

L’année 2026 marque le centenaire de la disparition de Claude Monet, l’un des pionniers de l’impressionnisme. C’est d’ailleurs l’une de ses toiles «Impression soleil levant» qui a donné son nom au mouvement impressionniste.
Le mouvement naît en France dans les années 1870, porté par des artistes comme Claude Monet, Auguste Renoir ou Camille Pissarro… Rompant avec les règles rigides de l’Académie, les impressionnistes ne cherchent plus à peindre le «sujet» de manière parfaite. Ils essaient plutôt de capturer la lumière, l’instant furtif, l’impression que transmet le modèle. Ils défendent une vision spontanée et naturelle du monde sans filtre et sans hiérarchie avec une touche fragmentée, des traits de pinceau rapides et visibles et une utilisation intensive de la couleur où même les ombres sont colorées (bleutées ou violettes, mais pas noires…).
Ils peignent en plein air et non plus en atelier, révolution rendue possible avec l’invention de la peinture en tubes qui a permis aux artistes de sortir de leur atelier pour peindre sur le vif, au plus près de la nature.
L’essor culturel du Liban
Au début du XXe siècle, le Liban connaît un essor culturel sans précédent. C’est la renaissance culturelle (al-Nahda) dans presque tous les domaines et particulièrement en peinture. Des artistes pionniers partent étudier à Paris et à Rome et ramènent dans leurs bagages les techniques modernes de la peinture, dont l’impressionnisme.
Il ne s’agit plus ici de reproduire la lumière grise du ciel parisien, mais la lumière ruisselante des paysages du Mont-Liban. En effet, les impressionnistes du Levant ont dû apprendre à dompter la lumière «écrasante» et très blanche de la région qui a donné naissance à un impressionnisme beaucoup plus contrasté et vibrant.
L’impressionnisme libanais ne copie pas l’impressionnisme occidental. Il l’adapte à la sensibilité orientale pour exprimer la nostalgie, la ruralité et la beauté du patrimoine.
Le Quatuor de la lumière
Au début du siècle dernier, les quatre pionniers de l’impressionnisme et de la peinture libanaise moderne sont Khalil Saleeby, Omar Onsi, César Gemayel et Mustafa Farroukh.
Khalil Saleeby, figure de proue de la peinture libanaise
Il est le véritable précurseur de la peinture moderne au Liban. Il a introduit une approche plus libre du portrait et du paysage et a su capter et transmettre la psychologie de ses sujets. À la manière des anciens maîtres de la peinture, Saleeby utilise la lumière et le clair-obscur pour définir les volumes et la profondeur et donner du relief à ses portraits.
Son parcours
Khalil Saleeby est né à Btalloun, en 1870. Après des études au Syrian Protestant College (l’actuelle Université américaine de Beyrouth – AUB), il part étudier l’art à Édimbourg, aux États-Unis, puis à Paris. Il y rencontre de grands maîtres dont l’Américain John Singer Sargent qui influencera profondément son approche du portrait.
À son retour au Liban en 1900, il ouvre son propre atelier à Beyrouth, en face de l’AUB. Il devient le mentor de futurs grands noms de la peinture libanaise moderne comme César Gemayel et Omar Onsi. Sa vie se termine de manière tragique, en 1928, date à laquelle il est assassiné avec son épouse américaine Carrie, dans leur village natal, à la suite d’un différend de voisinage concernant des droits d’eau.
Son œuvre
Saleeby a transformé l’art au Liban d’une pratique artisanale ou religieuse en une véritable profession intellectuelle et moderne.
Son style a évolué du réalisme classique et académique vers un impressionnisme vibrant. Il utilise une palette riche et joue sur les lumières, les tons rosés et les bleus opalescents.
Bien qu’il ait peint des paysages et des scènes de village, il est surtout célèbre pour ses portraits et ses nus. Il fut l’un des premiers artistes du monde arabe à traiter le nu de manière académique, brisant les tabous sociaux de l’époque, qui étaient nombreux.
Sa collection personnelle, sauvée par sa famille, est aujourd’hui conservée à l’AUB Art Gallery à Beyrouth. Elle constitue un trésor national.
Une œuvre emblématique: l’autoportrait inachevé
Saleeby a réalisé plusieurs autoportraits tout au long de sa carrière dans lesquels il se représente avec un regard intense et fier, utilisant la lumière et de larges touches de pinceau. Ses œuvres illustrent parfaitement sa capacité à capturer non seulement la ressemblance physique, mais aussi la psychologie du sujet.
Parmi les œuvres les plus poignantes de Saleeby, son autoportrait inachevé de 1928. Il a été laissé tel quel sur le chevalet du peintre, au moment de son assassinat. L’œuvre illustre parfaitement le style de Saleeby à la fin de sa vie: une touche libre et vigoureuse, un regard intense capturant sa propre psychologie, et une grande maîtrise de la lumière qui reste frappante malgré l’aspect non achevé du tableau.
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L’impressionnisme libanais: Omar Onsi, maître de la lumière