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Religion

Le Liban du patriarche Howayek, l’ouverture à l’universalité (4/4)
Par
Fady Noun
Publié
juil. 22, 2026 - 14:37

On pourrait se demander dans quelle mesure le choix du patriarche Élias Howayek en faveur d’un Liban pluraliste constituait un pari historique viable, alors même que les dynamiques dominantes du monde arabe au XXe siècle – décolonisation, montée du nationalisme, essor de l’islam politique et contestation de la modernité occidentale – évoluaient dans une direction souvent opposée. Le Liban est-il une «erreur de l’histoire», comme certains l’ont prétendu, qui ont tout fait pour nous faire douter de nous-mêmes? Le projet pluraliste défendu par le patriarche relevait-il d’une anticipation visionnaire de la diversité proche-orientale, ou d’un pari historique rendu progressivement fragile par les grandes évolutions du XXe siècle?

Howayek et l’exaltation du rôle de la femme libanaise (3/4)
Par
Fady Noun
Publié
juil. 20, 2026 - 21:20

Depuis toujours, Élias Howayek était sensible aux difficultés propres aux zones rurales où il avait grandi. Devenu évêque, il fut conscient qu’il devait agir pour remédier à l’inégalité d’accès à l’instruction des filles des familles modestes de son milieu d’origine. Selon ses lettres et écrits, pour lui, l’éducation de la jeune fille constituait le cœur et le pilier de la famille, et garantir un enseignement solide aux femmes revenait à assurer l’avenir moral, civique et social de toute la société libanaise. Le 15 août 1895, Élias Howayek fonda à Jbeil la Congrégation des sœurs maronites de la Sainte-Famille, avec mère Rosalie Nasr et sœur Stéphanie Kardouche, qu’il avait détachées, sur conseil et avec l’approbation de leurs supérieurs, de leur couvent de Nazareth en Terre sainte.

«L’amour de la patrie», le testament spirituel du patriarche Howayek (2/4)

Dans la grande tradition maronite, le patriarche Howayek a adressé à sa communauté, tout au long de son patriarcat, des «messages» annuels. Le plus célèbre d’entre eux est, à juste titre, celui qu’il lui a adressé en 1930, sous le titre «L’amour de la patrie». Ce texte est son testament spirituel. Au crépuscule de sa vie – il meurt à 88 ans –, il y révèle notamment son obsession pastorale pour le Liban qu’il a aidé à naître, et dont l’absence de civisme au sein des classes dirigeantes semble avoir pris des proportions alarmantes. Le livret est une leçon de civisme passionnée, qui s’ouvre sur l’amour de la patrie et s’achève sur d’infinies et précautionneuses recommandations sur la justice distributive, élément essentiel de la justice sociale chère à Léon XIII.

Le patriarche Howayek, prophète du vivre ensemble (1/4)
Par
Fady Noun
Publié
juil. 15, 2026 - 20:54

Juvenis ad majora natus «Né pour les grandeurs». C’est la devise de saint Stanislas notée prophétiquement en marge du livret d’Elias Boutros Howayek, à la fin de ses études théologiques. Il avait alors 27 ans et se trouvait à Rome depuis 1866, envoyé par le patriarche Boulos Massaad pour parachever ses études théologiques entamées au séminaire de Ghazir en 1859 et se préparer au sacerdoce. Marqué par sa vive intelligence et son pointilleux respect du règlement, cet homme promis à la grandeur allait devenir rien moins que le 72e représentant d’une longue lignée de saints patriarches maronites dont il est, certainement, l’une des personnalités les plus marquantes. Sa grande œuvre fut sa bataille pour la naissance du Grand Liban (1920).

Le «lieu théologique» des mouvements ecclésiaux (2/2)
Par
Fady Noun
Publié
juil. 1, 2026 - 17:29

Réunis le 29 mai dernier à l’initiative du mouvement des Focolari, 35 représentants et membres de mouvements ecclésiaux ont pu s’exprimer publiquement sur leurs identités particulières et leur mission. Prenant la parole devant l’assemblée réunie dans la cathédrale de la Résurrection, Jean Barbara, ancien président de Charis et président d’une constellation de communautés unies sous la bannière «Glaive de l’Esprit» («le glaive de l’Esprit, c’est la parole de Dieu», Ephésiens 6: 17), exposa le point de vue du cardinal Josef Raztzinger sur les mouvements ecclésiaux. Il cita un document peu connu du préfet du Dicastère pour la doctrine de la foi, rédigé en 1998 à la demande de Jean-Paul II et intitulé La place théologique des mouvements ecclésiaux , dans lequel il définit les mouvements comme un «lieu théologique» complémentaire des paroisses.

Les communautés ecclésiales, printemps de l’Église (1/2)
Par
Fady Noun
Publié
juin 25, 2026 - 10:47

À l’initiative du mouvement des Focolari, l’archevêque maronite d’Antélias, Mgr Antoine Bou Najem, a accueilli, le 29 mai dernier, à la cathédrale de la Résurrection (Mtayleb), pour une soirée de prière et des présentations, des responsables et membres de 35 mouvements ecclésiaux, apparus pour la plupart dans la mouvance du renouveau charismatique après le Concile Vatican II. Dans cet article divisé en deux parties, nous présentons cet événement, qui est une première, et sa signification pour l’Église en général, ainsi que «le lieu théologique» de ces mouvements ecclésiaux par rapport à la hiérarchie de l’Église, tel qu’élaboré dans les années 1990 par le cardinal Josef Ratzinger, futur Benoît XVI, alors préfet du Dicastère pour la doctrine de la foi.

Face à l’illusion post-humaniste, la capacité du lien
Par
Fady Noun
Publié
juin 16, 2026 - 14:56

Sur le fond géopolitique et le retour de la logique de la force dans les relations internationales, Léon XIV se présente comme un véritable lanceur d’alerte face à l’illusion technologique que nourrit une certaine élite de la Silicon Valley. Celle-ci prétend dépasser par l’intelligence artificielle (IA) les limites de l’homme et le conduire vers le transhumanisme et le post-humanisme. Des aspirations prométhéennes à dépasser les limites humaines qui respirent la haine non seulement du monde, mais de l’idée même d’un Créateur. À ces aspirations, l’encyclique répond: «(…) L’humanité – magnifique et blessée – ne doit être ni remplacée ni dépassée. Elle peut accueillir les progrès de la technique pour soulager les souffrances et ouvrir de nouvelles possibilités», à condition de ne pas renier ce qui fait d’elle ce qu’elle est, c’est-à-dire la capacité de relation et d’amour (NDLR, les italiques sont de nous). À ce stade, une question décisive s’impose: s’il existe un authentique «plus qu’humain», où se trouve-t-il? La foi chrétienne y répond en indiquant «un accomplissement qui ne découle pas d’une divinisation technologique, mais de l’opération de la grâce de Dieu reçue dans le Christ».

L’encyclique de Léon XIV sur l’IA: Tour de Babel ou Cité sainte (2/3)

Pour illustrer son propos et lui donner une dimension biblique, le pape Léon XIV utilise, dans son encyclique Magnifica humanitas sur l’ère numérique et l’Intelligence artificielle (IA), une métaphore: l'humanité doit choisir entre bâtir une nouvelle «Tour de Babel» ou bâtir la «Cité sainte». L'histoire de la tour de Babel est un épisode biblique du Livre de la Genèse. Peu après le Déluge, alors qu'ils parlent tous la même langue, les hommes entreprennent de bâtir une ville et une tour dont le sommet touche le ciel, pour se faire un nom. Alors Dieu brouille leur langue afin qu'ils ne se comprennent plus, et les disperse sur toute la surface de la Terre (Genèse 11 :1-9).

L’Encyclique «Magnifica humanitas» de Léon XIV, texte fondateur sur l’IA (1/3)

Dans la première encyclique de son pontificat, Léon XIV aborde de front les immenses avantages, mais aussi les périls actuels et potentiels de l’intelligence artificielle (IA). Il plaide pour «la paix possible» dans une époque qui pense que «la guerre fait inévitablement partie de la nature humaine». Intronisé il y a un peu plus d’un an, le pape Léon XIV a présenté le 15 mai dernier sa première encyclique Magnifica humanitas (Magnifique humanité), qui aborde de front les immenses avantages, mais aussi les périls actuels et potentiels de l’intelligence artificielle (IA), une avancée technologique sans précédent dans l’histoire de l’humanité, mais aussi un redoutable outil capable d’asservir l’humanité, de dénaturer l’homme.

Bkerké dote les épouses des prêtres mariés d’une identité
Par
Fady Noun
Publié
juin 3, 2026 - 10:30

Vertueuse révolution dans l’Église maronite: Bkerké a décidé de doter les épouses de ses prêtres mariés d’une identité: les «khouriyètes». Elles s’appellent Rita, Paulette, Nadia, Nour, Charlotte, Dounia, et elles sont toutes mariées à des prêtres maronites. Ce sont les «khouriyètes», féminin du mot «khoury» (prêtre), un nom affectueux qu’elles portent depuis toujours. Le 16 mai, elles ont eu la joie de participer à la première rencontre nationale d’épouses de prêtres de l’Église maronite, qui a décidé de leur donner une identité et de s’assurer qu’elles seront partie intégrante du parcours sacerdotal de leur mari. Dans un message à l’assemblée, le cardinal Mario Grech a relevé le double mouvement que cette initiative incarne: la fidélité à la tradition orientale de l’Église maronite et l’ouverture à la place et au rôle suréminents que doit jouer la femme dans la société contemporaine.