

Yeux cerclés de noir, purs, orageux, contrastés. Beaux à s’y noyer. Dominic Harrison, alias Yungblud, s’élance sur scène et hurle son fauvisme à pleins poumons. Une vie de rage, d’ampleur et de confiance en soi acquise et désormais alchimisante. Chacun de ses gestes est un éclair ; chacun de ses mouvements, un incendie. Il n’interprète pas ses morceaux. Il les laisse exploser de feu.
La fosse s’embrase dès qu’il apparait. Les basses grondent comme le tonnerre. Ma fille et son amie sont un peu plus loin, moi en retrait. Chaque vibration de l’air nous traverse. Puis il surgit.
Corps sculpté sous les projecteurs, présence animale, yeux bleus fardés comme un orage. Yungblud déboule sur scène, il est un feu sauvage. Une cigarette au coin des doigts, qu’il allumera plus tard, et déjà la chaleur est insoutenable.
Sa présence est lionesque. Chaque geste, chaque mouvement emporte tout sur son passage. Il ne chante pas seulement : il consume l’air, la foule, la nuit. Entre deux fucking-signature flattant rock’n’rollement nos tympans, son impertinence éclate. La frontière scène- fosse disparait. Nous sommes au cœur de sa tempête.
Une intensité immédiate
Dans notre arène préchauffée à blanc par le groupe californien Palaye Royale, les titres de Dominic fusent. Hello Heaven, The Funeral, Lovesick Lullaby, Lowlife, Changes… Je n’avais pas vécu de telle scène depuis celles que nous offraient nos petits écrans beyrouthins, quand ils fonctionnaient au gré du courant électrique, dans les années 90.
La proposition musicale de Yungblud est brute, vraie. Rock alternatif, éclats punk, refrains scandés comme des serments. Les guitares mordent. Les percussions martèlent. L’écriture clamée est un sensible mix de rage, de vulnérabilité assumée à défaut d’être choisie.
Une esthétique marquée
Le public est transporté. Autour de nous, une belle jeunesse. De l’ado au quarantenaire, chacun a soigné sa mise. Des tenues noires, des flammes de scène qui éclairent des maquillages frôlant le gothique, un peu voire beaucoup de Tim Burton version rock alternatif, ADN de notre star oblige. Il ne s’agit pas là d’un chanteur pudique mais d’un lion ; on peut l’écrire. Sa filiation rock est revendiquée : échos de Nirvana, de Bowie et surtout d’Ozzy Osbourne, une influence centrale pour son identité artistique. Changes possède une dimension centrale pour Yungblud. Aussi, au 1er février cette année, Dominic a remporté le Grammy Award de la Best Rock Performance pour sa reprise live de ce dernier titre, interprétation de Black Sabbath dédiée au même Osbourne.
Hors scène, Harrison canalise son énergie dans la boxe. Il partage sur Instagram des moments de répétition en direct, ses chiens, des instants de proximité avec son public. Les fans en redemandent car leur idole est vraie.
Une voix pour la nouvelle génération
Yungblud n’est pas seulement un performer. A 28 ans, il est un miroir pour la jeunesse. Vulnérable mais puissant, sans filtre mais toujours bon et généreux. Il aborde la santé mentale, la liberté et l’acceptation de soi comme d’un moteur qui permet d’exister sans compromis. Chacun de ses concerts est une expérience partagée.
En Octobre dernier à Paris, au moment où eut lieu ce concert, l’énergie était brute et la liberté palpable. L’engagement LGBTQ+ se lisait naturellement, sans emphase. Depuis, Dominic a scandé publiquement devant son public son soutien au peuple massacré d’Iran. L’un des rares artistes à porter la voix de cette jeunesse libre et éclairée, aujourd’hui sacrifiée.
A mes côtés, ma fille et son amie sont électrifiées, littéralement. Elles chantent chaque parole. Nous vibrons ensemble, en corps et en cœur, traversées par la même onde.
Ce concert intergénérationnel a créé une chaleur qui réveille. La personnalité marquante de Dominic, son fauvisme musical m’ont troublée. Il est un artiste qui bouscule les codes, les certitudes et qui incarne les siens de façon incantatoire. Il brûle et brouille les frontières fades de la frilosité sonore ambiante, souvent calibrée. Yungblud n’est pas seulement un chanteur. Il est un catalyseur d’émotions, un feu qui consume et éclaire à la fois.
Merci à ma fille dont l’aide et l’amour précieux ont permis la rédaction de ce papier enflammé.