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Rabih Dandachli

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La modération libanaise a besoin d’un projet
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Rabih Dandachli
Published
oct. 8, 2026 - 03:14

Au Liban, on fait appel à la modération chaque fois que le pays approche de l’explosion, puis sa présence recule dès que commence le partage du pouvoir. On demande aux modérés d’apaiser les esprits, d’arrondir les angles et de maintenir ouvertes les portes du dialogue, tandis qu’on laisse aux forces les plus capables de bloquer le système le soin de fixer les conditions du compromis. En ce sens, la modération se voit confier un rôle dans la contention des crises, sans disposer nécessairement de la capacité de modifier les conditions qui les produisent. C’est là que réside sa crise fondamentale. Une modération qui se contente d’empêcher le pire reste soumise à l’agenda des autres. Elle attend l’escalade pour appeler à l’apaisement, le blocage pour chercher une issue, la division pour proposer un espace commun. Ces rôles peuvent être nécessaires dans les moments de danger, mais ils ne suffisent pas à construire un avenir. Le Liban a besoin d’une modération qui ait une conception du gouvernement, qui sache prendre l’initiative, affronter les difficultés et s’organiser, et qui puisse expliquer aux citoyens ce qui changera dans leur vie s’ils lui accordent leur confiance.

Le pouvoir passe, la patrie reste
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Rabih Dandachli
Published
sept. 21, 2026 - 22:48

Le retour d’Assala Nasri à Damas, après une absence de près de seize ans, n’était pas simplement celui d’une artiste sur une scène dont elle avait été longtemps éloignée. Il y avait dans cette image quelque chose qui dépassait la musique et la nostalgie. Comme si les années séparant son dernier concert à Damas de son retour devant son public se résumaient soudain à une seule question: qui est véritablement resté avec la Syrie, et qui était avec le pouvoir qui la gouvernait? Assala avait rompu avec la scène officielle syrienne lorsqu’elle avait choisi, dès 2011, de s’opposer au régime de Bachar el-Assad et de soutenir le mouvement de protestation. Ce choix lui valut une longue rupture avec les institutions officielles syriennes et son absence des scènes de son pays. Lorsqu’elle est revenue à Damas après le changement de régime, elle n’était donc pas une artiste qui redécouvrait sa patrie parce que le pouvoir avait changé. Elle était une artiste qui, durant toutes ces années d’absence, n’avait cessé d’affirmer que son différend était avec le régime, non avec la Syrie.

«L’État, c’est moi»: quand les nations se résument à des hommes
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Rabih Dandachli
Published
sept. 8, 2026 - 19:31

On attribue au roi de France Louis XIV, le «Roi-Soleil», l’une des phrases les plus célèbres de l’histoire politique: «L’État, c’est moi». Bien que les historiens doutent qu’il l’ait prononcée littéralement, la formule est restée parce qu’elle résumait toute une philosophie du pouvoir: le souverain et l’État deviennent deux images d’une même réalité, toute opposition à ses décisions devient une opposition à la nation, et la force des institutions se mesure à leur degré de soumission à sa volonté. Le problème de la France sous Louis XIV n’était pas que son roi était faible. Au contraire, la France était l’une des plus grandes puissances européennes, et son souverain l’un des plus puissants de son époque. Mais la puissance de l’État se trouvait de plus en plus liée à la centralisation de la décision et à la personne du monarque, tandis que les guerres, les dépenses, les inégalités sociales et les déséquilibres des finances publiques accumulaient des coûts que les générations suivantes allaient devoir payer.

«Tous les chemins mènent à Rome»...
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Rabih Dandachli
Published
août 17, 2026 - 19:48

L’expression «Tous les chemins mènent à Rome» est l’une des plus célèbres de l’histoire politique et des civilisations. Loin d’être uniquement une métaphore littéraire, elle décrivait une réalité de l’Empire romain, qui avait construit un vaste réseau routier faisant de Rome son centre politique, militaire et économique, de sorte que les principales routes y aboutissaient. À partir du Moyen Âge, l’expression devint un proverbe signifiant que la diversité des moyens ne change pas nécessairement l’issue finale et que des chemins différents peuvent conduire au même destin. Le Liban offre peut-être aujourd’hui une illustration politique contemporaine de cette formule. Depuis la fin de la dernière guerre, les discours et les slogans se sont multipliés, tout comme les options avancées. Mais une seule question demeure: le Liban dispose-t-il réellement de plusieurs choix stratégiques, ou bien tous finissent-ils, d’une manière ou d’une autre, par conduire à la table des négociations?

Guerres iraniennes: qui paiera le prix?
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Rabih Dandachli
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juil. 25, 2026 - 15:31

L’affrontement qui secoue aujourd’hui la région ne constitue plus simplement un nouveau chapitre du conflit entre l’Iran et ses adversaires, pas plus qu’il ne saurait être réduit à la confrontation entre Téhéran, les États-Unis et Israël. Les développements récents révèlent une réalité qui dépasse le cadre même de la guerre. Ils posent une question plus fondamentale: celle de la configuration de l’ordre régional qui émergera de cette confrontation, de la place qu’y occupera l’Iran et de l’avenir du réseau de groupes armés grâce auquel Téhéran a bâti une part essentielle de son influence dans le monde arabe.

Hors de Beyrouth… mais vers où?
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Rabih Dandachli
Published
juin 18, 2026 - 18:11

Dans un pays qui subit un effondrement économique sans précédent, une crise financière persistante et une infrastructure en délabrement progressif, la résurrection de l'aéroport de Kleyaat dans le nord du Liban ressemble à un projet qui porte en lui autant d'ambitions que de questions. Mais au-delà de l'enthousiasme politique et médiatique qui a accompagné cette initiative, une interrogation plus fondamentale s'impose: Kleyaat représente-t-il véritablement l'option la plus viable pour le Liban, ou le débat réel autour d'un second aéroport dans le pays n'a-t-il pas encore été ouvert? Il ne s'agit pas ici de s'opposer au projet en tant que tel. Car disposer d'un second aéroport au Liban n'est plus un luxe, mais une nécessité nationale, sécuritaire et économique. L'expérience des dernières années a révélé avec éclat à quel point la dépendance à un seul aéroport expose le pays, que ce soit en temps de guerre, de crises sécuritaires ou face aux pressions opérationnelles croissantes qui pèsent sur l'aéroport de Beyrouth. Le principe fait presque l'unanimité. C'est à une autre question que le désaccord commence : pourquoi Kleyaat ? Et pourquoi maintenant?

Des villes puissantes… des récits plus puissants encore
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Rabih Dandachli
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mai 12, 2026 - 18:36

L'influence au Moyen-Orient ne se mesure plus à la seule capacité des États à imposer leur domination militaire ou politique ; elle tient désormais à leur aptitude à édifier des villes attractives et à formuler des récits convaincants. Dans ce mouvement, des villes comme Riyad, Dubaï et Doha s'imposent comme de nouveaux centres de gravité, tandis que reculent les États incapables de produire une ville véritablement agissante ou un discours cohérent. Entre économie et médias, un modèle de gouvernance inédit prend forme, qui pose une question fondamentale : qui gouverne réellement ? Dans ce contexte, la ville a cessé d'être un simple espace urbain ou un centre administratif pour devenir un instrument politique à part entière. Sa montée en puissance ne saurait se comprendre par le seul prisme de la croissance économique ; elle renvoie à quelque chose de plus profond, à une redéfinition de la puissance elle-même. Les villes ne se construisent plus seulement pour accueillir des populations, mais pour servir de plateformes d'influence transfrontalières, capables d'attirer les investissements, de capter les compétences et d'affirmer leur présence dans l'économie mondiale. Ce sont des villes qui rivalisent avec des États, qui se présentent comme des modèles de stabilité et d'ouverture dans une région longtemps associée aux conflits et à l'incertitude. En ce sens, la ville devient la vitrine de l'État, voire son substitut dans certains contextes, où le succès se juge à la capacité d'attraction plutôt qu'à celle de domination, à la production plutôt qu'au discours.

Comment l'État s'est mué en intermédiaire…
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Rabih Dandachli
Published
avr. 21, 2026 - 20:24

L'accès à l'État au Liban n'emprunte plus le chemin direct qu'il devrait logiquement prendre dans tout système politique moderne. Le rapport qui devrait reposer sur des droits clairement définis et des obligations mutuellement consenties s'est mué progressivement en un réseau complexe de voies informelles, où le citoyen ne traite plus directement avec l'État, mais avec celui qui lui en «ouvre l'accès». Mais la mutation ne s'est pas arrêtée là, puisque l'intermédiation a cessé d'être un simple pont jeté entre le citoyen et l'État pour devenir, dans bien des cas, un substitut intégral à celui-ci, à travers l'édification de dispositifs parallèles qui reproduisent l'État en dehors de lui.