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En 2010, Israël a intercepté avec violence le Mavi Marmara, un navire turc affrété par une ONG humanitaire pour venir en aide à la bande de Gaza, alors sous blocus israélien. Cet incident de trop fera éclater au grand jour l’animosité entre le gouvernement d’Erdogan et l’État hébreu. (AFP)
Opinion
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Par Youssef Mouawad
Publié sept. 5, 2026 - 13:25
La guerre ne s’est pas encore interrompue dans notre sud qu’elle risque de se déclencher chez nos voisins. C’est dire que nous vivons en sursis et d’un conflit à l’autre. Et pour cause! Peu s’en fallut que le bombardement d’une base syrienne ne dégénérât en bataille rangée entre Ankara et Tel-Aviv. C’était le 18 août dernier et Benjamin Netanyahou n’y était pas allé de main morte: son pays n’allait pas tolérer un ancrage militaire turc susceptible de déborder vers le sud syrien. Le message était d’autant plus brutal que huit frappes avaient pris pour cible la base aérienne d’Abou al-Dhouhour, située à 70 kilomètres de la frontière turque. Rappelons, par ailleurs, que depuis la chute de Bachar el-Assad en décembre 2024, Erdogan est le principal mentor de la nouvelle Syrie, celle d’Ahmed al-Charaa, l’aidant à reconstruire ses forces armées et faisant d’elle un partenaire stratégique. Ce n’est plus la Syrie de Hafez el-Assad Est-ce ce regain de tension entre Ankara et Tel-Aviv qui a précipité une réunion entre le chef de la diplomatie syrienne, Assaad Chaïbani, et le chef du Mossad, Roman Gofman, le 23 août dernier en Jordanie? Or ce conciliabule n’a pas suscité une levée de boucliers dans le monde arabe comme l’avait fait la visite impromptue d’Anouar al-Sadate en Israël en 1977. Un tabou a été officiellement brisé et, de fait, qui aurait pu croire à la tenue d’une telle concertation sous le régime baasiste? L’État hébreu aurait dû s’en féliciter mais, contrairement à ce que l’on attendait, il n’a interrompu ni ses frappes aériennes ni ses incursions territoriales comme celles du 27 août à Quneitra. C’est que les choses ont changé. Sous Hafez el-Assad, la Syrie était une puissance régionale qui, sans être redoutable, était redoutée de ses voisins immédiats, pays arabes fussent-ils ou non. On évitait de lui chercher querelle et de ce fait elle mena, dans certaines limites, une politique étrangère agressive qui versait souvent dans la provocation. Et du coup, en vertu de l’autonomie de son action et des marges de manœuvre qu’elle s’octroyait, elle avait constitué, ne serait-ce que géographiquement, une zone tampon entre d’une part une Turquie «erdoganesque» affichant son islam décomplexé et d’autre part, un Israël, l’État consubstantiellement juif. Or voilà que, dans un pays éreinté par une gestion bassiste et saccagé par des années de guerre civile, la Turquie, s’étant mise à poser ses jalons, va indubitablement se retrouver nez à nez avec un Israël qui occupe une portion du territoire syrien. À quoi s’attendre ? Ayant pris en considération l’ego démesuré de Netanyahu comme celui d’Erdogan, et pour le cas où ces deux hommes d’État demeureraient à leurs postes respectifs, nous devons nous attendre à un duel épique sur le territoire syrien, libanais, jordanien, voire ailleurs. Ce combat sera fait de feintes, d’esquives, de coup fourrés mais également d’attaques frontales, de corps à corps et d’escalades de tension jusqu’au point de rupture. Et cela même si le rapport du Congressional Research Service de septembre 2025 estime que la confrontation directe entre la Turquie et Israël demeure peu probable, précisément parce que les deux États connaissent le coût d’une guerre, si celle-ci en venait à se déclarer. Toutefois, dans le domaine de la polémologie, les dirigeants et autres élites ne sont pas nécessairement des acteurs rationnels! D’autant plus, qu’aux yeux des observateurs israéliens, le slogan qui prévaut en Anatolie à savoir « Make Turkey great again » n’est pas de nature à rassurer l’État sioniste. Washington aura de plus en plus de mal à contenir ou à séparer les deux adversaires qui déjà se rangent en ordre de bataille. La Turquie, un nouvel Iran? Oui, c’est une hypothèse, mais uniquement dans un face à face avec Israël, la Syrie étant devenue du jour au lendemain une zone où «se chevauchent deux périmètres de sécurité», le Turc et l’Israélien, le musulman et le juif. Et il n’est pas à exclure que le militantisme chiite, ce mobilisateur de « proxies », n’en vienne à s’allier, ne serait-ce que momentanément, à une «version frériste» de l’islam politique prônée par Ankara! Nous aurions ainsi, et contre toute attente, un Hezbollah soutenu par son ennemi d’hier, Ahmed al-Charaa, un islamiste venu de Jabhat al-Nusra et Hayat Tahrir al-Cham! Contre l’adversaire commun, un renversement des alliances est toujours légitime et opportun. Mais ce ne serait là qu’une alliance tactique, dictée par les nécessités de l’heure et qui ne pourrait préjuger de l’avenir. Le nationalisme arabe ayant été évacué, la Turquie ne va pas se contenter de s’emparer économiquement du marché syrien fort de 25 millions de consommateurs: elle voudra exercer une influence politique à Damas et investir à cet effet son appareil militaire et sécuritaire. Le pouvoir bancal du président syrien, ne pouvant assurer certaines fonctions régaliennes ni encadrer les divers corps de l’État, fera nécessairement appel à l’expertise de son voisin du nord. Faut-il croire pour autant que ce dernier va être happé par la spirale de la «belligérance annoncée»? Tout s’y prête et l’on peut déjà percevoir les prémices d’un engrenage rappelant celui des États-Unis au Vietnam sous Lyndon Johnson. Car si l’État syrien compte se reconstituer, il aura en premier lieu besoin d’une armée en mesure de mater les tendances centrifuges des Alaouites, des Druzes et autres factions qui appellent au fractionnement du pays. Or c’est à Ankara d’y pourvoir et de renforcer l’autorité centrale sise à Damas. Mais Israël, qui a pris de mauvaises habitudes en Syrie et qui compte y conserver une liberté d’action aérienne, ne peut s’accommoder d’une armée structurée sur le modèle otanien et pouvant servir de proxy à une entreprise néo-ottomane. Et le Liban, de la primauté à la secondarité? Un nouveau décor est désormais planté pour un nouveau script qui définira de nouvelles règles du jeu ! Qu’adviendra-t-il du Hezbollah pris dans une souricière? Eh bien, il pourrait bénéficier, dans ce cas de figure, ne serait-ce qu’en partie, du soutien logistique de Damas, soutien qui lui a gravement manqué depuis la chute de Bachar el-Assad. Et peut-être que, par un déplacement des plaques tectoniques, le Liban passerait du statut de théâtre initial à celui de théâtre secondaire d’un conflit régional. Mais pour tout vous dire, ça nous fera une belle jambe!
L'Essentiel du jour
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Par LevantTime . - Publié sept. 5, 2026 - 00:55
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Le convoi du CICR transportant les civils libérés, parti de la zone occupée par Israël dans le sud du Liban, s'est rendu au point qui marque le début de la zone tenue par les autorités libanaises. (AFP)
Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a annoncé vendredi avoir transféré au Liban quatre nouvelles personnes relâchées par Israël, au lendemain de la libération d’un premier civil. Il s’agit de trois Libanais et de deux Syriens, selon le CICR. C’est la première fois qu’une telle opération a lieu depuis le début, en avril, des négociations entre le Liban et Israël, sous l’égide des États-Unis. Beyrouth avait demandé, lors de la dernière session de pourparlers en août, la libération d’un premier groupe de ses ressortissants capturés par Israël dans le sud du Liban, où celui-ci est en guerre avec le Hezbollah pro-iranien. Leur nombre est estimé par leurs proches à une trentaine, parmi lesquels figurent des combattants du mouvement islamiste. Le président libanais Joseph Aoun a remercié, dans un communiqué, les États-Unis et le CICR, et affirmé que cette libération «confirmait la pertinence de la position» du Liban, engagé avec Israël dans des négociations rejetées par le Hezbollah. Les États-Unis ont salué jeudi «le gouvernement d’Israël et le gouvernement du Liban pour avoir fait preuve de bonne foi à travers ces premières étapes», exprimant l’espoir que cela serve «de base à des discussions élargies sur d’autres questions civiles». Les deux pays doivent tenir une nouvelle session de négociations en septembre, à une date encore inconnue. Selon le bureau du Premier ministre israélien, l’annonce de jeudi «fait suite aux efforts déployés par Israël et le Liban pour localiser et rapatrier les dépouilles des dirigeants de la communauté juive qui avaient été enlevés et tués au Liban» entre 1984 et 1986. Intensification des frappes israéliennes Sur le terrain, des frappes israéliennes ont fait vendredi trois morts et 23 blessés dans le sud et l’est du Liban. Israël a intensifié vendredi ses frappes dans la région, après avoir annoncé jeudi soir avoir pris le contrôle de la crête montagneuse d’Ali Taher, qui servait de position stratégique au Hezbollah pro-iranien et qui surplombe notamment Nabatiyé. L’armée va désormais y renforcer ses positions afin d’«empêcher l’ennemi de reprendre position dans la zone», a déclaré le ministre israélien de la Défense, Israël Katz. Une frappe a également visé la région de Tyr, notamment le village de Rmadiyé, selon l’ANI. Pour Trump, la guerre en Iran, c’est de la «gnognotte» Concernant la guerre en Iran, le président américain Donald Trump a cherché vendredi à en minimiser l’impact pour les États-Unis, à l’approche des élections législatives cruciales de mi-mandat. «Beaucoup de gens n’appellent pas ça une guerre. Je dis que c’est un conflit militaire, parce que c’est de la gnognotte (en anglais ‘small potatoes’) pour nous. Ce n’est pas un gros truc. On a fait le Venezuela et on a fait ça», a-t-il répondu aux journalistes dans le Bureau ovale, interrogé à propos de son vice-président JD Vance, qui avait déclaré la veille ne pas vouloir qualifier le conflit de guerre. Alors que la flambée des prix du carburant liée à la guerre menace de coûter aux républicains de Donald Trump leur majorité au Congrès lors des élections de mi-mandat en novembre, son administration s’efforce de minimiser l’ampleur du conflit. Selon le président, les États-Unis mènent des «frappes ponctuelles», assurant «ne pas être actuellement en train de se battre». Il a également affirmé que les États-Unis contrôlaient le détroit d’Ormuz et avaient décimé les forces armées iraniennes. «Ce que nous avons accompli est remarquable. Nous avons pris le contrôle du Venezuela et nous avons, pour l’essentiel, pris le contrôle de l’Iran», a-t-il déclaré.
Hommage
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Par Michel Hajji Georgiou - Publié sept. 4, 2026 - 23:28
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De Hassan Rifaï, l’on garde l’image d’un juriste respecté, posé, une référence en droit administratif et constitutionnel, argumentant, d’une voix calme et chevrotante, pour pointer du doigt les écarts et les égarements des politiques vis-à-vis du régime démocratique parlementaire et de la Constitution. Pourtant, l’ancien député et ministre, disparu le 3 septembre 2025, était aussi un homme révolté. Un frondeur. Même à cent ans. Surtout à cent ans! Il l’avait été enfant, haranguant les foules à Baalbeck contre le Mandat, puis tout au long de sa carrière d’avocat et de parlementaire. À cent ans, tout à fait désabusé de la République et de ses flibustiers, sa douce colère ne s’était pas calmée. «Le Liban est un pays impossible!», disait-il à l’auteur de ces lignes dans un entretien réalisé quelques années avant sa mort et jamais publié. Mais attention. Hassan Rifaï n’était ni nihiliste ni négationniste. Il s’était battu toute sa vie pour une certaine idée du Liban. En l’occurrence le Grand Liban, uni et pluriel. Et il évaluait à sa juste valeur l’expérience libanaise, dans tout ce qu’elle avait de positif. Mais l’humain l’avait déçu. Or c’est précisément l’humain qu’il recherchait. Et il ne le trouva jamais sur la scène publique libanaise. En tout cas, pas au service de la République. Rifaï était un homme de droit, toujours élégant, irréprochable, tout ce que l’on attend d’un homme de sa stature morale et intellectuelle. Mais il était aussi intraitable. Impitoyable, même. Sans doute son attachement à son pays et à son régime démocratique l’avait-il conduit à ne se reconnaître qu’une seule fidélité: un certain code de valeurs et une certaine idée de la République. Aussi se montrait-il critique vis-à-vis de toutes les erreurs et de toutes les dérives, à commencer par celles que commettaient ses amis politiques. Il n’épargnait personne. Ni les communautés et les clans, ni les chefs religieux, lui qui était d’ailleurs laïc, et certainement pas les responsables politiques! Tout le monde y passait, et Rifaï se faisait un malin plaisir à déconstruire les mythes et les idées reçues qui faisaient de tel ou tel président de la République ou Premier ministre un dirigeant exceptionnel. Ses repères étaient objectifs: la cohérence des actes avec les principes démocratiques. De ce fait, personne ne trouvait réellement grâce à ses yeux. Le constat était terrible: aucun des dirigeants, dans l’histoire du pays, n’avait véritablement respecté la démocratie parlementaire libanaise. Aucun. Non qu’il plaçât tout le monde sur le même pied d’égalité. Il avait suffisamment de distance critique pour reconnaître les qualités et les défauts des uns et des autres. Il aimait citer Léon Duguit: «Le droit constitutionnel n’a de garde-fou que la bonne foi des hommes qui l’appliquent.» Il en avait presque fait son credo républicain. Et son verdict était sans merci: cette bonne foi, il ne l’avait tout simplement pas trouvée. Trop de politiciens, et pas suffisamment d’hommes d’État. Et, surtout, beaucoup de mensonge et d’hypocrisie. Ainsi, un jour, un grand responsable lui avait conseillé: «Ne construisez pas de routes aux gens. Sinon, ils cesseront de venir chez vous.» En dépit du respect qu’il portait à cet allié politique, la formule l’avait désemparé et choqué. Elle contenait à elle seule toute une conception du pouvoir: ne jamais résoudre définitivement le problème de celui que l’on prétend représenter, puisqu’on perdrait, avec son besoin, la raison même de sa dépendance. Le projet de l’État était ainsi renvoyé aux calendes grecques. Ou, en tout cas, s’il se trouvait des gens de bien, le système ne leur permettait pas d’arriver aux postes de responsabilité. Rifaï était un rebelle, oui, mais avec la rigueur et la précision d’un orfèvre du droit administratif et constitutionnel. Et c’est sans doute cela qui le distinguait au sein du landerneau politique libanais. Rebelle, il le fut suffisamment pour le payer cher. En août 1982, il fut victime d’une tentative d’assassinat après s’être opposé au diktat israélien. À Taëf, en 1989, il fut presque mis au ban pour avoir immédiatement discerné les contradictions présentes et les pièges ajoutés dans les réformes constitutionnelles. À partir de 1992, sous l’occupation syrienne, il connut l’ostracisme politique pour son opposition à l’appareil sécuritaire de la tutelle et à la politique de Rafic Hariri. Mais il était juste. Il pouvait s’opposer au confessionnalisme politique, tout en reconnaissant que son abolition à l’étape actuelle serait une catastrophe pour le Liban, et que la démocratie numérique sonnerait une bonne fois pour toutes le glas de la formule libanaise et de la présence chrétienne au Liban. Il pouvait s’associer à l’idée que les chrétiens avaient été lésés par les réformes constitutionnelles de Taëf, les sunnites aussi, soutenait-il, tout en rappelant les excès commis dans la pratique du pouvoir par les présidents de la République entre 1943 et 1990, et en mettant en garde contre une bouffée nostalgique de ces pratiques sous l’antienne du «droit des chrétiens». Une dérive vers un régime présidentiel ou semi-présidentiel constituait, selon lui, un danger pour les chrétiens. L’importance du régime parlementaire hérité de la IIIe République française résidait précisément dans le fait que le président de la République était politiquement irresponsable devant la Chambre des députés. Cela le plaçait, selon Rifaï, dans une position privilégiée. Au-dessus de la mêlée, il pouvait guider le navire de la République à bon port sans se retrouver embourbé dans les enjeux de pouvoir. Cette responsabilité morale de préserver la Constitution et la République était, à ses yeux, beaucoup plus importante que toute responsabilité politique. Mais encore fallait-il en convaincre les principaux concernés. Rifaï pouvait reconnaître l’importance d’une décentralisation administrative tout en refusant que cette revendication se transforme en slogan idéologique masquant une volonté séparatiste. Il rappelait, dans ce sens, que Beyrouth et le Mont-Liban avaient été privilégiés dans la construction du Grand Liban, alors que les régions périphériques, notamment la sienne, Baalbeck, avaient été méprisées. Cela avait contribué à affaiblir le sentiment national libanais, qui était tributaire, après tout, d’un bien-être fondé sur le respect de la dignité humaine. L’adhésion à la citoyenneté supposait que tout le monde fût logé à la même enseigne du point de vue du développement. Sans égalité entre les citoyens, la souveraineté ne pouvait que chanceler. C’était d’ailleurs le sens de sa première intervention au Parlement en 1968. Les événements qui suivirent donnèrent une singulière gravité à cet avertissement. Les déséquilibres économiques, sociaux et territoriaux contribuèrent à nourrir les revendications de la gauche et d’une partie de la rue musulmane, dans un pays déjà travaillé par les tensions communautaires, les ingérences extérieures et la montée en puissance des organisations armées. Ils participèrent ainsi à l’affaiblissement progressif de l’État, avant la guerre, les occupations successives et l’émergence de mouvances paraétatiques. En définitive, Hassan Rifaï incarne un peu ce modèle libanais de personnalité cosmopolite, complexe, située en dehors des tranchées communautaires et partisanes, respectée de manière quasi unanime, surtout hors des cercles politiques, mais uniquement consultée au besoin et de manière intéressée à l’intérieur de ces mêmes cercles. Le Liban n’aime pas les esprits trop indépendants et insoumis, même si son système comporte encore des failles qui permettent à ces derniers d’exister et de se faire entendre. Ils sont tolérés, mais doivent rester en marge. Il en va de la survie de l’État-zaamat et de l’État-jamaat, qui préfère se tourner invariablement vers des patrons étrangers que vers des hommes à même de générer, proposer et mettre en pratique des solutions à l’intérieur. Le système politique libanais et ses protagonistes détestent la notion de responsabilité, parfaitement anxiogène, et lui préfèrent la dépendance ou, pire encore, la servilité. Or, répétait Rifaï, citant une fois de plus Léon Duguit: «Là où est la responsabilité est le pouvoir.» Faut-il dès lors s’étonner qu’au Liban, là où la responsabilité n’est nulle part, le pouvoir ne soit nulle part non plus? Ou, plus exactement, qu’il soit toujours ailleurs?
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Léon XIV à Annaya, une dimension particulière pour les maronites

A l’heure de la montée régionale des particularismes, sous l’effet de la guerre à Gaza, la récente visite du pape au Liban, notamment à Annaya, revêt une dimension particulière pour les maronites. Elle devrait être l’occasion pour cette communauté d'activer ses recherches historiques sur le plan académique et de rafraîchir sa mémoire sur la nature "missionnaire » de sa présence au Liban comme noyau historique de l’identité libanaise. La récente visite du pape Léon XIV à Annaya, le 1er décembre 2025, devrait être le premier coup de pioche d’un chantier historique maronite « revisité ». Au-delà de la personne de saint Charbel, c’est en effet à la source de l’Ordre libanais maronite (OLM), qui capture en lui-même l’essence de l’Eglise maronite, que s’est rendu le pape. A Annaya, nous sommes aussi à la source du Grand Liban dont Jean-Paul II affirme que « les racines historiques sont de nature religieuse ». Nous en touchons ici la genèse. Dans les premiers paragraphes de l’Exhortation apostolique post-synodale « Une espérance nouvelle pour le Liban » (1997), Jean-Paul II écrit : « Lors de la célébration eucharistique de clôture de l’Assemblée synodale, j’ai dit : « Nous savons combien le Liban a besoin de construire et de reconstruire (…). J’ai souligné aussi que l’engagement des chrétiens est important pour le Liban, dont les racines historiques sont de nature religieuse. Et c’est précisément en raison de ces racines religieuses de l’identité nationale et politique libanaise que, après les dures années de la guerre, on a voulu et pu mettre en route une Assemblée synodale, afin de rechercher ensemble la voie du renouvellement de la foi, d’une meilleure collaboration et d’un témoignage commun plus efficace, sans oublier la reconstruction de la société. » (Cf. aussi Jean-Paul II, Homélie de la messe de clôture de l’Assemblée spéciale pour le Liban du Synode des Évêques,14 décembre 1995). La visite du pape va dans deux directions : elle devrait être, d’abord, l’occasion de relancer et de populariser l’une des séquences les plus passionnantes de l’histoire maronite : celle de l’aventure humaine et spirituelle de trois laïcs venus d’Alep fonder, dans la Vallée sainte, la Kadisha, l’Ordre libanais maronite (1695) ; et en particulier de cet extraordinaire figure de sainteté que doit être Abdallah Carali, cœur de cette entreprise. On verrait bien l’Université de Kaslik fonder un centre d’études historique de l’Eglise maronite, au voisinage immédiat de la tombe d’un si grand thaumaturge. La vulgarisation de la vie de Carali devrait également être possible, peut-être d’abord dans une bande dessinée. La présence du pape à Annaya devrait être ensuite l’occasion de rafraîchir la mémoire des maronites sur la nature « missionnaire » de leur présence au Liban comme Eglise orientale, en communion avec Rome et noyau historique de l’identité libanaise. A voir le bouleversement géopolitique qui affecte le Moyen-Orient, il n’est que grand temps de se réveiller de notre torpeur intellectuelle et relationnelle, et de réaliser que le Grand Liban a été un moment de basculement où, de la responsabilité sur soi, les maronites sont passés à une responsabilité historique pour autrui, et que cette transition a eu d’importantes conséquences qu’ils n’ont pas encore mesurées pleinement. « Les vicissitudes du phénix » L’historienne française Candice Raymond, chercheuse associée à l’IFPO (Beyrouth), retrace magistralement, dans une étude parue dans la Revue Tiers Monde (numéro 216 - 2013, éditions Armand Colin), le cours historique du projet libanais. Intitulée « Vie, mort et résurrection de l’histoire du Liban, ou les vicissitudes du phénix », l’étude, « retrace l’histoire de « l’histoire du Liban », discours historique consubstantiel à la formation de l’État dont la pertinence même de l’objet a été initialement disputée et les principaux énoncés contestés. Puis il rend compte des processus par lesquels cette historiographie s’est reconfigurée, de sorte à pouvoir former, au sortir de la guerre civile, le socle d’une histoire nationale a minima et par défaut, mais qui témoigne d’un resserrement inédit des positions au sein de la société libanaise et d’un désir de consensus plus largement partagé que la persistance des clivages intercommunautaires ne le laisserait escompter. » Toute l’étude de Candice Raymond est passionnante, mais en particulier la séquence où il est question de la « création » du Grand Liban. L’auteure écrit : « Aux lendemains de la Première Guerre mondiale, lorsque la question territoriale se posa, les partisans de la création d’un État libanais développèrent un argumentaire à la fois économique et historique pour obtenir l’adjonction au Mont-Liban, qui jouissait depuis 1861 d’un statut de sanjak autonome, de divers territoires périphériques (Tripoli et le Akkâr au Nord, la plaine de la Békaa à l’Est, Saida et le Jabal Âmil au Sud) et surtout de Beyrouth, dont ils désiraient faire la capitale du nouvel État. À la rhétorique de la lutte perpétuelle contre l’oppression vint alors se substituer une téléologie du pouvoir d’État qui distingue historiographie communautaire maronite et historiographie libaniste maronite. Ce dernier inverse en effet le rapport unissant la communauté maronite au territoire libanais. Ce n’est plus la communauté qui, par son combat pour la liberté, attribue son identité particulière au territoire qu’elle occupe, mais ce territoire qui, du fait de ses spécificités morphologiques et géographiques, impose une mission et une identité à ses occupants. Le parallélisme géographique du littoral marin et de la montagne libanaise trouve en effet son pendant dans une double fonctionnalité du territoire : celle du Liban de l’échange, entre la mer et le continent, entre l’Orient et l’Occident, et celle du Liban-refuge, sanctuaire de la liberté et de l’indépendance. L’État plonge dès lors ses racines dans les expériences politiques qui ont réalisé l’unité entre ces deux missions, tandis que la Nation y fonde son identité spécifique. » Nos déterminismes historiques Tout Libanais devrait approfondir cette connaissance qui, en fin de compte, est connaissance de soi et de ses déterminismes historiques. Il faut régler son compte au repli frileux sur le "petit Liban" prôné par une partie de l'opinion. Il fut un temps où le "Grand Liban" fut mis au service du "Petit Liban". Ce temps n'est plus. Certes, on peut la comprendre, l’histoire du Grand Liban dont nous avons fêté le centenaire n’est pas de tout repos. Les cinquante dernières années de notre existence comme Etat ont été douloureuses à tous les points de vue. Mais elles doivent être assumées au nom même des racines « de nature religieuse » qui sont les nôtres. Comme maronites, nous sommes inséparablement, mais sans confusion, Église et communauté. Mais c’est l’Église qui fonde la communauté. Ontologiquement, nous sommes d’abord Église, avec la responsabilité que toute Église doit assumer ; celle d’être « catholique » au sens originel du terme, c’est-à-dire inclusive et « universelle ».

«L’Empire iranien» : anatomie d’une chute (1/5)
Par
Michel Hajji Georgiou
Publié

L’année 2025 a été une année-charnière au Moyen-Orient dans la mesure où elle a fait voler en éclats un projet en gestation depuis le début des années 1980 - incluant le parti al-Daawa en Irak, le Hezbollah au Liban et le régime Assad en Syrie - Michel Seurat avait été l’un des premiers à en parler dans ses articles. Plus tard, dans les années 2000, le Hamas à Gaza et les houthis au Yémen ont rejoint cette dynamique, qui a également tenté de s’implanter au Bahreïn durant le printemps arabe de 2011. C’est d’ailleurs en 2005-2006, après le déboulonnement de Saddam Hussein en Irak, l’assassinat de Rafic Hariri, la guerre de juillet 2006 et la mise au pas progressive du Fateh par le Hamas à Gaza que le projet du « croissant chiite » iranien se met véritablement en place dans la réalité… avant de recevoir une légitimité de facto en 2015 à travers le Plan d’action global commun sur le nucléaire iranien, « cadeau » en or de Barack Obama qui a profité aux visées impérialistes des mollahs. Depuis un quart de siècle, la politique régionale de Téhéran a obéi à une logique claire comme de l’eau de roche : s’installer sur les goulots et les corridors du Moyen-Orient, transformer les détroits, les routes terrestres et les enclaves en instruments de chantage stratégique, et bâtir autour de l’Iran une profondeur défensive faite de milices, de régimes captifs et de morceaux d’États. D’un côté, les détroits : Ormuz à l’est, Bab el-Mandeb au sud de la mer Rouge, et, de l’autre, les corridors terrestres : Téhéran – Bagdad – Damas – Beyrouth. Puis un troisième étage, longtemps sous-estimé : Gaza, point de pression intérieur sur Israël, mais aussi sur l’Égypte. Enfin, une tectonique peu comprise car jamais suffisamment expliquée : « l’alliance des minorités » qui a structuré le Levant durant un demi-siècle — et dont Israël s’est accommodé aussi longtemps qu’elle garantissait un ordre prévisible. Et puis… le 7 octobre 2023, dans un geste suicidaire, un certain Yahya Senouar a précipité ce projet dans l’abîme, emportant après lui les hauts cadres du Hezbollah et le Hamas. Et, en décembre 2024, l’Empire iranien s’est réveillé avec le coup de grâce - la chute de Damas, avec la fuite de Bachar el-Assad, lâché par ses soldats et ses alliés. L’effondrement de l’axe a conduit tout naturellement à ce que le coeur de l’empire soit lui-même attaqué, le haut-commandement des Pasdaran soit lui-même éradiqué par Israël et le programme nucléaire laminé. Retour sur le projet impérialiste iranien, à présent émietté, mais toujours capable de nuire, à travers une approche géopolitique. Bab el-Mandeb : l’autre gorge du monde Les analyses scolieuses commencent généralement par le détroit d’Ormuz, voie d'accès et partie la plus orientale du golfe Persique. Ormuz constitue en effet un point stratégique vital, puisqu’il représente une voie commerciale essentielle du trafic international, empruntée par plus de 30 % du commerce mondial de pétrole. Outre Oman, les Émirats arabes unis et l'Iran, le détroit commande l'accès à d'autres pays producteurs d'hydrocarbures aussi importants que l'Irak, le Koweït, l'Arabie saoudite, Bahreïn et le Qatar. Non moins de 2 400 pétroliers y transitent chaque année, pour un volume d'environ 17 millions de barils de pétrole par jour. C’est donc un couloir d’échanges fondamental, en tant qu’unique voie de sortie satisfaisante pour le pétrole saoudien, iranien et émirati (soit un quart de la production mondiale de pétrole brut). Les options pour exporter le pétrole en contournant le détroit sont limitées et ces exportations ne peuvent être qu’en quantité limitée. L’Iran, frontalière du détroit, peut en bloquer l’accès. Ce n’est pas pour rien que, le 29 juin 2008, le commandant du Corps des Gardiens de la révolution islamique, Mohammad Ali Jafari, avait affirmé que si l'Iran était attaqué par Israël ou les États-Unis, il fermerait le détroit. Cependant, la focalisation sur Ormuz occulte un peu le fait que le système fonctionne en quelque sorte comme un sablier : Ormuz au nord-est, Bab el-Mandeb au sud-ouest. Bab-el-Mandeb est un détroit de la mer Rouge reliant celle-ci au golfe d'Aden, et séparant Djibouti et l'Érythrée, en Afrique, du Yémen, sur la péninsule Arabique. Le détroit est aussi un verrou stratégique important et l'un des couloirs de navigation les plus fréquentés au monde, dans la mesure où il se trouve sur l'itinéraire empruntant la mer Rouge et le canal de Suez. Il concentre plus de 10 % du trafic maritime mondial, dont 75 % des exportations européennes ; il constitue un corridor énergétique entre Golfe, Europe et Asie, et le point où se rejoignent routes pétrolières, flux céréaliers et logistique containerisée. Pour le commerce entre l'Europe du Nord et l'Asie, l'alternative passe par… le cap de Bonne-Espérance, soit un détour de 6 500 km ! Partant, lorsque Bab el-Mandeb se ferme… Suez cesse d’exister. Pour l’Iran, l’équation est limpide : s’il existe un second Ormuz, c’est bien Bab el-Mandeb. Prochain article : Au Yémen, le pari houthi

Les Iraniennes découvrent leurs visages que les mollahs ne sauraient voir

Le pouvoir des mollahs serait-il en train de lâcher du lest sur le port du voile islamique obligatoire ou bien accorde-t-il un assouplissement passager pour calmer une population excédée ? Une chose est sûre: ces dernières années, les femmes ont bravé de plus en plus les règles strictes de la République islamique alors qu’un vent de liberté souffle dans les rues iraniennes. Des femmes qui dansent dans une fête ou discutent dans des cafés... Sans foulard. Des images encore inimaginables il y a peu se multiplient Nattes, cheveux bouclés ou peroxydés s'affirment aujourd'hui dans l'espace public, au milieu de femmes plus traditionnelles arborant le hijab ou le tchador. Ce phénomène, davantage visible ces derniers mois à Téhéran et dans les grandes villes, touche désormais toutes les générations à de divers degrés. Certaines femmes arborent aussi davantage de tenues plus serrées ou laissant apparaître épaules, jambes ou nombril, au grand dam de certains conservateurs qui fustigent ce qu'ils appellent leur "nudité". Elles sont pourtant de plus en plus nombreuses à se montrer tête nue en public, en dépit de la répression ayant frappé en 2022 et 2023 le mouvement de contestation "Femme, Vie, Liberté", après la mort en détention de la jeune Kurde Mahsa Amini, arrêtée par la police des mœurs pour non-respect du strict code vestimentaire en vigueur. Un pouvoir divisé L'assouplissement, relatif, intervient alors que l'Iran est sorti affaibli de la guerre de 12 jours en juin dernier contre Israël, et que se profile la succession du guide suprême iranien Ali Khamenei, au pouvoir depuis 1989 et âgé de 86 ans. Le port du voile reste cependant un sujet de division, y compris au sein du pouvoir. Le président Massoud Pezeshkian considère que l'on ne peut pas contraindre une femme à porter le voile. Son administration a refusé l'an dernier de promulguer une loi, votée au Parlement, qui prévoyait un durcissement drastique des peines à l'encontre des femmes non ou mal voilées. Les autorités iraniennes ont certes lâché du lest sur le port du voile en public, mais elles ne sont pas pour autant prêtes à renoncer à ce pilier de la République islamique, relèvent des analystes et des militants, avertissant qu'un brusque retour de bâton est possible. Selon Arash Azizi, de l'université Yale aux États-Unis, "le régime a renoncé à faire respecter une application stricte du port du voile obligatoire, mais il n'a pas du tout renoncé au principe lui-même". "Ce serait une énorme concession idéologique qu'il n'est pas prêt à faire. Mais il sait qu'il sera très difficile de faire rentrer le génie dans la bouteille", ajoute le chercheur. Le cabinet du guide suprême lui-même a été critiqué par certains ultraconservateurs après avoir publié en novembre la photo de Niloufar Ghalehvand, une professeure de pilates tuée pendant la guerre avec Israël, la montrant sans voile, juste avec une casquette de baseball. Lors de la semaine du design à l'Université de Téhéran en novembre, on pouvait voir des femmes sans voile se promenant dans les expositions. Toutefois, la manifestation a dû fermer ses portes plus tôt que prévu après des protestations de dignitaires religieux. Répression intensifiée Le chef de l'autorité judiciaire, Gholamhossein Mohseni Ejeï, a ainsi déclaré que les agences de renseignement devaient signaler "les réseaux promouvant l'immoralité et le non-port du voile", promettant que ses services prendraient des mesures. Début décembre, le guide suprême a défendu le hijab dans une allocution, déclarant que les femmes portant le voile "progressaient davantage que les autres dans tous les domaines et jouaient un rôle actif dans la société et dans leurs foyers". Si les images de femmes dévoilées et joyeuses peuvent donner une impression de liberté ambiante, la répression s'est cependant intensifiée ces derniers mois après la guerre avec Israël, préviennent les organisations militantes. Plus de 1.400 exécutions ont déjà eu lieu cette année, selon des ONG et des groupes, notamment les Baha'ís, la plus grande minorité religieuse non musulmane d'Iran, subissent une persécution accrue. La prix Nobel de la paix 2023 Narges Mohammadi, qui était en liberté provisoire depuis décembre 2024 et ne se couvre jamais la tête, a été de nouveau interpellée le 12 décembre à Mashhad après avoir pris la parole lors d'une cérémonie en hommage à un avocat retrouvé mort début décembre.

Quand le souverainisme est dénoncé et le populisme récompensé

Au Liban, la politique ne se mesure plus aux résultats obtenus ni à la protection des intérêts nationaux, mais plutôt à la force de la voix, à l'intensité de la rhétorique et à la capacité d'un responsable à apaiser les instincts d'une population divisée et exaspérée. Dans ce contexte, tout ministre qui privilégie le calme, la réflexion posée et l'abnégation devient une cible potentielle d'accusations incessantes. C'est précisément le cas du ministre des Affaires étrangères, Youssef Raji, victime d'une campagne de critiques indissociable d'une crise plus profonde qui affecte le concept même d'État. Depuis sa prise de fonctions au ministère des Affaires étrangères, M. Raji n'a pas agi comme un ministre « populiste » et n'a jamais cherché à instrumentaliser sa fonction à des fins rhétoriques ou pour marquer des points politiques. Il a traité le ministère des Affaires étrangères comme un ministère souverain chargé de protéger la position du Liban à un moment critique de la conjoncture régionale, et non comme une tribune pour des manœuvres politiques. Ce choix, qui devrait aller de soi, est devenu un motif d'accusation au Liban, car la culture politique dominante considère désormais les prises de position péremptoires comme une preuve de courage, l'imprudence comme un signe de faiblesse ou de complicité. Les attaques contre Youssef Raji ne reposent pas sur une évaluation juste de son action, mais plutôt sur une comparaison injuste entre ses actes et ce que ses adversaires souhaiteraient qu'il fasse. On lui reproche de ne pas tenir de propos incendiaires, de ne pas susciter d'espoirs irréalisables et de refuser d'entraîner le Liban dans des conflits qu'il ne peut supporter. Or, ce qui est présenté comme une « faiblesse » n'est rien d'autre qu'une compréhension réaliste de la taille réelle du Liban et des rapports de force qui régissent la région. Le Liban d'aujourd'hui est un État au bord de l'effondrement : une économie dévastée, des institutions fragiles, de profondes divisions politiques et des armes hors de son contrôle qui entravent sa souveraineté. Dans ce contexte, la politique étrangère devient le dernier rempart de ce qui reste de l'État. Toute erreur de jugement, toute déclaration imprudente pourrait isoler davantage le Liban sur la scène internationale, ou le plonger dans une confrontation à laquelle il n'a ni les moyens ni les ressources pour faire face. Youssef Raji comprend cette réalité et la gère avec finesse diplomatique, et non par populisme. Il serait injuste de tenir le ministre des Affaires étrangères responsable de trente années de politiques inefficaces. Raji n'a pas hérité d'un État stable ni d'un réseau de relations solides. Il a hérité, en revanche, de l'image d'un État manquant de crédibilité, perçu avec suspicion par la communauté internationale, qui hésite à s'engager avec lui. Dans cette marge de manœuvre réduite, il s'efforce de réparer ce qui peut l'être, de maintenir un minimum de communication avec la communauté internationale et d'éviter une rupture totale des relations, dont les conséquences seraient catastrophiques pour le Liban. Plus important encore, Youssef Raji n'a pas utilisé sa fonction pour régler des comptes internes, ni transformé le ministère des Affaires étrangères en un instrument de lutte politique locale. Il n'a pas tenu de discours clivant, ni présenté le Liban comme un outil dans un conflit régional. Au contraire, il a cherché à instaurer un discours reflétant l'idéal de l'État, même si celui-ci est faible et fragmenté. Ce comportement, qui devrait être la norme pour tout ministre des Affaires étrangères, suscite suspicion et accusations au Liban, car ceux qui sont habitués à la logique de la domination ne sont pas rassurés par la logique de l'équilibre. Défendre Youssef Raji ne signifie pas prétendre qu'il est infaillible, ni que son action est au-dessus de toute critique. La critique est un droit, et la responsabilité un devoir. Mais ce qui se passe aujourd'hui dépasse la simple critique : il s'agit d'une mise à l'épreuve des intentions, d'une tentative de démanteler tout modèle de responsable politique qui ne recourt pas à une rhétorique populiste. On attend du ministre des Affaires étrangères qu'il soit le porte-parole de la colère populaire, et non le garant des intérêts nationaux, et qu'il apaise une opinion publique éphémère, même au détriment de l'avenir du pays. En ces temps sombres pour le Liban, le calme devient un acte de résistance, et la diplomatie un choix courageux, non un signe de faiblesse. Défendre Youssef Raji, c'est défendre l'idée que le Liban est encore capable, malgré tout, de former des dirigeants qui agissent selon la logique de l'État, et non sous l'emprise du sectarisme, et en fonction des intérêts nationaux, et non de leurs instincts. Ce choix sera peut-être impopulaire et ne suscitera peut-être pas d'applaudissements immédiats, mais c'est la seule option susceptible de protéger le Liban d'un effondrement plus profond. Et dans un pays habitué à punir la raison et à récompenser la folie, défendre la diplomatie devient un combat en soi.

Le super cycle des matières premières: la nouvelle ruée vers l'or

Depuis près de deux ans, les investisseurs observent la progression spectaculaire des cours de l’or et de l’argent, parfois avec incrédulité. Depuis décembre 2023, le cours de l’or a plus que doublé, passant d’environ 2 000 dollars l’once à près de 4 300 dollars, tandis que l’argent a flambé de 26 à 63 dollars, avec une accélération marquée au cours du second semestre 2025. Si les niveaux actuels se maintiennent jusqu’à la fin de l’année, les deux métaux devraient enregistrer leur meilleure performance annuelle depuis 1979, au tout début du précédent grand cycle des métaux précieux. L’or et l’argent ne sont d’ailleurs pas les seuls concernés. Le platine et le palladium ont également fortement progressé, le cuivre affiche une hausse proche de 50 %, et un large éventail de minerais stratégiques connaît une année exceptionnelle. Alors que les investisseurs particuliers se ruent sur ces marchés par crainte de « rater le coche », et que des flux massifs se dirigent vers les fonds indiciels adossés à l’or et à l’argent, deux questions s’imposent naturellement : Qu’est-ce qui explique ces hausses spectaculaires ? Ce cycle est-il fondamentalement différent de ceux qui l’ont précédé ? Tout observateur des matières premières ayant traversé plusieurs cycles affirmera avoir déjà vu ce scénario. Des chocs stagflationnistes des années 1970 au supercycle porté par la Chine dans les années 2000, et qui culmina en 2011, les matières premières ont longtemps obéi à une mécanique bien connue : la demande s’accélère, l’offre réagit avec retard, les prix s’emballent, puis le cycle se retourne. Dans cette lecture, les matières premières demeurent fondamentalement dépendantes du contexte macroéconomique et des lois classiques de l’offre et de la demande. Le cycle 2024–2025 échappe à ce schéma. Ce qui distingue la phase actuelle est la convergence simultanée de forces structurelles qui n’avaient encore jamais opéré ensemble à une telle échelle. Ces forces ne sont pas conjoncturelles. Elles sont politiques, financières et systémiques, et elles redéfinissent en profondeur les fondements mêmes des marchés des matières premières. Dé-dollarisation et dégradation des finances publiques américaines Le premier pilier de cette nouvelle architecture est à la fois monétaire et géopolitique. Le pivot stratégique des États-Unis, récusant la mondialisation pour privilégier une logique protectionniste, a profondément modifié la perception mondiale du leadership Américain. Une approche désormais plus transactionnelle — et parfois ouvertement conflictuelle — des relations internationales a fragilisé des alliances de longue date et incité de nombreux États à reconsidérer leur dépendance aux États-Unis, tant comme pilier géopolitique que comme contrepartie financière. Parallèlement, la persistance de déficits budgétaires élevés et l’envolée de la dette publique ont ravivé les interrogations sur la soutenabilité à long terme des finances américaines. Pour de nombreuses banques centrales, l’association d’une instabilité géopolitique croissante et d’une dégradation budgétaire soulève des doutes inédits quant à la solidité des bons du Trésor américain et au rôle du dollar comme actif de réserve incontesté. La réaction a été sans ambiguïté : une diversification accélérée hors du dollar, au profit de l’or. Selon le World Gold Council, les banques centrales ont acheté plus de 1 000 tonnes d’or en 2023, 1 044 tonnes en 2024, et devraient atteindre 750 à 900 tonnes en 2025, des niveaux très supérieurs à la moyenne annuelle de 400 à 500 tonnes par an observée avant 2022. Il ne s’agit pas d’achats tactiques. Il s’agit d’une recomposition structurelle des bilans souverains. Cette dynamique constitue le premier socle d’un cycle des matières premières désormais porté non plus uniquement par la croissance économique, mais par une érosion de la confiance dans l’architecture financière qui a structuré l’économie mondiale au cours des quarante dernières années. La militarisation des chaînes d’approvisionnement Pendant des décennies, la mondialisation reposait sur une hypothèse simple : l’interdépendance économique réduisait les risques de conflit et améliorait l’efficacité globale. Les chaînes d’approvisionnement étaient optimisées pour le coût et l’échelle, non pour la résilience ou la souveraineté. Cette hypothèse ne tient plus. À la suite des guerres commerciales, des sanctions, des interdictions d’exportation et du gel d’avoirs souverains, les États ont tiré une conclusion lucide : le contrôle des ressources physiques est un levier de puissance. Les matières premières — en particulier les métaux essentiels à l’énergie, à la technologie et à la défense — ont ainsi basculé du champ de l’économie de marché vers celui de la sécurité nationale. La Chine a été la plus explicite dans cette stratégie, utilisant les contrôles à l’exportation sur les minerais critiques et les technologies de transformation pour convertir sa domination industrielle en levier géopolitique. Ces mesures ne visent pas à maximiser les recettes à court terme, mais à préserver une marge de manœuvre stratégique. La conséquence est majeure : le prix n’est plus l’unique mécanisme d’équilibrage des marchés. Même lorsque l’offre existe, l’accès n’est plus garanti. Les marchés mondiaux, autrefois intégrés, se fragmentent désormais en blocs régionaux et politiques. Dans ce contexte, la rareté ne se lit pas toujours dans les stocks visibles, mais dans la capacité — ou non — d’acheter, au moment voulu et aux conditions souhaitées. Les mécanismes d’arbitrage qui assuraient autrefois l’unification des marchés mondiaux se grippent. Les limites physiques de la substitution Lors des cycles précédents, la hausse des prix favorisait les substitutions, les gains d’efficacité et l’optimisation des matériaux, ce qui finissait par contenir les tensions. Aujourd’hui, dans de nombreux métaux critiques, ces marges de manœuvre s’amenuisent. Dans le solaire photovoltaïque, les charges en argent atteignent déjà des limites physiques, et les nouvelles technologies à haut rendement augmentent même l’intensité en argent par panneau. Dans les catalyseurs automobiles, la substitution entre platine et palladium est largement arrivée à maturité et se heurte à des contraintes chimiques et réglementaires. Dans les batteries, les intensités matérielles se rapprochent de seuils théoriques minimaux, laissant peu de place à de nouvelles réductions sans compromis de performance. Parallèlement, l’offre minière perd en élasticité. Les teneurs des gisements diminuent, les délais d’obtention des permis s’allongent sur plusieurs décennies, et les contraintes environnementales freinent l’expansion rapide des capacités. Il en résulte un système dans lequel la demande peut croître plus vite que l’offre ne peut s’ajuster, quel que soit le niveau des prix. Il ne s’agit pas d’un goulet d’étranglement temporaire, mais d’un plafond structurel. La combinaison de ces trois forces — réalignement monétaire, fragmentation géopolitique et contraintes physiques — dessine une nouvelle architecture des marchés des matières premières. Dans un monde où les chaînes d’approvisionnement sont instrumentalisées, où les monnaies sont remises en question et où la substitution atteint ses limites, les matières premières ne se comportent plus comme de simples actifs cycliques. Elles deviennent des actifs stratégiques. Les règles du jeu ont changé. Ce supercycle — ciblé, inégal et profondément politique — est d’une nature radicalement différente. Quid du futur ? L’or, métal d’investissement par excellence L’or occupe une place singulière parmi les matières premières. Sa demande est avant tout financière, qu’elle émane des banques centrales ou des portefeuilles d’investissement. Contrairement aux métaux industriels, l’or ne dépend pas de la croissance économique pour justifier son rôle. Il dépend de la confiance — ou plus précisément, de sa disparition. La demande d’investissement est, par nature, potentiellement illimitée, tandis que l’offre reste structurellement contrainte. Dans ce contexte, fixer des objectifs de prix précis relève davantage de l’illusion que de l’analyse, d’autant plus que l’appétit des investisseurs particuliers chinois ajoute une dimension supplémentaire à la demande mondiale. L’histoire, toutefois, offre un référentiel comparatif. Entre 2001 et 2011, l’or est passé d’environ 250 dollars l’once à 1 921 dollars, soit une hausse de 768 %. Dans les années 1970, il a progressé de 100 dollars à 873 dollars en moins de quatre ans, soit un appréciation de +873 %. Dans le cycle actuel, l’or est passé d’un point bas proche de 1 046 dollars en 2015 à environ 4 300 dollars aujourd’hui, une hausse de l’ordre de 411 %. Un mouvement considérable, mais certainement pas exceptionnel au regard des précédents historiques. La question centrale n’est donc pas de savoir si l’or est allé trop loin, mais si les forces structurelles qui soutiennent la demande sont épuisées. Les déséquilibres budgétaires persistent, la fragmentation géopolitique s’accentue, et la crédibilité des monnaies fiduciaires est mise à l’épreuve comme rarement auparavant. Même si les marchés financiers restent par naturenotoirement imprévisibles, l’ensemble de ces éléments suggère que le cycle haussier de l’or est loin d’être achevé. L’argent, un « or » industriel Si l’or constitue l’ancre du système, l’argent en est l’accélérateur. Alliant demande monétaire et usages industriels, l’argent est structurellement plus volatil — et historiquement plus explosif — en phase avancée de cycle. Son offre est particulièrement contrainte : environ 70 % de la production mondiale provient de sous-produits d’autres métaux, ce qui limite fortement sa capacité d’ajustement aux signaux de prix. Par ailleurs, l’argent est au cœur de l’électrification, du solaire et de l’électronique avancée — des secteurs activement soutenus par les politiques publiques. Le marché physique affiche ainsi un déficit depuis quatre années consécutives. Lorsque la demande financière et la demande industrielle progressent simultanément, l’argent ne s’ajuste pas graduellement. Il décale brutalement. Dans les années 1970, son cours est passé de 1,50 dollar l’once à près de 50 dollars, soit une hausse de plus de 3 000 %. Entre 2001 et 2011, il a bondi de 4 à près de 50 dollars, enregistrant une performance supérieure à 1 100 %, largement supérieure à celle de l’or. Dans le cycle actuel, l’argent est passé de 13,60 dollars en 2016 à 63 dollars environ aujourd’hui, soit une hausse proche de 460 %. À l’aune de l’histoire, la phase actuelle semble plutôt précoce que tardive. Conclusion Un changement de régime structurel, pas de cycle économique Le marché des métaux en 2025 n’est plus cyclique. Il est devenu structurel. Pendant quarante ans, les investisseurs ont raisonné sur la base d’un commerce ouvert, d’une offre élastique, d’arbitrages efficaces et de substitutions technologiques. Ces quatre hypothèses s’effondrent aujourd’hui — simultanément. La géographie prime désormais sur la géologie. La politique l’emporte sur les niveaux de prix. La disponibilité physique prévaut sur les contrats papier.

Dans les anciennes geôles de Bachar… on tourne des séries télévisées

Des drames du passé aux arts dramatiques. Les lieux tristement célèbres de l’époque des Assad, père et fils, accueillent désormais des caméras et autres matériels cinématographiques. Que ce soit à Saydnaya ou à Mazzé, acteurs et réalisateurs ont remplacé les tortionnaires qui servaient avec zèle les intérêts de l’ancien régime syrien. Beaucoup de séries en tournage ont choisi de filmer des scènes dans les sites militaires ou les quartiers généraux des services de sécurité qui symbolisaient le régime de terreur. Comme l'aérodrome de Mazzé, qui abritait un centre de détention des services de renseignement de l'armée de l'air, connus pour leur cruauté. Les « Moukhabarat » des forces aériennes constituaient le principal pilier du régime de l’ancien pilote officier Hafez al Assad, converti en président de la République arabe syrienne pendant plusieurs décennies. D'autres scènes ont été tournées à la "branche Palestine", l'une des sections les plus redoutées des services de renseignement. Ici, les caméras et les techniciens encombrent désormais les bureaux où les personnes arrêtées étaient soumises aux pires sévices lors de leur interrogatoire. Beaucoup ne donnaient plus jamais signe de vie. Retours de l’exil A l'aérodrome militaire de Mazzé, près de Damas, un hélicoptère atterrit lentement: sur les lieux où des Syriens étaient détenus et torturés, on tourne une série relatant, à travers l'histoire d'une famille, les derniers mois du pouvoir de Bachar al-Assad. "Il est difficile d'imaginer qu'on filme ici", reconnaît Mohammad Abdel Aziz, le réalisateur du feuilleton "La famille du roi". "L'aéroport de Mazzé était le symbole de la force militaire, aujourd'hui on y réalise un feuilleton qui raconte la chute de cette force", ajoute-t-il tout en donnant ses instructions par talkie-walkie à l'équipe de tournage. La scène raconte la fuite d'une personnalité du pouvoir de Bachar al-Assad - qui avait lui-même trouvé refuge en Russie lorsque Damas est tombée, il y a un an, aux mains de rebelles islamistes. Depuis, des dizaines d'acteurs et de réalisateurs en exil en raison de leur opposition à l'ancien dictateur sont revenus en Syrie, donnant une véritable impulsion à leur industrie. Devant le bâtiment, c'est un véritable champ de bataille: voitures calcinées, explosions, fumée des effets spéciaux... l'équipe reconstitue "la libération de détenus au moment de l'effondrement des services de sécurité", explique le réalisateur. Le jour de la chute de Damas, le 8 décembre 2024, des centaines de personnes avaient pris d'assaut les locaux des services de sécurité et les portes des cellules avaient été ouvertes. La luxueuse résidence de Bachar al-Assad, dans le quartier huppé de Malki, avait été envahie par une foule en colère, puis saccagée et pillée. Pour combien de temps encore ? L'une des scènes de "La famille du roi", montrant une bagarre impliquant 150 personnes et des tirs, se déroule devant cette résidence. Il aurait été "impensable" de faire cela par le passé, quand les abords des lieux étaient strictement interdits aux Syriens, relate le réalisateur. Dans une maison traditionnelle du vieux Damas où l'on monte la série, Maan Sabqani, le scénariste, discute avec le réalisateur de l'ordre des scènes. Alors que la production était sévèrement censurée sous Bachar al-Assad, M. Sabqani indique que les autorités actuelles ont maintenu un comité de censure au ministère de l'Information, mais qu'il s'est borné à "de simples remarques" à la lecture du scénario avant de donner son autorisation. Il se demande cependant si cette liberté relative perdurera. "Nous sommes dans l'attente de voir comment seront traitées les œuvres qui seront diffusées pendant le Ramadan", admet l'écrivain de 35 ans. La prise du pouvoir par l’actuel président syrien Ahmad al-Chareh suscite toujours des peurs et des interrogations. Le passé jihadiste de celui qui fut « Abou Mohammed al-Joulani » et, surtout, les massacres de civils appartenant à des minorités religieuses contribuent à la controverse autour du personnage. Mais, pour le moment, le pouvoir et la population semblent espérer un redressement économique pour rebâtir un pays miné depuis 2011 par la guerre civile. « Abattoir humain » "Les Syriens ennemis" raconte l'amère expérience de la population avec les services de renseignement, qui ont instauré un régime basé sur la délation et la peur. "La sortie vers le puits", relate la mutinerie en 2008 dans la prison de Saydnaya, symbole des pires exactions. Des dizaines de détenus avaient été tués à l'époque dans cette prison proche de Damas, qualifiée par Amnesty International d'"abattoir humain". Le scénario était prêt depuis plus de deux ans mais la "peur" des acteurs avant la chute de l'ancien dictateur et l'impossibilité de tourner en Syrie avaient empêché la réalisation du projet, dit son réalisateur Mohammad Loutfi. Aujourd'hui, explique-t-il, les nouvelles autorités "ont fourni un soutien logistique pour le tournage dans la prison même, ce qui aurait été impensable" par le passé.