Levant Time logo

Religion

Le rosaire, «prière du pauvre» et force de frappe du Ciel
By
Fady Noun
Published
mai 25, 2026 - 11:54

«Il faut le dire, le rosaire t’empêche de tomber plus bas.» C’est sur le ton de l’évidence et sans entrer dans les détails que s’exprime Raoul*, retraité passionné de langues, père de famille libano-canadien surqualifié, régulièrement menacé par le chômage! En ce mois de mai, que l’Église consacre à la Vierge Marie, les aveux de secours reçus par le moyen du chapelet sont innombrables. Pour Fahed F., un Kesrouanais pure souche, sans le chapelet et la visite du sanctuaire marial de Béchouate (Békaa), son mariage serait resté sans enfants. «Mets-toi en prière!» entend intérieurement ce chef d’entreprise, immédiatement après avoir confié les clés de sa voiture à un ouvrier qu’il avait chargé d’une commission. À son retour, l’homme qui avait discrètement multiplié les « Ave » près du chantier où ses ouvriers travaillaient, apprend que sa voiture avait dérapé sur la route mouillée de la voie rapide du Metn et aurait pu finir dans une ravine sans le gros buisson qui a providentiellement arrêté sa course.

Le Liban et son Église dans la tourmente de trois guerres saintes
By
Fady Noun
Published
mars 17, 2026 - 15:30

L’Église du Liban est prise dans la tourmente de trois «guerres saintes», deux fondamentalismes musulmans distincts, chiite et sunnite, un fondamentalisme judaïque et une dérive religieuse eschatologique, le «sionisme chrétien». Ces imaginaires spirituels concurrents ont pour centre commun Jérusalem, la ville de la paix par excellence. À son passage au Liban, le pape Léon XIV a adressé aux Libanais une parole, la même qu’il adresse depuis son élection à tous les peuples du monde, en particulier aux jeunes chrétiens orientaux: «Soyez des acteurs de votre propre paix, soyez de puissants leviers d’une paix des religions.» Ces paroles s’adressent aux hommes et aux femmes d’un pays, partie intégrante de la Terre sainte, et par conséquent d’une mission de rassemblement et de communion.

Chrétiens de Syrie: «désertification spirituelle» au berceau du christianisme (2/2)

Dans un premier article consacré à l’état des lieux des chrétiens d’Orient, nous avons rapidement présenté un tableau démographique et social en tous points déplorable des communautés chrétiennes en Syrie. Cette seconde partie en précise les enjeux de nature spirituelle, culturelle et historique. Commentant le rapport de L’Œuvre d’Orient sur les communautés chrétiennes de Syrie, achevé durant l’été 2025 (voir article précédent), Mgr Hugues de Woillemont, directeur de cette association, met en exergue le rôle vital que les institutions associatives et caritatives chrétiennes jouent pour l’ensemble de la société syrienne, notamment dans les domaines de la réconciliation, de l’autonomie des femmes et de l’éducation.

«Désertification spirituelle» en Syrie: un état des lieux déplorable (1/2)

Quelque chose de grave se passe silencieusement au Moyen-Orient, berceau du Christianisme. Il se vide de ses chrétiens. Ce processus avait été observé en Irak, après l’invasion américaine de 2003, et en Terre sainte. C’est désormais chose faite, aussi, en Syrie. «La rupture est existentielle», affirme Vincent Gelot, représentant au Liban, en Syrie et en Jordanie de L’Œuvre d’Orient, une association apolitique liée à l’Église de France, qui mène campagne en ce moment pour l’instauration d’une Journée internationale des chrétiens d’Orient. Prenant la Syrie en exemple, Vincent Gelot affirme: «En quatorze ans de guerre (2011-2025), le pays a perdu près de 80% de sa population chrétienne.» Selon des estimations fiables, entre 300 et 400.000 chrétiens syriens vivraient encore en Syrie, dont la population est estimée à quelque 26 à 27 millions d’habitants, assure le représentant de L’Œuvre d’Orient. À Alep, il ne resterait plus qu’un sixième des chrétiens présents avant la guerre de 2011.

La fête de Saint Maron: histoire, sacrifices et promesse d’avenir
By
Nayla Assaf
Published
févr. 9, 2026 - 20:03

« Le Liban n’appartient pas aux Maronites ; ce sont les Maronites qui appartiennent au Liban » Patriarche Nasrallah Sfeir Saint Maron, dont la fête est célébrée en ce 9 février, n’est pas seulement une figure religieuse ; il est, pour les Maronites et pour le Liban, un symbole fondateur de liberté, de fidélité et de résilience. Enraciné dans l’ascèse et la prière au IVᵉ siècle, cet ermite syrien a inspiré une tradition spirituelle qui s’est étendue au fil des siècles et qui deviendra l’Église maronite : un pilier essentiel de l’histoire libanaise et une force vive dans la construction d’une identité pluraliste au cœur du Moyen-Orient.

La solution à deux Etats et l’étoile Espérance
By
Fady Noun
Published
déc. 25, 2025 - 19:32

On raconte qu’une nuit, alors que le sable traversé par les Rois mages semblait fatigué d’avoir vu tant de pas se croiser sans jamais se rencontrer, une nouvelle étoile se mit à briller plus fort que les autres. Les plus attentifs levèrent la tête et soupirèrent en scrutant le ciel, se disant que quelque chose de neuf et de mystérieux, venu du Grand Inconnu, manifestait sa présence. L’étoile n’apparut pas dans un ciel intact. Elle brillait au-dessus d’un Moyen-Orient balafré de murs, de postes de contrôle, de ruines, de prières contradictoires et de milliers de morts, de veuves et d’orphelins. Dans une ruelle de Bethléem, au même moment, une famille préparait une petite crèche devant sa maison. Rien de bien décoratif : de la toile de jute récupérée d’un sac de riz, quelques figurines en plastique abîmées, un enfant Jésus enveloppé dans un tissu jauni, des moutons sans bergers, une Vierge Marie et un saint Joseph aux couleurs passées. Un garçon demanda à son père :

Comme le levain dans la pâte…
By
Fady Noun
Published
déc. 21, 2025 - 10:14

La vocation de l’Eglise, de toute Eglise et de toutes les Eglises, est tracée par le Christ. Cette vocation est à la fois d’être universelle et inclusive dans le but de bannir toute discrimination. Elle est d'être le levain dans la pâte et /ou le sel sans lequel toute nourriture s’affadit et devient immangeable. En d’autres termes, comme le sel est fait pour les aliments, nous ne sommes pas faits pour nous-mêmes, nous sommes « des êtres pour autrui ». Cette vocation est aussi de proclamer, par nos paroles et nos actes, la « bonne nouvelle » du Christ. « Le socle d’une histoire nationale a minima » et d’un début de cristallisation d’une identité nationale, constatée par l’historienne Candice Raymond, est ce que nous avons de plus précieux à offrir à nos compatriotes – et l’on doit indistinctement en parler comme maronites et comme Libanais. Ce socle est notre fierté : il est l’amorce d’une identité stable et définie que nous devons protéger de tout ce qui pourrait la défigurer.

Léon XIV à Annaya, une dimension particulière pour les maronites
By
Fady Noun
Published
déc. 19, 2025 - 15:52

A l’heure de la montée régionale des particularismes, sous l’effet de la guerre à Gaza, la récente visite du pape au Liban, notamment à Annaya, revêt une dimension particulière pour les maronites. Elle devrait être l’occasion pour cette communauté d'activer ses recherches historiques sur le plan académique et de rafraîchir sa mémoire sur la nature "missionnaire » de sa présence au Liban comme noyau historique de l’identité libanaise. La récente visite du pape Léon XIV à Annaya, le 1er décembre 2025, devrait être le premier coup de pioche d’un chantier historique maronite « revisité ». Au-delà de la personne de saint Charbel, c’est en effet à la source de l’Ordre libanais maronite (OLM), qui capture en lui-même l’essence de l’Eglise maronite, que s’est rendu le pape. A Annaya, nous sommes aussi à la source du Grand Liban dont Jean-Paul II affirme que « les racines historiques sont de nature religieuse ». Nous en touchons ici la genèse.

Les Iraniennes découvrent leurs visages que les mollahs ne sauraient voir
By
LevantTime .
Published
déc. 18, 2025 - 23:36

Le pouvoir des mollahs serait-il en train de lâcher du lest sur le port du voile islamique obligatoire ou bien accorde-t-il un assouplissement passager pour calmer une population excédée ? Une chose est sûre: ces dernières années, les femmes ont bravé de plus en plus les règles strictes de la République islamique alors qu’un vent de liberté souffle dans les rues iraniennes. Des femmes qui dansent dans une fête ou discutent dans des cafés... Sans foulard. Des images encore inimaginables il y a peu se multiplient Nattes, cheveux bouclés ou peroxydés s'affirment aujourd'hui dans l'espace public, au milieu de femmes plus traditionnelles arborant le hijab ou le tchador.

« Nostra aetate », l’esprit de vérité opérant en dehors des frontières visibles de l’Église (4/4)

Des repas bibliques à l’Eucharistie, et plus récemment au dialogue d’Abou Dhabi, la fraternité chrétienne se vit dans la convivialité et le partage. Quatrième et dernier volet de notre série. Le christianisme est convivialité. Il suffit de constater combien de scènes marquantes de l’Évangile se déroulent au cours d’un repas, combien d’enseignements le Seigneur y formule… La table est un lieu d’hospitalité partagée, de renversement des frontières sociales, de fraternité joyeuse et de communion. À l’Eucharistie, événement central de la vie chrétienne, elle devient autel. C’est justement au cours d’un repas qu’est née l’idée de la Déclaration d’Abou Dhabi sur la Fraternité humaine de 2019 cosignée par le pape François et cheikh Ahmad el-Tayyeb, imam d’al-Azhar, à Abou Dhabi. Selon la revue America Today (1er décembre 2020 ; cf. aussi le site égyptien albawaba), le repas s’est tenu en mai 2016 au sortir d’une séance de travail à la bibliothèque du Vatican. Cet entretien s’inscrivait dans un regain de dialogue entre l’Église catholique et la grande institution sunnite qu’est al-Azhar, après plusieurs années de tensions. En effet, les échanges entre le Saint-Siège et al-Azhar s’étaient interrompus après l’attentat contre la cathédrale copte d’Alexandrie, le 1er janvier 2011 : Benoît XVI avait souligné la nécessité de protéger les chrétiens en Égypte et au Moyen-Orient, dans une déclaration que l’institution égyptienne avait considérée comme une interférence occidentale indue.