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Analyse

Sommes-nous devenus plus stupides?

Ou vivons-nous une transformation de la structure du savoir?
Portrait de l'auteur
Par Mona Fayad
Publié sept. 5, 2026 - 20:01
La question «Le monde est-il devenu plus stupide?» revient régulièrement dans les débats contemporains sur les médias numériques, les moteurs de recherche et les réseaux sociaux. Elle paraît simple en apparence, mais dissimule une problématique plus profonde, liée à la nature même du savoir: comment est-il produit, comment est-il transmis et comment est-il consommé? Peut-être que la question «Sommes-nous devenus plus stupides?» n’est pas la plus juste. Il faudrait plutôt demander: le savoir se transmet-il encore d’une manière qui permette de le comprendre et de le rendre productif? La majorité de ceux qui lisent reviennent-ils encore aux textes originaux? Ou se tournent-ils vers leurs résumés et vers ce qui en est rapporté à travers ce qui circule entre les lecteurs? L’une des clés permettant de comprendre ce phénomène se trouve dans les travaux du psychologue britannique Frederic Bartlett, qui mena dans les années 1930 une série d’expériences sur ce qu’il appelait la «reproduction sérielle». Dans ces expériences, on demandait à une personne d’écouter une histoire puis de la raconter à une autre, qui la racontait à son tour à une troisième, et ainsi de suite. Les résultats furent frappants: à chaque nouvelle transmission, l’histoire n’était pas reproduite telle quelle, mais reformulée. Certains détails disparaissaient, d’autres étaient amplifiés, d’autres encore remplacés par des éléments correspondant au contexte, à l’expérience et à la culture du destinataire. Lorsque la chaîne atteignait un nombre suffisant de relais, l’histoire originale était devenue quelque chose de tout à fait différent. Ce modèle simple met au jour une vérité fondamentale: la mémoire n’est pas un réceptacle neutre, mais un mécanisme de reconstruction. Et lorsque le savoir passe par de multiples intermédiaires, il n’est pas «conservé», mais «reproduit». C’est ici que commencent à apparaître les ressemblances avec notre monde contemporain, ainsi que la crainte de devenir plus stupides. À l’ère des médias numériques, le savoir ne se transmet plus par l’écoute orale, mais à travers des chaînes de médiation: un article est résumé, puis cité, puis republié sous la forme d’un bref post, avant d’être encore réduit à une phrase ou à un titre. Dans ce contexte, on peut reprendre une image métaphorique apparue dans un texte de presse: celle d’une bibliothèque dont les livres seraient remplacés par des résumés, puis par des résumés de résumés, jusqu’à ce que le lecteur se retrouve face à des couches successives de réduction, dans ce que l’on pourrait appeler la «chaîne du raton laveur», qui ne lit pas l’original mais fouille dans ses restes. Il faut préciser ici que le choix du «raton laveur» n’est pas fortuit. Cette métaphore condense symboliquement une situation cognitive qui tend à s’enraciner. Cet animal, qui vit à la périphérie des villes et fouille dans les poubelles, ne produit pas sa nourriture: il se nourrit des restes de ce que les autres produisent. Malgré son intelligence pratique et son aptitude à démonter, saisir et récupérer les choses, il ne comprend pas véritablement ce qu’il a entre les mains, mais les traite comme des matériaux destinés à un usage immédiat. Ainsi se présente le savoir à l’époque de la réduction en série: des textes sont abrégés, puis abrégés de nouveau, jusqu’à ce qu’il n’en subsiste que des miettes de sens, réorganisées et remises en circulation sans véritable lien avec leur source. À ce stade, nous ne nous sommes pas seulement éloignés de l’original: nous sommes entrés dans une nouvelle phase de production de l’information ou du savoir, où l’acteur cognitif n’est plus un lecteur ou un penseur, mais un ramasseur de fragments de sens qu’il redistribue sous des formes rapidement consommables. La «culture du raton laveur» ne désigne donc pas seulement la superficialité. Elle décrit avec précision la dégradation de la chaîne même du savoir, de la création au résumé, de la compréhension au traitement formel, des idées à ce qui n’est plus que leur trace pâlie. Mais ce phénomène ne peut être compris indépendamment de la structure technique qui le gouverne. C’est ici qu’intervient Marshall McLuhan, qui résumait sa pensée dans la célèbre formule: «Le médium est le message.» Le problème ne réside donc pas seulement dans le contenu, mais dans la forme à travers laquelle ce contenu est transmis. Les médias numériques contemporains ne se contentent pas de transporter l’information: ils la remodèlent selon une logique de vitesse, de condensation et de fragmentation. Le texte long devient impropre à la consommation, tandis que l’idée n’est admise qu’à condition d’être réduite à quelques lignes susceptibles d’être partagées. Cette transformation crée un paradoxe saisissant: nous vivons à une époque où l’accès au savoir n’est plus difficile, mais excessivement facile. Or cette facilité excessive fait apparaître ce que l’on pourrait appeler une «illusion cognitive»: il suffit de lire un court extrait ou un résumé rapide pour avoir le sentiment de posséder l’idée. Mais ce sentiment de maîtrise ne s’accompagne pas nécessairement d’une compréhension profonde ni de la capacité à reconstruire ou à critiquer le savoir. C’est ici qu’apparaissent ceux que l’on pourrait qualifier de «semi-instruits»: des individus qui possèdent les signes du savoir mais non sa structure, son vocabulaire mais non sa logique interne. Le problème se complique encore lorsqu’on l’examine sous l’angle de l’attention. Au lieu de demeurer dans un état de concentration prolongée, comme dans la lecture traditionnelle ou la réflexion soutenue, l’esprit vit désormais sous un bombardement informationnel continu: notifications, vidéos, titres et vagues successives de contenu. Cette situation ne produit pas seulement une dispersion de l’attention, mais la reconfigure selon une logique de saut permanent entre de brèves unités de sens, au lieu d’une construction progressive et cumulative de l’idée. Je me souviens ici d’une anecdote que nous nous racontions autrefois et qui circulait beaucoup au temps des manifestations populaires. Elle illustre bien le mécanisme de réduction et de transformation du contenu. Après l’occupation de la Palestine, de nombreuses manifestations populaires descendirent dans les rues en scandant: «À bas la déclaration Balfour!» La plaisanterie voulait qu’à la fin de la manifestation, le slogan soit devenu: «Qu’un type tombe d’en haut!», les deux formules ayant en arabe une proximité rythmique et sonore. Cette image permet peut-être de mieux saisir ce qui se passe dans le langage quotidien lorsque le savoir devient une série de messages courts répétés collectivement. La manifestation commence par une formule politique précise. Puis, sous l’effet de la répétition, de la fusion collective et du rythme sonore, elle se transforme progressivement en une autre formule, complètement différente. Celle-ci peut conserver le rythme et l’intensité affective de la première, mais elle en perd la signification et le sens originels. Ce qui subsiste n’est plus le sens, mais l’énergie émotionnelle de la formule. On retrouve ici, sous une autre forme, ce qu’avait observé Bartlett: ce qui importe n’est pas seulement ce qui a été dit, mais la manière dont cela a été répété et réinterprété dans un contexte social changeant. Si nous réunissons ces différents fils, nous pouvons dire que ce que nous vivons aujourd’hui relève moins d’un «effondrement de l’intelligence» que d’une transformation des conditions dans lesquelles elle se déploie. L’esprit humain n’a pas radicalement changé, mais l’environnement dans lequel il fonctionne, lui, s’est profondément transformé: nous sommes passés d’un environnement permettant l’accumulation lente à un environnement imposant une reproduction rapide et fragmentée du savoir. Ce changement crée une tension permanente entre deux formes de pensée: une pensée réflexive, qui a besoin de temps, et une pensée rapide, qui exige une réponse immédiate. À cette lumière, la question «Sommes-nous devenus plus stupides?» devient en partie trompeuse. Il serait sans doute plus juste de dire que nous sommes davantage exposés à des conditions qui rendent la pensée profonde moins stable, voire moins possible, et qui rendent le savoir plus vulnérable à la fragmentation et au recyclage. Quant à la stupidité, si le terme est permis, elle n’est peut-être pas une propriété de l’esprit, mais un effet secondaire et une caractéristique de la structure culturelle qui s’est mise en place. C’est une technique qui reconfigure notre rapport au monde. Ainsi, plutôt que d’y voir un déclin des capacités humaines, nous pouvons y voir une transformation de «l’environnement du savoir»: un environnement où il est devenu facile de savoir quelque chose, mais plus difficile de le comprendre véritablement, dans toute sa profondeur.
Opinion
Portrait de l'auteur
Par Youssef Mouawad - Publié sept. 5, 2026 - 13:25
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En 2010, Israël a intercepté avec violence le Mavi Marmara, un navire turc affrété par une ONG humanitaire pour venir en aide à la bande de Gaza, alors sous blocus israélien. Cet incident de trop fera éclater au grand jour l’animosité entre le gouvernement d’Erdogan et l’État hébreu. (AFP)
La guerre ne s’est pas encore interrompue dans notre sud qu’elle risque de se déclencher chez nos voisins. C’est dire que nous vivons en sursis et d’un conflit à l’autre. Et pour cause! Peu s’en fallut que le bombardement d’une base syrienne ne dégénérât en bataille rangée entre Ankara et Tel-Aviv. C’était le 18 août dernier et Benjamin Netanyahou n’y était pas allé de main morte: son pays n’allait pas tolérer un ancrage militaire turc susceptible de déborder vers le sud syrien. Le message était d’autant plus brutal que huit frappes avaient pris pour cible la base aérienne d’Abou al-Dhouhour, située à 70 kilomètres de la frontière turque. Rappelons, par ailleurs, que depuis la chute de Bachar el-Assad en décembre 2024, Erdogan est le principal mentor de la nouvelle Syrie, celle d’Ahmed al-Charaa, l’aidant à reconstruire ses forces armées et faisant d’elle un partenaire stratégique. Ce n’est plus la Syrie de Hafez el-Assad Est-ce ce regain de tension entre Ankara et Tel-Aviv qui a précipité une réunion entre le chef de la diplomatie syrienne, Assaad Chaïbani, et le chef du Mossad, Roman Gofman, le 23 août dernier en Jordanie? Or ce conciliabule n’a pas suscité une levée de boucliers dans le monde arabe comme l’avait fait la visite impromptue d’Anouar al-Sadate en Israël en 1977. Un tabou a été officiellement brisé et, de fait, qui aurait pu croire à la tenue d’une telle concertation sous le régime baasiste? L’État hébreu aurait dû s’en féliciter mais, contrairement à ce que l’on attendait, il n’a interrompu ni ses frappes aériennes ni ses incursions territoriales comme celles du 27 août à Quneitra. C’est que les choses ont changé. Sous Hafez el-Assad, la Syrie était une puissance régionale qui, sans être redoutable, était redoutée de ses voisins immédiats, pays arabes fussent-ils ou non. On évitait de lui chercher querelle et de ce fait elle mena, dans certaines limites, une politique étrangère agressive qui versait souvent dans la provocation. Et du coup, en vertu de l’autonomie de son action et des marges de manœuvre qu’elle s’octroyait, elle avait constitué, ne serait-ce que géographiquement, une zone tampon entre d’une part une Turquie «erdoganesque» affichant son islam décomplexé et d’autre part, un Israël, l’État consubstantiellement juif. Or voilà que, dans un pays éreinté par une gestion bassiste et saccagé par des années de guerre civile, la Turquie, s’étant mise à poser ses jalons, va indubitablement se retrouver nez à nez avec un Israël qui occupe une portion du territoire syrien. À quoi s’attendre ? Ayant pris en considération l’ego démesuré de Netanyahu comme celui d’Erdogan, et pour le cas où ces deux hommes d’État demeureraient à leurs postes respectifs, nous devons nous attendre à un duel épique sur le territoire syrien, libanais, jordanien, voire ailleurs. Ce combat sera fait de feintes, d’esquives, de coup fourrés mais également d’attaques frontales, de corps à corps et d’escalades de tension jusqu’au point de rupture. Et cela même si le rapport du Congressional Research Service de septembre 2025 estime que la confrontation directe entre la Turquie et Israël demeure peu probable, précisément parce que les deux États connaissent le coût d’une guerre, si celle-ci en venait à se déclarer. Toutefois, dans le domaine de la polémologie, les dirigeants et autres élites ne sont pas nécessairement des acteurs rationnels! D’autant plus, qu’aux yeux des observateurs israéliens, le slogan qui prévaut en Anatolie à savoir «Make Turkey great again» n’est pas de nature à rassurer l’État sioniste. Washington aura de plus en plus de mal à contenir ou à séparer les deux adversaires qui déjà se rangent en ordre de bataille. La Turquie, un nouvel Iran? Oui, c’est une hypothèse, mais uniquement dans un face à face avec Israël, la Syrie étant devenue du jour au lendemain une zone où «se chevauchent deux périmètres de sécurité», le Turc et l’Israélien, le musulman et le juif. Et il n’est pas à exclure que le militantisme chiite, ce mobilisateur de «proxies», n’en vienne à s’allier, ne serait-ce que momentanément, à une «version frériste» de l’islam politique prônée par Ankara! Nous aurions ainsi, et contre toute attente, un Hezbollah soutenu par son ennemi d’hier, Ahmed al-Charaa, un islamiste venu de Jabhat al-Nusra et Hayat Tahrir al-Cham! Contre l’adversaire commun, un renversement des alliances est toujours légitime et opportun. Mais ce ne serait là qu’une alliance tactique, dictée par les nécessités de l’heure et qui ne pourrait préjuger de l’avenir. Le nationalisme arabe ayant été évacué, la Turquie ne va pas se contenter de s’emparer économiquement du marché syrien fort de 25 millions de consommateurs: elle voudra exercer une influence politique à Damas et investir à cet effet son appareil militaire et sécuritaire. Le pouvoir bancal du président syrien, ne pouvant assurer certaines fonctions régaliennes ni encadrer les divers corps de l’État, fera nécessairement appel à l’expertise de son voisin du nord. Faut-il croire pour autant que ce dernier va être happé par la spirale de la «belligérance annoncée»? Tout s’y prête et l’on peut déjà percevoir les prémices d’un engrenage rappelant celui des États-Unis au Vietnam sous Lyndon Johnson. Car si l’État syrien compte se reconstituer, il aura en premier lieu besoin d’une armée en mesure de mater les tendances centrifuges des Alaouites, des Druzes et autres factions qui appellent au fractionnement du pays. Or c’est à Ankara d’y pourvoir et de renforcer l’autorité centrale sise à Damas. Mais Israël, qui a pris de mauvaises habitudes en Syrie et qui compte y conserver une liberté d’action aérienne, ne peut s’accommoder d’une armée structurée sur le modèle otanien et pouvant servir de proxy à une entreprise néo-ottomane. Et le Liban, de la primauté à la secondarité? Un nouveau décor est désormais planté pour un nouveau script qui définira de nouvelles règles du jeu ! Qu’adviendra-t-il du Hezbollah pris dans une souricière? Eh bien, il pourrait bénéficier, dans ce cas de figure, ne serait-ce qu’en partie, du soutien logistique de Damas, soutien qui lui a gravement manqué depuis la chute de Bachar el-Assad. Et peut-être que, par un déplacement des plaques tectoniques, le Liban passerait du statut de théâtre initial à celui de théâtre secondaire d’un conflit régional. Mais pour tout vous dire, ça nous fera une belle jambe!
L'Essentiel du jour
Portrait de l'auteur
Par LevantTime . - Publié sept. 5, 2026 - 00:55
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Le convoi du CICR transportant les civils libérés, parti de la zone occupée par Israël dans le sud du Liban, s'est rendu au point qui marque le début de la zone tenue par les autorités libanaises. (AFP)
Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a annoncé vendredi avoir transféré au Liban quatre nouvelles personnes relâchées par Israël, au lendemain de la libération d’un premier civil. Il s’agit de trois Libanais et de deux Syriens, selon le CICR. C’est la première fois qu’une telle opération a lieu depuis le début, en avril, des négociations entre le Liban et Israël, sous l’égide des États-Unis. Beyrouth avait demandé, lors de la dernière session de pourparlers en août, la libération d’un premier groupe de ses ressortissants capturés par Israël dans le sud du Liban, où celui-ci est en guerre avec le Hezbollah pro-iranien. Leur nombre est estimé par leurs proches à une trentaine, parmi lesquels figurent des combattants du mouvement islamiste. Le président libanais Joseph Aoun a remercié, dans un communiqué, les États-Unis et le CICR, et affirmé que cette libération «confirmait la pertinence de la position» du Liban, engagé avec Israël dans des négociations rejetées par le Hezbollah. Les États-Unis ont salué jeudi «le gouvernement d’Israël et le gouvernement du Liban pour avoir fait preuve de bonne foi à travers ces premières étapes», exprimant l’espoir que cela serve «de base à des discussions élargies sur d’autres questions civiles». Les deux pays doivent tenir une nouvelle session de négociations en septembre, à une date encore inconnue. Selon le bureau du Premier ministre israélien, l’annonce de jeudi «fait suite aux efforts déployés par Israël et le Liban pour localiser et rapatrier les dépouilles des dirigeants de la communauté juive qui avaient été enlevés et tués au Liban» entre 1984 et 1986. Intensification des frappes israéliennes Sur le terrain, des frappes israéliennes ont fait vendredi trois morts et 23 blessés dans le sud et l’est du Liban. Israël a intensifié vendredi ses frappes dans la région, après avoir annoncé jeudi soir avoir pris le contrôle de la crête montagneuse d’Ali Taher, qui servait de position stratégique au Hezbollah pro-iranien et qui surplombe notamment Nabatiyé. L’armée va désormais y renforcer ses positions afin d’«empêcher l’ennemi de reprendre position dans la zone», a déclaré le ministre israélien de la Défense, Israël Katz. Une frappe a également visé la région de Tyr, notamment le village de Rmadiyé, selon l’ANI. Pour Trump, la guerre en Iran, c’est de la «gnognotte» Concernant la guerre en Iran, le président américain Donald Trump a cherché vendredi à en minimiser l’impact pour les États-Unis, à l’approche des élections législatives cruciales de mi-mandat. «Beaucoup de gens n’appellent pas ça une guerre. Je dis que c’est un conflit militaire, parce que c’est de la gnognotte (en anglais ‘small potatoes’) pour nous. Ce n’est pas un gros truc. On a fait le Venezuela et on a fait ça», a-t-il répondu aux journalistes dans le Bureau ovale, interrogé à propos de son vice-président JD Vance, qui avait déclaré la veille ne pas vouloir qualifier le conflit de guerre. Alors que la flambée des prix du carburant liée à la guerre menace de coûter aux républicains de Donald Trump leur majorité au Congrès lors des élections de mi-mandat en novembre, son administration s’efforce de minimiser l’ampleur du conflit. Selon le président, les États-Unis mènent des «frappes ponctuelles», assurant «ne pas être actuellement en train de se battre». Il a également affirmé que les États-Unis contrôlaient le détroit d’Ormuz et avaient décimé les forces armées iraniennes. «Ce que nous avons accompli est remarquable. Nous avons pris le contrôle du Venezuela et nous avons, pour l’essentiel, pris le contrôle de l’Iran», a-t-il déclaré.
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Conflit irano-US: on n’est plus comme en 2015 sous Obama

Donald Trump vient d’engager les forces américaines dans une vaste opération contre le régime iranien. C’est du Real McCoy et non point un simulacre de raid ni un coup de semonce. La face du Moyen-Orient va changer! Et pour tout dire, c’est l’arrogance des ayatollahs qui aura causé leur perte. D’ailleurs, les États-Unis avaient infligé à l’Iran, il y a quelques jours, un affront que les ayatollahs avaient eu intérêt à passer sous silence. Lors du dernier conciliabule qui s’est tenu jeudi à Genève, sous l’égide du sultanat d’Oman, Steve Witkoff, le négociateur américain, avait soudainement interrompu les échanges et s’était retiré de la réunion au prétexte qu’il avait des obligations à remplir. Et de fait, il allait retrouver à l’autre bout du lac Léman une délégation ukrainienne. Des couleuvres à avaler On peut aisément imaginer l’indignation de Abbas Araghtchi, le ministre iranien des Affaires étrangères. Ce sujet de l’empire achéménide des Cyrus et des Darius avait été traité comme un moins que rien. Ravalant sa fierté, le chef de la diplomatie iranienne avait néanmoins déclaré que «de bons progrès» avaient été réalisés lors des pourparlers qu’il qualifia de «l’une de nos séries de négociations les plus intenses et les plus longues». Par ailleurs, Araghtchi annonça que de nouveaux contacts allaient avoir lieu dans moins d’une semaine. Ce que les médiateurs omanais, cherchant à calmer le jeu, allaient aussitôt confirmer en précisant que les négociations devraient reprendre au niveau technique la semaine suivante à Vienne. Le ton optimiste de ces derniers semble être démenti par les faits car, à l’évidence, l’équipe américaine avait été déçue par les propositions iraniennes. Et pour preuve, la brièveté de la seconde session dont s’était retiré, sous un prétexte fallacieux, l’envoyé spécial de Donald Trump pour le Moyen-Orient, Steve Witkoff. C’est que les temps ont changé Les discussions se tenaient sous la menace d’une frappe qui paraissait imminente. Les développements de ce samedi 28 février ont confirmé que les menaces US étaient sérieuses. Le renforcement militaire américain est sans précédent dans la région: deux groupes aéronavals centrés sur des porte-avions, 200 avions, des équipements de ravitaillement en vol et des sous-marins équipés de missiles Tomahawk. Et sans oublier 50.000 soldats! On n’est plus comme en 2013-2015 sous Barack Obama qui ne nourrissait pas une hostilité de principe vis-à-vis de l’Iran. D’ailleurs, John Kerry, qui, en 2013 avait remplacé Hillary Clinton au Secrétariat d’État, avait aussitôt passé le message à qui de droit: les États-Unis étaient prêts à modifier leur attitude à l’égard de Téhéran. Ils étaient disposés à reconnaître, au moins de fait, la légitimité du programme nucléaire iranien comme à renoncer à exiger du régime des ayatollahs la suspension des activités d’enrichissement de l’uranium, exigence qui bloquait depuis sept ans toute possibilité de parvenir à un accord. Les négociations engagées à l’époque allaient aboutir le 14 juillet 2015 à l’accord dit Joint Comprehensive Plan of Action . Mais ce ne fut pas la fin de l’histoire puisque lors de son premier mandat, Donald Trump se retira dudit accord. Et tout était à recommencer à partir de zéro, mais cette fois-ci à l’ombre des porte-avions! Il n’empêche que pour les négociateurs iraniens, les années 2013 à 2015 furent une « époque bénie » où ils eurent le beau rôle, tant ils firent preuve de professionnalisme et de fermeté et tant ils accumulèrent de succès. Mohammad Javad Zarif, ministre des Affaires étrangères, parlait haut et fort et se faisait écouter. Jamais son homologue américain, John Kerry, ne se serait permis une incivilité pareille à celle de Witkoff. Trump, en seigneur de guerre L’intervention américaine de ce samedi a changé la donne et Donald Trump se présente désormais en chef de guerre. On a trop glosé sur ses instincts de businessman qui évite la confrontation. D’ailleurs, il n’y était pas pour rien. N’a-t-il pas toujours laissé entendre qu’il hésitait à franchir le Rubicon? Mais la page vient d’être tournée et le vrai visage vient d’être révélé. «L’ambiguïté stratégique» a été payante et aux libres Iraniens d’en cueillir les fruits.

Offensive israélo-US: objectif, «l’éradication du régime des mollahs»

Le peuple iranien et avec lui d’autres populations de la région du Levant attendaient depuis des lustres ce Jour J. Les raids aériens intensifs américains et israéliens lancés en début de cette matinée du samedi 28 février ne semblent pas être une attaque ponctuelle limitée dans l’espace et dans le temps. Ils paraissent au contraire indiquer qu’ils sont le prélude à une offensive globale et radicale, militairement et politiquement, contre le régime des mollahs au pouvoir à Téhéran. C’est du moins de ce qui ressort de l’étendue et de l’ampleur des raids aériens américano-israéliens mais surtout de la déclaration radiotélévisée du président Donald Trump diffusée dans la matinée (donc vraisemblablement enregistrée vendredi soir). Avec sa franchise habituelle, le chef de la Maison Blanche a défini sans détours les grandes lignes de l’offensive, qualifiée par Israël de « Bouclier de Juda » (allusion à une protection divine). Dans le prolongement des propos particulièrement durs et fermes qu’il a tenus ces derniers jours à l’égard du régime iranien, notamment au cours de son discours sur l’état de l’Union, le président Trump a ainsi annoncé dans son message radiotélévisé que les Etats-Unis ont lancé une attaque « de grande envergure » contre l’Iran, précisant que cette opération « se poursuivra contre l’Iran afin de l’empêcher de constituer une menace pour l’Amérique ». Comme pour bien mettre en évidence la portée géostratégique de l’attaque, le président Trump a ajouté que « nous ferons en sorte de garantir que les proxys de l’Iran ne représenteront désormais aucune menace pour la région », dans une allusion claire aux têtes de pont du Corps des Gardiens de la Révolution iranienne au Liban (avec le Hezbollah), en Irak et au Yémen. S’agissant du cas libanais, le chef de la Maison Blanche n’a pas manqué de rappeler, ce qui constitue une première pour un président américain, que ce sont les alliés de l’Iran qui ont perpétré l’attaque contre les Marines US à Beyrouth, en 1983, relevant que cette opération terroriste commanditée par le régime des mollahs avait fait 241 morts dans les rangs des soldats américains. Le président Trump a été dans ce cadre particulièrement explicite dans les objectifs de l’offensive lancée ce 28 février. « Nous détruirons les missiles iraniens, nous raserons la force navale iranienne, a-t-il souligné. J’invite les Gardiens de la Révolution à déposer les armes. Auquel cas, ils seront saufs, sinon, nous les détruirons ». S’adressant au régime, le président US a poursuivi : « Déposez les armes, et vous bénéficierez de la Justice ». En clair, le président Trump réclame une capitulation totale du régime, ce qui ne peut avoir pour conséquence qu’une chute et une éradication de ce régime et donc une recomposition radicale du paysage géopolitique au Moyen-Orient. Le chef de la Maison Blanche a enfin lancé à l’adresse du peuple iranien : « L’heure de votre libération est proche ». Un message que la population de la zone d’el-Ahwaz, au sud-ouest de l’Iran, peuplée en majorité d’habitants d’origine arabe, n’a pas tardé à saisir au vol, s’empressant, en fin de matinée, de proclamer une rébellion contre le pouvoir central « perse » des mollahs… De son côté, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a également été très explicite en soulignant, au cours d’une conférence de presse, que l’objectif d’Israël est, sans détour, de provoquer un changement de régime à Téhéran. Extension des opérations militaires Signe que l’offensive ne revêt pas un caractère limité et ponctuel, les raids aériens ne se sont pas limités à Téhéran mais ont englobé plusieurs grandes villes, visant vraisemblablement les défenses anti-aériennes ainsi les missiles à longue portée. Parmi les localités visées, citons notamment Qom, Tabriz, Kermanshah, Isfahan, Khormabad Karaj et Garmdarreh. En représailles, les Pasdarans ont lancé en fin de matinée une trentaine de missiles balistiques en direction du nord d’Israël, de Tel-Aviv et de Jérusalem. Fait significatif : ces tirs iraniens de missiles ont également visé, à une échelle réduite, le Qatar, le Koweït, Bahreïn, Abou Dhabi, Dubaï, la Jordanie, et même Ryad, l’objectif proclamé des Iraniens étant d’attaquer prétendument des bases américaines, sachant que celles-ci ont été évacuées il y a plusieurs jours par l’armée US. La position de l’Etat libanais Alors que l’offensive militaire américano-israélienne se poursuivait contre le régime de Téhéran, le président Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam publiaient chacun de son côté un communiqué dans lequel ils soulignent explicitement la nécessité de tenir totalement le Liban à l’écart du conflit, dénonçant ainsi les velléités du Hezbollah de s’impliquer dans la bataille en cours. De son côté, le ministre des Affaires étrangères, Joe Raggi, a abondé dans le même sens, déclarant sans ambages : « L’intérêt du Liban doit prévaloir sur toute autre considération … Neutralité, neutralité, neutralité ».

Déflagration et Fauvisme: Yungblud en état de scène

Yeux cerclés de noir, purs, orageux, contrastés. Beaux à s’y noyer. Dominic Harrison, alias Yungblud, s’élance sur scène et hurle son fauvisme à pleins poumons. Une vie de rage, d’ampleur et de confiance en soi acquise et désormais alchimisante. Chacun de ses gestes est un éclair ; chacun de ses mouvements, un incendie. Il n’interprète pas ses morceaux. Il les laisse exploser de feu. La fosse s’embrase dès qu’il apparait. Les basses grondent comme le tonnerre. Ma fille et son amie sont un peu plus loin, moi en retrait. Chaque vibration de l’air nous traverse. Puis il surgit. Corps sculpté sous les projecteurs, présence animale, yeux bleus fardés comme un orage. Yungblud déboule sur scène, il est un feu sauvage. Une cigarette au coin des doigts, qu’il allumera plus tard, et déjà la chaleur est insoutenable. Sa présence est lionesque. Chaque geste, chaque mouvement emporte tout sur son passage. Il ne chante pas seulement : il consume l’air, la foule, la nuit. Entre deux fucking-signature flattant rock’n’rollement nos tympans, son impertinence éclate. La frontière scène- fosse disparait. Nous sommes au cœur de sa tempête. Une intensité immédiate Dans notre arène préchauffée à blanc par le groupe californien Palaye Royale, les titres de Dominic fusent. Hello Heaven, The Funeral, Lovesick Lullaby, Lowlife, Changes… Je n’avais pas vécu de telle scène depuis celles que nous offraient nos petits écrans beyrouthins, quand ils fonctionnaient au gré du courant électrique, dans les années 90. La proposition musicale de Yungblud est brute, vraie. Rock alternatif, éclats punk, refrains scandés comme des serments. Les guitares mordent. Les percussions martèlent. L’écriture clamée est un sensible mix de rage, de vulnérabilité assumée à défaut d’être choisie. Une esthétique marquée Le public est transporté. Autour de nous, une belle jeunesse. De l’ado au quarantenaire, chacun a soigné sa mise. Des tenues noires, des flammes de scène qui éclairent des maquillages frôlant le gothique, un peu voire beaucoup de Tim Burton version rock alternatif, ADN de notre star oblige. Il ne s’agit pas là d’un chanteur pudique mais d’un lion ; on peut l’écrire. Sa filiation rock est revendiquée : échos de Nirvana, de Bowie et surtout d’Ozzy Osbourne, une influence centrale pour son identité artistique. Changes possède une dimension centrale pour Yungblud. Aussi, au 1er février cette année, Dominic a remporté le Grammy Award de la Best Rock Performance pour sa reprise live de ce dernier titre, interprétation de Black Sabbath dédiée au même Osbourne. Hors scène, Harrison canalise son énergie dans la boxe. Il partage sur Instagram des moments de répétition en direct, ses chiens, des instants de proximité avec son public. Les fans en redemandent car leur idole est vraie. Une voix pour la nouvelle génération Yungblud n’est pas seulement un performer. A 28 ans, il est un miroir pour la jeunesse. Vulnérable mais puissant, sans filtre mais toujours bon et généreux. Il aborde la santé mentale, la liberté et l’acceptation de soi comme d’un moteur qui permet d’exister sans compromis. Chacun de ses concerts est une expérience partagée. En Octobre dernier à Paris, au moment où eut lieu ce concert, l’énergie était brute et la liberté palpable. L’engagement LGBTQ+ se lisait naturellement, sans emphase. Depuis, Dominic a scandé publiquement devant son public son soutien au peuple massacré d’Iran. L’un des rares artistes à porter la voix de cette jeunesse libre et éclairée, aujourd’hui sacrifiée. A mes côtés, ma fille et son amie sont électrifiées, littéralement. Elles chantent chaque parole. Nous vibrons ensemble, en corps et en cœur, traversées par la même onde. Ce concert intergénérationnel a créé une chaleur qui réveille. La personnalité marquante de Dominic, son fauvisme musical m’ont troublée. Il est un artiste qui bouscule les codes, les certitudes et qui incarne les siens de façon incantatoire. Il brûle et brouille les frontières fades de la frilosité sonore ambiante, souvent calibrée. Yungblud n’est pas seulement un chanteur. Il est un catalyseur d’émotions, un feu qui consume et éclaire à la fois. Merci à ma fille dont l’aide et l’amour précieux ont permis la rédaction de ce papier enflammé.

Tous les éléments de la défaite iranienne… réunis !

Si les choses étaient normales entre l'Amérique et Israël d'un côté, et la République islamique d'Iran de l'autre, il n'aurait pas fallu tout ce temps ni tous ces tiraillements pour parvenir à un accord entre les trois parties, qui ne sont en réalité que deux. Car il est impossible, en dernière analyse, de dissocier l'Amérique d'Israël sur les questions fondamentales — c'est-à-dire sur l'ensemble des exigences formulées à l'égard de l'Iran : son dossier nucléaire, ses missiles balistiques et leurs plateformes de lancement, ou encore les bras armés que contrôle la Garde révolutionnaire au-delà des frontières iraniennes. Si les choses étaient normales, l'Iran aurait agi comme l'Allemagne ou le Japon à l'issue de la Seconde Guerre mondiale, lorsqu'ils capitulèrent devant les Américains et leurs alliés européens. C'est ainsi que l'Allemagne se sauva elle-même — et le Japon de même. Il fallut au Japon une seconde bombe atomique, celle de Nagasaki, après la première sur Hiroshima, pour qu'il comprenne la détermination américaine à lui infliger une défaite écrasante. La défaite militaire libéra les deux pays de régimes despotiques qui en faisaient une menace pour leur voisinage, voire pour le monde entier. Elle permit à l'Allemagne de reprendre souffle et de reconquérir sa place en Europe et dans le monde, tandis que l'économie japonaise devenait l'une des premières au monde — après que le Japon eut compris l'inanité de toute résistance militaire face aux États-Unis. La «République islamique» refuse encore de reconnaître sa défaite. Une telle reconnaissance lui permettrait pourtant de recouvrer son rôle dans la région et dans le monde, et rendrait aux peuples iraniens la possibilité d'appartenir à nouveau à une culture de vie. Ces peuples se sont vus contraints d'abandonner cette culture dès la victoire de l'ayatollah Khomeini sur le régime du Shah — avec ses mérites et ses tares — en 1979. La «République islamique» continue de croire qu'elle dispose de ses atouts dans la région et qu'elle peut négocier d'égal à égal avec le «Grand Satan» américain, et parvenir ainsi à des arrangements avec Israël — du type de ceux qui avaient préparé le retrait israélien du Sud-Liban en l'an 2000, ou des «règles d'engagement» qui demeurèrent en vigueur jusqu'au jour où le Hezbollah décida de lancer sa «guerre de soutien à Gaza». En outre, l'Iran considère toujours l'Irak comme une carte iranienne. De même, il voit dans le Hezbollah au Liban ou dans Ansar Allah (les Houthis) au Yémen autant d'atouts en main. La délégation iranienne, qui a négocié avec les Américains à Genève par médiation omanaise — et parfois directement —, ne réalise pas qu'elle parle un langage que le temps a usé jusqu'à la corde, au regard des événements et des bouleversements qui ont secoué la région depuis l'attaque du «Déluge d'Al-Aqsa» le 7 octobre 2023. À ce jour, la direction iranienne — à sa tête le «Guide» Ali Khamenei — continue de vivre dans le passé, dans l'ère d'avant le «Déluge d'Al-Aqsa». Elle croit qu'il est encore possible de négocier point par point sur le programme nucléaire iranien, alors que ce qui est exigé, c'est la liquidation totale de tout ce qui touche à ce programme. Il n'y a place pour aucune temporisation si l'on veut aboutir à un accord permettant d'éviter une nouvelle guerre contre la «République islamique». Ce qui vaut pour le programme nucléaire vaut également pour les missiles balistiques et leurs plateformes de lancement, ainsi que pour les bras armés iraniens en Irak, au Liban et au Yémen. Qui plus est, l'Iran a tenté de séduire Donald Trump en lui offrant l'ouverture du marché iranien aux compagnies américaines de pétrole et de gaz. Téhéran ne semble pas comprendre la notion de pays sûr pour les investissements. Quelle entreprise américaine enverrait ses employés dans un pays capable de faire de ses ressortissants des otages du jour au lendemain ? Ce qu'il faut, c'est un bouleversement iranien à tous les niveaux pour parvenir à des arrangements avec l'Amérique. Or, jusqu'à nouvel ordre, le régime de Téhéran est incapable d'opérer une telle révolution — incapable, parce qu'il n'existe à Téhéran, à l'exception d'une minorité silencieuse, quiconque soit en mesure de saisir le sens de ce qui s'est produit dans la région depuis le «Déluge d'Al-Aqsa» et d'en mesurer la portée. Personne ne comprend ce que signifie l'existence d'une décision américaine visant à tordre le bras iranien — et ce depuis que Trump a mis en pièces l'accord sur le dossier nucléaire iranien conclu avec l'administration Barack Obama à l'été 2015. Lors de son premier passage à la Maison-Blanche, le président américain avait déchiré cet accord en 2018, avant d'ordonner l'assassinat de Qassem Soleimani, que l'on peut qualifier de personnalité iranienne la plus importante après le «Guide». Trump n'est pas allé à Caracas pour faire arrêter le président vénézuélien Nicolas Maduro afin de punir un chef d'État qui aurait bravé ses injonctions ou noué des liens étroits avec Cuba. L'arrestation de Maduro et son transfert avec son épouse à New York ne peut s'analyser que comme une partie de l'opération de rognage des ailes de la «République islamique» dans les différentes régions du monde. Il est difficile d'éviter une confrontation militaire américano-iranienne — à laquelle Israël participera vraisemblablement — dès lors que deux esprits et deux logiques inconciliables s'affrontent. La logique iranienne repose sur l'idée que rien n'a changé dans la région et qu'il suffit d'agiter devant Trump le mirage des investissements en Iran pour creuser un fossé entre les États-Unis et Israël. La méthode iranienne de négociation trahit une pensée naïve qui refuse d'admettre la défaite. Et rien n'illustre mieux cette défaite que le retrait de l'Iran de Syrie. Qu'était la Syrie, et qu'est-elle devenue après la fuite de Bachar el-Assad à Moscou ? Tous les éléments de la défaite iranienne sont désormais réunis. La vraie audace réside dans la reconnaissance de cette défaite. Après quoi il sera possible de parler de négociations entre deux parties disposant chacune de ses atouts — si tant est qu'il reste des atouts iraniens. Lorsqu'on évoque des cartes maîtresses, il est indispensable de mentionner la situation intérieure de l'Iran. Car avant d'échouer à l'étranger, le système du wilayat al-faqih a d'abord échoué en Iran même. C'est là que réside sa faiblesse fondamentale, avant toute autre considération.

«L’Ukraine a survécu» : le pari déjoué de Poutine

La guerre en Ukraine, déclenchée par l'invasion russe du 24 février 2022, entre dans sa cinquième année. L'offensive de Moscou visait initialement à renverser l'Etat ukrainien en quelques jours, mais elle s'est heurtée à une résistance acharnée des Ukrainiens et à une mobilisation massive des Occidentaux pour leur venir en aide. Le pire conflit sur le sol européen depuis la Seconde Guerre mondiale, a fait des centaines de milliers de morts et de blessés, alors que des millions de réfugiés ukrainiens ont pris le chemin de l’exil. A l’occasion du quatrième anniversaire du déclenchement de ce conflit, Levant Time a interviewé Constantin Sigov, philosophe, directeur du Centre d’études européennes à l’université Mohyla de Kyiv et de la maison d'édition Dukh i Litera (L’Esprit et la Lettre). « Quatre ans après le début de l'invasion russe à grande échelle, le premier constat est que l'Ukraine a survécu, elle n'a pas du tout cédé, souligne d’emblée M. Sigov. Elle a même gagné la bataille de Kiev, alors qu’il y a exactement quatre ans, le 24 février 2002, le président russe Vladimir Poutine était persuadé que cette bataille allait être tranchée en trois jours », affirme-t-il, faisant écho aux déclarations du président ukrainien Volodymyr Zelensky qui recevait les chefs d’Etat et de gouvernements des pays alliés de l’Ukraine à Kiev. « Tout ce qu’a enduré l’Ukraine ne doit être ni abandonné, ni oublié, ni trahi », a déclaré M. Zelensky dans une adresse à la nation. M. Sigov rappelle que l’Ukraine résiste depuis douze ans, depuis l'annexion de la Crimée par la Russie en 2014. « L'Ukraine ne défend pas seulement son territoire, elle défend un principe particulièrement de mise aujourd’hui au Moyen-Orient, et chez nos voisins européens, à savoir que les frontières ne doivent pas être modifiées par la force et la violence ». Mais cette résilience est menacée par le changement de la politique américaine envers l’Ukraine et les alliés de l’Otan. Il est vrai que les dirigeants des pays du G7, dont Donald Trump, ont affirmé mardi dernier leur "soutien indéfectible à l'Ukraine", tandis qu'une trentaine de dirigeants de pays alliés de Kiev exhortaient la Russie à accepter un "cessez-le-feu complet et inconditionnel". De son côté, l'Assemblée générale de l'ONU a adopté mardi 24 février une résolution réaffirmant son soutien à Kiev et son intégrité territoriale : le texte a été adopté par 107 voix pour, 12 contre et 51 abstentions… dont les Etats-Unis, car le texte souligne le "ferme attachement à la souveraineté, à l'indépendance, à l'unité et à l'intégrité territoriale de l'Ukraine à l'intérieur de ses frontières internationalement reconnues"… Les Américains ne veulent pas faire référence à « l'intégrité territoriale de l'Ukraine et au droit international pour ne pas mettre la pression sur les négociations de paix en cours. La bataille pour l’indépendance de l’Europe Il y a un an, un mois après le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, les Etats-Unis avaient fait adopter au Conseil de sécurité, avec le soutien russe, une résolution demandant une paix rapide, mais sans mention de l'intégrité territoriale de l'Ukraine, au grand dam des alliés européens de Kiev. Saluant les efforts diplomatiques du président Trump, l'ambassadeur russe Vassili Nebenzia a assuré que la Russie participait "de bonne foi" aux négociations. Le même Vassili Nebenzia était présent à la réunion du Conseil le 24 février 2022. Il défendait farouchement les bonnes intentions de son pays alors que 150 000 soldats russes se massaient aux frontières de l’Ukraine, avant d’être interrompu par son homologue ukrainien, en pleur après avoir été informé par son gouvernement que l’armée russe a percé le front… Prié de commenter cette nouvelle réalité, à savoir le tarissement total de l’aide financière et militaire de l’ère Biden, M. Sigov rappelle que les sondages montrent que la majorité des Américains souhaitent soutenir davantage l'Ukraine. Un facteur qui, surtout à la veille des élections au Congrès américain, doit être pris au sérieux par l'administration Trump. Kiev mise ainsi sur les prochains mois qui vont être décisifs. M. Sigov rappelle aussi le rôle « décisif » des sanctions économiques : «L'essentiel est de priver la Russie de sa capacité de nuisance. Et si l'Europe fixe clairement cet objectif, la solution deviendra possible ». Et d’ajouter : « On peut dire d’une manière générale que la bataille pour l'indépendance de l'Ukraine, aujourd'hui, est devenue la bataille pour l'indépendance de l'Europe. L'indépendance à la fois du gaz et du pétrole russe, mais aussi de l'emprise américaine. Et dans ce sens-là, pour longtemps, l'Ukraine, l'Europe et les pays démocratiques en général sont dans le même bateau ». Une vraie prise de conscience « Pour le moment, on assiste à une vraie prise de conscience. Je pense qu’il était clair lors de la Conférence de Munich sur la Sécurité, qu'effectivement, les pays scandinaves, avec bien sûr l'Allemagne, la France et la Grande-Bretagne, sont sensibles à cette approche. Mais il y a un retard terrible dans la prise de décisions, surtout celles concernant la «flotte fantôme russe», ces pétroliers utilisés clandestinement par la Russie pour exporter son pétrole malgré les sanctions internationales’ ». « Mais malheureusement, il y a encore des financements qui proviennent de pays de l'Union européenne. Pour ne citer que la Hongrie d’Orban et la Slovaquie qui n'ont pas choisi d’être du bon côté de l’histoire et de la justice ». Sur un autre plan, M. Sigov rappelle l’expérience acquise par les Ukrainiens du fait de leur détermination : « Dès l’invasion, les Ukrainiens ont été très inventifs, ils ont utilisé les drones qui ont énormément aidé à arrêter l'agresseur, et même dans certains endroits à le faire reculer, comme dans l'Oblast (région administrative) de Kharkiv ». Mais il rappelle aussi que le pays « paye un prix énorme : les hôpitaux accueillent énormément d’hommes et de femmes gravement blessés, une vraie tragédie vécue au quotidien ». « Il est donc clair que ce qui manque énormément, ce sont des aides militaires massives, qui ont été décidées mais qui tardent à être envoyées ». M. Sigov ajoute dans ce cadre, non sans un brin d’amertume : « Il y a vraiment une asymétrie quand on sait que la Corée du Nord, sans avoir une économie comme celle de l'Allemagne ou de la France, fournit plus de munitions à la Russie que ce que l'Union européenne envoie à l’Ukraine. Donc, je crois que ce qui manque derrière tout cela, c'est une vraie volonté politique et une décision stratégique déterminée ». Une paix impossible L’universitaire rappelle la déclaration de Poutine : « La Russie n’a pas de frontières », avant de citer Orwell : « Ils sont tout à fait capables de mettre leur botte sur le visage d'un être humain de n'importe quelle nationalité ». « Donc, nous assistons vraiment à une guerre génocidaire, selon tous les critères élaborés par les plus grands juristes au moment de Nuremberg et après. Ce terme était forgé par Raphael Lemkin, lui-même juriste qui a fait ses études à l'université de Lviv ». Et de poursuivre : « Selon ces critères-là, apparaît l'idée de l'effacement d'une nation, de sa culture, de l'identité, et les moyens d'agression systématique contre les civils, y compris par le froid, par tous les moyens inhumains » M. Sigov affirme qu'il n'existe pas du côté russe une volonté politique de mettre fin à l'agression : « Il ne faut pas chercher un chat noir dans une pièce sombre (…). À mon avis, la guerre ne finira que lorsque Poutine n'aura plus de ressources pour la poursuivre ». En effet, le Kremlin a affirmé mardi 24 février que "les objectifs (de la Russie n'étaient) pas encore atteints", ajoutant: "C'est pourquoi l'opération militaire spéciale (nom donné par la Russie à l’invasion) se poursuit" en Ukraine. Vladimir Poutine a, lui, estimé que les Occidentaux, qui arment et financent l'Ukraine, n'étaient pas parvenus "à infliger une défaite stratégique à la Russie sur le champ de bataille". Conflit d’intérêt Moscou, qui occupe environ 20% de l'Ukraine, poursuit une progression lente mais continue sur le front. Les Russes mènent régulièrement des frappes massives de drones et de missiles, qui ont dévasté le réseau énergétique ukrainien, provoquant coupures de courant et de chauffage au milieu d'un hiver glacial. Près du front, des villes entières ont été réduites en ruines et le coût de la reconstruction de l'Ukraine sur la prochaine décennie est estimé à plus de 500 milliards d'euros, selon un rapport international publié lundi dernier, 23 février. Plusieurs cycles de négociations ont eu lieu ces dernières semaines. Washington fait pression pour mettre fin à la guerre sur la base de son plan, dévoilé fin 2025, qui accorde d’énormes concessions aux Russes en échange de garanties sécuritaires US pour l’Ukraine. Moscou réclame en effet que les forces ukrainiennes se retirent des zones qu'elles contrôlent encore dans le Donbass et qu’elles abandonnent ainsi aux Russes ce grand bassin industriel de l'est de l'Ukraine… ce que Kiev refuse, d’autant que les garanties américaines sont très floues. Les Américains sont représentés dans les discussions par le proche conseiller de Trump, Steve Witkoff, et le gendre du président, Jared Kushner. La nomination des deux négociateurs est critiquée à Washington et en Europe, pour ce qu’elle représente comme un conflit d’intérêt. Surtout que, que ce soit en Ukraine ou à Gaza, les proches de Trump seront les premiers bénéficiaires des retombées de la paix.

Une souveraineté indivisible dans un Liban divisé

Naïm Kassem a prononcé quantité de discours au fil des ans. Le dernier, à l’occasion de l’anniversaire des « commandants martyrs » du Hezbollah, n’avait rien d’original. Mais il était révélateur. À la fois élégie, sermon et avertissement. Prévisible de bout en bout. Les martyrs ont été invoqués. La foi réaffirmée. Israël dénoncé. L’Iran célébré. Et le gouvernement libanais délicatement rappelé à l’ordre : responsable de tout, habilité à presque rien. La formule est remarquable. Le Hezbollah exige que l’État défende la souveraineté — à condition que l’État ne prétende pas en être le propriétaire. L’argument central de Kassem est simple. Le Liban a respecté le cessez-le-feu de novembre 2024. Israël, non. Par conséquent, le gouvernement doit affronter les violations israéliennes. Jusque-là, rien d’absurde. Puis vient le tour de passe-passe. On somme le gouvernement d’agir en autorité souveraine face à Israël, tout en l’avertissant de ne surtout pas se comporter en autorité souveraine face aux armes du Hezbollah. La souveraineté serait donc indivisible. Sauf lorsqu’elle s’approche de la banlieue sud. Le discours s’est drapé dans la dignité. Le désarmement serait une reddition, a argumenté Kassem. L’aide internationale, une humiliation. Toute tentative de centraliser les armes sous l’autorité de l’État relèverait d’un complot étranger. À ce rythme, on finira par apprendre que la Constitution libanaise elle-même est une conspiration impériale — à moins d’être relue par le bureau politique du Hezbollah. On nous explique que les armes sont sacrées, héritées du sang des martyrs. Les discuter serait insulter les morts. Les questionner, frôler la collaboration. La manœuvre est habile. En sanctifiant son arsenal, le Hezbollah tente de le soustraire au politique. Les armes ne seraient plus un choix stratégique. Elles deviendraient un commandement théologique. Problème : le Liban n’est pas un sanctuaire. C’est une république en faillite, à l’infrastructure délabrée, peuplée de citoyens qui aimeraient, très prosaïquement, survivre à la prochaine décennie. Kassem insiste : le Hezbollah ne veut pas la guerre. Évidemment. Le Hezbollah ne veut jamais la guerre. Il se contente d’en être perpétuellement voisin. Il ne cherche pas l’escalade. Il se réserve simplement le droit de décider quand elle devient nécessaire. Il ne sape pas l’État. Il opère à ses côtés. Au-dessus, si besoin. Ce n’est pas une contradiction, nous dit-on. C’est une « logique de résistance ». L’ironie est presque théâtrale. Le Hezbollah exige que le gouvernement fasse respecter le cessez-le-feu face à Israël, tout en lui recommandant d’arrêter « d’obséder » sur le désarmement. Traduction : cher gouvernement, exerce ton autorité. Mais pas sur nous. Le parti rassure également sa base : l’Iran est solide. « L’axe » tient et les fronts régionaux sont interconnectés. Le message se veut rassurant. Il confirme surtout l’évidence : la doctrine sécuritaire du Liban n’est pas strictement libanaise. Elle fluctue au rythme des négociations de Téhéran, de ses calculs et de ses priorités régionales. La souveraineté, apparemment, atteint son apogée lorsqu’elle est sous-traitée. Puis vient le théâtre économique. « Nous ne voulons pas d’aide conditionnelle », proclame Kassem. On admire la pureté de l’énoncé. Après tout, le Liban a prospéré sans conditions. Les investisseurs adorent les pays où la guerre et la paix dépendent d’acteurs extérieurs aux institutions formelles. Les marchés s’épanouissent quand l’escalade relève d’une discrétion partisane. La reconstruction prospère lorsque la chaîne de commandement est optionnelle. La réalité est moins lyrique. Aucun État ne peut se reconstruire si une structure militaire parallèle conserve un droit de veto sur sa trajectoire stratégique. Aucune armée ne peut devenir une institution nationale crédible si elle doit coexister avec une organisation armée qui se réserve le droit de la contourner. Aucune souveraineté ne convainc lorsqu’elle s’applique à géométrie variable. Il y eut toutefois une manœuvre particulièrement révélatrice dans le discours de Kassem : son insistance à interdire aux critiques de « revenir en arrière » pour interroger la décision du Hezbollah d’entraîner le Liban dans la guerre. Selon cette logique, l’histoire se réinitialise au moment où un cessez-le-feu est signé. Le passé s’évapore. La guerre devient un dossier classé. Les morts se transforment en notes de bas de page. Ce n’est pas un raisonnement politique. C’est une amnésie institutionnelle. Un cessez-le-feu peut suspendre les hostilités avec Israël, mais il n’absout pas le Hezbollah de toute responsabilité envers les Libanais. Le parti a décidé unilatéralement d’ouvrir un front. Il n’a consulté ni le Parlement ni le gouvernement. Il n’a pas demandé l’avis des millions de Libanais qui paieraient la facture en maisons détruites, infrastructures paralysées, moyens de subsistance anéantis, déplacements renouvelés. On ne peut prétendre défendre la souveraineté tout en refusant aux citoyens le droit d’en évaluer le coût. La guerre n’a pas éclaté dans le vide. Elle n’a pas frappé une carte abstraite. Elle a frappé des Libanais. D’abord eux. Si le Hezbollah veut parler le langage de l’État, qu’il accepte celui de la responsabilité. Un cessez-le-feu n’est pas un sacrement. Il n’efface pas les conséquences de décisions prises sans mandat national. L’histoire ne s’interrompt pas parce qu’un parti préfère ne pas la relire. Le récit du Hezbollah repose sur un tour de force constant : se présenter comme le gardien de l’État tout en empêchant l’État d’exister pleinement. Quand Israël viole, on blâme le gouvernement. Quand le gouvernement hésite, on questionne son courage. Quand il tente de consolider son autorité, on l’accuse de capitulation. Face, le Hezbollah gagne. Pile, l’État perd. Ce qui frappe le plus dans le discours de Kassem n’est pas la rhétorique contre Israël. C’est l’angoisse face au débat interne. Le véritable champ de bataille n’est plus la frontière sud. C’est l’idée même de l’État libanais. La question des armes n’est pas une affaire de trahison des martyrs ou d’abandon de la Palestine. Elle concerne la possibilité pour le Liban de fonctionner comme une entité politique unifiée, plutôt que comme une coexistence négociée entre institutions et milices. Le Hezbollah aime présenter l’alternative comme un choix entre résistance et soumission. Cette opposition est commode. Et fausse. Le véritable choix se situe ailleurs. Entre un pays gouverné par le droit et un pays gouverné par l’exception permanente. Entre une stratégie de défense appartenant à la République et une doctrine appartenant à un parti. Entre la responsabilité et la sacralisation. Kassem a conclu sur une note rassurante : le Hezbollah est patient. Il ne veut pas la guerre. Il attend que l’État fasse son travail. On pourrait presque y voir de la magnanimité. Mais la patience, lorsqu’elle s’accompagne d’un monopole sur l’escalade, ressemble moins à une vertu qu’à un levier. Le Liban n’a pas besoin de nouvelles leçons de dignité de la part de ceux qui prétendent en détenir la clé. Il a besoin d’un gouvernement qui gouverne sans astérisque, d’une armée qui commande sans négociation, d’une souveraineté qui ne requiert aucune onction. Si le Hezbollah croit vraiment que l’État est responsable, qu’il fasse enfin l’impensable : qu’il laisse l’État être souverain. Pas dans les discours. Dans les faits. Tout ce qui est en deçà n’est pas de la résistance. C’est de la mise en scène.