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Religion

Chrétiens de Syrie: «désertification spirituelle» au berceau du christianisme (2/2)

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Le couvent de Mar Moussa en Syrie.
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Par Fady Noun
Publié févr. 25, 2026 - 21:50

Dans un premier article consacré à l’état des lieux des chrétiens d’Orient, nous avons rapidement présenté un tableau démographique et social en tous points déplorable des communautés chrétiennes en Syrie. Cette seconde partie en précise les enjeux de nature spirituelle, culturelle et historique.

 

Commentant le rapport de L’Œuvre d’Orient sur les communautés chrétiennes de Syrie, achevé durant l’été 2025 (voir article précédent), Mgr Hugues de Woillemont, directeur de cette association, met en exergue le rôle vital que les institutions associatives et caritatives chrétiennes jouent pour l’ensemble de la société syrienne, notamment dans les domaines de la réconciliation, de l’autonomie des femmes et de l’éducation.

 

Pour en revenir au rapport, il affirme : «Le pluralisme religieux et ethnique est l’une des richesses de la Syrie. Néanmoins, après un demi-siècle de dictature, quatorze années de guerre, auxquelles se sont ajoutées des violences communautaires dans la période post-Assad, il apparaît clairement que cette diversité religieuse et ethnique est considérablement fragilisée et menacée en Syrie.»

 

«Du reste, l’enjeu crucial de protection des minorités pour assurer la stabilité et prévenir les conflits est rappelé dans de nombreux rapports onusiens, commente Mgr Woillemont. Or il s’avère que les aides et les instruments de protection actuels au niveau européen et international ne prennent pas suffisamment en compte la vulnérabilité et la fragilité de cet écosystème.»

 

«Nous souhaitons en particulier, poursuit le directeur de L’Œuvre d’Orient, la création d’un fonds dédié à la diversité ethnique et religieuse et d’une plateforme nationale pour le dialogue intercommunautaire. Aussi, ces différents instruments nationaux ou internationaux pourraient-ils être soutenus par diverses agences des Nations unies et de l’Union européenne. Loin de pousser au communautarisme, ces initiatives permettraient de soutenir une transition politique et d’ancrer ces minorités au sein des sociétés dans lesquelles elles vivent, afin d’assurer la stabilité des pays tout en renforçant le respect des droits de l’Homme pour tous.»

 

Diversité et mémoire culturelle

 

«Cette question concerne l’équilibre, la diversité et la mémoire culturelle du Moyen-Orient, ajoute en substance le directeur de l’ONG. Elle engage aussi la responsabilité historique de l’Europe. La présence de ces communautés est un gage de pluralisme et de démocratie. Sans soutien massif, les écoles ferment, les jeunes émigrent, les familles se dispersent et la mosaïque religieuse s’effondre. Une Journée internationale permettrait de rendre visible une crise silencieuse, de soutenir concrètement les institutions éducatives et sanitaires, de recréer des ponts entre Orient et Occident».

 

Pour Vincent Gelot, représentant de l’ONG au Liban, en Syrie et en Jordanie, cette baisse en nombre de chrétiens n’est pas une donnée démographique ordinaire, mais «une fracture historique et culturelle de dimension théologique».

 

En d’autres termes, elle dit quelque chose de la présence de Dieu dans l’histoire. Pour utiliser une expression du pape Benoît XVI, il s’agit d’une «désertification spirituelle» du berceau du christianisme, de la substitution d’une vérité sur l’homme par une autre. Mais la disparition de Jésus à l’échelle sociale n’est pas une chose neutre. C’est la disparition de la façon particulière dont Dieu a aimé le monde en Jésus, et de la connaissance de soi impartie par ce Dieu à l’homme, et donc de toute une anthropologie. C’est le pendant oriental de la «mort de Dieu» en Occident, de la perte irréparable d’une vérité sur l’homme qu’aucune autre pensée ne peut remplacer.

 

À cette menace qui pèse sur le pluralisme, les autorités religieuses chrétiennes sont particulièrement sensibles. «La diversité des religions et des groupes ethniques a toujours existé en Syrie, nous ne pouvons pas imaginer une nation qui ne ressemble pas à la nôtre», plaide Mgr Jacques Mourad, archevêque syriaque catholique de Homs, à l’appui de ces données. «Les Syriens n’ont jamais été attachés à un islam aussi traditionnel», résume l’archevêque, qui réfléchit sur l’impact de l’arrivée au pouvoir de l’organisation fondamentaliste Hay’at Tahrir el-Cham, le climat social et culturel dans lequel évoluaient les chrétiens, depuis des décades, ayant été modifié.

 

Revenons sur terre

 

«Revenons sur terre: 18 millions d’euros, pour un millier de projets, ce n’est pas beaucoup, souligne Vincent Gelot. Aujourd’hui, l’aide dépend presque exclusivement de donateurs occidentaux privés à travers les organisations réunies au sein de la ROACO*, c’est largement insuffisant.»

 

«Il est grand temps que la communauté internationale prenne ses responsabilités et agisse concrètement pour les communautés ethniques ou religieuses de cette région du monde dont l’existence se joue aujourd’hui. Sans soutien massif, la mosaïque religieuse s’effondre. La présence de ces communautés est un gage de pluralisme et de démocratie pour notre monde. Une Journée internationale permettrait de rendre visible une crise silencieuse, de soutenir concrètement les institutions éducatives et sanitaires, de recréer des ponts entre Orient et Occident. Nous appelons à une mobilisation immédiate, non pour préserver un passé figé, mais pour maintenir vivante une présence qui participe depuis deux millénaires à l’équilibre du Moyen-Orient.»

 

«Ces communautés chrétiennes sont des témoins irremplaçables du christianisme des origines, souligne encore Gelot. Les lieux saints, c’est ici: Jésus et ses Apôtres ont parcouru la région; Tyr et Sidon, aujourd’hui au Liban, sont cités dans les Évangiles; Saint-Paul a été converti sur le chemin de Damas; Saint-Pierre s’est rendu à Antioche; la Jordanie abrite le site où Jésus a été baptisé par Jean le précurseur. Or on voit les communautés chrétiennes de ces régions plier bagage. Partir, c’est inacceptable. Certes, le départ des chrétiens ne remet pas au cause la Résurrection du Christ, mais n’est-ce pas déjà une déchirure théologique pour ces communautés de ne pas avoir accès aux lieux saints? Du reste, leur départ n’est pas seulement une perte pour elles, mais aussi pour nous autres Occidentaux, parce qu’une partie de nos racines, de notre civilisation, de nos racines culturelles, civilisationnelles et religieuses, viennent d’ici. Elle l’est aussi pour les musulmans. Il faut aider les pays du Moyen-Orient à maintenir leur mosaïque.»

 

Ancrer les minorités

 

«Ainsi, conclut Vincent Gelot, L’Œuvre d’Orient recommande l’instauration rapide de mécanismes pour soutenir une réconciliation et une justice adaptée pour tous les Syriens. Elle recommande également la mise en place de mécanismes internationaux et de financement pour assurer une reconstruction inclusive, ainsi que la mobilisation durable de la communauté internationale afin de promouvoir la diversité ethnique et religieuse en Syrie.»

 

Et M. Gelot de conclure: «Loin de pousser au communautarisme, ces initiatives permettraient de soutenir une transition politique et d’ancrer ces minorités au sein des sociétés dans lesquelles elles vivent afin d’assurer la stabilité des pays tout en renforçant le respect des droits de l’Homme pour tous.»

 

* ROACO: Reunion of Aid Agencies for the Oriental Churches (Aide à l’Église en détresse-AED, Miséreor; Mission pontificale, L’Œuvre d’Orient…).

 

Sur le même thème:

 

«Désertification spirituelle» en Syrie: un état des lieux déplorable (1/2)

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