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Akram Nehmé

Akram Nehmé

Le dernier venin
Por
Akram Nehmé
Publicado
mai 4, 2026 - 07:57

Le Hezbollah, qui pendant des années faisait trembler tout le pays avec ses armes, ses hommes et ses menaces, en est aujourd'hui réduit à salir le patriarche maronite Béchara Raï à travers des armées de comptes anonymes, de faux courage et d'insultes écrites derrière un écran. Même leur manière de tomber devient petite. Pourquoi cette rage ? Parce que le patriarche a simplement rappelé une chose devenue insupportable pour eux : le Liban appartient aux Libanais. Une phrase simple. Une phrase normale. Et pourtant ils n'arrivent plus à la faire taire. Alors ils frappent dans le vide, comme quelqu'un qui sent que le sol se dérobe sous ses pieds.

Je jure d'être fidèle à la patrie, à l'armée et au drapeau...
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Akram Nehmé
Publicado
avr. 4, 2026 - 16:59

Ces derniers jours, voir l'armée se retirer de certains villages du Sud comme Rmeich, Aïn Ebel, Debel ou Qlayaa fait quelque chose à l'intérieur qu'on a du mal à nommer. Ce n'est pas seulement de la tristesse. C'est plus vieux que ça, plus profond, comme si ce recul venait confirmer une intuition qu'on repoussait depuis longtemps, celle d'un pays qui glisse lentement hors de lui-même. Dans les cafés, dans les messages qu'on s'envoie le soir, on sent que quelque chose s'est fissuré. Mais l'émotion, aussi juste soit-elle, ne suffit pas à comprendre ce qui se passe. Et tant qu'on reste dedans, on ne voit rien.

Le choix de la peur du choix
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Akram Nehmé
Publicado
mars 31, 2026 - 10:23

Le Liban vit sous pression, entre ce qui le frappe de l’extérieur et ce qui le bloque de l’intérieur, et avec le temps, ce qui était exceptionnel est devenu presque normal. Le vrai problème n’est plus seulement ce qui vient d’ailleurs, il est dans cette incapacité à trancher, dans ce moment suspendu où l’État voit parfaitement ce qui doit être fait mais n’arrive pas à franchir le pas. Ce n’est pas un manque de compréhension, c’est une peur qui s’est installée lentement, nourrie par une histoire où chaque affrontement interne a laissé des traces trop profondes pour être ignorées. Quand un pays a connu la guerre, il ne développe pas seulement des réflexes, il porte des traumatismes, des peurs enracinées, des automatismes de survie qui poussent à éviter, contourner, repousser, même quand cette fuite devient elle-même un danger.

Nos enfants prodig(u)es
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Akram Nehmé
Publicado
mars 21, 2026 - 06:54

On a tous quelqu'un dans la famille qui est parti étudier à l'étranger. Un fils, une fille, un neveu, une nièce. On a payé les frais de scolarité, on s’est serré les dents, on était fier. Ils ont eu leurs diplômes. Ils sont allés travailler au Golfe. On appelait ça une réussite. Aujourd'hui, cette histoire-là est en train de s'arrêter. Les pays du Golfe ont décidé d’accorder les emplois à leurs propres citoyens en priorité. C'est leur droit, et c'est une tendance lourde, pas une simple mesure temporaire. Les grands projets de vision économique, comme l'Agenda 2030 en Arabie Saoudite, sont conçus précisément pour réduire la dépendance à la main-d'œuvre étrangère. Les Libanais qui travaillaient là-bas commencent à recevoir des lettres de licenciement, et beaucoup de ceux qui restent voient leurs contrats non renouvelés.

Le tunnel et la tente
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Akram Nehmé
Publicado
mars 9, 2026 - 08:24

Ils ont des missiles de précision, mais ils n’ont pas de couvertures pour les enfants. Ce n’est pas un oubli ni une erreur d’organisation, c’est un choix. Le ciment n’a pas servi à construire des abris pour protéger les familles, il a servi à creuser des tunnels pour protéger les roquettes. Dans cette logique, une ogive a une valeur stratégique, alors qu’un civil est considéré comme remplaçable. Il suffit d’en fabriquer d’autres. La démographie devient ainsi une forme d’arsenal. Et la souffrance de ces civils n’est pas un échec pour ceux qui dirigent ce système. Elle devient au contraire un outil. Une mère qui pleure dans une école devant les caméras du monde entier produit un message puissant qui se répand tout seul: regardez ce qu’ils nous font. Ce que l’on oublie souvent de dire, c’est que l’ennemi n’a pas détruit les abris. Il n’y en a tout simplement jamais eu.

Son Excellence
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Akram Nehmé
Publicado
févr. 21, 2026 - 18:31

Au Liban, l’argent ouvre presque toutes les portes. Il accélère les décisions, simplifie les démarches, fait tomber bien des résistances. Il y a pourtant une porte qu’il ne peut pas ouvrir : celle de la dignité, celle du respect réel, celui qui ne se paie pas. Il le sait, même s’il préfère ne pas se l’avouer. Il a réussi vite, très vite. Trop vite. Nouveau riche, fortune arrivée avant la reconnaissance, argent parfois opaque, parfois franchement louche. Malgré les biens, les relations et les signes extérieurs, il vit avec ce malaise persistant : quelque chose manque. Une légitimité. Une place. L’impression d’exister autrement que comme quelqu’un qui paie.