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Économie

La liquidité, le carburant qui a alimenté les marchés en 2025 (3/3)

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Par Jacques Mechelany
Publié déc. 28, 2025 - 12:36

Si l’intelligence artificielle a fourni le carburant narratif de la performance extraordinaire des marchés en 2025, la liquidité en a fourni l’oxygène. Et si l’attention s’est largement portée sur les politiques des banques centrales occidentales, la source la plus persistante — et finalement la plus déstabilisante — de liquidité mondiale est venue d’ailleurs : du Japon.

Pendant des décennies, le Japon a été perçu comme une anomalie — une économie enfermée dans la déflation, opérant selon sa propre logique monétaire et largement déconnectée des cycles mondiaux. En 2025, cette perception s’est révélée dangereusement dépassée. Le Japon n’est pas resté simplement accommodant ; il est devenu l’un des principaux facilitateurs de la prise de risque mondiale. Pendant des années, la Banque du Japon a accumulé des milliers de milliards de dollars d’obligations et d’actions à son bilan tout en maintenant des taux d’intérêt proches de zéro.

Les taux ultra-bas japonais et un yen en dépréciation constante ont ravivé et amplifié le carry trade mondial. Les capitaux empruntés à faible coût en yen ont afflué vers des actifs à rendement plus élevé dans le monde entier — actions, crédit, marchés privés et investissements spéculatifs — renforçant l’appétit pour le risque bien au-delà des frontières japonaises. De fait, le Japon a exporté de la liquidité vers le système financier mondial à un moment où d’autres banques centrales tentaient, prudemment et de manière incohérente, de la retirer.

Le carry trade en yen est devenu l’un des vecteurs les plus puissants de la hausse des prix des actifs en 2025, alimentant simultanément des valorisations boursières plus élevées et un levier accru dans l’ensemble du système financier.

Mais le Japon est entré en 2025 contraint par ses propres réalités structurelles. Avec une dette publique dépassant 235 % du PIB, un système financier dépendant de taux ultra-bas et un marché obligataire domestique fragile, le retour de l’inflation et la perspective d’une croissance économique durable ont imposé un changement stratégique.

En septembre 2025, la Banque du Japon a formalisé sa décision de cesser ses achats d’actifs et est devenue vendeuse nette d’obligations et d’actions. En décembre, elle a de nouveau relevé ses taux d’intérêt, propulsant les rendements des obligations à très longue maturité à des niveaux records. Les implications ont été immédiates et mondiales : le carry trade en yen s’est trouvé en grave danger — et, par extension, les actifs risqués dans le monde entier.

Alors que la liquidité continuait de gonfler les marchés financiers, l’économie réelle envoyait un signal très différent. Les matières premières — expression la plus tangible de l’offre, de la rareté et des tensions géopolitiques — ont bondi sur l’ensemble du spectre. L’énergie, les métaux industriels et les ressources stratégiques ont tous fortement progressé, reflétant des années de sous-investissement, la fragmentation des chaînes d’approvisionnement et les coûts croissants de la démondialisation.

Cette hausse des matières premières n’est pas une exubérance cyclique ; c’est une tension structurelle.

Contrairement aux actifs financiers, les matières premières répondent à des contraintes physiques. Elles intègrent la géologie, la géopolitique, l’intensité énergétique et le temps. Le monde est entré en 2025 avec des stocks épuisés, des chaînes d’approvisionnement fragmentées et une concurrence stratégique accrue pour les ressources — des métaux critiques à l’alimentation et à l’énergie. Dans cet environnement, une liquidité persistante est entrée en collision avec une offre limitée.

L’implication est cruciale : le risque inflationniste n’a pas disparu — il augmente.

Pourtant, tout au long de 2025, les marchés ont largement intégré un retour à la désinflation et à l’assouplissement des politiques, alors même que les coûts des intrants, les prix des matières premières et les pressions sur les ressources stratégiques augmentaient. Cette contradiction — un assouplissement des conditions financières face à des contraintes croissantes dans l’économie réelle — est intrinsèquement instable. Elle place les banques centrales dans une position impossible : tolérer l’inflation ou risquer de déstabiliser des marchés devenus dépendants de la liquidité. Les marchés obligataires pourraient bien imposer ce choix en 2026.

Le rôle du Japon amplifie ce risque. Un nouvel affaiblissement du yen renforcerait l’inflation via la hausse des prix des importations et des matières premières. À l’inverse, toute appréciation significative risquerait de provoquer un dénouement brutal des carry trades, déstabilisant les prix des actifs mondiaux. Les deux scénarios comportent des conséquences que les marchés n’ont pas encore pleinement intégrées.

L’intelligence artificielle et la liquidité ont soutenu le rallye de 2025. Les matières premières en interrogent désormais la soutenabilité. La sphère crypto — expression la plus pure de l’excès spéculatif — a déjà amorcé un retournement, le Bitcoin ayant chuté de plus de 35 % par rapport à son pic d’octobre.

L’histoire offre peu d’exemples où une distorsion monétaire prolongée, un levier croissant et un durcissement des contraintes physiques se résolvent sans volatilité.

La trajectoire extraordinaire des marchés financiers en 2025 pourrait finalement révéler moins la naissance d’une nouvelle ère disruptive que l’optimisme excessif qui caractérise les bulles d’investissement.


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