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Étude

«L’Empire iranien» : anatomie d’une chute (1/5)

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Deux effigies symboliques géantes, représentant un général des Gardiens de la révolution islamique et un guerrier perse antique, ont été dévoilées le 7 novembre 2025, pour l'inauguration d'une sculpture de l'empereur romain Valérien s'agenouillant devant Chapour Ier, roi des rois sassanide. La République islamique s'appuie sur les symboles nationaux et des éléments du patrimoine perse antique pour renforcer le sentiment de solidarité nationale et susciter l'adhésion du public à sa politique. (Morteza Nikoubazl/NurPhoto via AFP)
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Par Michel Hajji Georgiou
Publié déc. 19, 2025 - 11:45

L’année 2025 a été une année-charnière au Moyen-Orient dans la mesure où elle a fait voler en éclats un projet en gestation depuis le début des années 1980 - incluant le parti al-Daawa en Irak, le Hezbollah au Liban et le régime Assad en Syrie - Michel Seurat avait été l’un des premiers à en parler dans ses articles. Plus tard, dans les années 2000, le Hamas à Gaza et les houthis au Yémen ont rejoint cette dynamique, qui a également tenté de s’implanter au Bahreïn durant le printemps arabe de 2011. C’est d’ailleurs en 2005-2006, après le déboulonnement de Saddam Hussein en Irak, l’assassinat de Rafic Hariri, la guerre de juillet 2006 et la mise au pas progressive du Fateh par le Hamas à Gaza que le projet du « croissant chiite » iranien se met véritablement en place dans la réalité… avant de recevoir une légitimité de facto en 2015 à travers le Plan d’action global commun sur le nucléaire iranien, « cadeau » en or de Barack Obama qui a profité aux visées impérialistes des mollahs.

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Depuis un quart de siècle, la politique régionale de Téhéran a obéi à une logique claire comme de l’eau de roche : s’installer sur les goulots et les corridors du Moyen-Orient, transformer les détroits, les routes terrestres et les enclaves en instruments de chantage stratégique, et bâtir autour de l’Iran une profondeur défensive faite de milices, de régimes captifs et de morceaux d’États. D’un côté, les détroits : Ormuz à l’est, Bab el-Mandeb au sud de la mer Rouge, et, de l’autre, les corridors terrestres : Téhéran – Bagdad – Damas – Beyrouth. Puis un troisième étage, longtemps sous-estimé : Gaza, point de pression intérieur sur Israël, mais aussi sur l’Égypte.

Enfin, une tectonique peu comprise car jamais suffisamment expliquée : « l’alliance des minorités » qui a structuré le Levant durant un demi-siècle — et dont Israël s’est accommodé aussi longtemps qu’elle garantissait un ordre prévisible.

Et puis… le 7 octobre 2023, dans un geste suicidaire, un certain Yahya Senouar a précipité ce projet dans l’abîme, emportant après lui les hauts cadres du Hezbollah et le Hamas. Et, en décembre 2024, l’Empire iranien s’est réveillé avec le coup de grâce - la chute de Damas, avec la fuite de Bachar el-Assad, lâché par ses soldats et ses alliés. L’effondrement de l’axe a conduit tout naturellement à ce que le coeur de l’empire soit lui-même attaqué, le haut-commandement des Pasdaran soit lui-même éradiqué par Israël et le programme nucléaire laminé.

Retour sur le projet impérialiste iranien, à présent émietté, mais toujours capable de nuire, à travers une approche géopolitique.

Bab el-Mandeb : l’autre gorge du monde

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Les analyses scolieuses commencent généralement par le détroit d’Ormuz, voie d'accès et partie la plus orientale du golfe Persique. Ormuz constitue en effet un point stratégique vital, puisqu’il représente une voie commerciale essentielle du trafic international, empruntée par plus de 30 % du commerce mondial de pétrole.

Outre Oman, les Émirats arabes unis et l'Iran, le détroit commande l'accès à d'autres pays producteurs d'hydrocarbures aussi importants que l'Irak, le Koweït, l'Arabie saoudite, Bahreïn et le Qatar. Non moins de 2 400 pétroliers y transitent chaque année, pour un volume d'environ 17 millions de barils de pétrole par jour. C’est donc un couloir d’échanges fondamental, en tant qu’unique voie de sortie satisfaisante pour le pétrole saoudien, iranien et émirati (soit un quart de la production mondiale de pétrole brut).

Les options pour exporter le pétrole en contournant le détroit sont limitées et ces exportations ne peuvent être qu’en quantité limitée. L’Iran, frontalière du détroit, peut en bloquer l’accès. Ce n’est pas pour rien que, le 29 juin 2008, le commandant du Corps des Gardiens de la révolution islamique, Mohammad Ali Jafari, avait affirmé que si l'Iran était attaqué par Israël ou les États-Unis, il fermerait le détroit.

Cependant, la focalisation sur Ormuz occulte un peu le fait que le système fonctionne en quelque sorte comme un sablier : Ormuz au nord-est, Bab el-Mandeb au sud-ouest.

Bab-el-Mandeb est un détroit de la mer Rouge reliant celle-ci au golfe d'Aden, et séparant Djibouti et l'Érythrée, en Afrique, du Yémen, sur la péninsule Arabique. Le détroit est aussi un verrou stratégique important et l'un des couloirs de navigation les plus fréquentés au monde, dans la mesure où il se trouve sur l'itinéraire empruntant la mer Rouge et le canal de Suez. Il concentre plus de 10 % du trafic maritime mondial, dont 75 % des exportations européennes ; il constitue un corridor énergétique entre Golfe, Europe et Asie, et le point où se rejoignent routes pétrolières, flux céréaliers et logistique containerisée.

Pour le commerce entre l'Europe du Nord et l'Asie, l'alternative passe par… le cap de Bonne-Espérance, soit un détour de 6 500 km !

Partant, lorsque Bab el-Mandeb se ferme… Suez cesse d’exister.

Pour l’Iran, l’équation est limpide : s’il existe un second Ormuz, c’est bien Bab el-Mandeb.

Prochain article : Au Yémen, le pari houthi

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