


Le Hezbollah au Liban, les Houthis au Yémen, le Hamas à Gaza… L’Iran a décidé mardi de mobiliser son quatrième proxy majeur dans la région afin d’accentuer la pression sur les États-Unis et leurs alliés : l’Irak, où la République islamique continue d’entretenir une nébuleuse de groupes armés encadrés par les Gardiens de la révolution.

Washington a en effet annoncé mercredi des frappes en Irak contre des groupes armés pro-iraniens, menées conjointement avec l'Arabie saoudite, elle-même visée plus tôt par des missiles tirés depuis le territoire irakien.
Ces attaques, menées dans plusieurs villes d'Irak, ont fait 20 morts — dont cinq Iraniens — et 32 blessés dans les rangs du Hachd al-Chaabi, a indiqué ce réseau de factions à majorité chiite, intégré aux forces armées irakiennes et regroupant plusieurs groupes armés pro-iraniens.
Si Donald Trump a affirmé, selon le journaliste de Fox News, que les frappes étaient «coordonnées avec le gouvernement irakien», la présidence irakienne a dénoncé une «violation flagrante de la souveraineté de l'Irak».
Le Conseil ministériel irakien pour la sécurité nationale a ensuite indiqué avoir adopté «un plan de sécurité global (...) pour faire face à toute violation de la souveraineté de l’Irak et empêcher toute entité d’utiliser le territoire irakien pour menacer les États voisins».
Les groupes pro-iraniens en Irak ont démenti être à l'origine des tirs ayant visé des installations pétrolières dans l'est de l'Arabie saoudite.
Il reste que le Commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom) a indiqué mercredi que «des avions de combat américains et saoudiens ont frappé plusieurs sites logistiques et d'armement terroristes dans l'est de l'Irak».
Téhéran a condamné les frappes menées dans le pays voisin. Sa télévision d'État a fait état, dans l'après-midi de mercredi, de bombardements américains sur une ville située à la frontière avec l'Irak.
Par ailleurs, l'armée américaine a annoncé avoir intercepté des missiles visant ses forces «basées au Moyen-Orient» et tirés depuis l'Iran. La télévision iranienne a ensuite fait état de frappes américaines dans le nord-ouest de l’Iran.
La Jordanie, alliée de Washington et déjà ciblée par Téhéran, a indiqué pour sa part, tôt mercredi, avoir abattu cinq missiles en provenance d'Iran. Les Gardiens de la révolution ont revendiqué à ce sujet une attaque de missiles contre «une base aérienne et le centre de commandement central des Etats-Unis».
Face à ces agressions iraniennes répétitives, le président américain Donald Trump a déclaré, selon des propos rapportés par un journaliste de la chaîne Fox News, que les États-Unis allaient frapper «fort» l'Iran après les tirs iraniens contre des bases américaines en Jordanie, relançant, après quelques jours d'accalmie, le conflit qui embrase le Moyen-Orient.
Attaques houthies en mer Rouge
Au Yémen, le gouvernement reconnu par l'Onu a accusé mercredi les Houthis de vouloir imposer des droits de passage aux navires transitant par la mer Rouge et le détroit de Bab el-Mandeb, un goulet d'étranglement stratégique situé à son extrémité sud.

Les rebelles ont affirmé mardi avoir visé, à l'aide de missiles, un pétrolier saoudien en mer Rouge, l'accusant d'avoir «violé le blocus naval» qu'ils menacent d'imposer au royaume, premier exportateur mondial de brut.
L'Arabie saoudite compte sur la mer Rouge pour poursuivre ses exportations, alors que l'Iran verrouille de nouveau le stratégique détroit d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule Arabique.
Les Gardiens de la révolution ont d'ailleurs annoncé mercredi avoir intercepté et immobilisé trois pétroliers qui tentaient de franchir ce détroit, par lequel transitaient, avant la guerre, près de 20 % du pétrole mondial et du gaz naturel liquéfié.
Ces nouvelles frappes sont intervenues au lendemain de la visite à Washington du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui a rencontré Donald Trump pour la première fois depuis le début de la guerre régionale, déclenchée par les attaques de leurs deux pays contre l'Iran le 28 février.
Les origines du Hachd al-Chaabi
Pour en revenir au rassemblement dit el-Hachd al-Chaabi, également connu sous le nom de Forces de mobilisation populaire, il a été créé en 2014 à la suite d'une fatwa du grand ayatollah Ali al-Sistani, la plus haute autorité religieuse chiite d'Irak, appelant à combattre le groupe jihadiste État islamique (EI), qui avait alors conquis de vastes territoires du pays.
Des groupes armés pro-iraniens se sont alors rassemblés et des milliers de volontaires ont rejoint les combats. Les combattants du Hachd al-Chaabi ont été largement entraînés par l'Iran et encadrés par des groupes soutenus par Téhéran, qui avaient déjà combattu les forces américaines après l'invasion de l'Irak en 2003 et la chute de Saddam Hussein.
Leurs activités étaient supervisées par le général Qassem Soleimani, chef de la Force al-Qods — la branche chargée des opérations extérieures des Gardiens de la révolution — tué dans une frappe américaine à Bagdad en 2020.
En 2016, une loi a intégré le Hachd al-Chaabi aux forces armées et de sécurité irakiennes. Un an plus tard, il a contribué, aux côtés de celles-ci et avec l'appui de la coalition internationale dirigée par Washington, à la défaite de l'État islamique.
Depuis l'invasion de 2003, les États-Unis ont conservé une influence majeure en Irak. Mais leur intervention a également favorisé l'expansion de l'influence iranienne, avec l'accession de leurs alliés chiites aux plus hautes sphères du pouvoir à Bagdad.
Depuis lors, l'Irak est devenu l'un des principaux théâtres des affrontements par procuration entre Washington et Téhéran.
Aujourd'hui, le Hachd al-Chaabi regroupe des dizaines de groupes armés, dont plusieurs brigades de puissantes factions pro-iraniennes classées organisations terroristes par les États-Unis.
Certaines de ces factions sont accusées de percevoir des salaires de l'État tout en agissant de manière totalement autonome.
Au fil des années, leur influence s'est accrue. Plusieurs groupes ont obtenu des sièges au Parlement, tandis que plusieurs de leurs dirigeants, dont le commandant du Hachd al-Chaabi, ont été visés par des sanctions américaines.
Divers groupes armés pro-iraniens appartiennent également à la nébuleuse de la Résistance islamique en Irak, qui a revendiqué des centaines d'attaques contre des installations américaines dans la région depuis le début de la guerre au Moyen-Orient.
Ils se réclament de l'« axe de la résistance « dirigé par Téhéran, qui regroupe également le Hezbollah libanais, le Hamas à Gaza et les Houthis au Yémen.
Parmi les plus actifs figurent les Kataeb Hezbollah, qui ciblent depuis longtemps les intérêts américains en Irak et dont plusieurs commandants ont été tués lors de frappes américaines.
D'autres groupes, comme les Kataeb Sayyid al-Shuhada et le mouvement Al-Nujaba, sont présents sur certaines bases du Hachd al-Chaabi tout en disposant de leurs propres installations, principalement destinées à la fabrication de drones.
Ils disposent également de roquettes et seraient en possession de missiles balistiques à courte portée.