Logo Levant Time
Amine Jules Iskandar

Amine Jules Iskandar

La centralité de la langue syriaque dans la tradition maronite: la place de la liturgie (5/7)

La civilisation humaine s’est construite grâce à la faculté de transmission. La tradition – du latin tradere , transmettre – se place au cœur du progrès. Elle est, pour reprendre Le Corbusier, «la chaîne ininterrompue de toutes les novations et, par-là, le témoin le plus sûr de la projection vers l’avenir» (1) . Dans Sacrosanctum Concilium (2) , le concile Vatican II rappelle que «la liturgie exprime la foi de l’Église telle qu’elle a été transmise par les siècles». La liturgie La tradition se transmet dans la liturgie, véritable synthèse de tous les arts. Tous les sens y sont mobilisés: l’espace, la lumière et l’acoustique sont pensés pour servir le rite. Comme l’écrivait le père Pavel Florensky, «dans l’église, l’espace devient théologie» (3) . Le parfum de l’encens est symbole de la prière qui monte vers Dieu, «Que ma prière devant toi s’élève comme l’encens» (Ps 140,2). La fraîcheur de la pierre des églises anciennes est en soi la mémoire tactile des siècles. La chaleur des cierges incarne la lumière du Christ, vainqueur des ténèbres. Le chant est prière; «Chanter, c’est prier deux fois», selon la formule attribuée à saint Augustin (4) .

La centralité de la langue syriaque dans la tradition maronite (4/7)
Par
Amine Jules Iskandar
Publié
sept. 10, 2026 - 23:50

Le syriaque a été maintenu vivant au Liban grâce aux hymnes maronites. Ils ont porté la langue avec tout l’héritage, la conscience et l’imaginaire qu’elle a inlassablement véhiculés à travers les siècles. Ces hymnes constituent l’expression la plus accomplie et la mieux transmise parmi les différentes manifestations du patrimoine syriaque. Leur origine remonte aux IVe-Ve siècles avec saint Éphrem et saint Jacques de Saroug. Ils ont accompagné la naissance du christianisme oriental, son développement et son enracinement dans cette terre. Ils sont également porteurs d’une haute antiquité cananéenne-phénicienne, araméenne et mésopotamienne. Par leur diffusion, ces hymnes ont surtout transmis la langue syriaque dans toutes les paroisses et dans les cœurs de la diaspora.

La centralité du syriaque dans la tradition maronite: un patrimoine vivant (3/7)
Par
Amine Jules Iskandar
Publié
août 10, 2026 - 16:59

La langue, en tant que vecteur de culture nationale, peut devenir un instrument de libération, comme chez Johann Fichte et Karol Wojtyla, et même une véritable raison d’être, selon Charles Malek. Elle forge la conscience nationale, assure la cohésion face aux hégémonies militaires ou culturelles et permet de construire l’avenir en s’enracinant dans l’héritage du passé. Alors que Johann Gottfried von Herder mettait en lumière le rôle de la langue dans la formation de l’identité culturelle, Johann Gottlieb Fichte prolongea cette réflexion en l’associant directement au concept de nation. Ce qu’il désignait par le Volkstum (culture nationale) (1) naquit comme un instrument de résistance face à la suprématie française. C’est sur ce même principe que Karol Wojtyla, futur pape Jean-Paul II, œuvra pour promouvoir l’usage de la langue polonaise dans le théâtre, afin de préserver l’âme de son peuple sous domination soviétique.

La centralité du syriaque dans la tradition maronite: le rôle des patriarches (2/7)
Par
Amine Jules Iskandar
Publié
juil. 29, 2026 - 18:25

Après avoir évoqué la naissance de l’Église maronite à la suite du concile de Chalcédoine, il convient désormais d’examiner le rôle de la langue dans la construction nationale. Il est particulièrement significatif de constater à quel point la hiérarchie ecclésiastique maronite fut consciente de cet enjeu et comment elle s’efforça d’agir en conséquence. Pour les patriarches maronites, depuis saint Jean Maron, la langue constituait l’expression de leur culture, de leur spiritualité, de leur foi et de leur identité. Cette conviction fut formulée avec grande clarté, au XVIIe siècle, par le patriarche Estéphanos Douayhi. Il appelait le syriaque « la nostra lingua syriaca » et lui attribuait une dimension quasi mystérique, comparable aux mystères du christianisme. Par-là, il entendait qu’aucune traduction ne pouvait remplacer l’original syriaque ni exprimer le concept dans sa plénitude. Les mots possèdent en effet une mémoire seconde et chaque culture établit une relation unique entre le signifiant et le signifié.

La centralité de la langue syriaque dans la tradition maronite 1/7
Par
Amine Jules Iskandar
Publié
juil. 26, 2026 - 13:01

À la sortie d’un récital maronite en langue syriaque, les spectateurs s’étonnent d’avoir ressenti les mots et la spiritualité au plus profond de leur être. Ils ont éprouvé des émotions d’une intensité inhabituelle, plus forte encore que lorsqu’il s’agit d’une langue qu’il comprennent. Ils s’interrogent alors : comment une langue devenue largement incomprise peut-elle les pénétrer avec plus de force qu’une langue apprise sur les bancs de l’école. La langue de l’âme Le syriaque se trouve à la source de la spiritualité maronite, comme il l’a été pour les autres Églises antiochiennes. Même marginalisée, cette langue demeure inscrite dans la quintessence de l’identité maronite. Elle parle à l’esprit, nourrit l’intériorité et étanche une soif spirituelle. Par sa sonorité, son rythme et la richesse de ses images poétiques, le syriaque ouvre un espace intérieur singulier.

Alerte, danger: une «bombe nucléaire» entre Achrafieh et le Metn ?
Par
Amine Jules Iskandar
Publié
févr. 14, 2026 - 14:49

Au cœur de l’une des régions les plus densément peuplées du Liban, sont aujourd’hui stockés des milliers de mètres cubes d’hydrocarbures. D’Antélias à la Quarantaine, des alignements de réservoirs font face à une banlieue verticale qui s’élève jusqu’à 900 mètres d’altitude, mais demeure, à vol d’oiseau, dangereusement proche. C’est une promiscuité insoutenable entre une industrie hautement inflammable et des quartiers résidentiels surpeuplés. Vue aérienne de 2017. Vue aérienne de 2024 montrant l’extension du projet. Proximité des installations de Coral et Unigaz avec la ville. Deux des cinq citernes à gaz de Coral, qui sont comparables à celles d’Unigaz, situées un peu plus loin.

Progressisme vs conservatisme
Par
Amine Jules Iskandar
Publié
janv. 26, 2026 - 09:56

Rarement dans l’histoire de l’humanité, l’assaut progressiste fut aussi prépondérant qu’aujourd’hui. Durant les pires heures du marxisme, les goulags et le terrorisme intellectuel se limitaient à certains pays ou à certains empires sans pouvoir soumettre le reste de l’Occident. L’empire soviétique n’a pu interdire la foi chrétienne, la liberté de pensée et l’héritage culturel que sur les territoires qu’il contrôlait directement ou par des vassaux interposés. Aujourd’hui, le délire progressiste embrase les âmes dans ce que Leo Strauss définirait comme un nihilisme dévastateur. C’est une pléthore de pseudo-intellectuels qui cherchent à déconstruire l’humain par une savante remise en question de toutes les valeurs qui le distinguent. Il s’agit de transformer la personne humaine en un individu démuni de tout ce qui le compose socialement et culturellement. Cet homme nouveau, dépouillé de ses repères, est placé seul face à la loi, elle-même dépourvue de tout sens de discernement.

Par
Amine Jules Iskandar
Publié
janv. 26, 2026 - 06:15

Rarement dans l’histoire de l’humanité, l’assaut progressiste fut aussi prépondérant qu’aujourd’hui. Durant les pires heures du marxisme, les goulags et le terrorisme intellectuel se limitaient à certains pays ou à certains empires sans pouvoir soumettre le reste de l’Occident. L’empire soviétique n’a pu interdire la foi chrétienne, la liberté de pensée et l’héritage culturel que sur les territoires qu’il contrôlait directement ou par des vassaux interposés. Aujourd’hui, le délire progressiste embrase les âmes dans ce que Leo Strauss définirait comme un nihilisme dévastateur. C’est une pléthore de pseudo-intellectuels qui cherchent à déconstruire l’humain par une savante remise en question de toutes les valeurs qui le distinguent. Il s’agit de transformer la personne humaine en un individu démuni de tout ce qui le compose socialement et culturellement. Cet homme nouveau, dépouillé de ses repères, est placé seul face à la loi, elle-même dépourvue de tout sens de discernement.

De Léon XIII à Léon XIV (Lettre ouverte)
Par
Amine Jules Iskandar
Publié
déc. 1, 2025 - 20:20

En sacralisant les tracés des frontières et les textes des Constitutions, la politique libanaise actuelle tend à oublier qu’ils ne sont pas une fin en soi, mais qu’ils sont élaborés d’ordinaire pour le bien-être de la personne humaine que Votre Sainteté est venue écouter dans sa douleur. Très Saint Père, Pour votre visite au Liban, un décor grandeur nature a été mis en scène reflétant prospérité et joie de vivre, là où le faste des sites religieux dépassera en splendeur celui des institutions étatiques. Mais Votre Sainteté est-elle venue connaître la vie des palais ou celle d’un peuple usé par cinquante années de conflits, d’appauvrissement et d’exode, sans la moindre lumière à l’horizon ?