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Enorme explosion provoquée par une frappe israélienne sur une localité proche de Al-Mansouri, au sud du Liban. (AFP)
L'Essentiel de la semaine
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Par LevantTime .
Publié sept. 6, 2026 - 23:27
Alors que les États-Unis semblaient avoir opté pour la seule guerre économique contre l’Iran, l’armée américaine a brusquement mené mardi des frappes contre le territoire iranien en riposte à des attaques visant des pétroliers, entraînant une spirale de violence au cours de la semaine. Au Liban, Israël a libéré plusieurs civils détenus dans ses prisons, tandis que son armée investissait la colline stratégique d’Ali el-Taher et poursuivait ses frappes massives dans la zone qu’elle contrôle au sud du pays. La semaine du 31 août au 6 septembre aura été marquée par une nette accélération des événements au Moyen-Orient, alors que la précédente semblait placée sous le signe de l’immobilisme. Sur le front iranien, dès mardi soir, l’armée américaine a mené des frappes ciblées en territoire iranien, les premières depuis près d’un mois. Cette capture d’écran, réalisée le 6 septembre 2026 à partir d’images vidéo non datées diffusées le même jour par le Commandement central américain, montre ce que le Centcom présente comme l’un des pétroliers iraniens qu’il a détruits en riposte à des tentatives d’attaques de missiles contre des navires militaires. (Centcom via AFP) Toutefois, leur rythme relativement limité donne l’impression que l’administration américaine a opté pour une escalade qui demeure contrôlée, tout en poursuivant son blocus et ses pressions économiques contre Téhéran. Malgré tout, la tension n’a cessé de croître au fil de la semaine. Des explosions ont été entendues samedi sur l’île hautement stratégique de Kharg, par laquelle transite la majeure partie du pétrole iranien. Le président américain Donald Trump a, de son côté, menacé de frapper le site nucléaire de Kuh-e Kolang — « montagne de la pioche » en persan, ou Pickaxe Mountain —, une installation très fortifiée située à une grande profondeur, non loin de Natanz, principal site d’enrichissement d’uranium en Iran. Plus tôt dans la semaine, il avait consacré l’équation du « pétrolier contre pétrolier », promettant de cibler un navire iranien chaque fois que les Gardiens de la révolution frapperaient un pétrolier dans le détroit d’Ormuz. C’est précisément ce qu’a fait l’armée américaine samedi, en incendiant deux navires iraniens. Sur le plan politique, Donald Trump a encore durci le ton envers Téhéran. Après avoir affirmé, dans une interview, que les pourparlers étaient définitivement gelés « parce qu’un accord avec eux ne vaut pas le papier sur lequel il est écrit », il a estimé samedi que le « conflit » avec l’Iran n’était pas une « guerre », mais « quelque chose de banal » pour les États-Unis. Une manière de jouer avec les nerfs des Iraniens tout en rassurant son opinion publique à l’approche des élections de mi-mandat. Un port, ainsi que des installations de stockage et des entrepôts ont été endommagés après une frappe militaire américaine menée dans la province méridionale iranienne d’Hormozgan, qui jouxte le détroit du même nom, le 6 septembre 2026. (AFP) Dans le même temps, le média américain Axios a publié samedi un rapport laissant entendre que les États-Unis se projettent déjà au-delà de ce conflit, commencé le 28 février. Le site affirme, en citant des responsables américains et d’autres sources informées, que l’administration Trump élabore une stratégie plus large pour le Moyen-Orient de l’après-guerre. Celle-ci reposerait sur la mise en place d’un alignement régional destiné à contenir l’Iran, à mettre un terme aux répercussions régionales des attaques du 7 octobre 2023 menées par le Hamas à Gaza et à élargir le cercle de la normalisation entre Israël et les pays de la région. La menace visant Kuh-e Kolang, qui marque la réémergence du dossier nucléaire iranien, fait écho à une annonce de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), qui a déploré, le 1er septembre, que l’Iran n’ait pas rouvert ses sites à ses inspecteurs après les frappes de mai 2025. Rappelons que, malgré l’ampleur de l’offensive israélo-américaine contre les sites iraniens, il est quasi certain que le stock d’uranium enrichi demeure intact et a été placé en lieu sûr par les autorités iraniennes, qui restent attachées à ce qu’elles considèrent comme leur droit au développement d’un programme nucléaire. À la suite de l’annonce de l’AIEA, les États-Unis, mais aussi la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne ont fait part de leur intention de présenter une résolution au Conseil de sécurité de l’ONU condamnant le non-respect par l’Iran de ses engagements en matière de non-prolifération nucléaire. Une unité affichée qui tranche avec le froid qui règne entre Washington et ses alliés européens depuis le début du conflit. De leur côté, les Iraniens semblent continuer à faire face aux bouleversements de la même manière : en frappant plusieurs pays voisins, notamment le Koweït, les Émirats arabes unis et la Jordanie, sans pour autant s’attaquer directement à Israël. Frappes massives au Liban-Sud Sur le front libanais, Israël intensifie ses opérations de destruction dans les villages du Sud, allant jusqu’à utiliser, dans certains cas, des barils d’explosifs. Le président libanais Joseph Aoun a exhorté Washington et la communauté internationale à « faire cesser » les attaques israéliennes sur le territoire libanais, qui ont fait sept morts dimanche sur fond de trêve fragile. Les bombardements ont touché différentes localités de la région de Nabatiyé. Vingt personnes ont également été blessées, parmi lesquelles des enfants, selon le ministère de la Santé. Une frappe a par ailleurs détruit l’ancien hôpital Ghandour, hors service depuis des années. Libération de détenus et prise d’Ali el-Taher Mais l’événement majeur de la semaine dans le Sud a été la prise, par les Israéliens, de la colline stratégique d’Ali el-Taher, dans la région de Nabatiyé. Le site constituait un important quartier général du Hezbollah, formé d’un vaste enchevêtrement de tunnels, d’où opéraient des combattants du parti chiite mais aussi, selon certaines informations, des combattants iraniens. Jeudi soir, les Israéliens ont annoncé avoir pris le contrôle du complexe. Dimanche, le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a déclaré que des tunnels devaient encore être dynamités. Ce « succès » militaire n’était peut-être pas une surprise après des semaines de bombardements, mais la réaction du Hezbollah l’a été davantage. Après avoir longtemps assuré qu’il refuserait de céder cette colline stratégique — tout comme les Iraniens, qui avaient eux aussi menacé d’intervenir —, le parti chiite a fini par minimiser l’impact de ce développement par l’intermédiaire de ses médias et de ses relais, sans toutefois confirmer officiellement la perte du site, qu’il avait refusé de préserver en le remettant à l’armée libanaise. L’autre surprise majeure de la semaine a été la libération, par Israël, de cinq civils libanais et syriens détenus dans ses prisons. Cette mesure est intervenue à la suite d’une visite à Tel-Aviv de l’ambassadeur des États-Unis au Liban, Michel Issa. Selon le bureau du Premier ministre israélien, l’annonce de jeudi « fait suite aux efforts déployés par Israël et le Liban pour localiser et rapatrier les dépouilles des dirigeants de la communauté juive qui avaient été enlevés et tués au Liban » entre 1984 et 1986. Là encore, la réaction du Hezbollah interpelle. Tout en considérant la mesure positive mais insuffisante, le parti s’en est une nouvelle fois pris aux autorités libanaises, les accusant de « soumission à l’ennemi » et les tenant pour « responsables » du désastre au Sud. Il les a même mises en garde contre « les conflits internes ». Les revers militaires du parti pourraient-ils l’inciter à se retourner davantage contre la scène intérieure? Enfin, l’armée israélienne a fait dimanche une déclaration importante en annonçant envisager de réduire sa zone d’occupation au Liban-Sud, en passant de l’actuelle « zone jaune » à une « zone grise ». Une telle évolution traduirait, selon cette lecture, une diminution de la menace représentée par le Hezbollah. La mesure n’a toutefois pas encore été approuvée par le leadership politique israélien. Le Yémen et la Palestine La semaine a également été particulièrement tendue au Yémen, où les affrontements entre les rebelles houthis et les forces gouvernementales n’ont cessé de s’intensifier, jusqu’à un samedi particulièrement meurtrier qui a fait plus de 60 morts en une seule journée, portant à environ 200 le nombre de victimes depuis jeudi. L’offensive des Houthis vise notamment à prendre le contrôle de certaines zones bordant le passage de Bab el-Mandeb, ce qui donnerait à cet allié de l’Iran un ascendant supplémentaire sur un autre verrou stratégique majeur, après le détroit d’Ormuz. En Palestine, des propos particulièrement inquiétants d’Israël Katz sur Gaza ont marqué la semaine. Celui-ci a affirmé, sans fournir de preuves, que la plupart des habitants de la bande souhaitaient la quitter, soulignant qu’Israël était « prêt à une telle évacuation » de masse. De quoi laisser penser que le calvaire des Gazaouis est loin d’être terminé. Enfin, notons que l’AIEA a annoncé, le 1er septembre, que des infrastructures découvertes à Deir el-Zor, en Syrie, indiquent que l’ancien régime de Bachar al-Assad préparait secrètement un programme nucléaire avancé susceptible d’aboutir à la fabrication d’une arme atomique avec l’aide d’experts nord-coréens.
Hommage
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Par Michel Hajji Georgiou - Publié sept. 6, 2026 - 13:31
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Le joueur argentin, qui a mis fin à sa carrière internationale le 31 août 2026, n’était rien moins qu’un prestidigitateur des stades. Son parcours, fait de prodiges, de chutes et de rédemption, dit peut-être quelque chose de notre besoin intact d’enchantement dans un monde qui prétend pourtant s’en être défait. Annoncée quelques semaines après la finale de Coupe du monde 2026 perdue contre l’Espagne, la retraite internationale de Lionel Messi n’a pas été sans provoquer une émotion dont il est difficile de trouver beaucoup d’équivalents dans l’histoire récente du football. Il faudrait sans doute remonter à Maradona, ou encore à Cruyff ou Pelé, pour retrouver cette sensation qu’avec le retrait d’un joueur disparaît quelque chose qui excède très largement le sport lui-même, comme si une certaine manière d’habiter le football, sinon même d’y croire, arrivait, elle aussi, à son terme. Loin des glacis de la raison Las des interminables statistiques et des insupportables querelles, fastidieuses et stériles, autour de «qui est le meilleur de tous les temps». L’auteur de ces lignes n’a jamais été un fanatique de ballon rond, ni des classements verticaux ou d’une hiérarchie du mérite en général, et, partant, apprécie le talent de chaque joueur avec le même regard émerveillé d’un enfant de 11 ans. Du reste, cette obsession particulièrement contemporaine des chiffres gâche tout le plaisir du spectacle. Et pour cause: la démarche qui consiste à additionner les buts, les passes décisives, les Ballons d’or, les Ligues des champions, les Copa América, les Coupes du monde… ne peut être que réductrice. Elle n’est pas sans évoquer, sur un autre registre, la critique développée par le philosophe germano-américain Eric Voegelin de la tentation gnostique moderne: celle d’un savoir persuadé de pouvoir enfermer la réalité dans un système et abolir ce qui lui résiste. Les records sont probablement un indicateur du génie de Lionel Messi. Mais tant d’autres grands joueurs qui ont fait vibrer les stades et les cœurs, qui n’ont pas réalisé la moitié de ses exploits, restent pourtant éternels dans les mémoires. Ce qui les a rendus véritablement singuliers se trouve ailleurs, loin des glacis de la raison. Quelque chose d’autre s’est joué autour d’eux. Quelque chose qui relève d’un certain sens profond de la transcendance, que l’entendement ne saurait pleinement saisir. C’est le cas de Lionel Messi pendant plus de vingt ans, depuis le jour où, sous les regards de «l’icône» Diego Maradona, il faisait sa toute première entrée, en juin 2006, dans l’arène de la Coupe du monde sous les couleurs de l’Albiceleste contre la Serbie-Monténégro. Or cet élément indicible qui fait le génie de Messi, comme pour d’autres, touche peut-être à l’un des paradoxes les plus curieux de la modernité: la persistance de la magie dans un monde qui s’est précisément construit contre elle. Le monde désenchanté Max Weber parlait du désenchantement du monde pour désigner ce lent processus par lequel la modernité occidentale avait progressivement soumis l’existence à la rationalisation, au calcul, à la prévisibilité et à l’explication causale. Le monde ne devait plus être parcouru de puissances obscures, de signes, d’interventions surnaturelles ou de volontés invisibles; il devait, au moins en principe, devenir intelligible. Malheureusement, le sport moderne, et plus largement le monde moderne hérité de la globalisation, s’inscrit parfaitement dans cette dynamique. Le football d’aujourd’hui, et pas seulement le football, est en effet probablement l’un des objets les plus quantifiés qui soient. Le moindre geste est mesuré, et tout est soigneusement calculé et modélisé. Des mathématiques à l’intelligence artificielle, le talent brut dépend désormais davantage de la science que de l’enchantement. C’est ce qu’il y a d’humain, dans son rapport spontané, voire sauvage, avec l’invisible issu du cœur, qui disparaît sous nos yeux, au profit de la quadrature de la VAR. C’est, quelque part, le meurtre du sport au nom de plus de rigueur et d’équité… quand bien même l’euthanasie de cette part de spontané sublime finit par provoquer elle-même des injustices flagrantes. Il suffit, pour s’en assurer, de revenir sur certaines décisions controversées du Mondial 2026. Paradoxe des paradoxes, Lionel Messi est lui-même, à l’origine, un enfant de cette modernité technique, à laquelle il doit certainement une partie de sa carrière exceptionnelle. Son corps, trop petit pour les standards attendus, a été corrigé par un traitement hormonal. Détecté très tôt, son talent a été pris en charge par une institution qui a organisé sa formation, son alimentation, son développement physique et son intégration dans une machine sportive déjà mondialisée. Rien, en apparence, ne pouvait être plus éloigné du vieux récit héroïque. L’histoire ressemble davantage, de prime abord, aux dystopies du genre de Gattaca plutôt qu’à celui des mythes et récits messianiques. Pourtant, ce vieux récit est bel et bien revenu, et même avec une insistance presque embarrassante. Depuis les débuts de sa carrière, Lionel Messi a été passé au microscope. Mais plus l’on s’acharnait à l’expliquer et à le démystifier, moins on réussissait à dissiper entièrement l’impression produite par certains de ses gestes. L’homme n’arrive simplement pas à être circonscrit et réduit à l’accumulation de données. À l’âge où la plupart des grands joueurs rentrent dans l’ombre, il continue de surprendre. De stupéfier, même, en apportant au sport cette part d’insensé qui échappe à l’hypersystématisation, quasi robotique, du monde. C’est probablement là qu’il faut chercher cet ailleurs qui caractérise Messi. Dans une survivance de la magie à un moment où même les lieux qui permettaient l’expression positive d’une humanité faite de chair et de sang se retrouvent progressivement «disciplinés» par cet attrait hypnotique pour une nouvelle gnose puritaine au nom de la modernité. Le Messie fabriqué par la machine Bien qu’issu, en quelque sorte, de la machine matricielle, Lionel Messi constitue en lui-même une remise en question de ce modèle de prêt-à-porter. Une sorte d’alter ego du Neo de Matrix jeté dans une simulation régie par des paramètres qui prétendent tout calculer. La destinée de l’Argentin a en effet progressivement pris, presque malgré lui, la forme d’un récit messianique. Le calembour sur son nom serait trop facile s’il n’avait pas été constamment relancé par sa propre histoire: celle de l’enfant fragile, auquel le corps semble vouloir refuser l’accomplissement auquel son talent le destine. Puis celle de l’exil très jeune vers Barcelone, de l’adoption par une ville étrangère, de l’ascension presque irréelle, de la reconnaissance mondiale, et ensuite de cette étrange difficulté à être reconnu par les siens… Car, pendant longtemps, l’Argentine a entretenu une relation de hainamoration avec son enfant prodigue. Qu’importaient ses résultats, son talent, sa brillance… il lui fallait répondre à une seule question, impitoyable: pourquoi n’était-il pas Maradona? Certes, la comparaison était inévitable, mais elle était aussi profondément injuste. Tout séparait les deux hommes dans leur manière d’être au monde. Maradona portait l’Argentine avec tout ce qu’elle pouvait avoir de passionnel, de contradictoire, d’excessif et de théâtral. Il parlait, provoquait, se battait, tombait, revenait, mêlait au football sa vie privée, ses colères, ses engagements politiques… jusqu’à sa propre destruction. Son corps lui-même semblait devenir l’un des lieux où se jouaient les contradictions de son pays. Maradona était l’incarnation même de ce que le monde attendait du football: une âme rebelle, poussant parfois le jeu jusqu’à l’immoralité, mais dans une forme de gigantomachie du football. Maradona était épique. Et, surtout, il avait placé son pays au firmament du football en 1986. Messi, lui, ne donnait rien de tout cela. Il était silencieux, parfois presque absent du récit que les autres construisaient autour de lui, absence qui fut longtemps interprétée comme un défaut. Presque effacé, sans personnalité. C’est d’ailleurs ce que lui reprochèrent les deux géants Maradona et Pelé: manquer de leadership, être trop lisse. Une sorte de bébé-éprouvette miracle des stades. On reprochait aussi à l’enfant de Rosario de ne pas chanter suffisamment l’hymne, de ne pas être assez argentin, d’avoir été «fabriqué» par Barcelone, puis naturellement de ne pas gagner avec la sélection ce qu’il gagnait presque continuellement avec son club. La prophétie inachevée La finale du Mondial 2014 perdue de manière dramatique contre l’Allemagne, puis celles des Copa América 2015 et 2016, avaient progressivement transformé ce soupçon en accusation. Lorsqu’il manqua son tir au but contre le Chili en 2016 et annonça ensuite qu’il renonçait à la sélection, il était pourtant déjà l’un des plus grands joueurs de l’histoire du football. Mais son récit restait étrangement inachevé. Le sentiment d’inachèvement ne concernait pourtant guère son palmarès. Plutôt cette nécessité quasi archaïque continuellement imposée aux héros modernes: parachever leur parcours initiatique. Sous les couleurs argentines, Messi brillait, puis chutait lourdement. Mais il ne se relevait pas. Il n’accomplissait pas la prophétie. Et, aux yeux de son peuple, cela renforçait le sentiment de hainamoration: un dieu déchu reste un dieu, malgré tout. Mais avec, en prime, ce qui est, aux yeux de ses adorateurs, un substrat d’humanité insupportable et, partant, parfaitement haïssable: ses tares, ses faiblesses. Les Argentins aimaient Maradona malgré sa déchéance spectaculaire et son humanité faillie. Mais c’est parce qu’il avait «mérité» cette déchéance, qu’elle était, quelque part, devenue acceptable après Mexico 1986. Messi, lui, n’avait pas encore le droit de chuter, parce qu’il n’avait pas encore atteint le sommet. Non, la prophétie n’était pas accomplie. Elle tournait même à la caricature. Messi revint donc. Mais il dut attendre encore sa rédemption. Il fallut la Copa América 2021, au Maracanã, pour que cette relation faite de soupçon, d’attente et de déception avec son public et son peuple commence véritablement à changer. Et il fallut surtout le Mondial 2022 pour que l’histoire acquière cette forme presque trop parfaite que personne n’aurait osé écrire sans paraître céder à une facilité scénaristique. Fait étrange, Maradona était mort en 2020. C’est comme si une sorte de malédiction nationale oppressante avait été levée. En même temps, le peuple argentin avait besoin d’une figure paternelle de substitution, et la pression ne s’en retrouvait que redoublée. Mais peut-être mêlée d’un peu de tendresse, cette fois? Ce qui s’est produit au Qatar en 2022 est d’autant plus intéressant que Messi lui-même y apparaît légèrement différent. Il proteste davantage, répond aux provocations, s’emporte, parle avec une violence dont on ne le croyait guère capable et laisse même échapper ce «¿Qué mirás, bobo?» face aux Néerlandais qui amuse l’Argentine. Buenos Aires y découvre enfin, avec retard, ce qu’elle avait toujours attendu de lui. Un peu de Maradona dans beaucoup de Messi. Mais Messi ne devient pas pour autant Maradona. Et c’est peut-être précisément là que se produit la véritable réconciliation: l’Argentine cesse de lui demander de l’être. À partir de 2022, Messi n’a plus besoin d’incarner un autre modèle du génie national. Il peut enfin devenir, pour son pays aussi, ce qu’il avait été partout ailleurs: Messi. Simplement. L’acte final de la prophétie Certes, le triomphe de 2022 aurait pu constituer une fin parfaite. Mais, comme pour Maradona, l’acte final de la prophétie héroïque est la chute. Personne n’attendait plus vraiment quelque chose d’exceptionnel de Messi en 2026. À 39 ans, l’on considérait largement qu’il faisait partie des «héros fatigués». La chute du Capitole avait eu lieu avec l’épisode amer de son départ du FC Barcelone et sa mésaventure au PSG. Il n’évoluait plus qu’en ligue américaine, sous les couleurs de Miami… à la périphérie du monde du football, dans les terres lointaines du soccer. Et la nouvelle génération était déjà là, prête à envoyer les ancêtres à Bicêtre. Pourtant, ce Mondial de 2026, qui paraissait devoir n’être qu’un épilogue, se transforma en un dernier coup d’éclat sensationnel. L’Argentine atteignit encore la finale, avec un Messi redevenu à 39 ans son «leader historique» et son recours dans les moments décisifs, accomplissant quelque chose qui n’était pas sans rappeler ce que Roberto Baggio avait réalisé pour l’Italie en 1994, à… 27 ans: le deus ex machina continuel. Baggio échoua aux portes du triomphe contre le Brésil, après avoir pratiquement porté l’Italie jusqu’à Pasadena. Son penalty envoyé au-dessus de la transversale devait laisser l’une des images les plus cruelles de l’histoire des Coupes du monde: celle d’un homme immobile, la tête basse, les mains sur les hanches, tandis que le Brésil célébrait sa victoire. Celui qui était «mort debout». Le lutin italien n’avait jamais connu l’apothéose. Mais cette mort symbolique, loin d’effacer son tournoi, finit elle aussi par entrer dans sa légende. L’histoire fut plus clémente pour Messi, en dépit d’une campagne de haine à son encontre, mêlée d’accusations de triche et de favoritisme, sur fond de décisions arbitrales controversées et d’actes de jeu déloyaux de son équipe, comme elle l’avait été naguère pour Maradona. Plus encore, même. Une finale lors d’un sixième Mondial au bord de la retraite, avec, à la clef, une prestation individuelle hors pair? C’est précisément là ce qu’il y a de magique dans le phénomène Messi, et qui défie la raison et son avalanche de statistiques. Le génie ne peut être enfermé dans une somme de paramètres et de variables. Sa forme physique, même optimale, ne peut pas expliquer à elle seule ce dont le monde entier a été témoin. Et qu’importe si son récit nous rappelle que le héros, tout mythique qu’il fût, ne saurait abolir la sinistre influence de Saturne. Le réenchantement du monde Car, au-delà de la prophétie accomplie, de l’ascension à la chute, avec son lot de bonheurs et de malheurs, l’Argentin a livré au monde un dernier tour de piste qui relève de l’art, sinon de la poésie homérique. Avec le retrait de Lionel Messi de la scène internationale, c’est un peu de la magie du monde qui disparaît… en attendant qu’un autre héros providentiel revienne enchanter les stades. Messi aura incarné, pendant plus de vingt ans, la coexistence de deux mondes que l’on croyait incompatibles: celui de la rationalisation extrême du sport moderne et celui, beaucoup plus ancien, du héros, du signe, de l’attente et de l’enchantement. Lorsque Messi s’en va, quelque chose de cette contradiction apparaît brusquement. D’autres prodiges ont déjà émergé, mais nous découvrons peut-être, au moment même où l’un de ses derniers grands représentants quitte la scène, à quel point nous continuons à avoir besoin de transcendance. Le monde moderne n’a donc probablement pas supprimé l’enchantement. Il n’a fait que le déplacer. Pendant quatre-vingt-dix minutes, cet homme nommé Lionel Messi, qui l’a incarné sur les pelouses, s’en va après avoir tout accompli. Et même plus.
Analyse

Sommes-nous devenus plus stupides?

Ou vivons-nous une transformation de la structure du savoir?
Portrait de l'auteur
Par Mona Fayad - Publié sept. 5, 2026 - 20:01
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La question «Le monde est-il devenu plus stupide?» revient régulièrement dans les débats contemporains sur les médias numériques, les moteurs de recherche et les réseaux sociaux. Elle paraît simple en apparence, mais dissimule une problématique plus profonde, liée à la nature même du savoir: comment est-il produit, comment est-il transmis et comment est-il consommé? Peut-être que la question «Sommes-nous devenus plus stupides?» n’est pas la plus juste. Il faudrait plutôt demander: le savoir se transmet-il encore d’une manière qui permette de le comprendre et de le rendre productif? La majorité de ceux qui lisent reviennent-ils encore aux textes originaux? Ou se tournent-ils vers leurs résumés et vers ce qui en est rapporté à travers ce qui circule entre les lecteurs? L’une des clés permettant de comprendre ce phénomène se trouve dans les travaux du psychologue britannique Frederic Bartlett, qui mena dans les années 1930 une série d’expériences sur ce qu’il appelait la «reproduction sérielle». Dans ces expériences, on demandait à une personne d’écouter une histoire puis de la raconter à une autre, qui la racontait à son tour à une troisième, et ainsi de suite. Les résultats furent frappants: à chaque nouvelle transmission, l’histoire n’était pas reproduite telle quelle, mais reformulée. Certains détails disparaissaient, d’autres étaient amplifiés, d’autres encore remplacés par des éléments correspondant au contexte, à l’expérience et à la culture du destinataire. Lorsque la chaîne atteignait un nombre suffisant de relais, l’histoire originale était devenue quelque chose de tout à fait différent. Ce modèle simple met au jour une vérité fondamentale: la mémoire n’est pas un réceptacle neutre, mais un mécanisme de reconstruction. Et lorsque le savoir passe par de multiples intermédiaires, il n’est pas «conservé», mais «reproduit». C’est ici que commencent à apparaître les ressemblances avec notre monde contemporain, ainsi que la crainte de devenir plus stupides. À l’ère des médias numériques, le savoir ne se transmet plus par l’écoute orale, mais à travers des chaînes de médiation: un article est résumé, puis cité, puis republié sous la forme d’un bref post, avant d’être encore réduit à une phrase ou à un titre. Dans ce contexte, on peut reprendre une image métaphorique apparue dans un texte de presse: celle d’une bibliothèque dont les livres seraient remplacés par des résumés, puis par des résumés de résumés, jusqu’à ce que le lecteur se retrouve face à des couches successives de réduction, dans ce que l’on pourrait appeler la «chaîne du raton laveur», qui ne lit pas l’original mais fouille dans ses restes. Il faut préciser ici que le choix du «raton laveur» n’est pas fortuit. Cette métaphore condense symboliquement une situation cognitive qui tend à s’enraciner. Cet animal, qui vit à la périphérie des villes et fouille dans les poubelles, ne produit pas sa nourriture: il se nourrit des restes de ce que les autres produisent. Malgré son intelligence pratique et son aptitude à démonter, saisir et récupérer les choses, il ne comprend pas véritablement ce qu’il a entre les mains, mais les traite comme des matériaux destinés à un usage immédiat. Ainsi se présente le savoir à l’époque de la réduction en série: des textes sont abrégés, puis abrégés de nouveau, jusqu’à ce qu’il n’en subsiste que des miettes de sens, réorganisées et remises en circulation sans véritable lien avec leur source. À ce stade, nous ne nous sommes pas seulement éloignés de l’original: nous sommes entrés dans une nouvelle phase de production de l’information ou du savoir, où l’acteur cognitif n’est plus un lecteur ou un penseur, mais un ramasseur de fragments de sens qu’il redistribue sous des formes rapidement consommables. La «culture du raton laveur» ne désigne donc pas seulement la superficialité. Elle décrit avec précision la dégradation de la chaîne même du savoir, de la création au résumé, de la compréhension au traitement formel, des idées à ce qui n’est plus que leur trace pâlie. Mais ce phénomène ne peut être compris indépendamment de la structure technique qui le gouverne. C’est ici qu’intervient Marshall McLuhan, qui résumait sa pensée dans la célèbre formule: «Le médium est le message.» Le problème ne réside donc pas seulement dans le contenu, mais dans la forme à travers laquelle ce contenu est transmis. Les médias numériques contemporains ne se contentent pas de transporter l’information: ils la remodèlent selon une logique de vitesse, de condensation et de fragmentation. Le texte long devient impropre à la consommation, tandis que l’idée n’est admise qu’à condition d’être réduite à quelques lignes susceptibles d’être partagées. Cette transformation crée un paradoxe saisissant: nous vivons à une époque où l’accès au savoir n’est plus difficile, mais excessivement facile. Or cette facilité excessive fait apparaître ce que l’on pourrait appeler une «illusion cognitive»: il suffit de lire un court extrait ou un résumé rapide pour avoir le sentiment de posséder l’idée. Mais ce sentiment de maîtrise ne s’accompagne pas nécessairement d’une compréhension profonde ni de la capacité à reconstruire ou à critiquer le savoir. C’est ici qu’apparaissent ceux que l’on pourrait qualifier de «semi-instruits»: des individus qui possèdent les signes du savoir mais non sa structure, son vocabulaire mais non sa logique interne. Le problème se complique encore lorsqu’on l’examine sous l’angle de l’attention. Au lieu de demeurer dans un état de concentration prolongée, comme dans la lecture traditionnelle ou la réflexion soutenue, l’esprit vit désormais sous un bombardement informationnel continu: notifications, vidéos, titres et vagues successives de contenu. Cette situation ne produit pas seulement une dispersion de l’attention, mais la reconfigure selon une logique de saut permanent entre de brèves unités de sens, au lieu d’une construction progressive et cumulative de l’idée. Je me souviens ici d’une anecdote que nous nous racontions autrefois et qui circulait beaucoup au temps des manifestations populaires. Elle illustre bien le mécanisme de réduction et de transformation du contenu. Après l’occupation de la Palestine, de nombreuses manifestations populaires descendirent dans les rues en scandant: «À bas la déclaration Balfour!» La plaisanterie voulait qu’à la fin de la manifestation, le slogan soit devenu: «Qu’un type tombe d’en haut!», les deux formules ayant en arabe une proximité rythmique et sonore. Cette image permet peut-être de mieux saisir ce qui se passe dans le langage quotidien lorsque le savoir devient une série de messages courts répétés collectivement. La manifestation commence par une formule politique précise. Puis, sous l’effet de la répétition, de la fusion collective et du rythme sonore, elle se transforme progressivement en une autre formule, complètement différente. Celle-ci peut conserver le rythme et l’intensité affective de la première, mais elle en perd la signification et le sens originels. Ce qui subsiste n’est plus le sens, mais l’énergie émotionnelle de la formule. On retrouve ici, sous une autre forme, ce qu’avait observé Bartlett: ce qui importe n’est pas seulement ce qui a été dit, mais la manière dont cela a été répété et réinterprété dans un contexte social changeant. Si nous réunissons ces différents fils, nous pouvons dire que ce que nous vivons aujourd’hui relève moins d’un «effondrement de l’intelligence» que d’une transformation des conditions dans lesquelles elle se déploie. L’esprit humain n’a pas radicalement changé, mais l’environnement dans lequel il fonctionne, lui, s’est profondément transformé: nous sommes passés d’un environnement permettant l’accumulation lente à un environnement imposant une reproduction rapide et fragmentée du savoir. Ce changement crée une tension permanente entre deux formes de pensée: une pensée réflexive, qui a besoin de temps, et une pensée rapide, qui exige une réponse immédiate. À cette lumière, la question «Sommes-nous devenus plus stupides?» devient en partie trompeuse. Il serait sans doute plus juste de dire que nous sommes davantage exposés à des conditions qui rendent la pensée profonde moins stable, voire moins possible, et qui rendent le savoir plus vulnérable à la fragmentation et au recyclage. Quant à la stupidité, si le terme est permis, elle n’est peut-être pas une propriété de l’esprit, mais un effet secondaire et une caractéristique de la structure culturelle qui s’est mise en place. C’est une technique qui reconfigure notre rapport au monde. Ainsi, plutôt que d’y voir un déclin des capacités humaines, nous pouvons y voir une transformation de «l’environnement du savoir»: un environnement où il est devenu facile de savoir quelque chose, mais plus difficile de le comprendre véritablement, dans toute sa profondeur.
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Guerre iranienne: bras-de-fer diplomatique sur fond d’escalade militaire

Près de 24 heures avant l’expiration du délai accordé par le président US Donald Trump à Téhéran pour répondre aux 15 points d’un plan américain devant mettre fin à la guerre en cours, les contacts diplomatiques visant à favoriser l’amorce d’un dialogue s’intensifient alors que la dynamique, sur le terrain, reste celle d’un accroissement de la pression: les frappes israélo-américaines contre des cibles militaires iraniennes se poursuivent, violentes, pendant que Téhéran continue de cibler des infrastructures civiles et militaires en Israël et dans les pays du Golfe. Plus que jamais aujourd’hui, le risque d’un embrasement régional total à grande échelle semble élevé si Téhéran poursuit ses tergiversations au sujet de son programme nucléaire et balistique ou de son «parrainage» des milices qui déstabilisent des pays comme le Liban, l’Irak ou le Yémen, voire même des pays du Golfe où des cellules terroristes, liées notamment au Hezbollah, sont régulièrement démantelées. Au cas où l’Iran apporterait une réponse en demi-teinte aux exigences américaines, Washington donnerait son feu vert pour une opération terrestre dont il avait brandi la menace, et qui impliquerait une mainmise sur des points stratégiques, comme l’île de Kharg, et trois autres, Abou Moussa, la Grande tombe et la Petite tombe. Ces trois dernières îles étaient jusqu’au début des années 1970 sous contrôle des Emirats arabes unis mais sont tenues actuellement par les forces iraniennes, lesquelles menacent la navigation commerciale dans le Détroit d’Ormuz. Jeudi, Donald Trump a adressé une nouvelle mise en garde à Téhéran, dans un message sur son réseau social, Truth Social , l’appelant à «devenir sérieux avant qu’il ne soit trop tard». «Les négociateurs iraniens sont très différents et bizarres. Ils feraient bien de devenir sérieux très vite, avant qu'il ne soit trop tard, car à défaut d'accord, il n'y aura pas de retour en arrière, et ça ne va pas être joli», a-t-il averti. Un peu plus tard, au cours d’une conférence de presse, il a réaffirmé que l’armée américaine a presque entièrement détruit les capacités militaires de l’Iran et que c’est «Téhéran et non pas les Etats-Unis qui aspire désespérément à un accord, contrairement à ce que des médias rapportent», en ajoutant «ne pas être sûr de vouloir signer un accord» Les médiateurs s’efforcent toujours de trouver un terrain commun pour un début de sortie de crise, comme l’ont confirmé les ministres des Affaires étrangères d’Egypte, Badr Abdelatty, et du Pakistan, Ishaq Dar. Ces derniers ont expliqué que leurs pays respectifs jouent le rôle d’intermédiaires, avec la Turquie, et transmettent des messages entre Téhéran et Washington. «Les efforts égyptiens se poursuivent pour parvenir à une désescalade. Bien que nous n’ayons pas encore abouti à des résultats concrets, nous restons optimistes», a affirmé le chef de la diplomatie égyptienne, Badr Abdelatty, qui a été reçu jeudi par le président libanais, Joseph Aoun, au Palais de Baabda. Il a indiqué que son pays menait en outre des contacts avec Israël, les États-Unis et la France pour éviter également une incursion terrestre israélienne plus profonde au Liban, tout en soutenant un désarmement du Hezbollah et une extension de l’autorité étatique libanaise sur l’ensemble du territoire. Le détroit d’Ormuz, baromètre de la crise La multiplication des intermédiaires reflète la complexité du règlement d’une crise multidimensionnelle qui a vite fait de dépasser le cadre bilatéral de l’Iran, d’une part, et d’Israël et des Etats-Unis, d’autre part. Cette dimension apparaît surtout au niveau du bras-de-fer autour du détroit d’Ormuz, un levier de pression important pour l’Iran, qui cristallise aujourd’hui toutes les tensions. Non seulement entre l’Iran et l’axe Tel-Aviv-Washington, mais aussi entre les Etats-Unis et leurs partenaires européens. Sur Truth Social , le président américain a renouvelé ses critiques contre les Européens qui devraient s’engager, selon lui, dans la guerre pour assurer la fluidité du passage des pétroliers et des cargos dans le détroit d’Ormuz. «Les pays de l’Otan n’ont absolument rien fait pour aider face à cette nation folle qu’est l’Iran, aujourd’hui militairement décimée. Les États-Unis n’ont besoin de rien de l’Otan, mais il ne faudra jamais oublier ce moment très important», a-t-il averti. Une menace qu’il a répétée au cours de sa conférence de presse et qui alimente notamment des craintes européennes d’une perte du soutien américain à l’Ukraine dans sa guerre contre la Russie. Alors que les pays du G7 ont commencé jeudi à discuter du dossier moyen-oriental, à Bruxelles, le secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte, a indiqué que plus de trente États coordonnent leurs efforts pour garantir la liberté de navigation sur le détroit d’Ormuz où seuls les navires battant pavillon de pays jugés «neutres» par Téhéran sont autorisés à passer. Le Premier ministre malaisien Anwar Ibrahim a ainsi annoncé que ses pétroliers ont pu traverser après des discussions avec la République islamique, alors que le Conseil de coopération du Golfe, par la voix de Jassem Al-Budaiwi, accusait l’Iran d’exiger des contreparties financières pour laisser passer les navires. Donald Trump a rejeté ce «chantage iranien» et précisé au cours de sa conférence de presse que 154 navires de guerre iraniens ont été détruits, alors qu’Israël avait annoncé un peu plus tôt la liquidation du commandant de la marine des Gardiens de la Révolution, Alireza Tangsiri, «directement responsable du blocage du détroit d’Ormuz». Son élimination peut être considérée stratégique dans la perspective d’une possible opération militaire destinée à rétablir la liberté de navigation sur ce passage. Le Liban, un autre nœud de la crise Un autre nœud compliqué de la crise: le Liban. Sur le terrain, les affrontements entre Israël et le Hezbollah s’intensifient. L’armée israélienne qui continue d’avancer plus en profondeur au sud du pays, loin de la frontière, a annoncé la mort d’une trentaine de miliciens du Hezbollah dans des combats au corps à corps. Un seul soldat israélien a été tué au cours de cette bataille. Au moins trois personnes ont été par ailleurs tuées dans la partie méridionale du pays dans des frappes israéliennes, alors qu’un Israélien a succombé à ses blessures à Nahariya, ciblée dans l’après-midi par le Hezbollah. Le parti pro-iranien semble élargir progressivement le spectre de ses cibles, ses roquettes ayant atteint Acre, jeudi. Derrière cette escalade, se profile cependant une importante divergence stratégique. Israël, comme le répète ses dirigeants, veut toujours dissocier le front libanais du dossier iranien, afin de conserver sa liberté d’action militaire et d’en finir avec la menace permanente que constitue le Hezb pour les localités de la partie nord de son territoire. Une incursion en profondeur pour établir une zone de sécurité ou une zone tampon s’inscrit dans cette logique. Le porte-parole arabophone de l’armée israélienne, Avichaï Adraee, a renouvelé jeudi après-midi, son appel aux habitants des localités situés au sud du Zahrani, à se déplacer vers la nord. À l’inverse, Téhéran semble vouloir lier les deux dossiers, si jamais des négociations sont menées avec Washington, conditionnant, entre autres, toute désescalade à un arrêt des opérations israéliennes au Liban. Il aurait d’ailleurs adressé des messages en ce sens à son bras militaire dans le pays. Cette même condition a été de nouveau posée par le chef du groupe pro-iranien, Naïm Qassem, dans son message diffusé mercredi par la chaîne al-Manar et au cours duquel il a réaffirmé son opposition à des négociations avec l’Etat hébreu. Mais le plus important reste le bras-de-fer entre l’Etat, qui veut s’affirmer et se distancier du Hezb, et la formation pro-iranienne et ses alliés, qui cherchent toujours à imposer leurs quatre volontés. L’une des principales facettes de ce bras-de-fer reste la querelle autour de la décision de l’Etat d’expulser l’ambassadeur Mohammad Reza Chibani, nommé par Téhéran à Beyrouth. Cette décision, rappelle-t-on, a été annoncée par le ministère des Affaires étrangères, au terme de consultations avec la présidence de la République et la présidence du Conseil. Les ministres chiites, pourtant des serviteurs de l’Etat comme leurs collègues, s’alignent dans ce contexte sur la politique de l’Iran et du tandem Amal-Hezbollah. En signe de protestation contre une décision qu’ils jugent injustifiée, ils ont boycotté jeudi la réunion du Conseil des ministres qui s’est tenue au Sérail. Seul Fady Makki, ministre chiite indépendant, a pris part à la réunion. La position de ses collègues a mis en relief ce vaste fossé qui existe aujourd’hui entre deux Liban: celui des affidés d’une puissance étrangère qui veut garder sa mainmise sur le pays et celui des Libanais qui veulent s’affranchir des forces qui spolient leur souveraineté et minent leur Etat, sans pour autant céder sur l’essentiel. Face aux risques d’une nouvelle occupation israélienne d’une partie du Liban-Sud, à cause du Hezbollah, le Premier ministre, Nawaf Salam, a chargé le ministre des Affaires étrangères, Joe Raggi, de présenter à l’Onu une plainte contre Israël. Parallèlement, il a dénoncé la présence de deux miliciens du Hezb dans la cellule terroriste, démantelée la semaine dernière par le Koweit, de même qu’il a stigmatisé les frappes iraniennes contre les pays du Golfe. Après des années d’isolement, toujours à cause du Hezb, le Liban officiel réintègre progressivement son environnement arabe et s’écarte de l’axe qui lui a valu une cascade de destructions au fil des ans.

Nabih Berry, l'architecte de l'occupation iranienne du Liban

À un moment charnière de la trajectoire libanaise, la décision d'expulser l'ambassadeur iranien ne saurait être traitée comme un geste diplomatique ordinaire. C'est, très simplement, le premier véritable test de la capacité de l'État libanais à dire « non » à un projet régional qui vide sa souveraineté de sa substance depuis des années. Mais comme toujours, le problème n'est pas seulement extérieur — il réside au-dedans, et plus précisément chez ceux qui se prétendent partenaires dans la gouvernance. Au centre de ce tableau se dresse Nabih Berry, notre omniprésent président de la Chambre. Berry, qui tente aujourd'hui de se poser en garant de la stabilité, est en réalité l'un des principaux architectes de son effondrement. L'homme qui s'est longtemps présenté comme une « soupape de sécurité » n'est devenu, en vérité, qu'une soupape d'obstruction — bloquant toute tentative sérieuse de contester la domination du Hezbollah et l'emprise de l'Iran sur le Liban. Disons-le clairement : l'enjeu n'est pas la seule expulsion de l'ambassadeur iranien, mais le système qui a permis à cet ambassadeur de se conduire en souverain de facto, contournant ouvertement les normes diplomatiques et parlant au-dessus de l'État libanais lui-même. Et lorsqu'un acte minimal de responsabilité est enfin posé, Berry surgit pour en questionner le bien-fondé — comme si la souveraineté libanaise était matière à négociation. Ce que fait Berry aujourd'hui n'est pas de la médiation. C'est de la protection. Il sait parfaitement que l'expulsion d'un ambassadeur ne chassera pas le Corps des gardiens de la révolution islamique du Liban. Il refuse pourtant jusqu'à cet affrontement politique minimal. Pourquoi ? Parce que toute remise en cause sérieuse démolirait inévitablement le système même dans lequel il a profondément investi — un système de corruption et de clientélisme qui a fourni, pendant des décennies, une couverture politique aux armes du Hezbollah. Plus dangereusement encore, Nabih Berry, qui prétendait autrefois pouvoir « contenir » le Hezbollah et le réintégrer dans le corps de l'État libanais, a aujourd'hui pratiquement disparu. Aucun leadership, aucune clarté, rien qu’un concert de voix mettant en garde contre le risque de « provoquer la communauté chiite », comme si la souveraineté elle-même constituait un affront confessionnel. Telle est l'équation que Berry cherche à imposer : toute tentative de faire face aux armes du Hezbollah ou à l'influence de l'Iran devient une agression contre une communauté toute entière. C'est une formule profondément cynique et dangereuse — non pas une protection de la communauté chiite, mais une prise en otage de celle-ci au service d'un projet régional qui se soucie fort peu de ses vies ni de son avenir. Ce à quoi nous assistons aujourd'hui est, en partie, une tentative tardive de sauvetage — non seulement de l'État, mais d'une large frange des Chiites libanais dont l'agentivité politique a été méthodiquement confisquée. L'ironie saute aux yeux : les forces mêmes qui s'opposent au Hezbollah et à ses alliés sont souvent celles qui offrent refuge et dignité aux familles déplacées, tandis que leurs propres régions au Sud sont transformées en champs de bataille. Quant aux menaces de retrait ministériel, elles ne relèvent guère que du théâtre politique. L'enjeu n'est pas deux ministres interchangeables, mais une structure armée qui opère au-dessus et en dehors de l'État. Si Berry croit que la pression de la rue ou le spectre de la guerre civile inverseront la trajectoire en cours, il se fourvoie gravement. Le Liban a changé. Le Hezbollah ne peut plus se présenter de manière crédible comme un mouvement de « résistance » — non après avoir retourné ses armes vers l'intérieur, non après s'être coulé dans un agenda régional iranien. Les citoyens libanais ne peuvent davantage être sommés d'accepter que la stabilité passe par un compromis sans fin avec ceux qui entraînent le pays dans des guerres qu'il n'a ni choisies ni les moyens de soutenir. Oui, le risque d'escalade existe. Oui, les tensions sont réelles. Mais le péril plus grand réside dans la perpétuation de ce déni collectif — dans une logique politique qui s'acharne à normaliser l'anormal, à transformer l'agresseur en partenaire légitime de gouvernance. Aujourd'hui, l'État libanais est face à un choix sans détour : poursuivre la voie de la complicité, telle que la préconisent Berry et ses alliés, ou commencer — si prudemment soit-il — à reconquérir son autorité. Expulser l'ambassadeur iranien est peut-être insuffisant, mais c'est un message. Un message aux Libanais avant la communauté internationale — signifiant qu'il se trouve encore des gens qui refusent que le Liban demeure une plateforme pour les guerres des autres. Et un message, avant tout, à Nabih Berry : l'ère des équilibristes est révolue. Ceux qui croient pouvoir continuer à gérer cet effondrement comme s'il n'était qu'un détail politique découvriront bientôt que le sol se dérobe déjà sous leurs pieds. Le Liban n'a que faire de grands manœuvriers au sein de l'État. Il lui faut un État. Et un État ne peut exister tant que ceux à qui il est confié en sont eux-mêmes les fossoyeurs. S'il est besoin de rappel : ce à quoi nous assistons aujourd'hui n'est rien d'autre qu'un rejeu déformé du 6 février 1984 — quand le slogan de la « fin de l'injustice » fut invoqué pour justifier un coup de force contre l'État, qui transforma in fine les armes d'un prétendu outil de justice en instrument de domination. Ceux qui prirent les armes ce jour-là ne le firent pas pour défendre l'État : ils le jugèrent absent et décidèrent de le remplacer. Le résultat ne fut pas sa restauration, mais son enterrement. L'ironie est cinglante : ceux qui prétendaient combattre l'injustice en devinrent progressivement les plus grands agents, monopolisant le pouvoir, noyautant les institutions et reproduisant le système même qu'ils affirmaient jadis combattre. Aujourd'hui, Nabih Berry et ses alliés recyclent cette même expérience avortée : même prétexte, mêmes armes, même issue — un État capturé, et un peuple sommé d'applaudir sa propre sujétion au nom de la « dignité » et des « droits ». Il faudra revoir la copie.

Entre le «cadeau» évoqué par Trump et les démentis iraniens, les négociations dans le flou

Les dernières 24 heures au Moyen-Orient en guerre sont une parfaite illustration de la cohabitation absurde entre les combats qui se poursuivent à un rythme effréné, et les rumeurs de tractations en cours entre Américains et Iraniens. Même si les frappes israélo-américaines sur les infrastructures militaires et civiles iraniennes se poursuivent sans relâche, et que des milliers de Marines doivent être déployés au M-O dans les prochains jours, une publication dans des médias dignes de foi d’une liste de quinze points exigés par les Américains pour négocier avec les Iraniens a été au centre de l’actualité depuis mardi soir, avec une médiation pakistanaise, turque et autres. Les frappes sur les infrastructures énergétiques de la République islamique, comme l’avait menacé le président américain Donald Trump, dimanche, semblent pour l’instant retardées. Selon des médias tels que le New York Times et la chaîne 12 israélienne, les quinze points de la proposition américaine, évoquent essentiellement le nucléaire, exigeant la fin de l’enrichissement de l’uranium et le démantèlement des différentes installations nucléaires, ainsi que la limitation de la production de missiles balistiques et une réouverture totale du détroit d’Ormuz. L’un des points qui concerne le Liban et d’autres pays de la région, comme l’Irak, porte sur l’arrêt par l’Iran du soutien aux «proxys», comme le Hezbollah ou le Hached el-Chaabi (milice irakienne pro-iranienne contre laquelle les frappes américaines s’intensifient ces jours-ci). Si ces points font office de bâton, la carotte est une promesse de levée des sanctions internationales (à condition qu’elles puissent être rétablies en cas de non-conformité à l’accord) et une aide au développement. En contrepartie, toujours selon certains médias, l’Iran aurait posé des conditions, dont la levée des sanctions, la garantie d’une fin effective de la guerre, le contrôle sur le détroit d’Ormuz, le maintien du programme de missiles et des compensations pour les dégâts de guerre. On remarque qu’il n’y est pas fait mention du programme nucléaire iranien, et que le seul allié figurant dans cette liste est le Hezbollah libanais, pour lequel les futurs négociateurs iraniens demanderaient un arrêt des frappes israéliennes. Des conditions «exagérées» Au-delà de ces fuites dans les médias, les déclarations publiques, elles, montrent une «exubérance» américaine, comme le reflète la déclaration faite mardi soir par le président US qui a fait état d’un «très gros cadeau» que les Iraniens lui auraient fait, sans préciser lequel. Il a également assuré que les Iraniens voulaient un accord coûte que coûte. Cependant, ces espoirs naissants de négociations ont rapidement été douchés par les propos d’une «source iranienne officielle» qui a déclaré à la télévision d’État, mercredi dans l’après-midi, que les conditions américaines sont «exagérées», que l’Iran «ne permettrait pas à Trump de décider de la fin de la guerre» et que Téhéran continuait à se battre. Franc refus ou montée des enchères en vue des négociations à venir? Le sort de cette initiative devrait s’éclaircir d’ici la fin de la semaine, qui est le délai posé par Trump lui-même. Le front interne enflammé Entre-temps, au Liban, les tensions restent à leur comble, autant sur le front du Sud que dans l’arène politique. Les affrontements et les échanges de tirs se poursuivent au sud du Litani entre l’armée israélienne et le Hezbollah, qui a lancé des centaines de drones et de roquettes contre les soldats de l’État hébreu, en territoire libanais et israélien. Si le ministre israélien de la Défense Israel Katz a affirmé avoir approuvé un nouveau plan d’élargissement des opérations au Liban, ces propos se traduisent en actions sur le terrain: la grande nouveauté de ce mercredi matin, 25 mars, est l’avancée des forces israéliennes vers le village (chrétien) de Debl, dans le caza de Bint Jbeil. Si les miliciens du Hezbollah mènent bataille sur le front (qu’ils ont ouvert eux-mêmes…), ils peuvent de moins en moins compter sur une solidarité interne au Liban. L’affaire de l’ordre d’expulsion de l’ambassadeur d’Iran au Liban, décidé par l’Etat, continue de s’envenimer, notamment du côté des partis chiites, Amal et le Hezbollah. Après un virulent communiqué du Hezbollah la veille, c’était au tour d’Amal, mercredi, de publier un communiqué pour «appeler les responsables officiels à revenir sur l’ordre d’expulsion de l’ambassadeur de la République islamique d’Iran, afin d’éviter au pays une crise politique et nationale». Cette décision est mue par des soupçons d’ingérences dans les affaires internes de l’ambassadeur en question, Mohammad Reza Shibani, qui n’a toujours pas présenté ses lettres de créances au président de la République Joseph Aoun. Une décision qui fait écho aux rapports selon lesquels les Gardiens de la révolution iranienne sont présents en nombre au Liban, munis de faux passeports, afin de diriger eux-mêmes le Hezbollah, privé de ses commandants historiques depuis 2024. Ces informations ont été reprises par le Premier ministre Nawaf Salam dans une récente interview. Bien que saluée par de nombreuses voix au Liban et à l’étranger, cette mesure risque d’ébranler le gouvernement qui tient une réunion jeudi à 15h au Grand sérail (donc présidé par le Premier ministre et non pas par le président Aoun). La ministre de l’Environnement Tamara Zein a déjà donné le ton mardi soir, lors d’un entretien télévisé, lorsqu’elle n’a «pas exclu un retrait des ministres chiites du gouvernement». Selon les informations de la MTV, les contacts vont bon train pour empêcher l’implosion du cabinet, probablement par la suggestion d’une porte de sortie dont le Liban a le secret, soit par un changement d’ambassadeur, ou encore par la prolongation du délai d’expulsion (qui devrait expirer dimanche soir). Ajoutée aux menaces récurrentes proférées par des cadres du Hezbollah (Wafic Safa et d’autres), parallèlement aux tensions résultant de la décision gouvernementale de considérer comme illégales les opérations militaires du parti, et à la polémique autour de la proposition du président Aoun concernant les négociations directes avec Israël, cette nouvelle querelle vient envenimer encore plus les relations entre une milice toujours armée et le reste des parties politiques. L’atmosphère est si tendue que les fantômes de la guerre civile semblent se réveiller, nourris par la crainte d’une nouvelle occupation israélienne de vastes territoires au Sud, qui a déjà provoqué un important déplacement de population. Des craintes auxquelles le président de la République a tenté de répondre en disant «qu’il n’y a pas de nouvelle guerre civile» au Liban, dans un entretien avec le quotidien an-Nahar . Dans cette atmosphère tendue est venu se greffer un nouveau message du secrétaire général du Hezbollah Naïm Qassem, mercredi. Pour la deuxième fois consécutive, celui-ci n’a pas fait d’apparition, même enregistrée, et son (court) message a été lu par un tiers sur la chaîne du parti al-Manar. Sans s’attaquer frontalement à l’affaire de l’expulsion de l’ambassadeur d’Iran, Qassem a estimé que «toute négociation sous le feu est une capitulation», appelant à «l’union nationale contre le projet israélo-américain qui mènera au Grand Israël, faisant disparaître le Liban». Fidèle à sa logique, Qassem estime que le monopole des armes aux mains de l’État «est un affaiblissement du Liban», mettant en garde le gouvernement «contre des décisions qui servent les intérêts d’Israël même si l’intention est autre», soulignant «ne pas douter une seconde de la victoire de la Résistance».

Liban-Sud: l’ancrage des chrétiens des villages frontaliers malgré la guerre

Le long de la ligne de front, à la frontière sud du Liban avec Israël, se situent plusieurs villages chrétiens directement exposés aux combats. À mesure que la violence s’intensifie dans cette zone, le Saint-Siège ne reste pas indifférent face à la précarité de cette présence chrétienne dans le contexte actuel. Le pape Léon XIV, bouleversé par le sort des civils à l’ombre de cette conjoncture guerrière, a ainsi évoqué avec gravité la mort du prêtre maronite Pierre Rai de Qlayaa, symbole d’un drame qui frappe sans distinction. Selon le général à la retraite Khalil Gemayel, ancien commandant du secteur du sud du Litani, les localités frontalières chrétiennes comprennent Alma el-Chaab (caza de Tyr), Rmeich, Aïn Ebel, Debel, Qowzah et Yaroun (caza de Bint Jbeil), ainsi que Bourj el-Moulouk, Qlayaa, Jdeidet Marjeyoun, Ibl el-Saqi et Deir Mimas (caza de Marjeyoun). Dans le caza de Hasbaya se trouvent également Rachaya el-Foukhar, Kawkaba, Abou Qamha et Mazraat Serda. Dès lors, ces zones frontalières, particulièrement exposées, sont vulnérables tant aux frappes aériennes qu’à d’éventuels affrontements terrestres. «La majorité de ces villages se trouve sur les lignes de front et subit quotidiennement des développements militaires qui ont provoqué la mort de nombreux habitants», souligne le général Gemayel. Dans ce cadre, il précise que «les activités militaires continues d’Israël et du Hezbollah maintiennent ces zones sous une menace permanente». Il décrit une situation sécuritaire «fragile», marquée par «une grande inquiétude» et nécessitant des mesures de protection renforcées. Rester malgré tout Dans ce climat de tension permanente, les données sur le terrain viennent confirmer à la fois l’ampleur de la pression et la détermination des habitants à ne pas céder à l’exode. Selon le président de l’ONG Nawraj, Fouad Abou Nader, «non moins de 17.950 habitants chrétiens demeurent actuellement dans les villages chrétiens du sud du Liban, sur les 70.000 chrétiens qui y résidaient avant le début de la guerre de mars 2026». Il précise que «ces habitants, situés en première ligne, ont pris la décision de rester dans leurs maisons et sur leurs terres, refusant de les abandonner malgré le contexte sécuritaire très difficile». Dans cette perspective, M. Abou Nader insiste sur un point central: la nécessité d’une présence effective de l’État. Il souligne notamment «le rôle des Forces de sécurité intérieure, qui doivent, à défaut d’un déploiement militaire complet, assurer une présence active sur le terrain et dans les commissariats». Selon lui, «une telle présence permettrait de maintenir un lien vital entre les habitants et la patrie». Plus encore, cette présence est jugée «cruciale» pour éviter que «les populations ne se tournent vers Israël pour se ravitailler», ce qui pourrait être interprété, à tort, comme un acte de trahison. Parallèlement, les besoins les plus urgents se précisent. Ils concernent en priorité les médicaments, les services de santé et la création d’emplois, autant d’éléments indispensables pour permettre aux habitants de rester et de préserver des conditions de vie dignes. À cela s’ajoutent l’accès au carburant, aux fournitures essentielles et la continuité du fonctionnement des écoles, autant de facteurs déterminants pour éviter un exode vers Beyrouth ou d’autres villes. Dans une lecture plus large, M. Abou Nader met en garde contre une évolution stratégique du conflit. Selon lui, «la situation actuelle diffère de la guerre précédente», Israël adoptant désormais «une stratégie de terre brûlée visant à vider le Sud de ses habitants pour créer une zone tampon». Mobilisation locale et internationale Face à cette réalité, la réponse ne s’est pas fait attendre. Plusieurs associations civiles et communautaires ont ainsi coordonné leurs efforts afin de soutenir les villages chrétiens frontaliers. Concrètement, cette mobilisation se traduit par la fourniture de carburants, de denrées alimentaires, de médicaments et de matériaux de reconstruction. «Ces initiatives visent à réhabiliter les infrastructures, à renforcer la présence légitime de l’État et à intensifier le rôle diplomatique du Liban», explique M. Abou Nader, soulignant qu’elles bénéficient à toutes les communautés du Sud – chrétienne, druze, sunnite et chiite – sans distinction. Dans le même esprit, il met en évidence l’importance de la cohabitation entre les différentes composantes de la société libanaise. L’ONG Nawraj développe ainsi des projets, notamment le programme «SAWA», visant à renforcer la coexistence et à consolider l’attachement des populations à leur terre. À l’échelle internationale, l’action se poursuit également. L’ONG œuvre à la collecte de fonds et à la mise en place de projets à long terme destinés à stabiliser durablement les villages du Sud et à empêcher leur désertification. Enfin, M. Abou Nader appelle l’État libanais à «assumer pleinement ses responsabilités, en mettant fin aux conflits de pouvoir internes qui ont fragilisé le pays et favorisé les ingérences étrangères, notamment iraniennes». S’il estime que «l’exode actuel est temporaire», il avertit néanmoins qu’«Israël pourrait créer une zone tampon dans le Sud». Une réponse humanitaire qui s’organise Dans le prolongement de ces initiatives, les institutions ecclésiastiques ont, elles aussi, structuré leur réponse. Ainsi, le directeur régional de la mission pontificale – CNEWA (Catholic Near East Welfare Association), Michel Constantine, indique que plusieurs réunions ont été organisées, notamment à Bkerké et à Caritas, afin d’évaluer les besoins et de cartographier l’aide disponible. Dans cette optique, un comité de crise a été mis en place pour coordonner l’action des différentes organisations et éviter toute duplication. Grâce à des réunions régulières et à un système de suivi partagé, les informations relatives aux fonds, à leur utilisation et aux bénéficiaires sont centralisées et ajustées en fonction de l’évolution de la situation. Par ailleurs, une fois ces données consolidées, un convoi humanitaire sera envoyé dans le sud du Liban pour évaluer la situation sur place. Il sera composé notamment de Caritas et d’organisations ecclésiastiques, sous la coordination de l’APEC (Assemblée des patriarches et des évêques catholiques du Liban), représentée par son secrétaire général, le père Jean Younes. Partir ou tenir, un équilibre fragile Sur le terrain, toutefois, la réalité reste précaire. Selon M. Constantine, près de 4.530 familles vivent encore dans les villages du sud, avec une présence chrétienne maintenue dans 15 localités. Dans le même temps, 960 familles ont quitté ces villages. Parmi elles, 200 se sont réfugiées à Rmeich et Deir Mimas, tandis que près de 750 autres se sont installées ailleurs, principalement chez des proches, notamment à Beyrouth. Dès lors, l’enjeu devient clair: permettre aux habitants de rester. La mission pontificale concentre ainsi son aide sur les besoins essentiels – vivres, carburants, médicaments – ainsi que sur les moyens de communication, indispensables en cas de coupures des routes. Dans cette dynamique, un système de coupons ou de cartes utilisables au supermarché est envisagé pour les familles déplacées, leur permettant d’acheter directement les produits nécessaires. Enfin, il convient de souligner que cette aide dépasse les appartenances confessionnelles. Certaines familles musulmanes ont trouvé refuge dans ces villages, notamment à Rmeich, et bénéficient également de cette assistance. L’Église en première ligne Parallèlement à l’action humanitaire, les initiatives religieuses et diplomatiques se multiplient. Le nonce apostolique Paolo Borgia s’est ainsi rendu dans plusieurs villages chrétiens, saluant la résilience des habitants et réaffirmant le soutien de l’Église. Dans la même dynamique, le patriarche maronite Béchara Raï a qualifié les chrétiens du Sud de «rempart aux frontières», tout en annonçant l’installation de l’évêque de Tyr, Charbel Abdallah, à Rmeich pour le représenter. Sur le plan diplomatique, le ministre des Affaires étrangères, Joe Raggi, a sollicité l’intervention du Saint-Siège. Lors d’un échange avec l’archevêque Paul Richard Gallagher, ce dernier a assuré que «le Vatican poursuivait ses efforts pour freiner l’escalade et éviter le déplacement des populations». Vers un Sud vidé de ses habitants? Au-delà de l’urgence humanitaire, c’est désormais une perspective stratégique qui inquiète. Pour le général Khalil Gemayel, «la possibilité de la création d’une zone tampon au sud du Liban constitue aujourd’hui l’une des principales menaces». Selon lui, Israël poursuivrait un objectif non déclaré visant à établir une zone vidée de ses habitants le long de la frontière. Cette hypothèse expliquerait à la fois l’intensité des attaques et l’exode progressif de la population. Il rappelle, à cet égard, que lors de la guerre précédente, “la présence de l’armée libanaise constituait un facteur de sécurité” – une garantie aujourd’hui absente. Dans cette perspective, plusieurs conditions apparaissent nécessaires pour permettre aux habitants de rester ou de revenir: garanties de sécurité avec la présence de l’armée libanaise et de la Finul, réhabilitation des infrastructures, soutien économique durable, ainsi que garanties internationales, notamment via le Vatican. À défaut, conclut-il, «le risque de voir ces villages se vider progressivement de leurs habitants demeure bien réel».

Le Liban pris en étau
Par
Rami Rayess
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En temps de guerre et de crise, la scène libanaise se divise entre ceux qui font remonter à la surface toutes les fractures et tous les contentieux pour les attiser et les aggraver, et ceux qui s'emploient à consolider un climat d'unité nationale permettant de traverser la période difficile, dans l'attente de jours plus calmes où il deviendrait possible d'aborder les grandes questions nationales. Il est certain que le moment n'est pas venu de s'enfoncer dans des dossiers aussi profonds et aussi chargés que la validité de l'accord de Taëf, la nature du régime politique ou l'abolition du confessionnalisme politique. La phase est celle de l'arrêt de la guerre, du pansement des blessures, de la recherche d'une sortie de l'impasse dans laquelle le pays s'est enlisé, impasse dont rien, pour l'instant, ne laisse présager qu'on en sortira facilement à court terme. Il existe des postulats auxquels il serait impossible de renoncer si le pays veut se dégager de l'ornière profonde qu'il traverse, postulats dont l'abandon a coûté, à l'épreuve des faits, un prix très élevé : — L'exclusivité des armes entre les mains de l'État libanais. Il n'est pas d'autre issue que de parvenir à cette réalité, qui va de soi dans tous les pays du monde. Aucun État ne consent à « sous-traiter » la défense de son territoire à une faction armée qui ne répond pas à ses ordres et est arrimée, dans ses relations, son financement et son armement, à un État étranger. Le gouvernement libanais a accompli des avancées importantes dans ce domaine, mais ni les frappes israéliennes continues ne l'ont aidé à mener à bien sa mission, ni la nature même de la mise en œuvre de cette décision difficile — celle de l'exclusivité des armes, qui touche à de nombreuses complexités et sensibilités internes — ne lui en a offert les moyens. Quant à ceux qui comptent sur Israël pour s'acquitter de cette tâche, l'expérience des quinze mois qui séparent le cessez-le-feu du retour des hostilités devrait rendre difficile de croire à ce choix, aussi dévastatrices qu'aient été les frappes portées au Hezbollah. — La décision de guerre et de paix. Si la conviction s'est ancrée dans l'esprit de la grande majorité des Libanais que l'État doit monopoliser les armes et la fonction défensive, il en va de même pour la décision de guerre et de paix, dont l'État seul doit être le détenteur. L'invocation irresponsable du refus de cette réalité, sous prétexte que c'est Israël qui tranche aujourd'hui de la guerre et de la paix avec le Liban, ne supprime pas la nécessité de régler cette question en termes libanais — cet argument est tout aussi irrecevable que l'affirmation jadis avancée qu'Israël aurait de toute façon déclenché la guerre, même si le Hezbollah n'avait pas tiré ses six roquettes sur les territoires occupés. — Le plan de défense. Il est impossible de détourner le regard de la nécessité pour le Liban de réfléchir sérieusement, à l'avenir, à la manière de protéger son territoire des agressions israéliennes qui ne se sont pas interrompues sur son sol depuis la Nakba de 1948, à des degrés variables qui se sont accentués ou atténués selon les circonstances politiques et militaires. S'il est certain que le Liban ne pourra pas, avec ses seules forces officielles, faire face à une armée israélienne qui bénéficie d'un soutien illimité des États-Unis lui assurant sa suprématie militaire régionale, il est en revanche indispensable de concevoir des formules plus souples permettant de protéger sa frontière sud et les villages de la ligne de front, selon la terminologie consacrée. Il reste que les défis politiques et militaires auxquels le Liban fait face en ce moment exigent une mobilisation diplomatique active, conduite par le gouvernement libanais, pour mettre les propositions du président de la République sur la table, par l'intermédiaire des amis du Liban, quand bien même ces propositions auraient été accueillies par une froideur politique israélienne qui contraste avec l'embrasement du front libanais. Il est clair que la paralysie diplomatique qui s'est installée quelques jours après le début de la guerre tient au refus par Israël de toutes les propositions et à son absence totale d'empressement à éteindre ce front, d'autant que le Hezbollah, animé par la colère que suscite l'assassinat du Guide suprême iranien Ali Khamenei, a retrouvé quelque chose de l'initiative et multiplie les salves de roquettes qui font perdre aux habitants du nord d'Israël, riverains de la frontière libanaise, toute sécurité et toute stabilité, les contraignant à se réfugier dans des abris souterrains. Si Israël ne paraît nullement pressé d'en finir avec la guerre contre le Liban, le plus grave reste sa volonté de réoccuper de larges pans du Liban-Sud, ce qui constituerait un recul majeur par rapport à la libération de 2000, arrachée au prix de nombreux sacrifices, de beaucoup d'honneur et d'insoumission, et l'abandon d'un acquis considérable qui distinguait alors le Liban comme seul pays arabe à avoir contraint Israël à se retirer des territoires qu'il occupait, non seulement sans accord de paix, mais sans restriction ni condition. Le Liban se trouve aujourd'hui devant une vérité amère : c'est lui qui propose des négociations à Israël, et c'est Israël qui les refuse, alors que par le passé, c'est Israël qui cherchait à maintes reprises à conclure un traité de paix avec lui, et c'est le Liban qui refusait. Entre cette situation et celle-là, l'essentiel est que le pays ne se perde pas dans les discours incendiaires des deux bords : d'un côté, ceux qui se targuent de leur force malgré les frappes et ne cessent de menacer de fondre sur le Liban intérieur le moment venu ; de l'autre, ceux qui sont prêts à absoudre Israël de toutes ses agressions et de tous ses ciblages, et qui semblent à peine capables d'enregistrer que plus de mille martyrs sont tombés au Liban en l'espace de deux semaines seulement !

Pour la première fois depuis Taëf, Beyrouth affirme son autorité face à l’axe iranien

Après l’interdiction officielle des activités militaires du Hezbollah et des pasdarans au Liban, la décision d’expulser l’ambassadeur d’Iran à Beyrouth et de rappeler le chef de la mission diplomatique libanaise à Téhéran constitue sans doute la mesure la plus importante prise par le gouvernement de Nawaf Salam depuis que le Hezbollah a entraîné le pays dans le conflit militaire opposant l’Iran à Israël et aux États‑Unis. Et pour cause: pour la première fois depuis Taëf (1989) le pouvoir libanais pose des limites et s’efforce de soustraire le pays aux ingérences étrangères préjudiciables, voire dévastatrices, dans ses affaires intérieures. Le ministère libanais des Affaires étrangères a ainsi convoqué mardi le chargé d’affaires près l’ambassade d’Iran pour l’informer que le Liban a décidé de retirer l’accréditation de l’ambassadeur Mohammad Reza Shibani, sommé de quitter Beyrouth, au plus tard dimanche. Shibani avait été nommé à la mi-février à la tête de la mission diplomatique iranienne à Beyrouth. Il est arrivé dans la capitale libanaise une semaine avant le début de la guerre. La décision de l’expulser a été immédiatement saluée par Tel Aviv et Paris, pendant que dans l’entourage du Hezbollah, on criait au scandale. Pourquoi elle est importante? Parce qu’elle permet à l’État libanais de montrer qu’il est sérieux dans sa décision de rétablir la souveraineté de l’État et d’en finir avec les groupes armés et leurs commanditaires, au moment où son (in)action, après la première décision, prise début mars, était critiquée tant au niveau interne qu’international. Beyrouth montre ainsi que s’il reste pour l’heure incapable de mettre fin à l’aventure destructrice dans laquelle le Hezb a entraîné le Liban ou de lancer le processus de désarmement de cette milice qui ne fait que menacer les autorités libanaises, il garde les coudées franches au niveau politique et judiciaire puisque des mandats d’arrêt ont été délivrés à l’encontre d’un groupe de miliciens qui avaient été interpellés alors qu’ils transportaient des roquettes vers le Liban-Sud. La mutinerie du Hezbollah et d’Amal La grande question reste de savoir jusqu’où le gouvernement irait aux niveaux politique et judiciaire contre le Hezb dont les dirigeants et les proches ont stigmatisé l’expulsion de l’ambassadeur d’Iran. Selon diverses sources concordantes, le Hezbollah et le chef du mouvement Amal, et néanmoins président de la Chambre, Nabih Berry, sont entrés en contact avec l’ambassadeur pour lui demander de demeurer à son poste et de ne pas répondre à la demande du gouvernement libanais de quitter le pays. Certaines sources ont indiqué dans ce cadre que l’ambassadeur considère comme «caduc» l’ordre d’expulsion. En fin de journée, le Hezbollah a publié un communiqué tirant à boulets rouges sur le ministre des Affaires étrangères, Joe Raggi, et rejetant la décision de l’Exécutif. Parallèlement à la mutinerie du Hezbollah et de Nabih Berry contre le gouvernement, le vice-président du Conseil supérieur chiite, Ali Khatib, qui gravite dans l’orbite iranienne, a dénoncé de son côté une décision «précipitée, irréfléchie, illégitime et injustifiée», alors qu’en fait, celle-ci n’a que trop tardé, le chef du gouvernement, Nawaf Salam, ayant lui-même confirmé il y a quelques jours, ce que tout le monde sait depuis longtemps: les cadres des Gardiens de la révolution sont présents en force au Liban, avec pour seule mission de coordonner la guerre contre Israël, et bien avant le début du conflit militaire, d’organiser et de former les chefs et les combattants du groupe pro-iranien. Le plus grave dans les propos de ce chef religieux est le fait qu’il ait vu dans une décision officielle émanant du gouvernement «une provocation à l’encontre d’une composante libanaise», en allusion à la communauté chiite dont le Hezb se veut le représentant exclusif. L’expulsion du diplomate iranien, à la demande du gouvernement, se justifie notamment par le fait que l’ambassadeur Shibani a enfreint les dispositions de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques et a failli à ses obligations en s’immisçant dans les affaires intérieures du Liban, a expliqué le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué. Il a précisé que cette mesure n’implique pas une rupture des relations diplomatiques avec l’Iran, mais fait suite, selon le texte, à une série de comportements de l’ambassadeur, dont ses déclarations au sujet de la politique intérieure libanaise et son évaluation des décisions du gouvernement, toutes contraires aux règles diplomatiques. Le ministère des Affaires étrangères a en outre dit reprocher à Mohammad Reza Shibani ses rencontres avec des groupes libanais non officiels, sans passer par le ministère des Affaires étrangères, en allusion au Hezbollah. Le précédent d’Albert Moukheiber avec l’ambassadeur d’Egypte Il convient de rappeler à cet égard le précédent, dans l’Histoire contemporaine du Liban, de l’expulsion de l’ambassadeur d’Egypte à Beyrouth dans le contexte de la guerre civile de 1958. Albert Moukheiber était alors ministre des Affaires étrangères par intérim et avait décidé d’expulser l’ambassadeur d’Egypte accusé, comme dans le cas de l’ambassadeur d’Iran actuellement, d’ingérences déstabilisatrices dans les affaires intérieures libanaises. Intensification des frappes Ce développement est intervenu alors que sur le terrain, les tensions se sont intensifiées: les échanges de tirs ont repris avec violence entre Israël et le Hezbollah, dans le prolongement d’une escalade régionale dont l’un des éléments marquants mardi, est l’enlisement de l’Irak, tout comme le Liban, dans le conflit en cours: quinze combattants du Hachd al-Chaabi (milice pro-iranienne), dont un haut commandant, ont été tués ainsi mardi à l’aube, dans une frappe aérienne sur l’ouest de l’Irak, le bombardement le plus meurtrier contre cette alliance d’ex-paramilitaires qui a dénoncé une «attaque américaine». Parmi les victimes figure «le commandant des opérations d’al-Anbar pour le Hachd al-Chaabi, Saad Dawaï». Cette frappe dans le secteur de Habbaniya est intervenue lors d’une réunion du commandement, selon un responsable de l’alliance interrogé par l’AFP. Al-Anbar, région majoritairement sunnite, est la plus grande province irakienne en termes de superficie. Elle jouxte les stratégiques frontières syrienne, saoudienne et jordanienne. Illustrant la spirale dans laquelle l’Irak est aspiré avec le conflit régional, le Kurdistan autonome, dans le nord du pays, a accusé pour sa part l’Iran d’avoir tiré des missiles balistiques contre ses forces armées, tuant six soldats des Peshmerga. Dans les deux cas, il s’agit des attaques les plus meurtrières depuis le début de la guerre, le 28 février. Par le passé, l’Iran a tiré des missiles balistiques contre la région autonome, mais ces dernières années les relations s’étaient réchauffées. Avec la guerre, les dirigeants du Kurdistan se montrent prudents et tentent de préserver une certaine neutralité. Dans un communiqué, le ministère des Peshmerga dénonce «un acte d’agression (...) loin de tout principe de bon voisinage». «Nous réitérons notre droit souverain et légitime de riposter à toute agression contre notre peuple et notre territoire», a-t-il dit. L’Iran, qui vient de nommer Mohammad Bagher Zolghadr, un ancien commandant des Gardiens de la révolution et fidèle du défunt Ali Larijani, pour remplacer ce dernier à la tête du Conseil suprême de sécurité, a pour sa part poursuivi ses attaques contre Israël, alors que l’Arabie saoudite et le Koweït annonçaient dans le même temps faire face à des attaques de drones et de missiles. En riposte, l’armée israélienne a frappé une centaine de cibles, menant notamment une série de frappes aériennes sur Ispahan. Selon l’agence Fars, deux infrastructures énergétiques iraniennes ont été touchées par des frappes conjointes israélo-américaines, quelques heures seulement après l’annonce inattendue du président américain, Donald Trump de préserver certaines centrales électriques, pour cinq jours, le délai qu’il a accordé à Téhéran pour répondre aux conditions fixées pour des négociations. En Israël, une dizaine de missiles iraniens ont visé le nord et le centre du pays, faisant des blessés à Tel-Aviv, ce qui illustre, encore une fois, l’intensité de cette confrontation qui menace de s’étendre, en dépit de la perspective de négociations à venir entre Téhéran et Washington. Pourparlers et scepticisme À ce sujet, il serait intéressant de relever qu’en Israël, on continue de faire part d’un certain scepticisme quant à l’aboutissement d’éventuels pourparlers américano-iraniens, annoncés lundi par Donald Trump, qui s’est donné cinq jours pour progresser dans le dialogue engagé avec «un haut dirigeant iranien» qu’il n’a pas identifié, avant de reprendre les bombardements et de détruire notamment le réseau électrique iranien. Sur le plan diplomatique, des informations non confirmées relatives à des discussions bilatérales continuent d’émerger ici et là, alors que des médias affirment que l’armée américaine va déployer des troupes et des moyens militaires supplémentaires au Moyen-Orient. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, dont les objectifs de guerre ne sont pas toujours alignés sur ceux de son allié, a révélé que Donald Trump estimait possible «un accord qui (préserverait les) intérêts vitaux» d’Israël. Mais «parallèlement, nous continuons à frapper à la fois en Iran et au Liban». Ce à quoi, les pasdarans ont réagi, en affirmant qu’ils continueront de lancer des missiles contre Israël s’il «poursuit ses attaques contre le Liban et la Palestine». Des missiles iraniens dans le ciel libanais ont pu être interceptés mardi après-midi, alors que des informations contradictoires circulaient sur leur destination: l’ambassade américaine à Awkar ou Chypre? Toujours est-il que les débris sont tombés dans plusieurs zones du Kesrouan, sans faire de victimes. Côté iranien, le ministère des Affaires étrangères a uniquement reconnu avoir reçu, via des «pays amis», des «messages transmettant une demande américaine de négociations». Quelle que soit la portée réelle des initiatives diplomatiques à l’œuvre, le Qatar, l’Égypte et le Pakistan ont dit soutenir «tous les efforts» en faveur d’un dialogue. Si Doha a dit ne pas vouloir y participer, Islamabad s’est dit disposé à accueillir d’éventuels pourparlers américano-iraniens, affirmant avoir été sollicité à cette fin. Doha a aussi laissé entendre que les voisins de l’Iran devraient revoir collectivement leur système de sécurité. «Les États du Golfe, qui ont travaillé en étroite coordination (...) pour garantir leur sécurité, ont besoin de réévaluer (...) un cadre commun de sécurité régionale», a déclaré le porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, Majed al-Ansari. À Washington, la porte-parole de la Maison Blanche Karoline Leavitt n’a pas démenti les informations sur des initiatives diplomatiques pakistanaises. Mais elle a demandé que ces «spéculations» ne soient pas «considérées comme avérées» avant d’être officialisées par Washington. L’implication d’Islamabad aurait du sens, estime Michael Kugelman, expert de l’Asie du Sud à l’Atlantic Council. «Le Pakistan est l’un des rares pays à entretenir des relations chaleureuses à la fois avec Téhéran et Washington» et «il représente les intérêts diplomatiques de Téhéran à Washington», où l’Iran ne dispose pas d’ambassade. L’Égypte, elle, joue manifestement ses propres cartes. Son ministre des Affaires étrangères, Badr Abdelatty, s’est entretenu avec des représentants de l’Iran, des États-Unis, de la Turquie et du Pakistan ces derniers jours, selon des communiqués officiels. Rubio en Europe Quoi qu’il en soit, à l’expiration du délai accordé par Donald Trump à l’Iran, vendredi, le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio, serait en France pour une réunion du G7, au cours de laquelle il devrait discuter avec ses homologues européens de la guerre en Iran et de la situation, en général, au Moyen-Orient. Il s’agira de son premier déplacement à l’étranger depuis que les États-Unis et Israël ont attaqué l’Iran le 28 février.