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Enorme explosion provoquée par une frappe israélienne sur une localité proche de Al-Mansouri, au sud du Liban. (AFP)
L'Essentiel de la semaine
Portrait de l'auteur
Par LevantTime .
Publié sept. 6, 2026 - 23:27
Alors que les États-Unis semblaient avoir opté pour la seule guerre économique contre l’Iran, l’armée américaine a brusquement mené mardi des frappes contre le territoire iranien en riposte à des attaques visant des pétroliers, entraînant une spirale de violence au cours de la semaine. Au Liban, Israël a libéré plusieurs civils détenus dans ses prisons, tandis que son armée investissait la colline stratégique d’Ali el-Taher et poursuivait ses frappes massives dans la zone qu’elle contrôle au sud du pays. La semaine du 31 août au 6 septembre aura été marquée par une nette accélération des événements au Moyen-Orient, alors que la précédente semblait placée sous le signe de l’immobilisme. Sur le front iranien, dès mardi soir, l’armée américaine a mené des frappes ciblées en territoire iranien, les premières depuis près d’un mois. Cette capture d’écran, réalisée le 6 septembre 2026 à partir d’images vidéo non datées diffusées le même jour par le Commandement central américain, montre ce que le Centcom présente comme l’un des pétroliers iraniens qu’il a détruits en riposte à des tentatives d’attaques de missiles contre des navires militaires. (Centcom via AFP) Toutefois, leur rythme relativement limité donne l’impression que l’administration américaine a opté pour une escalade qui demeure contrôlée, tout en poursuivant son blocus et ses pressions économiques contre Téhéran. Malgré tout, la tension n’a cessé de croître au fil de la semaine. Des explosions ont été entendues samedi sur l’île hautement stratégique de Kharg, par laquelle transite la majeure partie du pétrole iranien. Le président américain Donald Trump a, de son côté, menacé de frapper le site nucléaire de Kuh-e Kolang — « montagne de la pioche » en persan, ou Pickaxe Mountain —, une installation très fortifiée située à une grande profondeur, non loin de Natanz, principal site d’enrichissement d’uranium en Iran. Plus tôt dans la semaine, il avait consacré l’équation du « pétrolier contre pétrolier », promettant de cibler un navire iranien chaque fois que les Gardiens de la révolution frapperaient un pétrolier dans le détroit d’Ormuz. C’est précisément ce qu’a fait l’armée américaine samedi, en incendiant deux navires iraniens. Sur le plan politique, Donald Trump a encore durci le ton envers Téhéran. Après avoir affirmé, dans une interview, que les pourparlers étaient définitivement gelés « parce qu’un accord avec eux ne vaut pas le papier sur lequel il est écrit », il a estimé samedi que le « conflit » avec l’Iran n’était pas une « guerre », mais « quelque chose de banal » pour les États-Unis. Une manière de jouer avec les nerfs des Iraniens tout en rassurant son opinion publique à l’approche des élections de mi-mandat. Un port, ainsi que des installations de stockage et des entrepôts ont été endommagés après une frappe militaire américaine menée dans la province méridionale iranienne d’Hormozgan, qui jouxte le détroit du même nom, le 6 septembre 2026. (AFP) Dans le même temps, le média américain Axios a publié samedi un rapport laissant entendre que les États-Unis se projettent déjà au-delà de ce conflit, commencé le 28 février. Le site affirme, en citant des responsables américains et d’autres sources informées, que l’administration Trump élabore une stratégie plus large pour le Moyen-Orient de l’après-guerre. Celle-ci reposerait sur la mise en place d’un alignement régional destiné à contenir l’Iran, à mettre un terme aux répercussions régionales des attaques du 7 octobre 2023 menées par le Hamas à Gaza et à élargir le cercle de la normalisation entre Israël et les pays de la région. La menace visant Kuh-e Kolang, qui marque la réémergence du dossier nucléaire iranien, fait écho à une annonce de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), qui a déploré, le 1er septembre, que l’Iran n’ait pas rouvert ses sites à ses inspecteurs après les frappes de mai 2025. Rappelons que, malgré l’ampleur de l’offensive israélo-américaine contre les sites iraniens, il est quasi certain que le stock d’uranium enrichi demeure intact et a été placé en lieu sûr par les autorités iraniennes, qui restent attachées à ce qu’elles considèrent comme leur droit au développement d’un programme nucléaire. À la suite de l’annonce de l’AIEA, les États-Unis, mais aussi la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne ont fait part de leur intention de présenter une résolution au Conseil de sécurité de l’ONU condamnant le non-respect par l’Iran de ses engagements en matière de non-prolifération nucléaire. Une unité affichée qui tranche avec le froid qui règne entre Washington et ses alliés européens depuis le début du conflit. De leur côté, les Iraniens semblent continuer à faire face aux bouleversements de la même manière : en frappant plusieurs pays voisins, notamment le Koweït, les Émirats arabes unis et la Jordanie, sans pour autant s’attaquer directement à Israël. Frappes massives au Liban-Sud Sur le front libanais, Israël intensifie ses opérations de destruction dans les villages du Sud, allant jusqu’à utiliser, dans certains cas, des barils d’explosifs. Le président libanais Joseph Aoun a exhorté Washington et la communauté internationale à « faire cesser » les attaques israéliennes sur le territoire libanais, qui ont fait sept morts dimanche sur fond de trêve fragile. Les bombardements ont touché différentes localités de la région de Nabatiyé. Vingt personnes ont également été blessées, parmi lesquelles des enfants, selon le ministère de la Santé. Une frappe a par ailleurs détruit l’ancien hôpital Ghandour, hors service depuis des années. Libération de détenus et prise d’Ali el-Taher Mais l’événement majeur de la semaine dans le Sud a été la prise, par les Israéliens, de la colline stratégique d’Ali el-Taher, dans la région de Nabatiyé. Le site constituait un important quartier général du Hezbollah, formé d’un vaste enchevêtrement de tunnels, d’où opéraient des combattants du parti chiite mais aussi, selon certaines informations, des combattants iraniens. Jeudi soir, les Israéliens ont annoncé avoir pris le contrôle du complexe. Dimanche, le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a déclaré que des tunnels devaient encore être dynamités. Ce « succès » militaire n’était peut-être pas une surprise après des semaines de bombardements, mais la réaction du Hezbollah l’a été davantage. Après avoir longtemps assuré qu’il refuserait de céder cette colline stratégique — tout comme les Iraniens, qui avaient eux aussi menacé d’intervenir —, le parti chiite a fini par minimiser l’impact de ce développement par l’intermédiaire de ses médias et de ses relais, sans toutefois confirmer officiellement la perte du site, qu’il avait refusé de préserver en le remettant à l’armée libanaise. L’autre surprise majeure de la semaine a été la libération, par Israël, de cinq civils libanais et syriens détenus dans ses prisons. Cette mesure est intervenue à la suite d’une visite à Tel-Aviv de l’ambassadeur des États-Unis au Liban, Michel Issa. Selon le bureau du Premier ministre israélien, l’annonce de jeudi « fait suite aux efforts déployés par Israël et le Liban pour localiser et rapatrier les dépouilles des dirigeants de la communauté juive qui avaient été enlevés et tués au Liban » entre 1984 et 1986. Là encore, la réaction du Hezbollah interpelle. Tout en considérant la mesure positive mais insuffisante, le parti s’en est une nouvelle fois pris aux autorités libanaises, les accusant de « soumission à l’ennemi » et les tenant pour « responsables » du désastre au Sud. Il les a même mises en garde contre « les conflits internes ». Les revers militaires du parti pourraient-ils l’inciter à se retourner davantage contre la scène intérieure? Enfin, l’armée israélienne a fait dimanche une déclaration importante en annonçant envisager de réduire sa zone d’occupation au Liban-Sud, en passant de l’actuelle « zone jaune » à une « zone grise ». Une telle évolution traduirait, selon cette lecture, une diminution de la menace représentée par le Hezbollah. La mesure n’a toutefois pas encore été approuvée par le leadership politique israélien. Le Yémen et la Palestine La semaine a également été particulièrement tendue au Yémen, où les affrontements entre les rebelles houthis et les forces gouvernementales n’ont cessé de s’intensifier, jusqu’à un samedi particulièrement meurtrier qui a fait plus de 60 morts en une seule journée, portant à environ 200 le nombre de victimes depuis jeudi. L’offensive des Houthis vise notamment à prendre le contrôle de certaines zones bordant le passage de Bab el-Mandeb, ce qui donnerait à cet allié de l’Iran un ascendant supplémentaire sur un autre verrou stratégique majeur, après le détroit d’Ormuz. En Palestine, des propos particulièrement inquiétants d’Israël Katz sur Gaza ont marqué la semaine. Celui-ci a affirmé, sans fournir de preuves, que la plupart des habitants de la bande souhaitaient la quitter, soulignant qu’Israël était « prêt à une telle évacuation » de masse. De quoi laisser penser que le calvaire des Gazaouis est loin d’être terminé. Enfin, notons que l’AIEA a annoncé, le 1er septembre, que des infrastructures découvertes à Deir el-Zor, en Syrie, indiquent que l’ancien régime de Bachar al-Assad préparait secrètement un programme nucléaire avancé susceptible d’aboutir à la fabrication d’une arme atomique avec l’aide d’experts nord-coréens.
Hommage
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Par Michel Hajji Georgiou - Publié sept. 6, 2026 - 13:31
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Le joueur argentin, qui a mis fin à sa carrière internationale le 31 août 2026, n’était rien moins qu’un prestidigitateur des stades. Son parcours, fait de prodiges, de chutes et de rédemption, dit peut-être quelque chose de notre besoin intact d’enchantement dans un monde qui prétend pourtant s’en être défait. Annoncée quelques semaines après la finale de Coupe du monde 2026 perdue contre l’Espagne, la retraite internationale de Lionel Messi n’a pas été sans provoquer une émotion dont il est difficile de trouver beaucoup d’équivalents dans l’histoire récente du football. Il faudrait sans doute remonter à Maradona, ou encore à Cruyff ou Pelé, pour retrouver cette sensation qu’avec le retrait d’un joueur disparaît quelque chose qui excède très largement le sport lui-même, comme si une certaine manière d’habiter le football, sinon même d’y croire, arrivait, elle aussi, à son terme. Loin des glacis de la raison Las des interminables statistiques et des insupportables querelles, fastidieuses et stériles, autour de «qui est le meilleur de tous les temps». L’auteur de ces lignes n’a jamais été un fanatique de ballon rond, ni des classements verticaux ou d’une hiérarchie du mérite en général, et, partant, apprécie le talent de chaque joueur avec le même regard émerveillé d’un enfant de 11 ans. Du reste, cette obsession particulièrement contemporaine des chiffres gâche tout le plaisir du spectacle. Et pour cause: la démarche qui consiste à additionner les buts, les passes décisives, les Ballons d’or, les Ligues des champions, les Copa América, les Coupes du monde… ne peut être que réductrice. Elle n’est pas sans évoquer, sur un autre registre, la critique développée par le philosophe germano-américain Eric Voegelin de la tentation gnostique moderne: celle d’un savoir persuadé de pouvoir enfermer la réalité dans un système et abolir ce qui lui résiste. Les records sont probablement un indicateur du génie de Lionel Messi. Mais tant d’autres grands joueurs qui ont fait vibrer les stades et les cœurs, qui n’ont pas réalisé la moitié de ses exploits, restent pourtant éternels dans les mémoires. Ce qui les a rendus véritablement singuliers se trouve ailleurs, loin des glacis de la raison. Quelque chose d’autre s’est joué autour d’eux. Quelque chose qui relève d’un certain sens profond de la transcendance, que l’entendement ne saurait pleinement saisir. C’est le cas de Lionel Messi pendant plus de vingt ans, depuis le jour où, sous les regards de «l’icône» Diego Maradona, il faisait sa toute première entrée, en juin 2006, dans l’arène de la Coupe du monde sous les couleurs de l’Albiceleste contre la Serbie-Monténégro. Or cet élément indicible qui fait le génie de Messi, comme pour d’autres, touche peut-être à l’un des paradoxes les plus curieux de la modernité: la persistance de la magie dans un monde qui s’est précisément construit contre elle. Le monde désenchanté Max Weber parlait du désenchantement du monde pour désigner ce lent processus par lequel la modernité occidentale avait progressivement soumis l’existence à la rationalisation, au calcul, à la prévisibilité et à l’explication causale. Le monde ne devait plus être parcouru de puissances obscures, de signes, d’interventions surnaturelles ou de volontés invisibles; il devait, au moins en principe, devenir intelligible. Malheureusement, le sport moderne, et plus largement le monde moderne hérité de la globalisation, s’inscrit parfaitement dans cette dynamique. Le football d’aujourd’hui, et pas seulement le football, est en effet probablement l’un des objets les plus quantifiés qui soient. Le moindre geste est mesuré, et tout est soigneusement calculé et modélisé. Des mathématiques à l’intelligence artificielle, le talent brut dépend désormais davantage de la science que de l’enchantement. C’est ce qu’il y a d’humain, dans son rapport spontané, voire sauvage, avec l’invisible issu du cœur, qui disparaît sous nos yeux, au profit de la quadrature de la VAR. C’est, quelque part, le meurtre du sport au nom de plus de rigueur et d’équité… quand bien même l’euthanasie de cette part de spontané sublime finit par provoquer elle-même des injustices flagrantes. Il suffit, pour s’en assurer, de revenir sur certaines décisions controversées du Mondial 2026. Paradoxe des paradoxes, Lionel Messi est lui-même, à l’origine, un enfant de cette modernité technique, à laquelle il doit certainement une partie de sa carrière exceptionnelle. Son corps, trop petit pour les standards attendus, a été corrigé par un traitement hormonal. Détecté très tôt, son talent a été pris en charge par une institution qui a organisé sa formation, son alimentation, son développement physique et son intégration dans une machine sportive déjà mondialisée. Rien, en apparence, ne pouvait être plus éloigné du vieux récit héroïque. L’histoire ressemble davantage, de prime abord, aux dystopies du genre de Gattaca plutôt qu’à celui des mythes et récits messianiques. Pourtant, ce vieux récit est bel et bien revenu, et même avec une insistance presque embarrassante. Depuis les débuts de sa carrière, Lionel Messi a été passé au microscope. Mais plus l’on s’acharnait à l’expliquer et à le démystifier, moins on réussissait à dissiper entièrement l’impression produite par certains de ses gestes. L’homme n’arrive simplement pas à être circonscrit et réduit à l’accumulation de données. À l’âge où la plupart des grands joueurs rentrent dans l’ombre, il continue de surprendre. De stupéfier, même, en apportant au sport cette part d’insensé qui échappe à l’hypersystématisation, quasi robotique, du monde. C’est probablement là qu’il faut chercher cet ailleurs qui caractérise Messi. Dans une survivance de la magie à un moment où même les lieux qui permettaient l’expression positive d’une humanité faite de chair et de sang se retrouvent progressivement «disciplinés» par cet attrait hypnotique pour une nouvelle gnose puritaine au nom de la modernité. Le Messie fabriqué par la machine Bien qu’issu, en quelque sorte, de la machine matricielle, Lionel Messi constitue en lui-même une remise en question de ce modèle de prêt-à-porter. Une sorte d’alter ego du Neo de Matrix jeté dans une simulation régie par des paramètres qui prétendent tout calculer. La destinée de l’Argentin a en effet progressivement pris, presque malgré lui, la forme d’un récit messianique. Le calembour sur son nom serait trop facile s’il n’avait pas été constamment relancé par sa propre histoire: celle de l’enfant fragile, auquel le corps semble vouloir refuser l’accomplissement auquel son talent le destine. Puis celle de l’exil très jeune vers Barcelone, de l’adoption par une ville étrangère, de l’ascension presque irréelle, de la reconnaissance mondiale, et ensuite de cette étrange difficulté à être reconnu par les siens… Car, pendant longtemps, l’Argentine a entretenu une relation de hainamoration avec son enfant prodigue. Qu’importaient ses résultats, son talent, sa brillance… il lui fallait répondre à une seule question, impitoyable: pourquoi n’était-il pas Maradona? Certes, la comparaison était inévitable, mais elle était aussi profondément injuste. Tout séparait les deux hommes dans leur manière d’être au monde. Maradona portait l’Argentine avec tout ce qu’elle pouvait avoir de passionnel, de contradictoire, d’excessif et de théâtral. Il parlait, provoquait, se battait, tombait, revenait, mêlait au football sa vie privée, ses colères, ses engagements politiques… jusqu’à sa propre destruction. Son corps lui-même semblait devenir l’un des lieux où se jouaient les contradictions de son pays. Maradona était l’incarnation même de ce que le monde attendait du football: une âme rebelle, poussant parfois le jeu jusqu’à l’immoralité, mais dans une forme de gigantomachie du football. Maradona était épique. Et, surtout, il avait placé son pays au firmament du football en 1986. Messi, lui, ne donnait rien de tout cela. Il était silencieux, parfois presque absent du récit que les autres construisaient autour de lui, absence qui fut longtemps interprétée comme un défaut. Presque effacé, sans personnalité. C’est d’ailleurs ce que lui reprochèrent les deux géants Maradona et Pelé: manquer de leadership, être trop lisse. Une sorte de bébé-éprouvette miracle des stades. On reprochait aussi à l’enfant de Rosario de ne pas chanter suffisamment l’hymne, de ne pas être assez argentin, d’avoir été «fabriqué» par Barcelone, puis naturellement de ne pas gagner avec la sélection ce qu’il gagnait presque continuellement avec son club. La prophétie inachevée La finale du Mondial 2014 perdue de manière dramatique contre l’Allemagne, puis celles des Copa América 2015 et 2016, avaient progressivement transformé ce soupçon en accusation. Lorsqu’il manqua son tir au but contre le Chili en 2016 et annonça ensuite qu’il renonçait à la sélection, il était pourtant déjà l’un des plus grands joueurs de l’histoire du football. Mais son récit restait étrangement inachevé. Le sentiment d’inachèvement ne concernait pourtant guère son palmarès. Plutôt cette nécessité quasi archaïque continuellement imposée aux héros modernes: parachever leur parcours initiatique. Sous les couleurs argentines, Messi brillait, puis chutait lourdement. Mais il ne se relevait pas. Il n’accomplissait pas la prophétie. Et, aux yeux de son peuple, cela renforçait le sentiment de hainamoration: un dieu déchu reste un dieu, malgré tout. Mais avec, en prime, ce qui est, aux yeux de ses adorateurs, un substrat d’humanité insupportable et, partant, parfaitement haïssable: ses tares, ses faiblesses. Les Argentins aimaient Maradona malgré sa déchéance spectaculaire et son humanité faillie. Mais c’est parce qu’il avait «mérité» cette déchéance, qu’elle était, quelque part, devenue acceptable après Mexico 1986. Messi, lui, n’avait pas encore le droit de chuter, parce qu’il n’avait pas encore atteint le sommet. Non, la prophétie n’était pas accomplie. Elle tournait même à la caricature. Messi revint donc. Mais il dut attendre encore sa rédemption. Il fallut la Copa América 2021, au Maracanã, pour que cette relation faite de soupçon, d’attente et de déception avec son public et son peuple commence véritablement à changer. Et il fallut surtout le Mondial 2022 pour que l’histoire acquière cette forme presque trop parfaite que personne n’aurait osé écrire sans paraître céder à une facilité scénaristique. Fait étrange, Maradona était mort en 2020. C’est comme si une sorte de malédiction nationale oppressante avait été levée. En même temps, le peuple argentin avait besoin d’une figure paternelle de substitution, et la pression ne s’en retrouvait que redoublée. Mais peut-être mêlée d’un peu de tendresse, cette fois? Ce qui s’est produit au Qatar en 2022 est d’autant plus intéressant que Messi lui-même y apparaît légèrement différent. Il proteste davantage, répond aux provocations, s’emporte, parle avec une violence dont on ne le croyait guère capable et laisse même échapper ce «¿Qué mirás, bobo?» face aux Néerlandais qui amuse l’Argentine. Buenos Aires y découvre enfin, avec retard, ce qu’elle avait toujours attendu de lui. Un peu de Maradona dans beaucoup de Messi. Mais Messi ne devient pas pour autant Maradona. Et c’est peut-être précisément là que se produit la véritable réconciliation: l’Argentine cesse de lui demander de l’être. À partir de 2022, Messi n’a plus besoin d’incarner un autre modèle du génie national. Il peut enfin devenir, pour son pays aussi, ce qu’il avait été partout ailleurs: Messi. Simplement. L’acte final de la prophétie Certes, le triomphe de 2022 aurait pu constituer une fin parfaite. Mais, comme pour Maradona, l’acte final de la prophétie héroïque est la chute. Personne n’attendait plus vraiment quelque chose d’exceptionnel de Messi en 2026. À 39 ans, l’on considérait largement qu’il faisait partie des «héros fatigués». La chute du Capitole avait eu lieu avec l’épisode amer de son départ du FC Barcelone et sa mésaventure au PSG. Il n’évoluait plus qu’en ligue américaine, sous les couleurs de Miami… à la périphérie du monde du football, dans les terres lointaines du soccer. Et la nouvelle génération était déjà là, prête à envoyer les ancêtres à Bicêtre. Pourtant, ce Mondial de 2026, qui paraissait devoir n’être qu’un épilogue, se transforma en un dernier coup d’éclat sensationnel. L’Argentine atteignit encore la finale, avec un Messi redevenu à 39 ans son «leader historique» et son recours dans les moments décisifs, accomplissant quelque chose qui n’était pas sans rappeler ce que Roberto Baggio avait réalisé pour l’Italie en 1994, à… 27 ans: le deus ex machina continuel. Baggio échoua aux portes du triomphe contre le Brésil, après avoir pratiquement porté l’Italie jusqu’à Pasadena. Son penalty envoyé au-dessus de la transversale devait laisser l’une des images les plus cruelles de l’histoire des Coupes du monde: celle d’un homme immobile, la tête basse, les mains sur les hanches, tandis que le Brésil célébrait sa victoire. Celui qui était «mort debout». Le lutin italien n’avait jamais connu l’apothéose. Mais cette mort symbolique, loin d’effacer son tournoi, finit elle aussi par entrer dans sa légende. L’histoire fut plus clémente pour Messi, en dépit d’une campagne de haine à son encontre, mêlée d’accusations de triche et de favoritisme, sur fond de décisions arbitrales controversées et d’actes de jeu déloyaux de son équipe, comme elle l’avait été naguère pour Maradona. Plus encore, même. Une finale lors d’un sixième Mondial au bord de la retraite, avec, à la clef, une prestation individuelle hors pair? C’est précisément là ce qu’il y a de magique dans le phénomène Messi, et qui défie la raison et son avalanche de statistiques. Le génie ne peut être enfermé dans une somme de paramètres et de variables. Sa forme physique, même optimale, ne peut pas expliquer à elle seule ce dont le monde entier a été témoin. Et qu’importe si son récit nous rappelle que le héros, tout mythique qu’il fût, ne saurait abolir la sinistre influence de Saturne. Le réenchantement du monde Car, au-delà de la prophétie accomplie, de l’ascension à la chute, avec son lot de bonheurs et de malheurs, l’Argentin a livré au monde un dernier tour de piste qui relève de l’art, sinon de la poésie homérique. Avec le retrait de Lionel Messi de la scène internationale, c’est un peu de la magie du monde qui disparaît… en attendant qu’un autre héros providentiel revienne enchanter les stades. Messi aura incarné, pendant plus de vingt ans, la coexistence de deux mondes que l’on croyait incompatibles: celui de la rationalisation extrême du sport moderne et celui, beaucoup plus ancien, du héros, du signe, de l’attente et de l’enchantement. Lorsque Messi s’en va, quelque chose de cette contradiction apparaît brusquement. D’autres prodiges ont déjà émergé, mais nous découvrons peut-être, au moment même où l’un de ses derniers grands représentants quitte la scène, à quel point nous continuons à avoir besoin de transcendance. Le monde moderne n’a donc probablement pas supprimé l’enchantement. Il n’a fait que le déplacer. Pendant quatre-vingt-dix minutes, cet homme nommé Lionel Messi, qui l’a incarné sur les pelouses, s’en va après avoir tout accompli. Et même plus.
Analyse

Sommes-nous devenus plus stupides?

Ou vivons-nous une transformation de la structure du savoir?
Portrait de l'auteur
Par Mona Fayad - Publié sept. 5, 2026 - 20:01
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La question «Le monde est-il devenu plus stupide?» revient régulièrement dans les débats contemporains sur les médias numériques, les moteurs de recherche et les réseaux sociaux. Elle paraît simple en apparence, mais dissimule une problématique plus profonde, liée à la nature même du savoir: comment est-il produit, comment est-il transmis et comment est-il consommé? Peut-être que la question «Sommes-nous devenus plus stupides?» n’est pas la plus juste. Il faudrait plutôt demander: le savoir se transmet-il encore d’une manière qui permette de le comprendre et de le rendre productif? La majorité de ceux qui lisent reviennent-ils encore aux textes originaux? Ou se tournent-ils vers leurs résumés et vers ce qui en est rapporté à travers ce qui circule entre les lecteurs? L’une des clés permettant de comprendre ce phénomène se trouve dans les travaux du psychologue britannique Frederic Bartlett, qui mena dans les années 1930 une série d’expériences sur ce qu’il appelait la «reproduction sérielle». Dans ces expériences, on demandait à une personne d’écouter une histoire puis de la raconter à une autre, qui la racontait à son tour à une troisième, et ainsi de suite. Les résultats furent frappants: à chaque nouvelle transmission, l’histoire n’était pas reproduite telle quelle, mais reformulée. Certains détails disparaissaient, d’autres étaient amplifiés, d’autres encore remplacés par des éléments correspondant au contexte, à l’expérience et à la culture du destinataire. Lorsque la chaîne atteignait un nombre suffisant de relais, l’histoire originale était devenue quelque chose de tout à fait différent. Ce modèle simple met au jour une vérité fondamentale: la mémoire n’est pas un réceptacle neutre, mais un mécanisme de reconstruction. Et lorsque le savoir passe par de multiples intermédiaires, il n’est pas «conservé», mais «reproduit». C’est ici que commencent à apparaître les ressemblances avec notre monde contemporain, ainsi que la crainte de devenir plus stupides. À l’ère des médias numériques, le savoir ne se transmet plus par l’écoute orale, mais à travers des chaînes de médiation: un article est résumé, puis cité, puis republié sous la forme d’un bref post, avant d’être encore réduit à une phrase ou à un titre. Dans ce contexte, on peut reprendre une image métaphorique apparue dans un texte de presse: celle d’une bibliothèque dont les livres seraient remplacés par des résumés, puis par des résumés de résumés, jusqu’à ce que le lecteur se retrouve face à des couches successives de réduction, dans ce que l’on pourrait appeler la «chaîne du raton laveur», qui ne lit pas l’original mais fouille dans ses restes. Il faut préciser ici que le choix du «raton laveur» n’est pas fortuit. Cette métaphore condense symboliquement une situation cognitive qui tend à s’enraciner. Cet animal, qui vit à la périphérie des villes et fouille dans les poubelles, ne produit pas sa nourriture: il se nourrit des restes de ce que les autres produisent. Malgré son intelligence pratique et son aptitude à démonter, saisir et récupérer les choses, il ne comprend pas véritablement ce qu’il a entre les mains, mais les traite comme des matériaux destinés à un usage immédiat. Ainsi se présente le savoir à l’époque de la réduction en série: des textes sont abrégés, puis abrégés de nouveau, jusqu’à ce qu’il n’en subsiste que des miettes de sens, réorganisées et remises en circulation sans véritable lien avec leur source. À ce stade, nous ne nous sommes pas seulement éloignés de l’original: nous sommes entrés dans une nouvelle phase de production de l’information ou du savoir, où l’acteur cognitif n’est plus un lecteur ou un penseur, mais un ramasseur de fragments de sens qu’il redistribue sous des formes rapidement consommables. La «culture du raton laveur» ne désigne donc pas seulement la superficialité. Elle décrit avec précision la dégradation de la chaîne même du savoir, de la création au résumé, de la compréhension au traitement formel, des idées à ce qui n’est plus que leur trace pâlie. Mais ce phénomène ne peut être compris indépendamment de la structure technique qui le gouverne. C’est ici qu’intervient Marshall McLuhan, qui résumait sa pensée dans la célèbre formule: «Le médium est le message.» Le problème ne réside donc pas seulement dans le contenu, mais dans la forme à travers laquelle ce contenu est transmis. Les médias numériques contemporains ne se contentent pas de transporter l’information: ils la remodèlent selon une logique de vitesse, de condensation et de fragmentation. Le texte long devient impropre à la consommation, tandis que l’idée n’est admise qu’à condition d’être réduite à quelques lignes susceptibles d’être partagées. Cette transformation crée un paradoxe saisissant: nous vivons à une époque où l’accès au savoir n’est plus difficile, mais excessivement facile. Or cette facilité excessive fait apparaître ce que l’on pourrait appeler une «illusion cognitive»: il suffit de lire un court extrait ou un résumé rapide pour avoir le sentiment de posséder l’idée. Mais ce sentiment de maîtrise ne s’accompagne pas nécessairement d’une compréhension profonde ni de la capacité à reconstruire ou à critiquer le savoir. C’est ici qu’apparaissent ceux que l’on pourrait qualifier de «semi-instruits»: des individus qui possèdent les signes du savoir mais non sa structure, son vocabulaire mais non sa logique interne. Le problème se complique encore lorsqu’on l’examine sous l’angle de l’attention. Au lieu de demeurer dans un état de concentration prolongée, comme dans la lecture traditionnelle ou la réflexion soutenue, l’esprit vit désormais sous un bombardement informationnel continu: notifications, vidéos, titres et vagues successives de contenu. Cette situation ne produit pas seulement une dispersion de l’attention, mais la reconfigure selon une logique de saut permanent entre de brèves unités de sens, au lieu d’une construction progressive et cumulative de l’idée. Je me souviens ici d’une anecdote que nous nous racontions autrefois et qui circulait beaucoup au temps des manifestations populaires. Elle illustre bien le mécanisme de réduction et de transformation du contenu. Après l’occupation de la Palestine, de nombreuses manifestations populaires descendirent dans les rues en scandant: «À bas la déclaration Balfour!» La plaisanterie voulait qu’à la fin de la manifestation, le slogan soit devenu: «Qu’un type tombe d’en haut!», les deux formules ayant en arabe une proximité rythmique et sonore. Cette image permet peut-être de mieux saisir ce qui se passe dans le langage quotidien lorsque le savoir devient une série de messages courts répétés collectivement. La manifestation commence par une formule politique précise. Puis, sous l’effet de la répétition, de la fusion collective et du rythme sonore, elle se transforme progressivement en une autre formule, complètement différente. Celle-ci peut conserver le rythme et l’intensité affective de la première, mais elle en perd la signification et le sens originels. Ce qui subsiste n’est plus le sens, mais l’énergie émotionnelle de la formule. On retrouve ici, sous une autre forme, ce qu’avait observé Bartlett: ce qui importe n’est pas seulement ce qui a été dit, mais la manière dont cela a été répété et réinterprété dans un contexte social changeant. Si nous réunissons ces différents fils, nous pouvons dire que ce que nous vivons aujourd’hui relève moins d’un «effondrement de l’intelligence» que d’une transformation des conditions dans lesquelles elle se déploie. L’esprit humain n’a pas radicalement changé, mais l’environnement dans lequel il fonctionne, lui, s’est profondément transformé: nous sommes passés d’un environnement permettant l’accumulation lente à un environnement imposant une reproduction rapide et fragmentée du savoir. Ce changement crée une tension permanente entre deux formes de pensée: une pensée réflexive, qui a besoin de temps, et une pensée rapide, qui exige une réponse immédiate. À cette lumière, la question «Sommes-nous devenus plus stupides?» devient en partie trompeuse. Il serait sans doute plus juste de dire que nous sommes davantage exposés à des conditions qui rendent la pensée profonde moins stable, voire moins possible, et qui rendent le savoir plus vulnérable à la fragmentation et au recyclage. Quant à la stupidité, si le terme est permis, elle n’est peut-être pas une propriété de l’esprit, mais un effet secondaire et une caractéristique de la structure culturelle qui s’est mise en place. C’est une technique qui reconfigure notre rapport au monde. Ainsi, plutôt que d’y voir un déclin des capacités humaines, nous pouvons y voir une transformation de «l’environnement du savoir»: un environnement où il est devenu facile de savoir quelque chose, mais plus difficile de le comprendre véritablement, dans toute sa profondeur.
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A la veille du jour J, Trump menace l’Iran d’un cataclysme

Le président américain Donald Trump a augmenté la pression sur Téhéran en menaçant l’Iran de destruction totale. "Le pays entier pourrait être détruit en une seule nuit, et cette nuit pourrait bien être celle de demain (mardi)", a affirmé le président américain lors d'une conférence de presse. Trump avait fixé à mardi soir un ultimatum avant de bombarder des infrastructures énergétiques en Iran. Il a affirmé qu'il ne "s'inquiétait pas" du risque de commettre des crimes de guerre alors qu'un journaliste l'interrogeait sur sa menace de détruire des centrales électriques. « Le "crime de guerre" serait de laisser l'Iran se doter de l'arme nucléaire », a répliqué le président, en évoquant les répressions de manifestations par le régime des mollahs: "Ils tuent des manifestants. Ce sont des animaux". Pourtant, le monde espérait une désescalade après des informations faisant état de médiation de pays tiers. Mais Iraniens et Américains ont rejeté presque simultanément lundi les offres de trêve, le président Trump saluant toutefois une étape "très significative" dans le conflit. La Maison Blanche a confirmé que des pays médiateurs avaient proposé un arrêt des combats de 45 jours, en ajoutant que Donald Trump n'avait pas "validé" cette idée. "Ce n'est pas encore assez bien mais c'est une étape très significative", a dit le président américain lui-même pendant un échange avec des journalistes en marge d'une cérémonie organisée à l'occasion de Pâques à la Maison Blanche. Donald Trump a par ailleurs lancé que "si cela ne tenait qu'à lui", il s'emparerait du pétrole iranien mais a ajouté que "malheureusement, les Américains voudraient nous voir rentrer à la maison". "Ils sont stupides", a-t-il répondu au journaliste qui lui demandait ce qu'il pensait de l'opposition d'une majorité d'Américains au conflit, confirmée dans tous les sondages. Selon le site d'information américain Axios, des médiateurs, turcs, égyptiens et pakistanais ont évoqué une proposition en deux phases, un cessez-le-feu de 45 jours devant d'abord permettre des négociations, avant de déboucher sur un accord pour mettre un terme à la guerre, déclenchée le 28 février. En face, l'agence de presse iranienne Irna a affirmé que Téhéran avait rejeté une proposition de cessez-le-feu, au contenu non précisé, portée par le Pakistan. Les dernières exigences de Trump se sont concentrées sur une réouverture du détroit d'Ormuz, point de passage névralgique pour le commerce mondial de pétrole et de gaz, désormais contrôlé de fait par l'Iran. Il avait pourtant plusieurs fois dit auparavant que le sort du détroit lui était indifférent et insisté sur le fait qu'il prendrait la décision de conclure ou non les opérations militaires indépendamment de toute négociation. Deux complexes pétrochimiques iraniens frappés Sur le terrain, deux complexes pétrochimiques iraniens ont été frappés. Selon le ministre israélien de la Défense Israël Katz, "environ la moitié de la production pétrochimique du pays" a été détruite. L'agence de presse iranienne Fars a fait état de "plusieurs explosions" sur ce gigantesque site qui abrite aussi la plus grande installation gazière du pays. Ces frappes israéliennes sont stratégiquement essentielles car l’Iran produit sur place une partie du combustible solide utilisé dans la fabrication des missiles. Les agences de renseignements occidentales ont fait été de l’arrivée, dans des ports iraniens situés avant le détroit d’Ormuz, de plusieurs cargaisons de précurseurs chimiques utilisés dans l’industrie de missiles, en provenance de Chine. Outre les infrastructures, des dirigeants iraniens ont été ciblés : les Gardiens de la Révolution ont annoncé que leur chef des renseignements, Majid Khademi, avait été tué. L'armée israélienne a annoncé par ailleurs avoir éliminé dimanche le commandant de l'unité des opérations spéciales de la Force Qods iranienne, la branche chargée des opérations extérieures des Gardiens, lors d'une frappe à Téhéran. Au Liban, de nouvelles informations concernant la frappe ayant visé un appartement à Ain Saadé ont fait état de la présence d’un locataire depuis quelques jours qui ont précédé l’attaque. Les enquêteurs ont trouvé sur place un revolver et des bouteilles d’eau. D’autres médias, citant un communiqué de l’armée libanaise, avaient annoncé que l’appartement était inhabité. Les exécutions s’enchaînent en Iran Sur un autre plan, l'Iran a pendu lundi un autre homme condamné à mort en lien avec les manifestations de janvier, alors que les exécutions de personnes considérées par des ONG comme des prisonniers politiques se multiplient sur fond de guerre contre Israël et les Etats-Unis. Sept hommes avaient été condamnés à mort en février. Quatre d'entre eux, dont des adolescents, ont depuis été exécutés, laissant les trois autres exposés à un risque imminent d'exécution, selon les ONG. Après une première pause consécutive au déclenchement de la guerre le 28 février, les autorités iraniennes ont exécuté, plusieurs prisonniers politiques, selon l'ONG Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège. IHR affirme que les accusés ont été "soumis à la torture et privés d'accès à un avocat", puis condamnés à mort à l'issue d'un procès expéditif "grossièrement inéquitable", présidé par le juge Abolqasem Salavati. Ce juge a été sanctionné en 2019 par les Etats-Unis, qui affirment qu'il est connu comme le "juge de la mort" en raison de son recours fréquent à la peine capitale. "Ces exécutions s'inscrivent dans la stratégie de survie de la République islamique, qui mène une guerre contre son propre peuple à l'ombre d'un conflit extérieur", a déclaré le directeur d'IHR, Mahmood Amiry-Moghaddam. "La communauté internationale doit réagir d'urgence. La situation des prisonniers et l'usage systématique de la peine de mort par le régime doivent devenir une condition centrale de toute négociation ou engagement avec la République islamique", a-t-il ajouté. Pour Amnesty International, ces exécutions montrent que le système judiciaire est "un outil de répression, envoyant des individus à la potence pour semer la peur et se venger de ceux qui réclament un changement politique fondamental".

La capitulation libanaise est le patriotisme…
Par
Khairallah Khairallah
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Le Liban se trouve désormais abandonné à son sort, en l’absence d’une position unifiée des hauts responsables de l’État, à savoir le président de la République, le président du Parlement et le président du Conseil des ministres, face à la nécessité de trouver une issue d’une part, et face à la volonté israélienne d’établir une zone tampon dans le sud d’autre part. La menace israélienne ne se limite pourtant pas à l’instauration de cette zone tampon ; il apparaît clairement que l’État hébreu s’acharne à détruire des villages libanais tout le long de ce qui est considéré comme la frontière entre les deux pays, des lignes qui n’ont jamais été officiellement délimitées. La nécessité d’une position unifiée et courageuse se fait sentir plus que jamais, pour la seule raison que le destin du pays et son avenir sont suspendus à un fil depuis que les Gardiens de la Révolution iraniens l’ont entraîné dans une guerre au caractère dévastateur. Comment le Liban va-t-il faire face à la présence de plus d’un million de déplacés dans les mois à venir? La responsabilité de ce déplacement massif, dont la très grande majorité concerne des chiites, incombe simultanément à l’Iran et au Hezbollah. Ces déplacés sont la conséquence directe de la décision d’engager une nouvelle guerre contre Israël, provoquée par les six missiles que les Gardiens de la Révolution ont tirés depuis le sud du Liban, sous prétexte de venger la mort du Guide suprême Ali Khamenei. Ce qui est affligeant, c’est que la République islamique, entièrement dominée par les Gardiens de la Révolution, sait parfaitement ce qu’elle veut du Liban et à quelle fin elle entend l’utiliser, surtout depuis que les Gardiens ont pris le contrôle total du Hezbollah. Elle semble disposée à sacrifier l’ensemble des Libanais, y compris les chiites, afin d’affirmer qu’elle détient des cartes dans la région et qu’elle est capable de transformer le conflit en guerre régionale, voire en une guerre susceptible d’affecter l’économie mondiale. Pour le dire succinctement, le régime iranien cherche à démontrer que son investissement dans le Hezbollah et ses efforts acharnés pour remodeler la nature de la communauté chiite au Liban constituaient un placement judicieux, et qu’il se trouve au Liban des hommes prêts à mourir pour mériter leur rang de «soldats» dans l’armée du wali el-faqih, selon la formule que feu Hassan Nasrallah aimait à employer. L’administration américaine sait parfaitement ce qu’on attend du Liban. Du point de vue de l’administration de Donald Trump, résolue à soumettre l’Iran, Israël jouit d’une totale liberté d’action au Liban. En Israël même, une tentative avait été faite pour confier le dossier libanais à Ron Dermer, homme doté d’un véritable sens politique ; mais ce dossier est revenu rapidement aux mains du ministre de la Défense Israël Katz, qui ne croit guère à la diplomatie et estime qu’il n’existe pas d’autre solution au Liban que la solution militaire, laquelle implique l’élimination du Hezbollah et de son arsenal. La difficulté, du côté israélien, tient au besoin qu’a Benjamin Netanyahu de maintenir Dermer à Washington, ou en contact permanent avec la capitale américaine, dans la mesure où cet homme entretient une relation privilégiée avec l’administration Trump, dont les positions sur la guerre avec l’Iran oscillent au jour le jour. Il existe une position américaine et il existe une position israélienne. Le Liban constitue la part dévolue à Israël. Un chaînon manque pourtant dans cette équation, et ce chaînon, c’est la position libanaise. Que veut le Liban? Quelles sont ses priorités? Dispose-t-il d’autres options que celle de négocier directement avec Israël pour savoir ce que cet État exige avant d’autoriser le retour des déplacés dans leurs villages, ou ce qu’il en reste? La crise des déplacés constitue une bombe à retardement à laquelle le Liban n’a d’autre choix que de se confronter, tôt ou tard. Cela exige de surmonter tous les blocages libanais, y compris celui qui consiste à croire qu’Israël nourrit des ambitions territoriales sur le Liban. Si tel avait été le cas, Israël n’aurait pas renoncé à faire la guerre au pays en 1967, au simple motif que ce dernier avait refusé de participer à la guerre des Six Jours, une guerre qui s’était conclue par l’occupation du Sinaï, de la Cisjordanie, Jérusalem incluse, et du plateau du Golan. Qui plus est, si Israël avait réellement eu des visées sur le Liban, il n’aurait pas appliqué, en mai 2000, les dispositions de la résolution 425 du Conseil de sécurité des Nations Unies. Israël a finalement exécuté cette résolution, adoptée en 1978, et s’est retiré des territoires libanais, sous la certification du Conseil de sécurité lui-même. Le Liban a le devoir de définir ses priorités et de s’engager dans des négociations directes avec Israël, à l’abri de toute forme d’illusion. De telles négociations ne sauraient s’amorcer tant que le Hezbollah demeurera armé, puisqu’il est désormais établi que cet armement n’a servi qu’à ramener l’occupation, à la pérenniser et à attiser une discorde intérieure en réponse aux volontés de l’Iran. Dans les circonstances que traverse actuellement le Liban, la situation sur le terrain ne permet plus de distinguer entre la paix et la capitulation. Où serait le déshonneur dans la capitulation si elle représente l’unique voie vers la paix? Tout le reste n’est que détails, perte de temps et fuite permanente devant la vérité et la réalité, alors même que l’on sait parfaitement ce qu’Israël exige et qu’il n’existe manifestement aucune position américaine indépendante de la position israélienne. La tragédie libanaise se résume à une seule question, celle de la manière de recouvrer le territoire et du prix à payer pour cela. Un prix s’impose, auquel il n’est pas possible de se soustraire, ne serait-ce que pour éviter l’explosion de la bombe à retardement qu’incarne le million de déplacés. Au regard de ce que l’Iran a infligé au Liban, la capitulation apparaît comme le vrai patriotisme, et le patriotisme comme la capitulation. Il est temps que le Liban dise ce qu’il veut, maintenant que l’on sait ce qu’Israël exige et qu’aucune position américaine ne saurait s’affranchir de la position israélienne. La capitulation n’a rien de honteux. La honte réside dans l’absence d’une position libanaise unifiée qui serve de couverture aux négociations directes, sans lesquelles l’occupation ne saurait être levée ni la majorité des déplacés espérer retrouver leurs villages…

L’impressionnisme libanais: de la grisaille parisienne à la lumière du Mont-Liban (1/4)

L’année 2026 marque le centenaire de la disparition de Claude Monet, l’un des pionniers de l’impressionnisme. C’est d’ailleurs l’une de ses toiles «Impression soleil levant» qui a donné son nom au mouvement impressionniste. Le mouvement naît en France dans les années 1870, porté par des artistes comme Claude Monet, Auguste Renoir ou Camille Pissarro… Rompant avec les règles rigides de l’Académie, les impressionnistes ne cherchent plus à peindre le «sujet» de manière parfaite. Ils essaient plutôt de capturer la lumière, l’instant furtif, l’impression que transmet le modèle. Ils défendent une vision spontanée et naturelle du monde sans filtre et sans hiérarchie avec une touche fragmentée, des traits de pinceau rapides et visibles et une utilisation intensive de la couleur où même les ombres sont colorées (bleutées ou violettes, mais pas noires…). Ils peignent en plein air et non plus en atelier, révolution rendue possible avec l’invention de la peinture en tubes qui a permis aux artistes de sortir de leur atelier pour peindre sur le vif, au plus près de la nature. L’essor culturel du Liban Au début du XXe siècle, le Liban connaît un essor culturel sans précédent. C’est la renaissance culturelle ( al-Nahda ) dans presque tous les domaines et particulièrement en peinture. Des artistes pionniers partent étudier à Paris et à Rome et ramènent dans leurs bagages les techniques modernes de la peinture, dont l’impressionnisme. Il ne s’agit plus ici de reproduire la lumière grise du ciel parisien, mais la lumière ruisselante des paysages du Mont-Liban. En effet, les impressionnistes du Levant ont dû apprendre à dompter la lumière «écrasante» et très blanche de la région qui a donné naissance à un impressionnisme beaucoup plus contrasté et vibrant. L’impressionnisme libanais ne copie pas l’impressionnisme occidental. Il l’adapte à la sensibilité orientale pour exprimer la nostalgie, la ruralité et la beauté du patrimoine. Le Quatuor de la lumière Au début du siècle dernier, les quatre pionniers de l’impressionnisme et de la peinture libanaise moderne sont Khalil Saleeby, Omar Onsi, César Gemayel et Mustafa Farroukh. Khalil Saleeby, figure de proue de la peinture libanaise Il est le véritable précurseur de la peinture moderne au Liban. Il a introduit une approche plus libre du portrait et du paysage et a su capter et transmettre la psychologie de ses sujets. À la manière des anciens maîtres de la peinture, Saleeby utilise la lumière et le clair-obscur pour définir les volumes et la profondeur et donner du relief à ses portraits. Son parcours Khalil Saleeby est né à Btalloun, en 1870. Après des études au Syrian Protestant College (l’actuelle Université américaine de Beyrouth – AUB), il part étudier l’art à Édimbourg, aux États-Unis, puis à Paris. Il y rencontre de grands maîtres dont l’Américain John Singer Sargent qui influencera profondément son approche du portrait. À son retour au Liban en 1900, il ouvre son propre atelier à Beyrouth, en face de l’AUB. Il devient le mentor de futurs grands noms de la peinture libanaise moderne comme César Gemayel et Omar Onsi. Sa vie se termine de manière tragique, en 1928, date à laquelle il est assassiné avec son épouse américaine Carrie, dans leur village natal, à la suite d’un différend de voisinage concernant des droits d’eau. Son œuvre Saleeby a transformé l’art au Liban d’une pratique artisanale ou religieuse en une véritable profession intellectuelle et moderne. Son style a évolué du réalisme classique et académique vers un impressionnisme vibrant. Il utilise une palette riche et joue sur les lumières, les tons rosés et les bleus opalescents. Bien qu’il ait peint des paysages et des scènes de village, il est surtout célèbre pour ses portraits et ses nus. Il fut l’un des premiers artistes du monde arabe à traiter le nu de manière académique, brisant les tabous sociaux de l’époque, qui étaient nombreux. Sa collection personnelle, sauvée par sa famille, est aujourd’hui conservée à l’AUB Art Gallery à Beyrouth. Elle constitue un trésor national. Une œuvre emblématique: l’autoportrait inachevé Saleeby a réalisé plusieurs autoportraits tout au long de sa carrière dans lesquels il se représente avec un regard intense et fier, utilisant la lumière et de larges touches de pinceau. Ses œuvres illustrent parfaitement sa capacité à capturer non seulement la ressemblance physique, mais aussi la psychologie du sujet. Parmi les œuvres les plus poignantes de Saleeby, son autoportrait inachevé de 1928. Il a été laissé tel quel sur le chevalet du peintre, au moment de son assassinat. L’œuvre illustre parfaitement le style de Saleeby à la fin de sa vie: une touche libre et vigoureuse, un regard intense capturant sa propre psychologie, et une grande maîtrise de la lumière qui reste frappante malgré l’aspect non achevé du tableau. Prochain article L’impressionnisme libanais: Omar Onsi, maître de la lumière

Perspective d’escalade en Iran: tous les voyants sont au rouge

La semaine qui vient de s’écouler au Moyen-Orient a été un crescendo de rhétorique et d’action militaire qui débouche, ce lundi 6 avril, sur la fin de l’ultimatum lancé par Donald Trump au régime des mollahs, le chef de la Maison Blanche menaçant « d’anéantir » les installations énergétiques de l’Iran. Une semaine au cours de laquelle le président américain a été tout sauf avare en déclarations, l’apothéose ayant été atteint samedi, lorsqu’il a donné 48 heures aux dirigeants en place à Téhéran pour avaliser l’accord qu’il leur a présenté, faute de quoi « l’enfer » s’abattra sur eux. Donald Trump leur demande « de conclure un accord ou d’ouvrir le détroit d’Ormuz », faisant référence à des négociations sur base des 15 points avancés par les Américains, et qui portent principalement sur l’abandon des programmes nucléaire et balistique, ainsi que l’arrêt du financement des alliés régionaux tels le Hezbollah. Le second pilote US retrouvé en vie Au cours de cette semaine, le président américain a soufflé le chaud et le froid, comme il le fait depuis le début de cette guerre contre le régime des mollahs, donnant tantôt des délais de deux ou trois semaines pour la fin du conflit, ou privilégiant d’autres fois la diplomatie en assurant que les Iraniens « veulent conclure un marché à tout prix ». Sauf qu’en fin de semaine, ce sont les Iraniens qui ont donné l’impression de chercher l’escalade. Samedi, ils ont refusé un cessez-le-feu de 48 heures proposé par les Américains, intensifiant au contraire leurs frappes contre Israël d’une part, et surtout les pays du Golfe d’autre part, où ils ont visé des infrastructures sensibles, comme les stations de désalinisation et des centrales électriques (au Koweït), à titre d’exemple. A un moment où les frappes contre leur territoire s’intensifient également, un incident peu banal a eu lieu samedi, quand une centrale nucléaire dans le sud du pays a été touchée. Plus encore, les gardiens de la Révolution iranienne (puisqu’ils dirigent désormais le pays, apparemment) ont décroché une « victoire » morale en abattant vendredi un avion F15 américain, avec deux commandants à son bord : l’un d’entre eux a été secouru rapidement par l’armée américaine ; le second a été retrouvé en vie, mais blessé, dans la nuit de samedi (heure de Beyrouth), au terme d’une vaste et très audacieuse opération de recherches menée en plein territoire iranien, pendant 48 heures, par des unités d’élite de l’armée américaine, appuyées sans discontinu par des hélicoptères et des avions de reconnaissance survolant le territoire iranien à basse altitude. L’opération de sauvetage menée sans encombre pendant deux jours par les unités d’élite US a été marquée, à son stade final, dans la nuit de samedi, par un accrochage avec des éléments des bajidj (la « police » répressive des Pasdaran) qui ont tenté in extremis de devancer les forces américaines pour capturer le commandant du F 15, dont la position avait été repérée par l’armée US. Les miliciens des fajidj ont toutefois subit de lourdes pertes et l’unité d’élite est parvenue à atteindre le commandant et à le secourir avant de se retirer vers un pays arabe voisin. Tirs intensifs contre les Emirats et le Koweït Pour en revenir aux opérations militaires « classiques », la fin de la semaine a été marquée par une intensification des tirs de missiles et de drones contre, notamment, les Emirats arabes unis et le Koweït où l’armée koweitienne a fait état samedi de l’interception, en 24 heures, de 8 missiles balistiques et 19 drones munis d’explosifs. Les Emirats ont indiqué pour leur part avoir intercepté en une seule journée, samedi, 23 missiles balistiques et 56 drones! Mais c’est au stade actuel le détroit d’Ormuz qui reste la pièce maîtresse de ce conflit armé, éclipsant toutes les autres problématiques soulevées par cette guerre, comme le nucléaire et le positionnement régional du régime des mollahs. Le pari iranien sur les répercussions de la fermeture de cette voie maritime stratégique a porté ses fruits : la hausse des prix des carburants pèse déjà sur l’économie de nombre de pays et sur le pouvoir d’achat dans des endroits très éloignés du centre du conflit au Moyen-Orient. Les Iraniens vont même jusqu’à prétendre vouloir profiter financièrement du passage dans ce détroit. Ils le gardent fermé depuis plusieurs semaines, ne laissant passer que les rares navires ayant obtenu leur permission (notamment les navires turcs et indiens), renforçant de ce fait l’impression de contrôle qu’ils maintiennent sur le détroit. Samedi, les sources iraniennes ont prétendu avoir visé et atteint un pétrolier « lié à Israël ». Autre escalade du côté de Téhéran : un média iranien a rapporté samedi une information selon laquelle les exportations de pétrole depuis la très stratégique île de Kharj, celle-là même que Trump menace de conquérir, ont augmenté malgré le conflit. Cette attitude iranienne, principalement les démentis successifs de négociations avec les Américains et le refus d’un cessez-le-feu de 48 heures, sont-ils le signe d’une radicalisation accrue des dirigeants iraniens ? Peu d’informations filtrent sur la situation politique interne en Iran, mais un indice significatif sur ce plan est perceptible dans les réactions à un article, pourtant mesuré, écrit dans la revue « Foreign Affairs » par l’ancien ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif. Celui-ci estime que l’Iran « a la main haute dans ce conflit », ayant pu résister à l’assaut mené contre lui, ce qui a abouti, selon lui, à « l’échec des deux belligérants à obliger le régime à capituler ». Il souligne que l’Iran devrait profiter de cette donne non pas pour poursuivre le combat et provoquer des destructions encore plus dévastatrices, mais pour négocier et offrir de « mettre volontairement des limites à son programme nucléaire et rouvrir le détroit d’Ormuz, en échange de la levée de toutes les sanctions ». Les réactions hostiles à cet article ont illustré la polarisation qui découle de cette guerre, mais les réactions les plus significatives sont celles, extrêmement virulentes, des conservateurs radicaux iraniens qui ont été jusqu’à considérer Zarif comme « naïf » ou même un « traître », l’accusant de vouloir envoyer des signaux de faiblesse en pleine guerre. Entre-temps, le nouveau guide suprême, Mojtaba Khamenei, reste invisible. En bref, les Iraniens donnent l’impression de vouloir pousser leurs deux ennemis dans leurs derniers retranchements. Pour mieux négocier ou dans une fuite en avant ? Quel est (sont) le(s) scénario(s) possible(s) de l’intervention de l’armée américaine la semaine prochaine ? Sachant que le chef d’Etat major de l’armée US a été limogé cette semaine par le ministre de la Guerre Pete Hegseth, au profit d’une figure « qui met mieux en application la politique du président Trump ». Un signe de durcissement du côté américain également. En tout état de cause, la semaine qui s’annonce donne l’impression d’être un tournant dans la guerre. Au Liban … Sur l’autre front, celui du Liban, la même atmosphère d’escalade règne entre le Hezbollah et Israël. La milice chiite mène une action parallèle à celle du parrain iranien, lançant sans arrêt ses roquettes, missiles et drones sur le nord israélien et sur les positions israéliennes à l’intérieur du territoire. De son côté, l’armée israélienne pratique la politique de la terre brûlée dans les villages frontaliers, tout en bombardant extensivement de nombreuses régions. Le nombre de tués ne cesse de croître, avec plus de 1400 victimes depuis le 2 mars. Un dangereux développement a eu lieu en fin de semaine, samedi soir, confirmant la tendance d’une implication de plus en plus grande de la Békaa dans le conflit : des menaces israéliennes de frapper le poste-frontière de Masnaa, entre le Liban et la Syrie, ont obligé les forces de sécurité libanaises à vider le poste en urgence. Pourquoi s’en prendre aux frontières libano-syriennes ? Soupçons plus ou moins réalistes de contrebande d’armes au profit du Hezbollah ? Le ministre des Travaux publics et des Transports Fayez Rassamny a démenti que le poste-frontière ne soit pas bien contrôlé. Volonté de blocus ? L’avenir le dira. A noter une étrange coïncidence : le 28 mars, les autorités syriennes ont découvert et fermé un tunnel qui traversait la frontière, et qui a servi, selon elles, à la contrebande pratiquée par le Hezbollah… Au cours de la semaine écoulée, la résistance des villages chrétiens du Liban-Sud a beaucoup fait parler d’elle : une décision de « repositionner » l’armée libanaise au fur et à mesure de l’avancée israélienne a attiré à la Grande muette de très virulentes critiques concernant ce qui semble être un abandon de ces populations qui risquent leur vie pour rester attachées à leur terre. L’armée a justifié son initiative par la volonté de ne pas se faire encercler, assurant qu’elle garderait des militaires en poste. Si l’armée libanaise est dans le viseur des belligérants du Sud, la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) l’est aussi. Le 30 mars, trois Casques bleus de nationalité indonésienne ont été tués dans une frappe. Trois autre Casques bleus indonésiens ont été blessés quelques jours plus tard. A moins d’un an de son départ définitif, fin 2026, le rôle de la FINUL est une fois de plus remis en question. Un autre épisode a beaucoup interrogé cette semaine : alors que le Hezbollah continue d’afficher une certitude absolue dans son combat et à vanter l’héroïsme de ses combattants, l’armée israélienne a publié des vidéos sur les interrogatoires qu’elle dit être ceux des détenus de ce parti, enlevés lors de combats au Liban. Leurs aveux apportent une preuve d’un moral au plus bas, de combattants qui se posent des questions sur le sens de leur engagement mais reconnaissent ne pas pouvoir « dire non » au parti… Il est évident que la véracité de ces documents peut être remise en cause, mais leur publication provoque un électrochoc. L’avenir du Liban semble plus confus que jamais, et une éventuelle escalade en Iran ajouterait aux incertitudes et aux appréhensions réelles des Libanais. Un autre pays semble se fragiliser progressivement, même s’il n’est pas dans une guerre ouverte comme le Liban : l’Irak donne de plus en plus l’impression d’être une scène ouverte au conflit en cours. Outre les attentats contre des intérêts américains que les autorités n’arrivent pas à endiguer, le premier enlèvement d’un ressortissant américain, une journaliste, par les « Kataëb Hezbollah » pro-iraniens, s’est déroulé en plein Bagdad, ce qui en dit long sur la situation de fait accompli imposé, là aussi, par les factions inféodées aux Gardiens de la révolution iranienne.

Guerre Iran-USA: quels intérêts?
Par
Mona Fayad
Publié

Ceux qui ont étudié la guerre, à l'image de Gaston Bouthoul ou de Marvin Harris, n'ont jamais circonscrit leur analyse à la seule dimension géopolitique immédiate. Ils ne se contentaient pas de demander «pourquoi a-t-elle éclaté?», mais posaient aussi «que produit-elle? » et «qui sert-elle?». Car les sociétés, lorsqu'elles se révèlent incapables de résoudre leurs contradictions internes, tendent à les exporter vers l'extérieur, et la guerre se transforme alors en moyen de réorganiser l'espace intérieur par le biais d'une violence orientée vers l'extérieur. Cette approche autorise une lecture des guerres contemporaines qui échappe à leur réduction à la sphère militaire ou géopolitique. Le conflit qui embrase aujourd'hui le triangle irano-américano-israélien ne peut se comprendre ainsi comme un simple affrontement d'influence ou une dissuasion mutuelle. Il faut plutôt le saisir comme un processus complexe aux fonctions multiples, visant à consolider des légitimités intérieures en crise et à redessiner les équilibres régionaux, tout en produisant des récits de mobilisation qui redéfinissent simultanément l'ennemi et le soi. Pour Bouthoul, la guerre a enfanté l'histoire, laquelle commence avec la chronique des batailles armées. Elle constitue la frontière qui marque toutes les grandes transformations. Elle incarne l'une des figures du passage accéléré. Dans Vaches, porcs, guerres et sorcières , Marvin Harris s'efforce d'expliquer les phénomènes culturels, religieux et guerriers à partir d'un angle matériel, économique et écologique. Sa démarche aide à mesurer l'importance des ressources comme facteur de conflit et à montrer que l'économie et le rôle géostratégique constituent l'arrière-plan des affrontements apparents. Elle éclaire aussi pourquoi certaines communautés demeurent dans un état de guerre prolongé malgré les pertes accumulées, parce que la guerre remplit des fonctions sociales inscrites au cœur de la structure matérielle. Harris relie par ailleurs l'infrastructure, entendue comme l'économie, l'environnement et la technologie, à la superstructure formée par la religion, les symboles et les croyances. Cependant, son cadre d'analyse peine à rendre compte du rôle de l'idéologie religieuse et politique, qu'elle soit chiite, sunnite, sioniste ou nationaliste, ou de la place des émotions, de la haine et de la mémoire historique, dont l'agression iranienne contre les États du Golfe a pourtant attesté la puissance déterminante. Il laisse également de côté les interactions en temps réel entre les dirigeants d'État qui ponctuent l'actualité. Il convient donc de considérer la guerre en cours comme un conflit aux objectifs pluriels. Les ressources stratégiques jouent un rôle décisif dans l'engagement américain, à travers l'affermissement de l'influence dans le Golfe, le contrôle des corridors énergétiques et des passages maritimes, et l'affirmation de la supériorité technologique ; les tactiques de maintien de l'hégémonie se lisent quant à elles dans le difficile équilibrage qu'opère Washington entre sa propre sphère d'influence et les menaces montantes qui la défient. Les structures sociales internes aux États jouent également leur rôle, puisque les élites politiques et industrielles exploitent l'instabilité au profit de leurs intérêts, tandis que les appareils économiques et militaires tirent un bénéfice substantiel de la perpétuation des tensions. Le conflit sert par ailleurs à préserver la cohésion interne de certains régimes, particulièrement celui de Netanyahu, et la «menace extérieure» se convertit en instrument de contrôle social, comme c'est manifestement le cas en Iran. C'est ici qu'intervient le facteur symbolique, psychologique et directement politique. Les symboles, la mémoire et les identités exercent, au Moyen-Orient précisément, une fonction centrale. La guerre actuelle obéit aussi à des ressorts idéologiques, religieux et nationalistes que le seul matérialisme culturel ne saurait épuiser ; elle engage les luttes pour les identités, pour les récits religieux et historiques, pour la sécurité existentielle et pour la légitimité intérieure. Décomposer le conflit entre les trois États permet de mettre au jour les intérêts matériels que dissimule le discours idéologique, et d'interroger qui bénéficie structurellement de la continuation de la guerre. Sur le plan de la géographie et des ressources, l'Iran se présente comme une puissance régionale dotée d'une profondeur territoriale considérable et de vastes réserves énergétiques, tandis qu'Israël, géographiquement exigu, fonde sa survie sur la supériorité technologique et militaire ainsi que sur le soutien américain. Le théâtre stratégique de l'affrontement englobe le Golfe, les corridors énergétiques et les eaux régionales. L'équilibre des forces entre les deux camps révèle qu'Israël perpétue une supériorité nucléaire non déclarée, face à un programme nucléaire iranien qui vise à instaurer une dissuasion stratégique, tandis qu'une course parallèle aux missiles, aux drones et à la guerre cybernétique redouble encore la tension. Du côté américain, le conflit touche à l'architecture même de l'économie mondiale. Les sanctions imposées à l'Iran engendrent une économie de résistance intérieure, pendant que les industries militaires israéliennes et américaines profitent pleinement du climat de menace qui règne dans la région, et que les tensions persistantes fournissent une justification aux alliances militaires et sécuritaires à l'échelle mondiale. Le conflit déborde ainsi le simple antagonisme doctrinal pour recouvrir une lutte pour l'hégémonie, la dissuasion et la distribution du pouvoir dans un environnement exceptionnellement riche en ressources stratégiques. La question qui s'impose est dès lors de savoir comment le conflit sert la structure interne de chacun des acteurs. En Iran, la «menace israélo-américaine» a depuis longtemps renforcé le récit du siège, justifié le resserrement de l'étau sécuritaire et consolidé la position des Gardiens de la Révolution en tant qu'institution cardinale de l'État. En Israël, la menace iranienne a renforcé la centralité de la sécurité dans la vie politique, conforté les courants qui perçoivent le danger comme existentiel, et produit un degré de cohésion sociale sans précédent, en dépit des fractures profondes qui traversent la société. Pour les États-Unis, elle a permis de maintenir l'équilibre régional, de consolider les alliances et de gérer l'influence face aux puissances émergentes. En ce sens, le conflit remplit une fonction sociale interne, générant de la cohésion par le truchement d'une peur partagée. Au plan de la superstructure symbolique, qui embrasse le langage, la religion et l'identité, on entre dans l'orbite des grandes formules que sont l'effacement d'Israël, la défense de l'existence, le soutien à l'axe de la résistance et la menace nucléaire. Ces formules ne relèvent pas du simple discours ; elles fonctionnent comme autant d'outils de mobilisation. Il faut y ajouter la dimension métaphysique inscrite dans le discours iranien, et le traumatisme historique qui, dans la conscience israélienne, a resurgi avec une intensité redoublée après la guerre du 7 octobre, convoquant la mémoire collective et l'angoisse existentielle que ce traumatisme charrie. Le conflit entre l'Iran et Israël est-il structurellement soluble ? Ou bien est-il devenu partie intégrante d'un équilibre fonctionnel qui sert la survie des régimes eux-mêmes? Netanyahu n'a-t-il pas un besoin impérieux de voir les guerres se perpétuer à son profit? Trump n'a-t-il pas besoin de l'équilibre stratégique pour empêcher la Chine de s'allier avec l'Iran, de voir son influence s'étendre et de conforter la Route de la Soie? L'Iran n'a-t-il pas besoin de maintenir le régime face à un peuple en rébellion? Pourtant, l'équilibre fonctionnel que nous venons de décrire semble à présent échapper à tout contrôle. Les régimes qui se croient maîtres de l'escalade demeurent exposés à tout événement imprévu, qu'il s'agisse d'un assassinat, d'une erreur de calcul ou d'une frappe décisive, et nous voilà plongés dans une guerre dont le coût pèse sur tous les acteurs, tandis que la survie même du régime iranien se trouve désormais en jeu.

48 heures pour éviter un nouvel « enfer » en Iran

Il fallait, naturellement, s’y attendre… Brandissant la menace d’un déluge de feu qui pourrait s’abattre sous peu sur les infrastructures stratégiques iraniennes, le président Donald Trump a rappelé aux dirigeants de la République islamique que c’est dans 48 heures (soit lundi) qu’expire le dernier délai de 10 jours qu’il leur avait accordé afin d’avaliser le plan en 15 points présenté par Washington ou d’assurer la libre circulation maritime au détroit d’Ormuz. « L’Iran a un délai de 48 heures avant d’être confronté à l’enfer », a déclaré le président Trump. Samedi soir, 4 avril, aucun indice ne permettait encore de prévoir un possible déblocage susceptible d’éviter une escalade de grande envergure dans les opérations militaires, mais les coups de théâtre de dernière minute ne sont évidemment pas à exclure dans ce genre de situation. Le Corps des Gardiens de la révolution a réitéré samedi sa position en flèche, affirmant qu’il n’était pas disposé à rencontrer les négociateurs américains « dans les prochains jours », affirmant, en tout état de cause, que les demandes américaines (formulées dans le plan en quinze points) sont « inacceptables ». Les prochains jours permettront de savoir s’il s’agit là d’une attitude de principe pour renforcer la position du négociateur iranien ou si, au contraire, cette attitude reflète réellement une ligne de conduite intransigeante fondée sur une base idéologique rigide ayant pour essence d’aller jusqu’au bout dans le bras de fer engagé avec les Etats-Unis, et l’Occident en général. La question qui se pose également dans ce contexte est de savoir à quel point les Pasdaran sont devenus seuls maitres de la situation en Iran et dans quelle mesure le camp qualifié de « modéré » et de « pragmatique » a perdu toute influence sur la scène interne, sous le poids écrasant des radicaux. Au niveau américain, la petite phrase lancée samedi par le président Trump incite à réflexion et peut ouvrir la voie à toute sorte de spéculations. Le chef de la Maison Blanche a en effet donné 48 heures au régime des mollahs pour « conclure un accord » (le plan en quinze points) ou rétablir la libre circulation au détroit d’Ormuz. Le « ou » fait toute la différence… Cela signifie-t-il que la Maison Blanche se contenterait de ce dernier point pour mettre fin à la guerre ? Auquel cas – très peu probable, mais dans un tel contexte rien n’est vraiment impossible – le président Trump aurait abandonné ses objectifs maintes fois proclamés, portant sur le programme nucléaire, l’arsenal balistique, et l’abandon de l’expansionnisme régional déstabilisateur, entretenu par le biais des proxys inféodés aux Gardiens de la révolution. En dehors donc d’une capitulation totale du pouvoir en place à Téhéran – peu probable également – on verrait mal le président Trump se résoudre à mettre un terme aux opérations militaires sur base d’une solution boiteuse qui ne réglerait aucun des contentieux qui est à la base de cette guerre et qui, de ce fait même, maintiendrait en place les racines du mal et replongerait, à plus ou moins brève échéance, la région et la communauté internationale dans une nouvelle crise existentielle aigue, voire dans un nouveau conflit armé. Tard dans la soirée de samedi, certaines sources indiquaient que Washington aurait informé Tel-Aviv que les contacts avec la République islamique sont dans l’impasse. Comme pour confirmer cette information, les sources officielles israéliennes affirmaient que l’Administration US pourrait donner « cette semaine » son feu vert à des frappes contre les installations énergétiques, ce qui représenterait un coup très sévère porté à l’économie iranienne, et par ricochet au régime en place. La grosse industrie d’ores et déjà ciblée Dans l’attente de l’expiration de ce délai fixé par le président US, les développements au niveau des opérations militaires indiquent, au stade actuel, que la balance penche plutôt, nettement, vers l’escalade. Preuve en est que les aviations américaine et israélienne ont pris pour cible au cours des dernières quarante-huit heures un secteur hautement stratégique qu’elles prenaient soin d’épargner depuis le début de la guerre, à savoir la grosse industrie. Les importantes infrastructures pétrochimiques ont été ainsi durement bombardées et endommagées. C’est le cas, plus particulièrement, du grand complexe pétrochimique de la région d’Ahwaz qui assure, selon diverses sources, non moins de 70 pour cent des besoins du marché iranien en essence et carburants. Les coups portés à ce secteur vital auront un impact désastreux sur l’économie iranienne dans son ensemble qui traverse déjà une phase critique depuis plusieurs mois. Parallèlement, l’aviation israélienne s’est déchainée dans la nuit de vendredi à samedi contre les installations militaires, stratégiques, et administratives du vaste appareil des Gardiens de la révolution dans la région de Téhéran. L’escalade dans les raids a atteint en outre les complexes sidérurgiques qui constituent un autre pan vital de l’économie iranienne. Fait notable dans ce contexte : des postes iraniens à la frontière avec l’Irak ont été bombardés par l’aviation israélienne. En marge de ces opérations militaires, les forces spéciales US ont poursuivi durant toute la journée et la soirée de samedi leurs recherches pour retrouver le second pilote de l’avion F 15 qui avait été abattu en fin de semaine. Des unités d’élite ont été déployées en territoire iranien dans le cadre de ces efforts de sauvetage et opèrent depuis deux jours en profondeur à l’intérieur de l’Iran sans être pour le moins inquiétées par une force hostile, ce qui en dit long sur l’état des unités armées et sécuritaires de la République islamique. Nouveaux raids contre la banlieue-sud Sur le front libanais, l’armée israélienne a indiqué samedi que son aviation a bombardé dans la banlieue-sud les infrastructures du Hezbollah ainsi que des positions de « la brigade du Liban, au sein de la brigade de Jérusalem ». Ce n’est que depuis le milieu de la semaine écoulée qu’il est question ouvertement de cette « brigade du Liban » au sein de la « brigade de Jérusalem », qui constitue le bras armé des Pasdaran au Moyen-Orient. D’une manière concomitante aux raids contre la banlieue-sud, l’aviation israélienne a surtout axé ses bombardements samedi sur certaines localités importantes de la Békaa-Ouest, nouveau point chaud du « front libanais » qui risque d’être sous peu au centre des opérations israéliennes, parallèlement à la zone méridionale.