de l’acquisition de missiles antinavires précis et à longue portée, comme les Silkworm chinois et leurs copies iraniennes, et même les Yakhunt russes dont la portée est de 300 km.

Sont venus s’ajouter à cet arsenal des drones suicides, des drones lanceurs de missiles, des drones de reconnaissance, etc. … et de missiles antiaériens portables, de type MANPAD.

Côté redéploiement, la milice chiite a déplacé son infrastructure militaire à l’intérieur du tissu urbain et à l’intérieur des localités.

Les villes et villages chiites du sud et la banlieue sud de Beyrouth sont devenus de vraies forteresses complexes militaro-urbaines et soigneusement camouflées, où se mêlent civils et combattants en un tissu difficile à défaire, faisant de la ligne de séparation entre le combattant et le non combattant impossible à dessiner.

Le Hezbollah a de plus multiplié le recours à des organisations civiles de couverture pour assurer des patrouilles civiles de surveillance, dont la plus connue est «Vert sans frontières», enregistrée comme ONG consacrée à la protection de l’environnement et au reboisement.

Les avant-postes et pépinières de cette ONG, situés le long de la ligne bleue, ont longtemps servi à masquer les infrastructures militaires, les entrepôts de munitions et les tunnels de combat du Hezbollah.

De plus, et sous prétexte de protéger des propriétés privées ou des zones de reboisement, ses membres ont régulièrement bloqué l’accès des inspecteurs de la FINUL, pendant les deux décennies ayant suivi la guerre de 2006.

Enfin, les miliciens du Hezbollah ont assuré une présence sans uniformes aux entrées des positions camouflées et des souterrains.

Les contraintes subies par la FINUL

La FINUL dans sa nouvelle version renforcée par la résolution 1701 n’offrait pas, dès le départ, de solution au désarmement du Hezbollah.

En effet, elle n’est pas une force de frappe, vu qu’elle est sous le chapitre 6 et non sous le chapitre 7 de la charte des Nations Unies.

Ses contributeurs européens, notamment la France, l’Italie, l’Espagne et l’Allemagne, refusaient que leurs Casques bleus se substituent à l’État pour mener un désarmement coercitif. En outre, le mandat onusien ne permettait pas d’opérations de fouille systématique.

Cette situation a mené la FINUL à cohabiter avec le Hezbollah, non sans contacts indirects entre les deux parties par le truchement des services de renseignement libanais, et à travers les maires et les ONG qui sont affiliées au Hezbollah, surtout après le début de la guerre en Syrie, et avec la prolifération des combattants islamistes des deux côtés de la frontière libano-syrienne.

Dans ce cadre, la FINUL a subi pendant l’année 2011 au moins trois attentats faisant 16 blessés parmi les contingents italiens et français, dont les auteurs étaient des miliciens liés à Al Qaeda, notamment aux brigades palestiniennes Abdallah Azzam, venant des camps palestiniens du Liban-Sud.

Les suites politiques de la guerre de 2006

Politiquement, la pression exercée par le Hezbollah, le mouvement Amal, et leur allié du Courant patriotique libre de Michel Aoun, seulement trois mois après la guerre des 33 jours, prit la forme d’un blocus institutionnel destiné à affaiblir durablement l’exécutif.

Dès novembre 2006, cinq ministres chiites appartenant au Hezbollah et à Amal, ainsi que le ministre chrétien Yaacoub Sarraf proche du président Emile Lahoud, démissionnèrent, dénonçant l’absence d’un «tiers de blocage»(1) en leur faveur au Conseil des ministres, et proclamant le gouvernement illégitime.

Cela a affaibli la légitimité du Premier ministre Fouad Siniora et l’obligea à gouverner en position de faiblesse. À partir de décembre 2006, la mise en place d’un sit‑in massif au centre‑ville de Beyrouth, encerclant le Grand Sérail, et la décision de Nabih Berri de ne pas convoquer le Parlement paralysèrent l’activité législative et empêchèrent l’élection présidentielle, censé se tenir en septembre-octobre 2007, accentuant de ce fait l’asphyxie politique.

Parallèlement, l’incapacité du gouvernement à neutraliser le réseau de télécommunications privé du Hezbollah, jugé illégal, transforma une tentative de réaffirmation de la souveraineté en casus belli.

La décision gouvernementale de délégitimer ce réseau, le 5 mai 2008, provoqua une réaction milicienne du Hezbollah, le 7 mai 2008.

Le coup de force du 7 mai

Les 7 et 8 mai 2008, le Hezbollah prit le contrôle de larges secteurs de Beyrouth‑Ouest, attaqua les bureaux du Courant du Futur et assiégea à nouveau le Premier ministre Fouad Siniora par la force des armes au sérail gouvernemental, démontrant que toute tentative d’affaiblir militairement la milice pro iranienne, entraînerait l’effondrement de l’ordre public.

Confronté au spectre d’une guerre généralisée et à l’effondrement de l’État, Siniora en accord avec les mêmes ministres ayant exigé le démantèlement du réseau clandestin du Hezbollah, annula les décrets visant ce réseau et accepta, sous l’effet de la médiation du Qatar, l’Accord de Doha du 21 mai 2008.

L’Accord de Doha

Suite au coup de force du 7 mai 2008, le Qatar, s’étant donné une vocation de médiateur dans les différends arabes et moyen-orientaux, et affirmant sa force tranquille (Soft Power), convoqua les dirigeants libanais à Doha.

Les efforts de son émir devaient aboutir à l’Accord qui imposa la formation d’un gouvernement d’union nationale accordant au Hezbollah le «tiers de blocage» (1), ou droit de veto au Conseil des ministres.

Le même Accord interdit l’usage des armes pour régler des différends internes, une clause qui était réitérée dans tous les accords libano-libanais depuis 1975 et qui était devenue «folklorique».

Cependant, le statut des armes du parti pro iranien a été sanctuarisé sous prétexte de «faire face à Israël». De ce fait, cette question devenait taboue.

Au final, ce «compromis» n’avait pas été un simple choix tactique mais était la conséquence d’un enchevêtrement d’impératifs militaires et politiques, parmi lesquels la nécessité d’un déblocage constitutionnel, la stabilité sécuritaire, et la préservation (apparente) de l’unité nationale, inexistante, en réalité, de facto.

Ainsi, le premier gouvernement souverainiste après la fin de l’occupation syrienne a été contraint de se soumettre aux réalités, au fait accompli, sur le terrain.

Et comme conséquence, le Hezbollah a continué à brandir l’argument de la «résistance» dans un seul et unique but: intimider ses adversaires pour garder, à moindre prix, son contrôle sur les décisions politiques au Liban.

(1) Le « tiers de blocage » (ou tiers de garantie) au sein du gouvernement libanais découle d’une interprétation controversée de la Constitution libanaise amendée en 1990 par les accords de Taëf. Cette expression, « tiers de blocage », ne figure pas textuellement, mais repose sur deux piliers constitutionnels majeurs. D'une part, l'article 65 stipule que les décisions portant sur 14 sujets « fondamentaux », tels que la loi électorale ou la modification de la Constitution, requièrent impérativement une majorité des deux tiers des membres du gouvernement, ce qui offre un droit de veto automatique à toute coalition formée d’un tiers des ministres plus un. D'autre part, l'article 69 prévoit la démission automatique de l'ensemble de l'exécutif si plus d'un tiers de ses membres démissionne. Ce dispositif institutionnel, conçu à l'origine pour garantir le pacte de coexistence communautaire, a été politiquement sacralisé lors de l'Accord de Doha en mai 2008, transformant ce quota mathématique en une condition sine qua non de la formation des gouvernements, donnant ainsi un droit de veto au Hezbollah dans tous les gouvernements qui se sont succédés depuis 2008 jusqu’en 2025.

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