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Analyse

Sommes-nous devenus plus stupides?

Ou vivons-nous une transformation de la structure du savoir?
Portrait de l'auteur
Par Mona Fayad
Publié sept. 5, 2026 - 20:01
La question «Le monde est-il devenu plus stupide?» revient régulièrement dans les débats contemporains sur les médias numériques, les moteurs de recherche et les réseaux sociaux. Elle paraît simple en apparence, mais dissimule une problématique plus profonde, liée à la nature même du savoir: comment est-il produit, comment est-il transmis et comment est-il consommé? Peut-être que la question «Sommes-nous devenus plus stupides?» n’est pas la plus juste. Il faudrait plutôt demander: le savoir se transmet-il encore d’une manière qui permette de le comprendre et de le rendre productif? La majorité de ceux qui lisent reviennent-ils encore aux textes originaux? Ou se tournent-ils vers leurs résumés et vers ce qui en est rapporté à travers ce qui circule entre les lecteurs? L’une des clés permettant de comprendre ce phénomène se trouve dans les travaux du psychologue britannique Frederic Bartlett, qui mena dans les années 1930 une série d’expériences sur ce qu’il appelait la «reproduction sérielle». Dans ces expériences, on demandait à une personne d’écouter une histoire puis de la raconter à une autre, qui la racontait à son tour à une troisième, et ainsi de suite. Les résultats furent frappants: à chaque nouvelle transmission, l’histoire n’était pas reproduite telle quelle, mais reformulée. Certains détails disparaissaient, d’autres étaient amplifiés, d’autres encore remplacés par des éléments correspondant au contexte, à l’expérience et à la culture du destinataire. Lorsque la chaîne atteignait un nombre suffisant de relais, l’histoire originale était devenue quelque chose de tout à fait différent. Ce modèle simple met au jour une vérité fondamentale: la mémoire n’est pas un réceptacle neutre, mais un mécanisme de reconstruction. Et lorsque le savoir passe par de multiples intermédiaires, il n’est pas «conservé», mais «reproduit». C’est ici que commencent à apparaître les ressemblances avec notre monde contemporain, ainsi que la crainte de devenir plus stupides. À l’ère des médias numériques, le savoir ne se transmet plus par l’écoute orale, mais à travers des chaînes de médiation: un article est résumé, puis cité, puis republié sous la forme d’un bref post, avant d’être encore réduit à une phrase ou à un titre. Dans ce contexte, on peut reprendre une image métaphorique apparue dans un texte de presse: celle d’une bibliothèque dont les livres seraient remplacés par des résumés, puis par des résumés de résumés, jusqu’à ce que le lecteur se retrouve face à des couches successives de réduction, dans ce que l’on pourrait appeler la «chaîne du raton laveur», qui ne lit pas l’original mais fouille dans ses restes. Il faut préciser ici que le choix du «raton laveur» n’est pas fortuit. Cette métaphore condense symboliquement une situation cognitive qui tend à s’enraciner. Cet animal, qui vit à la périphérie des villes et fouille dans les poubelles, ne produit pas sa nourriture: il se nourrit des restes de ce que les autres produisent. Malgré son intelligence pratique et son aptitude à démonter, saisir et récupérer les choses, il ne comprend pas véritablement ce qu’il a entre les mains, mais les traite comme des matériaux destinés à un usage immédiat. Ainsi se présente le savoir à l’époque de la réduction en série: des textes sont abrégés, puis abrégés de nouveau, jusqu’à ce qu’il n’en subsiste que des miettes de sens, réorganisées et remises en circulation sans véritable lien avec leur source. À ce stade, nous ne nous sommes pas seulement éloignés de l’original: nous sommes entrés dans une nouvelle phase de production de l’information ou du savoir, où l’acteur cognitif n’est plus un lecteur ou un penseur, mais un ramasseur de fragments de sens qu’il redistribue sous des formes rapidement consommables. La «culture du raton laveur» ne désigne donc pas seulement la superficialité. Elle décrit avec précision la dégradation de la chaîne même du savoir, de la création au résumé, de la compréhension au traitement formel, des idées à ce qui n’est plus que leur trace pâlie. Mais ce phénomène ne peut être compris indépendamment de la structure technique qui le gouverne. C’est ici qu’intervient Marshall McLuhan, qui résumait sa pensée dans la célèbre formule: «Le médium est le message.» Le problème ne réside donc pas seulement dans le contenu, mais dans la forme à travers laquelle ce contenu est transmis. Les médias numériques contemporains ne se contentent pas de transporter l’information: ils la remodèlent selon une logique de vitesse, de condensation et de fragmentation. Le texte long devient impropre à la consommation, tandis que l’idée n’est admise qu’à condition d’être réduite à quelques lignes susceptibles d’être partagées. Cette transformation crée un paradoxe saisissant: nous vivons à une époque où l’accès au savoir n’est plus difficile, mais excessivement facile. Or cette facilité excessive fait apparaître ce que l’on pourrait appeler une «illusion cognitive»: il suffit de lire un court extrait ou un résumé rapide pour avoir le sentiment de posséder l’idée. Mais ce sentiment de maîtrise ne s’accompagne pas nécessairement d’une compréhension profonde ni de la capacité à reconstruire ou à critiquer le savoir. C’est ici qu’apparaissent ceux que l’on pourrait qualifier de «semi-instruits»: des individus qui possèdent les signes du savoir mais non sa structure, son vocabulaire mais non sa logique interne. Le problème se complique encore lorsqu’on l’examine sous l’angle de l’attention. Au lieu de demeurer dans un état de concentration prolongée, comme dans la lecture traditionnelle ou la réflexion soutenue, l’esprit vit désormais sous un bombardement informationnel continu: notifications, vidéos, titres et vagues successives de contenu. Cette situation ne produit pas seulement une dispersion de l’attention, mais la reconfigure selon une logique de saut permanent entre de brèves unités de sens, au lieu d’une construction progressive et cumulative de l’idée. Je me souviens ici d’une anecdote que nous nous racontions autrefois et qui circulait beaucoup au temps des manifestations populaires. Elle illustre bien le mécanisme de réduction et de transformation du contenu. Après l’occupation de la Palestine, de nombreuses manifestations populaires descendirent dans les rues en scandant: «À bas la déclaration Balfour!» La plaisanterie voulait qu’à la fin de la manifestation, le slogan soit devenu: «Qu’un type tombe d’en haut!», les deux formules ayant en arabe une proximité rythmique et sonore. Cette image permet peut-être de mieux saisir ce qui se passe dans le langage quotidien lorsque le savoir devient une série de messages courts répétés collectivement. La manifestation commence par une formule politique précise. Puis, sous l’effet de la répétition, de la fusion collective et du rythme sonore, elle se transforme progressivement en une autre formule, complètement différente. Celle-ci peut conserver le rythme et l’intensité affective de la première, mais elle en perd la signification et le sens originels. Ce qui subsiste n’est plus le sens, mais l’énergie émotionnelle de la formule. On retrouve ici, sous une autre forme, ce qu’avait observé Bartlett: ce qui importe n’est pas seulement ce qui a été dit, mais la manière dont cela a été répété et réinterprété dans un contexte social changeant. Si nous réunissons ces différents fils, nous pouvons dire que ce que nous vivons aujourd’hui relève moins d’un «effondrement de l’intelligence» que d’une transformation des conditions dans lesquelles elle se déploie. L’esprit humain n’a pas radicalement changé, mais l’environnement dans lequel il fonctionne, lui, s’est profondément transformé: nous sommes passés d’un environnement permettant l’accumulation lente à un environnement imposant une reproduction rapide et fragmentée du savoir. Ce changement crée une tension permanente entre deux formes de pensée: une pensée réflexive, qui a besoin de temps, et une pensée rapide, qui exige une réponse immédiate. À cette lumière, la question «Sommes-nous devenus plus stupides?» devient en partie trompeuse. Il serait sans doute plus juste de dire que nous sommes davantage exposés à des conditions qui rendent la pensée profonde moins stable, voire moins possible, et qui rendent le savoir plus vulnérable à la fragmentation et au recyclage. Quant à la stupidité, si le terme est permis, elle n’est peut-être pas une propriété de l’esprit, mais un effet secondaire et une caractéristique de la structure culturelle qui s’est mise en place. C’est une technique qui reconfigure notre rapport au monde. Ainsi, plutôt que d’y voir un déclin des capacités humaines, nous pouvons y voir une transformation de «l’environnement du savoir»: un environnement où il est devenu facile de savoir quelque chose, mais plus difficile de le comprendre véritablement, dans toute sa profondeur.
Opinion
Portrait de l'auteur
Par Youssef Mouawad - Publié sept. 5, 2026 - 13:25
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En 2010, Israël a intercepté avec violence le Mavi Marmara, un navire turc affrété par une ONG humanitaire pour venir en aide à la bande de Gaza, alors sous blocus israélien. Cet incident de trop fera éclater au grand jour l’animosité entre le gouvernement d’Erdogan et l’État hébreu. (AFP)
La guerre ne s’est pas encore interrompue dans notre sud qu’elle risque de se déclencher chez nos voisins. C’est dire que nous vivons en sursis et d’un conflit à l’autre. Et pour cause! Peu s’en fallut que le bombardement d’une base syrienne ne dégénérât en bataille rangée entre Ankara et Tel-Aviv. C’était le 18 août dernier et Benjamin Netanyahou n’y était pas allé de main morte: son pays n’allait pas tolérer un ancrage militaire turc susceptible de déborder vers le sud syrien. Le message était d’autant plus brutal que huit frappes avaient pris pour cible la base aérienne d’Abou al-Dhouhour, située à 70 kilomètres de la frontière turque. Rappelons, par ailleurs, que depuis la chute de Bachar el-Assad en décembre 2024, Erdogan est le principal mentor de la nouvelle Syrie, celle d’Ahmed al-Charaa, l’aidant à reconstruire ses forces armées et faisant d’elle un partenaire stratégique. Ce n’est plus la Syrie de Hafez el-Assad Est-ce ce regain de tension entre Ankara et Tel-Aviv qui a précipité une réunion entre le chef de la diplomatie syrienne, Assaad Chaïbani, et le chef du Mossad, Roman Gofman, le 23 août dernier en Jordanie? Or ce conciliabule n’a pas suscité une levée de boucliers dans le monde arabe comme l’avait fait la visite impromptue d’Anouar al-Sadate en Israël en 1977. Un tabou a été officiellement brisé et, de fait, qui aurait pu croire à la tenue d’une telle concertation sous le régime baasiste? L’État hébreu aurait dû s’en féliciter mais, contrairement à ce que l’on attendait, il n’a interrompu ni ses frappes aériennes ni ses incursions territoriales comme celles du 27 août à Quneitra. C’est que les choses ont changé. Sous Hafez el-Assad, la Syrie était une puissance régionale qui, sans être redoutable, était redoutée de ses voisins immédiats, pays arabes fussent-ils ou non. On évitait de lui chercher querelle et de ce fait elle mena, dans certaines limites, une politique étrangère agressive qui versait souvent dans la provocation. Et du coup, en vertu de l’autonomie de son action et des marges de manœuvre qu’elle s’octroyait, elle avait constitué, ne serait-ce que géographiquement, une zone tampon entre d’une part une Turquie «erdoganesque» affichant son islam décomplexé et d’autre part, un Israël, l’État consubstantiellement juif. Or voilà que, dans un pays éreinté par une gestion bassiste et saccagé par des années de guerre civile, la Turquie, s’étant mise à poser ses jalons, va indubitablement se retrouver nez à nez avec un Israël qui occupe une portion du territoire syrien. À quoi s’attendre ? Ayant pris en considération l’ego démesuré de Netanyahu comme celui d’Erdogan, et pour le cas où ces deux hommes d’État demeureraient à leurs postes respectifs, nous devons nous attendre à un duel épique sur le territoire syrien, libanais, jordanien, voire ailleurs. Ce combat sera fait de feintes, d’esquives, de coup fourrés mais également d’attaques frontales, de corps à corps et d’escalades de tension jusqu’au point de rupture. Et cela même si le rapport du Congressional Research Service de septembre 2025 estime que la confrontation directe entre la Turquie et Israël demeure peu probable, précisément parce que les deux États connaissent le coût d’une guerre, si celle-ci en venait à se déclarer. Toutefois, dans le domaine de la polémologie, les dirigeants et autres élites ne sont pas nécessairement des acteurs rationnels! D’autant plus, qu’aux yeux des observateurs israéliens, le slogan qui prévaut en Anatolie à savoir «Make Turkey great again» n’est pas de nature à rassurer l’État sioniste. Washington aura de plus en plus de mal à contenir ou à séparer les deux adversaires qui déjà se rangent en ordre de bataille. La Turquie, un nouvel Iran? Oui, c’est une hypothèse, mais uniquement dans un face à face avec Israël, la Syrie étant devenue du jour au lendemain une zone où «se chevauchent deux périmètres de sécurité», le Turc et l’Israélien, le musulman et le juif. Et il n’est pas à exclure que le militantisme chiite, ce mobilisateur de «proxies», n’en vienne à s’allier, ne serait-ce que momentanément, à une «version frériste» de l’islam politique prônée par Ankara! Nous aurions ainsi, et contre toute attente, un Hezbollah soutenu par son ennemi d’hier, Ahmed al-Charaa, un islamiste venu de Jabhat al-Nusra et Hayat Tahrir al-Cham! Contre l’adversaire commun, un renversement des alliances est toujours légitime et opportun. Mais ce ne serait là qu’une alliance tactique, dictée par les nécessités de l’heure et qui ne pourrait préjuger de l’avenir. Le nationalisme arabe ayant été évacué, la Turquie ne va pas se contenter de s’emparer économiquement du marché syrien fort de 25 millions de consommateurs: elle voudra exercer une influence politique à Damas et investir à cet effet son appareil militaire et sécuritaire. Le pouvoir bancal du président syrien, ne pouvant assurer certaines fonctions régaliennes ni encadrer les divers corps de l’État, fera nécessairement appel à l’expertise de son voisin du nord. Faut-il croire pour autant que ce dernier va être happé par la spirale de la «belligérance annoncée»? Tout s’y prête et l’on peut déjà percevoir les prémices d’un engrenage rappelant celui des États-Unis au Vietnam sous Lyndon Johnson. Car si l’État syrien compte se reconstituer, il aura en premier lieu besoin d’une armée en mesure de mater les tendances centrifuges des Alaouites, des Druzes et autres factions qui appellent au fractionnement du pays. Or c’est à Ankara d’y pourvoir et de renforcer l’autorité centrale sise à Damas. Mais Israël, qui a pris de mauvaises habitudes en Syrie et qui compte y conserver une liberté d’action aérienne, ne peut s’accommoder d’une armée structurée sur le modèle otanien et pouvant servir de proxy à une entreprise néo-ottomane. Et le Liban, de la primauté à la secondarité? Un nouveau décor est désormais planté pour un nouveau script qui définira de nouvelles règles du jeu ! Qu’adviendra-t-il du Hezbollah pris dans une souricière? Eh bien, il pourrait bénéficier, dans ce cas de figure, ne serait-ce qu’en partie, du soutien logistique de Damas, soutien qui lui a gravement manqué depuis la chute de Bachar el-Assad. Et peut-être que, par un déplacement des plaques tectoniques, le Liban passerait du statut de théâtre initial à celui de théâtre secondaire d’un conflit régional. Mais pour tout vous dire, ça nous fera une belle jambe!
L'Essentiel du jour
Portrait de l'auteur
Par LevantTime . - Publié sept. 5, 2026 - 00:55
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Le convoi du CICR transportant les civils libérés, parti de la zone occupée par Israël dans le sud du Liban, s'est rendu au point qui marque le début de la zone tenue par les autorités libanaises. (AFP)
Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a annoncé vendredi avoir transféré au Liban quatre nouvelles personnes relâchées par Israël, au lendemain de la libération d’un premier civil. Il s’agit de trois Libanais et de deux Syriens, selon le CICR. C’est la première fois qu’une telle opération a lieu depuis le début, en avril, des négociations entre le Liban et Israël, sous l’égide des États-Unis. Beyrouth avait demandé, lors de la dernière session de pourparlers en août, la libération d’un premier groupe de ses ressortissants capturés par Israël dans le sud du Liban, où celui-ci est en guerre avec le Hezbollah pro-iranien. Leur nombre est estimé par leurs proches à une trentaine, parmi lesquels figurent des combattants du mouvement islamiste. Le président libanais Joseph Aoun a remercié, dans un communiqué, les États-Unis et le CICR, et affirmé que cette libération «confirmait la pertinence de la position» du Liban, engagé avec Israël dans des négociations rejetées par le Hezbollah. Les États-Unis ont salué jeudi «le gouvernement d’Israël et le gouvernement du Liban pour avoir fait preuve de bonne foi à travers ces premières étapes», exprimant l’espoir que cela serve «de base à des discussions élargies sur d’autres questions civiles». Les deux pays doivent tenir une nouvelle session de négociations en septembre, à une date encore inconnue. Selon le bureau du Premier ministre israélien, l’annonce de jeudi «fait suite aux efforts déployés par Israël et le Liban pour localiser et rapatrier les dépouilles des dirigeants de la communauté juive qui avaient été enlevés et tués au Liban» entre 1984 et 1986. Intensification des frappes israéliennes Sur le terrain, des frappes israéliennes ont fait vendredi trois morts et 23 blessés dans le sud et l’est du Liban. Israël a intensifié vendredi ses frappes dans la région, après avoir annoncé jeudi soir avoir pris le contrôle de la crête montagneuse d’Ali Taher, qui servait de position stratégique au Hezbollah pro-iranien et qui surplombe notamment Nabatiyé. L’armée va désormais y renforcer ses positions afin d’«empêcher l’ennemi de reprendre position dans la zone», a déclaré le ministre israélien de la Défense, Israël Katz. Une frappe a également visé la région de Tyr, notamment le village de Rmadiyé, selon l’ANI. Pour Trump, la guerre en Iran, c’est de la «gnognotte» Concernant la guerre en Iran, le président américain Donald Trump a cherché vendredi à en minimiser l’impact pour les États-Unis, à l’approche des élections législatives cruciales de mi-mandat. «Beaucoup de gens n’appellent pas ça une guerre. Je dis que c’est un conflit militaire, parce que c’est de la gnognotte (en anglais ‘small potatoes’) pour nous. Ce n’est pas un gros truc. On a fait le Venezuela et on a fait ça», a-t-il répondu aux journalistes dans le Bureau ovale, interrogé à propos de son vice-président JD Vance, qui avait déclaré la veille ne pas vouloir qualifier le conflit de guerre. Alors que la flambée des prix du carburant liée à la guerre menace de coûter aux républicains de Donald Trump leur majorité au Congrès lors des élections de mi-mandat en novembre, son administration s’efforce de minimiser l’ampleur du conflit. Selon le président, les États-Unis mènent des «frappes ponctuelles», assurant «ne pas être actuellement en train de se battre». Il a également affirmé que les États-Unis contrôlaient le détroit d’Ormuz et avaient décimé les forces armées iraniennes. «Ce que nous avons accompli est remarquable. Nous avons pris le contrôle du Venezuela et nous avons, pour l’essentiel, pris le contrôle de l’Iran», a-t-il déclaré.
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Victoire russe ou ukrainienne, quelles conséquences au M.O.? (5/5)

La guerre d’Ukraine continue d’être au centre d’un vaste débat entretenu, entre autres, par des bombardements quasi quotidiens qui visent de part et d’autre des centres névralgiques et, plus spécifiquement, les capitales russe et ukrainienne. Afin de mieux comprendre les différentes dimensions de ce vieux conflit, il est nécessaire de revenir sur les prolégomènes et la genèse de ce qui a abouti à cette guerre (fratricide?), en exposant les motivations et les aspirations des différentes parties concernées, dont notamment l’Occident (États-Unis et Europe, élargie à tous les pays de l’Otan, à l’exception de la Turquie), et en rappelant aussi les débuts de l’offensive russe et les échecs des tentatives d’aboutir à une paix, ou tout au moins à des négociations, sachant que les responsabilités dans ce contexte sont multiples. Pour bien cerner les tenants et les aboutissants des divers aspects de la guerre en Ukraine, certaines questions de base devraient être soulevées, d’entrée de jeu. Que représentent ainsi la Russie et l’Ukraine pour l’Occident? Quelles pourraient être les retombées concrètes d’une éventuelle victoire nette de l’un des deux protagonistes? Et par le fait même, quelles seraient les conséquences pour l’Occident et le Proche-Orient? Dans une série de cinq articles, Jean-Patrick Dayras , contre-amiral dans la marine française, expose sa vision et son analyse de la question. Les conséquences de la guerre d’Ukraine sur le Proche-Orient dépendent dans une large mesure de l'issue du conflit, plus spécifiquement de la manière dont celui-ci se terminerait (accord négocié, cessez-le-feu, victoire militaire nette). Si l'Ukraine l'emporte Pour l'Iran L'Iran, qui a fourni à la Russie des drones et renforcé sa coopération militaire avec Moscou depuis 2022, verrait son partenaire régional affaibli. Cela pourrait limiter certaines coopérations technologiques ou militaires, mais l'Iran conserverait d'autres partenaires et ses propres capacités. Pour Israël Israël pourrait considérer qu'un affaiblissement de la Russie réduit l'influence russe en Syrie, mais cela pourrait créer de nouvelles incertitudes si d'autres acteurs cherchent à combler ce vide. Pour la Syrie Une Russie moins capable de projeter des forces pourrait réduire son implication militaire ou financière en Syrie. Cela pourrait modifier les équilibres entre le gouvernement syrien, l'Iran et la Turquie. Pour les pays du Golfe Des États comme l'Arabie saoudite ou les Émirats arabes unis chercheraient probablement à maintenir des relations avec toutes les grandes puissances. Une Russie affaiblie pourrait toutefois avoir moins d'influence au niveau de certains dossiers énergétiques ou diplomatiques. Si la Russie l’emporte Renforcement de l'axe Moscou-Téhéran Une victoire russe renforcera la coopération entre la Russie et l'Iran dans les domaines militaire, énergétique et diplomatique. Syrie La Russie pourrait être en mesure de maintenir, voire de renforcer, son rôle de soutien au gouvernement syrien, selon ses ressources disponibles après le conflit. Israël Israël devrait continuer à composer avec la présence militaire russe en Syrie. Il cherchera à préserver ses mécanismes de coordination avec Moscou, tout en maintenant son partenariat stratégique avec les États-Unis. Turquie La Turquie poursuivra vraisemblablement sa politique d'équilibre entre la Russie et les pays occidentaux. Elle a montré depuis plusieurs années sa capacité à coopérer avec Moscou sur certains dossiers tout en restant membre de l'OTAN. Autres conséquences Énergie Quel que soit le vainqueur, les conséquences sur les marchés pétroliers et gaziers dépendront surtout : De l'évolution des sanctions ou des coûts et de la responsabilité sur le plan des réparations. Des capacités de production et d'exportation. Des décisions de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole et de ses partenaires (OPEC+), où la Russie joue un rôle important. Les pays producteurs du Proche-Orient continueront à adapter leur stratégie en fonction des prix mondiaux et de la demande. Influence des États-Unis Une victoire ukrainienne pourrait conforter la crédibilité des États-Unis auprès de certains alliés régionaux, tandis qu'une victoire russe pourrait alimenter des interrogations quant à la capacité ou la volonté des États-Unis de soutenir durablement ses alliés. Toutefois, ces perceptions dépendront aussi d'autres facteurs, notamment de la politique américaine (post Trump) dans la région. Notons qu’une victoire Russe associée à un accord favorable pour l’Iran remodèlerait certainement profondément les accords et partenariats au Proche et au Moyen-Orient, en particulier pour tous les pays du golfe arabo-persique. Il est bien tôt pour dresser la liste des éventualités mais on peut déjà entrevoir des craintes dans différents pays du Golfe qui les amèneraient à réexaminer leurs partenariats et leur façon de se sentir protégés. Un grand chambardement en vue ! Une région marquée par ses propres dynamiques Il est important de souligner que le Proche-Orient est influencé par de nombreux facteurs qui ne dépendent pas directement de la guerre en Ukraine : les relations entre l'Iran et les États arabes ; le conflit israélo-palestinien ; la situation en Syrie ; les rivalités entre puissances régionales, ou encore les marchés énergétiques. Une victoire russe ou ukrainienne aurait des répercussions sur les équilibres diplomatiques et militaires au Proche-Orient, mais elle ne déterminerait pas à elle seule l'évolution de la région. Les effets les plus probables concerneraient la place de la Russie en Syrie, les relations avec l'Iran, les calculs stratégiques de la Turquie et des États du Golfe, ainsi que les perceptions du rôle des États-Unis. Ces conséquences seraient importantes, mais elles s'inscriraient dans un ensemble plus large de dynamiques régionales déjà à l'œuvre. Le chambardement encore ! Et l’Afrique ? Oubliée ? Toute l’Afrique sera concernée par l’une ou l’autre des hypothèses de victoire. Les influences de la Chine, de l’Inde, des Emirats et de la Turquie, principalement, seront modifiées de façon plus ou moins importante, mais surtout en cas de défaite russe. Encore un chambardement en vue… Le gagnant La Chine qui, pour l’heure, soutient de plus en plus la Russie. Tant cette guerre se poursuit, le regard occidental est détourné de l’Asie. Pendant ce temps, les Etats-Unis donnent le triste spectacle d’une négociation déjà ratée avec l’Iran. Ses armes, qui seraient les plus utilisées face à la Chine pour défendre Taïwan, sont épuisées et il faudra au moins trois ans pour reconstituer les stocks. Le perdant Si la Chine gagne, les Etats-Unis ne peuvent que perdre. Craignons que l’on dise, un jour : « Ce qui a changé à partir de 2022, ce sont les Etats-Unis. Ils ont cessé de compter ». Retour en arrière Le premier retour en arrière se situerait dans la période post Maïdan. Parler avec la Russie, lui laisser percevoir les possibilités pour l’Ukraine et pourquoi pas, pour elle, de devenir un, ou deux, Etats associés à l’Europe ; l’OTAN se tenant bien loin des pourparlers. Cela aurait certainement pris du temps, mais le temps n’a pas manqué entre 2014 et 2022. Il fallait pour cela en discuter entre tous les pays de l’Union européenne et avec les Britanniques, définir un point de vue commun et avoir une attitude générale crédible. Pas de pourparlers incognito avec les Etats-Unis au passé trop peu clair et bien peu clairvoyant : abandon de la Force d’Interposition à Beyrouth en 1982 sans parvenir à une issue, suivis par les Italiens, les Français restant seuls ; abandon de l’Afghanistan sans prévenir à une sortie de crise. On ne peut que remettre en cause la géopolitique américaine, pleine d’échecs et d’erreurs, de fautes même. Ce pays n’est guidé que par ses intérêts économiques, aujourd’hui plus encore que naguère ; de tout temps, ils n’ont fait que des erreurs, excepté du temps de Kissinger, un laps de temps uniquement. Il est, bien sûr, illusoire de croire que cela aurait pu se produire. Il ne faut pas oublier que les pays de l’ex-URSS ont adhéré à l’UE d’abord pour entrer dans l’Otan, ensuite pour profiter des subsides offerts par l’Europe (les contribuables européens). Il aurait fallu que les pays de l’Europe occidentale (France, Benelux, Allemagne, Italie, Espagne, Portugal) et les Britanniques soient capables de se décider, une fois pour toute, de ne pas se comporter comme des vassaux des USA (cela, bien entendu, concerne moins la France). Il aurait donc fallu que la France soit forte et déterminée pour susciter l’adhésion de tous ces pays. Ce n’est pas le cas. Cette uchronie n’aurait pu être une réalité qu’avec un de Gaulle, peut-être un Pompidou, un Mitterrand ou un Chirac. Pas les autres. Elle aurait exigé une vision stratégique et géopolitique à long, très long terme de la part des chefs d’Etat des pays précités. Elle n’avait donc aucune chance de se réaliser. Elle était bonne, voire excellente, pour la paix, pour la puissance économique et militaire de l’Union européenne, en conservant à chacun de ses membres sa souveraineté, avec une véritable assurance. La seconde uchronie aurait pu se produire si les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne et les Britanniques s’étaient imposé une coopération et un rôle de facilitateurs pour permettre à la Turquie de parvenir à l’acceptation d’une paix garantissant aux deux pays belligérants leurs intérêts partagés. Les Européens n’ont pas eu ce courage, ni la clairvoyance exigée par la situation et ont permis à Boris Johnson - probablement en mission commandée par les Etats-Unis - de faire capoter les prémices d’un accord de paix. Tous ces chefs d’Etat et de gouvernement portent la responsabilité des millions de morts, de blessés, de disparus, de familles endeuillées et de vies brisées. Qui le dira aux peuples avant de voter désormais pour un candidat? L’avenir de l’Europe avec des pays souverains était avec la Russie et bien entendu l’Ukraine, mais certainement pas avec l’Ukraine sans la Russie. Enfin, cette guerre était-elle la nôtre? Il y a tant de guerres ignorées. Tant de guerres qui ne sont pas la nôtre. Celle-ci était plus la nôtre que les autres ? Au nom de quoi ? Parce que quelques « penseurs » n’aiment pas Poutine ? Il y a tant de chefs d’Etat qui méritent de ne pas être aimés. Faudrait-il, pour autant, entrer en guerre avec tous ? Ces brillants « penseurs » devraient se souvenir de notre prise de position au sujet du Kosovo et de ce qui est advenu par la suite. Cette histoire n’est pas terminée. Ni celle concernant le conflit Russie-Ukraine.

Simon Karam... lorsque la mémoire nationale devient atout de négociation

Dans les grands moments de bascule, la force d’un État ne se mesure pas uniquement à ses capacités militaires, mais aussi à la qualité de ceux qui le représentent. Les négociations décisives ne sont pas de simples discussions techniques sur des cartes ou des dispositifs de sécurité. Elles mettent à l’épreuve la capacité d’un État à défendre son récit historique et à façonner son avenir. C’est dans ce contexte que l’ambassadeur Simon Karam s’impose comme l’une des figures marquantes de la diplomatie libanaise. Son autorité ne repose ni sur l’éloquence ni sur l’exposition médiatique, mais sur une sérénité tranquille, une grande rigueur dans l’approche et l’intégrité d’un homme d’État qui mesure sa réussite à l’aune de ce qu’il apporte à son pays, plutôt qu’à lui-même. Au cours de sa carrière, Simon Karam a démontré une véritable indépendance de jugement et de comportement. Il n’a jamais considéré les fonctions qu’il occupait comme un privilège personnel et n’a pas hésité à les quitter lorsqu’elles entraient en contradiction avec ses convictions ou avec ce qu’il estimait conforme à ses principes. Il en a donné une illustration à plusieurs reprises, tant dans son parcours politique qu’institutionnel, jusqu’à sa démission de son poste d’ambassadeur du Liban à Washington, affirmant ainsi la primauté du principe sur la fonction. La portée de cette attitude apparaît encore plus nettement lorsqu’on la compare à d’autres parcours diplomatiques, où nombre de diplomates choisissent de demeurer en poste malgré leurs divergences politiques. Sa démission a, au contraire, constitué un message clair: la fonction n’est pas une fin en soi, mais un moyen de servir l’intérêt national. Cette liberté lui confère aujourd’hui une plus grande marge de manœuvre dans tout rôle consultatif ou de négociation, puisqu’il n’agit ni sous la pression d’impératifs de carrière ni en fonction d’intérêts personnels. Cette trajectoire lui confère une crédibilité supplémentaire dans le travail de négociation. Un diplomate qui n’est pas attaché à son poste dispose d’une plus grande liberté pour défendre l’intérêt national et se montre moins tributaire des considérations liées au maintien de ses fonctions. Cette forme d’indépendance s’est d’ailleurs retrouvée dans de nombreuses expériences internationales, où d’anciens diplomates ont joué un rôle déterminant dans des négociations sensibles après avoir quitté leurs fonctions officielles, mettant leur expérience au service de leur pays sans être soumis aux contraintes administratives. Par ailleurs, l’ambassadeur Karam possède une connaissance approfondie du Liban-Sud, et plus particulièrement de l’histoire du Jabal Amel. Cette connaissance dépasse largement le cadre géographique ou documentaire: elle englobe une compréhension de la société amélienne, de son histoire sociale et politique, ainsi que du rôle joué par ses élites et ses grandes figures dans la formation d’une part essentielle de l’identité libanaise. L’importance de cette expertise tient au fait qu’elle ne relève pas seulement de la théorie. Elle s’appuie sur une connaissance de longue date des évolutions du Liban-Sud à travers plusieurs étapes décisives, depuis la période qui a suivi les invasions israéliennes jusqu’aux profondes mutations sécuritaires et politiques qu’a connues la région au cours des dernières décennies. Cette expérience lui permet de saisir avec davantage de finesse les dynamiques du terrain et de la société, un atout essentiel dans toute discussion portant sur les frontières, les dispositifs de sécurité ou l’avenir de la stabilité régionale. Ainsi, dans toute négociation portant sur la Ligne bleue ou sur les points frontaliers contestés, la maîtrise des textes internationaux ne suffit pas. Comprendre la réalité des villages frontaliers, les liens familiaux qui traversent la frontière et l’expérience des populations face aux conflits successifs devient un élément déterminant pour élaborer une position de négociation à la fois réaliste et durable. C’est précisément là que réside la valeur de l’expérience de Simon Karam : elle lui permet d’articuler le droit avec les réalités humaines et sociales du terrain. Cet intérêt pour le Sud n’est pas récent. Il fait partie intégrante de sa formation intellectuelle et culturelle, qui l’amène à considérer cette histoire comme une composante vivante de la mémoire nationale, et non comme un simple récit du passé. Cette connaissance revêt une importance particulière dans les négociations portant sur les frontières, la sécurité et l’avenir du Liban-Sud, où la terre ne se réduit pas à des lignes tracées sur une carte, mais renvoie à une histoire, à des droits et à des expériences accumulées au fil du temps. Des expériences comparables, dans d’autres pays, ont montré que les négociations qui négligent les dimensions historique et sociale débouchent souvent sur des accords fragiles, tandis que leur prise en compte favorise des compromis plus solides et plus durables. Les expériences internationales montrent également que le négociateur le plus efficace est celui qui sait conjuguer le droit, l’histoire, la géographie et la politique, plutôt que de limiter son approche à la seule dimension technique. C’est dans cette conception que s’inscrit Simon Karam, pour qui la connaissance approfondie constitue un véritable instrument de puissance dans la négociation, bien davantage qu’un simple bagage culturel. Cette dimension prend encore plus d’importance dans une période régionale particulièrement sensible, susceptible de redessiner les équilibres du Liban-Sud et d’ouvrir la voie à de nouvelles approches des relations dans la région. Dans un tel contexte, la compréhension fine du territoire et des populations devient elle-même un élément essentiel de l’équation de la sécurité et de la stabilité. Dans cette perspective, la délégation libanaise ne représente pas une force politique en particulier, mais l’État libanais dans son ensemble, avec ses institutions et son histoire. La présence de personnalités expérimentées et indépendantes telles que l’ambassadeur Simon Karam renforce ainsi la crédibilité de la délégation et consolide sa position de négociation, en particulier sur les dossiers où la sensibilité historique doit aller de pair avec la rigueur juridique. Quelles que soient les appréciations portées sur l’issue de ces négociations, une certitude demeure: si le Liban veut peser dans la définition de son avenir, il a besoin d’hommes d’État capables d’allier intégrité, expérience et connaissance approfondie de l’histoire nationale. À cet égard, Simon Karam incarne précisément cette convergence entre l’indépendance, l’expérience, le savoir et le sens de l’engagement. Sa présence dans tout processus de négociation ne traduit donc pas seulement la valeur d’un homme, mais une certaine conception de l’État lui-même: un État qui s’appuie sur son histoire, se fait représenter par ceux qui placent les principes au-dessus des fonctions et conçoivent la diplomatie comme un instrument au service de la défense du droit avant d’être un simple moyen de gérer les rapports de force.

Quand une artiste de la vieille Florence s’arme de son pinceau (1)

Certains êtres humains subissent leur sort, d’autres prennent leur destin en main. Cela est d’autant plus difficile quand il s’agit d’une femme dans un monde d’hommes. Et pourtant…certaines n’ont pas hésité et ont choisi le combat, réussissant à briser les tabous et les diktats de leur époque. De tout temps, des femmes ont refusé de n'être qu’un détail de l'Histoire. Qu’elles aient manié le pinceau, la plume, la science ou la voix, elles ont habité leur siècle avec une audace qui tenait parfois du scandale. On les voulait muses, elles se sont faites créatrices. On les exigeait soumises, elles ont choisi la liberté, on voulait les faire taire, elles ont crié encore plus haut et plus fort leurs convictions. D’Artemisia Gentileschi bravant la société et les tribunaux italiens il y a cinq siècles, à George Sand troquant le corset pour la liberté d'écrire, en passant par Camille Claudel l’écorchée vive, ou la rigueur et le génie de Marie Curie, ou encore la voix universelle d'Oum Kalthoum… ces femmes n'ont pas seulement contourné les diktats de leur époque : elles les ont brisés. Ce faisant, elles ont parfois réussi et parfois échoué mais elles n’ont jamais baissé les bras. Cette série d'articles est un voyage à travers le temps à la rencontre de ces figures incandescentes habitées par une volonté inébranlable et qui restent, aujourd'hui encore, profondément inspirantes. Artemisia Gentileschi, la revanche par l’art La peinture à Florence au XVIIe siècle était un domaine exclusivement réservé aux hommes et les femmes n'étaient tolérées que comme modèles passifs ou allégories figées. Pourtant, Artemisia Gentileschi a forcé les interdits, armée de son seul pinceau face à l’injustice et au machisme. L'ombre du traumatisme Née à Rome en 1593, Artemisia grandit dans l'atelier de son père, le peintre Orazio Gentileschi. Très vite, la jeune fille montre un véritable don pour la peinture. Si le clair-obscur du Caravage semble couler dans ses veines, elle y apporte une chair et une vérité dramatique inédites. Pour parfaire sa technique, son père voyant son don, lui mit un précepteur particulier, le peintre Agostino Tassi. À l'âge de dix-sept ans, la vie d’Artemisia bascule. Elle est violée par Agostino Tassi, celui-là même que son père lui avait choisi comme mentor. Alors que la majorité absolue des victimes de viol se tait pour éviter le déshonneur d’un procès public, Artemisia, elle, choisit de se battre. Elle accepta de témoigner devant les tribunaux, s’exposant ainsi à un double affront : la violence physique et morale du viol, et l'infamie d'un procès public long de plusieurs mois où elle fut publiquement examinée et torturée avec des serres-pouces pour vérifier la "véracité" de ses dires. Là où la société de la Renaissance exigeait qu'une femme se mure dans la honte et le silence, Artémisia affronta son bourreau et à travers lui, la société tout entière. Pour mesurer tout le courage d’Artemisia, il suffit de voir que de nos jours, cinq siècles plus tard, les femmes hésitent toujours à porter plainte en cas de viol. Le pinceau de la justice Le coupable, protégé par des gens influents, n’exécuta pas la peine à laquelle il fut condamné. Qu’à cela ne tienne. La réponse d’Artémisia à l’injustice ne fut pas dans les larmes et la honte, mais dans une profonde détermination de réussir comme artiste qui se traduisit par des chefs-d'œuvre de fureur et de maestria. Son pinceau devint son arme. L’un de ses tableaux les plus célèbres “ Judith décapitant Holopherne ” est une catharsis absolue. Contrairement aux représentations classiques de Judith, dégoutée par son propre acte mais obéissant à Dieu, Artemisia mit dans sa Judith sa propre force physique et toute sa rage. En tranchant la tête d’Holopherne, le geste de Judith est précis, le sang gicle avec un réalisme anatomique saisissant, et son regard est empreint d'une implacable détermination : ” Je vous montrerai ce qu’une femme peut faire ”, dit-elle dans une de ses lettres. Artemisia ne peint pas seulement un épisode biblique, elle exécute picturalement son bourreau. Et toutes ses peintures mettront en scène des femmes animées de cette même force et cette même détermination. Une reine sans couronne Artemisia Gentileschi a transformé sa blessure en une esthétique du pouvoir féminin. Avec son pinceau pour seule arme, depuis des siècles sous les traits de Judith, Artemisia n’en finit pas d’exécuter son bourreau. Son drame aurait pu la détruire. Au lieu de cela, elle fut la première femme à être admise à la prestigieuse Académie du dessin de Florence. Elle devint l'égale des plus grands peintres de la Renaissance, et fut courtisée par les rois et les Médicis afin d’acquérir ses œuvres. Elle n'a pas seulement survécu à son époque et surmonté toutes les épreuves, elle a pris son destin en main et a dominé son époque de toute sa superbe, gravant son nom dans l'éternité de l'Art, à coups de lumière et de courage. Bravo l’artiste !

Frappe majeure contre l'Iran: Washington alerte ses ressortissants

Fausse alerte ou vrai bluff ? Plusieurs déclarations alarmantes ont été faites samedi soir sur l’imminence d’une attaque américaine de grande envergure contre l’Iran. La reprise des affrontements début juillet a fait dérailler le protocole d'accord signé mi-juin et censé ouvrir la voie à des pourparlers de paix. Jeudi, le Pakistan, pays médiateur, a affirmé que les belligérants négociaient en vue d'une désescalade, en particulier concernant le détroit d'Ormuz. L'Iran et les Etats-Unis ont repris cette semaine leurs échanges de frappes nocturnes après plusieurs jours d'accalmie, mais aucune attaque n'a été signalée depuis la nuit de vendredi à samedi. Mais face à la stagnation de la situation, et en l’absence d’une sincère volonté de négociation de la part de Téhéran, l’administration Trump veut en finir avec une situation politique et sécuritaire tendue dont les conséquences économiques se font sentir dans le monde entier. L’alerte la plus sérieuse est venue des ambassades américaines dans plusieurs pays du Moyen-Orient qui ont mis en garde samedi les citoyens américains contre une possible "escalade" du conflit régional et les ont exhortés à se tenir prêts à partir, le président Donald Trump ayant menacé de frapper l'Iran avec force. Selon des médias américains, Washington envisage de nouveaux bombardements massifs ce weekend, notamment contre des infrastructures énergétiques, mais d'après le média américain CBS, qui cite plusieurs sources anonymes, Donald Trump n'aurait toutefois pas encore donné son feu vert. Le président américain a de nouveau menacé vendredi de frapper "très fort" l'Iran, qui depuis la reprise des hostilités début juillet, a recommencé à viser des pays alliés de Washington et des installations américaines dans la région. Les messages lançant une alerte aux ressortissants US, dont des versions ont été publiées samedi sur les réseaux sociaux des ambassades à Amman, Abou Dhabi, Jérusalem, Mascate, Koweït, Bagdad, Ryad, Doha et Beyrouth, invitent les ressortissants américains à vérifier les informations relatives à leurs vols et à suivre les consignes de sécurité des autorités locales. "Les Américains au Moyen-Orient doivent actuellement faire preuve de prudence et d'une vigilance accrue et se préparer à d'éventuelles annulations de vols, à des fermetures périodiques de l'espace aérien et à des perturbations potentielles des déplacements", précise l'alerte. Au Liban, le personnel non-essentiel de l'ambassade a été relocalisé. "Le régime iranien est imprévisible, comme l'ont montré ses récentes décisions d'attaquer des zones de la région sans avertissement ni provocation, ainsi que d'étendre ses attaques à des zones qui n'avaient pas été visées auparavant (comme l'Egypte)", indique un message publié sur les sites des ambassades. Mercredi, un drone a frappé un navire gazier appartenant à une société américaine, amarré dans un port égyptien. L'Egypte mène une enquête mais n'a, à ce stade, accusé aucun groupe d'être à l'origine de l'attaque. L'armée iranienne a, de son côté, accusé Washington d'"attiser les tensions" dans la région et averti: "Tout pays servant de bouclier défensif à l'Amérique criminelle et agressive sera englouti par les flammes de la guerre".

Au Liban, une emprise remplace l’autre!
Par
Youssef Mouawad
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C’est à croire que le Liban n’a vécu qu’au gré des capitales étrangères: il y eut l’heure égyptienne sous Nasser, l’heure palestinienne sous l’OLP, l’heure syrienne sous la dynastie républicaine des Assad, et bien entendu l’heure iranienne quand le Hezbollah s’était saisi des commandes par personnes interposées. Cela est d’autant plus spécifique de la réalité libanaise qu’à chaque fois que l’influence d’un régime arabe ou autre venait à se diluer ou s’effacer, celle d’un autre régime la remplaçait. Comme si cela allait de soi, la nature ayant horreur du vide et nos hommes politiques ne voulant pas renoncer à la servitude. Une fatalité et une malédiction! D’une fois sur l’autre, la configuration pouvait être plus ou moins contraignante car il y a bien entendu une différence de nature, non seulement de degrés, entre occupation militaire ou asservissement politique d’une part et simple coordination diplomatique de l’autre. Le curseur peut jouer à la hausse comme à la baisse suivant le contexte, les imprévus et les impondérables ! Mais au-delà des renversements de situation, un fait est là indéniable: notre petit pays a dû et devra malheureusement s’accommoder de situations inconfortables et se plier aux desiderata des plus grands et plus puissants que lui. Finlandisé par la force de ces choses que sont l’histoire et la géographie, le Liban pouvait-il prétendre à un statut plus ambitieux que celui d’un état client ou d’un état satellite? Cela dit, imaginons que le temps vienne à suspendre son vol, et à nous libérer un court moment de la compénétration étrangère si peu «fraternelle»! Supposons que Abdel Hamid Khaddam se fût désintéressé de notre sort et qu’il nous eût accordé un répit, que serait-il advenu de nous, pauvres hères, et qu’aurions-nous fait? Eh bien, nos élites politiques se seraient précipitées, par réflexe atavique, auprès d’une autre capitale arabe ou occidentale pour quémander son intervention immédiate, son concours financier, voire son appui militaire. Ces élites auraient consenti à toute forme de sujétion qui leur aurait permis d’en découdre avec leurs adversaires locaux ou même municipaux. À ce jeu, nul n’a été innocent, ni la partie sollicitée, ni la partie requérante! Ni le pourvoyeur de l’appui, ni l’attributaire! Abdel Hamid Ghaleb, pour rappel On reconnaît qu’un pays est souverain au courage qu’il a de mettre un ambassadeur à la porte. Le 21 juillet 1958, le New York Times nous apprenait que Abdel Hamid Ghaleb, ambassadeur de la République arabe unie agréé à Beyrouth, était déclaré persona non grata et prié de quitter le Liban! On lui reprochait de susciter la révolte et d’apporter un soutien armé à l’opposition au régime du président Camille Chamoun (1). Et de fait, Ghaleb avait incité à l’insurrection et à la désobéissance civile en divers points du territoire. Les choses ne rentrèrent dans l’ordre qu’avec le débarquement des Marines américains et l’élection du général Fouad Chéhab le 31 juillet. Le sulfureux ambassadeur ne reprit ses fonctions que début novembre de cette même année (2) et le nouveau pouvoir inaugura avec un Nasser tout-puissant une politique de collaboration sincère. Abdel Hamid Ghaleb normalisa les relations entre Beyrouth et Le Caire et accrut l’influence de l’Égypte dans la sphère politique libanaise, ce qui ne manqua pas d’attiser les reproches d’ingérence directe dans nos affaires. Tout en restant dans l’orbite occidentale, Beyrouth allait ménager les intérêts de Nasser dans la région. Ce dernier, ayant été défait en 1967 et ayant disparu de la scène en 1970, nous allions tomber de Charybde en Scylla! Les époques suivantes furent des années de chagrin et de pitié où tour à tour la résistance armée palestinienne, l’occupation syrienne et la mainmise iranienne allaient violer notre souveraineté au quotidien. Ainsi, dans l’absolu et depuis un long moment, nous n’étions ni libres, ni indépendants, ni souverains, même s’il valait mieux vivre à Beyrouth qu’à Damas ou Bagdad où le parti Baas allait régner dans toute sa splendeur, ou qu’à Téhéran et Ispahan où les mollahs pouvaient se prélasser à l’ombre de la wilayat al-faqih. Le Syrien pour remplacer l’Iranien? C’est entendu: un pays n’est souverain que s’il est en mesure de claquer la porte au nez d’un ambassadeur étranger. Du coup, on peut considérer que le tandem Aoun-Salam s’est affirmé en «défenestrant» l’envoyé des mollahs, c’est-à-dire en retirant l’accréditation à Mohammad Reza Shibani, le chef de mission iranien. Mais s’est-on jamais demandé qui allait prendre sa place? Se distancier de la République islamique est certes louable, mais par qui remplacer cette dernière? L’accueil réservé au ministre syrien des Affaires étrangères dans la bonne ville de Tripoli peut nous laisser dubitatifs. La communauté sunnite aurait-t-elle trouvé, après tant d’errance, un mentor à sa taille? Certains l’affirment. Seulement voilà, Ahmad al-Chareh a d’autres priorités, dont principalement la consolidation de son pouvoir à Damas comme ailleurs dans son pays éclaté. Il serait insensé de céder à la tentation d’ouvrir un nouveau front libanais. Car, même soutenu par Ankara, il ne dispose pas des moyens d’une ambitieuse politique régionale ! Trouvons autre chose! (1) Sam Pope, “Envoy from Cairo ousted by Beirut; Lebanese say he had been plotting with rebels”, The New York Times, 21 juillet 1958. (2) Le Monde, « L’ambassadeur de la RAU au Liban reprend ses fonctions », 6 novembre 1958.

Sous les pavés, la lumière
Par
Jawad Pakradouni
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Sohmor. Agglomération située dans l’ouest de la Bekaa, comptant mille cinq cent foyers, où résident entre cinq à huit mille habitants. En raison de sa taille et du nombre de résidents, qualifier Sohmor de village est le terme géographique le plus adéquat. Sohmor a été l’objet de bombardements israéliens d’une manière répétée, à croire qu’il s’agissait pour eux d’une routine. Si ce village et ses maires successifs sont un aimant pour l’armée israélienne, sa municipalité quant à elle est un véritable paratonnerre. Dans le «Top Ten» des mauvais payeurs des factures de l’EDL figurent: l’Office des Eaux du Sud et celui de la Békaa ainsi que la municipalité de Sohmor… En effet, selon un rapport publié par l’EDL qui détermine les factures impayées entre novembre 2022 et décembre 2025, le modeste bâtiment municipal affiche un débit de 1,599,205$. Un calcul rapide basé sur le coût unitaire du kilowatt à 25 cents, démontre que durant la période susmentionnée, la municipalité a consommé 6,396,820 KWT, soit 170,430 KWT par mois. Comme les chiffres sont barbants, rien ne vaut une illustration pratique: cette consommation mensuelle permet d’alimenter de manière continue 560 foyers en France, soulignant au passage l’importance du mot «continu» qui fait défaut à l’électricité locale, encore plus furtive que le dernier bombardier B2. Un bâtiment municipal qui brille de mille feux au point de surpasser par trois fois la consommation du siège de Beyrouth, lequel doit 530,000$ d’arriérés impayés. Lorsqu’on découvre qu’une modeste mairie consomme davantage qu’un centre dédié à l’intelligence artificielle, à moins qu’elle n’ait décidé d’alimenter elle-même ses habitants et les villages aux alentours, la question n’est plus de savoir si les chiffres publiés par l’EDL mentent, mais d’essayer de comprendre ce qu’ils racontent. La problématique est évidemment de comprendre l'origine de ce trou noir électrique. Et si l'explication se trouvait, au sens propre, dans un trou? Enfouie sous terre, là où le Hezbollah a depuis longtemps établi son lieu de prédilection. Depuis quelques mois, des réseaux souterrains sont exposés au grand jour, comme quoi le fameux «nous bâtissons, nous protégeons» n’était pas un slogan électoral, bien que les infrastructures ne se trouvent pas au-dessus du sol mais bien en-dessous. Une version contemporaine de The Time Machine de H.G. Wells, où les Morlocks locaux se sont activés durant les deux dernières décennies à non seulement créer un État dans l’État, mais un pays en dessous du pays. Pendant des années, des responsables politiques et des ministres concernés quand bien même ayant opté pour la politique de l’autruche, étaient parfaitement conscients de ce qui se déroulait, d’autant qu’avoir la tête enfouie dans le sol permet une vision nette de ce qui se passe en-dessous. Les historiens s’accordent à dire que le Liban est d’une profondeur exceptionnelle du champ civilisationnel. Aujourd’hui, plus que jamais, cette description est à prendre au sens littéral du terme. On comprend mieux pourquoi l’Etat peine à rétablir son autorité sur le territoire libanais: il la cherche au mauvais niveau.