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Enorme explosion provoquée par une frappe israélienne sur une localité proche de Al-Mansouri, au sud du Liban. (AFP)
L'Essentiel de la semaine
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Par LevantTime .
Publié sept. 6, 2026 - 23:27
Alors que les États-Unis semblaient avoir opté pour la seule guerre économique contre l’Iran, l’armée américaine a brusquement mené mardi des frappes contre le territoire iranien en riposte à des attaques visant des pétroliers, entraînant une spirale de violence au cours de la semaine. Au Liban, Israël a libéré plusieurs civils détenus dans ses prisons, tandis que son armée investissait la colline stratégique d’Ali el-Taher et poursuivait ses frappes massives dans la zone qu’elle contrôle au sud du pays. La semaine du 31 août au 6 septembre aura été marquée par une nette accélération des événements au Moyen-Orient, alors que la précédente semblait placée sous le signe de l’immobilisme. Sur le front iranien, dès mardi soir, l’armée américaine a mené des frappes ciblées en territoire iranien, les premières depuis près d’un mois. Cette capture d’écran, réalisée le 6 septembre 2026 à partir d’images vidéo non datées diffusées le même jour par le Commandement central américain, montre ce que le Centcom présente comme l’un des pétroliers iraniens qu’il a détruits en riposte à des tentatives d’attaques de missiles contre des navires militaires. (Centcom via AFP) Toutefois, leur rythme relativement limité donne l’impression que l’administration américaine a opté pour une escalade qui demeure contrôlée, tout en poursuivant son blocus et ses pressions économiques contre Téhéran. Malgré tout, la tension n’a cessé de croître au fil de la semaine. Des explosions ont été entendues samedi sur l’île hautement stratégique de Kharg, par laquelle transite la majeure partie du pétrole iranien. Le président américain Donald Trump a, de son côté, menacé de frapper le site nucléaire de Kuh-e Kolang — « montagne de la pioche » en persan, ou Pickaxe Mountain —, une installation très fortifiée située à une grande profondeur, non loin de Natanz, principal site d’enrichissement d’uranium en Iran. Plus tôt dans la semaine, il avait consacré l’équation du « pétrolier contre pétrolier », promettant de cibler un navire iranien chaque fois que les Gardiens de la révolution frapperaient un pétrolier dans le détroit d’Ormuz. C’est précisément ce qu’a fait l’armée américaine samedi, en incendiant deux navires iraniens. Sur le plan politique, Donald Trump a encore durci le ton envers Téhéran. Après avoir affirmé, dans une interview, que les pourparlers étaient définitivement gelés « parce qu’un accord avec eux ne vaut pas le papier sur lequel il est écrit », il a estimé samedi que le « conflit » avec l’Iran n’était pas une « guerre », mais « quelque chose de banal » pour les États-Unis. Une manière de jouer avec les nerfs des Iraniens tout en rassurant son opinion publique à l’approche des élections de mi-mandat. Un port, ainsi que des installations de stockage et des entrepôts ont été endommagés après une frappe militaire américaine menée dans la province méridionale iranienne d’Hormozgan, qui jouxte le détroit du même nom, le 6 septembre 2026. (AFP) Dans le même temps, le média américain Axios a publié samedi un rapport laissant entendre que les États-Unis se projettent déjà au-delà de ce conflit, commencé le 28 février. Le site affirme, en citant des responsables américains et d’autres sources informées, que l’administration Trump élabore une stratégie plus large pour le Moyen-Orient de l’après-guerre. Celle-ci reposerait sur la mise en place d’un alignement régional destiné à contenir l’Iran, à mettre un terme aux répercussions régionales des attaques du 7 octobre 2023 menées par le Hamas à Gaza et à élargir le cercle de la normalisation entre Israël et les pays de la région. La menace visant Kuh-e Kolang, qui marque la réémergence du dossier nucléaire iranien, fait écho à une annonce de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), qui a déploré, le 1er septembre, que l’Iran n’ait pas rouvert ses sites à ses inspecteurs après les frappes de mai 2025. Rappelons que, malgré l’ampleur de l’offensive israélo-américaine contre les sites iraniens, il est quasi certain que le stock d’uranium enrichi demeure intact et a été placé en lieu sûr par les autorités iraniennes, qui restent attachées à ce qu’elles considèrent comme leur droit au développement d’un programme nucléaire. À la suite de l’annonce de l’AIEA, les États-Unis, mais aussi la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne ont fait part de leur intention de présenter une résolution au Conseil de sécurité de l’ONU condamnant le non-respect par l’Iran de ses engagements en matière de non-prolifération nucléaire. Une unité affichée qui tranche avec le froid qui règne entre Washington et ses alliés européens depuis le début du conflit. De leur côté, les Iraniens semblent continuer à faire face aux bouleversements de la même manière : en frappant plusieurs pays voisins, notamment le Koweït, les Émirats arabes unis et la Jordanie, sans pour autant s’attaquer directement à Israël. Frappes massives au Liban-Sud Sur le front libanais, Israël intensifie ses opérations de destruction dans les villages du Sud, allant jusqu’à utiliser, dans certains cas, des barils d’explosifs. Le président libanais Joseph Aoun a exhorté Washington et la communauté internationale à « faire cesser » les attaques israéliennes sur le territoire libanais, qui ont fait sept morts dimanche sur fond de trêve fragile. Les bombardements ont touché différentes localités de la région de Nabatiyé. Vingt personnes ont également été blessées, parmi lesquelles des enfants, selon le ministère de la Santé. Une frappe a par ailleurs détruit l’ancien hôpital Ghandour, hors service depuis des années. Libération de détenus et prise d’Ali el-Taher Mais l’événement majeur de la semaine dans le Sud a été la prise, par les Israéliens, de la colline stratégique d’Ali el-Taher, dans la région de Nabatiyé. Le site constituait un important quartier général du Hezbollah, formé d’un vaste enchevêtrement de tunnels, d’où opéraient des combattants du parti chiite mais aussi, selon certaines informations, des combattants iraniens. Jeudi soir, les Israéliens ont annoncé avoir pris le contrôle du complexe. Dimanche, le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a déclaré que des tunnels devaient encore être dynamités. Ce « succès » militaire n’était peut-être pas une surprise après des semaines de bombardements, mais la réaction du Hezbollah l’a été davantage. Après avoir longtemps assuré qu’il refuserait de céder cette colline stratégique — tout comme les Iraniens, qui avaient eux aussi menacé d’intervenir —, le parti chiite a fini par minimiser l’impact de ce développement par l’intermédiaire de ses médias et de ses relais, sans toutefois confirmer officiellement la perte du site, qu’il avait refusé de préserver en le remettant à l’armée libanaise. L’autre surprise majeure de la semaine a été la libération, par Israël, de cinq civils libanais et syriens détenus dans ses prisons. Cette mesure est intervenue à la suite d’une visite à Tel-Aviv de l’ambassadeur des États-Unis au Liban, Michel Issa. Selon le bureau du Premier ministre israélien, l’annonce de jeudi « fait suite aux efforts déployés par Israël et le Liban pour localiser et rapatrier les dépouilles des dirigeants de la communauté juive qui avaient été enlevés et tués au Liban » entre 1984 et 1986. Là encore, la réaction du Hezbollah interpelle. Tout en considérant la mesure positive mais insuffisante, le parti s’en est une nouvelle fois pris aux autorités libanaises, les accusant de « soumission à l’ennemi » et les tenant pour « responsables » du désastre au Sud. Il les a même mises en garde contre « les conflits internes ». Les revers militaires du parti pourraient-ils l’inciter à se retourner davantage contre la scène intérieure? Enfin, l’armée israélienne a fait dimanche une déclaration importante en annonçant envisager de réduire sa zone d’occupation au Liban-Sud, en passant de l’actuelle « zone jaune » à une « zone grise ». Une telle évolution traduirait, selon cette lecture, une diminution de la menace représentée par le Hezbollah. La mesure n’a toutefois pas encore été approuvée par le leadership politique israélien. Le Yémen et la Palestine La semaine a également été particulièrement tendue au Yémen, où les affrontements entre les rebelles houthis et les forces gouvernementales n’ont cessé de s’intensifier, jusqu’à un samedi particulièrement meurtrier qui a fait plus de 60 morts en une seule journée, portant à environ 200 le nombre de victimes depuis jeudi. L’offensive des Houthis vise notamment à prendre le contrôle de certaines zones bordant le passage de Bab el-Mandeb, ce qui donnerait à cet allié de l’Iran un ascendant supplémentaire sur un autre verrou stratégique majeur, après le détroit d’Ormuz. En Palestine, des propos particulièrement inquiétants d’Israël Katz sur Gaza ont marqué la semaine. Celui-ci a affirmé, sans fournir de preuves, que la plupart des habitants de la bande souhaitaient la quitter, soulignant qu’Israël était « prêt à une telle évacuation » de masse. De quoi laisser penser que le calvaire des Gazaouis est loin d’être terminé. Enfin, notons que l’AIEA a annoncé, le 1er septembre, que des infrastructures découvertes à Deir el-Zor, en Syrie, indiquent que l’ancien régime de Bachar al-Assad préparait secrètement un programme nucléaire avancé susceptible d’aboutir à la fabrication d’une arme atomique avec l’aide d’experts nord-coréens.
Hommage
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Par Michel Hajji Georgiou - Publié sept. 6, 2026 - 13:31
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Le joueur argentin, qui a mis fin à sa carrière internationale le 31 août 2026, n’était rien moins qu’un prestidigitateur des stades. Son parcours, fait de prodiges, de chutes et de rédemption, dit peut-être quelque chose de notre besoin intact d’enchantement dans un monde qui prétend pourtant s’en être défait. Annoncée quelques semaines après la finale de Coupe du monde 2026 perdue contre l’Espagne, la retraite internationale de Lionel Messi n’a pas été sans provoquer une émotion dont il est difficile de trouver beaucoup d’équivalents dans l’histoire récente du football. Il faudrait sans doute remonter à Maradona, ou encore à Cruyff ou Pelé, pour retrouver cette sensation qu’avec le retrait d’un joueur disparaît quelque chose qui excède très largement le sport lui-même, comme si une certaine manière d’habiter le football, sinon même d’y croire, arrivait, elle aussi, à son terme. Loin des glacis de la raison Las des interminables statistiques et des insupportables querelles, fastidieuses et stériles, autour de «qui est le meilleur de tous les temps». L’auteur de ces lignes n’a jamais été un fanatique de ballon rond, ni des classements verticaux ou d’une hiérarchie du mérite en général, et, partant, apprécie le talent de chaque joueur avec le même regard émerveillé d’un enfant de 11 ans. Du reste, cette obsession particulièrement contemporaine des chiffres gâche tout le plaisir du spectacle. Et pour cause: la démarche qui consiste à additionner les buts, les passes décisives, les Ballons d’or, les Ligues des champions, les Copa América, les Coupes du monde… ne peut être que réductrice. Elle n’est pas sans évoquer, sur un autre registre, la critique développée par le philosophe germano-américain Eric Voegelin de la tentation gnostique moderne: celle d’un savoir persuadé de pouvoir enfermer la réalité dans un système et abolir ce qui lui résiste. Les records sont probablement un indicateur du génie de Lionel Messi. Mais tant d’autres grands joueurs qui ont fait vibrer les stades et les cœurs, qui n’ont pas réalisé la moitié de ses exploits, restent pourtant éternels dans les mémoires. Ce qui les a rendus véritablement singuliers se trouve ailleurs, loin des glacis de la raison. Quelque chose d’autre s’est joué autour d’eux. Quelque chose qui relève d’un certain sens profond de la transcendance, que l’entendement ne saurait pleinement saisir. C’est le cas de Lionel Messi pendant plus de vingt ans, depuis le jour où, sous les regards de «l’icône» Diego Maradona, il faisait sa toute première entrée, en juin 2006, dans l’arène de la Coupe du monde sous les couleurs de l’Albiceleste contre la Serbie-Monténégro. Or cet élément indicible qui fait le génie de Messi, comme pour d’autres, touche peut-être à l’un des paradoxes les plus curieux de la modernité: la persistance de la magie dans un monde qui s’est précisément construit contre elle. Le monde désenchanté Max Weber parlait du désenchantement du monde pour désigner ce lent processus par lequel la modernité occidentale avait progressivement soumis l’existence à la rationalisation, au calcul, à la prévisibilité et à l’explication causale. Le monde ne devait plus être parcouru de puissances obscures, de signes, d’interventions surnaturelles ou de volontés invisibles; il devait, au moins en principe, devenir intelligible. Malheureusement, le sport moderne, et plus largement le monde moderne hérité de la globalisation, s’inscrit parfaitement dans cette dynamique. Le football d’aujourd’hui, et pas seulement le football, est en effet probablement l’un des objets les plus quantifiés qui soient. Le moindre geste est mesuré, et tout est soigneusement calculé et modélisé. Des mathématiques à l’intelligence artificielle, le talent brut dépend désormais davantage de la science que de l’enchantement. C’est ce qu’il y a d’humain, dans son rapport spontané, voire sauvage, avec l’invisible issu du cœur, qui disparaît sous nos yeux, au profit de la quadrature de la VAR. C’est, quelque part, le meurtre du sport au nom de plus de rigueur et d’équité… quand bien même l’euthanasie de cette part de spontané sublime finit par provoquer elle-même des injustices flagrantes. Il suffit, pour s’en assurer, de revenir sur certaines décisions controversées du Mondial 2026. Paradoxe des paradoxes, Lionel Messi est lui-même, à l’origine, un enfant de cette modernité technique, à laquelle il doit certainement une partie de sa carrière exceptionnelle. Son corps, trop petit pour les standards attendus, a été corrigé par un traitement hormonal. Détecté très tôt, son talent a été pris en charge par une institution qui a organisé sa formation, son alimentation, son développement physique et son intégration dans une machine sportive déjà mondialisée. Rien, en apparence, ne pouvait être plus éloigné du vieux récit héroïque. L’histoire ressemble davantage, de prime abord, aux dystopies du genre de Gattaca plutôt qu’à celui des mythes et récits messianiques. Pourtant, ce vieux récit est bel et bien revenu, et même avec une insistance presque embarrassante. Depuis les débuts de sa carrière, Lionel Messi a été passé au microscope. Mais plus l’on s’acharnait à l’expliquer et à le démystifier, moins on réussissait à dissiper entièrement l’impression produite par certains de ses gestes. L’homme n’arrive simplement pas à être circonscrit et réduit à l’accumulation de données. À l’âge où la plupart des grands joueurs rentrent dans l’ombre, il continue de surprendre. De stupéfier, même, en apportant au sport cette part d’insensé qui échappe à l’hypersystématisation, quasi robotique, du monde. C’est probablement là qu’il faut chercher cet ailleurs qui caractérise Messi. Dans une survivance de la magie à un moment où même les lieux qui permettaient l’expression positive d’une humanité faite de chair et de sang se retrouvent progressivement «disciplinés» par cet attrait hypnotique pour une nouvelle gnose puritaine au nom de la modernité. Le Messie fabriqué par la machine Bien qu’issu, en quelque sorte, de la machine matricielle, Lionel Messi constitue en lui-même une remise en question de ce modèle de prêt-à-porter. Une sorte d’alter ego du Neo de Matrix jeté dans une simulation régie par des paramètres qui prétendent tout calculer. La destinée de l’Argentin a en effet progressivement pris, presque malgré lui, la forme d’un récit messianique. Le calembour sur son nom serait trop facile s’il n’avait pas été constamment relancé par sa propre histoire: celle de l’enfant fragile, auquel le corps semble vouloir refuser l’accomplissement auquel son talent le destine. Puis celle de l’exil très jeune vers Barcelone, de l’adoption par une ville étrangère, de l’ascension presque irréelle, de la reconnaissance mondiale, et ensuite de cette étrange difficulté à être reconnu par les siens… Car, pendant longtemps, l’Argentine a entretenu une relation de hainamoration avec son enfant prodigue. Qu’importaient ses résultats, son talent, sa brillance… il lui fallait répondre à une seule question, impitoyable: pourquoi n’était-il pas Maradona? Certes, la comparaison était inévitable, mais elle était aussi profondément injuste. Tout séparait les deux hommes dans leur manière d’être au monde. Maradona portait l’Argentine avec tout ce qu’elle pouvait avoir de passionnel, de contradictoire, d’excessif et de théâtral. Il parlait, provoquait, se battait, tombait, revenait, mêlait au football sa vie privée, ses colères, ses engagements politiques… jusqu’à sa propre destruction. Son corps lui-même semblait devenir l’un des lieux où se jouaient les contradictions de son pays. Maradona était l’incarnation même de ce que le monde attendait du football: une âme rebelle, poussant parfois le jeu jusqu’à l’immoralité, mais dans une forme de gigantomachie du football. Maradona était épique. Et, surtout, il avait placé son pays au firmament du football en 1986. Messi, lui, ne donnait rien de tout cela. Il était silencieux, parfois presque absent du récit que les autres construisaient autour de lui, absence qui fut longtemps interprétée comme un défaut. Presque effacé, sans personnalité. C’est d’ailleurs ce que lui reprochèrent les deux géants Maradona et Pelé: manquer de leadership, être trop lisse. Une sorte de bébé-éprouvette miracle des stades. On reprochait aussi à l’enfant de Rosario de ne pas chanter suffisamment l’hymne, de ne pas être assez argentin, d’avoir été «fabriqué» par Barcelone, puis naturellement de ne pas gagner avec la sélection ce qu’il gagnait presque continuellement avec son club. La prophétie inachevée La finale du Mondial 2014 perdue de manière dramatique contre l’Allemagne, puis celles des Copa América 2015 et 2016, avaient progressivement transformé ce soupçon en accusation. Lorsqu’il manqua son tir au but contre le Chili en 2016 et annonça ensuite qu’il renonçait à la sélection, il était pourtant déjà l’un des plus grands joueurs de l’histoire du football. Mais son récit restait étrangement inachevé. Le sentiment d’inachèvement ne concernait pourtant guère son palmarès. Plutôt cette nécessité quasi archaïque continuellement imposée aux héros modernes: parachever leur parcours initiatique. Sous les couleurs argentines, Messi brillait, puis chutait lourdement. Mais il ne se relevait pas. Il n’accomplissait pas la prophétie. Et, aux yeux de son peuple, cela renforçait le sentiment de hainamoration: un dieu déchu reste un dieu, malgré tout. Mais avec, en prime, ce qui est, aux yeux de ses adorateurs, un substrat d’humanité insupportable et, partant, parfaitement haïssable: ses tares, ses faiblesses. Les Argentins aimaient Maradona malgré sa déchéance spectaculaire et son humanité faillie. Mais c’est parce qu’il avait «mérité» cette déchéance, qu’elle était, quelque part, devenue acceptable après Mexico 1986. Messi, lui, n’avait pas encore le droit de chuter, parce qu’il n’avait pas encore atteint le sommet. Non, la prophétie n’était pas accomplie. Elle tournait même à la caricature. Messi revint donc. Mais il dut attendre encore sa rédemption. Il fallut la Copa América 2021, au Maracanã, pour que cette relation faite de soupçon, d’attente et de déception avec son public et son peuple commence véritablement à changer. Et il fallut surtout le Mondial 2022 pour que l’histoire acquière cette forme presque trop parfaite que personne n’aurait osé écrire sans paraître céder à une facilité scénaristique. Fait étrange, Maradona était mort en 2020. C’est comme si une sorte de malédiction nationale oppressante avait été levée. En même temps, le peuple argentin avait besoin d’une figure paternelle de substitution, et la pression ne s’en retrouvait que redoublée. Mais peut-être mêlée d’un peu de tendresse, cette fois? Ce qui s’est produit au Qatar en 2022 est d’autant plus intéressant que Messi lui-même y apparaît légèrement différent. Il proteste davantage, répond aux provocations, s’emporte, parle avec une violence dont on ne le croyait guère capable et laisse même échapper ce «¿Qué mirás, bobo?» face aux Néerlandais qui amuse l’Argentine. Buenos Aires y découvre enfin, avec retard, ce qu’elle avait toujours attendu de lui. Un peu de Maradona dans beaucoup de Messi. Mais Messi ne devient pas pour autant Maradona. Et c’est peut-être précisément là que se produit la véritable réconciliation: l’Argentine cesse de lui demander de l’être. À partir de 2022, Messi n’a plus besoin d’incarner un autre modèle du génie national. Il peut enfin devenir, pour son pays aussi, ce qu’il avait été partout ailleurs: Messi. Simplement. L’acte final de la prophétie Certes, le triomphe de 2022 aurait pu constituer une fin parfaite. Mais, comme pour Maradona, l’acte final de la prophétie héroïque est la chute. Personne n’attendait plus vraiment quelque chose d’exceptionnel de Messi en 2026. À 39 ans, l’on considérait largement qu’il faisait partie des «héros fatigués». La chute du Capitole avait eu lieu avec l’épisode amer de son départ du FC Barcelone et sa mésaventure au PSG. Il n’évoluait plus qu’en ligue américaine, sous les couleurs de Miami… à la périphérie du monde du football, dans les terres lointaines du soccer. Et la nouvelle génération était déjà là, prête à envoyer les ancêtres à Bicêtre. Pourtant, ce Mondial de 2026, qui paraissait devoir n’être qu’un épilogue, se transforma en un dernier coup d’éclat sensationnel. L’Argentine atteignit encore la finale, avec un Messi redevenu à 39 ans son «leader historique» et son recours dans les moments décisifs, accomplissant quelque chose qui n’était pas sans rappeler ce que Roberto Baggio avait réalisé pour l’Italie en 1994, à… 27 ans: le deus ex machina continuel. Baggio échoua aux portes du triomphe contre le Brésil, après avoir pratiquement porté l’Italie jusqu’à Pasadena. Son penalty envoyé au-dessus de la transversale devait laisser l’une des images les plus cruelles de l’histoire des Coupes du monde: celle d’un homme immobile, la tête basse, les mains sur les hanches, tandis que le Brésil célébrait sa victoire. Celui qui était «mort debout». Le lutin italien n’avait jamais connu l’apothéose. Mais cette mort symbolique, loin d’effacer son tournoi, finit elle aussi par entrer dans sa légende. L’histoire fut plus clémente pour Messi, en dépit d’une campagne de haine à son encontre, mêlée d’accusations de triche et de favoritisme, sur fond de décisions arbitrales controversées et d’actes de jeu déloyaux de son équipe, comme elle l’avait été naguère pour Maradona. Plus encore, même. Une finale lors d’un sixième Mondial au bord de la retraite, avec, à la clef, une prestation individuelle hors pair? C’est précisément là ce qu’il y a de magique dans le phénomène Messi, et qui défie la raison et son avalanche de statistiques. Le génie ne peut être enfermé dans une somme de paramètres et de variables. Sa forme physique, même optimale, ne peut pas expliquer à elle seule ce dont le monde entier a été témoin. Et qu’importe si son récit nous rappelle que le héros, tout mythique qu’il fût, ne saurait abolir la sinistre influence de Saturne. Le réenchantement du monde Car, au-delà de la prophétie accomplie, de l’ascension à la chute, avec son lot de bonheurs et de malheurs, l’Argentin a livré au monde un dernier tour de piste qui relève de l’art, sinon de la poésie homérique. Avec le retrait de Lionel Messi de la scène internationale, c’est un peu de la magie du monde qui disparaît… en attendant qu’un autre héros providentiel revienne enchanter les stades. Messi aura incarné, pendant plus de vingt ans, la coexistence de deux mondes que l’on croyait incompatibles: celui de la rationalisation extrême du sport moderne et celui, beaucoup plus ancien, du héros, du signe, de l’attente et de l’enchantement. Lorsque Messi s’en va, quelque chose de cette contradiction apparaît brusquement. D’autres prodiges ont déjà émergé, mais nous découvrons peut-être, au moment même où l’un de ses derniers grands représentants quitte la scène, à quel point nous continuons à avoir besoin de transcendance. Le monde moderne n’a donc probablement pas supprimé l’enchantement. Il n’a fait que le déplacer. Pendant quatre-vingt-dix minutes, cet homme nommé Lionel Messi, qui l’a incarné sur les pelouses, s’en va après avoir tout accompli. Et même plus.
Analyse

Sommes-nous devenus plus stupides?

Ou vivons-nous une transformation de la structure du savoir?
Portrait de l'auteur
Par Mona Fayad - Publié sept. 5, 2026 - 20:01
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La question «Le monde est-il devenu plus stupide?» revient régulièrement dans les débats contemporains sur les médias numériques, les moteurs de recherche et les réseaux sociaux. Elle paraît simple en apparence, mais dissimule une problématique plus profonde, liée à la nature même du savoir: comment est-il produit, comment est-il transmis et comment est-il consommé? Peut-être que la question «Sommes-nous devenus plus stupides?» n’est pas la plus juste. Il faudrait plutôt demander: le savoir se transmet-il encore d’une manière qui permette de le comprendre et de le rendre productif? La majorité de ceux qui lisent reviennent-ils encore aux textes originaux? Ou se tournent-ils vers leurs résumés et vers ce qui en est rapporté à travers ce qui circule entre les lecteurs? L’une des clés permettant de comprendre ce phénomène se trouve dans les travaux du psychologue britannique Frederic Bartlett, qui mena dans les années 1930 une série d’expériences sur ce qu’il appelait la «reproduction sérielle». Dans ces expériences, on demandait à une personne d’écouter une histoire puis de la raconter à une autre, qui la racontait à son tour à une troisième, et ainsi de suite. Les résultats furent frappants: à chaque nouvelle transmission, l’histoire n’était pas reproduite telle quelle, mais reformulée. Certains détails disparaissaient, d’autres étaient amplifiés, d’autres encore remplacés par des éléments correspondant au contexte, à l’expérience et à la culture du destinataire. Lorsque la chaîne atteignait un nombre suffisant de relais, l’histoire originale était devenue quelque chose de tout à fait différent. Ce modèle simple met au jour une vérité fondamentale: la mémoire n’est pas un réceptacle neutre, mais un mécanisme de reconstruction. Et lorsque le savoir passe par de multiples intermédiaires, il n’est pas «conservé», mais «reproduit». C’est ici que commencent à apparaître les ressemblances avec notre monde contemporain, ainsi que la crainte de devenir plus stupides. À l’ère des médias numériques, le savoir ne se transmet plus par l’écoute orale, mais à travers des chaînes de médiation: un article est résumé, puis cité, puis republié sous la forme d’un bref post, avant d’être encore réduit à une phrase ou à un titre. Dans ce contexte, on peut reprendre une image métaphorique apparue dans un texte de presse: celle d’une bibliothèque dont les livres seraient remplacés par des résumés, puis par des résumés de résumés, jusqu’à ce que le lecteur se retrouve face à des couches successives de réduction, dans ce que l’on pourrait appeler la «chaîne du raton laveur», qui ne lit pas l’original mais fouille dans ses restes. Il faut préciser ici que le choix du «raton laveur» n’est pas fortuit. Cette métaphore condense symboliquement une situation cognitive qui tend à s’enraciner. Cet animal, qui vit à la périphérie des villes et fouille dans les poubelles, ne produit pas sa nourriture: il se nourrit des restes de ce que les autres produisent. Malgré son intelligence pratique et son aptitude à démonter, saisir et récupérer les choses, il ne comprend pas véritablement ce qu’il a entre les mains, mais les traite comme des matériaux destinés à un usage immédiat. Ainsi se présente le savoir à l’époque de la réduction en série: des textes sont abrégés, puis abrégés de nouveau, jusqu’à ce qu’il n’en subsiste que des miettes de sens, réorganisées et remises en circulation sans véritable lien avec leur source. À ce stade, nous ne nous sommes pas seulement éloignés de l’original: nous sommes entrés dans une nouvelle phase de production de l’information ou du savoir, où l’acteur cognitif n’est plus un lecteur ou un penseur, mais un ramasseur de fragments de sens qu’il redistribue sous des formes rapidement consommables. La «culture du raton laveur» ne désigne donc pas seulement la superficialité. Elle décrit avec précision la dégradation de la chaîne même du savoir, de la création au résumé, de la compréhension au traitement formel, des idées à ce qui n’est plus que leur trace pâlie. Mais ce phénomène ne peut être compris indépendamment de la structure technique qui le gouverne. C’est ici qu’intervient Marshall McLuhan, qui résumait sa pensée dans la célèbre formule: «Le médium est le message.» Le problème ne réside donc pas seulement dans le contenu, mais dans la forme à travers laquelle ce contenu est transmis. Les médias numériques contemporains ne se contentent pas de transporter l’information: ils la remodèlent selon une logique de vitesse, de condensation et de fragmentation. Le texte long devient impropre à la consommation, tandis que l’idée n’est admise qu’à condition d’être réduite à quelques lignes susceptibles d’être partagées. Cette transformation crée un paradoxe saisissant: nous vivons à une époque où l’accès au savoir n’est plus difficile, mais excessivement facile. Or cette facilité excessive fait apparaître ce que l’on pourrait appeler une «illusion cognitive»: il suffit de lire un court extrait ou un résumé rapide pour avoir le sentiment de posséder l’idée. Mais ce sentiment de maîtrise ne s’accompagne pas nécessairement d’une compréhension profonde ni de la capacité à reconstruire ou à critiquer le savoir. C’est ici qu’apparaissent ceux que l’on pourrait qualifier de «semi-instruits»: des individus qui possèdent les signes du savoir mais non sa structure, son vocabulaire mais non sa logique interne. Le problème se complique encore lorsqu’on l’examine sous l’angle de l’attention. Au lieu de demeurer dans un état de concentration prolongée, comme dans la lecture traditionnelle ou la réflexion soutenue, l’esprit vit désormais sous un bombardement informationnel continu: notifications, vidéos, titres et vagues successives de contenu. Cette situation ne produit pas seulement une dispersion de l’attention, mais la reconfigure selon une logique de saut permanent entre de brèves unités de sens, au lieu d’une construction progressive et cumulative de l’idée. Je me souviens ici d’une anecdote que nous nous racontions autrefois et qui circulait beaucoup au temps des manifestations populaires. Elle illustre bien le mécanisme de réduction et de transformation du contenu. Après l’occupation de la Palestine, de nombreuses manifestations populaires descendirent dans les rues en scandant: «À bas la déclaration Balfour!» La plaisanterie voulait qu’à la fin de la manifestation, le slogan soit devenu: «Qu’un type tombe d’en haut!», les deux formules ayant en arabe une proximité rythmique et sonore. Cette image permet peut-être de mieux saisir ce qui se passe dans le langage quotidien lorsque le savoir devient une série de messages courts répétés collectivement. La manifestation commence par une formule politique précise. Puis, sous l’effet de la répétition, de la fusion collective et du rythme sonore, elle se transforme progressivement en une autre formule, complètement différente. Celle-ci peut conserver le rythme et l’intensité affective de la première, mais elle en perd la signification et le sens originels. Ce qui subsiste n’est plus le sens, mais l’énergie émotionnelle de la formule. On retrouve ici, sous une autre forme, ce qu’avait observé Bartlett: ce qui importe n’est pas seulement ce qui a été dit, mais la manière dont cela a été répété et réinterprété dans un contexte social changeant. Si nous réunissons ces différents fils, nous pouvons dire que ce que nous vivons aujourd’hui relève moins d’un «effondrement de l’intelligence» que d’une transformation des conditions dans lesquelles elle se déploie. L’esprit humain n’a pas radicalement changé, mais l’environnement dans lequel il fonctionne, lui, s’est profondément transformé: nous sommes passés d’un environnement permettant l’accumulation lente à un environnement imposant une reproduction rapide et fragmentée du savoir. Ce changement crée une tension permanente entre deux formes de pensée: une pensée réflexive, qui a besoin de temps, et une pensée rapide, qui exige une réponse immédiate. À cette lumière, la question «Sommes-nous devenus plus stupides?» devient en partie trompeuse. Il serait sans doute plus juste de dire que nous sommes davantage exposés à des conditions qui rendent la pensée profonde moins stable, voire moins possible, et qui rendent le savoir plus vulnérable à la fragmentation et au recyclage. Quant à la stupidité, si le terme est permis, elle n’est peut-être pas une propriété de l’esprit, mais un effet secondaire et une caractéristique de la structure culturelle qui s’est mise en place. C’est une technique qui reconfigure notre rapport au monde. Ainsi, plutôt que d’y voir un déclin des capacités humaines, nous pouvons y voir une transformation de «l’environnement du savoir»: un environnement où il est devenu facile de savoir quelque chose, mais plus difficile de le comprendre véritablement, dans toute sa profondeur.
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L’impasse…
Par
Jawad Pakradouni
Publié

La position actuelle de l’Exécutif libanais n’est certainement pas enviable. Du président de la République et son discours d’investiture, au Premier ministre et son projet gouvernemental. De beaux discours, de belles promesses, une certaine volonté pour les réaliser, une bonne foi (du moins pour le second), mais l’obstacle de la réalité, du terrain, des dissensions, d’une nostalgie, d’un rêve, d’une utopie. D’aucuns reprochent à l’Exécutif son inertie, son incapacité à faire face aux évènements, et lui rappellent la position de Winston Churchill face à Chamberlain, le choix entre le déshonneur et la guerre. Il est facile de critiquer et de transposer les situations. Sauf que la politique du pays du Cèdre n’est pas celle d’un seul homme à l’instar de la Grande Bretagne, mais celle d’un consensus, confessionnel de surcroît. « Il ne peut y avoir deux capitaines sur un même navire » selon le fameux proverbe. Que dire lorsqu’il y en a trois, et qu’il faille prendre en considération l’avis des lieutenants, de la vigie et des mousses avant d’entreprendre n’importe quelle démarche ? L’Exécutif, par l’entremise de Joseph Aoun et de Nawaf Salam, a clairement annoncé sa position s’agissant de la souveraineté du pays. L’impasse se trouve chez le troisième capitaine, et aussi chez le premier qui privilégie le rôle d’équilibriste, un coup de marteau sur le clou et l’autre à côté pour reprendre le proverbe libanais, histoire de ne froisser personne. Mais plaire à tout le monde c’est plaire à n’importe qui, comme le disait Guitry. Contre toute attente, c’est le deuxième capitaine qui est droit dans ses bottes. Nawaf Salam est celui qui a démontré être à la hauteur de ce qu’il avance et de ce qu’il pense. Encore faut-il entreprendre. Pour entreprendre, il lui faut l’aval de tout l’équipage. C’est là le malheur de cette utopie qui s’appelle Liban, ce fameux slogan de 10 452 km², lancé par un homme qui avait à l’époque les pleins pouvoirs, mais qui a voulu les partager pour que tout le monde politique se sente partenaire dans le rétablissement du pays… Probablement le dernier chef d’Etat digne de ce titre. Nawaf Salam pourrait appliquer sa politique, laquelle se heurtera nécessairement à des considérations constitutionnelles, cette fameuse charte qui est constamment violée par toutes les factions politiques au gré de leur volonté. En effet, la logique voudrait que les deux ministres affiliés au Hezbollah soient démis de leurs fonctions, en raison de la réaction de la milice et de ses menaces à peine voilées envers les institutions gouvernementales. Sauf que, ce fameux adverbe « sauf », toute destitution d’un ministre nécessite selon l’article 69-2 de la Constitution l’approbation des deux-tiers du conseil des ministres, quorum qui dans l’état actuel est impossible à réunir, pour des considérations politiques et/ou confessionnelles. Nawaf Salam dans son discours pour l’Eid a cependant lancé une perche: il a demandé l’aide des Etats-Unis pour régler le conflit actuel. Ce conflit qui perdure depuis des années et qui reprend de plus belle. Israël refuse toute négociation tant que le Hezbollah n’est pas désarmé. Le cynisme réside dans le fait que l’Etat hébreu est le plus à même non seulement de savoir mais aussi de comprendre, qu’il est impossible que le Liban puisse désarmer cette milice qui le gangrène depuis plusieurs décennies, malgré l’hécatombe qu’elle a subie en 2024. Cependant, il existe une solution à la résolution définitive de ce problème qui n’est pas seulement local mais régional. Il s’agit d’un chiffre, le sept, et plus précisément le Chapitre VII de la Charte des Nations-Unies. Il faut se rendre à l’évidence : l’Etat libanais est incapable pour des raisons valables ou non, de démanteler le Hezbollah dont les branches militaires et sécuritaires sont désormais considérées comme illégales. A présent que ce point a été (finalement) admis et entériné par le Conseil des ministres le 2 mars 2026, le recours au chapitre VII reste la seule option valide. Ce recours nuit certainement à la souveraineté du pays, encore faut-il qu’il reste un pays après cette guerre. Le silence des pouvoirs publics et l’absence d’exécution des décisions ont donné un blanc-seing de facto à Israël de régler le problème à sa manière : destructions, mort et chaos. S’il est une décision que le président de la République devrait réellement envisager, de concert avec le Premier ministre, c’est bien la demande du chapitre VII. Le constat est très amer : notre Etat est un Etat failli, quand bien même les bonnes intentions et/ou la bonne volonté de certains de ses dirigeants sont réelles. Le Hezbollah a officiellement prêté allégeance au nouveau Guide Suprême, a augmenté ses lancers de missiles après la décision du 2 mars, s’enorgueillit des cyber-attaques contre les sites des différents ministères du pays qui s’opposent à lui, menace ouvertement ses détracteurs de liquidation physique, et l’Etat laisse faire, par peur de mettre le feu aux poudres, alors que l’incendie a déjà brulé la moitié de son édifice. A ce stade, refuser d’agir, ce n’est pas préserver la souveraineté, mais organiser sa disparition. Il n’y a pas de honte à se déclarer incapable d’exécuter une résolution. Au contraire, prendre une décision en se sachant incapable de l’accomplir consiste en une lâcheté avérée, une hypocrisie qui ne fait que mener le pays à sa perte. Selon la psychologue Brené Brown, la vraie force est d’oser demander de l’aide quand on en a besoin. C’est pourquoi, la seule issue viable est de demander assistance, d’invoquer le Chapitre VII. Réclamer un chapitre pour ouvrir une page vierge d’un nouveau livre avant que celui-ci ne soit autodafé. Certes, le Phoenix renait toujours de ses cendres, à condition qu’elles ne soient pas dispersées…

La tempête parfaite
Par
Jacques Mechelany
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Les grandes crises économiques n’arrivent presque jamais sans avertissement. Bien avant que les marchés ne s’effondrent ou que les économies ne se contractent, les signaux d’alerte s’accumulent discrètement sous la surface : les excès financiers se développent, les tensions géopolitiques s’intensifient, les ruptures technologiques s’accélèrent et l’architecture de l’économie mondiale devient de plus en plus fragile. Depuis plusieurs années, nombre de ces signaux sont visibles à travers le monde. Les marchés actions ont atteint des niveaux de valorisation historiquement élevés. La dette publique a atteint des niveaux sans précédent. L’intelligence artificielle transforme les industries à une vitesse vertigineuse. Et les tensions géopolitiques commencent à perturber certaines des artères les plus vitales du commerce et de l’énergie mondiaux. Pris isolément, chacun de ces développements serait gérable. Mais aujourd’hui, ils se produisent simultanément . À travers les marchés financiers, la géopolitique, la technologie et les chaînes d’approvisionnement mondiales, une série de forces structurelles puissantes commencent à converger. Ensemble, elles commencent à former ce qui pourrait de plus en plus ressembler à une tempête parfaite pour l’économie mondiale . Des marchés financiers fragiles Les marchés financiers modernes sont profondément différents de ceux des décennies précédentes. L’expansion rapide de la gestion passive, la prolifération des plateformes de trading en ligne et la domination du trading algorithmique ont profondément transformé la dynamique des marchés. Lorsque des milliers de milliards de dollars se dirigent automatiquement vers des indices mondiaux plutôt que vers des entreprises individuelles, la découverte des prix s’affaiblit. Le capital n’est plus alloué principalement en fonction des fondamentaux des entreprises, mais de plus en plus selon la composition des indices et les flux de momentum. Cela a créé de puissantes boucles de rétroaction. Les plus grandes entreprises attirent les plus importants flux de capitaux, ce qui pousse leurs valorisations à la hausse. Des valorisations plus élevées augmentent leur poids dans les indices mondiaux, attirant encore davantage de capitaux. Le résultat est une concentration extraordinaire du risque au sein d’un petit groupe de multinationales technologiques qui dominent désormais la performance des marchés actions mondiaux. L’histoire montre que de telles concentrations se terminent rarement de manière progressive. Lorsque le sentiment du marché change, l’ajustement est souvent brutal. Il se transforme en réévaluation violente des prix des actifs . Le boom des investissements dans l’intelligence artificielle L’accélération récente des marchés actions mondiaux est étroitement liée à l’extraordinaire explosion des investissements dans les infrastructures liées à l’intelligence artificielle. À travers le monde, les entreprises technologiques et les gouvernements ont lancé des programmes massifs de dépenses pour construire des centres de données, des capacités de fabrication de semi-conducteurs, des infrastructures énergétiques et des clusters de calcul haute performance. L’ampleur de ce cycle d’investissement technologique est sans précédent. Pourtant, l’histoire suggère que les grandes vagues d’innovations technologiques contiennent souvent les germes de leur propre correction. L’expansion ferroviaire au XIXe siècle, les infrastructures de télécommunications lors de la bulle Internet de la fin des années 1990, ou plus récemment les investissements dans les énergies renouvelables ont tous suivi des trajectoires similaires : investissements rapides, concurrence intense et, finalement, surcapacités . Les premiers signes apparaissent aujourd’hui que le cycle d’investissement actuel dans l’IA pourrait approcher d’un point d’inflexion similaire. Lorsque ces cycles se retournent, des marchés qui avaient été valorisés sur l’hypothèse d’une croissance ininterrompue peuvent s’ajuster rapidement. Une économie mondiale dépendante des prix des actifs Au cours des deux dernières décennies, l’économie mondiale est devenue de plus en plus dépendante de la hausse des prix des actifs financiers. Dans de nombreuses économies avancées, la consommation des ménages et la confiance des entreprises sont fortement influencées par la richesse perçue créée par la hausse des marchés boursiers et des prix de l’immobilier. Cette dynamique, souvent appelée effet de richesse , est devenue un moteur central de l’activité économique. Cependant, ce mécanisme fonctionne dans les deux sens. Lorsque les prix des actifs chutent fortement, la confiance se détériore et les dépenses se contractent. Dans une économie mondiale hautement interconnectée, de tels chocs peuvent se propager rapidement au-delà des frontières. L’intelligence artificielle et l’avenir du travail Dans le même temps, l’intelligence artificielle qui a alimenté l’optimisme des marchés financiers commence à transformer les marchés du travail à l’échelle mondiale. Contrairement aux vagues précédentes d’automatisation, les technologies d’IA sont de plus en plus capables d’accomplir des tâches traditionnellement associées aux professions qualifiées du tertiaire : analyse, programmation, recherche, traduction ou création de contenu. Si l’innovation technologique finit généralement par créer de nouvelles formes d’emploi, la période de transition peut être profondément déstabilisante. Des secteurs entiers du marché du travail pourraient être perturbés simultanément. Le paradoxe du moment technologique actuel est donc frappant : des investissements massifs dans les infrastructures d’intelligence artificielle coexistent avec des inquiétudes croissantes concernant l’avenir de l’emploi . La montée de la dette et la fragilité budgétaire Une autre vulnérabilité structurelle réside dans l’accumulation rapide de la dette publique dans de nombreuses grandes économies. Au cours des années qui ont suivi la crise financière mondiale et la pandémie de COVID-19, les gouvernements ont largement utilisé les dépenses publiques pour soutenir la croissance. En conséquence, les niveaux de dette souveraine ont atteint des sommets historiques dans de nombreuses économies avancées. Dans le même temps, la hausse des taux d’intérêt augmente le coût du service de cette dette. Pour des gouvernements déjà confrontés à des déficits importants, l’augmentation des coûts d’emprunt peut fortement restreindre leur marge de manœuvre budgétaire. Cette dynamique crée un équilibre de plus en plus délicat entre la nécessité de maintenir la stabilité économique et celle de préserver la crédibilité financière. La guerre et le système énergétique mondial Les tensions géopolitiques ajoutent une nouvelle couche d’incertitude. Le conflit qui se déroule actuellement au Moyen-Orient a des implications bien au-delà de la région. Le Golfe demeure l’un des nœuds les plus critiques du système énergétique mondial. Les perturbations des infrastructures énergétiques, des routes maritimes ou des capacités de raffinage peuvent rapidement affecter l’approvisionnement mondial. L’importance stratégique du détroit d’Ormuz illustre cette vulnérabilité. Environ un cinquième des expéditions mondiales de pétrole transitent par ce corridor maritime étroit. Toute perturbation prolongée pourrait avoir des conséquences immédiates pour les marchés énergétiques mondiaux. Et parce que les prix de l’énergie influencent les transports, l’agriculture et l’industrie, les effets économiques s’étendraient bien au-delà du seul secteur pétrolier. Le retour de l’inflation Après plusieurs années de ralentissement de l’inflation dans une grande partie du monde, de nouvelles pressions commencent à émerger. Les perturbations énergétiques, les tensions géopolitiques, la fragmentation des réseaux commerciaux mondiaux et les transformations structurelles du marché du travail pointent toutes vers la possibilité d’un retour des pressions inflationnistes. Cela crée un défi complexe pour les banques centrales. Si l’inflation accélère alors que la croissance économique ralentit, les autorités monétaires pourraient être confrontées à la combinaison difficile de l’inflation et de la stagnation — un scénario rappelant les épisodes de stagflation des années 1970. La dette privée et les risques financiers cachés Au-delà des marchés publics, une autre vulnérabilité s’est développée dans le secteur en pleine expansion du crédit privé. Au cours de la dernière décennie, l’activité de prêt s’est progressivement déplacée des banques traditionnelles vers des fonds de dette privée et des prêteurs alternatifs. Ce marché est devenu un écosystème de plusieurs milliers de milliards de dollars finançant des entreprises souvent fortement endettées. Tant que les conditions économiques restent favorables, ces risques demeurent largement invisibles. Mais lorsque les conditions financières se resserrent, les premiers signes de détresse révèlent souvent des faiblesses structurelles plus profondes. Dans les marchés financiers, un vieil adage affirme que les cafards n’apparaissent jamais seuls . Les premiers défauts dans le crédit privé pourraient ainsi signaler des tensions plus larges dans les secteurs fortement endettés de l’économie. Immobilier et fragilité bancaire Un autre sujet d’inquiétude concerne les marchés de l’immobilier commercial. Dans de nombreux pays, la combinaison de la hausse des taux d’intérêt, de l’évolution des modes de travail et de la baisse des valorisations immobilières exerce une pression croissante sur les promoteurs et les prêteurs. Les banques fortement exposées à l’immobilier commercial pourraient voir les risques pesant sur leurs bilans augmenter si les conditions de refinancement se détériorent. Parce que les institutions financières restent au cœur du fonctionnement de l’économie mondiale, les tensions dans le secteur immobilier peuvent rapidement se propager à l’ensemble du système financier. L’illusion de liquidité Le risque le plus sous-estimé du système financier moderne est peut-être l’hypothèse largement répandue selon laquelle la liquidité sera toujours disponible. Pendant des années, les investisseurs se sont habitués à des marchés où les actifs semblent pouvoir être achetés ou vendus instantanément. Pourtant, une grande partie de cette liquidité est conditionnelle. De nombreux véhicules d’investissement promettent une liquidité à court terme tout en détenant des actifs sous-jacents qui se négocient rarement : prêts d’entreprises, actifs immobiliers ou instruments de dette complexes. Tant que les entrées de capitaux dépassent les sorties, le système fonctionne sans heurts. Mais lorsque les investisseurs cherchent simultanément à réduire leurs positions, la liquidité peut disparaître très rapidement. L’histoire montre que les crises financières sont souvent déclenchées non par l’insolvabilité seule, mais par une disparition soudaine de la liquidité . Lorsque la tempête éclate Les tempêtes économiques émergent rarement d’une cause unique. Elles se forment lorsque plusieurs vulnérabilités commencent à interagir et à se renforcer mutuellement jusqu’à ce que le système atteigne un point de bascule. Aujourd’hui, nombre de ces vulnérabilités sont déjà visibles. Les marchés financiers restent sous tension après des années de politiques monétaires exceptionnellement accommodantes. Les ruptures technologiques transforment simultanément les industries et les marchés du travail. Les niveaux de dette publique ont atteint des sommets historiques dans une grande partie du monde. Les tensions géopolitiques menacent des routes énergétiques et commerciales cruciales. Et sous la surface apparaissent des fragilités dans les marchés du crédit privé, l’immobilier et la structure de liquidité du système financier mondial. Pris isolément, ces facteurs pourraient être absorbés. Mais lorsqu’ils convergent, ils peuvent transformer l’instabilité en crise. L’économie mondiale est entrée dans une période de transition profonde — une période où révolution technologique, rivalités géopolitiques et fragilités financières se déploient simultanément. Les tempêtes ne se forment pas du jour au lendemain. Elles s’accumulent lentement, lorsque les systèmes de pression se rencontrent à l’horizon. Aujourd’hui, les nuages s’amoncellent au-dessus du paysage économique mondial. Et la question à laquelle sont confrontés décideurs, investisseurs et sociétés n’est plus de savoir si des turbulences s’annoncent. Elle est de savoir à quel point la tempête sera violente lorsqu’elle éclatera.

Nouvelle semaine de développements à portée stratégique

La mort de l’homme fort du régime iranien, Ali Larijani, mardi 17 mars, et celle de plusieurs autres hauts responsables et cadres supérieurs des Gardiens de la Révolution et des Basidj, n’a pas réduit l’implication de ce régime dans le conflit, puisqu’il vient de lancer des missiles balistiques pour la première fois à l’extérieur du Moyen-Orient, en direction de Diego Garcia, à 4000 kilomètres, et qu’il a ciblé Dimona, au sud d’Israël samedi soir. Au Liban, c’est sur le front du Sud que les combats font rage. La troisième semaine de la confrontation entre les puissantes armées américaine et israélienne d’une part, et le régime iranien d’autre part, a été aussi riche en rebondissements que ses précédentes, et l’état dans lequel se trouve désormais le régime iranien est plus que jamais précaire, même si sa force de frappe demeure non négligeable. Le régime a en effet perdu cette semaine, plus précisément le 17 mars, sa principale figure centrale, depuis l’assassinat du Guide suprême Ali Khamenei le 28 février dernier, en la personne de son puissant chef de la sécurité Ali Larijani, l’une des personnalités politiques iraniennes les plus expérimentées, considéré comme l’homme fort du régime. Celui-ci a été tué lors d’une frappe israélienne contre un appartement de Téhéran où il venait de débarquer, en compagnie de son fils et d’autres cadres du régime. Un assassinat ciblé qui a été suivi de celui d’autres cadres des Gardiens de la révolution et des Basidj, la police répressive sous la supervision des Pasdaran. La mort de Larijani, qui tenait les rênes du pouvoir depuis la disparition du Guide suprême, a posé de nombreux points d’interrogation sur le commandement actuel du régime, d’autant que le successeur de Ali Khamenei, qui n’est autre que son fils Mojtaba Khamenei, n’a toujours pas fait d’apparition publique et son sort reste inconnu. Blessé lors de la même frappe qui a tué son père, de nombreux membres de sa famille et une quarantaine de hauts responsables du régime, le nouveau Guide suprême serait vivant, selon un rapport des services secrets américains publié dans des médias internationaux cette semaine. Le nouveau Guide a publié un deuxième message vendredi, dans lequel il hausse le ton et assure que « l’ennemi a été vaincu ». Militairement, l’Iran continue de montrer des capacités non négligeables malgré les destructions sur son sol, avec des attaques inédites en fin de semaine, qui constituent un tournant dans la guerre. Deux missiles balistiques de portée intermédiaire ont ainsi été lancés vers la base américano-britannique de Diego Garcia, sur une île de l’océan Indien à plus de 4000 kilomètres du sol iranien, et d’où partent des avions de combat en mission en Iran. Le chef d’état-major israélien Eyal Zamir a affirmé que ce tir montre la capacité des Iraniens à menacer des capitales européennes. L’autre nouvelle menace militaire qui a pointé cette semaine implique des installations nucléaires: après des frappes israélo-américaines sur le site de Natanz en Iran, c’était au tour de la ville de Dimona au sud d’Israël, qui abrite une installation nucléaire, d’être la cible de missiles iraniens. La frappe, qui a fait plus de 170 blessés (à Dimona et Arad), n’a pas entraîné un niveau de radioactivité anormal à cet endroit, selon l’Agence internationale pour l’énergie atomique. Ces attaques préfigurent-elles une nouvelle phase du conflit? Au cours de la semaine écoulée, le détroit d’Ormuz et sa fermeture face aux pétroliers ont continué d’être au centre des préoccupations. Le président américain Donald Trump a terminé la semaine par une menace d’anéantir les installations énergétiques de l’Iran si le détroit n’était pas ouvert dans les 48 heures, ce qui a entraîné de nouvelles menaces iraniennes contre les installations américaines de la région. Un rapport d’Axios avait fait état deux jours plus tôt d’un plan potentiel d’occupation américaine de l’importante île de Kharg, cruciale pour les exportations iraniennes d’hydrocarbures, en vue de faire pression pour la réouverture du détroit. Durant cette semaine, le président américain a soufflé le chaud et le froid concernant l’intervention en Iran, estimant tantôt, dans une déclaration vendredi, vouloir réduire l’intensité de la guerre parce que ses objectifs ont été atteints « des semaines à l’avance », ou menaçant tantôt d’escalade, sans être disposé à négocier avec les Iraniens. Entre-temps, l’armée américaine devrait déployer 2000 nouveaux soldats au Moyen-Orient, selon des sources officielles à Reuters. De son côté, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a multiplié les déclarations cette semaine, avec pour idée centrale le fait que les Iraniens ne sont pas disposés à négocier un simple cessez-le-feu, mais une fin définitive de la guerre. La restructuration du Hezbollah par l’Iran Entre-temps, aucune accalmie n’a eu lieu sur le front du Liban-Sud, ouvert par le Hezbollah contre Israël, et qui est le théâtre de nombre d’attaques coordonnées entre les miliciens du parti et les Iraniens. Après une nuit enflammée entre mardi et mercredi au cours de laquelle le cœur de la capitale Beyrouth a été ciblé sans avertissements préalables, ce qui est le signe d’assassinats israéliens ciblés, et quelques attaques sporadiques sur la banlieue-sud désormais vidée de ses habitants, il semble que l’essentiel de la confrontation se déroule dorénavant sur le terrain du Liban-Sud, à la frontière, entre combattants des deux camps. Les noms des villages de Khiam et de Tibé, à Marjayoun, sont revenus dans les médias toute la semaine, tout comme Naqoura, dans la région de Tyr, qui vient d’être englobé dans le front. Tout au long de la semaine, le Hezbollah a communiqué de manière intensive sur ses « attaques » contre « des soldats ennemis », à l’intérieur du territoire libanais comme en territoire israélien. Le parti reste silencieux sur ses propres pertes humaines, alors même que l’armée israélienne affirme avoir tué plus de 500 miliciens du Hezb. D’un autre côté, l’état des avancées israéliennes sur le terrain libanais reste une inconnue. Officiellement, Israël a approuvé en fin de semaine de nouveaux plans de bataille au Liban. Cette semaine a également été marquée par la publication d’un rapport, évoqué par Reuters, le 21 mars, sur la restructuration du Hezbollah par les Gardiens de la Révolution depuis la signature du cessez-le-feu du 27 novembre 2024 et la fin du précédent conflit, qui montre toute l’inanité des efforts de désarmement de la milice. En effet, ce rapport, très documenté, montre comment, après la débâcle du parti lors de ce conflit et l’assassinat de son chef historique en septembre 2024, les Iraniens se sont investis dans la restructuration de la formation chiite via l’envoi d’une centaine de cadres militaires au Liban, dans le plus grand secret. Le Hezbollah qui combat aujourd’hui serait donc radicalement différent de celui des dernières années. Ses troupes seraient réparties en groupes plus petits et autonomes sur le terrain, comptant beaucoup moins sur la communication entre eux. Démantèlement de réseaux au Koweït et aux EAU Politiquement, le Hezbollah reste très isolé sur la scène interne tout comme l’Iran sur la scène régionale. Une réunion des ministres des Affaires étrangères des pays arabes et islamiques dans la capitale saoudienne, jeudi, a résulté en un communiqué au ton ferme sur le droit à la légitime défense des Etats du Golfe, bombardés par les Iraniens depuis le premier jour. Le Liban, par la voix de son ministre des AE Joe Raggi, a réaffirmé l’importance de la proposition libanaise de négociations directes avec Israël. Cette proposition, lancée par le président libanais Joseph Aoun depuis l’ouverture de ce nouveau front le 2 mars, reste entravée par le refus israélien d’une part, et des partis chiites libanais d’autre part, malgré des efforts français cette semaine. La France, qui a dépêché son ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot à Beyrouth puis à Tel Aviv, n’a apparemment pu ouvrir aucune brèche jusque-là. La position libanaise officielle été réitérée par le Premier ministre libanais Nawaf Salam lors d’une interview très remarquée à CNN, jeudi, au cours de laquelle il a appelé le président américain à intervenir pour encourager les négociations directes et mettre fin à une guerre au Liban qui a déjà fait plus de 1000 morts civils. Cette semaine a vu également le démantèlement de réseaux du Hezbollah au Koweït puis aux Emirats arabes unis, qui s’apprêtaient, selon ces pays, à mener « des opérations terroristes » sur leur sol. La position libanaise est significative à cet égard : malgré un démenti du Hezbollah d’une quelconque implication dans ces deux pays, les autorités libanaises, pat la voix du président Joseph Aoun, ont condamné ces actions, réaffirmant le soutien libanais officiel aux deux Etats du Golfe. Les déclarations libanaises sonnent cependant de plus en plus creux, alors même que l’initiative de guerre reste aux mains d’une milice dont la présence a été déclarée hors-la-loi par le gouvernement libanais depuis le 2 mars ; mais le parti pro-iranien n’en a visiblement pas cure. L’agressivité croissante des déclarations hezbollahies, dont celle, particulièrement virulente, du vice-président du conseil politique du parti Mahmoud Comati, qui a menacé de représailles les « traîtres » après la guerre, montre un durcissement de la ligne du parti, tout comme un élargissement des divisions entre les Libanais. Et ce, alors que plus d’un million de Libanais du Sud sont actuellement pris en charge dans les différentes régions libanaises.

Pourquoi Chareh ne marchera pas sur Beyrouth
Par
Rayyan Al-Basseer
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Depuis le départ des troupes françaises de Syrie en avril 1946, la jeune république devint sans doute l’un des pays les plus exposés aux coups d'État dans le monde arabe pendant près d'un quart de siècle. En 1970, la Syrie avait en effet connu dix coups d'État réussis. Le 13 novembre 1970, Hafez el-Assad réalisa un coup de palais et s'imposa comme homme fort. Pour Assad, le Liban n'était pas simplement un voisin ; c'était l'arrière-cour de la Syrie et un outil au service d’une posture régionale plus affirmée. Lorsque la guerre civile éclata à Beyrouth, la Syrie intervint militairement en 1976 — d'abord contre l'Organisation de libération de la Palestine et les groupes de gauche libanais, puis en soutien à ces mêmes forces pro-palestiniennes contre les groupes chrétiens qui s'étaient organisés pour se défendre. À partir de cette intervention, les appareils de renseignement et militaires syriens s'intégrèrent au tissu politique libanais, arbitrant le pouvoir en soutenant, trahissant ou exploitant les acteurs locaux. La guerre d'octobre 1973, déclenchée conjointement avec l'Égypte contre Israël, constitua un tournant qui transforma Assad d'acteur régional en interlocuteur incontournable pour Washington. La guerre s'acheva sur un statu quo militaire, mais c'est la façon dont Assad géra l'après-guerre qui révéla son génie stratégique. Henry Kissinger, qui passa près d'un mois à faire la navette entre Damas et Jérusalem en mai 1974, fut, dit-on, « stupéfait et surpris » lorsqu'Assad accepta le cadre de désengagement. L'accord, signé à Genève le 31 mai 1974, créa une zone tampon placée sous contrôle de l'ONU sur le Golan et gela la frontière israélo-syrienne pour les cinq décennies suivantes. Aucun autre front arabo-israélien ne demeura aussi calme aussi longtemps. Cette stabilité devint le paradigme d'Assad : tant que le Golan resterait gelé, la Syrie demeurerait nécessaire. Aucune paix ne pourrait se faire sans Damas ; aucune guerre ne pourrait s'engager sans son consentement. L'un des plus grands succès diplomatiques d'Assad fut peut-être sa gestion de la Guerre froide. L'armée arabe syrienne devint l'une des forces les mieux équipées et les mieux entraînées par les Soviétiques dans la région arabe. Sa doctrine, ses systèmes d'armement et la formation de ses officiers passaient tous par Moscou. Pourtant, Assad ne donna jamais aux Soviétiques ce qu'ils voulaient vraiment, à savoir une influence exclusive. Il maintint un canal discret avec Washington, rencontra régulièrement des responsables américains et s'abstint d'adhérer à tout cadre d'alliance soviétique formel. Assad fit de cette ambiguïté un levier opérationnel. Il combattit les alliés américains au Liban lorsque cela lui convenait, sapa le leadership arabe de l'Égypte après Camp David et obtint simultanément du matériel militaire soviétique à des tarifs préférentiels. Damas était trop précieux pour que Washington l'isole et trop indépendante pour que Moscou la contrôle. C'est cette position idéale qu'Assad occupa pendant deux décennies. Lorsque l'Union soviétique s'effondra et que Saddam Hussein envahit le Koweït en août 1990, Assad fut confronté à un choix décisif. La Syrie rejoignit — symboliquement — la coalition menée par les États-Unis pour libérer le Koweït ; une décision clé qui valut à Assad les mains libres au Liban, en récompense de Washington et des Saoudiens. L'occupation syrienne du Liban allait durer encore quinze ans, sous un parapluie politique négocié entre Assad et Riyad. Rafic Hariri, milliardaire self-made aux connexions saoudiennes, devint Premier ministre en 1992. Dans le cadre de cet arrangement, et presque jusqu'à son assassinat en 2005, Hariri contrôlait l'économie libanaise, la reconstruction et la politique financière, tandis que la Syrie contrôlait l'appareil militaire, les services de sécurité et la politique étrangère. À sa mort en 2000, le fils de Hafez, Bachar, hérita d'un portefeuille intérieur et régional finement calibré qu'il ne comprit jamais pleinement et fut incapable de préserver, encore moins de faire fructifier. Une pression internationale intense, conjuguée à un soulèvement populaire local — la révolution du Cèdre — né au lendemain de l'assassinat de Hariri en février 2005, précipita un retrait syrien du Liban, effaçant trois décennies d'influence en quelques semaines. En moins de dix ans de présidence, Bachar el-Assad passa du statut de dictateur favori de la communauté internationale à celui de brebis galeuse. Lorsque les soulèvements arabes atteignirent la Syrie en mars 2011, la réponse du régime — une répression brutale et aveugle — déclencha une guerre civile qui fit des centaines de milliers de morts, déplaça la moitié de la population et réduisit les capacités militaires syriennes à une fraction de ce qu'elles avaient été. La Syrie post-Assad, dirigée par Ahmad el-Chareh, ancien commandant de Hayat Tahrir al-Sham, liée à Al-Qaïda, repose sur une structure de pouvoir façonnée par l'alliance rebelle qui l'emporta : une structure qui fonctionne davantage comme un État factionnel hégémonique que comme une véritable démocratie pluraliste. Chareh a acquis en peu de temps une légitimité internationale remarquable. En à peine plus d'un an, il rencontra Trump à la Maison-Blanche, prit la parole devant l'Assemblée générale des Nations Unies et obtint la levée de certaines sanctions occidentales. Son contrôle interne demeure pourtant fragile : violences sectaires sur la côte ouest, autonomie kurde de facto au nord-est, résistance druze au sud, persistance de factions djihadistes hostiles à son pragmatisme — tout cela continue d'entraver l'autorité centrale. Dès 2024 déjà, l'armée arabe syrienne n'était plus que l'ombre de la force bâtie par Hafez. Les combattants du Hezbollah, les milices chiites irakiennes, les forces russes et les conseillers iraniens avaient effectivement remplacé l'armée syrienne comme colonne vertébrale de la défense du régime, l'armée syrienne proprement dite ne disposant plus de capacités significatives. Par ailleurs, dès la chute du régime, Israël agit avec une rapidité extraordinaire pour s'assurer que tout ce qui suivrait partirait d'une capacité militaire quasi nulle : bases aériennes, batteries de défense antiaérienne, installations de production d'armements, stocks de missiles, systèmes radar et centres de recherche à Damas, Homs, Tartous, Lattaquié et Palmyre furent ciblés. De l'aveu même de Tsahal, cette campagne détruisit environ 80 % des actifs militaires stratégiques restants de la Syrie. Ce qu'il reste à la Syrie, c'est une coalition de factions armées, et non une armée professionnelle. L'essentiel des combattants est issu d'anciennes milices islamistes — redoutables dans la guérilla, le terrorisme et la guerre civile, mais très peu formés aux opérations militaires conventionnelles : contrôle des frontières, défense territoriale, chaînes logistiques, opérations interarmes. L'équipement est disparate, largement obsolète, et les armes lourdes et moyennes font largement défaut. Il ne subsiste aucune capacité aérienne ou navale significative. Sans les combattants étrangers, ces volontaires djihadistes venus d'Asie centrale, d'Afrique du Nord et d'ailleurs, les forces armées syriennes sont numériquement insuffisantes pour patrouiller, a fortiori pour projeter leur puissance sur un pays de la taille de la Syrie. L'économie syrienne aggrave cette faiblesse militaire. Malgré la décision de lever certaines sanctions, les États-Unis et l'Union européenne avancent avec prudence. Les investissements ne se sont pas concrétisés à une échelle significative. Les salaires du secteur public sont désespérément bas, alimentant une corruption endémique. Les infrastructures sont dévastées. Il n'existe aucune base économique permettant un réarmement majeur, encore moins une aventure militaire à l'étranger. En 2025, des voix s'élevèrent dans la région et au-delà pour suggérer que la Syrie pourrait ou devrait déployer des forces militaires au Liban, en présentant cela comme un contrepoids à l'influence iranienne. Cette suggestion témoigne d'une incompréhension fondamentale de ce qu'est aujourd'hui la Syrie. Or, ce que Washington demanda formellement relevait d'une question de sécurité frontalière, non d'un mandat d'occupation. La demande américaine au gouvernement syrien était précise : empêcher le transit terrestre d'actifs iraniens — armes, combattants, fonds — depuis l'Irak vers le Liban via le territoire syrien. C'est pourquoi des renforts syriens furent déployés tant sur la frontière irakienne que sur la frontière libanaise, et non sur la frontière libanaise seule. L'objectif est l'interdiction, non l'invasion. Une occupation exige une logistique soutenue, des chaînes de commandement fiables, une administration territoriale et une protection des forces. Occuper et administrer le territoire libanais est une entreprise qui a historiquement nécessité une force de 35 000 à 40 000 soldats disciplinés, dotés de services de renseignement, de points de contrôle, de mandataires politiques locaux, d'un aval régional et international. Le nouveau leadership syrien ne dispose de rien de tout cela. La position d'Israël constitue une contrainte supplémentaire de poids. Tel-Aviv ne fait pas confiance au gouvernement de Damas — considérant Chareh comme un djihadiste en costume et une marionnette turque. Plus fondamentalement, Israël s'oppose fermement à l'extension de l'influence turque sur le territoire syrien, et s'oppose catégoriquement à son prolongement au Liban. Les intérêts américains au Liban, pour leur part, se concentrent sur la stabilisation de l'armée libanaise et la mise en bride du Hezbollah — non sur l'ouverture d'un nouveau front d'incertitude avec une structure militaire islamiste non éprouvée. Du côté libanais de la frontière, l'armée libanaise, équipée et entraînée par les États-Unis, et les communautés armées du nord et de l'est du Liban imposeraient un coût sérieux à toute incursion de forces islamistes syriennes disparates et légèrement équipées. Pour les acteurs pro-iraniens et les réseaux liés au Hezbollah, le spectre d'une armée djihadiste marchant sur Beyrouth n'est pas une analyse, mais une bouée de survie politique. Depuis décembre 2024, tous deux ont subi des pertes dévastatrices, dont la coupure du corridor syrien. En alimentant l'alarme autour de la concentration d'extrémistes sunnites aux frontières du Liban, ils cherchent à reconstituer, notamment chez les chiites et les chrétiens, l’esprit de corps communautaire — ce sentiment de menace existentielle partagée — qui a longtemps alimenté leur pouvoir de mobilisation. Le piège est cynique : une opération militaire syrienne, si jamais elle venait à se produire, leur donnerait précisément la raison d'être qu'ils recherchent, confirmant que les armes du Hezbollah demeurent le bouclier indispensable du Liban. Le récit de l'invasion, en somme, doit être lu pour ce qu'il est — non pas une évaluation sécuritaire, mais la mesure de l'urgente nécessité qu'ont ces acteurs d'un ennemi pour maintenir leur pertinence. L'histoire centenaire de la Syrie est celle du fossé entre l'ambition et la capacité. Hafez el-Assad fut exceptionnel précisément parce qu'il combla ce fossé. Il sut ainsi tirer parti de la position géographique et politique de la Syrie pour peser bien au-delà de son poids pendant trois décennies. Son fils creusa à nouveau ce fossé, de façon catastrophique. La nouvelle Syrie, sous Chareh, est encore en train de décider quel genre d'État elle veut être. Le Liban, pour l'instant, n'est pas un trophée à sa portée.

Tir de missiles contre Diego Garcia: l’Iran dévoile sa menace contre l’Europe

Trois développements majeurs, revêtant une indéniable dimension stratégique, ont marqué ces dernières vingt-quatre heures la guerre entre l’alliance américano-israélienne et la République des mollahs à Téhéran. L’Iran a ainsi lancé pour la première fois deux missiles balistiques de portée intermédiaire en direction de la base américano-britannique de Diego Garcia, située dans l’océan Indien, à quelque 4000 kilomètres de l’Iran. Les deux missiles n’ont pas atteint leur cible mais l’importance de ce tir réside dans sa signification d’ordre géopolitique. La portée des missiles iraniens était généralement estimée à 2000 kilomètres. Le fait que ces deux engins balistiques aient eu une portée de près de 4000 kilomètres constitue une preuve tangible que la République islamique œuvrait réellement à se doter d’un arsenal de missiles pouvant atteindre potentiellement des capitales européennes, dont notamment Paris et Londres, situées respectivement à 4200 et 4400 kilomètres de Téhéran. Une telle donnée apporte de ce fait un démenti cinglant à certains milieux et observateurs occidentaux qui mènent campagne contre la bataille engagée contre la République islamique en prétendant que le régime iranien ne constituait nullement une menace pour les pays européens et les intérêts occidentaux. Autre développement majeur intervenu en cette journée du samedi 21 mars : le bombardement par l’aviation américaine, pour la deuxième fois en trois semaines, de la centrale nucléaire de Natanz et de son centre d’enrichissement de l’uranium. Des bombes anti-bunkers ont été utilisées au cours de ce bombardement afin d’atteindre des cibles souterraines enfouies à de grandes profondeurs. Aucune fuite radioactive n’a été signalée à la suite de cette opération, a indiqué l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Samedi en milieu d’après-midi, l’aviation américaine survolait la zone d’Ispahan, où est située une autre centrale nucléaire d’importance. Vingt pays s’engagent pour débloquer Ormuz L’autre dossier qui a focalisé l’attention des chancelleries occidentales et des milieux économiques internationaux se manifeste au niveau des menaces que la République islamique fait peser sur la circulation maritime au détroit d’Ormuz. Le développement nouveau intervenu samedi sur ce plan est l’engagement pris par une vingtaine de pays, dont la France, les Emirats arabes unis, le Japon, le Canada et le Royaume uni, de se joindre aux efforts visant à assurer la réouverture du détroit d’Ormuz. Le président Donald Trump, convient-ils de relever sur ce plan, avait multiplié ces derniers jours son appel à une participation active des pays occidentaux à l’action préconisée pour garantir la libre circulation des navires sur cette voie maritime. Dans le cadre de leur contribution sur ce plan, les Etats-Unis ont acheminé dans la région des avions A-10 Warthog dotés d’un équipement militaire de pointe permettant de cibler de manière particulièrement efficace des embarcations constituant une menace à la circulation maritime. Parallèlement, les aviations américaines et israéliennes ont intensifié samedi et au cours des dernières vingt-quatre heures leur pilonnage des entrepôts de missiles et des rampes de lancement situés dans la zone du détroit d’Ormuz. L’ensemble de ces développements accréditent la thèse, rapportée depuis quelques jours, par divers milieux, selon laquelle l’armée américaine prépare un débarquement sur l’île iranienne de Kharg dont l’importance hautement stratégique réside dans le fait que 90 pour cent des exportations pétrolières iraniennes transitent par cette île qui bénéficie des eaux profondes permettant l’accostage de superpétroliers géants. L’armée israélienne poursuit sa progression au Liban-Sud Sur le front libanais, l’armée israélienne a poursuivi samedi sa lente, et prudente, progression en territoire libanais en occupant de nouvelles positions stratégiques qui lui permettraient de consolider son plan visant à établir une zone de tampon entre le Litani et la frontière avec le Liban. Ce grignotage du terrain, perceptible samedi plus particulièrement dans la région de Nakoura, s’accompagne d’un pilonnage intensif de plusieurs villages de la région méridionale. Parallèlement, des accrochages étaient signalés samedi dans la localité de Khiam où l’armée israélienne fait face à deux poches de résistance tenues par des miliciens du Hezbollah. Parallèlement, l’aviation de l’Etat hébreu a poursuivi dans la nuit de vendredi et la journée de samedi sont bombardement intermittent des infrastructures miliciennes du Hezbollah dans plusieurs quartiers de la banlieue-sud, dont notamment Haret Hreik et Bourj Brajneh.

Pour une intifada chiite contre le Hezb!
Par
Youssef Mouawad
Publié

Aux seuls chiites libanais de désavouer le Hezbollah, de mettre un terme à son hégémonie et, du coup, à l’emprise des Pasdarans sur notre pays * ! Même cas de figure en Iran : les frappes combinées israélo-américaines ont beau pulvériser Ali Larijani, sa garde rapprochée et ses forces répressives, seule une insurrection citoyenne peut renverser la tyrannie de wilayat al-faqih . Les observateurs avisés finiront par l’admettre : nul dénouement de la tragédie perse, nulle résolution de la crise iranienne sans affrontement entre compatriotes, c’est-à-dire sans conflit civil. Aux peuples donc de revendiquer leur droit à la vie ! Délivrance ! Chez nous, au pays malmené, ni armée libanaise, ni mission de bons offices, ni guerre civile, ni bombardements israéliens, ni débarquement de troupes arabes, turques ou occidentales ne sont en mesure de mettre hors-jeu le « divin parti ». C’est parce que ce dernier règne sur les esprits que son bastion est imprenable et que sa délocalisation physique ne suffirait pas à l’éradiquer. Arraché à sa terre ancestrale, jeté sur les routes, parqué dans des camps de fortune, son « milieu nourricier » qui lui a servi de matrice, lui reste attaché, loyal, fidèle et acquis. Constat désespérant quand seule la communauté duodécimaine est habilitée à invalider le Hezb et nous sortir de l’impasse dans laquelle nous nous débattons. Y a-t-il une culpabilité duodécimaine ? Mais si le Liban est enlisé, ses institutions bloquées et sa population violentée, irions-nous pour autant mettre le blâme sur tous les Chiites ? Avouons que le parti de Dieu , désormais acteur régional, avait flatté chez ces derniers les sentiments de fierté et le goût de la bravade et du risque. Mais ce faisant, il allait les entraîner dans les périls de l’emballement généralisé et du délire de puissance. Certains esprits excédés n’hésiteraient pas à tenir tous les duodécimains pour responsables politiquement sinon pénalement des catastrophes successives qui s’abattent sur nous. Après tout, les électeurs chiites ont reconduit, d’une législature à l’autre, les mêmes représentants à l’Assemblée nationale comme ils ont approuvé les politiques que ceux-ci prônaient à la suggestion de leurs mentors iraniens. En ce sens, nos concitoyens du Sud, de la Békaa et de la banlieue ont fait ce qu’ils n’auraient pas dû faire. Et qui plus est, en restant passifs, ils n’ont pas fait ce qu’ils avaient à faire : ce que nous attendions d’eux en tant que Libanais ayant à cœur les intérêts exclusifs de notre pays. À deux reprises, à savoir le 8 octobre 2023 et le 2 Mars 2026, ils n’ont pas pu brider le Hezb qui empruntait obstinément la voie de la confrontation avec Israël ! Mais étaient-ils en mesure d’empêcher ces décisions fatidiques entre toutes, pour ne citer qu’elles ? On alléguera longtemps encore que les dérives insensées du « parti divin » étaient le fait d’un petit groupe, non le fruit d’une culture spécifique ni l’aboutissement logique d’une idéologie religieuse qui soude une communauté. Appel à mutinerie et incitation à « intifada » En ce moment précis, on croit devoir s’attendre à une incursion terrestre. Plutôt que de laisser les Israéliens s’acharner sur le Hezb et évacuer le Sud libanais de sa population, l’écosystème chiite pourrait prendre l’initiative qui lui assurerait sa propre délivrance. Une immense clameur des déplacés, qui font un million de personnes, peut amener la milice surarmée qui a pris le Liban en otage, à abandonner ses illusions héroïques et ses entreprises picaresques. Et principalement à se départir de ses maîtres iraniens. Beyrouth-Ouest avait bien « renié » Yasser Arafat lors de son siège par les Israéliens en 1982. L’OLP s’était promis de faire de notre capitale un nouveau Stalingrad. L’intervention de Saëb Salam, s’exprimant au nom de la population outrée, remit nos hôtes Palestiniens à leur place : ils furent embarqués sur des navires français en partance pour la Tunisie. Cela dit, ce n’est certainement pas la valse-hésitation, à laquelle se livre Nabih Berry, qui mettra un terme à l’auto-immolation qui se poursuit sous nos yeux. Seule une insurrection, seul un mouvement de fond, seules des manifestations et des sit-in peuvent forcer la main de ceux qui accaparent indument le pouvoir. Aux Chiites d’arracher les armes du Hezb ! À eux de prendre des risques pour la liberté, la leur et la nôtre ! * Et pour rappel, les Chrétiens se sont bien ralliés à la légitimité étatique en 1988-9, récusant dans les faits la mainmise des milices sur la zone Est !