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Analyse

Sommes-nous devenus plus stupides?

Ou vivons-nous une transformation de la structure du savoir?
Portrait de l'auteur
Par Mona Fayad
Publié sept. 5, 2026 - 20:01
La question «Le monde est-il devenu plus stupide?» revient régulièrement dans les débats contemporains sur les médias numériques, les moteurs de recherche et les réseaux sociaux. Elle paraît simple en apparence, mais dissimule une problématique plus profonde, liée à la nature même du savoir: comment est-il produit, comment est-il transmis et comment est-il consommé? Peut-être que la question «Sommes-nous devenus plus stupides?» n’est pas la plus juste. Il faudrait plutôt demander: le savoir se transmet-il encore d’une manière qui permette de le comprendre et de le rendre productif? La majorité de ceux qui lisent reviennent-ils encore aux textes originaux? Ou se tournent-ils vers leurs résumés et vers ce qui en est rapporté à travers ce qui circule entre les lecteurs? L’une des clés permettant de comprendre ce phénomène se trouve dans les travaux du psychologue britannique Frederic Bartlett, qui mena dans les années 1930 une série d’expériences sur ce qu’il appelait la «reproduction sérielle». Dans ces expériences, on demandait à une personne d’écouter une histoire puis de la raconter à une autre, qui la racontait à son tour à une troisième, et ainsi de suite. Les résultats furent frappants: à chaque nouvelle transmission, l’histoire n’était pas reproduite telle quelle, mais reformulée. Certains détails disparaissaient, d’autres étaient amplifiés, d’autres encore remplacés par des éléments correspondant au contexte, à l’expérience et à la culture du destinataire. Lorsque la chaîne atteignait un nombre suffisant de relais, l’histoire originale était devenue quelque chose de tout à fait différent. Ce modèle simple met au jour une vérité fondamentale: la mémoire n’est pas un réceptacle neutre, mais un mécanisme de reconstruction. Et lorsque le savoir passe par de multiples intermédiaires, il n’est pas «conservé», mais «reproduit». C’est ici que commencent à apparaître les ressemblances avec notre monde contemporain, ainsi que la crainte de devenir plus stupides. À l’ère des médias numériques, le savoir ne se transmet plus par l’écoute orale, mais à travers des chaînes de médiation: un article est résumé, puis cité, puis republié sous la forme d’un bref post, avant d’être encore réduit à une phrase ou à un titre. Dans ce contexte, on peut reprendre une image métaphorique apparue dans un texte de presse: celle d’une bibliothèque dont les livres seraient remplacés par des résumés, puis par des résumés de résumés, jusqu’à ce que le lecteur se retrouve face à des couches successives de réduction, dans ce que l’on pourrait appeler la «chaîne du raton laveur», qui ne lit pas l’original mais fouille dans ses restes. Il faut préciser ici que le choix du «raton laveur» n’est pas fortuit. Cette métaphore condense symboliquement une situation cognitive qui tend à s’enraciner. Cet animal, qui vit à la périphérie des villes et fouille dans les poubelles, ne produit pas sa nourriture: il se nourrit des restes de ce que les autres produisent. Malgré son intelligence pratique et son aptitude à démonter, saisir et récupérer les choses, il ne comprend pas véritablement ce qu’il a entre les mains, mais les traite comme des matériaux destinés à un usage immédiat. Ainsi se présente le savoir à l’époque de la réduction en série: des textes sont abrégés, puis abrégés de nouveau, jusqu’à ce qu’il n’en subsiste que des miettes de sens, réorganisées et remises en circulation sans véritable lien avec leur source. À ce stade, nous ne nous sommes pas seulement éloignés de l’original: nous sommes entrés dans une nouvelle phase de production de l’information ou du savoir, où l’acteur cognitif n’est plus un lecteur ou un penseur, mais un ramasseur de fragments de sens qu’il redistribue sous des formes rapidement consommables. La «culture du raton laveur» ne désigne donc pas seulement la superficialité. Elle décrit avec précision la dégradation de la chaîne même du savoir, de la création au résumé, de la compréhension au traitement formel, des idées à ce qui n’est plus que leur trace pâlie. Mais ce phénomène ne peut être compris indépendamment de la structure technique qui le gouverne. C’est ici qu’intervient Marshall McLuhan, qui résumait sa pensée dans la célèbre formule: «Le médium est le message.» Le problème ne réside donc pas seulement dans le contenu, mais dans la forme à travers laquelle ce contenu est transmis. Les médias numériques contemporains ne se contentent pas de transporter l’information: ils la remodèlent selon une logique de vitesse, de condensation et de fragmentation. Le texte long devient impropre à la consommation, tandis que l’idée n’est admise qu’à condition d’être réduite à quelques lignes susceptibles d’être partagées. Cette transformation crée un paradoxe saisissant: nous vivons à une époque où l’accès au savoir n’est plus difficile, mais excessivement facile. Or cette facilité excessive fait apparaître ce que l’on pourrait appeler une «illusion cognitive»: il suffit de lire un court extrait ou un résumé rapide pour avoir le sentiment de posséder l’idée. Mais ce sentiment de maîtrise ne s’accompagne pas nécessairement d’une compréhension profonde ni de la capacité à reconstruire ou à critiquer le savoir. C’est ici qu’apparaissent ceux que l’on pourrait qualifier de «semi-instruits»: des individus qui possèdent les signes du savoir mais non sa structure, son vocabulaire mais non sa logique interne. Le problème se complique encore lorsqu’on l’examine sous l’angle de l’attention. Au lieu de demeurer dans un état de concentration prolongée, comme dans la lecture traditionnelle ou la réflexion soutenue, l’esprit vit désormais sous un bombardement informationnel continu: notifications, vidéos, titres et vagues successives de contenu. Cette situation ne produit pas seulement une dispersion de l’attention, mais la reconfigure selon une logique de saut permanent entre de brèves unités de sens, au lieu d’une construction progressive et cumulative de l’idée. Je me souviens ici d’une anecdote que nous nous racontions autrefois et qui circulait beaucoup au temps des manifestations populaires. Elle illustre bien le mécanisme de réduction et de transformation du contenu. Après l’occupation de la Palestine, de nombreuses manifestations populaires descendirent dans les rues en scandant: «À bas la déclaration Balfour!» La plaisanterie voulait qu’à la fin de la manifestation, le slogan soit devenu: «Qu’un type tombe d’en haut!», les deux formules ayant en arabe une proximité rythmique et sonore. Cette image permet peut-être de mieux saisir ce qui se passe dans le langage quotidien lorsque le savoir devient une série de messages courts répétés collectivement. La manifestation commence par une formule politique précise. Puis, sous l’effet de la répétition, de la fusion collective et du rythme sonore, elle se transforme progressivement en une autre formule, complètement différente. Celle-ci peut conserver le rythme et l’intensité affective de la première, mais elle en perd la signification et le sens originels. Ce qui subsiste n’est plus le sens, mais l’énergie émotionnelle de la formule. On retrouve ici, sous une autre forme, ce qu’avait observé Bartlett: ce qui importe n’est pas seulement ce qui a été dit, mais la manière dont cela a été répété et réinterprété dans un contexte social changeant. Si nous réunissons ces différents fils, nous pouvons dire que ce que nous vivons aujourd’hui relève moins d’un «effondrement de l’intelligence» que d’une transformation des conditions dans lesquelles elle se déploie. L’esprit humain n’a pas radicalement changé, mais l’environnement dans lequel il fonctionne, lui, s’est profondément transformé: nous sommes passés d’un environnement permettant l’accumulation lente à un environnement imposant une reproduction rapide et fragmentée du savoir. Ce changement crée une tension permanente entre deux formes de pensée: une pensée réflexive, qui a besoin de temps, et une pensée rapide, qui exige une réponse immédiate. À cette lumière, la question «Sommes-nous devenus plus stupides?» devient en partie trompeuse. Il serait sans doute plus juste de dire que nous sommes davantage exposés à des conditions qui rendent la pensée profonde moins stable, voire moins possible, et qui rendent le savoir plus vulnérable à la fragmentation et au recyclage. Quant à la stupidité, si le terme est permis, elle n’est peut-être pas une propriété de l’esprit, mais un effet secondaire et une caractéristique de la structure culturelle qui s’est mise en place. C’est une technique qui reconfigure notre rapport au monde. Ainsi, plutôt que d’y voir un déclin des capacités humaines, nous pouvons y voir une transformation de «l’environnement du savoir»: un environnement où il est devenu facile de savoir quelque chose, mais plus difficile de le comprendre véritablement, dans toute sa profondeur.
Opinion
Portrait de l'auteur
Par Youssef Mouawad - Publié sept. 5, 2026 - 13:25
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En 2010, Israël a intercepté avec violence le Mavi Marmara, un navire turc affrété par une ONG humanitaire pour venir en aide à la bande de Gaza, alors sous blocus israélien. Cet incident de trop fera éclater au grand jour l’animosité entre le gouvernement d’Erdogan et l’État hébreu. (AFP)
La guerre ne s’est pas encore interrompue dans notre sud qu’elle risque de se déclencher chez nos voisins. C’est dire que nous vivons en sursis et d’un conflit à l’autre. Et pour cause! Peu s’en fallut que le bombardement d’une base syrienne ne dégénérât en bataille rangée entre Ankara et Tel-Aviv. C’était le 18 août dernier et Benjamin Netanyahou n’y était pas allé de main morte: son pays n’allait pas tolérer un ancrage militaire turc susceptible de déborder vers le sud syrien. Le message était d’autant plus brutal que huit frappes avaient pris pour cible la base aérienne d’Abou al-Dhouhour, située à 70 kilomètres de la frontière turque. Rappelons, par ailleurs, que depuis la chute de Bachar el-Assad en décembre 2024, Erdogan est le principal mentor de la nouvelle Syrie, celle d’Ahmed al-Charaa, l’aidant à reconstruire ses forces armées et faisant d’elle un partenaire stratégique. Ce n’est plus la Syrie de Hafez el-Assad Est-ce ce regain de tension entre Ankara et Tel-Aviv qui a précipité une réunion entre le chef de la diplomatie syrienne, Assaad Chaïbani, et le chef du Mossad, Roman Gofman, le 23 août dernier en Jordanie? Or ce conciliabule n’a pas suscité une levée de boucliers dans le monde arabe comme l’avait fait la visite impromptue d’Anouar al-Sadate en Israël en 1977. Un tabou a été officiellement brisé et, de fait, qui aurait pu croire à la tenue d’une telle concertation sous le régime baasiste? L’État hébreu aurait dû s’en féliciter mais, contrairement à ce que l’on attendait, il n’a interrompu ni ses frappes aériennes ni ses incursions territoriales comme celles du 27 août à Quneitra. C’est que les choses ont changé. Sous Hafez el-Assad, la Syrie était une puissance régionale qui, sans être redoutable, était redoutée de ses voisins immédiats, pays arabes fussent-ils ou non. On évitait de lui chercher querelle et de ce fait elle mena, dans certaines limites, une politique étrangère agressive qui versait souvent dans la provocation. Et du coup, en vertu de l’autonomie de son action et des marges de manœuvre qu’elle s’octroyait, elle avait constitué, ne serait-ce que géographiquement, une zone tampon entre d’une part une Turquie «erdoganesque» affichant son islam décomplexé et d’autre part, un Israël, l’État consubstantiellement juif. Or voilà que, dans un pays éreinté par une gestion bassiste et saccagé par des années de guerre civile, la Turquie, s’étant mise à poser ses jalons, va indubitablement se retrouver nez à nez avec un Israël qui occupe une portion du territoire syrien. À quoi s’attendre ? Ayant pris en considération l’ego démesuré de Netanyahu comme celui d’Erdogan, et pour le cas où ces deux hommes d’État demeureraient à leurs postes respectifs, nous devons nous attendre à un duel épique sur le territoire syrien, libanais, jordanien, voire ailleurs. Ce combat sera fait de feintes, d’esquives, de coup fourrés mais également d’attaques frontales, de corps à corps et d’escalades de tension jusqu’au point de rupture. Et cela même si le rapport du Congressional Research Service de septembre 2025 estime que la confrontation directe entre la Turquie et Israël demeure peu probable, précisément parce que les deux États connaissent le coût d’une guerre, si celle-ci en venait à se déclarer. Toutefois, dans le domaine de la polémologie, les dirigeants et autres élites ne sont pas nécessairement des acteurs rationnels! D’autant plus, qu’aux yeux des observateurs israéliens, le slogan qui prévaut en Anatolie à savoir «Make Turkey great again» n’est pas de nature à rassurer l’État sioniste. Washington aura de plus en plus de mal à contenir ou à séparer les deux adversaires qui déjà se rangent en ordre de bataille. La Turquie, un nouvel Iran? Oui, c’est une hypothèse, mais uniquement dans un face à face avec Israël, la Syrie étant devenue du jour au lendemain une zone où «se chevauchent deux périmètres de sécurité», le Turc et l’Israélien, le musulman et le juif. Et il n’est pas à exclure que le militantisme chiite, ce mobilisateur de «proxies», n’en vienne à s’allier, ne serait-ce que momentanément, à une «version frériste» de l’islam politique prônée par Ankara! Nous aurions ainsi, et contre toute attente, un Hezbollah soutenu par son ennemi d’hier, Ahmed al-Charaa, un islamiste venu de Jabhat al-Nusra et Hayat Tahrir al-Cham! Contre l’adversaire commun, un renversement des alliances est toujours légitime et opportun. Mais ce ne serait là qu’une alliance tactique, dictée par les nécessités de l’heure et qui ne pourrait préjuger de l’avenir. Le nationalisme arabe ayant été évacué, la Turquie ne va pas se contenter de s’emparer économiquement du marché syrien fort de 25 millions de consommateurs: elle voudra exercer une influence politique à Damas et investir à cet effet son appareil militaire et sécuritaire. Le pouvoir bancal du président syrien, ne pouvant assurer certaines fonctions régaliennes ni encadrer les divers corps de l’État, fera nécessairement appel à l’expertise de son voisin du nord. Faut-il croire pour autant que ce dernier va être happé par la spirale de la «belligérance annoncée»? Tout s’y prête et l’on peut déjà percevoir les prémices d’un engrenage rappelant celui des États-Unis au Vietnam sous Lyndon Johnson. Car si l’État syrien compte se reconstituer, il aura en premier lieu besoin d’une armée en mesure de mater les tendances centrifuges des Alaouites, des Druzes et autres factions qui appellent au fractionnement du pays. Or c’est à Ankara d’y pourvoir et de renforcer l’autorité centrale sise à Damas. Mais Israël, qui a pris de mauvaises habitudes en Syrie et qui compte y conserver une liberté d’action aérienne, ne peut s’accommoder d’une armée structurée sur le modèle otanien et pouvant servir de proxy à une entreprise néo-ottomane. Et le Liban, de la primauté à la secondarité? Un nouveau décor est désormais planté pour un nouveau script qui définira de nouvelles règles du jeu ! Qu’adviendra-t-il du Hezbollah pris dans une souricière? Eh bien, il pourrait bénéficier, dans ce cas de figure, ne serait-ce qu’en partie, du soutien logistique de Damas, soutien qui lui a gravement manqué depuis la chute de Bachar el-Assad. Et peut-être que, par un déplacement des plaques tectoniques, le Liban passerait du statut de théâtre initial à celui de théâtre secondaire d’un conflit régional. Mais pour tout vous dire, ça nous fera une belle jambe!
L'Essentiel du jour
Portrait de l'auteur
Par LevantTime . - Publié sept. 5, 2026 - 00:55
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Le convoi du CICR transportant les civils libérés, parti de la zone occupée par Israël dans le sud du Liban, s'est rendu au point qui marque le début de la zone tenue par les autorités libanaises. (AFP)
Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a annoncé vendredi avoir transféré au Liban quatre nouvelles personnes relâchées par Israël, au lendemain de la libération d’un premier civil. Il s’agit de trois Libanais et de deux Syriens, selon le CICR. C’est la première fois qu’une telle opération a lieu depuis le début, en avril, des négociations entre le Liban et Israël, sous l’égide des États-Unis. Beyrouth avait demandé, lors de la dernière session de pourparlers en août, la libération d’un premier groupe de ses ressortissants capturés par Israël dans le sud du Liban, où celui-ci est en guerre avec le Hezbollah pro-iranien. Leur nombre est estimé par leurs proches à une trentaine, parmi lesquels figurent des combattants du mouvement islamiste. Le président libanais Joseph Aoun a remercié, dans un communiqué, les États-Unis et le CICR, et affirmé que cette libération «confirmait la pertinence de la position» du Liban, engagé avec Israël dans des négociations rejetées par le Hezbollah. Les États-Unis ont salué jeudi «le gouvernement d’Israël et le gouvernement du Liban pour avoir fait preuve de bonne foi à travers ces premières étapes», exprimant l’espoir que cela serve «de base à des discussions élargies sur d’autres questions civiles». Les deux pays doivent tenir une nouvelle session de négociations en septembre, à une date encore inconnue. Selon le bureau du Premier ministre israélien, l’annonce de jeudi «fait suite aux efforts déployés par Israël et le Liban pour localiser et rapatrier les dépouilles des dirigeants de la communauté juive qui avaient été enlevés et tués au Liban» entre 1984 et 1986. Intensification des frappes israéliennes Sur le terrain, des frappes israéliennes ont fait vendredi trois morts et 23 blessés dans le sud et l’est du Liban. Israël a intensifié vendredi ses frappes dans la région, après avoir annoncé jeudi soir avoir pris le contrôle de la crête montagneuse d’Ali Taher, qui servait de position stratégique au Hezbollah pro-iranien et qui surplombe notamment Nabatiyé. L’armée va désormais y renforcer ses positions afin d’«empêcher l’ennemi de reprendre position dans la zone», a déclaré le ministre israélien de la Défense, Israël Katz. Une frappe a également visé la région de Tyr, notamment le village de Rmadiyé, selon l’ANI. Pour Trump, la guerre en Iran, c’est de la «gnognotte» Concernant la guerre en Iran, le président américain Donald Trump a cherché vendredi à en minimiser l’impact pour les États-Unis, à l’approche des élections législatives cruciales de mi-mandat. «Beaucoup de gens n’appellent pas ça une guerre. Je dis que c’est un conflit militaire, parce que c’est de la gnognotte (en anglais ‘small potatoes’) pour nous. Ce n’est pas un gros truc. On a fait le Venezuela et on a fait ça», a-t-il répondu aux journalistes dans le Bureau ovale, interrogé à propos de son vice-président JD Vance, qui avait déclaré la veille ne pas vouloir qualifier le conflit de guerre. Alors que la flambée des prix du carburant liée à la guerre menace de coûter aux républicains de Donald Trump leur majorité au Congrès lors des élections de mi-mandat en novembre, son administration s’efforce de minimiser l’ampleur du conflit. Selon le président, les États-Unis mènent des «frappes ponctuelles», assurant «ne pas être actuellement en train de se battre». Il a également affirmé que les États-Unis contrôlaient le détroit d’Ormuz et avaient décimé les forces armées iraniennes. «Ce que nous avons accompli est remarquable. Nous avons pris le contrôle du Venezuela et nous avons, pour l’essentiel, pris le contrôle de l’Iran», a-t-il déclaré.
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La centralité du syriaque dans la tradition maronite: le rôle des patriarches (2/7)

Après avoir évoqué la naissance de l’Église maronite à la suite du concile de Chalcédoine, il convient désormais d’examiner le rôle de la langue dans la construction nationale. Il est particulièrement significatif de constater à quel point la hiérarchie ecclésiastique maronite fut consciente de cet enjeu et comment elle s’efforça d’agir en conséquence. Pour les patriarches maronites, depuis saint Jean Maron, la langue constituait l’expression de leur culture, de leur spiritualité, de leur foi et de leur identité. Cette conviction fut formulée avec grande clarté, au XVIIe siècle, par le patriarche Estéphanos Douayhi. Il appelait le syriaque « la nostra lingua syriaca » et lui attribuait une dimension quasi mystérique, comparable aux mystères du christianisme. Par-là, il entendait qu’aucune traduction ne pouvait remplacer l’original syriaque ni exprimer le concept dans sa plénitude. Les mots possèdent en effet une mémoire seconde et chaque culture établit une relation unique entre le signifiant et le signifié. Lorsqu’au XVIIIe siècle, le syriaque commença à être sérieusement menacé, le concile maronite de 1736, à Louaizé, s’est vu contraint d’interdire la traduction en arabe des livres liturgiques. Moins de dix ans plus tard, en 1744, le patriarche maronite Chémoun Awad convoqua un synode qui précisa qu’il était strictement interdit de traduire les livres maronites en arabe sans l’autorisation explicite des autorités ecclésiastiques (1) . Cette permission n’était accordée qu’à deux conditions: le texte arabe devait être imprimé en lettres syriaques (ce que l’on appelle communément le garshouné ) et l’original syriaque devait être placé en regard du texte traduit (2) . Le patriarche Chémoun Awad réitéra ces dispositions de 1744 lors d’un nouveau concile tenu en 1755. L’année suivante, le patriarche élu Tobia Khazen reprit l’ensemble de ces clauses dans son concile de 1756. Plus précisément, le Synode maronite de 2005 ordonna, dans son article 10, la préservation et la renaissance de la langue et de la culture syriaques dans toutes les écoles et universités maronites. Le patriarche qui lutta le plus intensément pour la sauvegarde de la langue syriaque fut Antonios Pierre Arida. Confronté aux défis du jeune État du Grand Liban, qui venait d’adopter l’arabe comme langue nationale, il exigea le maintien du syriaque dans toutes les écoles chrétiennes. Sa lettre datée du 25 juin 1946, rédigée par le père Raphaël Bar Armalet, exprime clairement sa vision du Liban moderne. La vision du monde La langue constitue un élément fondateur dans la formation de l’identité collective, comme l’a souligné Johann Fichte. Mais elle est également, et par-dessus tout, porteuse d’un projet spirituel. Dès le XVIIIe siècle, le philosophe Johann Gottfried von Herder affirmait que l’esprit d’un peuple s’exprime à travers sa langue (3) . Une culture ne peut pleinement s’exprimer que dans sa propre langue, dont le lexique a été façonné par son expérience historique et moulé sur ses croyances. Le mot «culture», lui-même, renvoie étymologiquement au culte, autour duquel s’organisent les moyens d’expression d’une civilisation: la langue, la littérature, l’écriture, la musique, l’art et l’architecture. «La nature d’une civilisation, c’est ce qui s’agrège autour d’une religion», affirmait André Malraux (4) . La langue n’est donc nullement un simple instrument de communication, mais une matrice qui transmet les paradigmes socioculturels dont elle est issue. L’hypothèse de la relativité linguistique Sapir-Whorf soutient que la structure d’une langue influence la cognition de ses locuteurs et leur relation au monde (5) . Ludwig Wittgenstein exprime encore ce concept lorsqu’il écrit: «Les limites de mon langage signifient les limites de mon propre monde» (6) . La langue façonne ainsi, dans une relation réciproque, la vision du monde et la manière de l’exprimer. Cette complémentarité sociolinguistique s’établit entre l’idée et son expression, entre le signifié et le signifiant. Dans cette perspective, Wilhelm von Humboldt déclarait en 1820, que «la diversité des langues n’est pas une diversité de sons et de signes, mais une diversité de visions du monde». Il développa cette idée en affirmant que chaque langue véhicule une Weltansicht (vision du monde) spécifique (7) . Remplacer la langue d’une communauté revient donc à transformer sa manière de comprendre le monde, la perception qu’elle a d’elle-même et sa relation à l’Au-delà. Le déracinement par linguicide «Le langage est la maison de l’être», écrivait Martin Heidegger (8) . Lorsque la foi quitte sa «maison», elle devient étrangère à elle-même. Le langage joue un rôle central dans la transmission de l’héritage culturel. Une foi enracinée dans une langue conserve une richesse symbolique, une profondeur historique et une polysémie féconde qui ouvre à l’interprétation, à l’ambiguïté fertile et à la profondeur herméneutique. La langue des ancêtres, surtout lorsqu’elle est aussi liturgique, dépasse largement la simple fonction de communication pour devenir incarnation et mystère. C’est cette dimension qui disparaît lors d’un linguicide: le mystère s’efface avec les symboles et les métaphores oubliés. Comme le montre Paul Ricoeur, le symbole ouvre un espace d’interprétation (9) . Sa disparition entraîne la fermeture du sens. L’élimination de l’ambiguïté et de la richesse sémantique exige une lecture unique. Ce procédé est caractéristique de l’idéologie, qui privilégie la lecture littérale, réduit le message à un slogan, supprime l’interprétation et impose la certitude. (1) – Ray Jabre Mouawad, Une approche différente de la langue arabe par les melkites et les maronites du Liban d’après un poème d’Ibn al-Qala’i (XV°S.), in PDO , 34, 2009, pp. 345-359. (2) – Ibid . (3) – Johann Gottfried von Herder, Treatise on the Origin of Language , 1772, et Traité sur l’origine des langues , Allia, 2010. (4) – André Malraux, Note sur l’Islam , juin 1956. (5) – Benjamin Lee Whorf, Language, Thought and Reality , MIT Press, 1956. (6) – Ludwig Wittgenstein, Tractatus Logico-Philosophicus , 1921; version française, Paris, Gallimard, 2001. (7) – Wilhelm von Humboldt, On the Diversity of Human Language Construction , 1836, et Anne-Marie Chabrolle-Cerretini, La vision du monde de Wilhem von Humboldt, Lyon, ENS Éditions, 2007. (8) – Martin Heidegger, Être et Temps , (1927), Paris, Gallimard, 1986 (trad. fr.), § 34. (9) – Paul Ricoeur, La symbolique du mal , Paris, Aubier, 1960. À lire aussi sur le même sujet La centralité de la langue syriaque dans la tradition maronite (1/7)

Ankara au cœur du focus méridional de l’Otan 3.0: quid du Liban?

Dans la version Otan 3.0 qui a émergé du sommet d’Ankara (7-8 juillet derniers), l’Alliance a renforcé ses capacités de gérer simultanément une menace continentale à l’Est (Russie) et une instabilité hybride (terrorisme, crises migratoires, conflits militaires) sur son flanc méditerranéen et moyen-oriental. Pour ce second volet, elle compte désormais sur Ankara, qui non seulement s’est imposée comme fournisseur majeur d’armes aux pays membres, mais aussi comme médiateur entre l’Occident et l’axe Moscou-Téhéran, refusant de couper les ponts avec la Russie et l’Iran, tout en faisant barrage à la première en mer Noire et dans le Caucase, et à la seconde en Syrie et au Liban. Le Pacte de Riyad Après plusieurs années de tensions avec Riyad, notamment suite à l’affaire Khashoggi, la Turquie a rejoint l’Arabie saoudite et le Pakistan pour mettre sur pied un Pacte de Défense mutuelle stratégique, aujourd’hui qualifié d’«Otan sunnite» par certains observateurs. Ce bloc émerge pour contrer à la fois l’influence résiduelle de l’Iran en Syrie et au Liban, et la puissance israélienne. Le symbole fort de ce rapprochement est le projet du chemin de fer du Hedjaz. Cette ligne ferroviaire, qui a existé une première fois dès 1908 sous le sultan Abdülhamid II, était un symbole de la puissance ottomane et reliait Istanbul à La Mecque, jusqu’à sa destruction par les forces de la Révolte arabe menée par le chérif Hussein de La Mecque, soutenues et conseillées par des officiers britanniques. À partir de 1918, ces combattants ont méthodiquement dynamité les voies et les ponts pour paralyser l’approvisionnement des troupes ottomanes. Le projet du nouveau chemin de fer, décidé en juin dernier, reliera Istanbul à la péninsule arabique à travers la Syrie et la Jordanie, avec une extension prévue vers Oman, créant ainsi une voie commerciale reliant l’Inde et l’Asie du Sud-Est à Istanbul. C’est une stratégie économique majeure pour contourner, d’une part, le détroit d’Ormuz et minimiser l’effet des pressions iraniennes, et d’autre part le port de Haïfa, visant à marginaliser le rôle commercial d’Israël dans la région, les relations d’Ankara avec Tel-Aviv étant au plus bas. La nouvelle Syrie: le cœur de l’influence turque Le facteur le plus important dans ce contexte réside dans la consolidation de l’influence turque en Syrie. Suite à la chute du régime Assad, Ankara soutient activement la nouvelle administration dirigée par le président Ahmed al-Chareh. En devenant le principal parrain sunnite de la Syrie, la Turquie a coupé les anciens corridors terrestres pro-iraniens vers le Liban, la Jordanie et la Cisjordanie. Sur le plan militaire, Ankara refuse de retirer ses soldats des provinces du nord de la Syrie, prenant pour prétexte la lutte antiterroriste. Son but réel est, en fait, l’éradication des Forces démocratiques syriennes (FDS) dominées par les Kurdes et accusées d’être un prolongement du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qualifié de terroriste par Ankara et Washington. De plus, la Syrie a participé pour la première fois aux manœuvres interarmées turques, baptisés EFES 2026, qui sont la dernière édition d’un des plus grands exercices militaires multinationaux à tirs réels, organisé tous les deux ans par les forces armées turques. L’exercice s’est déroulé entre avril et mai 2026, principalement dans les régions d’Izmir et d’Istanbul, en Turquie. Il a mobilisé plus de 10.000 soldats venus de cinquante pays. Au-delà de ses alliés traditionnels de l’Otan, comme les États-Unis et la France, Ankara a fait participer pour la première fois l’armée syrienne, ce qui est un développement marquant sur le plan géopolitique, car il s’agit là de la première participation officielle syrienne à un exercice à l’étranger depuis la chute du régime de Bachar Assad. Le Liban et l’éveil stratégique du sphinx turc La Turquie, qui s’est réimposée aujourd’hui comme pivot méridional de l’Otan 3.0, comme pivot au Moyen Orient, et qui fait partie aussi du pacte de défense Islamabad-Ankara-Riyad, est très influente en Syrie. Elle trouve à cet égard des affinités avec certains mouvements islamistes libanais, comme la Jama’a Islamya . Si le Liban veut survivre au chaos régional, il doit apprendre à traiter d’État à État avec ce «pivot turc», non pas comme un vassal, mais comme un partenaire stratégique conscient du fait que le centre de gravité du Moyen-Orient s’est déplacé vers le Nord. Entre 2025 et 2026, la Turquie a intensifié sa rhétorique hostile envers Israël, appelant à sa destruction. Dans ce cadre, Erdoğan a laissé entendre que le Liban fait partie de sa zone d’intérêt sécuritaire. «La sécurité de la Turquie ne commence pas à ses frontières, mais bien à Alep, Damas, et Beyrouth», avait-il affirmé après avoir signifié clairement qu’il compte contrer l’expansionnisme israélien au Liban. Ce sont des déclarations qui pèsent beaucoup, vu la situation géopolitique, même si elles sont pour l’essentiel, et pour le moment, verbales. Après le sommet de l’Otan, le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a toutefois indiqué qu’aucune guerre ouverte avec Israël n’était souhaitée, suggérant l’influence d’un apaisement américain. Le Liban officiel a amorcé des ouvertures vers Ankara à travers plusieurs visites de Premiers ministres, la dernière en date étant celle de Nawaf Salam il y a quelques jours. Le président Joseph Aoun devait également se rendre à Ankara pour consolider cette politique d’ouverture. Mais les liens stratégiques entre les deux pays restent en deçà du niveau requis et sont à développer. La visite du général Rodolphe Haykal au salon de la défense SAHA à Istanbul (5-7 mai 2026) visait à explorer un soutien logistique turc à l’armée libanaise. Une coopération concrète entre les deux armées dépendra toutefois de l’aval américain et de la capacité de l’armée libanaise à sécuriser la frontière syrienne. La Turquie peut aider à contenir l’instabilité venant de Syrie et la résurgence éventuelle de Daesh, un ennemi que la Turquie surveille étroitement. Les liens libano-syriens, dans l’ombre de la Turquie Beyrouth gagne dans l’absolu à consolider ses liens avec Damas, profitant du nouveau régime syrien pour créer une confiance mutuelle – sachant qu’il existe des tensions concernant d’anciens cadres du régime Assad se trouvant au Liban, en plus du contentieux du Hezbollah en Syrie. Le Liban a intérêt, en outre, à contribuer à une architecture sécuritaire partagée Ankara-Damas-Beyrouth, prévoyant des garanties réciproques et préservant l’autonomie politique libanaise. Dans ce contexte, des sources diplomatiques affirment que le Liban était en tête des priorités lors de la rencontre entre le président Donald Trump et Ahmad al-Chareh, en marge du sommet de l’Otan à Ankara. Les deux présidents s’inquiètent des chaînes d’approvisionnement clandestines du Hezbollah passant par la Turquie et la Syrie vers le Liban, et se sont entendu sur la nécessité d’intensifier la coordination à ce sujet le long de la frontière libano-syrienne. La multiplicité des axes régionaux et internationaux La sécurité du Liban se négocie désormais autant à Ankara qu’à Washington, Tel Aviv, Riyad, Paris, Damas et Téhéran. Le Liban devra donc naviguer avec pragmatisme dans ce contexte. Cela nécessite une stratégie libanaise cohérente de sécurité, de défense, d’économie et de politique étrangère, ce qui n’est pas encore non perçue. Cette stratégie s’élabore-t-elle au Conseil des ministres? Au sein du Conseil supérieur de défense? Dans les coulisses du palais présidentiel? Est-elle confiée à des experts (de vrais)? Ou demeure-t-elle inexistante? Si elle voit le jour, elle devra: 1) préserver la souveraineté, pour éviter que le Liban devienne un simple pion dans la rivalité entre Téhéran et Tel Aviv, et entre Ankara et Tel Aviv; 2) avoir un minimum de crédibilité, pour ne pas se faire abandonner par Washington; 3) prévoir le rôle européen grandissant au Moyen-Orient; et 4) ne pas retomber dans le giron iranien.

De Rome à la IIIe République: la refondation du Liban a-t-elle commencé?

L’histoire ne retient pas seulement les villes où les guerres prennent fin. Elle retient surtout celles où naissent les nouveaux régimes. C’est pourquoi Rome ne sera peut-être pas, demain, seulement la ville qui aura accueilli un nouveau cycle de négociations entre le Liban et Israël. Elle pourrait entrer dans l’histoire comme le lieu où s’est engagée la refondation de l’architecture politique et sécuritaire libanaise, à la suite d’une guerre qui a profondément bouleversé les équilibres régionaux. Les réunions prévues à Rome ne se limitent pas à examiner les modalités d’un cessez-le-feu, d’un retrait israélien ou d’un échange de prisonniers, aussi essentiels que soient ces dossiers. Elles s’inscrivent dans un processus plus vaste visant à traduire les conséquences de la guerre en une nouvelle réalité politique, afin d’empêcher tout retour au statu quo ante. L’expérience internationale montre que les guerres ne produisent pleinement leurs effets qu’au moment où les armes se taisent et où un nouvel ordre parvient à traiter les causes du conflit pour en prévenir le retour. C’est précisément l’objectif que les États-Unis semblent poursuivre aujourd’hui au Liban. De la visite du président Joseph Aoun à Washington à l’accord-cadre, puis aux réunions de Rome, se dessine une séquence cohérente. Tout semble indiquer le passage d’une gestion permanente de la crise libanaise à une réorganisation des fondements mêmes de l’État. Le premier objectif de cette démarche est d’ancrer un principe simple : un seul État, une seule armée et une seule autorité en matière de sécurité. La question du monopole des armes par l’État n’est plus seulement une revendication libanaise ou internationale. Elle est devenue la condition même de la reconstruction de l’État. Aucun pays ne peut retrouver pleinement son rôle lorsque la décision de faire la guerre ou de conclure la paix échappe à ses institutions constitutionnelles. Réduire pourtant la crise libanaise à la seule question des armes serait une lecture incomplète. Le problème ne réside pas uniquement dans l’existence d’une force militaire parallèle à l’État, mais aussi dans l’affaiblissement progressif des institutions, sous l’effet d’un système politique qui a consacré le partage confessionnel et transformé les administrations en espaces d’influence. C’est dans cette perspective qu’apparaît le rôle de Nabih Berry, l’une des figures les plus durablement installées au cœur du pouvoir libanais. Au cours des dernières décennies, son influence ne s’est pas limitée à la présidence de la Chambre des députés ni à sa relation politique avec le Hezbollah. Il a également été l’un des principaux piliers du système de gouvernance mis en place après les accords de Taëf. De la même manière que le Hezbollah a contribué à instaurer une réalité sécuritaire parallèle en conservant ses armes en dehors des institutions de l’État, plusieurs forces politiques, dont Nabih Berry fut l’un des principaux représentants, ont consolidé un mode de gouvernance fondé sur les quotas confessionnels et les nominations où les considérations politiques ont trop souvent prévalu sur les critères de compétence. Il en est résulté un État alourdi par les dysfonctionnements administratifs, un secteur public frappé par la surenchère des recrutements, une généralisation du chômage déguisé et un affaiblissement constant de la capacité des institutions à remplir leurs missions. La reconstruction du Liban ne peut donc se limiter au règlement de la question des armes. Elle suppose également une refondation de l’État lui-même: une administration moderne, une justice indépendante, des institutions efficaces et des nominations fondées sur le mérite plutôt que sur les allégeances politiques. C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre les pressions croissantes qui s’exercent autour de Nabih Berry. Jusqu’à présent, Washington ne l’a pas directement pris pour cible, mais les signaux politiques adressés à travers les pressions exercées sur plusieurs personnalités et réseaux de son entourage sont explicites. Le message paraît clair: la prochaine étape ne permettra plus le maintien des anciennes règles du jeu. L’objectif n’est peut-être pas d’écarter Nabih Berry, mais plutôt de redéfinir sa place. Son expérience politique et l’étendue de son réseau en font un acteur qu’aucune transition ne peut ignorer. La véritable question est désormais de savoir s’il choisira d’être un partenaire de la construction du nouvel État ou le défenseur du système qui a conduit le Liban à l’impasse. Le Hezbollah, de son côté, est confronté à une épreuve d’une tout autre nature. Il ne s’agit plus seulement de mettre un terme à l’affrontement militaire, mais de redéfinir sa place au sein de l’État libanais. Deux voies semblent désormais s’offrir à lui: devenir un parti politique évoluant dans le cadre des institutions, ou poursuivre sa confrontation avec un processus, tant interne qu’international, visant à restituer à l’État la plénitude de sa souveraineté. Au bout du compte, Rome pourrait bien représenter davantage qu’une simple étape de négociation entre le Liban et Israël. Elle pourrait marquer l’ouverture d’une négociation beaucoup plus vaste sur le Liban de demain. Si les accords de Taëf ont mis un terme à la guerre civile et redistribué les équilibres du pouvoir, la période qui s’ouvre pourrait inaugurer une redéfinition de la fonction même de l’État libanais: un État détenant le monopole des armes, celui de la décision de guerre et de paix, retrouvant sa place dans son environnement arabe et sur la scène internationale, tout en reconstruisant une économie capable de renouer avec la croissance. Rien, toutefois, ne garantit le succès de cette entreprise. Les États-Unis peuvent accompagner les compromis, les pays arabes contribuer à la reconstruction et la communauté internationale apporter son soutien. Mais la construction de l’État demeure, en dernier ressort, la responsabilité des Libanais eux-mêmes. La véritable question n’est donc pas tant de savoir ce que produiront les réunions de Rome. Elle est de savoir si Rome ouvrira la voie à la III e République libanaise. Une République qui ne se contenterait pas de mettre un terme à la guerre, mais qui s’attaquerait enfin aux causes profondes ayant empêché, depuis des décennies, l’émergence d’un véritable État. Car la prochaine bataille du Liban ne sera pas seulement une bataille de frontières. Elle sera celle de l’identité même de l’État: demeurera-t-il un pays partagé entre plusieurs centres de pouvoir, ou deviendra-t-il enfin un État unifié, seul détenteur de la décision et de la souveraineté? C’est là que s’écrira le prochain chapitre de l’histoire du Liban.

Iran: malgré leurs «divergences», Trump et Netanyahu resserrent les rangs

Le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu ont tenu, mardi, une réunion qualifiée de «positive» par les deux parties, ce qui leur a permis de réaffirmer leur détermination à empêcher l'Iran de se doter de l'arme nucléaire. Les deux dirigeants, engagés côte à côte dans leur campagne contre la République islamique, ont toutefois commencé à afficher leurs divergences depuis avril dernier. Le locataire de la Maison-Blanche privilégie désormais une solution diplomatique afin d'abréger une guerre plus longue que prévu qui risque de lui coûter politiquement, à l'approche des élections de mi-mandat (« midterms »). À l'inverse, le Premier ministre israélien entend aller jusqu'au bout de l'affrontement afin d'éliminer ce qu'il qualifie de menace « existentielle » que représente l'Iran. Dans une vidéo diffusée après la réunion, Benjamin Netanyahu a assuré avoir eu «la meilleure des conversations» avec Donald Trump, expliquant que leurs échanges avaient notamment porté sur leur «objectif commun: s'assurer que l'Iran ne se dote pas d'armes nucléaires». Pour autant, cet entretien à huis clos, qui a duré près d'une heure et demie et à l'issue duquel aucun des participants ne s'est exprimé devant la presse, ne dissipe pas totalement l'impression de divergences entre Washington et Jérusalem. Il s'agissait de leur première rencontre depuis le déclenchement de la guerre régionale au Moyen-Orient, et de leur huitième depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. Washington affirme vouloir redonner une chance à la diplomatie avec Téhéran après deux semaines de bombardements d'une intensité inédite intervenus avant le cessez-le-feu d'avril. La visite de M. Netanyahu intervient à un «moment critique pour le Moyen-Orient», alors que l'Iran continue, selon Israël, de «privilégier le terrorisme plutôt que les négociations» et maintient le blocage du détroit d'Ormuz, a déclaré plus tôt mardi Danny Danon, ambassadeur d'Israël auprès des Nations unies. «Un type très difficile» Les relations entre Donald Trump et Benjamin Netanyahu s'étaient fortement dégradées en avril, lors des premières négociations sur un cessez-le-feu entre Washington et Téhéran. Le président américain s'en était alors vivement pris à son allié israélien, qu'il accusait de compromettre les efforts diplomatiques. Donald Trump avait notamment qualifié Benjamin Netanyahu de «type très difficile». Le Premier ministre israélien avait reconnu des «désaccords tactiques», tout en affirmant partager avec son homologue américain les mêmes objectifs stratégiques. Interrogé mardi matin sur des informations faisant état du renforcement des installations iraniennes dans la montagne Kolang («pioche» en persan), Donald Trump a répondu: «Je n'ai pas besoin que Bibi me dise cela. Il me le dit parce qu'il veut que je reste impliqué.» «Je sais exactement ce qui se passe à Kolang. Ce n'est pas un gros problème. Si nous ne parvenons pas à un accord, nous détruirons ces installations très facilement», a-t-il déclaré sur Fox News avant la rencontre. «L'enjeu principal est de montrer au monde entier, à l'Iran, mais aussi au Liban et à d'autres pays de la région, qu'il n'existe ni rupture ni désaccord majeur entre les États-Unis et Israël», a expliqué à l'AFP Yonatan Freeman, spécialiste des relations internationales à l'Université hébraïque de Jérusalem. Selon lui, les divergences éventuelles portent davantage sur les moyens, calendrier, intensité des opérations militaires ou objectifs immédiats, que sur les finalités. Contacts iraniens sur Ormuz avec Riyad et Mascate Parallèlement, Téhéran continue d'alterner opérations militaires et initiatives diplomatiques auprès de ses voisins arabes du Golfe, brouillant les lignes traditionnelles de la confrontation. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, s'est ainsi entretenu séparément par téléphone avec ses homologues omanais, Badr al-Busaidi, et saoudien, Fayçal ben Farhane, du détroit d'Ormuz, selon la télévision d'État iranienne. « Ils ont insisté sur la nécessité de renforcer la coopération et de faire progresser les efforts diplomatiques afin de rétablir la stabilité dans la région et de mettre fin à l'insécurité imposée dans le détroit d'Ormuz par les actes agressifs des États-Unis », selon la même source. Dans la soirée de mardi, Riyad a par ailleurs annoncé avoir intercepté des centaines de drones iraniens lors d'une attaque visant des installations pétrolières d’Aramco dans l'est du royaume… Suite des pourparlers de Rome Sur le plan libanais, les États-Unis ont confirmé la tenue de nouveaux pourparlers entre Israël et le Liban, à Rome, du 4 au 6 août, dans le cadre de l'extension du mécanisme des « zones pilotes » sous supervision de l'armée libanaise. Ces réunions, essentiellement techniques, porteront sur l'élargissement du dispositif, le règlement des questions frontalières encore en suspens ainsi que l'élaboration d'un accord global de paix et de sécurité, a indiqué un responsable du département d'État américain à la chaîne Al-Hadath . «Nous abordons ce nouveau cycle de discussions entre le Liban et Israël avec un élan positif après le succès des zones pilotes», a ajouté ce responsable sous couvert d'anonymat. Le diplomate a également affirmé que la «rencontre fructueuse» entre les présidents Donald Trump et Joseph Aoun avait eu un impact positif sur les discussions libano-israéliennes. Malgré l'accalmie relative des combats, l'armée israélienne poursuit néanmoins des frappes ponctuelles dans le sud du Liban. Le ministre israélien de la Défense, Yisrael Katz, s'est même vanté mardi d'avoir détruit 24 villages libanais centenaires, avant d'ajouter que l’armée israélienne appliquait au Liban la même tactique qu'à Gaza, où près de 70 % de la bande côtière palestinienne aurait été détruite depuis le déclenchement des hostilités en octobre 2024… À Houla… encore du nitrate d'ammonium Sur le terrain, la Finul a annoncé mardi avoir découvert, début juillet, environ quatre tonnes d'explosifs à Houla, village du sud du Liban situé dans une zone sous occupation israélienne. Les Casques bleus «ont découvert 385 conteneurs abandonnés dans un bâtiment, renfermant environ 4 000 kilogrammes d'explosifs, principalement des composés à base de nitrate d'ammonium», a indiqué la Force intérimaire des Nations unies au Liban. Des spécialistes de la Finul ont ensuite «neutralisé ce matériau afin de le rendre inoffensif et d'éliminer tout risque», sans préciser à qui appartenaient ces explosifs. Houla fait partie d'une bande d'environ dix kilomètres de profondeur en territoire libanais, le long de la frontière avec Israël, occupée par l'armée israélienne depuis la dernière guerre déclenchée début mars contre le Hezbollah. Le Hezbollah avait entraîné le Liban dans le conflit régional le 2 mars en attaquant Israël au nom de son soutien à l'Iran, provoquant une vaste riposte israélienne terrestre et aérienne. La découverte de ces explosifs ravive inévitablement le traumatisme de l'explosion du port de Beyrouth du 4 août 2020. Ce jour-là, près de 2 750 tonnes de nitrate d'ammonium entreposées sans précaution depuis plusieurs années avaient explosé, faisant plus de 220 morts, plus de 6 500 blessés et dévastant une grande partie de la capitale. Six ans plus tard, les enquêtes judiciaires et les expertises scientifiques visant à déterminer les causes de la catastrophe et les responsabilités continuent de piétiner, les magistrats et les experts faisant l'objet de fortes pressions politiques. De nombreux observateurs estiment que le Hezbollah porte une lourde responsabilité dans le stockage de cette matière explosive, la formation pro-iranienne exerçant alors une influence prépondérante sur le port de Beyrouth, principale porte d'entrée des armes iraniennes et de diverses marchandises de contrebande destinées à son financement.

L’impact d’une victoire de l’Ukraine ou de la Russie (4/5)

La guerre d’Ukraine continue d’être au centre d’un vaste débat entretenu, entre autres, par des bombardements quasi quotidiens qui visent de part et d’autre des centres névralgiques et, plus spécifiquement, les capitales russe et ukrainienne. Afin de mieux comprendre les différentes dimensions de ce vieux conflit, il est nécessaire de revenir sur les prolégomènes et la genèse de ce qui a abouti à cette guerre (fratricide?), en exposant les motivations et les aspirations des différentes parties concernées, dont notamment l’Occident (États-Unis et Europe, élargie à tous les pays de l’Otan, à l’exception de la Turquie), et en rappelant aussi les débuts de l’offensive russe et les échecs des tentatives d’aboutir à une paix, ou tout au moins à des négociations, sachant que les responsabilités dans ce contexte sont multiples. Pour bien cerner les tenants et les aboutissants des divers aspects de la guerre en Ukraine, certaines questions de base devraient être soulevées, d’entrée de jeu. Que représentent ainsi la Russie et l’Ukraine pour l’Occident? Quelles pourraient être les retombées concrètes d’une éventuelle victoire nette de l’un des deux protagonistes? Et par le fait même, quelles seraient les conséquences pour l’Occident et le Proche-Orient? Dans une série de cinq articles, Jean-Patrick Dayras , contre-amiral dans la marine française, expose sa vision et son analyse de la question. Réflexion prospective : what if … A – Si l’Ukraine gagne , c’est-à-dire qu’elle récupère la quasi-totalité de son territoire… Pour l’Ukraine , les conséquences pourraient inclure: – Un renforcement considérable de la position internationale de l’Ukraine. – Une accélération de son intégration à l’Union européenne, même si l’adhésion resterait un processus long. – Une coopération militaire encore plus étroite avec l’Organisation du traité de l’Atlantique nord, qu’il y ait ou non une adhésion formelle. – Un affaiblissement de l’influence russe dans une partie de l’Europe de l’Est. Pour la Russie , les conséquences dépendraient de l’ampleur de la défaite. Mais il est certain: – Qu’elle perdra une grande part de son prestige international. – Que cette défaite aura un coût économique durable lié aux sanctions et à la reconstruction et au rétablissement de ses capacités militaires. – Que cela remettra en question la politique du Kremlin, qui dépendra de l’évolution de la situation intérieure. – Toute la politique russe entamée depuis des années en Afrique, mais aussi dans différents États des Brics+ ou associés en pâtira. Nota: le Tchad adopte depuis peu une attitude de rapprochement auprès de la France, prélude peut-être à une modification de la géopolitique africaine. Cela devrait être examiné attentivement avant d’être confirmé. En revanche, il est difficile de prédire qu’une éventuelle défaite russe entraînerait automatiquement un changement de régime. L’histoire montre que ce type d’évolution dépend de nombreux facteurs internes. Pour l’Europe Une victoire ukrainienne pourrait: – Améliorer le sentiment de sécurité au niveau des États d’Europe du nord, centrale et orientale. – Maintenir un niveau élevé de dépenses militaires. – Accélérer les efforts de diversification énergétique déjà engagés depuis 2022. Pour les États-Unis Une telle issue pourrait être présentée comme un succès de la politique de soutien des USA à l’Ukraine et de leurs alliances. Toutefois, elle ne mettrait pas fin aux autres défis stratégiques (rivalité avec la Chine et pourparlers difficiles avec l’Iran). Pour la Chine Pékin observerait avec attention les enseignements du conflit, en particulier en ce qui concerne une invasion de vive-force de Taïwan. Une défaite russe pourrait conduire la Chine à: – Approfondir certains liens avec Moscou pour préserver un partenaire stratégique, mais dans une position dominatrice. – Réévaluer certains aspects de sa politique étrangère (Iran, Taïwan et l’association naissante entre l’Australie, le Japon, la Corée du Sud et les Philippines). Pour les organisations internationales Une victoire ukrainienne serait interprétée comme un renforcement du principe selon lequel les frontières ne doivent pas être modifiées par la force. Cela pourrait renforcer la crédibilité de certaines normes du droit international, même si leur application reste dépendante des rapports de force entre États. Les limites de ce scénario Même en cas de succès militaire ukrainien, plusieurs difficultés subsisteraient: – La reconstruction du pays, estimée à plusieurs centaines de milliards d’euros qui devraient être payés par la Russie. – Le retour des réfugiés (cela n’engage que ceux qui le croient). – Le déminage de vastes territoires. – Les poursuites judiciaires liées aux crimes de guerre allégués (à voir si les Ukrainiens ne pourraient pas eux aussi être impliqués dans des crimes identiques). – Les relations futures entre la Russie, l’Ukraine et les pays européens. Cette victoire n’effacerait pas les tensions géopolitiques. Même si l’Ukraine atteignait ses principaux objectifs militaires, les relations entre la Russie et l’Occident resteraient probablement marquées par une défiance durable, une militarisation accrue de certaines régions et une reconfiguration des équilibres de sécurité en Europe. Les effets dépendraient aussi des conditions de la fin du conflit: un accord négocié, un cessez-le-feu durable ou une défaite militaire nette n’auraient pas les mêmes conséquences. B – La Russie gagne, l’Ukraine perd Tout dépend de ce que signifie « la Russie gagne» . Les conséquences seraient très différentes selon qu’il s’agisse d’un gain territorial limité, d’un contrôle durable d’une partie de l’Ukraine ou d’un changement de gouvernement à Kiev. Une défaite ukrainienne pourrait entraîner: – La perte durable de tout ou d’une partie des territoires occupés. – Des coûts humains, économiques et démographiques considérables. – Un ralentissement de la reconstruction et des investissements. – Le maintien d’un important mouvement de réfugiés vers d’autres pays européens. L’avenir politique de l’Ukraine dépendrait des conditions de la fin du conflit: un cessez-le-feu, un traité de paix ou un accord imposé n’auraient pas les mêmes effets. Si Moscou atteignait ses principaux objectifs, cela pourrait se traduire par: – Un renforcement de la position du Kremlin sur le plan intérieur. – La présentation de l’issue comme une victoire stratégique. – Un maintien de son influence sur une partie de l’Ukraine et de son voisinage (Moldavie). En revanche, même en cas de succès militaire, la Russie pourrait continuer à faire face à: – Des sanctions économiques occidentales. – Une dépendance accrue envers certains partenaires comme la Chine, l’Inde ou d’autres États non occidentaux. – Des coûts élevés liés à la reconstruction des territoires contrôlés et au maintien de forces importantes. Pour l’Europe Une victoire russe conduirait probablement à: – Une augmentation durable des dépenses militaires des États européens. – Un renforcement de la présence de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord sur son flanc oriental (mais avec ou sans les États-Unis?). – Une accélération des politiques visant à réduire la dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie. Certains craignent également que les pays voisins de la Russie, notamment les États baltes, demandent des garanties de sécurité encore plus fortes. Pour les États-Unis Les États-Unis pourraient voir leur stratégie en Ukraine remise en question, ce qui pourrait alimenter un débat interne sur leur politique étrangère et sur le niveau de soutien à leurs alliés (y compris dans le golfe arabo-persique et dans la péninsule arabique). Pour la Chine Une victoire russe pourrait être interprétée de différentes façons: – Certains y verraient la preuve qu’une grande puissance peut atteindre certains objectifs malgré des sanctions. – D’autres souligneraient le coût économique, humain et diplomatique très élevé du conflit, qui pourrait aussi servir d’avertissement. La Chine de toute façon apparaîtrait comme le pays qui a permis à la Russie de gagner grâce au soutien qu’elle lui a apporté. Elle serait la grande gagnante. La Russie ne serait plus un géant devant elle. Pour le droit international De nombreux juristes estiment qu’une acquisition durable de territoires obtenue par la force poserait un défi important au principe de l’intégrité territoriale des États, consacré notamment par l’ONU. D’autres rappellent que les précédents historiques sont variés et que les réactions internationales dépendent souvent des rapports de force. Le Conseil de sécurité de l’ONU verrait son étoile pâlir et être même remis en cause. Les limites de ce scénario: Même en cas de victoire russe, plusieurs facteurs pourraient limiter ses bénéfices: – Le coût économique à long terme. – La gestion de territoires potentiellement instables. – Le maintien de l’isolement par rapport à une partie des pays occidentaux. – Le risque d’une insurrection ou d’une instabilité persistante selon les zones concernées. – Le succès serait entaché d’opprobre en raison du temps mis pour arriver à ce but qui était au départ espéré comme rapide, voire facile (guerre plus longue que la Première Guerre mondiale). – Sans doute en Afrique, son aura en pâtira. En résumé Les conséquences d’une victoire russe dépendraient de son ampleur et des conditions de la fin de la guerre. La sécurité européenne resterait profondément transformée, les relations entre la Russie et les pays occidentaux demeureraient durablement très tendues, et l’ordre de sécurité en Europe continuerait d’être redéfini pendant de nombreuses années. En revanche, les effets précis sur la politique intérieure russe, sur l’équilibre mondial ou sur les futures alliances restent largement incertains et font l’objet de débats entre spécialistes. Le mot de la fin : les conséquences évoquées permettent de souligner que ce conflit scellera la disparition de la victoire selon l’ordre et le modèle westphalien. Prochaine article Victoire ukrainienne ou russe: conséquences pour le Moyen-Orient (5/5) À lire aussi sur le même thème Comment l’Occident a choisi l’Ukraine (1/5) Guerre en Ukraine: l’échec des premiers efforts de paix (2/5) Guerre en Ukraine: fautes stratégiques russes et maladresse occidentale (3/5)

L’Arabie saoudite cible des milices pro-iraniennes en Irak

Alors que la tension est en grande partie retombée au Moyen-Orient au niveau du conflit iranien, c’est le front yéménite qui semble le plus actif, en ce lundi 27 juillet, avec de nouvelles attaques des rebelles houthis contre les installations pétrolières en Arabie saoudite. Dans ce cadre, le royaume saoudien est la cible, au stade actuel, d’autres groupes pro-iraniens installés en Irak. Les Saoudiens ont intercepté des drones venus du territoire irakien et, dans le même temps, ils ont demandé aux autorités irakiennes d’empêcher ces attaques perpétrées par ces groupes «terroristes», d’autant que le nouveau gouvernement affiche sa volonté de mieux gérer sa situation interne. Encore une fois, l’Iran prouve qu’il utilise ses proxys sur base d’un plan bien huilé, profitant sans doute des atermoiements américains. Mais pourquoi cibler particulièrement l’Arabie saoudite à un moment d’accalmie relative ? D’autres incidents ont été également relevés depuis l’arrêt des bombardements américains contre l’Iran, vendredi dernier. La marine des Gardiens de la Révolution iranienne a ainsi indiqué, lundi, avoir empêché le passage de six navires qui voulaient emprunter le détroit d'Ormuz alors qu’ils tentaient de «transiter par des routes non autorisées par les autorités iraniennes». Plus tôt dans la journée, la télévision d'Etat avait fait état d'un «incident» impliquant un navire, sans fournir davantage de précisions, indique l’AFP. D’autre part, l’armée israélienne a annoncé avoir intercepté deux drones près de la frontière avec la Jordanie, sans qu’ils soient entrés en territoire israélien. Au sud du Liban, l’armée israélienne a accusé le Hezbollah de lancer au moins un drone dans la zone très disputée de Ali el-Taher, et de tenter d’y collecter des informations sur ses soldats. Plusieurs incidents sécuritaires ont été constatés dans cette zone lundi. Le parti chiite n’avait pas mené d’opérations depuis le cessez-le-feu décrété à Islamabad. Netanyahu à Washington Entre-temps, la Cisjordanie continue de s’embraser avec des clashs entre les colons et les habitants, et les tensions sont à leur comble. Autre incident préoccupant de ces dernières heures : l’attaque ukrainienne contre un navire iranien en mer caspienne, ayant fait des victimes, continue de susciter la polémique en Iran. Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a non seulement critiqué sévèrement Kiev, dans un message sur X, mais il a accusé Israël d’avoir fomenté l’attaque en vue d’entraîner l’Europe dans le conflit iranien. C’est dans ce contexte particulièrement tendu que le Premier ministre israélien devait se rendre lundi à Washington où il doit être reçu, mardi par le président Donald Trump. A la veille de cet entretien, le journal israélien Israel Hayom a rapporté des informations selon lesquelles M. Netanyahu devrait fermement résister à toute pression américaine en vue d’un retrait de Gaza, de Syrie ou du sud du Liban. Selon le journal israélien, le Premier ministre affirmerait clairement que les besoins sécuritaires d’Israël devraient primer sur toute autre considération, alors que la région continue d’être secouée par des conflits superposés et de fragiles initiatives diplomatiques. Cette perspective devrait accentuer les différends entre les deux hommes, le président Trump ayant déjà demandé publiquement à M. Netanyahu de retirer ses troupes du Liban et de Syrie. Elle fragiliserait aussi les négociations en cours avec le Liban, qui devraient déboucher sur un retrait progressif de l’armée israélienne du sud du Liban, en parallèle à un déploiement de l’armée libanaise, sous condition d’une démilitarisation du Hezbollah dans ces zones appelées «pilotes». L’armée libanaise s’est déjà déployée dans un village du sud, mardi dernier, Zawtar el-Gharbiya, dans la région de Nabatiyeh. Pour le Liban officiel, représenté par le président de la République Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam, qui persévèrent sur la voie des négociations directes avec Israël (le prochain round doit se tenir le 4 août à Rome), certaines déclarations israéliennes jusqu’au boutistes sont préjudiciables, même si elles s’inscrivent dans le cadre des surenchères liées à des calculs internes (échéances électorales) et internationaux. Ces attitudes israéliennes extrémistes sont d’autant plus déplorables que l’accord-cadre signé entre les parties libanaise et israélienne le 26 juin continue d’être la cible sur la scène libanaise de campagnes menées par l’axe iranien. Outre les traditionnelles critiques du Hezbollah, le président du Parlement et chef d’Amal, Nabih Berry, a fait une déclaration lundi dans laquelle il a renouvelé son rejet de toutes négociations directes avec Israël, se disant pessimiste concernant l’accord-cadre et estimant que le premier déploiement de l’armée libanaise à Zawtar el-Gharbiya le pousse à davantage de pessimisme. Il a plaidé pour un parrainage américain, saoudien et iranien, de la situation au Liban. Les négociations américano-iraniennes La journée de lundi a également été marquée par la visite du Haut commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, à Beyrouth, au cours de laquelle il a déclaré que son bureau «a documenté des violations généralisées du droit international, dont certaines pourraient constituer des crimes de guerre». Recevant M. Türk à Baabda, le président libanais Joseph Aoun a affirmé que «les destructions continues perpétrées par les Israéliens au sud du Liban risquent de compromettre l’application de l’accord-cadre» libano-israélien. Notons enfin au niveau des négociations américano-iraniennes que l’Iran, par la voix de son porte-parole des Affaires étrangères Esmaïl Baghaï, a nié qu’il n’y ait de quelconques négociations directes en cours avec les Etats-Unis, reconnaissant seulement des messages transmis via des médiateurs. Le responsable iranien en a profité pour fustiger les multiples déclarations américaines selon lesquelles les Iraniens chercheraient désespérément à revenir sur la table de négociations. Revenant en outre à son inqualifiable arrogance à l’égard des Etats-Unis, le ministère iranien des AE a souligné que «l’Iran ne permettra jamais aux Etats-Unis de décider du timing de la guerre ou de la paix»!