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Enorme explosion provoquée par une frappe israélienne sur une localité proche de Al-Mansouri, au sud du Liban. (AFP)
L'Essentiel de la semaine
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Par LevantTime .
Publié sept. 6, 2026 - 23:27
Alors que les États-Unis semblaient avoir opté pour la seule guerre économique contre l’Iran, l’armée américaine a brusquement mené mardi des frappes contre le territoire iranien en riposte à des attaques visant des pétroliers, entraînant une spirale de violence au cours de la semaine. Au Liban, Israël a libéré plusieurs civils détenus dans ses prisons, tandis que son armée investissait la colline stratégique d’Ali el-Taher et poursuivait ses frappes massives dans la zone qu’elle contrôle au sud du pays. La semaine du 31 août au 6 septembre aura été marquée par une nette accélération des événements au Moyen-Orient, alors que la précédente semblait placée sous le signe de l’immobilisme. Sur le front iranien, dès mardi soir, l’armée américaine a mené des frappes ciblées en territoire iranien, les premières depuis près d’un mois. Cette capture d’écran, réalisée le 6 septembre 2026 à partir d’images vidéo non datées diffusées le même jour par le Commandement central américain, montre ce que le Centcom présente comme l’un des pétroliers iraniens qu’il a détruits en riposte à des tentatives d’attaques de missiles contre des navires militaires. (Centcom via AFP) Toutefois, leur rythme relativement limité donne l’impression que l’administration américaine a opté pour une escalade qui demeure contrôlée, tout en poursuivant son blocus et ses pressions économiques contre Téhéran. Malgré tout, la tension n’a cessé de croître au fil de la semaine. Des explosions ont été entendues samedi sur l’île hautement stratégique de Kharg, par laquelle transite la majeure partie du pétrole iranien. Le président américain Donald Trump a, de son côté, menacé de frapper le site nucléaire de Kuh-e Kolang — « montagne de la pioche » en persan, ou Pickaxe Mountain —, une installation très fortifiée située à une grande profondeur, non loin de Natanz, principal site d’enrichissement d’uranium en Iran. Plus tôt dans la semaine, il avait consacré l’équation du « pétrolier contre pétrolier », promettant de cibler un navire iranien chaque fois que les Gardiens de la révolution frapperaient un pétrolier dans le détroit d’Ormuz. C’est précisément ce qu’a fait l’armée américaine samedi, en incendiant deux navires iraniens. Sur le plan politique, Donald Trump a encore durci le ton envers Téhéran. Après avoir affirmé, dans une interview, que les pourparlers étaient définitivement gelés « parce qu’un accord avec eux ne vaut pas le papier sur lequel il est écrit », il a estimé samedi que le « conflit » avec l’Iran n’était pas une « guerre », mais « quelque chose de banal » pour les États-Unis. Une manière de jouer avec les nerfs des Iraniens tout en rassurant son opinion publique à l’approche des élections de mi-mandat. Un port, ainsi que des installations de stockage et des entrepôts ont été endommagés après une frappe militaire américaine menée dans la province méridionale iranienne d’Hormozgan, qui jouxte le détroit du même nom, le 6 septembre 2026. (AFP) Dans le même temps, le média américain Axios a publié samedi un rapport laissant entendre que les États-Unis se projettent déjà au-delà de ce conflit, commencé le 28 février. Le site affirme, en citant des responsables américains et d’autres sources informées, que l’administration Trump élabore une stratégie plus large pour le Moyen-Orient de l’après-guerre. Celle-ci reposerait sur la mise en place d’un alignement régional destiné à contenir l’Iran, à mettre un terme aux répercussions régionales des attaques du 7 octobre 2023 menées par le Hamas à Gaza et à élargir le cercle de la normalisation entre Israël et les pays de la région. La menace visant Kuh-e Kolang, qui marque la réémergence du dossier nucléaire iranien, fait écho à une annonce de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), qui a déploré, le 1er septembre, que l’Iran n’ait pas rouvert ses sites à ses inspecteurs après les frappes de mai 2025. Rappelons que, malgré l’ampleur de l’offensive israélo-américaine contre les sites iraniens, il est quasi certain que le stock d’uranium enrichi demeure intact et a été placé en lieu sûr par les autorités iraniennes, qui restent attachées à ce qu’elles considèrent comme leur droit au développement d’un programme nucléaire. À la suite de l’annonce de l’AIEA, les États-Unis, mais aussi la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne ont fait part de leur intention de présenter une résolution au Conseil de sécurité de l’ONU condamnant le non-respect par l’Iran de ses engagements en matière de non-prolifération nucléaire. Une unité affichée qui tranche avec le froid qui règne entre Washington et ses alliés européens depuis le début du conflit. De leur côté, les Iraniens semblent continuer à faire face aux bouleversements de la même manière : en frappant plusieurs pays voisins, notamment le Koweït, les Émirats arabes unis et la Jordanie, sans pour autant s’attaquer directement à Israël. Frappes massives au Liban-Sud Sur le front libanais, Israël intensifie ses opérations de destruction dans les villages du Sud, allant jusqu’à utiliser, dans certains cas, des barils d’explosifs. Le président libanais Joseph Aoun a exhorté Washington et la communauté internationale à « faire cesser » les attaques israéliennes sur le territoire libanais, qui ont fait sept morts dimanche sur fond de trêve fragile. Les bombardements ont touché différentes localités de la région de Nabatiyé. Vingt personnes ont également été blessées, parmi lesquelles des enfants, selon le ministère de la Santé. Une frappe a par ailleurs détruit l’ancien hôpital Ghandour, hors service depuis des années. Libération de détenus et prise d’Ali el-Taher Mais l’événement majeur de la semaine dans le Sud a été la prise, par les Israéliens, de la colline stratégique d’Ali el-Taher, dans la région de Nabatiyé. Le site constituait un important quartier général du Hezbollah, formé d’un vaste enchevêtrement de tunnels, d’où opéraient des combattants du parti chiite mais aussi, selon certaines informations, des combattants iraniens. Jeudi soir, les Israéliens ont annoncé avoir pris le contrôle du complexe. Dimanche, le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a déclaré que des tunnels devaient encore être dynamités. Ce « succès » militaire n’était peut-être pas une surprise après des semaines de bombardements, mais la réaction du Hezbollah l’a été davantage. Après avoir longtemps assuré qu’il refuserait de céder cette colline stratégique — tout comme les Iraniens, qui avaient eux aussi menacé d’intervenir —, le parti chiite a fini par minimiser l’impact de ce développement par l’intermédiaire de ses médias et de ses relais, sans toutefois confirmer officiellement la perte du site, qu’il avait refusé de préserver en le remettant à l’armée libanaise. L’autre surprise majeure de la semaine a été la libération, par Israël, de cinq civils libanais et syriens détenus dans ses prisons. Cette mesure est intervenue à la suite d’une visite à Tel-Aviv de l’ambassadeur des États-Unis au Liban, Michel Issa. Selon le bureau du Premier ministre israélien, l’annonce de jeudi « fait suite aux efforts déployés par Israël et le Liban pour localiser et rapatrier les dépouilles des dirigeants de la communauté juive qui avaient été enlevés et tués au Liban » entre 1984 et 1986. Là encore, la réaction du Hezbollah interpelle. Tout en considérant la mesure positive mais insuffisante, le parti s’en est une nouvelle fois pris aux autorités libanaises, les accusant de « soumission à l’ennemi » et les tenant pour « responsables » du désastre au Sud. Il les a même mises en garde contre « les conflits internes ». Les revers militaires du parti pourraient-ils l’inciter à se retourner davantage contre la scène intérieure? Enfin, l’armée israélienne a fait dimanche une déclaration importante en annonçant envisager de réduire sa zone d’occupation au Liban-Sud, en passant de l’actuelle « zone jaune » à une « zone grise ». Une telle évolution traduirait, selon cette lecture, une diminution de la menace représentée par le Hezbollah. La mesure n’a toutefois pas encore été approuvée par le leadership politique israélien. Le Yémen et la Palestine La semaine a également été particulièrement tendue au Yémen, où les affrontements entre les rebelles houthis et les forces gouvernementales n’ont cessé de s’intensifier, jusqu’à un samedi particulièrement meurtrier qui a fait plus de 60 morts en une seule journée, portant à environ 200 le nombre de victimes depuis jeudi. L’offensive des Houthis vise notamment à prendre le contrôle de certaines zones bordant le passage de Bab el-Mandeb, ce qui donnerait à cet allié de l’Iran un ascendant supplémentaire sur un autre verrou stratégique majeur, après le détroit d’Ormuz. En Palestine, des propos particulièrement inquiétants d’Israël Katz sur Gaza ont marqué la semaine. Celui-ci a affirmé, sans fournir de preuves, que la plupart des habitants de la bande souhaitaient la quitter, soulignant qu’Israël était « prêt à une telle évacuation » de masse. De quoi laisser penser que le calvaire des Gazaouis est loin d’être terminé. Enfin, notons que l’AIEA a annoncé, le 1er septembre, que des infrastructures découvertes à Deir el-Zor, en Syrie, indiquent que l’ancien régime de Bachar al-Assad préparait secrètement un programme nucléaire avancé susceptible d’aboutir à la fabrication d’une arme atomique avec l’aide d’experts nord-coréens.
Hommage
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Par Michel Hajji Georgiou - Publié sept. 6, 2026 - 13:31
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Le joueur argentin, qui a mis fin à sa carrière internationale le 31 août 2026, n’était rien moins qu’un prestidigitateur des stades. Son parcours, fait de prodiges, de chutes et de rédemption, dit peut-être quelque chose de notre besoin intact d’enchantement dans un monde qui prétend pourtant s’en être défait. Annoncée quelques semaines après la finale de Coupe du monde 2026 perdue contre l’Espagne, la retraite internationale de Lionel Messi n’a pas été sans provoquer une émotion dont il est difficile de trouver beaucoup d’équivalents dans l’histoire récente du football. Il faudrait sans doute remonter à Maradona, ou encore à Cruyff ou Pelé, pour retrouver cette sensation qu’avec le retrait d’un joueur disparaît quelque chose qui excède très largement le sport lui-même, comme si une certaine manière d’habiter le football, sinon même d’y croire, arrivait, elle aussi, à son terme. Loin des glacis de la raison Las des interminables statistiques et des insupportables querelles, fastidieuses et stériles, autour de «qui est le meilleur de tous les temps». L’auteur de ces lignes n’a jamais été un fanatique de ballon rond, ni des classements verticaux ou d’une hiérarchie du mérite en général, et, partant, apprécie le talent de chaque joueur avec le même regard émerveillé d’un enfant de 11 ans. Du reste, cette obsession particulièrement contemporaine des chiffres gâche tout le plaisir du spectacle. Et pour cause: la démarche qui consiste à additionner les buts, les passes décisives, les Ballons d’or, les Ligues des champions, les Copa América, les Coupes du monde… ne peut être que réductrice. Elle n’est pas sans évoquer, sur un autre registre, la critique développée par le philosophe germano-américain Eric Voegelin de la tentation gnostique moderne: celle d’un savoir persuadé de pouvoir enfermer la réalité dans un système et abolir ce qui lui résiste. Les records sont probablement un indicateur du génie de Lionel Messi. Mais tant d’autres grands joueurs qui ont fait vibrer les stades et les cœurs, qui n’ont pas réalisé la moitié de ses exploits, restent pourtant éternels dans les mémoires. Ce qui les a rendus véritablement singuliers se trouve ailleurs, loin des glacis de la raison. Quelque chose d’autre s’est joué autour d’eux. Quelque chose qui relève d’un certain sens profond de la transcendance, que l’entendement ne saurait pleinement saisir. C’est le cas de Lionel Messi pendant plus de vingt ans, depuis le jour où, sous les regards de «l’icône» Diego Maradona, il faisait sa toute première entrée, en juin 2006, dans l’arène de la Coupe du monde sous les couleurs de l’Albiceleste contre la Serbie-Monténégro. Or cet élément indicible qui fait le génie de Messi, comme pour d’autres, touche peut-être à l’un des paradoxes les plus curieux de la modernité: la persistance de la magie dans un monde qui s’est précisément construit contre elle. Le monde désenchanté Max Weber parlait du désenchantement du monde pour désigner ce lent processus par lequel la modernité occidentale avait progressivement soumis l’existence à la rationalisation, au calcul, à la prévisibilité et à l’explication causale. Le monde ne devait plus être parcouru de puissances obscures, de signes, d’interventions surnaturelles ou de volontés invisibles; il devait, au moins en principe, devenir intelligible. Malheureusement, le sport moderne, et plus largement le monde moderne hérité de la globalisation, s’inscrit parfaitement dans cette dynamique. Le football d’aujourd’hui, et pas seulement le football, est en effet probablement l’un des objets les plus quantifiés qui soient. Le moindre geste est mesuré, et tout est soigneusement calculé et modélisé. Des mathématiques à l’intelligence artificielle, le talent brut dépend désormais davantage de la science que de l’enchantement. C’est ce qu’il y a d’humain, dans son rapport spontané, voire sauvage, avec l’invisible issu du cœur, qui disparaît sous nos yeux, au profit de la quadrature de la VAR. C’est, quelque part, le meurtre du sport au nom de plus de rigueur et d’équité… quand bien même l’euthanasie de cette part de spontané sublime finit par provoquer elle-même des injustices flagrantes. Il suffit, pour s’en assurer, de revenir sur certaines décisions controversées du Mondial 2026. Paradoxe des paradoxes, Lionel Messi est lui-même, à l’origine, un enfant de cette modernité technique, à laquelle il doit certainement une partie de sa carrière exceptionnelle. Son corps, trop petit pour les standards attendus, a été corrigé par un traitement hormonal. Détecté très tôt, son talent a été pris en charge par une institution qui a organisé sa formation, son alimentation, son développement physique et son intégration dans une machine sportive déjà mondialisée. Rien, en apparence, ne pouvait être plus éloigné du vieux récit héroïque. L’histoire ressemble davantage, de prime abord, aux dystopies du genre de Gattaca plutôt qu’à celui des mythes et récits messianiques. Pourtant, ce vieux récit est bel et bien revenu, et même avec une insistance presque embarrassante. Depuis les débuts de sa carrière, Lionel Messi a été passé au microscope. Mais plus l’on s’acharnait à l’expliquer et à le démystifier, moins on réussissait à dissiper entièrement l’impression produite par certains de ses gestes. L’homme n’arrive simplement pas à être circonscrit et réduit à l’accumulation de données. À l’âge où la plupart des grands joueurs rentrent dans l’ombre, il continue de surprendre. De stupéfier, même, en apportant au sport cette part d’insensé qui échappe à l’hypersystématisation, quasi robotique, du monde. C’est probablement là qu’il faut chercher cet ailleurs qui caractérise Messi. Dans une survivance de la magie à un moment où même les lieux qui permettaient l’expression positive d’une humanité faite de chair et de sang se retrouvent progressivement «disciplinés» par cet attrait hypnotique pour une nouvelle gnose puritaine au nom de la modernité. Le Messie fabriqué par la machine Bien qu’issu, en quelque sorte, de la machine matricielle, Lionel Messi constitue en lui-même une remise en question de ce modèle de prêt-à-porter. Une sorte d’alter ego du Neo de Matrix jeté dans une simulation régie par des paramètres qui prétendent tout calculer. La destinée de l’Argentin a en effet progressivement pris, presque malgré lui, la forme d’un récit messianique. Le calembour sur son nom serait trop facile s’il n’avait pas été constamment relancé par sa propre histoire: celle de l’enfant fragile, auquel le corps semble vouloir refuser l’accomplissement auquel son talent le destine. Puis celle de l’exil très jeune vers Barcelone, de l’adoption par une ville étrangère, de l’ascension presque irréelle, de la reconnaissance mondiale, et ensuite de cette étrange difficulté à être reconnu par les siens… Car, pendant longtemps, l’Argentine a entretenu une relation de hainamoration avec son enfant prodigue. Qu’importaient ses résultats, son talent, sa brillance… il lui fallait répondre à une seule question, impitoyable: pourquoi n’était-il pas Maradona? Certes, la comparaison était inévitable, mais elle était aussi profondément injuste. Tout séparait les deux hommes dans leur manière d’être au monde. Maradona portait l’Argentine avec tout ce qu’elle pouvait avoir de passionnel, de contradictoire, d’excessif et de théâtral. Il parlait, provoquait, se battait, tombait, revenait, mêlait au football sa vie privée, ses colères, ses engagements politiques… jusqu’à sa propre destruction. Son corps lui-même semblait devenir l’un des lieux où se jouaient les contradictions de son pays. Maradona était l’incarnation même de ce que le monde attendait du football: une âme rebelle, poussant parfois le jeu jusqu’à l’immoralité, mais dans une forme de gigantomachie du football. Maradona était épique. Et, surtout, il avait placé son pays au firmament du football en 1986. Messi, lui, ne donnait rien de tout cela. Il était silencieux, parfois presque absent du récit que les autres construisaient autour de lui, absence qui fut longtemps interprétée comme un défaut. Presque effacé, sans personnalité. C’est d’ailleurs ce que lui reprochèrent les deux géants Maradona et Pelé: manquer de leadership, être trop lisse. Une sorte de bébé-éprouvette miracle des stades. On reprochait aussi à l’enfant de Rosario de ne pas chanter suffisamment l’hymne, de ne pas être assez argentin, d’avoir été «fabriqué» par Barcelone, puis naturellement de ne pas gagner avec la sélection ce qu’il gagnait presque continuellement avec son club. La prophétie inachevée La finale du Mondial 2014 perdue de manière dramatique contre l’Allemagne, puis celles des Copa América 2015 et 2016, avaient progressivement transformé ce soupçon en accusation. Lorsqu’il manqua son tir au but contre le Chili en 2016 et annonça ensuite qu’il renonçait à la sélection, il était pourtant déjà l’un des plus grands joueurs de l’histoire du football. Mais son récit restait étrangement inachevé. Le sentiment d’inachèvement ne concernait pourtant guère son palmarès. Plutôt cette nécessité quasi archaïque continuellement imposée aux héros modernes: parachever leur parcours initiatique. Sous les couleurs argentines, Messi brillait, puis chutait lourdement. Mais il ne se relevait pas. Il n’accomplissait pas la prophétie. Et, aux yeux de son peuple, cela renforçait le sentiment de hainamoration: un dieu déchu reste un dieu, malgré tout. Mais avec, en prime, ce qui est, aux yeux de ses adorateurs, un substrat d’humanité insupportable et, partant, parfaitement haïssable: ses tares, ses faiblesses. Les Argentins aimaient Maradona malgré sa déchéance spectaculaire et son humanité faillie. Mais c’est parce qu’il avait «mérité» cette déchéance, qu’elle était, quelque part, devenue acceptable après Mexico 1986. Messi, lui, n’avait pas encore le droit de chuter, parce qu’il n’avait pas encore atteint le sommet. Non, la prophétie n’était pas accomplie. Elle tournait même à la caricature. Messi revint donc. Mais il dut attendre encore sa rédemption. Il fallut la Copa América 2021, au Maracanã, pour que cette relation faite de soupçon, d’attente et de déception avec son public et son peuple commence véritablement à changer. Et il fallut surtout le Mondial 2022 pour que l’histoire acquière cette forme presque trop parfaite que personne n’aurait osé écrire sans paraître céder à une facilité scénaristique. Fait étrange, Maradona était mort en 2020. C’est comme si une sorte de malédiction nationale oppressante avait été levée. En même temps, le peuple argentin avait besoin d’une figure paternelle de substitution, et la pression ne s’en retrouvait que redoublée. Mais peut-être mêlée d’un peu de tendresse, cette fois? Ce qui s’est produit au Qatar en 2022 est d’autant plus intéressant que Messi lui-même y apparaît légèrement différent. Il proteste davantage, répond aux provocations, s’emporte, parle avec une violence dont on ne le croyait guère capable et laisse même échapper ce «¿Qué mirás, bobo?» face aux Néerlandais qui amuse l’Argentine. Buenos Aires y découvre enfin, avec retard, ce qu’elle avait toujours attendu de lui. Un peu de Maradona dans beaucoup de Messi. Mais Messi ne devient pas pour autant Maradona. Et c’est peut-être précisément là que se produit la véritable réconciliation: l’Argentine cesse de lui demander de l’être. À partir de 2022, Messi n’a plus besoin d’incarner un autre modèle du génie national. Il peut enfin devenir, pour son pays aussi, ce qu’il avait été partout ailleurs: Messi. Simplement. L’acte final de la prophétie Certes, le triomphe de 2022 aurait pu constituer une fin parfaite. Mais, comme pour Maradona, l’acte final de la prophétie héroïque est la chute. Personne n’attendait plus vraiment quelque chose d’exceptionnel de Messi en 2026. À 39 ans, l’on considérait largement qu’il faisait partie des «héros fatigués». La chute du Capitole avait eu lieu avec l’épisode amer de son départ du FC Barcelone et sa mésaventure au PSG. Il n’évoluait plus qu’en ligue américaine, sous les couleurs de Miami… à la périphérie du monde du football, dans les terres lointaines du soccer. Et la nouvelle génération était déjà là, prête à envoyer les ancêtres à Bicêtre. Pourtant, ce Mondial de 2026, qui paraissait devoir n’être qu’un épilogue, se transforma en un dernier coup d’éclat sensationnel. L’Argentine atteignit encore la finale, avec un Messi redevenu à 39 ans son «leader historique» et son recours dans les moments décisifs, accomplissant quelque chose qui n’était pas sans rappeler ce que Roberto Baggio avait réalisé pour l’Italie en 1994, à… 27 ans: le deus ex machina continuel. Baggio échoua aux portes du triomphe contre le Brésil, après avoir pratiquement porté l’Italie jusqu’à Pasadena. Son penalty envoyé au-dessus de la transversale devait laisser l’une des images les plus cruelles de l’histoire des Coupes du monde: celle d’un homme immobile, la tête basse, les mains sur les hanches, tandis que le Brésil célébrait sa victoire. Celui qui était «mort debout». Le lutin italien n’avait jamais connu l’apothéose. Mais cette mort symbolique, loin d’effacer son tournoi, finit elle aussi par entrer dans sa légende. L’histoire fut plus clémente pour Messi, en dépit d’une campagne de haine à son encontre, mêlée d’accusations de triche et de favoritisme, sur fond de décisions arbitrales controversées et d’actes de jeu déloyaux de son équipe, comme elle l’avait été naguère pour Maradona. Plus encore, même. Une finale lors d’un sixième Mondial au bord de la retraite, avec, à la clef, une prestation individuelle hors pair? C’est précisément là ce qu’il y a de magique dans le phénomène Messi, et qui défie la raison et son avalanche de statistiques. Le génie ne peut être enfermé dans une somme de paramètres et de variables. Sa forme physique, même optimale, ne peut pas expliquer à elle seule ce dont le monde entier a été témoin. Et qu’importe si son récit nous rappelle que le héros, tout mythique qu’il fût, ne saurait abolir la sinistre influence de Saturne. Le réenchantement du monde Car, au-delà de la prophétie accomplie, de l’ascension à la chute, avec son lot de bonheurs et de malheurs, l’Argentin a livré au monde un dernier tour de piste qui relève de l’art, sinon de la poésie homérique. Avec le retrait de Lionel Messi de la scène internationale, c’est un peu de la magie du monde qui disparaît… en attendant qu’un autre héros providentiel revienne enchanter les stades. Messi aura incarné, pendant plus de vingt ans, la coexistence de deux mondes que l’on croyait incompatibles: celui de la rationalisation extrême du sport moderne et celui, beaucoup plus ancien, du héros, du signe, de l’attente et de l’enchantement. Lorsque Messi s’en va, quelque chose de cette contradiction apparaît brusquement. D’autres prodiges ont déjà émergé, mais nous découvrons peut-être, au moment même où l’un de ses derniers grands représentants quitte la scène, à quel point nous continuons à avoir besoin de transcendance. Le monde moderne n’a donc probablement pas supprimé l’enchantement. Il n’a fait que le déplacer. Pendant quatre-vingt-dix minutes, cet homme nommé Lionel Messi, qui l’a incarné sur les pelouses, s’en va après avoir tout accompli. Et même plus.
Analyse

Sommes-nous devenus plus stupides?

Ou vivons-nous une transformation de la structure du savoir?
Portrait de l'auteur
Par Mona Fayad - Publié sept. 5, 2026 - 20:01
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La question «Le monde est-il devenu plus stupide?» revient régulièrement dans les débats contemporains sur les médias numériques, les moteurs de recherche et les réseaux sociaux. Elle paraît simple en apparence, mais dissimule une problématique plus profonde, liée à la nature même du savoir: comment est-il produit, comment est-il transmis et comment est-il consommé? Peut-être que la question «Sommes-nous devenus plus stupides?» n’est pas la plus juste. Il faudrait plutôt demander: le savoir se transmet-il encore d’une manière qui permette de le comprendre et de le rendre productif? La majorité de ceux qui lisent reviennent-ils encore aux textes originaux? Ou se tournent-ils vers leurs résumés et vers ce qui en est rapporté à travers ce qui circule entre les lecteurs? L’une des clés permettant de comprendre ce phénomène se trouve dans les travaux du psychologue britannique Frederic Bartlett, qui mena dans les années 1930 une série d’expériences sur ce qu’il appelait la «reproduction sérielle». Dans ces expériences, on demandait à une personne d’écouter une histoire puis de la raconter à une autre, qui la racontait à son tour à une troisième, et ainsi de suite. Les résultats furent frappants: à chaque nouvelle transmission, l’histoire n’était pas reproduite telle quelle, mais reformulée. Certains détails disparaissaient, d’autres étaient amplifiés, d’autres encore remplacés par des éléments correspondant au contexte, à l’expérience et à la culture du destinataire. Lorsque la chaîne atteignait un nombre suffisant de relais, l’histoire originale était devenue quelque chose de tout à fait différent. Ce modèle simple met au jour une vérité fondamentale: la mémoire n’est pas un réceptacle neutre, mais un mécanisme de reconstruction. Et lorsque le savoir passe par de multiples intermédiaires, il n’est pas «conservé», mais «reproduit». C’est ici que commencent à apparaître les ressemblances avec notre monde contemporain, ainsi que la crainte de devenir plus stupides. À l’ère des médias numériques, le savoir ne se transmet plus par l’écoute orale, mais à travers des chaînes de médiation: un article est résumé, puis cité, puis republié sous la forme d’un bref post, avant d’être encore réduit à une phrase ou à un titre. Dans ce contexte, on peut reprendre une image métaphorique apparue dans un texte de presse: celle d’une bibliothèque dont les livres seraient remplacés par des résumés, puis par des résumés de résumés, jusqu’à ce que le lecteur se retrouve face à des couches successives de réduction, dans ce que l’on pourrait appeler la «chaîne du raton laveur», qui ne lit pas l’original mais fouille dans ses restes. Il faut préciser ici que le choix du «raton laveur» n’est pas fortuit. Cette métaphore condense symboliquement une situation cognitive qui tend à s’enraciner. Cet animal, qui vit à la périphérie des villes et fouille dans les poubelles, ne produit pas sa nourriture: il se nourrit des restes de ce que les autres produisent. Malgré son intelligence pratique et son aptitude à démonter, saisir et récupérer les choses, il ne comprend pas véritablement ce qu’il a entre les mains, mais les traite comme des matériaux destinés à un usage immédiat. Ainsi se présente le savoir à l’époque de la réduction en série: des textes sont abrégés, puis abrégés de nouveau, jusqu’à ce qu’il n’en subsiste que des miettes de sens, réorganisées et remises en circulation sans véritable lien avec leur source. À ce stade, nous ne nous sommes pas seulement éloignés de l’original: nous sommes entrés dans une nouvelle phase de production de l’information ou du savoir, où l’acteur cognitif n’est plus un lecteur ou un penseur, mais un ramasseur de fragments de sens qu’il redistribue sous des formes rapidement consommables. La «culture du raton laveur» ne désigne donc pas seulement la superficialité. Elle décrit avec précision la dégradation de la chaîne même du savoir, de la création au résumé, de la compréhension au traitement formel, des idées à ce qui n’est plus que leur trace pâlie. Mais ce phénomène ne peut être compris indépendamment de la structure technique qui le gouverne. C’est ici qu’intervient Marshall McLuhan, qui résumait sa pensée dans la célèbre formule: «Le médium est le message.» Le problème ne réside donc pas seulement dans le contenu, mais dans la forme à travers laquelle ce contenu est transmis. Les médias numériques contemporains ne se contentent pas de transporter l’information: ils la remodèlent selon une logique de vitesse, de condensation et de fragmentation. Le texte long devient impropre à la consommation, tandis que l’idée n’est admise qu’à condition d’être réduite à quelques lignes susceptibles d’être partagées. Cette transformation crée un paradoxe saisissant: nous vivons à une époque où l’accès au savoir n’est plus difficile, mais excessivement facile. Or cette facilité excessive fait apparaître ce que l’on pourrait appeler une «illusion cognitive»: il suffit de lire un court extrait ou un résumé rapide pour avoir le sentiment de posséder l’idée. Mais ce sentiment de maîtrise ne s’accompagne pas nécessairement d’une compréhension profonde ni de la capacité à reconstruire ou à critiquer le savoir. C’est ici qu’apparaissent ceux que l’on pourrait qualifier de «semi-instruits»: des individus qui possèdent les signes du savoir mais non sa structure, son vocabulaire mais non sa logique interne. Le problème se complique encore lorsqu’on l’examine sous l’angle de l’attention. Au lieu de demeurer dans un état de concentration prolongée, comme dans la lecture traditionnelle ou la réflexion soutenue, l’esprit vit désormais sous un bombardement informationnel continu: notifications, vidéos, titres et vagues successives de contenu. Cette situation ne produit pas seulement une dispersion de l’attention, mais la reconfigure selon une logique de saut permanent entre de brèves unités de sens, au lieu d’une construction progressive et cumulative de l’idée. Je me souviens ici d’une anecdote que nous nous racontions autrefois et qui circulait beaucoup au temps des manifestations populaires. Elle illustre bien le mécanisme de réduction et de transformation du contenu. Après l’occupation de la Palestine, de nombreuses manifestations populaires descendirent dans les rues en scandant: «À bas la déclaration Balfour!» La plaisanterie voulait qu’à la fin de la manifestation, le slogan soit devenu: «Qu’un type tombe d’en haut!», les deux formules ayant en arabe une proximité rythmique et sonore. Cette image permet peut-être de mieux saisir ce qui se passe dans le langage quotidien lorsque le savoir devient une série de messages courts répétés collectivement. La manifestation commence par une formule politique précise. Puis, sous l’effet de la répétition, de la fusion collective et du rythme sonore, elle se transforme progressivement en une autre formule, complètement différente. Celle-ci peut conserver le rythme et l’intensité affective de la première, mais elle en perd la signification et le sens originels. Ce qui subsiste n’est plus le sens, mais l’énergie émotionnelle de la formule. On retrouve ici, sous une autre forme, ce qu’avait observé Bartlett: ce qui importe n’est pas seulement ce qui a été dit, mais la manière dont cela a été répété et réinterprété dans un contexte social changeant. Si nous réunissons ces différents fils, nous pouvons dire que ce que nous vivons aujourd’hui relève moins d’un «effondrement de l’intelligence» que d’une transformation des conditions dans lesquelles elle se déploie. L’esprit humain n’a pas radicalement changé, mais l’environnement dans lequel il fonctionne, lui, s’est profondément transformé: nous sommes passés d’un environnement permettant l’accumulation lente à un environnement imposant une reproduction rapide et fragmentée du savoir. Ce changement crée une tension permanente entre deux formes de pensée: une pensée réflexive, qui a besoin de temps, et une pensée rapide, qui exige une réponse immédiate. À cette lumière, la question «Sommes-nous devenus plus stupides?» devient en partie trompeuse. Il serait sans doute plus juste de dire que nous sommes davantage exposés à des conditions qui rendent la pensée profonde moins stable, voire moins possible, et qui rendent le savoir plus vulnérable à la fragmentation et au recyclage. Quant à la stupidité, si le terme est permis, elle n’est peut-être pas une propriété de l’esprit, mais un effet secondaire et une caractéristique de la structure culturelle qui s’est mise en place. C’est une technique qui reconfigure notre rapport au monde. Ainsi, plutôt que d’y voir un déclin des capacités humaines, nous pouvons y voir une transformation de «l’environnement du savoir»: un environnement où il est devenu facile de savoir quelque chose, mais plus difficile de le comprendre véritablement, dans toute sa profondeur.
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USA-Iran: deux semaines pour arracher un accord de paix

Après plus de cinq semaines de guerre, Washington et Téhéran se sont mis d'accord pour un cessez-le-feu de deux semaines en échange d'une réouverture du détroit d'Ormuz, un peu plus d'une heure avant l'expiration de l'ultimatum de Donald Trump qui menaçait de détruire la République islamique. Téhéran a indiqué mercredi à l'aube que des pourparlers se dérouleront à partir de vendredi avec Washington. Ces discussions se dérouleront au Pakistan, médiateur clé dans la guerre au Moyen-Orient. Israël a accepté le cessez-le-feu avec l'Iran, selon un responsable de la Maison Blanche sous le couvert de l'anonymat. "A la suite de discussions avec le Premier ministre Shehbaz Sharif et le maréchal Asim Munir, du Pakistan, au cours desquelles ils m'ont demandé de suspendre l'intervention militaire prévue ce soir contre l'Iran, et sous réserve que la République islamique d'Iran accepte l'OUVERTURE TOTALE, IMMEDIATE et SECURISEE du détroit d'Ormuz, j'accepte de suspendre les bombardements et les attaques contre l'Iran pour une période de deux semaines", a écrit le président américain sur sa plateforme Truth Social. Le dernier d'une série d'ultimatums lancés par Donald Trump à l'Iran et repoussés à plusieurs reprises donnait à Téhéran jusqu'à 20H00 à Washington (minuit GMT) pour rouvrir le passage maritime stratégique, où transitait avant la guerre 20% du brut mondial. "Il s'agira d'un CESSEZ-LE-FEU réciproque!", a ajouté M. Trump selon qui les Etats-Unis "ont déjà atteint et dépassé tous nos objectifs militaires" depuis le lancement des frappes américano-israéliennes le 28 février. Il a également fait part de discussions "très avancées" en vue d'un accord de paix "à long terme" avec l'Iran. Téhéran a transmis "une proposition en 10 points" qui "constitue une base viable pour négocier". La porte-parole de la Maison Blanche a déclaré les Etats-Unis envisagent des "discussions en personne" avec l'Iran, « mais rien n'est définitif tant que le président ou la Maison Blanche ne l'ont pas annoncé", a ajouté Karoline Leavitt. Plan iranien en dix points De leur côté, les dirigeants iraniens ont confirmé qu'ils acceptaient de rouvrir "pendant une période de deux semaines" le détroit d'Ormuz "si les attaques contre l'Iran cessent", a écrit sur X le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi. "Il a été décidé au plus haut niveau que l'Iran engagera, pendant une période de deux semaines (...), des négociations avec la partie américaine à Islamabad", a ajouté le Conseil suprême de la sécurité nationale dans un communiqué. "Il est précisé que cela ne signifie pas la fin de la guerre, et que l'Iran n'acceptera la cessation des hostilités que lorsque" les négociations auront abouti, a-t-il ajouté, soulignant que ces deux semaines pourraient être prolongées "en accord avec les deux parties". Selon les médias iraniens, le plan en dix points soumis aux Etats-Unis prévoit que Washington accepte la poursuite du programme de Téhéran sur l'enrichissement d'uranium et la levée de toutes les sanctions, Le plan, publié par le Conseil suprême de la sécurité nationale, inclut "le principe de non-agression, la poursuite du contrôle iranien du détroit d'Ormuz, l'acceptation de l'enrichissement, la levée de toutes les sanctions primaires, la levée de toutes les sanctions secondaires", ont indiqué la télévision d'Etat iranienne et l'agence Mehr. L'Iran réclame aussi l'arrêt des résolutions contre la République islamique votées par le Conseil de sécurité de l'ONU et par le conseil des gouverneurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), le versement à l'Iran de compensations, le retrait des forces militaires américaines de la région et la cessation des combats sur tous les fronts dont celui du sud du Liban, où le Hezbollah a entraîné le pays dans la guerre contre Israël. Le cessez-le-feu s’applique au Liban Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif s'est réjoui des résultats obtenus à la suite de la médiation de son pays, en bons termes avec toutes les parties: "J'ai le plaisir d'annoncer que la République islamique d'Iran et les Etats-Unis, ainsi que leurs alliés, ont accepté un cessez-le-feu immédiat partout, y compris au Liban et ailleurs, AVEC EFFET IMMEDIAT", a écrit M. Sharif sur X en employant des majuscules à la fin de son message. La capitale pakistanaise, Islamabad, accueillera vendredi des délégations des deux pays pour des négociations visant à parvenir à un "accord définitif", a-t-il ajouté. Le Pakistan s’est imposé ces dernières semaines comme médiateur entre Téhéran et Washington, cherchant à empêcher une nouvelle escalade du conflit au Moyen-Orient. M. Sharif est notamment l'un des membres du "Conseil de paix" institué il y a quelques mois par Donald Trump. Peu avant l’annonce du Premier ministre pakistanais, une frappe israélienne a fait huit morts et 22 blessés dans un café sur le front de mer de Saïda. (Mahmoud Zayyat/AFP) Peu avant l’annonce du Premier ministre pakistanais, une frappe israélienne a fait huit morts et 22 blessés dans la ville libanaise de Saïda, a annoncé mercredi le ministère libanais de la Santé. De son côté, l'armée israélienne a signalé trois salves de missiles tirés par l'Iran en direction de son territoire, quelques instants après l’annonce du président Trump. Le pétrole plonge, les bourses s’envolent L'annonce de l’accord a été extrêmement bien accueillie sur les marchés: les cours du pétrole ont ainsi rapidement baissé de plus de 15%, repassant sous les 100 dollars le baril, frôlant même les 90 dollars, et les Bourses de Tokyo et Séoul s'envolaient respectivement de 4% et 6% à l'ouverture.

Guerre en Iran: course contre la montre entre négociations et escalade

Le délai donné par le président américain Donald Trump aux Gardiens de la Révolution iranienne pour rétablir la libre circulation maritime au détroit d’Ormuz s’achève aujourd’hui mardi à 20h, heure de Washington (dans la nuit, heure du Moyen-Orient). A défaut, le président Trump pourrait donner son feu vert à une frappe de très grande envergure contre l’Iran. En fin d’après-midi, mardi (heure de Beyrouth), un lourd suspens régnait dans toutes les capitales de la région concernant le cours que pourraient prendre les événements. Un accord pourrait être conclu au dernier quart d’heure, d’autant que durant toute la journée de ce mardi 7 avril, la Maison Blanche a laissé la porte ouverte à une relance des négociations, mais il n’était pas clair si les Iraniens avaient assoupli pour autant leur position. Vers la mi-journée (horaire du Levant), le président américain a utilisé des termes encore plus virulents, affirmant que ce qui se pourrait se produire en cas d’escalade « pourrait anéantir toute une civilisation ». Selon la CNN, les négociateurs iraniens ont rejeté la proposition d’un simple cessez-le-feu, faisant une contre-proposition aux Américains en vue d’une paix durable, que Trump a considéré comme « un pas en avant mais pas assez ». Dans le même temps, l’ambassadeur d’Iran à Islamabad a déclaré que les négociations sont arrivées à un point « critique et délicat». Parallèlement aux menaces de Donald Trump, les Gardiens de la Révolution ne baissent pas le ton, estimant que ses propos sont « sans base » et assurant qu’ils poursuivent le combat. Dans ce cadre, le régime a appelé tard dans la nuit de lundi les jeunes du pays à former « des chaînes humaines » autour des centrales énergétiques menacées… n’hésitant apparemment pas à exposer les adolescents et les jeunes à la mort pour accuser leur ennemi de crimes contre l’humanité. Par ailleurs, l’ambassadeur d’Iran au Koweït a appelé les pays du Golfe à tout faire pour éviter une « tragédie dans la région ». Les opérations militaires Sur le terrain, les bombardements n’ont pas baissé en intensité durant la nuit de lundi et la journée de mardi. Téhéran et plusieurs villes ont été ainsi la cible des missiles américains et israéliens. Ces dernières heures, l’île stratégique de Kharj, celle d’où est exporté le pétrole iranien, a été visée par des frappes. Une autre cible a beaucoup fait parler d’elle : une synagogue à Téhéran qui a été « entièrement détruite » par une frappe, selon des médias iraniens repris par l’AFP. De nouveaux ponts ont également été touchés et l’aviation israélienne commence à mettre à exécution ses menaces contre les chemins de fer dans certaines régions. Les missiles iraniens continuent par ailleurs à s’abattre sur les pays du Golfe et Israël (dans le cas d’Israël en même temps que les roquettes du Hezbollah). Une usine pétrochimique a été touchée en Arabie saoudite, probablement en réponse aux attaques contre l’industrie pétrochimique en Iran par l’aviation israélienne. Autre conséquence de la guerre, le pont reliant l’Arabie saoudite à Bahreïn a été fermé par précaution par les autorités saoudiennes. Pour le Bahreïn, il s’agit de la seule porte de sortie possible puisque l’aéroport de ce petit Etat du Golfe est fermé depuis le début de la guerre fin février. Mardi, le guide suprême Mojtaba Khamenei a de nouveau fait parler de lui : des rapports de services secrets européens relayés par la presse internationale le disent dans un état comateux, assurant qu’il n’est ni conscient ni capable de prendre des décisions, se faisant traiter pour des blessures graves dans la ville iranienne de Qom. Ce qui confirme à nouveau la mainmise totale du Corps des Gardiens de la Révolution sur le pays. Autre développement grave en ce mardi : une fusillade devant le consulat israélien à Istanbul, en Turquie, sachant qu’aucun diplomate israélien ne se trouve actuellement sur le sol turc, selon une source proche du dossier à l’AFP. L’attaque terroriste a fait deux blessés légers parmi les policiers turcs. Jusqu’en début d’après-midi, aucune information sur l’identité et la nationalité des agresseurs n’avait encore été communiquée. Cependant, de telles divulgations pourraient ne pas tarder étant donné que, selon la CNN, l’un des assaillants a été tué et les deux autres blessés, se trouvant donc logiquement entre les mains des autorités turques. Cet incident pose de sérieuses questions, surtout si un lien avec la guerre en Iran est établi : sommes-nous face à une période d’attentats, à mesure que ce conflit s’enlise et entre dans l’impasse ? Emouvantes funérailles à Yahchouch Au Liban, bien que les combats se poursuivent au front, c’est l’attaque israélienne contre la région chrétienne de Aïn Saadé, à l’est de Beyrouth, visant un cadre du Hezbollah qui a échappé à la mort, qui continue de prévaloir au niveau de l’actualité. Cette attaque, qui a fait trois morts parmi les habitants de cet immeuble, notamment un cadre des Forces libanaises, Pierre Moawad, sa femme et une voisine, pose la sérieuse question de la protection des civils libanais dans des régions considérées comme « sûres » face à l’infiltration de combattants poursuivis par l’armée israélienne. La vérité sur la présence éventuelle d’un combattant dans cet immeuble n’était pas encore connue dans tous ses détails mardi. Quoi qu’il en soit, d’émouvantes funérailles ont eu lieu dans le village d’origine de Pierre Moawad. Les deux cercueils ont été portés à bout de bras au son de tirs d’armes automatiques. Dans la foule, beaucoup de colère exprimée par les proches des victimes, qui se demandent pourquoi ceux-ci ont payé le prix d’une guerre enclenchée par le seul Hezbollah, demandant à connaître toute la vérité et que justice soit faite. La troisième victime a été enterrée à l’est de Beyrouth. L’autre question qui préoccupe les Libanais ces jours-ci est celle du poste-frontière de Masnaa, le principal reliant Beyrouth à Damas, situé dans la Békaa. Ce poste-frontière a été menacé par Israël samedi dernier, mais il n’a pas été visé. Il est cependant fermé depuis. Mardi, le ministre libanais de l’Intérieur, Ahmad al-Hajjar, a déclaré que des efforts diplomatiques étaient déployés pour obtenir sa réouverture. Selon certaines informations, les autorités libanaises et syriennes ont réussi, par leurs intenses contacts, à empêcher ou à reporter une éventuelle frappe, mais échouent jusque-là à obtenir sa réouverture. Enfin, les villages frontaliers chrétiens qui résistent toujours en première ligne au Sud sont plus isolés que jamais. Un convoi mené par le Nonce apostolique Paolo Borgia n’a pas pu atteindre le village encerclé de Debl mardi, et a dû rebrousser chemin en raison d’une intervention intempestive de miliciens du Hezbollah…

Sommes-nous proches de la fin de la guerre en Iran?

Trente-neuf jours après le début de la guerre, la question qui plane désormais sur le Moyen-Orient n’est plus de savoir si ce conflit transformera l’Iran. Il l’a déjà fait. La véritable question est de savoir si nous approchons du moment où la guerre passera de sa phase destructrice à sa phase politique — ce moment où les conflits atteignent historiquement leur point culminant et où commencent à émerger les fondations de l’ordre d’après-guerre. Chaque guerre suit une trajectoire brutale mais reconnaissable. D’abord vient le choc. Puis l’escalade. Puis la dévastation. Et finalement — lorsque les coûts humains, économiques et politiques deviennent insoutenables — commence la recherche d’un nouvel équilibre. Après près de six semaines d’opérations militaires continues, la guerre entre l’Iran, les États-Unis, Israël et leurs alliés respectifs semble entrer précisément dans cette phase. Les signaux deviennent difficiles à ignorer. Le coût de la guerre Le bilan du conflit est immense. À travers l’Iran, de larges portions de l’infrastructure militaire ont été endommagées ou détruites. Des installations stratégiques, bases de missiles, centres de commandement et éléments du système énergétique ont été frappés à de multiples reprises. Les infrastructures civiles ont également été lourdement touchées. Les réseaux électriques, les hubs de transport et les complexes industriels ont été perturbés dans plusieurs provinces. Le coût économique se chiffre déjà en dizaines de milliards de dollars, dans un pays dont l’économie était déjà fragilisée par des années de sanctions et d’inefficacités structurelles. Le coût humain est encore plus dévastateur. Des milliers de personnes ont été tuées. Beaucoup d’autres ont été blessées. Un grand nombre de civils ont été déplacés à l’intérieur du pays alors que les opérations militaires s’intensifiaient autour de zones stratégiques clés. Sur le plan financier, la pression est tout aussi sévère. La monnaie iranienne s’est encore effondrée, l’inflation s’est accélérée et la structure budgétaire déjà fragile du pays est désormais soumise à des tensions extraordinaires. Des guerres d’une telle intensité ne peuvent se prolonger indéfiniment. Tôt ou tard, le calcul politique commence à évoluer. Les négociations secrètes Derrière la rhétorique publique de confrontation totale, des canaux diplomatiques plus discrets semblent s’être ouverts. Selon Donald Trump et plusieurs sources régionales, des discussions auraient eu lieu entre les États-Unis et l’Iran. Mais fait notable, ces discussions ne semblent pas impliquer le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (IRGC). Elles concerneraient plutôt des officiers supérieurs de l’armée régulière iranienne — l’Artesh — avec l’armée pakistanaise jouant apparemment le rôle d’intermédiaire. Si cela se confirme, il s’agirait d’un développement stratégique majeur. Depuis des décennies, la structure militaire iranienne repose sur un système dual. D’un côté se trouve l’IRGC, armée idéologique créée après la révolution de 1979 pour protéger la République islamique et sa doctrine révolutionnaire. De l’autre côté se trouve l’armée nationale iranienne traditionnelle, dont la culture institutionnelle précède la révolution et dont la mission a historiquement été la défense de l’État iranien plutôt que l’exportation d’une influence idéologique. L’équilibre entre ces deux institutions définit depuis longtemps l’architecture interne du régime iranien. L’apparition de négociations contournant l’IRGC pourrait donc indiquer quelque chose de bien plus profond qu’une simple diplomatie de guerre. Elle pourrait indiquer que l’avenir politique de l’Iran est désormais discrètement discuté. La phase de l’ultimatum Les guerres se terminent souvent non pas par un cessez-le-feu soudain, mais par un ultimatum. Un ultimatum sert un objectif stratégique précis. Il oblige les acteurs internes à choisir. Il redéfinit l’équilibre des pouvoirs au sein du camp perdant. Et il crée les conditions nécessaires à une transition politique. Les signaux provenant des canaux diplomatiques suggèrent que le conflit pourrait entrer dans cette phase. L’ultimatum ne s’adresse pas seulement aux dirigeants iraniens. Il vise la structure du pouvoir en Iran. En substance, il pose une question fondamentale : Qui contrôlera l’État iranien une fois la guerre terminée ? Les Gardiens de la Révolution — ou l’armée nationale ? La lutte interne en Iran Cette lutte interne existe depuis des décennies, bien qu’elle ait rarement été visible de l’extérieur. L’IRGC a acquis un pouvoir considérable au cours des quarante dernières années. Il contrôle de vastes segments de l’économie iranienne. Il domine les principales institutions de sécurité. Il supervise les programmes de missiles du pays et ses réseaux régionaux de forces alliées. Mais l’armée régulière iranienne demeure une institution vaste et professionnelle, profondément enracinée dans l’État iranien et dotée d’une forte cohésion interne. La guerre a inévitablement modifié l’équilibre entre ces forces. Lorsque les États font face à des crises existentielles, les structures institutionnelles évoluent souvent rapidement. L’histoire offre de nombreux précédents. Les institutions militaires émergent parfois des crises de guerre comme les seules capables de restaurer l’ordre et la stabilité. La possibilité qu’un pouvoir de transition dirigé par les militaires émerge en Iran n’est donc plus inconcevable. Une possible transformation religieuse Un tel changement aurait également de profondes implications idéologiques. Depuis 1979, le système politique iranien repose sur la doctrine du Velayat-e-Faqih, la tutelle du juriste islamique, établie par l’ayatollah Khomeiny et centrée sur l’establishment religieux de Qom. Ce modèle fusionne l’autorité religieuse et le pouvoir politique. Mais au sein même de la théologie chiite existe une autre tradition. L’establishment religieux chiite de Najaf, en Irak, a historiquement développé une doctrine différente, mettant l’accent sur la séparation entre autorité religieuse et gouvernance politique. Pendant des décennies, les érudits de Najaf ont défendu un rôle politique plus limité pour le clergé. Un Iran d’après-guerre dominé par l’armée pourrait donc marquer un éloignement radical du modèle révolutionnaire clérical de Qom au profit d’une gouvernance plus proche de la tradition de Najaf, où la religion conserve une influence mais ne gouverne pas directement l’État. Une telle transformation constituerait l’un des changements politiques les plus profonds au Moyen-Orient depuis la révolution iranienne. Le lendemain de la guerre Les guerres semblent souvent chaotiques pendant qu’elles se déroulent. Mais leur dénouement révèle généralement les forces politiques profondes qui se sont accumulées sous la surface. Trente-neuf jours après le début de cette guerre, les contours de ce dénouement commencent peut-être à apparaître. Le conflit a dévasté les infrastructures et l’économie iraniennes. Des canaux diplomatiques semblent s’ouvrir en coulisses. La phase de l’ultimatum est arrivée. Et en Iran même, l’ultimatum — et les conséquences de son non-respect — pourrait déclencher un basculement du rapport de force entre l’IRGC et l’armée nationale. Si ces dynamiques continuent d’évoluer dans cette direction, la guerre pourrait ne pas simplement se terminer par un cessez-le-feu. Elle pourrait se conclure par la reconfiguration de l’État iranien lui-même. La chute des régimes ne provient que rarement de la pression extérieure seule. Elle survient le plus souvent lorsque les piliers internes du pouvoir commencent à se réaligner. Si les signaux actuels se confirment, l’Iran pourrait approcher précisément d’un tel moment. Et lorsque les armes se tairont enfin, le Moyen-Orient pourrait découvrir que la véritable transformation ne fait que commencer. Un nouveau Moyen-Orient où la destruction de l’État d’Israël serait retirée de la constitution iranienne, où la religion serait séparée de la conduite de l’État, où des accords de paix seraient signés entre l’Iran et ses voisins du Golfe, et où des garanties seraient apportées pour la libre circulation dans le détroit d’Ormuz.

L’accordéon qui trompe la violence
Par
Nanette Ziadé-Ritter
Publié

C’est en arpentant les rues de mon quartier que je tombe sur un spectacle des plus insolites: un accordéoniste qui joue pour personne et pour tout le monde. Pour offrir une parenthèse de bonheur dans un pays apparemment épris de violence. Il ne cherche ni deniers, ni attention. Il joue pour partager la magie de la musique avec ceux qui savent encore la ressentir. Thomas Kassis. C’est son nom. Celui que les parents qui l’ont adopté lui ont donné après qu’il a été balloté d’un foyer à l’autre, ceux qui ont finalement choisi de le garder. Ses parents biologiques? Il ne les connaît pas. Thomas travaille par ailleurs dans le bâtiment, un secteur durement touché par la situation actuelle. Mais c’est avec son accordéon qu’il vit une véritable histoire de couple. Une histoire d’amour transi qui commence à s’épanouir en 2017. Enfant, l’harmonica qu’il faisait résonner dans le foyer importunait la famille. Il se résigne… jusqu’au jour où, autodidacte, il décide de le promener dans les rues, espérant toucher les enfants. Sur 1 000 d’entre eux, il espère que 2 ou 3 seront séduits par l’instrument. L’accordéon, un instrument millénaire Né au début du XIXe siècle en Europe, l’accordéon est officiellement breveté en 1829 à Vienne par Cyrill Demian. Son fonctionnement repose toutefois sur un principe bien plus ancien: l’anche libre, héritée du sheng, instrument millénaire venu de Chine. Pensé dès l’origine comme un instrument pratique, capable de produire simultanément mélodie et accompagnement, il connaît un développement rapide tout au long du XIXe siècle grâce aux innovations techniques qui enrichissent son clavier et élargissent ses possibilités sonores. Adopté très vite par les milieux populaires, l’accordéon voyage avec les migrations européennes et s’implante durablement dans de nombreuses cultures musicales: du musette français aux traditions d’Europe de l’Est, en passant par les répertoires latino-américains. Il se décline en plusieurs formes -diatonique, chromatique ou à clavier piano- et gagne progressivement en complexité. Longtemps associé à une image folklorique, il s’impose aujourd’hui dans les musiques traditionnelles, le jazz, la création contemporaine et la scène classique. Une passion à transmettre Longtemps associé à la musique populaire, l’accordéon prend tout son sens quand Thomas Kassis, grand amoureux de cet instrument, l’offre à ceux qui savent tendre l’oreille. Comme il le dit, cet instrument nourrit son âme et ouvre les portes célestes. Les gens dotés d’humanisme et de sensibilité savent apprécier la dimension spirituelle de l’accordéon, aujourd’hui menacée par un monde «totalement déshumanisé», déplore Thomas. Pour lui, le plus important est que l’accordéon demeure. D’où l’importance de le faire découvrir aux enfants de façon naturelle, et non à travers des instruments simplifiés où il suffit d’appuyer sur un bouton pour générer une mélodie. Pour Thomas, il s’agit d’une hérésie qui étouffe toute créativité. La force d’une musique dans un pays en crise L’histoire de Thomas Kassis n’est peut-être pas exceptionnelle, mais elle devient unique dans le contexte actuel de violence absolue, où le rêve et la poésie peinent à trouver leur place. Ironie du sort, c’est en plein Printemps des poètes dont le thème, cette année, est «La liberté. Force vive, déployée», que Thomas parcourt les rues, parsemant quelques notes susceptibles d’insuffler force et énergie aux Libanais, éprouvés par guerres et crises, mais toujours porteurs d’un élan de vie fragile. Autre preuve que cet instrument, dont le son unique renvoie à la gaieté, peut fédérer, inciter à repenser le bonheur, cet instant fugace qui n’en finit plus de nous échapper.

Les oubliés de la guerre d’Iran
Par
Michel Touma
Publié

Il s’appelait Amirhossein Hatami, il était musicien, guitariste talentueux, selon ses proches ; il avait 18 ans ; il a été pendu dans la cour de la prison iranienne de Ghezel Hesar, dans la banlieue de Téhéran … Il avait été accusé «d’inimitié envers Dieu»… Mohammed Amin Beighari, 19 ans, a été autorisé la semaine dernière par ses geôliers à entrer en contact par téléphone avec son père pour l’informer (comble du sadisme et de la cruauté de la part du pouvoir…) qu’il sera pendu le lendemain matin ; l’exécution eut lieu comme prévu. Son «crime» : avoir participé aux dernières manifestations contre le régime des mollahs… Il s’appelait Saleh Mohammadi, catcheur professionnel, il avait participé à des compétitions de lutte sous la bannière de l’Iran ; il avait 19 ans ; il a été pendu il y a quelques jours pour s’être opposé à la dictature en place … Il s’agit de trois cas, pris au hasard, d’une longue liste – une très longue et sinistre liste – de milliers d’adolescents et de jeunes iraniens à la fleur de l’âge , ou au début de leur vie professionnelle, qui ont été pendus ou qui attendent leur exécution, en subissant toutes sortes de sévices dans leur lieu de détention. Ces «enfants de la guerre» – la guerre menée par le régime des mollahs contre le peuple iranien libre – sont les oubliés de ce conflit armé qui ébranle tout le Moyen-Orient et le Golfe depuis plus de cinq semaines. Les services répressifs de la République islamique profitent manifestement de l’attention de la communauté internationale braquée sur les opérations militaires et leurs retombées pour se livrer à des pendaisons de jeunes en série. Leur effarante besogne est loin d’être perturbée par le sort tragique subi par l’Iran comme conséquence directe de la stratégie suicidaire et belliqueuse suivie par le pouvoir khomeyniste pendant des décennies. Ces interminables séries de condamnations à mort et d’exécutions sommaires s’inscrivent depuis des années dans la «tradition» du pouvoir judiciaire iranien et font suite à des simulacres de «procès» expéditifs décriés par l’ensemble des organisations internationales. Elles illustrent une sombre réalité, en l’occurrence la nature fondamentalement sauvage, sanguinaire et dépourvue de toute humanité de l’aile radicale du régime des mollahs. Malencontreusement, ce courant extrémiste et jusqu’au-boutiste dans son bras de fer avec les États-Unis, et le monde occidental d’une manière générale, semble détenir désormais, seul, les rênes du pouvoir en Iran, profitant de l’élimination, suivie de la marginalisation évidente, du Guide suprême et de son successeur. Cette sombre situation est sciemment occultée par les « bien-pensants » et ceux qui se réclament d’un pseudo-gauchisme universaliste, qui s’obstinent à ne pas percevoir le profond et réel danger que représente, non seulement pour les peuples de la région mais également pour les sociétés libérales, le maintien au pouvoir des rescapés du régime des mollahs. Lorsqu’une plante dépérit, il ne servirait pas à grand-chose, si l’on désire s’en débarrasser, de se contenter d’élaguer la tige et les branches tout en préservant les racines, car elle ne tarderait pas alors à émerger à nouveau, plus forte encore qu’auparavant. De la même façon, accepter l’idée d’un « arrangement » ou d’un compromis avec les reliquats du régime des mollahs reviendrait à permettre la renaissance à brève échéance, et avec plus de hargne, d’un pouvoir dictatorial qui a élaboré pendant plus de vingt ans un programme d’enrichissement de l’uranium à des fins clairement militaires, qui a construit au fil des ans des milliers de missiles balistiques pouvant atteindre potentiellement les principales capitales européennes, qui a massacré de sang-froid, en deux jours, près de 40 000 jeunes manifestants pacifiques, qui n’hésite pas à tirer à balles réelles sur des manifestations de masse, qui n’a aucun scrupule à pendre des centaines, voire des milliers, d’adolescents et de jeunes, qui a entrepris pendant des années de financer et de développer le terrorisme international, qui a déstabilisé plusieurs pays du Moyen-Orient pour assouvir ses visées hégémoniques en calquant son comportement sur les funestes pratiques nazies, qui a créé des milices inféodées dans plusieurs capitales de la région, qui a formé des cellules subversives dans le Golfe et certains pays européens, qui s’est associé à des réseaux mondiaux de trafics de stupéfiants et de combines mafieuses… Là aussi, la liste est longue… La tragédie que vivent aujourd’hui la population iranienne et les peuples de la région est l’aboutissement direct de l’inqualifiable laxisme observé, pendant plus de 45 ans, par certains dirigeants et milieux occidentaux face à la stratégie belliqueuse et expansionniste patiemment mise en place par les Gardiens de la révolution islamique. Vouloir «composer» avec les rescapés d’un pouvoir qui reste imprégné d’une idéologie théocratique d’un autre âge et vouloir relancer le laxisme face à un tel pouvoir reviendrait à trahir les valeurs humanistes et universelles prônées et défendues par l’Occident. Lors de la dernière phase de la Seconde Guerre mondiale, il ne pouvait être question, sous prétexte d’arrêter les hostilités, d’envisager un «arrangement» avec les survivants du régime nazi. Il était impératif d’éradiquer totalement tout ce régime dans son ensemble afin de l’empêcher d’émerger à nouveau. De la même manière, maintenir les racines du projet khomeyniste reviendrait à lui accorder une nouvelle vie et à condamner les pays de la région à subir une fois de plus, dans pas très longtemps, les affres d’une autre guerre destructrice aux retombées économiques qui dépasseraient, à n’en point douter, le cadre étroit de la seule zone du Moyen-Orient.

La condition palestinienne… La diaspora
Par
Hisham Dibsi
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La résolution de partage de la Palestine, adoptée par l'Assemblée générale des Nations Unies le 29 novembre 1947 et connue sous le numéro 181, donna naissance à l'État d'Israël sur une superficie de quinze mille kilomètres carrés, dont la population ne dépassait pas alors un demi-million de colons. Le même texte appelait à la création d'un État arabe sur onze mille kilomètres carrés, alors même que le peuple palestinien comptait un million quatre cent mille habitants. La résolution prévoyait par ailleurs de placer Jérusalem et Bethléem sous tutelle internationale. Le rejet arabe et palestinien de ce partage entraîna l'éclatement de la guerre de Palestine, dont les conséquences furent catastrophiques : Israël put ainsi occuper 78 % du territoire et contraindre au départ quelque sept cent cinquante mille habitants. Parmi ces derniers, ceux qui se dirigèrent vers la Jordanie, la Syrie et le Liban ne représentaient que la moitié de ce nombre, l'autre moitié s'établissant dans les camps de Cisjordanie et de la bande de Gaza. Autrement dit, plus d'un million de Palestiniens ne quittèrent jamais leur terre, en dépit de leur déplacement interne. Le paradoxe veut que la conscience collective les ait néanmoins traités comme un peuple de réfugiés, et ce largement grâce à la loi jordanienne sur la nationalité et à la loi israélienne sur la naturalisation. Quant à la bande de Gaza, l'administration égyptienne distribua des cartes d'identité de réfugié aux populations des villes gazaouies elles-mêmes, qui n'avaient jamais quitté leur sol, les transformant ainsi, à leur tour, en réfugiés. Trêve Le Liban accueillit quelque cent mille Palestiniens, auxquels s'ajoutèrent à peu près autant de Libanais résidant alors en Palestine et qui revinrent au pays. Une partie d'entre eux figure encore dans les statistiques de l'UNRWA, qui avait défini le réfugié comme toute personne ayant résidé en Palestine avant la Nakba. Mais lorsque les réfugiés palestiniens apprirent la conclusion des accords d'armistice entre Israël d'une part, l'Égypte, la Jordanie, la Syrie et le Liban de l'autre, ils comprirent que la défaite militaire venait d'être officiellement consacrée, de même que la nouvelle réalité israélienne, en dépit de tous les slogans creux que l'on continuait de brandir. Une fois la vie quelque peu stabilisée dans les camps ainsi que dans certains villages et villes, la réflexion sur le destin et sur l'avenir commença à s'imposer. Une décennie et quelques années s'écoulèrent ainsi depuis la Nakba dans ce que certaines élites désignèrent comme une période d'errance et de perte de repères. Dans les années cinquante, des individus tentèrent de regagner leur patrie par leurs propres moyens, tandis que d'autres se constituèrent en groupes armés dont certains réussirent leurs opérations et d'autres échouèrent, la plupart finissant par être intégrés aux armées arabes pour des missions de reconnaissance militaire. La majorité des réfugiés, toutefois, accepta l'autorité de l'État d'accueil et se soumit à ses lois, notamment en Syrie et en Égypte, où la cause palestinienne fut instrumentalisée pour asseoir la légitimité des régimes en place. Au Liban, en revanche, les autorités traitèrent les réfugiés comme un cas particulier confié à la gestion des services de sécurité, appliquant des lois d'isolement, restreignant les déplacements, interdisant toute construction, même l'aménagement d'un simple cabinet d'aisance pour une famille, sans compter une ingérence sécuritaire brutale dans la vie quotidienne des individus, sous prétexte de contenir la propagation des courants nationalistes nassériste, baasiste et autres au sein de la génération de la Nakba. L'accord du Caire Ce n'est pas la seule misère qui poussa les réfugiés palestiniens du Liban à prendre les armes. Le rôle joué par l'Égypte et la Syrie après la déroute humiliante de juin 1967 eut une influence déterminante dans la fourniture d'armes, la formation militaire et l'organisation des voies d'accès aux fronts entourant Israël, au premier rang desquels le sud du Liban. Lorsque la crise du double pouvoir éclata en Jordanie, entre la révolution palestinienne et le trône hachémite lors des événements de septembre 1970, le président Gamal Abdel Nasser joua le rôle de sauveur des fedayyin en assurant leur retrait sécurisé d'Amman, lançant le mot d'ordre selon lequel «la résistance existe pour durer», ce qui signifiait, en d'autres termes, que les régimes arabes officiels continuaient d'en avoir besoin. Yasser Arafat, président de l'Organisation de libération de la Palestine, compléta pour sa part ce mot d'ordre en proclamant que «la résistance existe pour durer et pour triompher». C'est ce qui explique le rôle joué par Nasser dans la conclusion de l'accord du Caire de 1969, lequel répondait au besoin persistant de l'ordre arabe officiel de disposer d'une résistance armée depuis les États du pourtour, une situation qui se prolongea jusqu'à la guerre d'octobre 1973. Dans une lecture critique palestinienne tardive de cet épisode déterminant de l'histoire contemporaine du Liban, le texte de l'excuse adressée au peuple libanais et connu sous le nom de «Déclaration de Palestine au Liban» énonçait notamment: «…Mais l'honnêteté commande de reconnaître que la présence palestinienne au Liban, par son ampleur humaine, politique et militaire, a pesé lourdement sur ce pays frère et lui a imposé des charges qui ont excédé ses forces et sa capacité d'endurance… au point d'infliger à son État, à son économie, à son tissu social et à sa formule de coexistence des blessures profondes que plus personne n'ignore. Il est tout aussi juste de dire que l'implication palestinienne au Liban, telle qu'elle s'est déroulée, et notamment durant les guerres de 1975 à 1982, procédait dans sa quasi-totalité d'une contrainte exercée par des circonstances internes et externes s'apparentant à la force majeure.» Loin de relever d'un simple exercice moral , cette décision découlait d'une évolution profonde et d'un véritable tournant dans la pensée politique palestinienne, qu'avaient successivement nourri la déclaration d'indépendance de l'État de Palestine lors du Conseil national réuni à Alger en 1988, qui ancra le projet de paix palestinien dans le cadre plus large du projet de paix arabe, puis la conclusion des accords d'Oslo en 1993 et la formation consécutive de l'Autorité nationale palestinienne. Tout cela, conjugué au rétablissement des relations palestino-libanaises en 2005 après la fin de la tutelle syrienne, fit que la nouvelle politique palestinienne se définit désormais dans la logique de l'État et non plus dans celle de la révolution. L'excuse palestinienne acquit ainsi sa portée politique et morale, et sa crédibilité dans la pratique avant même de s'exprimer en paroles, comme en témoigne ce passage: «…Ouvrant la porte à la révision, et nous aidant nous tous à purifier notre mémoire… nous prenons pour notre part l'initiative de présenter nos excuses pour tout préjudice que nous avons causé au Liban bien-aimé, sciemment ou non, et ces excuses sont inconditionnelles, sans attendre d'excuses en retour.» — 7 janvier 2008 La décision du Parlement libanais d'abroger l'accord du Caire en 1987, quant à elle, s'inscrivait moins dans une logique de reconstruction de l'État libanais sur la base du monopole des armes qu'elle ne reflétait la lutte menée par le régime Assad contre la direction de l'OLP pour le contrôle et la mainmise sur les camps, le Liban servant une fois de plus de scène à cet affrontement après le retrait palestinien de 1982. (La guerre des camps, la guerre de la dissidence, les événements de l'est de Saïda, etc.) On peut donc conclure désormais avec clarté que lorsque l'administration actuelle, à travers le discours inaugural et le programme de son gouvernement, prit la décision de concentrer les armes entre les mains de l'État, l'Organisation de libération de la Palestine lançait simultanément, par l'intermédiaire de son ambassade à Beyrouth, son initiative politique et pratique pour mettre en œuvre cette même décision. Ce qui s'est déroulé dans les camps l'année dernière concernant la remise des armes lourdes et semi-lourdes témoigne de la crédibilité de la politique palestinienne dans l'édification d'une relation de confiance avec la légitimité libanaise, relation fondée sur le respect de l'intérêt national libanais et le souci de ne pas y porter atteinte, dans le cadre de la résolution des problèmes accumulés au sein de la communauté réfugiée palestinienne, envisagés comme faisant partie des défis libanais devant être traités selon une perspective nouvelle, sans causer davantage de tort au pays. Parole d'honneur L'occupation des Lieux saints en Palestine eut des répercussions douloureuses sur les croyants, qui se virent interdire l'accès à l'Église du Saint-Sépulcre, à l'Église de la Nativité ainsi qu'à la mosquée Al-Aqsa. Dans cette perspective, le Saint-Siège multiplia les initiatives, notamment à travers les visites papales en Palestine au cours des deux dernières décennies, rejoignant en cela des démarches analogues émanant d'Al-Azhar, de Marrakech, d'Abou Dhabi, ainsi que des initiatives locales au Liban, tant officielles que civiles. La plupart de ces initiatives partageaient deux affirmations fondamentales. La première voulait que la Palestine constitue la terre et la géographie du message chrétien ; la seconde proclamait que le christianisme libanais avait incarné, dans cette région, le dialogue civilisationnel, culturel et humain, demeurant ainsi le phare le plus éclatant de la présence chrétienne en Orient. Si l'émigration des chrétiens représente un défi majeur pour l'ensemble du Levant, il l'est encore davantage pour le Liban et pour la Palestine, où la présence chrétienne ne cesse de se réduire sous l'effet d'une occupation israélienne qui entend voir une Palestine débarrassée de cette présence. De 13 % qu'elle représentait autrefois, celle-ci est tombée aujourd'hui à moins de 2 %, à travers des politiques méthodiques visant à exclure le rôle chrétien dans la résistance à l'occupation. En ces jours bénis du Carême et des fêtes de Pâques, le 29 avril 2008, une large délégation palestinienne comprenant des responsables venus de Ramallah, conduite par l'ambassadeur de Palestine au Liban et accompagnée de la quasi-totalité des dirigeants locaux, se rendit au siège patriarcal de Bkerké. Elle remit à Sa Béatitude le Patriarche Nasrallah Sfeir ainsi qu'à toutes les familles chrétiennes du Liban un document issu de la direction palestinienne, intitulé: «Nous, Palestiniens, musulmans et chrétiens, nous considérons, nous en Palestine comme vous au Liban, comme une partie authentique d'une majorité arabe appelée à jouer aujourd'hui, comme elle l'a fait dans le passé récent, un rôle pionnier dans une renaissance générale, pour répandre le message de paix, d'amour, de progrès et d'ouverture… Et en exprimant nos choix et nos orientations dans ce pays généreux, à travers une révision sincère et franche, nous vous adressons cette parole d'honneur et nous nous engageons, envers nous-mêmes comme envers vous: «Premièrement: respecter pleinement votre spécificité libanaise et levantine, et nous tenir à vos côtés pour écarter tout danger qui menacerait le Liban bien-aimé en tant qu'entité indépendante et État souverain. «Deuxièmement : résister à toute tentative de régler le problème des réfugiés palestiniens au Liban au détriment de ce pays, ou en dehors des dispositions de la légalité internationale, au premier rang desquelles le droit au retour tel que le prévoit la résolution 194. «Troisièmement : œuvrer à la guérison des âmes et à la purification de la mémoire, et consolider l'esprit de réconciliation, afin que votre patrie le Liban et notre patrie la Palestine demeurent une source de rayonnement spirituel et une tribune d'expression civilisationnelle et culturelle, comme elles l'ont été à travers les âges. «Telle est la parole d'honneur et le serment de fidélité que nous espérons sceller par des actes dignes de Dieu et de notre conscience nationale.» Signé : l'Ambassadeur de l'État de Palestine auprès de la République libanaise Cette initiative, parmi d'autres, a tracé un nouveau sillon pour la réconciliation et la purification de la mémoire. Sur le plan politique, ce qu'on peut affirmer aujourd'hui, c'est que le gouvernement libanais actuel, dans le cadre de ses décisions visant à concentrer les armes entre les mains de l'État, a confié à la «Commission du dialogue libano-palestinien», chargée de traiter les questions de la communauté réfugiée, la mission d'élaborer un document politique préliminaire intitulé: «Le Plan national libanais pour la gouvernance des camps palestiniens au Liban». Il s'agit de la première initiative du genre à l'échelle de l'État libanais, avec pour objectif de faire sortir les camps de la sphère de la gestion sécuritaire pour les placer sous la protection de l'État, d'étendre sa souveraineté sur l'ensemble de son territoire, de procéder au retrait des armes palestiniennes des camps et d'assurer aux réfugiés une vie digne jusqu'au moment de leur retour. On peut dire enfin que l'avenir porte en lui la promesse de transcender le passé.