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Culture

Les musées en Iran : un patrimoine en état de siège (1/2)
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Micha Moussallem
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févr. 16, 2026 - 11:27

Depuis l’accroissement de la tension au niveau régional, les frappes qui ont visé l’Iran en 2025 et le dernier soulèvement populaire dans les villes iraniennes, les autorités ont multiplié les mesures d’urgence autour des musées. Il s’agissait de protéger un patrimoine inestimable face aux risques de bombardements, de sabotage ou même de pillage. Concrètement, cela s’est traduit par des fermetures prolongées, des horaires réduits, des visites encadrées au millimètre près et le transfert discret de certaines pièces majeures vers des réserves tenues secrètes. Ce réflexe de bunkerisation s’inscrit dans un climat de crispation et de crise plus profond et plus ancien, marqué depuis des décennies par un resserrement de l’espace culturel dans tout le pays. Les musées pris en étau Les institutions culturelles sont aujourd’hui prises dans un double étau : la menace de guerre, les bouleversements internes et les priorités diplomatiques et idéologiques du pouvoir. En effet, la République Islamique cherche d’une part à promouvoir une stratégie identitaire en s’appuyant sur une relecture du nationalisme perse et d’autre part à contrer l’« iranophobie » en insistant sur son patrimoine, sa profondeur historique et sa production artistique. Toute la politique de l’Iran en matière de culture et d’art obéit à cette nouvelle stratégie identitaire dont l’illustration parfaite est le musée de la Révolution islamique et de la défense sacrée à Téhéran, qui combine mémorial, pédagogie politique et produit touristique. À l’international, les acquisitions, prêts et expositions d’œuvres d’art perses constituent des évènements majeurs comme par exemple le prêt de l’inestimable Cylindre de Cyrus (539 av. J.C.) ou l’exposition « Forgotten Empire : The World of Ancient Persia », organisés par le British Museum il y a quelques années…etc Le gouvernement de la République islamique se sert de ces évènements comme outils de diplomatie culturelle au service de ses priorités idéologiques, ce qui constitue parfois un champ de tensions et de chantage politique. Le patrimoine archéologique en Iran est très riche et les musées y sont nombreux (plus de 800), dont notamment Le Musée national d’Iran, le Musée d’Art Contemporain, Le Palais du Golestan…etc. Nous avons choisi deux des musées de Téhéran typiques de l’histoire de l’Iran: Le Trésor ou Musée National des Joyaux et le Musée National d’Iran. Le Trésor national des Joyaux Inauguré en 1937, à l’époque du Chah, comme vitrine de la puissance monarchique, le Trésor National des Joyaux des Chahs rassemble les héritages des dynasties safavide, afsharide, qadjare et pahlavie : couronnes, trônes incrustés, parures extravagantes, diamants légendaires… Il est situé au sous-sol du siège même de la Banque centrale d’Iran sur Ferdowsi Street, à Téhéran. Il est juridiquement rattaché à la Banque centrale qui en est le dépositaire légal. Dans les années 1930, la valeur de la collection est telle qu’elle a servi de réserve pour la monnaie nationale. Aujourd’hui encore, une partie de la légitimation de la monnaie repose symboliquement sur ce stock d’actifs physiques non valorisable au prix du marché. Des Joyaux fabuleux La collection comprend des pièces inestimables dont la Couronne Kiani des souverains qajars, emblématique de la monarchie persane du XIXᵉ siècle, ou encore la couronne Pahlavi ayant servi au couronnement de Reza Chah et Mohammad Reza Pahlavi, en or et argent, sertie de milliers de diamants, émeraudes, rubis et perles rares. S’ajoutent à ces précieuses pièces des trônes féériques comme le Trône du Paon qui est un trône qajar en or massif, couvert de diamants, rubis, émeraudes et perles, symbole majeur de la royauté persane. Il tire son nom d’un motif de paon ou du surnom donné à l’épouse de Fath Ali Shah. Le trésor comprend également un Globe Terrestre de 34 kg d’or et environ 6 kg de pierres précieuses, diamants, rubis et émeraudes pour illustrer les mers et les terres du globe. Sans oublier le Bouclier et l’épée de Nader Shah en peau de rhinocéros de 46 cm de diamètre, eux aussi couverts de diamants, de rubis et d’émeraudes, avec au centre du bouclier l’un des plus grands rubis au monde (env. 225 carats), ainsi que d’innombrables parures, épées, boucliers, objets de culte et services de table en métaux précieux.. et des pierres précieuses rarissimes comme le fameux diamant rose Darya-ye Noor (ou mer de lumière) de 182 carats, considéré comme le plus grand diamant rose au monde, etc Tous ces joyaux racontent l’opulence et la richesse mais aussi la démesure d’une royauté qui se mesurait aux cours européennes. Après la Révolution, la République islamique a converti ce symbole qu’elle considérait comme “ honni “ en « trésor national », censé incarner désormais la richesse de la nation plutôt que celle d’une famille. Dans notre prochain article, nous parlerons du Musée National d’Iran et du rôle (difficile) que les conservateurs de musées sont appelés à jouer.

La grande mosquée Cheikh Zayed, joyau architectural et symbole de tolérance
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Micha Moussallem
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févr. 10, 2026 - 00:32

La grande mosquée cheikh Zayed d’Abou Dhabi est l’un des monuments les plus emblématiques des Émirats arabes unis. Un véritable chef-d’œuvre architectural qui accueille près de 7 millions de visiteurs par an, dont 82% d’étrangers. Le site s’impose comme une plateforme de dialogue interreligieux et de promotion des valeurs humaines universelles. L’histoire de cette mosquée remonte aux années 1980, lorsque le cheikh Zayed bin Sultan al-Nahyan, père fondateur des Émirats arabes unis, conçoit le projet d’édifier un lieu de culte destiné à symboliser la modération de l’islam. Sa vision était claire : ériger un édifice ayant pour vocation de promouvoir la tolérance et les échanges culturels entre les peuples et d’allier la diversité culturelle du monde islamique aux valeurs historiques et modernes de l’architecture et de l’art. La construction de la mosquée s’est étendue sur onze ans, s’achevant en décembre 2007. Décédé en 2004, le cheikh Zayed repose aujourd’hui dans la cour de la mosquée qu’il a fait édifier. La grande mosquée Cheikh Zayed impressionne autant par sa beauté que par ses dimensions exceptionnelles. Elle s’étend sur plus de 12 hectares (120.000 mètres carrés) et peut accueillir près de 55.000 fidèles. Ce qui en fait l’une des plus vastes mosquées au monde. Un projet de construction collectif L’édification de la mosquée a fait l’objet d’un projet collectif international, mobilisant près de 3.000 ouvriers et 38 entreprises locales et internationales. Des professionnels, artistes et artisans de renom, issus de nombreuses nationalités, ont également pris part à ce projet. Ils sont venus notamment de Syrie, d’Inde, d’Italie, d’Allemagne, de Turquie, du Pakistan, de Malaisie, d’Iran, de Chine, du Royaume-Uni, de la Nouvelle-Zélande et de la Macédoine du Nord. (Photo Mohamed Zarandah / Anadolu via AFP) Par conséquent, la mosquée marie harmonieusement différents styles islamiques. Elle compte 82 dômes de tailles variées, certains pouvant atteindre 85 mètres de hauteur. Aux angles de la cour, s’élèvent quatre minarets de plus de 100 mètres de hauteur, tandis que plus de 1.000 colonnes soutiennent l’ensemble de la structure. De délicates mosaïques florales ornent la cour, alors que les chapiteaux des colonnes représentent des fleurs de palmier dorées. La structure en acier et béton du site est entièrement revêtue de panneaux de marbre de Carrare, réputé pour être le marbre blanc le plus pur au monde. La cour centrale, qui s’étend sur 17.080 mètres carrés, est également pavée de ce marbre, conférant à l’édifice un éclat incomparable. Raffinement intérieur La façade est dotée d’un système d’éclairage nocturne innovant. Selon le cycle lunaire, les lumières évoluent progressivement, passant d’un blanc froid lors de la pleine lune à un bleu profond à la quatorzième nuit. La décoration intérieure de la mosquée respecte les préceptes islamiques : aucune représentation humaine ou animale n’y figure, mais des motifs floraux et géométriques, ainsi que des arabesques, habillent l’espace. Des arcs lancéolés ornent la mosquée dont l’intérieur est recouvert de 12.100 panneaux de moulures en gypse et fibre de verre. Les 1.048 colonnes ornementales, sculptées par des artisans locaux, sont incrustées de pierres semi-précieuses. Le plafond de l’imposante salle de prière principale est soutenu par 24 colonnes recouvertes de marbre blanc et incrustées de nacre. Les 99 noms de Dieu (Allah) sont inscrits sur le mur de la qibla subtilement éclairé. Les lustres spectaculaires sont ornés de cristaux Swarovski et de 40 kilos d’or 24 carats. Le lustre principal de la mosquée est le plus grand au monde. Le tapis persan de la salle de prière principale est un véritable chef-d’œuvre. Avec ses 5.627 mètres carrés, il constitue le plus grand tapis fait main au monde. Sa valeur est estimée à 8,5 millions de dollars. Dialogue interculturel Depuis son inauguration, la mosquée s’est imposée comme une destination incontournable du tourisme culturel. Elle figure au nombre des attractions touristiques mondiales les plus prisées et est considérée comme la principale attraction culturelle et religieuse du Moyen-Orient. Au-delà de sa vocation religieuse et de sa magnificence, la mosquée demeure fidèle à sa mission de dialogue interculturel. Le programme Jusoor (racines en arabe, NDLR), lancé en 2019, en est la parfaite illustration. Dans le cadre de cette initiative, des individus et des institutions de divers horizons sont invités à vivre une expérience religieuse et culturelle unique, favorisant la compréhension mutuelle et la promotion des valeurs humaines universelles. Le site accueille également le Centre de la grand mosquée Cheikh Zayed (Sheikh Zayed Grand Mosque Center), un centre d’apprentissage doté d’une bibliothèque riche en ouvrages classiques et publications en plusieurs langues dont l’arabe, l’anglais, le français et l’italien. Plus qu’un lieu de culture, la grande mosquée est l’incarnation des valeurs de tolérance, d’ouverture et de coexistence pacifique que le cheikh Zayed souhaitait transmettre aux générations futures. Elle demeure le symbole vivant de cet héritage.

Le Louvre Abou Dhabi, un pont entre les civilisations (2/2)
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Micha Moussallem
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févr. 2, 2026 - 12:59

Le Louvre Abou Dhabi s’inscrit au cœur d’une stratégie délibérée visant à faire de l’Émirat une plateforme culturelle internationale. Le musée incarne en effet la volonté d’Abou Dhabi de se positionner comme un pont entre les civilisations, afin de dépasser l’image d’une société émiratie « purement pétrolière » et d’affirmer une identité tournée vers la culture mondiale. C’est un musée d’art majeur, conçu comme un musée universel, qui met en avant les interactions de la créativité humaine au-delà des cultures, des civilisations, des religions, des époques et des préjugés. Disposition et scénographie Au Louvre Abou Dhabi, les œuvres d’art sont disposées selon une scénographie particulière qui privilégie des narratifs universels, tels que la création, la religion, le pouvoir et les échanges, plutôt que des cloisonnements géographiques stricts. Ce qui constitue une approche inhabituelle pour un musée d’art. Les parcours y sont organisés en chapitres thématiques et chronologiques, permettant d’exposer des œuvres d’Orient et d’Occident, côte à côte, dans un dialogue interculturel s’articulant à la fois sur la vision d’ouverture d’Abou Dhabi et sur l’expertise muséale française. Ce premier musée universel du monde arable propose une lecture globale et comparée de l’histoire de l’art, plutôt qu’un récit national ou strictement occidental. Les collections Le musée possède une collection en constante expansion de plus de 600 œuvres d’art et objets d’exception couvrant l’ensemble de l’histoire de l’humanité, toutes catégories confondues. Une partie de ces œuvres est constituée de prêts du Louvre Paris et de plus de treize institutions françaises. Le musée renouvelle régulièrement les œuvres exposées pour ne pas lasser le public, ce qui en fait un musée vivant et particulièrement attractif. Le modèle du Louvre Abou Dhabi repose sur une coopération de longue durée entre le gouvernement d’Abou Dhabi et le Louvre Paris. Celle-ci comprend des prêts d’œuvres, une expertise scientifique, ainsi qu’un soutien à la programmation et à l’organisation d’expositions temporaires complexes, commissariées en collaboration avec différents musées européens. Prêts emblématiques Quelque 300 œuvres majeures ont été prêtées par treize institutions françaises pour les premières années du Louvre Abou Dhabi. Parmi elles figurent « La Belle Ferronnière » de Léonard de Vinci, « Napoléon franchissant le col du Grand‑Saint‑Bernard », un chef‑d’œuvre de Jacques‑Louis David, « La Gare Saint‑Lazare » de Claude Monet, l’autoportrait de Vincent Van Gogh et des œuvres de Manet, Kandinsky, Matisse, Rothko, Andy Warhol, Dürer ou Titien pour ne citer que les plus célèbres. La collection comprend également des objets historiques, tels que la coupelle en or de l’Empire achéménide ou une caravelle. En 2025, le musée a encore élargi sa collection grâce à des acquisitions et à des prêts internationaux, incluant notamment des sarcophages chrétiens et des peintures modernes. Les œuvres acquises par le musée Entre 2023 et 2025, le musée a renforcé sa crédibilité académique par de nouvelles acquisitions permanentes d’œuvres d’art, parmi lesquelles, entre autres, une statue bicéphale de Aïn Ghazal datant de 8.000 ans ou encore un buste colossal de Ramsès II de l’époque pharaonique. Le musée a également acquis un des joyaux de l’art baroque, « La fillette au brasero » de Georges de La Tour, ainsi que plusieurs sculptures de Rodin et diverses œuvres de Kandinsky, de Giacometti, des tableaux de Picasso. Services éducatifs, formations et jumelage universitaire Au-delà de la simple visite culturelle, le musée joue un rôle de centre pédagogique et de formation continue pour les écoles des Émirats. En effet, divers programmes éducatifs et formations y sont proposés aux enseignants, afin de leur apprendre à utiliser l’espace muséal comme complément aux programmes scolaires, favorisant ainsi le développement de la pensée critique chez les élèves. Le Louvre Abou Dhabi développe également des partenariats universitaires, tels que celui conclu avec NYU Abou Dhabi (MoU), ainsi qu’une coopération avec la Sorbonne Abou Dhabi/École du Louvre pour un master professionnel en « Métiers du musée », premier programme de ce type dans le Golfe. Par ailleurs, il convient de souligner la vocation inclusive du Louvre Abou Dhabi, qui propose, dans le cadre de son programme « Louvre Abu Dhabi for All », des représentations spéciales accessibles aux personnes à besoins spécifiques. En conclusion, le Louvre Abou Dhabi est un musée satellite à l’échelle mondiale qui allie culture, éducation, recherche universitaire et soft power. Il occupe une place centrale en tant qu’institution patrimoniale, centre éducatif et vitrine internationale pour les Émirats arabes unis.

Le Louvre Abou Dhabi, au cœur de la «soft power» des Émirats Arabes Unis (1/2)
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Micha Moussallem
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janv. 31, 2026 - 18:34

Le Louvre Abu Dhabi est un musée d’art universel situé sur l’île de Saadiyat, la bien nommée île du bonheur, qui a pour vocation de devenir le nouveau centre culturel des EAU. Avec ses expositions temporaires coorganisées avec de grands musées français et son discours « universel », le musée participe à la soft power des Emirats Arabes Unis et à la redéfinition de la place du monde arabe dans les circuits internationaux de l’art et du patrimoine. Les origines Le Louvre Abu Dhabi est le fruit d’un accord intergouvernemental entre la France et les Émirats Arabes Unis qui permet à ces derniers d’utiliser le nom du « Louvre » jusqu’en 2047. Le Musée, poétiquement surnommé “Le Louvre des sables”, raconte l’histoire de l’humanité à travers des œuvres issues de diverses civilisations, sur une période allant de la préhistoire à l’art contemporain.​ D’emblée, l’idée de labelliser le nom du plus grand Musée au monde avait provoqué une levée de boucliers en France. Il avait fallu beaucoup d’efforts et non moins d’un milliard d’euros pour convaincre les plus récalcitrants. En contrepartie de cette somme colossale, le contrat prévoit l’utilisation du label Louvre pendant 30 ans ainsi que le prêt d’œuvres de différents musées français, parallèlement à des expositions temporaires et une coopération en matière de gestion muséale et la formation du personnel sur place. Le Musée a ouvert officiellement ses portes au public le 11 novembre 2017, après une décennie de travaux, avec environ 600 œuvres présentées lors de l’inauguration. La conception du musée L e Louvre Abu Dhabi a été conçu par Jean Nouvel, la star des architectes des cinquante dernières années. Nouvel a utilisé la sérénité dégagée par le jeu des ombres et de la lumière afin de créer un espace accueillant qui s’intègre à l’histoire et à la géographie du pays. Un Musée typique des EAU qui n’aurait aucunement sa place à Paris, Londres ou New York. Il ne voulait en aucun cas d’un musée à l’architecture purement européenne installé à Abu Dhabi. Inspiré donc pat l'architecture et les traditions des Émirats, Nouvel a créé un remarquable écrin pour le Louvre Abu Dhabi qui respecte les contraintes techniques incontournables des musées modernes. Pour cela, il a construit une ville-musée s’étendant sur environ 24 000 m², dont 8 000 m² de galeries, qui semble flotter sur l’eau. Les différentes salles du musée sont des bâtisses blanches et basses typiques de la région entre lesquelles les visiteurs peuvent déambuler. Conçu comme une médina arabe, à laquelle on accède à la fois par la mer et la terre, le Musée comporte des espaces dédiés à une multitude d’activités (kayak, projections de films, conférences…) en sus des galeries d’art. Le dôme Un immense dôme argenté en acier et en aluminium, véritable chef-d’œuvre architectural, recouvre les différentes bâtisses. Malgré son apparente légèreté, le dôme pèse environ 7 500 tonnes (le même poids que la Tour Eiffel) et mesure 180 mètres de diamètre. Inspiré par la coupole caractéristique de l’architecture arabe, le dôme est une structure géométrique complexe de 7 850 étoiles de tailles différentes, dont le motif se répète sur huit couches superposées. Ces motifs laissent filtrer le soleil à travers leurs perforations et leur feuilletage. Il s’agit là d’une ode à la nature et aux éléments qui fait écho aux palmiers d'Abu Dhabi. Tout comme les feuilles de palmier dans les oasis, le dôme intercepte la lumière éclatante du soleil, la diffuse et l’éparpille au sol, créant ainsi une « pluie de lumière » qui change au fil des heures. Ce géant d’acier est inspiré des moucharabiehs arabes traditionnels et offre aux visiteurs un climat à la fois visuel et thermique. Malgré son imposante taille, il semble flotter sur l’eau car il est posé sur quatre points d'appui invisibles. Une climatisation naturelle Le principal défi technique du Louvre Abou Dhabi est le climat car il faut maintenir des conditions de lumière et de températures strictes pour la conservation d’œuvres inestimables. Or au-delà de sa beauté, le dôme constitue un microclimat environnemental grâce à des techniques de conception passive inspirées de l'architecture régionale traditionnelle. Les perforations du toit permettent un éclairage naturel sans chaleur ou flux d’air excessif, et les matériaux au sol et aux murs permettent de retenir l’air frais à toute heure de la journée. Le Musée utilise, par ailleurs, des techniques d'économie d'eau et d'énergie passive, ainsi que des systèmes de CVC et d'éclairages pointus. Prochain article: Le Louvre d’Abou Dhabi, un pont entre les civilisations

Le pillage du Musée d’Irak : un grand désastre culturel
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Micha Moussallem
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janv. 27, 2026 - 20:31

Le pillage, en 2003, du Musée national d’Irak a entraîné la perte d’objets inestimables, avec un effet domino qui s’est manifesté par le pillage massif des sites archéologiques irakiens dans l’ensemble du pays. Ce qui a alimenté le trafic international d’antiquités et fortement entravé la recherche scientifique dans ce domaine. Ce pillage est devenu un cas emblématique de la responsabilité politique des forces d’occupation en temps de guerre, de la structuration d’une économie axée sur le trafic d’antiquités au service du crime organisé et du terrorisme, parallèlement à une « diplomatie de la traque » et de la collaboration internationale afin de restituer les objets volés. Le Musée national d’Irak est l’un des établissements archéologiques les plus importants au monde. Il conserve l’essentiel du patrimoine de la Mésopotamie décrite comme le « berceau de l’humanité ». Le musée a été fondé dans les années 1920, avec la naissance de l’État irakien moderne, par Gertrude Bell, écrivaine et archéologue anglaise. Elle voulait éviter que les trésors de la Mésopotamie ne soient sortis du pays. Le bâtiment principal, d’environ 45.000 m², couvre 5.000 à 7.000 ans d’histoire et abrite la collection la plus complète d’objets de la Mésopotamie, avec des collections issues des civilisations sumérienne, akkadienne, babylonienne, assyrienne, chaldéenne, ainsi que des périodes préislamiques et islamiques.​ On y trouve des pièces majeures (tablettes cunéiformes, sceaux-cylindres, statues royales, objets funéraires, etc.) qui constituent témoignages essentiels pour l’histoire de l’écriture, de l’État, du droit et de la religion au Proche-Orient. Parmi ces objets figurent le trésor d’or de Nimrud (bijoux et objets du IXᵉ siècle av. J.-C.) et les sculptures, reliefs et tablettes cunéiformes provenant d’Uruk et d’autres grands sites mésopotamiens. Le musée symbolise l’unité nationale du pays et la continuité entre Sumer, Akkad, Babylone, l’époque islamique et l’Irak contemporain. Il sert également de centre de recherche et de documentation pour les archéologues, avec des archives essentielles sur les fouilles menées à Ur, Uruk, Ninive, Nimrud. Le pillage de 2003 : enjeux géopolitiques Le seul mot qui décrit le pillage du musée en 2003 est « gâchis ». En effet, les troupes américaines avaient pour ordre de protéger le musée en priorité. Or la protection n’a été assurée qu’une semaine après l’entrée des troupes dans Bagdad. La semaine de trop, pendant laquelle le pillage a eu lieu. Entre le 10 et le 12 avril 2003, avant la sécurisation du site par les forces américaines et après le retrait du personnel du Musée, environ 15.000 objets ont disparu : vases rituels, ivoires assyriens, têtes de statues, amulettes, et plus de 5.000 cylindres-sceaux…etc. Ce pillage a choqué l’opinion mondiale. Il constitue un cas emblématique de destruction du patrimoine en temps de guerre. Mobilisation internationale Cet épisode a déclenché une mobilisation internationale (Interpol, universités, Unesco, missions spécialisées…) pour récupérer les œuvres d’art et renforcer la protection du patrimoine irakien. Quinze ans après les faits, les estimations étaient d’environ 7.000 objets récupérés sur les 15.000 volés. Ces objets ont été restitués via des programmes d’amnistie internes, de saisies douanières et d’opérations policières partout dans le monde. Pièces emblématiques récupérées Des pièces majeures comme le Vase et le masque de Warka, la statue en cuivre de Bassetki ou encore des objets du trésor de Nimrud ont été retrouvés, souvent enterrés ou cachés par des pilleurs qui n’avaient pas pu les écouler. Certaines statues royales sumériennes et objets de culte emblématiques ont été localisés à l’étranger, puis rapatriés grâce à la coopération entre Interpol, les services américains, les musées et les chercheurs. Malgré la réouverture du musée en 2015, et les efforts continus de restitution, des milliers d’objets restent sur le marché noir ou sont définitivement perdus. Ce qui réduit la compréhension de pans entiers de l’histoire mésopotamienne. Ce pillage de 2003 est désormais un cas d’école dans les débats sur la protection du patrimoine en temps de guerre, influençant les normes militaires, le droit international et les politiques de provenance des musées occidentaux. Il convient de noter que de nombreux cadres juridiques existent pour la protection du patrimoine en temps de guerre dont, entre autres, la Convention de La Haye de 1954 et ses protocoles additionnels de 1999, ainsi que la Convention de l’Unesco de 1970. D’autre part, la collaboration internationale a permis d’établir une cartographie des flux de pillages archéologiques (routes, plaques tournantes régionales, marchés finaux, etc.), ainsi que le rôle des acteurs économiques (intermédiaires, maisons de vente, collectionneurs) et leurs liens avec l’économie criminelle et terroriste. Cette collaboration internationale joue un rôle essentiel dans la mondialisation et la protection du patrimoine de manière à faciliter la récupération des objets volés.

L’impact économique et culturel du Grand Musée égyptien
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Micha Moussallem
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janv. 21, 2026 - 17:22

Dans nos précédents articles, nous avons survolé la construction du Grand Musée égyptien et souligné son rôle majeur en tant que centre de recherche. Nous avons également passé en revue certains des fabuleux trésors qui y sont conservés. Mais qu’en est-il de son importance économique, culturelle et nationale pour l’Égypte ? L’un des enjeux majeurs du Grand Musée égyptien (GEM) est, sans aucun doute, d’ordre économique. Il a pour vocation d’attirer des touristes du monde entier, jouant ainsi un rôle central dans le dynamisme économique du pays. Situé près des pyramides de Gizeh, le GEM est l’un des piliers de la nouvelle stratégie touristique de l’Égypte, avec pour objectif celui d’attirer jusqu’à 30 millions de visiteurs par an d’ici 2030. Ce qui le placerait parmi les institutions culturelles les plus fréquentées au monde. Cette affluence devrait redynamiser les secteurs annexes, comme l’hôtellerie, la restauration, les transports et même les petites entreprises locales, et créer, par conséquent, des milliers d’emplois, directs et indirects. Les retombées économiques d’un tel projet seraient (et sont déjà) considérables pouvant représenter, d’après les premières estimations, jusqu’à 12% du PIB de l’Égypte. Selon les experts, entre 2025 et 2030, le GEM contribuerait à hauteur de 20 à 25% à la croissance du tourisme en Égypte. Un symbole de souveraineté culturelle « Un peuple qui n’enseigne pas son histoire est un peuple sans identité », disait François Mitterand. Avec le GEM, cette affirmation prend tout son sens : pour la première fois, l’Égypte se réapproprie son histoire et son identité. Ce sont les Égyptiens eux-mêmes qui racontent leur propre histoire et reprennent en main leur destin. Et ils en sont fiers. Il suffit d’écouter les témoignages des spécialistes du Musée ou des simples visiteurs pour mesurer la fierté nationale que suscite le GEM. Trente-trois ans après son lancement, le Grand Musée égyptien incarne une réussite monumentale pour le pays, transcendant l’architecture et la muséologie. Il témoigne de la capacité d’une nation à honorer son héritage millénaire tout en se projetant résolument dans le monde moderne. En offrant au monde un accès sans précédent aux merveilles de l’Égypte ancienne, le GEM se fait le pont entre les époques, transformant le passé pharaonique en un patrimoine vivant, source d’inspiration et de fierté pour l’Égypte toute entière. Restituer ses trésors éparpillés Les effets positifs de l’édification d’un tel monument se sont rapidement fait sentir. L’inauguration a relancé les appels à la restitution d’artefacts égyptiens majeurs conservés dans des musées occidentaux, notamment la Pierre de Rosette au British Museum, le buste de Néfertiti au Neues Museum de Berlin, et le Zodiaque de Dendérah au Louvre. Zahi Hawass, égyptologue et ancien ministre des Antiquités, a d’ailleurs souligné avec justesse que l’Égypte compte désormais plus de 22 musées répondant aux standards internationaux les plus exigeants. Il a ainsi voulu contester l’argument courant selon lequel le pays ne disposerait pas des infrastructures nécessaires à la préservation de son patrimoine. Les Pays-Bas ont récemment annoncé la restitution d’une tête en pierre vieille de 3.500 ans, datant de la dynastie de Thoutmôsis III, saisie lors d’une foire d’art à Maastricht en 2022. En conclusion, l’édification du GEM est célébrée en Égypte comme un symbole d’unité nationale et de renaissance, reflétant la capacité du pays à surmonter les défis pour valoriser son héritage. Il incarne la mémoire et la continuité de la civilisation égyptienne, tout en servant de plateforme pour la recherche et la coopération internationale dans la préservation du patrimoine. Il permet de positionner l’Égypte comme une nation phare et l’un des principaux centres de référence du patrimoine au Moyen-Orient.

Bienvenue chez Ramsès II
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Micha Moussallem
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janv. 19, 2026 - 14:25

Dans notre premier article, nous avons suivi les étapes de la construction du Musée National égyptien et avons exploré son département technique, chargé de la restauration des objets découverts par les archéologues. Il est temps de découvrir certains des trésors qu’il recèle. Dès qu’on pousse la porte du GEM, un hall majestueux (l’Atrium) de 10 000 mètres carrés nous accueille sous un toit de verre et un escalier grandiose de 108 marches s’étendant sur une superficie de 6 000 mètres carrés sur 6 étages. Le musée comprend 12 galeries et dispose d’une structure organisée autour de trois thèmes principaux : la royauté, la société et les croyances, couvrant ainsi des périodes allant de l'époque pré-dynastique à l'ère gréco-romaine.​ Un fabuleux voyage à travers 7000 ans d’histoire Le Grand hall est dominé par la statue colossale de Ramsès II, découverte près de l’ancienne Memphis en 1820. Vieille de 3000 ans, haute de 11 mètres et pesant plus de 80 tonnes de granit rouge, l’imposante statue semble s’avancer pour nous accueillir. Avant le GEM, celle-ci trônait à l’entrée de la gare du Caire sur la place qui porte le nom du pharaon. Elle a dû être placée à l’intérieur du musée avant même la construction du hall, car il était impossible de la faire entrer par les portes, eu égard à ses dimensions exceptionnelles. Quant au grand escalier, il est lui-même conçu comme une œuvre d’art et offre une vue imprenable sur les pyramides. Il est orné de statues colossales de pharaons, de sarcophages et d’objets à la valeur inestimable disposés selon quatre thèmes précis obéissant à une mise en scène spectaculaire : les statues des rois et des reines, les lieux de prière, la relation du roi avec les dieux, et enfin les sarcophages des rois et des reines. En haut des marches et tout le long du parcours, le clou du spectacle est bien sûr, la vue imprenable sur les pyramides. Quelques merveilles Le musée réunit les plus beaux trésors de l’Égypte ancienne et contient des milliers de pièces qui ont toutes été soigneusement restaurées in situ, dans les laboratoires du musée. D’ailleurs des milliers d’autres pièces attendent à leur tour d’être restaurées. Parmi ces merveilles, un étage consacré à Toutankhamon. Le jeune pharaon, mort à 19 ans, fascine tout autant les touristes du monde entier que les égyptologues et autres chercheurs. Ceci vient surtout du trésor inouï découvert intact dans sa tombe par l’architecte Howard Carter et dont la découverte a marqué un tournant décisif dans l’histoire de l’égyptologie. Le trésor de Toutankhamon comprend plus de 5000 objets exposés dans 2 galeries de 7000 mètres carrés. Parmi les pièces fabuleuses appartenant à Toutankhamon, se trouve son célèbre masque funéraire, un chef-d'œuvre du savoir-faire et de l’orfèvrerie de l’Égypte antique. Il est en or massif serti de turquoise, de lapis-lazuli, de quartz... et il pèse près de 10 kg. Il était placé dans la tombe du pharaon afin de permettre à l’âme de celui-ci de reconnaitre son corps une fois dans l’au-delà. On peut également admirer dans les deux galeries qui lui sont dédiées, son trône doré et ses six chars de guerre, ses trois lits funéraires dont un en or massif et des centaines d’objets (bijoux, amulettes, vêtements…etc.) destinés à l’accompagner dans l’au-delà. Le bateau de Khéops Autre attraction majeure du musée, la salle des Barques de Khéops où l’on peut admirer la barque solaire du pharaon, constructeur de la Grande Pyramide. Elle mesure 43,5 mètres de long pour une largeur de 5,9 mètres et elle est vieille de plus de 4 600 ans. Objet symbolique de la mythologie égyptienne liée au cycle de Râ, le dieu soleil, elle est considérée comme le plus ancien navire intact au monde. Ce chef-d'œuvre en bois de cèdre du Liban, très prisé dans l'Antiquité, devait servir à transporter le roi défunt vers l'au-delà. Elle a été retrouvée intacte dans une fosse, mais en pièces détachées sous forme d’un puzzle de 1224 pièces. Il a fallu 10 ans aux experts pour la remonter, son mécanisme ne comprenant ni vis ni clous. Dans notre prochain article, nous étudierons l’impact du musée, source de fierté nationale, sur le rayonnement culturel et sur l’économie de l’Égypte.

Genèse de l’un des plus grands musées au monde
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Micha Moussallem
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janv. 16, 2026 - 13:26

Le 1er novembre 2025, vingt ans après le début des travaux de construction, le Grand Musée égyptien ou GEM (Grand Egyptian Museum), ouvrait enfin ses portes. Il s’agit du sixième plus grand musée au monde et du plus vaste consacré à une seule civilisation. Lors d’une inauguration pharaonique, en présence de nombreux chefs d’État, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a présenté ce nouveau musée comme un cadeau de l’Égypte au monde. Une histoire semée d’embûches L’histoire du GEM débute en 1992, lorsque le ministre égyptien de la Culture de l’époque, Farouk Hosny, propose la création d’un nouveau musée destiné à remplacer l’ancien musée du Caire, devenu vétuste. Ce projet ambitionnait de rassembler les inestimables trésors archéologiques égyptiens jusque-là dispersés. La première pierre fut posée en 2002, mais les travaux de construction ne commencèrent effectivement qu’en 2005. La réalisation du musée fut toutefois semée d’embûches et marquée par de nombreux retards, dus notamment au Printemps arabe de 2011 et à la pandémie de Covid-19. Le projet dut également faire face à d’importantes difficultés de financement, le coût total du GEM ayant dépassé le milliard d’euros. Finalement, le 1er novembre, à la suite d’une étroite coopération internationale, tant financière que technique, le musée vit enfin le jour lors d’une inauguration grandiose. Un musée à l’ombre des pyramides Le musée est situé sur le plateau de Gizeh, face aux pyramides, et s’étend sur un terrain de 500 000 mètres carrés, soit l’équivalent de 70 terrains de football. En 2002, l’UNESCO et l’Union internationale des architectes lancèrent conjointement un concours international d’architecture pour la conception du musée. Parmi les 500 propositions soumises, c’est le cabinet irlandais Heneghan Peng Architects qui fut retenu. Toute l’architecture du musée s’inspire des pyramides. Sa façade triangulaire, haute de 60 mètres, est composée de panneaux d’albâtre et de verre translucide évoquant la couleur des sables du désert et dont l’aspect varie selon le moment de la journée ou de la nuit. Elle est ornée de hiéroglyphes et de pyramides sur lesquelles sont gravés les noms de 140 pharaons. La structure de la façade est visuellement alignée sur les trois pyramides voisines, et l’édifice intègre harmonieusement, au sein d’une architecture moderne, la géométrie sacrée des pharaons. Le musée bénéficie par ailleurs de technologies de pointe destinées à conserver, mettre en valeur, éclairer et protéger ses douze galeries. Un centre mondial de conservation et de recherche Au-delà de son rôle d’écrin de la fabuleuse histoire de l’Égypte antique, le GEM se positionne comme un pôle scientifique majeur, doté d’un centre de recherche et de conservation archéologique de premier plan. D’une superficie de 32 000 mètres carrés, celui-ci est le centre de restauration d’artefacts archéologiques le plus vaste et le plus sophistiqué au monde. Opérationnel depuis 2010, il comprend 19 laboratoires ultramodernes équipés de microscopes numériques, de machines à rayons X et 3D, de technologies spectroscopiques et de systèmes d’identification ADN. Cent vingt conservateurs de niveau international y travaillent. Grâce à ces moyens techniques exceptionnels, le GEM a joué un rôle essentiel dans le transfert et la restauration in situ de plus de 57 000 artefacts provenant de divers sites égyptiens. Le centre propose également des programmes de formation destinés aux conservateurs-restaurateurs égyptiens et internationaux, consolidant ainsi son statut de référence pour la préservation du patrimoine au Moyen-Orient. Le complexe comprend par ailleurs un centre de conférences d’une capacité de 1 000 places, destiné à accueillir des conférences et des symposiums internationaux. Il convient enfin de souligner que le musée a été conçu dans un souci de préservation de l’environnement : il utilise des énergies renouvelables permettant d’économiser jusqu’à 60 % d’énergie et d’assurer une réduction d’un tiers de la consommation d’eau. Un musée pour le futur Le GEM ne se contente pas de conserver et de restaurer le passé : il le réinvente pour les générations futures. Il intègre en effet des technologies immersives telles que la réalité augmentée, les reconstructions numériques et les présentations multimédias interactives, adoptant ainsi « le langage de la génération Z », selon Ahmed Ghoneim, directeur général du GEM. Ces innovations transforment l’expérience muséale traditionnelle en un voyage captivant à travers le temps. Le musée comprend également un espace dédié aux enfants de 5 000 mètres carrés, conçu pour encourager l’apprentissage par le jeu grâce à des écrans interactifs. Le GEM n’est donc pas seulement un sanctuaire du patrimoine : il est aussi un espace vivant de dialogue interculturel et de recherche scientifique. Après ce bref aperçu de l’édification de ce musée hors norme, il est temps d’y pénétrer et de découvrir quelques-uns des innombrables trésors qu’il abrite. C’est ce que nous aborderons dans notre prochain article : « Bienvenue chez Ramsès II ».

Le Pavillon Nuhad Es-Said pour la culture
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Micha Moussallem
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janv. 12, 2026 - 13:48

À l’instar de tous les musées du monde, le Musée national de Beyrouth est le gardien d’une histoire en proie aux affres de l’oubli. Pourtant, il ne se limite pas à cette mission : il se veut également ancré dans le présent et tourné vers l’avenir. C’est dans cet esprit qu’est née l’idée d’ouvrir un centre annexe au Musée, destiné à promouvoir la culture, l’art et les artistes libanais contemporains. Ce centre avait également pour vocation d’assurer la pérennité du Musée national de Beyrouth en générant des revenus issus d’activités culturelles et sociales, ainsi que de la location d’espaces, entre autres. Cette idée d’un centre dédié à l’art contemporain a germé au sein de la Fondation nationale du patrimoine. Le projet du pavillon annexe a été porté par trois femmes : Mona Hraoui, Rima Shéhadé et Salma Es Said, épouse de Nuhad Es Said, dont le centre porte aujourd’hui le nom. Toutefois, à l’instar de nombreux projets au Liban, il a dû affronter d’innombrables difficultés avant de voir le jour. Obstacles à son édification Dès le début de sa construction sur un terrain adjacent au Musée national de Beyrouth, le centre s’est heurté à un obstacle majeur : la présence de nappes phréatiques. Afin d’éviter tout risque d’effondrement, il a fallu traiter ce problème avant même d’entamer les travaux. Une fois cet obstacle surmonté, le projet pouvait enfin démarrer. Et pourtant, non : la crise du Covid-19 éclata alors, imposant un nouvel arrêt du chantier jusqu’à la fin de la pandémie. Comme si cela ne suffisait pas, l’explosion du port de Beyrouth est venue s’ajouter à la longue liste des épreuves traversées par le pays. À ces drames s’est encore greffée la crise financière de 2019, qui sembla porter le coup de grâce au projet. Mais c’était sans compter la ténacité des trois marraines du pavillon : Mona Hraoui, Rima Shéhadé et Salma Es Said. L’édification du pavillon Afin de réunir les fonds nécessaires à la poursuite du projet, la Fondation nationale du patrimoine, sous la présidence de Mona Hraoui, lança une collecte de fonds, engageant sa propre crédibilité. En collaboration avec le comité en charge du pavillon, une première somme fut réunie, mais elle demeurait insuffisante. C’est alors que Salma Es Said apporta le financement complémentaire, posant une seule condition : faire du pavillon « un véritable joyau ». Cette exigence fut pleinement respectée, sous la supervision attentive de Rima Shéhadé, jusque dans les moindres détails. Le pavillon vit finalement le jour en septembre 2024. Il fut baptisé Pavillon Nuhad Es-Said pour la culture, en hommage au mari disparu de Salma Es Said, grand amateur d’art et passionné de culture. Architecture et héritage Le pavillon est l’œuvre du cabinet Raëd Abillama Architects, reconnu et primé, qui a su concevoir un espace polyvalent capable d’accueillir aussi bien des expositions que des événements culturels. Dans son approche conceptuelle, Raëd Abillama s’est inspiré des plans originaux de Pierre Leprince-Ringuet et d’Antoine Nahas, architectes du Musée national, lequel devait initialement comprendre deux ailes reliées au bâtiment principal. Seule l’aile gauche avait été construite. Abillama a donc réalisé l’aile droite comme une extension naturelle du bâtiment principal, en utilisant les mêmes matériaux et en s’appuyant sur les plans historiques du Musée. Cette nouvelle aile est reliée au Musée par le couloir de l’émir Maurice Chéhab, en hommage à celui qui avait contribué à sauver le Musée durant la guerre. C’est l’architecte d’intérieur libanais Jean-Louis Mainguy qui eut l’idée de lui donner ce nom, en reconnaissance du rôle déterminant joué par l’émir dans la protection du patrimoine national. Les débuts La première exposition accueillie par le Pavillon Nuhad Es-Said pour la culture fut « Portes et Passages », fruit d’une collaboration étroite entre la Fondation nationale du patrimoine, le BeMA (Beirut Museum of Art) et le comité en charge du pavillon. Actuellement, le pavillon abrite deux expositions : • From Venice to Beirut. The World in the Image of Man – The Pavilion of Lebanon at the Biennale Arte 2022 • Impressions of Paradise L’histoire du Musée national de Beyrouth et de son annexe, le Pavillon Nuhad Es-Said, apporte une nouvelle fois la preuve — s’il en fallait encore une — que le Liban ne survit que grâce à l’initiative, à la passion et à la détermination d’hommes et de femmes engagés.

Sur la route des gardiens de la mémoire
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Micha Moussallem
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janv. 2, 2026 - 14:11

Au Moyen-Orient, les musées ne sont pas de simples écrins de pierre pour protéger des chefs-d’œuvre possiblement en péril. Ce sont des lieux où se rejouent la mémoire, l’identité, le soft power et, par extension et dans une certaine mesure, les rapports de force symboliques entre les États. Certains des pays du Levant, bien qu’étant les berceaux des plus grandes civilisations de l’Antiquité, sont secoués par les guerres, les révolutions et les recompositions géopolitiques. Dans ces pays, chaque vitrine de musée, chaque œuvre restaurée devient un symbole politique, un acte de résilience nationale. Les musées y constituent une ancre à laquelle se rattachent les peuples en quête d’identité et d’une lecture unique de leur propre histoire. Pour les pays du Golfe les enjeux sont différents. L’art en général, et les musées en particulier, sont certes des gardiens de la mémoire et des traditions, mais ils sont aussi des outils de soft power et servent à améliorer la qualité de vie des habitants. La culture y est considérée comme un enjeu majeur de l’évolution et de l’avenir de ces pays, d’où un foisonnement de projets culturels et de nouveaux musées à la pointe de la technologie muséale. Un voyage, virtuel, à travers certains musées des pays du Moyen-Orient, est un voyage fabuleux couvrant 7000 ans d'histoire, incluant des musées résolument tournés vers l’avenir. Entre les deux, pas de rupture ni d’opposition mais un pont entre un passé glorieux et un futur pensé et construit pour les 100 ans à venir. Ne pouvant présenter tous les musées de la région, nous avons simplement choisi quelques-uns qui nous semblaient typiques de la réalité muséale actuelle. Le Musée national de Beyrouth Nous avons entamé notre voyage par Le Musée National de Beyrouth qui illustre parfaitement la fragilité et la résilience des pays du Levant. Né dans les années 1940 comme un projet émanant d’un jeune État indépendant, il s’est retrouvé quelques décennies plus tard au cœur de la guerre, momifié derrière des murs de béton et des blocs de ciment. Sa reconstruction progressive, à partir des années 1990, a mis en scène la volonté d’un pays éclaté de se raccrocher à son histoire et de tenter une relecture de sa réalité autrement que par le chaos. Le Grand Musée Égyptien À l’autre extrémité du spectre, en Égypte, se trouve le Grand Musée Égyptien ou GEM. Il symbolise l’ambition monumentale d’un État qui veut montrer sa puissance à travers son patrimoine. Pensé comme l’un des plus grands musées archéologiques du monde, digne voisin des pyramides, il se veut comme un projet contemporain de rayonnement culturel et touristique. Derrière les façades du GEM, l’État égyptien capitalise sur sept millénaires d’histoire pour consolider son tourisme et son économie. Le Musée National d’Iraq Plus à l’est, le Musée National d’Iraq raconte une tout autre histoire : celle d’un patrimoine pris en otage par les guerres et le pillage. Il incarne à la fois la violence infligée à la mémoire irakienne et la ténacité de ceux qui s’acharnent à reconstituer les trésors du musée, éparpillés dans les marchés noirs, les collections privées et les réserves des musées occidentaux. Le Louvre Abou Dhabi L’histoire du Louvre Abou Dhabi est différente. Elle s’inscrit plutôt dans une stratégie culturelle des pays du Golfe qui fait de la péninsule arabique un nouveau laboratoire de diplomatie culturelle par les arts, de dialogue entre les civilisations, de soft power et de rivalités symboliques régionales pour le plus grand bien de leurs concitoyens. En important un « nom » muséal comme celui du Louvre et en construisant leurs propres institutions emblématiques, Abou Dhabi et les pays du Golfe en général, se positionnent comme un carrefour artistique entre l’Europe, l’Asie et l’Afrique. Il s’agit pour ces pays de proposer de nouveaux récits croisés, de redéfinir les circulations des œuvres, mais aussi de rivaliser avec les capitales mondiales et régionales de l’art et de la culture. En conclusion, en suivant ce fil conducteur du Levant au Golfe, nous vous proposons un survol de ces cinq musées comme on lirait un palimpseste, c’est-à-dire en dépliant un à un les strates d’histoire, d’idéologie, d’architecture, de pouvoir et d’économie qui s’y superposent. Ces institutions disent, chacune à leur manière, comment les sociétés de la région se regardent, se racontent et se projettent dans l’avenir. Prochain article : Le Pavillon Nouhad Es-Saïd pour la Culture Lire sur le même thème Le Musée national de Beyrouth, contre vents et marées