
Depuis l’accroissement de la tension au niveau régional, les frappes qui ont visé l’Iran en 2025 et le dernier soulèvement populaire dans les villes iraniennes, les autorités ont multiplié les mesures d’urgence autour des musées. Il s’agissait de protéger un patrimoine inestimable face aux risques de bombardements, de sabotage ou même de pillage. Concrètement, cela s’est traduit par des fermetures prolongées, des horaires réduits, des visites encadrées au millimètre près et le transfert discret de certaines pièces majeures vers des réserves tenues secrètes. Ce réflexe de bunkerisation s’inscrit dans un climat de crispation et de crise plus profond et plus ancien, marqué depuis des décennies par un resserrement de l’espace culturel dans tout le pays. Les musées pris en étau Les institutions culturelles sont aujourd’hui prises dans un double étau : la menace de guerre, les bouleversements internes et les priorités diplomatiques et idéologiques du pouvoir. En effet, la République Islamique cherche d’une part à promouvoir une stratégie identitaire en s’appuyant sur une relecture du nationalisme perse et d’autre part à contrer l’« iranophobie » en insistant sur son patrimoine, sa profondeur historique et sa production artistique. Toute la politique de l’Iran en matière de culture et d’art obéit à cette nouvelle stratégie identitaire dont l’illustration parfaite est le musée de la Révolution islamique et de la défense sacrée à Téhéran, qui combine mémorial, pédagogie politique et produit touristique. À l’international, les acquisitions, prêts et expositions d’œuvres d’art perses constituent des évènements majeurs comme par exemple le prêt de l’inestimable Cylindre de Cyrus (539 av. J.C.) ou l’exposition « Forgotten Empire : The World of Ancient Persia », organisés par le British Museum il y a quelques années…etc Le gouvernement de la République islamique se sert de ces évènements comme outils de diplomatie culturelle au service de ses priorités idéologiques, ce qui constitue parfois un champ de tensions et de chantage politique. Le patrimoine archéologique en Iran est très riche et les musées y sont nombreux (plus de 800), dont notamment Le Musée national d’Iran, le Musée d’Art Contemporain, Le Palais du Golestan…etc. Nous avons choisi deux des musées de Téhéran typiques de l’histoire de l’Iran: Le Trésor ou Musée National des Joyaux et le Musée National d’Iran. Le Trésor national des Joyaux Inauguré en 1937, à l’époque du Chah, comme vitrine de la puissance monarchique, le Trésor National des Joyaux des Chahs rassemble les héritages des dynasties safavide, afsharide, qadjare et pahlavie : couronnes, trônes incrustés, parures extravagantes, diamants légendaires… Il est situé au sous-sol du siège même de la Banque centrale d’Iran sur Ferdowsi Street, à Téhéran. Il est juridiquement rattaché à la Banque centrale qui en est le dépositaire légal. Dans les années 1930, la valeur de la collection est telle qu’elle a servi de réserve pour la monnaie nationale. Aujourd’hui encore, une partie de la légitimation de la monnaie repose symboliquement sur ce stock d’actifs physiques non valorisable au prix du marché. Des Joyaux fabuleux La collection comprend des pièces inestimables dont la Couronne Kiani des souverains qajars, emblématique de la monarchie persane du XIXᵉ siècle, ou encore la couronne Pahlavi ayant servi au couronnement de Reza Chah et Mohammad Reza Pahlavi, en or et argent, sertie de milliers de diamants, émeraudes, rubis et perles rares. S’ajoutent à ces précieuses pièces des trônes féériques comme le Trône du Paon qui est un trône qajar en or massif, couvert de diamants, rubis, émeraudes et perles, symbole majeur de la royauté persane. Il tire son nom d’un motif de paon ou du surnom donné à l’épouse de Fath Ali Shah. Le trésor comprend également un Globe Terrestre de 34 kg d’or et environ 6 kg de pierres précieuses, diamants, rubis et émeraudes pour illustrer les mers et les terres du globe. Sans oublier le Bouclier et l’épée de Nader Shah en peau de rhinocéros de 46 cm de diamètre, eux aussi couverts de diamants, de rubis et d’émeraudes, avec au centre du bouclier l’un des plus grands rubis au monde (env. 225 carats), ainsi que d’innombrables parures, épées, boucliers, objets de culte et services de table en métaux précieux.. et des pierres précieuses rarissimes comme le fameux diamant rose Darya-ye Noor (ou mer de lumière) de 182 carats, considéré comme le plus grand diamant rose au monde, etc Tous ces joyaux racontent l’opulence et la richesse mais aussi la démesure d’une royauté qui se mesurait aux cours européennes. Après la Révolution, la République islamique a converti ce symbole qu’elle considérait comme “ honni “ en « trésor national », censé incarner désormais la richesse de la nation plutôt que celle d’une famille. Dans notre prochain article, nous parlerons du Musée National d’Iran et du rôle (difficile) que les conservateurs de musées sont appelés à jouer.









