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Analyse

Sommes-nous devenus plus stupides?

Ou vivons-nous une transformation de la structure du savoir?
Portrait de l'auteur
Par Mona Fayad
Publié sept. 5, 2026 - 20:01
La question «Le monde est-il devenu plus stupide?» revient régulièrement dans les débats contemporains sur les médias numériques, les moteurs de recherche et les réseaux sociaux. Elle paraît simple en apparence, mais dissimule une problématique plus profonde, liée à la nature même du savoir: comment est-il produit, comment est-il transmis et comment est-il consommé? Peut-être que la question «Sommes-nous devenus plus stupides?» n’est pas la plus juste. Il faudrait plutôt demander: le savoir se transmet-il encore d’une manière qui permette de le comprendre et de le rendre productif? La majorité de ceux qui lisent reviennent-ils encore aux textes originaux? Ou se tournent-ils vers leurs résumés et vers ce qui en est rapporté à travers ce qui circule entre les lecteurs? L’une des clés permettant de comprendre ce phénomène se trouve dans les travaux du psychologue britannique Frederic Bartlett, qui mena dans les années 1930 une série d’expériences sur ce qu’il appelait la «reproduction sérielle». Dans ces expériences, on demandait à une personne d’écouter une histoire puis de la raconter à une autre, qui la racontait à son tour à une troisième, et ainsi de suite. Les résultats furent frappants: à chaque nouvelle transmission, l’histoire n’était pas reproduite telle quelle, mais reformulée. Certains détails disparaissaient, d’autres étaient amplifiés, d’autres encore remplacés par des éléments correspondant au contexte, à l’expérience et à la culture du destinataire. Lorsque la chaîne atteignait un nombre suffisant de relais, l’histoire originale était devenue quelque chose de tout à fait différent. Ce modèle simple met au jour une vérité fondamentale: la mémoire n’est pas un réceptacle neutre, mais un mécanisme de reconstruction. Et lorsque le savoir passe par de multiples intermédiaires, il n’est pas «conservé», mais «reproduit». C’est ici que commencent à apparaître les ressemblances avec notre monde contemporain, ainsi que la crainte de devenir plus stupides. À l’ère des médias numériques, le savoir ne se transmet plus par l’écoute orale, mais à travers des chaînes de médiation: un article est résumé, puis cité, puis republié sous la forme d’un bref post, avant d’être encore réduit à une phrase ou à un titre. Dans ce contexte, on peut reprendre une image métaphorique apparue dans un texte de presse: celle d’une bibliothèque dont les livres seraient remplacés par des résumés, puis par des résumés de résumés, jusqu’à ce que le lecteur se retrouve face à des couches successives de réduction, dans ce que l’on pourrait appeler la «chaîne du raton laveur», qui ne lit pas l’original mais fouille dans ses restes. Il faut préciser ici que le choix du «raton laveur» n’est pas fortuit. Cette métaphore condense symboliquement une situation cognitive qui tend à s’enraciner. Cet animal, qui vit à la périphérie des villes et fouille dans les poubelles, ne produit pas sa nourriture: il se nourrit des restes de ce que les autres produisent. Malgré son intelligence pratique et son aptitude à démonter, saisir et récupérer les choses, il ne comprend pas véritablement ce qu’il a entre les mains, mais les traite comme des matériaux destinés à un usage immédiat. Ainsi se présente le savoir à l’époque de la réduction en série: des textes sont abrégés, puis abrégés de nouveau, jusqu’à ce qu’il n’en subsiste que des miettes de sens, réorganisées et remises en circulation sans véritable lien avec leur source. À ce stade, nous ne nous sommes pas seulement éloignés de l’original: nous sommes entrés dans une nouvelle phase de production de l’information ou du savoir, où l’acteur cognitif n’est plus un lecteur ou un penseur, mais un ramasseur de fragments de sens qu’il redistribue sous des formes rapidement consommables. La «culture du raton laveur» ne désigne donc pas seulement la superficialité. Elle décrit avec précision la dégradation de la chaîne même du savoir, de la création au résumé, de la compréhension au traitement formel, des idées à ce qui n’est plus que leur trace pâlie. Mais ce phénomène ne peut être compris indépendamment de la structure technique qui le gouverne. C’est ici qu’intervient Marshall McLuhan, qui résumait sa pensée dans la célèbre formule: «Le médium est le message.» Le problème ne réside donc pas seulement dans le contenu, mais dans la forme à travers laquelle ce contenu est transmis. Les médias numériques contemporains ne se contentent pas de transporter l’information: ils la remodèlent selon une logique de vitesse, de condensation et de fragmentation. Le texte long devient impropre à la consommation, tandis que l’idée n’est admise qu’à condition d’être réduite à quelques lignes susceptibles d’être partagées. Cette transformation crée un paradoxe saisissant: nous vivons à une époque où l’accès au savoir n’est plus difficile, mais excessivement facile. Or cette facilité excessive fait apparaître ce que l’on pourrait appeler une «illusion cognitive»: il suffit de lire un court extrait ou un résumé rapide pour avoir le sentiment de posséder l’idée. Mais ce sentiment de maîtrise ne s’accompagne pas nécessairement d’une compréhension profonde ni de la capacité à reconstruire ou à critiquer le savoir. C’est ici qu’apparaissent ceux que l’on pourrait qualifier de «semi-instruits»: des individus qui possèdent les signes du savoir mais non sa structure, son vocabulaire mais non sa logique interne. Le problème se complique encore lorsqu’on l’examine sous l’angle de l’attention. Au lieu de demeurer dans un état de concentration prolongée, comme dans la lecture traditionnelle ou la réflexion soutenue, l’esprit vit désormais sous un bombardement informationnel continu: notifications, vidéos, titres et vagues successives de contenu. Cette situation ne produit pas seulement une dispersion de l’attention, mais la reconfigure selon une logique de saut permanent entre de brèves unités de sens, au lieu d’une construction progressive et cumulative de l’idée. Je me souviens ici d’une anecdote que nous nous racontions autrefois et qui circulait beaucoup au temps des manifestations populaires. Elle illustre bien le mécanisme de réduction et de transformation du contenu. Après l’occupation de la Palestine, de nombreuses manifestations populaires descendirent dans les rues en scandant: «À bas la déclaration Balfour!» La plaisanterie voulait qu’à la fin de la manifestation, le slogan soit devenu: «Qu’un type tombe d’en haut!», les deux formules ayant en arabe une proximité rythmique et sonore. Cette image permet peut-être de mieux saisir ce qui se passe dans le langage quotidien lorsque le savoir devient une série de messages courts répétés collectivement. La manifestation commence par une formule politique précise. Puis, sous l’effet de la répétition, de la fusion collective et du rythme sonore, elle se transforme progressivement en une autre formule, complètement différente. Celle-ci peut conserver le rythme et l’intensité affective de la première, mais elle en perd la signification et le sens originels. Ce qui subsiste n’est plus le sens, mais l’énergie émotionnelle de la formule. On retrouve ici, sous une autre forme, ce qu’avait observé Bartlett: ce qui importe n’est pas seulement ce qui a été dit, mais la manière dont cela a été répété et réinterprété dans un contexte social changeant. Si nous réunissons ces différents fils, nous pouvons dire que ce que nous vivons aujourd’hui relève moins d’un «effondrement de l’intelligence» que d’une transformation des conditions dans lesquelles elle se déploie. L’esprit humain n’a pas radicalement changé, mais l’environnement dans lequel il fonctionne, lui, s’est profondément transformé: nous sommes passés d’un environnement permettant l’accumulation lente à un environnement imposant une reproduction rapide et fragmentée du savoir. Ce changement crée une tension permanente entre deux formes de pensée: une pensée réflexive, qui a besoin de temps, et une pensée rapide, qui exige une réponse immédiate. À cette lumière, la question «Sommes-nous devenus plus stupides?» devient en partie trompeuse. Il serait sans doute plus juste de dire que nous sommes davantage exposés à des conditions qui rendent la pensée profonde moins stable, voire moins possible, et qui rendent le savoir plus vulnérable à la fragmentation et au recyclage. Quant à la stupidité, si le terme est permis, elle n’est peut-être pas une propriété de l’esprit, mais un effet secondaire et une caractéristique de la structure culturelle qui s’est mise en place. C’est une technique qui reconfigure notre rapport au monde. Ainsi, plutôt que d’y voir un déclin des capacités humaines, nous pouvons y voir une transformation de «l’environnement du savoir»: un environnement où il est devenu facile de savoir quelque chose, mais plus difficile de le comprendre véritablement, dans toute sa profondeur.
Opinion
Portrait de l'auteur
Par Youssef Mouawad - Publié sept. 5, 2026 - 13:25
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En 2010, Israël a intercepté avec violence le Mavi Marmara, un navire turc affrété par une ONG humanitaire pour venir en aide à la bande de Gaza, alors sous blocus israélien. Cet incident de trop fera éclater au grand jour l’animosité entre le gouvernement d’Erdogan et l’État hébreu. (AFP)
La guerre ne s’est pas encore interrompue dans notre sud qu’elle risque de se déclencher chez nos voisins. C’est dire que nous vivons en sursis et d’un conflit à l’autre. Et pour cause! Peu s’en fallut que le bombardement d’une base syrienne ne dégénérât en bataille rangée entre Ankara et Tel-Aviv. C’était le 18 août dernier et Benjamin Netanyahou n’y était pas allé de main morte: son pays n’allait pas tolérer un ancrage militaire turc susceptible de déborder vers le sud syrien. Le message était d’autant plus brutal que huit frappes avaient pris pour cible la base aérienne d’Abou al-Dhouhour, située à 70 kilomètres de la frontière turque. Rappelons, par ailleurs, que depuis la chute de Bachar el-Assad en décembre 2024, Erdogan est le principal mentor de la nouvelle Syrie, celle d’Ahmed al-Charaa, l’aidant à reconstruire ses forces armées et faisant d’elle un partenaire stratégique. Ce n’est plus la Syrie de Hafez el-Assad Est-ce ce regain de tension entre Ankara et Tel-Aviv qui a précipité une réunion entre le chef de la diplomatie syrienne, Assaad Chaïbani, et le chef du Mossad, Roman Gofman, le 23 août dernier en Jordanie? Or ce conciliabule n’a pas suscité une levée de boucliers dans le monde arabe comme l’avait fait la visite impromptue d’Anouar al-Sadate en Israël en 1977. Un tabou a été officiellement brisé et, de fait, qui aurait pu croire à la tenue d’une telle concertation sous le régime baasiste? L’État hébreu aurait dû s’en féliciter mais, contrairement à ce que l’on attendait, il n’a interrompu ni ses frappes aériennes ni ses incursions territoriales comme celles du 27 août à Quneitra. C’est que les choses ont changé. Sous Hafez el-Assad, la Syrie était une puissance régionale qui, sans être redoutable, était redoutée de ses voisins immédiats, pays arabes fussent-ils ou non. On évitait de lui chercher querelle et de ce fait elle mena, dans certaines limites, une politique étrangère agressive qui versait souvent dans la provocation. Et du coup, en vertu de l’autonomie de son action et des marges de manœuvre qu’elle s’octroyait, elle avait constitué, ne serait-ce que géographiquement, une zone tampon entre d’une part une Turquie «erdoganesque» affichant son islam décomplexé et d’autre part, un Israël, l’État consubstantiellement juif. Or voilà que, dans un pays éreinté par une gestion bassiste et saccagé par des années de guerre civile, la Turquie, s’étant mise à poser ses jalons, va indubitablement se retrouver nez à nez avec un Israël qui occupe une portion du territoire syrien. À quoi s’attendre ? Ayant pris en considération l’ego démesuré de Netanyahu comme celui d’Erdogan, et pour le cas où ces deux hommes d’État demeureraient à leurs postes respectifs, nous devons nous attendre à un duel épique sur le territoire syrien, libanais, jordanien, voire ailleurs. Ce combat sera fait de feintes, d’esquives, de coup fourrés mais également d’attaques frontales, de corps à corps et d’escalades de tension jusqu’au point de rupture. Et cela même si le rapport du Congressional Research Service de septembre 2025 estime que la confrontation directe entre la Turquie et Israël demeure peu probable, précisément parce que les deux États connaissent le coût d’une guerre, si celle-ci en venait à se déclarer. Toutefois, dans le domaine de la polémologie, les dirigeants et autres élites ne sont pas nécessairement des acteurs rationnels! D’autant plus, qu’aux yeux des observateurs israéliens, le slogan qui prévaut en Anatolie à savoir «Make Turkey great again» n’est pas de nature à rassurer l’État sioniste. Washington aura de plus en plus de mal à contenir ou à séparer les deux adversaires qui déjà se rangent en ordre de bataille. La Turquie, un nouvel Iran? Oui, c’est une hypothèse, mais uniquement dans un face à face avec Israël, la Syrie étant devenue du jour au lendemain une zone où «se chevauchent deux périmètres de sécurité», le Turc et l’Israélien, le musulman et le juif. Et il n’est pas à exclure que le militantisme chiite, ce mobilisateur de «proxies», n’en vienne à s’allier, ne serait-ce que momentanément, à une «version frériste» de l’islam politique prônée par Ankara! Nous aurions ainsi, et contre toute attente, un Hezbollah soutenu par son ennemi d’hier, Ahmed al-Charaa, un islamiste venu de Jabhat al-Nusra et Hayat Tahrir al-Cham! Contre l’adversaire commun, un renversement des alliances est toujours légitime et opportun. Mais ce ne serait là qu’une alliance tactique, dictée par les nécessités de l’heure et qui ne pourrait préjuger de l’avenir. Le nationalisme arabe ayant été évacué, la Turquie ne va pas se contenter de s’emparer économiquement du marché syrien fort de 25 millions de consommateurs: elle voudra exercer une influence politique à Damas et investir à cet effet son appareil militaire et sécuritaire. Le pouvoir bancal du président syrien, ne pouvant assurer certaines fonctions régaliennes ni encadrer les divers corps de l’État, fera nécessairement appel à l’expertise de son voisin du nord. Faut-il croire pour autant que ce dernier va être happé par la spirale de la «belligérance annoncée»? Tout s’y prête et l’on peut déjà percevoir les prémices d’un engrenage rappelant celui des États-Unis au Vietnam sous Lyndon Johnson. Car si l’État syrien compte se reconstituer, il aura en premier lieu besoin d’une armée en mesure de mater les tendances centrifuges des Alaouites, des Druzes et autres factions qui appellent au fractionnement du pays. Or c’est à Ankara d’y pourvoir et de renforcer l’autorité centrale sise à Damas. Mais Israël, qui a pris de mauvaises habitudes en Syrie et qui compte y conserver une liberté d’action aérienne, ne peut s’accommoder d’une armée structurée sur le modèle otanien et pouvant servir de proxy à une entreprise néo-ottomane. Et le Liban, de la primauté à la secondarité? Un nouveau décor est désormais planté pour un nouveau script qui définira de nouvelles règles du jeu ! Qu’adviendra-t-il du Hezbollah pris dans une souricière? Eh bien, il pourrait bénéficier, dans ce cas de figure, ne serait-ce qu’en partie, du soutien logistique de Damas, soutien qui lui a gravement manqué depuis la chute de Bachar el-Assad. Et peut-être que, par un déplacement des plaques tectoniques, le Liban passerait du statut de théâtre initial à celui de théâtre secondaire d’un conflit régional. Mais pour tout vous dire, ça nous fera une belle jambe!
L'Essentiel du jour
Portrait de l'auteur
Par LevantTime . - Publié sept. 5, 2026 - 00:55
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Le convoi du CICR transportant les civils libérés, parti de la zone occupée par Israël dans le sud du Liban, s'est rendu au point qui marque le début de la zone tenue par les autorités libanaises. (AFP)
Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a annoncé vendredi avoir transféré au Liban quatre nouvelles personnes relâchées par Israël, au lendemain de la libération d’un premier civil. Il s’agit de trois Libanais et de deux Syriens, selon le CICR. C’est la première fois qu’une telle opération a lieu depuis le début, en avril, des négociations entre le Liban et Israël, sous l’égide des États-Unis. Beyrouth avait demandé, lors de la dernière session de pourparlers en août, la libération d’un premier groupe de ses ressortissants capturés par Israël dans le sud du Liban, où celui-ci est en guerre avec le Hezbollah pro-iranien. Leur nombre est estimé par leurs proches à une trentaine, parmi lesquels figurent des combattants du mouvement islamiste. Le président libanais Joseph Aoun a remercié, dans un communiqué, les États-Unis et le CICR, et affirmé que cette libération «confirmait la pertinence de la position» du Liban, engagé avec Israël dans des négociations rejetées par le Hezbollah. Les États-Unis ont salué jeudi «le gouvernement d’Israël et le gouvernement du Liban pour avoir fait preuve de bonne foi à travers ces premières étapes», exprimant l’espoir que cela serve «de base à des discussions élargies sur d’autres questions civiles». Les deux pays doivent tenir une nouvelle session de négociations en septembre, à une date encore inconnue. Selon le bureau du Premier ministre israélien, l’annonce de jeudi «fait suite aux efforts déployés par Israël et le Liban pour localiser et rapatrier les dépouilles des dirigeants de la communauté juive qui avaient été enlevés et tués au Liban» entre 1984 et 1986. Intensification des frappes israéliennes Sur le terrain, des frappes israéliennes ont fait vendredi trois morts et 23 blessés dans le sud et l’est du Liban. Israël a intensifié vendredi ses frappes dans la région, après avoir annoncé jeudi soir avoir pris le contrôle de la crête montagneuse d’Ali Taher, qui servait de position stratégique au Hezbollah pro-iranien et qui surplombe notamment Nabatiyé. L’armée va désormais y renforcer ses positions afin d’«empêcher l’ennemi de reprendre position dans la zone», a déclaré le ministre israélien de la Défense, Israël Katz. Une frappe a également visé la région de Tyr, notamment le village de Rmadiyé, selon l’ANI. Pour Trump, la guerre en Iran, c’est de la «gnognotte» Concernant la guerre en Iran, le président américain Donald Trump a cherché vendredi à en minimiser l’impact pour les États-Unis, à l’approche des élections législatives cruciales de mi-mandat. «Beaucoup de gens n’appellent pas ça une guerre. Je dis que c’est un conflit militaire, parce que c’est de la gnognotte (en anglais ‘small potatoes’) pour nous. Ce n’est pas un gros truc. On a fait le Venezuela et on a fait ça», a-t-il répondu aux journalistes dans le Bureau ovale, interrogé à propos de son vice-président JD Vance, qui avait déclaré la veille ne pas vouloir qualifier le conflit de guerre. Alors que la flambée des prix du carburant liée à la guerre menace de coûter aux républicains de Donald Trump leur majorité au Congrès lors des élections de mi-mandat en novembre, son administration s’efforce de minimiser l’ampleur du conflit. Selon le président, les États-Unis mènent des «frappes ponctuelles», assurant «ne pas être actuellement en train de se battre». Il a également affirmé que les États-Unis contrôlaient le détroit d’Ormuz et avaient décimé les forces armées iraniennes. «Ce que nous avons accompli est remarquable. Nous avons pris le contrôle du Venezuela et nous avons, pour l’essentiel, pris le contrôle de l’Iran», a-t-il déclaré.
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Les explosions du Beaufort provoquent une onde de choc politique

Les explosions ont provoqué des ondes équivalentes à celles d'un séisme de magnitude 3,2: l'armée israélienne a procédé, dans la nuit de jeudi à vendredi, à des explosions massives près de la forteresse de Beaufort, dans le sud du Liban, suscitant des condamnations du président Joseph Aoun et du Premier ministre Nawaf Salam. Le chef de l'État est même allé jusqu'à dénoncer «une escalade extrêmement dangereuse» et «une menace directe» pour la mise en œuvre de l'accord-cadre conclu en juin entre le Liban et Israël sous l'égide des États-Unis. Alors que les États-Unis avaient confirmé lundi la tenue de nouveaux pourparlers entre Israël et le Liban, à Rome du 4 au 6 août, en vue notamment d'étendre ce processus, la présidence a déploré, dans un communiqué, que «le timing de ces agressions envoie des messages négatifs et sape les efforts internationaux visant à consolider la stabilité», à quelques jours de ces nouvelles négociations. 700 tonnes d'explosifs Le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, a condamné «les agressions israéliennes continues dans le Sud, sous forme d'explosions, de bombardements et de destructions méthodiques», y compris «les atteintes aux sites archéologiques». (AFP) Dans un communiqué conjoint, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense Israël Katz ont annoncé que l'armée avait détruit «les tunnels terroristes dans la région de Beaufort» à l'aide de quelque 700 tonnes d'explosifs. Ils ont affirmé que ces explosions étaient intervenues après «la violation flagrante du cessez-le-feu par le Hezbollah», mercredi. L'armée israélienne avait accusé mercredi le Hezbollah d'avoir violé le cessez-le-feu en lançant un drone explosif contre un véhicule militaire israélien dans le sud du pays. (AFP) Le château de Beaufort, datant de l'époque des Croisés et situé dans la zone du sud occupée par Israël, a été inscrit la semaine dernière sur la Liste du patrimoine mondial en péril de l'Unesco. Selon le ministère libanais de la Culture, les explosions «pourraient avoir causé des dégâts aux abords de la forteresse», dont l'ampleur «ne pourra être évaluée qu'à l'issue d'une inspection sur le terrain», actuellement impossible. Photo aérienne prise par l’Armée du Levant en 1936 et colorisée par l’IA. (Wikimedia Commons) Riad Salamé placé en détention dans un hôpital Sur un autre plan, l'ancien gouverneur de la Banque centrale libanaise, Riad Salamé, accusé de détournement de fonds, a été placé en détention sous surveillance policière dans un hôpital, où il a été admis après un malaise. Gouverneur de la Banque du Liban (BDL) de 1993 à juillet 2023, Riad Salamé, 76 ans, fait face à de multiples accusations au Liban et à l'étranger, mais a toujours nié toute malversation. Il devait comparaître jeudi dans le cadre d'une plainte déposée par le nouveau gouverneur, Karim Souaid, pour détournement de fonds de l'institution, enrichissement illicite et blanchiment d'argent. Ne s'étant pas présenté à l'audience, Riad Salamé a dans la foulée fait l'objet d'un mandat d'amener émis par un juge, mais a finalement décidé de se rendre de son plein gré au tribunal, accompagné de son avocat, a précisé une source judiciaire. Il a ensuite « eu un malaise alors qu'il se rendait au Palais de justice », a ajouté cette source, précisant que l'audience avait été reportée sine die. Plus tard, après que les autorités n'ont pu le localiser ni à ses adresses déclarées ni dans un hôpital, le procureur général près la Cour de Cassation a émis contre lui un nouveau mandat. Riad Salamé a finalement été retrouvé vendredi dans un hôpital situé en dehors de Beyrouth. Le juge a ordonné de « renforcer les mesures de sécurité dans l'aile où il séjourne » ainsi qu'aux entrées de l'établissement, et de le considérer comme étant « en détention », a ajouté la source judiciaire. Riad Salamé est accusé par ses détracteurs d'être l'un des principaux responsables de l'effondrement financier du Liban. Gaza: le Hamas confirme un accord sur son désarmement Sur le plan régional, le Hamas a confirmé vendredi avoir accepté un accord prévoyant son désarmement et un retrait israélien progressif de Gaza, deuxième étape du plan initié par les États-Unis pour mettre fin à la guerre entre le mouvement islamiste palestinien et Israël. Près de vingt-quatre heures après son annonce par Donald Trump, qui s'offre une percée diplomatique majeure alors que les États-Unis restent empêtrés dans la guerre avec l'Iran, le gouvernement israélien n'avait toujours pas réagi officiellement à l'accord. Le ministre israélien d'extrême droite Itamar Ben Gvir l'a toutefois dénoncé comme étant « inacceptable pour Israël ». L'accord, une feuille de route en quinze points publiée vendredi par le «Conseil de paix», prévoit la cessation des opérations militaires des deux parties ainsi que l'entrée dans le territoire du Comité national pour l'administration de Gaza (NCAG), chargé de gérer la vie quotidienne durant la période de transition. Cette structure, composée de technocrates palestiniens, est actuellement basée en Égypte, Israël l'empêchant d'accéder à Gaza. Le NCAG prendra progressivement en charge, selon un calendrier défini, le processus de démantèlement et de stockage des armes lourdes du Hamas, de ses sites de production militaire, de ses dépôts d'armes et de ses tunnels, sans qu'aucune arme ne soit remise à Israël ni à des organisations non palestiniennes. L'opération sera liée à un retrait progressif d'Israël. La mise en œuvre de l'accord sera supervisée par un Comité international de vérification (IVC). Le texte prévoit également le déploiement temporaire à Gaza de la Force internationale de stabilisation (ISF), en cours de formation dans le cadre du plan de Donald Trump, afin de surveiller le respect du cessez-le-feu et de garantir l'acheminement de l'aide humanitaire. Le haut représentant pour Gaza au «Conseil de paix», Nikolaï Mladenov, a souligné que «le retrait israélien devait aller de pair avec le désarmement». L'accord, annoncé deux jours après la rencontre entre Donald Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à la Maison-Blanche, a nécessité «des mois de très difficiles négociations», a-t-il relevé. Dans l'étroit territoire surpeuplé, où la situation humanitaire demeure très préoccupante, les habitants oscillent entre scepticisme et espoir. Les forces israéliennes occupent plus de 60 % du territoire, séparé de la zone contrôlée par le Hamas par une «ligne jaune» de démarcation.

Mohammed VI laisse les chiffres parler
Par
Khairallah Khairallah
Publié

Il est des succès qui en appellent d’autres. C’est le cas de ceux que le Maroc accumule depuis l’accession de Mohammed VI au trône, il y a vingt-sept ans. La première de ces réussites demeure la consolidation de la marocanité du Sahara, à laquelle sont venus s’ajouter de grands projets désormais devenus réalité. Il en va ainsi du port de Dakhla, appelé à devenir l’une des grandes portes atlantiques de l’Afrique, du gazoduc africain reliant le Nigeria au Maroc, ou encore de l’autoroute de plus de mille kilomètres entre Tiznit et Dakhla, qui porte désormais le nom de Donald Trump. Le souverain marocain n’avait guère besoin de revenir sur ces réalisations dans son discours annuel à l’occasion de la Fête du Trône, d’autant que la résolution 2797, adoptée le 31 octobre 2025 par le Conseil de sécurité des Nations unies, a constitué un tournant. Ce texte a consacré une reconnaissance internationale explicite de la marocanité du Sahara et confirmé que la seule solution réaliste demeure celle que le Maroc défend depuis 2007 : une autonomie élargie des provinces sahariennes dans le cadre de la souveraineté marocaine. Mohammed VI a préféré laisser les chiffres parler d’eux-mêmes. Il a toutefois tenu à rappeler à tous ceux qui veulent l’entendre que les progrès réalisés par le Royaume reposent sur des bases solides, parce que le Maroc est, selon ses propres termes, «un État-nation ancien». Il déclarait: «Le Maroc est un État ancien qui puise sa force dans des traditions profondément enracinées en tant qu’État-nation. Ses institutions remplissent pleinement leur rôle dans un esprit d’harmonie et de complémentarité. C’est ce qui donne à l’État l’efficacité nécessaire pour poursuivre les réalisations accomplies et relever les défis malgré les difficultés et les contraintes. Le Maroc en a donné la preuve à travers l’organisation exemplaire de manifestations continentales et internationales, qui lui ont valu l’admiration et l’estime à travers le monde, tout en suscitant parfois la jalousie de certains.» Il est naturel que le Maroc suscite la jalousie de certains. Les progrès accomplis ont fait du Royaume un pôle de stabilité dans une région qui aurait pourtant besoin d’un climat tout différent pour engager de véritables politiques de développement et d’intégration, loin des slogans, des promesses sans lendemain, des illusions et de l’instrumentalisation des peuples comme de leur avenir. À l’occasion du vingt-septième anniversaire de son accession au trône, Mohammed VI avait toutes les raisons de regarder l’avenir avec confiance. Son discours s’est tourné vers les perspectives du Maroc, un avenir prometteur qui ne relève plus de la simple ambition mais repose désormais sur des réalités solidement établies. Ces acquis sont le fruit, a-t-il souligné, «de la sécurité, de la stabilité et de l’efficacité des institutions». Ils se traduisent par «la multiplication des indicateurs positifs dans l’ensemble des secteurs, renforçant la dynamique de croissance économique et consolidant la souveraineté nationale». Revenant au langage des chiffres, autrement dit sur des faits incontestables, le souverain marocain a rappelé que «le taux de croissance a atteint près de 4,9 % en 2025 et devrait se maintenir à ce niveau, voire le dépasser, en 2026». Il a également souligné que, «sur le plan agricole, le Maroc a bénéficié de précipitations abondantes et d’une excellente campagne, ce qui a contribué à renforcer sa sécurité hydrique et alimentaire». Dans le même temps, le Royaume a conforté sa position de pôle d’investissement industriel, touristique et financier, comme en témoigne l’amélioration constante de ses indicateurs, en particulier dans le secteur industriel. Les industries automobile et aéronautique, les énergies renouvelables ainsi que les industries agroalimentaires constituent aujourd’hui les piliers de l’appareil productif national. Elles jouent un rôle déterminant, aussi bien pour attirer les investissements étrangers que pour créer de la richesse et des emplois. Le Maroc est désormais le premier exportateur d’automobiles du continent africain, avec une capacité de production avoisinant le million de véhicules par an. Les secteurs de l’automobile et de l’aéronautique représentent aujourd’hui plus de 40 % des exportations du Royaume, dépassant même celles du phosphate. Poursuivant cette même stratégie, Mohammed VI a rappelé avoir présidé, au début de l’année, la cérémonie de lancement de nouvelles unités industrielles qui ont permis au Maroc de rejoindre le cercle très fermé des pays disposant de grands centres de production de moteurs d’avion et de systèmes de train d’atterrissage. Le développement d’une filière intégrée de batteries électriques illustre également la capacité du Royaume à anticiper les mutations technologiques et à s’insérer dans les chaînes de production des industries stratégiques. Animé par le même esprit d’innovation et de modernisation, le Maroc poursuit la réalisation de grands projets destinés à faire des énergies renouvelables un pilier de sa sécurité énergétique et un levier d’attractivité pour les industries en quête d’une énergie compétitive et décarbonée. Dans le cadre de cette stratégie ambitieuse, le Royaume a lancé la mise en œuvre de son offre en matière d’hydrogène vert en autorisant une première série de grands projets. Tout cela ne représente qu’une infime partie des réalisations d’un pays qui accueille désormais vingt millions de touristes par an. Le discours prononcé cette année par Mohammed VI à l’occasion de la Fête du Trône était un message adressé à tous. À ceux qui veulent comprendre comme à ceux qui s’y refusent. Il rappelle qu’au Maroc existe une vision fondée sur la conviction que le capital humain du pays constitue sa première richesse et que l’on peut compter sur les Marocains pour poursuivre l’essor du Royaume et le hisser au rang des États capables d’exercer une influence positive, tant sur le plan régional qu’international, loin des affrontements idéologiques, des illusions et des surenchères stériles qui n’ouvrent de perspective ni politique, ni économique, ni civilisationnelle. Au fond, le message est d’une grande simplicité: le Maroc a pleinement pris acte du fait que le monde a changé. Il a changé plus profondément encore que nous ne l’imaginions il y a moins de cinq ans, avec le déclenchement de la guerre entre la Russie et l’Ukraine, puis le déferlement de violence du 7 octobre 2023 et la guerre qui s’en est suivie au Moyen-Orient. Le monde a changé, et le Maroc est résolu à prendre place parmi les pays qui redessinent les chaînes d’approvisionnement mondiales, diversifient leur appareil productif et arriment leurs ressources nationales aux grands circuits de l’économie mondiale. Pour y parvenir, le Royaume entend s’appuyer sur ses infrastructures, ses richesses naturelles, la qualité de sa diplomatie, son savoir-faire politique et la préservation d’une stabilité qui constitue aujourd’hui l’un de ses principaux atouts, non seulement à l’échelle nationale, mais aussi régionale.

Les Pasdaran étendent le champ de leur capacité de nuisance

Jour après jour, l’aile radicale du régime iranien – du moins, telle que la qualifie certains milieux occidentaux – s’emploie à afficher ses moyens d’étendre progressivement sa capacité de nuisance à de nouvelles zones du Moyen-Orient. Dans le prolongement de la réactivation de leur milice yéménite, les Houthis, en vue de prendre en otage le détroit de Bab el-Mandeb et la voie maritime correspondante de la mer Rouge (après le détroit d’Ormuz), les Pasdaran ont tenu à montrer qu’ils ont «la main longue» au niveau de la portée de leurs missiles. Ils ont ainsi attaqué au moyen d’un drone bourré d’explosifs le port de Damiette, en Égypte, atteignant deux navires – dont l’un américain – de stockage de gaz. Un incendie s’est déclaré sur ces deux navires. Le gouvernement égyptien a fait assumer à l’Iran la responsabilité de cette attaque, laquelle a été vivement condamnée par le secrétaire général de la Ligue arabe qui l’a qualifiée d’agression «inacceptable» contre Le Caire. Parallèlement, les Gardiens de la révolution ont lancé cinq missiles contre la Jordanie – agression vivement stigmatisée par le Qatar – et ont attaqué une fois de plus le Koweït où le bâtiment d’une entreprise chinoise a été touché de plein fouet et gravement endommagé par l’explosion qui a fait un mort parmi les ouvriers. En réaction, la Chine a invité les protagonistes à mettre un terme sans délai à l’escalade militaire. Signe de l’extension du conflit à de nouveaux acteurs: le ministère saoudien de la Défense a organisé à Riyad une réunion élargie qui a regroupé les chefs d’État-major (ou leurs représentants) de 43 pays. L’objectif de ces assises était de donner le coup d’envoi à la mise sur pied d’une vaste «alliance maritime de la Défense». Le ministère saoudien a indiqué qu’il s’agit là d’une initiative internationale visant à assurer la sécurité et la liberté de navigation sur les voies maritimes. Il convient de rappeler dans ce cadre que l’aviation saoudienne, en collaboration avec les forces aériennes américaines, ont effectué au début de cette semaine des raids contre des positions des Houthis, au Yémen, en signe de représailles aux tirs de missiles (avortés) que la milice yéménite pro-iranienne avait tenté d’effectuer contre les installations saoudiennes d’Aramco. Notons à ce propos que selon des sources citées par la chaîne arabophone al-Hadath , c’est à partir du territoire irakien, et grâce à la complicité de milices irakiennes pro-iraniennes, que les Houthis ont lancé les missiles en direction du territoire saoudien. C’est la première fois depuis le déclenchement de ce conflit que l’armée saoudienne s’implique directement dans les opérations militaires contre les alliés de l’Iran. Au début du mois de juillet, le Koweït et Bahreïn avaient bombardé des positions en Iran, avec l’appui et la couverture aérienne assurée par les Émirats arabes unis, ce qui avait constitué le premier indice d’une participation active des pays du Golfe dans la guerre contre l’Iran. Cette propension des Pasdaran à vouloir étendre autant que possible le conflit armé à de nouvelles zones du Moyen-Orient a poussé le président Donald Trump a donné dans la nuit de mercredi à jeudi son feu vert à une nouvelle vague de raids aériens contre des positions, des infrastructures et des dépôts de munitions relevant des Gardiens de la révolution dans plusieurs régions iraniennes. Le commandement central américain devait indiquer jeudi que «des dizaines de positions des Gardiens de la révolution ont été visées avec succès au cours de ces raids». Selon des informations en provenance d’Israël, Washington aurait informé jeudi soir les autorités israéliennes que de nouveaux bombardements aériens massifs contre les quartiers généraux et les centres des Pasdaran devraient être lancés dans la nuit de jeudi. Seul point positif dans ce sombre tableau régional: l’annonce, jeudi, d’un accord, avalisé par le Hamas, visant à remettre les armes lourdes à un comité international qui se chargera de collecter et de stocker les armes du Hamas, conformément au processus de solution à Gaza qui avait été élaboré par le président Trump. Aoun à Ankara C’est dans ce contexte régional en pleine mutation que le président Joseph Aoun a effectué jeudi une visite éclair à Ankara où il a tenu une réunion avec le président Recep Tayyip Erdogan qui a souligné à cette occasion que son pays est disposé à contribuer à la consolidation de la sécurité au Liban. Le chef de l’Etat a regagné Beyrouth jeudi soir et la présidence de la République a indiqué, dans un communiqué de presse, que la coopération entre les deux pays portera, notamment, sur un soutien à l’armée, la fourniture de maisons préfabriquées pour les déplacés du Sud, ainsi que sur une aide dans les domaines de l’énergie électrique, du transport aérien et du développement des infrastructures de base. Le président Aoun a adressé au président Erdogan une invitation à visiter le Liban.

Françoise Péricaud-Duval: Lorsque l’élégance est guidée par la charité

Il est des soirées que le temps efface. Et puis il y a celles qui attendent simplement qu’une volonté leur redonne vie. En 1967, sous le haut patronage de la princesse Grace de Monaco, le bal de l’Ordre de Malte avait lieu à Paris, empreint de cette forme d’élégance discrète qui caractérise les grandes œuvres de bienfaisance, exprimant un raffinement qui ne trouve sa véritable raison d’être que dans la cause qu’il sert. Puis les années ont passé, laissant ce rendez-vous prestigieux disparaître peu à peu du paysage parisien. Près de soixante ans plus tard, le bal renaît dans le cadre exceptionnel du Cercle de l’Union Interalliée. Sous le haut patronage de Son Altesse Royale la princesse Caroline de Hanovre, cette nouvelle édition ne signe pas seulement le retour d’une soirée mondaine. Elle réveille en son cœur une mémoire, rétablit un lien entre les générations et rappelle qu’il existe encore des lieux où la beauté peut devenir un langage de solidarité. À l’origine de cette renaissance, une femme. Une femme qui ne cherche pas la lumière, mais veille à ce qu’elle éclaire les autres. Pour Françoise Péricaud-Duval, présidente du comité d’organisation du Bal de l’Ordre de Malte Paris, chaque détail possède un sens: non par recherche de perfection esthétique, mais parce que le soin accordé aux choses traduit toujours le soin accordé aux personnes. S.A.R. la Princesse Zita de Bourbon-Parme et S.A.S. le Prince Charles von Croÿ. Elle a imaginé cette soirée comme on compose une œuvre collective, avec rigueur, intuition, sens du beau et fidélité absolue à l’esprit de l’Ordre. Derrière les bouquets, les tables dressées, les mécènes, les enchères, les conversations et les premières notes du bal demeure l’essentiel: permettre au 68e pèlerinage à Lourdes de poursuivre son engagement auprès des personnes fragilisées. Une conviction que Françoise Péricaud-Duval exprime avec une simplicité presque évidente: lorsque l’élégance est guidée par la charité, le paraître s’efface au profit du service. Faire renaître une histoire «Certaines traditions ne reviennent pas parce qu’elles appartiennent au passé. Elles reviennent parce qu’elles ont encore quelque chose à transmettre au présent.» Levant Time - Ce bal n’avait plus été organisé à Paris depuis 1967. Lorsque ce projet vous a été confié, avez-vous d’abord ressenti le poids de cette histoire ou la liberté d’écrire une nouvelle page? Françoise Péricaud-Duval - J’ai ressenti les deux. Le poids de l’histoire, d’abord, parce que l’Ordre de Malte existe depuis plus de neuf cents ans. Il est actif dans près de cent trente pays et très présent en France, où nous sommes des milliers de bénévoles. C’est extraordinaire de faire partie de cette grande chaîne de charité, d’amour, de foi, de don de soi auprès des plus faibles. Mais j’avais également conscience de me trouver devant une page blanche. J’avais déjà organisé des événements lorsque je vivais à Londres, mais, cette fois, je repartais de zéro. Tout était à construire. La mission était considérable. Je crois cependant avoir été portée par ma foi. Lorsque j’ai accepté, je n’avais pas encore mesuré tout le chemin qu’il faudrait parcourir. L’idée de faire revivre cette tradition en France, qui est mon pays et que j’aime profondément, m’a beaucoup touchée. Le fait que son Président Olivier de La Chapelle me fasse confiance m’a également émue. Monsieur Stéphane Bern, Madame François Péricaud-Duval et la baronne Olivier de La Chapelle. Madame Françoise Péricaud-Duval et S.A.R. le Prince Charles-Louis d'Orléans, Duc de Chartres. S.A.R. le Bailli-Prince Louis de Bourbon, Duc d'Anjou. L. T. - En découvrant les archives de la dernière édition placée sous le haut patronage de la princesse Grace de Monaco, qu’est-ce qui vous a le plus touchée ou inspirée? Françoise Péricaud-Duval - Nous avons eu la chance de retrouver une photographie du dernier Bal de l’Ordre de Malte à Paris, organisé le 11 avril 1967. Notre bal s’est tenu le 11 avril 2026, jour pour jour, cinquante-neuf ans plus tard. Cette photographie représentait le prince Guy de Polignac, qui présidait alors l’Ordre de Malte en France, aux côtés de la princesse Grace de Monaco. Je suis très proche de Diane de Polignac et de son frère Ludovic, respectivement nièce et neveu du prince Guy de Polignac. Diane m’avait toujours dit que, si je reprenais une activité au service de l’Ordre de Malte en France, elle souhaitait y être associée. Je ne savais pas, à ce moment-là, que leur oncle avait présidé le dernier bal. Andreas Oetker, Monsieur Alfred Oetker et son épouse la princesse Elvira Grimaldi, Maximilian Terberger. La princesse Diane de Polignac, Charles Noël de Cacqueray, Alejandra Pourpel, Françoise Péricaud-Duval, le baron Olivier de La Chapelle, Marie-Gabrielle de La Chapelle, Armand de Vial, Diane de Noailles de Mouchy de Poix et Paola Obligi. Son Excellence le baron Olivier de La Chapelle, Président de l'Association Française des membres de l'Ordre souverain de Malte, S.A.R. la Princesse de Hanovre, le Prince Ludovic de Polignac, Ariane de Chazournes et sa mère la Princesse Diane de Polignac. La découverte de cette photographie a donc eu une signification particulière. Je l’ai vécue comme un clin d’œil. Diane souhaitait sincèrement participer à l’organisation et elle m’a apporté un soutien extraordinaire. Pendant un an et demi, nous avons échangé presque quotidiennement. La présence de Diane et de Ludovic de Polignac lors de cette nouvelle édition s’est alors imposée comme une évidence. Cette continuité entre les générations était très belle. L. T. - Comment faire renaître une tradition sans simplement chercher à reproduire le passé? Françoise Péricaud-Duval - Je crois aux chaînes d’amour et aux réunions de belles âmes. Lorsque l’on fait le beau et le bien, on attire naturellement d’autres personnes. Pour moi, le chemin de la foi est un chemin joyeux, mais il ne peut pas être solitaire. Il faut être nombreux, le plus nombreux possible. Il y a eu un véritable engouement pendant la soirée, puis après le bal. C’est ma manière de vivre ma foi: essayer de la partager. LL.AA.RR. le Prince Charles-Louis et la Princesse Iléana d’Orléans, et quatre de leurs enfants, LL.AA.RR. les Princesses Louise, Hélène, Isabelle et S.A.R. le Prince Constantin d'Orléans. S.A.R. la Princesse Antonella d’Orléans-Bourbon et sa fille, S.A.R. la Princesse Eulalia d’Orléans-Bourbon. S.A.R. le Prince Guillaume de Luxembourg et son épouse S.A.R. la Princesse Sibilla de Luxembourg entourés de deux de leurs enfants, S.A.R. la Princesse Charlotte de Nassau et S.A.R. le Prince Paul-Louis de Nassau. Je ne la vis pas du tout avec un sac de pierres sur le dos. Je suis convaincue que le beau et le bien sont complémentaires. Dieu nous a donné un monde merveilleux. Je suis fascinée par la faune, la flore, la complexité et la perfection du moindre animal ou de la moindre fleur. Par respect pour ce monde qui nous a été donné, je pense que nous devons, nous aussi, essayer de créer du beau. Être perfectionniste et rechercher la beauté ne sont pas contradictoires avec la charité. On peut être charitable et faire les choses le mieux possible. Donner le meilleur de soi-même est, à mes yeux, un devoir. L’élégance au service d’une mission «À l’Ordre de Malte, la beauté d’une soirée n’a de sens que lorsqu’elle prolonge une œuvre tournée vers les autres.» L. T. - Beaucoup verront avant tout un gala. Vous y voyez probablement d’abord une mission. Quel message aimeriez-vous transmettre à ceux qui ont participé à cette soirée? Françoise Péricaud-Duval - Je veux d’abord leur exprimer une immense reconnaissance. Nous avons commencé à travailler en octobre 2024 pour une soirée qui a eu lieu le 11 avril 2026. J’ai constitué un comité d’organisation composé d’amis qui ont tous été extraordinaires. Monsieur et Madame Bernard Ruiz-Picasso. S.A.S. la Princesse Dorothée d'Arenbeng, le Duc de Crussol, S.A.S. la Princesse Aliénor d'Arenberg et S.A.S. la Princesse Theodora von und zu Liechtenstein. LL.AA.RR. le Prince Charles-Emmanuel et la Princesse Constance de Bourbon-Parme, Céline de Noailles de Mouchy de Poix, S.A.R. le Bailli-Prince Pedro de Bourbon des Deux-Siciles, Duc de Calabre, Comte de Caserte. Pendant un an et demi, j’ai répété une phrase qui était presque devenue une plaisanterie entre nous : «One team, one dream.» Je crois profondément à cette idée. Nous avons tous nos points faibles, mais chacun apporte sa pierre à l’édifice. C’est parce que nous travaillons ensemble que nous réussissons. Une ambiance extraordinaire s’est créée au sein du comité. Nous avons tous donné le meilleur de nous-mêmes pour que cette soirée soit belle, mais aussi pour que les invités s’amusent. Je tenais énormément à ce que les jeunes dansent, rient et passent une soirée joyeuse. Le plus beau compliment que j’ai reçu est venu de plusieurs jeunes qui m’ont confié qu’il s’agissait de la plus belle soirée à laquelle ils avaient assisté. Certains se sont mis à danser dès le début du dîner et se sont à peine assis. Le soutien d’Alejandra Poupel, membre du comité d’organisation et fondatrice d’Alejandra Poupel Events , d’ Inspiration Music & Arts et de Novelty , a été un élément essentiel au succès de ce bal. Les chanteurs, saxophonistes, percussionnistes et violonistes ont créé une ambiance extraordinaire. Tous savaient cependant qu’ils participaient à un bal de charité et que leur présence contribuait à financer le pèlerinage de Lourdes. Nous avons donc essayé de réunir ces deux dimensions: la conscience de servir une cause et la joie de passer une soirée exceptionnelle. La joie est d’ailleurs l’une des choses qui m’avaient le plus marquée lorsque je me suis rendue pour la première fois au pèlerinage de Lourdes. J’avais été bouleversée par la joie des personnes malades ou handicapées. Nous qui avons beaucoup reçu, nous devons être capables de vivre avec cette même joie. Lorsque l’on a la chance d’avoir la foi, il faut la vivre joyeusement. C’est ce que j’ai voulu transmettre à travers ce bal. L. T. - Comment trouver l’équilibre entre le raffinement attendu d’un tel événement et l’humilité de la cause qu’il soutient? Françoise Péricaud-Duval - Il était essentiel que la beauté de la soirée ne soit jamais obtenue au détriment des personnes que nous aidons. Je ne voulais pas que les invités puissent penser que les fleurs, les nappes, la vaisselle - gracieusement fournis par la maison Options- ou encore les éléments décoratifs avaient été financés avec l’argent destiné au pèlerinage de Lourdes. Cela a demandé énormément de travail, car il fallait trouver des sponsors et des donateurs pour chaque poste, en particulier pour les éléments éphémères comme les fleurs. Je refusais d’organiser une soirée sans fleurs, mais je refusais également de les payer avec les fonds recueillis pour les malades. J’ai donc tenu bon jusqu’à ce que nous trouvions un mécène: Daniel Féau - Belles Demeures de France. Devant chaque bouquet, nous avions placé une petite carte calligraphiée indiquant que les fleurs avaient été généreusement offertes. Il s’agissait naturellement de remercier notre mécène, mais aussi de montrer aux invités que l’argent du pèlerinage n’avait pas été utilisé pour la décoration. J’explique souvent à mes amis qui organisent le mariage de leurs enfants que j’ai essayé de faire aussi beau qu’un mariage, mais sans dépense! Nous étions là pour servir «nos seigneurs les malades», pas pour engager des dépenses inutiles. Les fleurs ne sont qu’un exemple. Nous avons bénéficié de nombreux dons pour les nappes, la vaisselle, les animations et les différents éléments de la soirée. Le caviar et les vins, offerts par Rova Caviar et Fondugues- Pradugues ainsi que le champagne, fourni avec beaucoup de générosité par la maison Pommery , étaient de purs délices. C’est aussi ce que j’aime dans le bénévolat: toutes les belles rencontres qu’il permet. Les sponsors, les donateurs, le comité d’organisation et les jeunes bénévoles présents le jour du bal ont constitué une véritable chaîne de générosité. Grâce à eux, nous avons pu organiser une soirée très belle sans perdre de vue notre mission. Les coulisses de l’invisible «Les plus belles soirées sont souvent celles où l’on ne remarque jamais tout ce qui a été pensé en amont.» L. T. - Combien de temps de préparation a nécessité cette renaissance? Françoise Péricaud-Duval - Environ un an et demi. Nous avons commencé en octobre 2024. Il fallait d’abord trouver un lieu élégant, suffisamment grand et central. Je ne voulais surtout pas d’une succession de petites salles, car cela aurait nui à l’ambiance. Le choix du lieu était donc essentiel. Il a ensuite fallu constituer le comité d’organisation et le comité d’honneur, rechercher des sponsors et des donateurs, organiser la vente aux enchères et la tombola, penser l’art de la table, la musique et les animations. Nous avons également fait appel à une trentaine de jeunes bénévoles pour aider le jour du bal notamment à l’accueil des quatre cent vingt invités venus de toute l’Europe, des États-Unis et d’Amérique Latine et à l’organisation de la tombola. Des aquarellistes, une illustratrice, une sculptrice de mots, une silhouettiste et des photographes ont aussi animé la soirée. Tous ont offert leur talent. Nous nous réunissions d’abord chaque mois, puis chaque semaine à l’approche du bal. Dans les dernières semaines, les échanges avec les équipes de l’Interallié et d’Alejandra Poupel étaient quotidiens. Leur accompagnement dans la conception et la coordination de la soirée a été précieux. Le comte Jacques de La Guillonnière (Président Fondateur du groupe Novelty) et son épouse. Trente jeunes bénévoles vendaient 2000 œillets blancs sur lesquels étaient accrochés des numéros pour la tombola. J’avais également confié à deux membres du comité âgés de moins de trente-cinq ans la gestion de la liste des jeunes invités. De mon côté, je m’occupais des plus de trente-cinq ans. La constitution de la liste était très importante, car je voulais que tous les invités soient personnellement connus par un membre du comité d’organisation. Nous n’avons vendu aucune table d’entreprise. Le bal était entièrement privé. Cette règle a beaucoup contribué à l’atmosphère chaleureuse de la soirée. L. T. - Quel détail vous a demandé le plus d’attention, alors même qu’il est probablement resté invisible aux yeux des invités? Françoise Péricaud-Duval - L’aspect technique a probablement été le plus compliqué. Il a fallu créer et gérer les différents liens de paiement: pour les moins de trente-cinq ans, pour les plus de trente-cinq ans, pour les membres de l’Ordre et pour les personnes extérieures. Le bal devant rester privé, il fallait également éviter qu’une personne puisse transmettre librement un lien d’inscription à quelqu’un que nous ne connaissions pas. Nous avions aussi installé de grands écrans sur lesquels étaient diffusés un film consacré à Lourdes et les noms ou visuels de tous ceux qui avaient soutenu l’événement. Il fallait remercier nos mécènes et leur apporter une visibilité, tout en assurant parfaitement le fonctionnement technique. Ce sont des éléments que les invités ne remarquent pas nécessairement lorsque tout fonctionne, mais qui demandent énormément de préparation. L. T. - Quelques instants avant l’arrivée des premiers convives, lorsque tout est enfin en place, quelle est votre émotion? Françoise Péricaud-Duval - J’étais stressée. Je n’étais pas encore émue. Tant que tous les invités n’étaient pas arrivés et installés à table, je restais dans l’appréhension. Je voulais m’assurer qu’il n’y aurait pas d’annulation de dernière minute, de difficulté en cuisine ou de problème qui puisse m’échapper. C’est certainement mon côté perfectionniste. Mais nous avions installé un décor photographique magnifique, entièrement fleuri. Lorsque les invités arrivaient, ils étaient photographiés dans ce cadre. Je les accueillais avec Olivier de La Chapelle, président de l’Association française des membres de l’Ordre Souverain Militaire et Hospitalier de Saint- Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte, et beaucoup d’amis me demandaient de poser avec eux. Ces moments m’ont progressivement fait oublier mon stress. Le temps de la transmission «Une soirée s’achève. Mais ce qu’elle transmet peut traverser les années.» L. T. - Le fait de voir plusieurs générations réunies autour de cette soirée avait-il une résonance particulière pour vous? Françoise Péricaud-Duval - Oui, c’était clairement l’un des principaux objectifs de la soirée. Je pense que cette diversité générationnelle a beaucoup contribué à son succès. Les parents étaient heureux de venir avec leurs enfants et de les voir s’amuser. Les jeunes étaient également heureux de partager ce moment avec leurs parents. Nous avions aménagé deux salons, mais les invités circulaient constamment de l’un à l’autre. Il y avait le salon des jeunes et celui des «jeunes depuis plus longtemps», mais les générations se sont véritablement mélangées. L’un des buts du bal était précisément de transmettre aux plus jeunes cette joie du don de soi. Nous étions environ quatre cent vingt invités, dont près de cent quatre-vingt-dix avaient moins de trente-cinq ans. Je voulais que des jeunes qui connaissaient peu, ou pas du tout, l’Ordre de Malte puissent le découvrir et, peut-être, avoir ensuite envie de s’engager. Je suis persuadée que c’est dans le don que l’on trouve le bonheur. Après le bal, plusieurs nouveaux participants ont rejoint le pèlerinage de Lourdes. C’est une petite victoire très importante à mes yeux: de nouveaux hospitaliers ont décidé de servir à Lourdes après avoir découvert le bal de l’Ordre Souverain Militaire et Hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte lors de cette soirée. L. T. - Espérez-vous que ce bal devienne un rendez-vous appelé à s’inscrire durablement dans la vie de l’Ordre de Malte Paris et auprès des jeunes générations? Françoise Péricaud-Duval - Oui, tout à fait. Une nouvelle édition du bal aura lieu en 2027, au même endroit. La date n’est pas encore arrêtée, mais nous souhaitons inscrire ce rendez-vous dans la durée. Cette soirée était placée sous le signe du pèlerinage international de Lourdes. Je pensais beaucoup à cette expression: servir nos seigneurs, les pauvres et les malades. Être au service des plus faibles est quelque chose qui me tient profondément à cœur. Une aventure profondément personnelle «Certaines missions transforment autant ceux qui les portent que ceux auxquels elles sont destinées.» L. T. - Qu’est-ce que cette aventure vous a appris sur vous-même? Françoise Péricaud-Duval - C’est une question difficile, car je ne pense pas beaucoup à moi. Je crois avoir découvert que ma force résidait dans ma capacité à créer des liens entre les bénévoles, les membres du comité d’organisation, les donateurs, les sponsors et toutes les personnes qui ont rejoint l’aventure. C’est à la fois ce que j’aime et, probablement, ce que je sais faire. Lorsque l’on partage une même passion du don de soi, du service des autres et de la création de quelque chose de beau, on fait des rencontres extraordinaires. J’ai compris que je pouvais réunir de belles personnes et les entraîner dans une aventure commune. Toute la gratitude reçue après la soirée m’a également nourrie. Je crois que c’est cela, mon moteur dans la vie. L. T. - Vous semblez accorder une grande importance à l’attention portée aux autres. Est-ce cette disposition qui guide votre manière d’organiser un événement de cette ampleur? Françoise Péricaud-Duval - Oui. C’est vraiment l’amour des autres qui me guide. Quel que soit celui ou celle qui se trouve en face de nous, c’est l’amour de l’autre qui permet de créer un événement comme celui-ci. L. T. - Si vous ne deviez garder qu’une seule image de cette soirée, laquelle choisiriez-vous? Françoise Péricaud-Duval - Je garderais l’image des invités entrant dans le salon pour le dîner. Ils arrivaient après le cocktail et découvraient les tables, les verres, les nappes, les fleurs, les chandeliers et le carnet de bal, qui avait demandé un travail considérable. Sur chaque table se trouvait un twilly en soie spécialement créé pour l’événement et offert aux invités. Nous avions choisi ce format plutôt qu’un foulard afin que les hommes puissent également le porter, notamment dans la poche de leur veste . Valérie LeSport , fondatrice de V.L Carré de Soie, a généreusement réalisé ces twillys en soie, tandis que Florine Asch en a conçu le dessin original. L’illustratrice avait également créé, bénévolement, le carton d’invitation, les menus et le carnet de bal. Cette collaboration a donné à l’ensemble une identité visuelle délicate et cohérente. Beaucoup d’invités ont immédiatement noué le twilly autour de leur poignet ou de leur sac. Lorsque les invités sont entrés dans la salle, ils ont découvert les carnets de bal, les twillys, les fleurs et les nappes bleu ciel assorties aux tons pastel de la décoration. Des violonistes, vêtues de magnifiques costumes de tulle rose, jouaient sur de petites estrades réparties dans le salon. Il y avait quelque chose de féerique et de magique. Je n’oublierai jamais leur émerveillement. L. T. - Lorsque les lumières s’éteignent et que les derniers invités quittent les lieux, que reste-t-il de cette aventure pour Françoise Péricaud-Duval? Françoise Péricaud-Duval - Il reste le sentiment du devoir accompli, un grand bonheur et une grande sérénité. Il est agréable de se dire que l’on a donné cent pour cent de soi-même, sans compter ses heures, et que ce travail a porté ses fruits: nous avons levé beaucoup d’argent pour le pèlerinage de Lourdes et réuni des générations qui ont dansé ensemble jusqu’à trois heures du matin. La soirée avait été belle, chaleureuse et joyeuse. Il ne restait qu’une pensée très simple: «Merci, mon Dieu.» Le mot que je ressentais à la fin du bal était «gratifiant». Donner de sa personne bénévolement procure une gratification qui n’est pas financière: elle vient du cœur. Mon grand-père me disait toujours: «Le bonheur réside en nous.» Je crois profondément que nous pouvons décider d’être heureux, en choisissant d’aimer les autres, la vie et Dieu. - Françoise Péricaud-Duval est également la fondatrice de N85 Paris, une agence d’événementiel et d’art de recevoir à la française. Elle est joignable par courriel au n85paris@gmail.com - Crédits photographiques: @jesus_dupaux, @Olga.gasnier et @studio_vanssay.

L’Irak incapable de retrouver son équilibre
Par
Khairallah Khairallah
Publié

Les attaques lancées depuis le territoire irakien contre l’Arabie saoudite, le Koweït et le Royaume hachémite de Jordanie donnent la mesure de la fragilité d’un pays toujours incapable de retrouver son équilibre. La riposte saoudienne, qui a visé des positions du Hachd al-Chaabi , cette structure qui sert de couverture aux milices confessionnelles irakiennes inféodées au Corps des gardiens de la révolution islamique, confirme que la guerre régionale est entrée dans une nouvelle phase. Riyad a ainsi voulu signifier qu’il n’était plus disposé à se laisser soumettre indéfiniment au chantage iranien. La «République islamique» joue désormais toutes les cartes dont elle dispose afin d’intensifier le bras de fer qui l’oppose aux États-Unis. Elle est incapable d’admettre qu’elle n’est pas une superpuissance et qu’elle doit parvenir à une formule d’entente avec l’administration de Donald Trump qui lui permette de devenir un État normal, plutôt qu’une puissance hégémonique imposant sa volonté à ses voisins en utilisant l’Irak, le Yémen et le Liban comme instruments de sa politique. Téhéran peine à reconnaître que cette escalade ne lui apportera aucun bénéfice. Plus encore, elle révèle la réalité de la situation irakienne: l’Irak demeure incapable de s’affranchir de la tutelle iranienne et le gouvernement d’Ali al-Zaidi n’est, au fond, que le prolongement de celui de Mohammed Chia al-Soudani. Cela en dépit des efforts affichés par le Premier ministre, notamment lorsqu’il fixe un calendrier destiné à mettre fin à l’existence d’armes échappant au contrôle de l’État. Ali al-Zaidi s’est récemment rendu à Washington. Donald Trump l’a couvert d’éloges lors de leur rencontre dans le Bureau ovale. Quelques jours auront pourtant suffi pour démontrer que le pari du locataire de la Maison-Blanche sur le Premier ministre irakien était mal engagé et que celui-ci n’était pas en mesure de débarrasser son pays de l’influence directe de l’Iran. En définitive, il est vrai qu’Ali al-Zaidi a lancé une campagne presque réussie contre la corruption en Irak. Il est tout aussi vrai, cependant, que cette campagne ne s’est jamais attaquée aux véritables têtes du système, celles qui protègent un régime corrompu né en 2003, lorsque l’administration de George W. Bush remit l’Irak à l’Iran sur un plateau d’argent. Le lien entre la corruption en Irak et le rôle qu’y joue l’Iran apparaît avec une particulière évidence. Cette corruption ne sert pas seulement à financer les milices confessionnelles irakiennes liées au Corps des gardiens de la révolution islamique. Elle alimente également les caisses de la « République islamique » et de l’ensemble de ses relais dans la région. Il ne suffit pas que Donald Trump affirme que «nous donnerons une sévère leçon à l’Iran et envisageons de frapper ses relais». De telles déclarations restent de belles paroles tant qu’elles ne s’accompagnent pas d’une position claire sur la place de l’Irak. Une telle position, que Washington devrait assumer, consiste à reconnaître sans détour que le pays demeure sous tutelle iranienne et qu’il représente, dans le même temps, une menace pour ses voisins. Le Corps des gardiens de la révolution dispose de bases à la frontière irako-jordanienne, ainsi qu’à proximité de la Syrie. De surcroît, la plupart des drones lancés par l’Iran en direction du Koweït sont partis du territoire irakien. Le plus préoccupant est que les attaques iraniennes contre l’Arabie saoudite, menées depuis l’Irak, n’ont pas seulement mis en lumière les insuffisances du gouvernement d’Ali al-Zaidi. Elles ont aussi démontré que la «République islamique» ne respecte pas les accords qu’elle signe avec les autres États. Cela vaut notamment pour l’accord conclu avec l’Arabie saoudite à Pékin en 2023. Non contente de le violer par l’intermédiaire des Houthis au Yémen, l’Iran s’est également employé à rappeler que l’Irak demeurait dans son giron. Plus encore, la «République islamique» semble prête à utiliser l’Irak comme base dans la guerre qu’elle mène contre les États du Conseil de coopération du Golfe et la Jordanie. Les propos de Donald Trump affirmant que les frappes contre le Hachd al-Chaabi en Irak, menées conjointement par l’Arabie saoudite et le Commandement central américain (CENTCOM), «ont été coordonnées avec le gouvernement irakien» ne changent rien au fond du problème. Ils reviennent à détourner le regard d’une réalité dont il est impossible de faire abstraction. Cette réalité se résume à une question d’une grande simplicité: quelle est aujourd’hui la place de l’Irak dans l’équation régionale? Le pays peut-il être autre chose qu’un astre gravitant dans l’orbite iranienne? Le plus regrettable est que la recherche d’un équilibre par Ali al-Zaidi entre, d’un côté, les relations de son gouvernement avec l’Iran et, de l’autre, celles qu’il entretient avec ses voisins arabes, n’a débouché sur aucun résultat tangible. Le Premier ministre irakien s’est finalement vu contraint d’annoncer le report de sa visite à Riyad, du moins pour le moment. Un report logique, dans l’attente de savoir quelle place l’Irak entend occuper dans l’équation régionale et s’il lui sera réellement possible de s’extraire de la tutelle iranienne. Le Hachd al-Chaabi , qui fédère plusieurs milices, est le symbole même de cette emprise iranienne qui perdure depuis 2003. Les salaires de ses combattants sont financés par le budget de l’État irakien. Les déclarations de Donald Trump sur une prétendue « coordination » avec le gouvernement d’Ali al-Zaidi n’y changent rien. Elles éludent la véritable question, celle de son pari sur l’Irak, un pari voué à l’échec tant que les armes des milices continueront de dicter, en dernier ressort, les décisions du pays. Tout le reste n’est que détail, et ces détails sont dénués de toute portée.

L’Iran fait feu de tout bois et active les milices irakiennes

Le Hezbollah au Liban, les Houthis au Yémen, le Hamas à Gaza… L’Iran a décidé mardi de mobiliser son quatrième proxy majeur dans la région afin d’accentuer la pression sur les États-Unis et leurs alliés : l’Irak, où la République islamique continue d’entretenir une nébuleuse de groupes armés encadrés par les Gardiens de la révolution. Washington a en effet annoncé mercredi des frappes en Irak contre des groupes armés pro-iraniens, menées conjointement avec l'Arabie saoudite, elle-même visée plus tôt par des missiles tirés depuis le territoire irakien. Ces attaques, menées dans plusieurs villes d'Irak, ont fait 20 morts — dont cinq Iraniens — et 32 blessés dans les rangs du Hachd al-Chaabi, a indiqué ce réseau de factions à majorité chiite, intégré aux forces armées irakiennes et regroupant plusieurs groupes armés pro-iraniens. Si Donald Trump a affirmé, selon le journaliste de Fox News, que les frappes étaient «coordonnées avec le gouvernement irakien», la présidence irakienne a dénoncé une «violation flagrante de la souveraineté de l'Irak». Le Conseil ministériel irakien pour la sécurité nationale a ensuite indiqué avoir adopté «un plan de sécurité global (...) pour faire face à toute violation de la souveraineté de l’Irak et empêcher toute entité d’utiliser le territoire irakien pour menacer les États voisins». Les groupes pro-iraniens en Irak ont démenti être à l'origine des tirs ayant visé des installations pétrolières dans l'est de l'Arabie saoudite. Il reste que le Commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom) a indiqué mercredi que «des avions de combat américains et saoudiens ont frappé plusieurs sites logistiques et d'armement terroristes dans l'est de l'Irak». Téhéran a condamné les frappes menées dans le pays voisin. Sa télévision d'État a fait état, dans l'après-midi de mercredi, de bombardements américains sur une ville située à la frontière avec l'Irak. Par ailleurs, l'armée américaine a annoncé avoir intercepté des missiles visant ses forces «basées au Moyen-Orient» et tirés depuis l'Iran. La télévision iranienne a ensuite fait état de frappes américaines dans le nord-ouest de l’Iran. La Jordanie, alliée de Washington et déjà ciblée par Téhéran, a indiqué pour sa part, tôt mercredi, avoir abattu cinq missiles en provenance d'Iran. Les Gardiens de la révolution ont revendiqué à ce sujet une attaque de missiles contre «une base aérienne et le centre de commandement central des Etats-Unis». Face à ces agressions iraniennes répétitives, le président américain Donald Trump a déclaré, selon des propos rapportés par un journaliste de la chaîne Fox News, que les États-Unis allaient frapper «fort» l'Iran après les tirs iraniens contre des bases américaines en Jordanie, relançant, après quelques jours d'accalmie, le conflit qui embrase le Moyen-Orient. Attaques houthies en mer Rouge Au Yémen, le gouvernement reconnu par l'Onu a accusé mercredi les Houthis de vouloir imposer des droits de passage aux navires transitant par la mer Rouge et le détroit de Bab el-Mandeb, un goulet d'étranglement stratégique situé à son extrémité sud. Les rebelles ont affirmé mardi avoir visé, à l'aide de missiles, un pétrolier saoudien en mer Rouge, l'accusant d'avoir «violé le blocus naval» qu'ils menacent d'imposer au royaume, premier exportateur mondial de brut. L'Arabie saoudite compte sur la mer Rouge pour poursuivre ses exportations, alors que l'Iran verrouille de nouveau le stratégique détroit d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule Arabique. Les Gardiens de la révolution ont d'ailleurs annoncé mercredi avoir intercepté et immobilisé trois pétroliers qui tentaient de franchir ce détroit, par lequel transitaient, avant la guerre, près de 20 % du pétrole mondial et du gaz naturel liquéfié. Ces nouvelles frappes sont intervenues au lendemain de la visite à Washington du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui a rencontré Donald Trump pour la première fois depuis le début de la guerre régionale, déclenchée par les attaques de leurs deux pays contre l'Iran le 28 février. Les origines du Hachd al-Chaabi Pour en revenir au rassemblement dit el-Hachd al-Chaabi, également connu sous le nom de Forces de mobilisation populaire, il a été créé en 2014 à la suite d'une fatwa du grand ayatollah Ali al-Sistani, la plus haute autorité religieuse chiite d'Irak, appelant à combattre le groupe jihadiste État islamique (EI), qui avait alors conquis de vastes territoires du pays. Des groupes armés pro-iraniens se sont alors rassemblés et des milliers de volontaires ont rejoint les combats. Les combattants du Hachd al-Chaabi ont été largement entraînés par l'Iran et encadrés par des groupes soutenus par Téhéran, qui avaient déjà combattu les forces américaines après l'invasion de l'Irak en 2003 et la chute de Saddam Hussein. Leurs activités étaient supervisées par le général Qassem Soleimani, chef de la Force al-Qods — la branche chargée des opérations extérieures des Gardiens de la révolution — tué dans une frappe américaine à Bagdad en 2020. En 2016, une loi a intégré le Hachd al-Chaabi aux forces armées et de sécurité irakiennes. Un an plus tard, il a contribué, aux côtés de celles-ci et avec l'appui de la coalition internationale dirigée par Washington, à la défaite de l'État islamique. Depuis l'invasion de 2003, les États-Unis ont conservé une influence majeure en Irak. Mais leur intervention a également favorisé l'expansion de l'influence iranienne, avec l'accession de leurs alliés chiites aux plus hautes sphères du pouvoir à Bagdad. Depuis lors, l'Irak est devenu l'un des principaux théâtres des affrontements par procuration entre Washington et Téhéran. Aujourd'hui, le Hachd al-Chaabi regroupe des dizaines de groupes armés, dont plusieurs brigades de puissantes factions pro-iraniennes classées organisations terroristes par les États-Unis. Certaines de ces factions sont accusées de percevoir des salaires de l'État tout en agissant de manière totalement autonome. Au fil des années, leur influence s'est accrue. Plusieurs groupes ont obtenu des sièges au Parlement, tandis que plusieurs de leurs dirigeants, dont le commandant du Hachd al-Chaabi, ont été visés par des sanctions américaines. Divers groupes armés pro-iraniens appartiennent également à la nébuleuse de la Résistance islamique en Irak, qui a revendiqué des centaines d'attaques contre des installations américaines dans la région depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. Ils se réclament de l'« axe de la résistance « dirigé par Téhéran, qui regroupe également le Hezbollah libanais, le Hamas à Gaza et les Houthis au Yémen. Parmi les plus actifs figurent les Kataeb Hezbollah, qui ciblent depuis longtemps les intérêts américains en Irak et dont plusieurs commandants ont été tués lors de frappes américaines. D'autres groupes, comme les Kataeb Sayyid al-Shuhada et le mouvement Al-Nujaba, sont présents sur certaines bases du Hachd al-Chaabi tout en disposant de leurs propres installations, principalement destinées à la fabrication de drones. Ils disposent également de roquettes et seraient en possession de missiles balistiques à courte portée.