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Enorme explosion provoquée par une frappe israélienne sur une localité proche de Al-Mansouri, au sud du Liban. (AFP)
L'Essentiel de la semaine
Portrait de l'auteur
Par LevantTime .
Publié sept. 6, 2026 - 23:27
Alors que les États-Unis semblaient avoir opté pour la seule guerre économique contre l’Iran, l’armée américaine a brusquement mené mardi des frappes contre le territoire iranien en riposte à des attaques visant des pétroliers, entraînant une spirale de violence au cours de la semaine. Au Liban, Israël a libéré plusieurs civils détenus dans ses prisons, tandis que son armée investissait la colline stratégique d’Ali el-Taher et poursuivait ses frappes massives dans la zone qu’elle contrôle au sud du pays. La semaine du 31 août au 6 septembre aura été marquée par une nette accélération des événements au Moyen-Orient, alors que la précédente semblait placée sous le signe de l’immobilisme. Sur le front iranien, dès mardi soir, l’armée américaine a mené des frappes ciblées en territoire iranien, les premières depuis près d’un mois. Cette capture d’écran, réalisée le 6 septembre 2026 à partir d’images vidéo non datées diffusées le même jour par le Commandement central américain, montre ce que le Centcom présente comme l’un des pétroliers iraniens qu’il a détruits en riposte à des tentatives d’attaques de missiles contre des navires militaires. (Centcom via AFP) Toutefois, leur rythme relativement limité donne l’impression que l’administration américaine a opté pour une escalade qui demeure contrôlée, tout en poursuivant son blocus et ses pressions économiques contre Téhéran. Malgré tout, la tension n’a cessé de croître au fil de la semaine. Des explosions ont été entendues samedi sur l’île hautement stratégique de Kharg, par laquelle transite la majeure partie du pétrole iranien. Le président américain Donald Trump a, de son côté, menacé de frapper le site nucléaire de Kuh-e Kolang — « montagne de la pioche » en persan, ou Pickaxe Mountain —, une installation très fortifiée située à une grande profondeur, non loin de Natanz, principal site d’enrichissement d’uranium en Iran. Plus tôt dans la semaine, il avait consacré l’équation du « pétrolier contre pétrolier », promettant de cibler un navire iranien chaque fois que les Gardiens de la révolution frapperaient un pétrolier dans le détroit d’Ormuz. C’est précisément ce qu’a fait l’armée américaine samedi, en incendiant deux navires iraniens. Sur le plan politique, Donald Trump a encore durci le ton envers Téhéran. Après avoir affirmé, dans une interview, que les pourparlers étaient définitivement gelés « parce qu’un accord avec eux ne vaut pas le papier sur lequel il est écrit », il a estimé samedi que le « conflit » avec l’Iran n’était pas une « guerre », mais « quelque chose de banal » pour les États-Unis. Une manière de jouer avec les nerfs des Iraniens tout en rassurant son opinion publique à l’approche des élections de mi-mandat. Un port, ainsi que des installations de stockage et des entrepôts ont été endommagés après une frappe militaire américaine menée dans la province méridionale iranienne d’Hormozgan, qui jouxte le détroit du même nom, le 6 septembre 2026. (AFP) Dans le même temps, le média américain Axios a publié samedi un rapport laissant entendre que les États-Unis se projettent déjà au-delà de ce conflit, commencé le 28 février. Le site affirme, en citant des responsables américains et d’autres sources informées, que l’administration Trump élabore une stratégie plus large pour le Moyen-Orient de l’après-guerre. Celle-ci reposerait sur la mise en place d’un alignement régional destiné à contenir l’Iran, à mettre un terme aux répercussions régionales des attaques du 7 octobre 2023 menées par le Hamas à Gaza et à élargir le cercle de la normalisation entre Israël et les pays de la région. La menace visant Kuh-e Kolang, qui marque la réémergence du dossier nucléaire iranien, fait écho à une annonce de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), qui a déploré, le 1er septembre, que l’Iran n’ait pas rouvert ses sites à ses inspecteurs après les frappes de mai 2025. Rappelons que, malgré l’ampleur de l’offensive israélo-américaine contre les sites iraniens, il est quasi certain que le stock d’uranium enrichi demeure intact et a été placé en lieu sûr par les autorités iraniennes, qui restent attachées à ce qu’elles considèrent comme leur droit au développement d’un programme nucléaire. À la suite de l’annonce de l’AIEA, les États-Unis, mais aussi la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne ont fait part de leur intention de présenter une résolution au Conseil de sécurité de l’ONU condamnant le non-respect par l’Iran de ses engagements en matière de non-prolifération nucléaire. Une unité affichée qui tranche avec le froid qui règne entre Washington et ses alliés européens depuis le début du conflit. De leur côté, les Iraniens semblent continuer à faire face aux bouleversements de la même manière : en frappant plusieurs pays voisins, notamment le Koweït, les Émirats arabes unis et la Jordanie, sans pour autant s’attaquer directement à Israël. Frappes massives au Liban-Sud Sur le front libanais, Israël intensifie ses opérations de destruction dans les villages du Sud, allant jusqu’à utiliser, dans certains cas, des barils d’explosifs. Le président libanais Joseph Aoun a exhorté Washington et la communauté internationale à « faire cesser » les attaques israéliennes sur le territoire libanais, qui ont fait sept morts dimanche sur fond de trêve fragile. Les bombardements ont touché différentes localités de la région de Nabatiyé. Vingt personnes ont également été blessées, parmi lesquelles des enfants, selon le ministère de la Santé. Une frappe a par ailleurs détruit l’ancien hôpital Ghandour, hors service depuis des années. Libération de détenus et prise d’Ali el-Taher Mais l’événement majeur de la semaine dans le Sud a été la prise, par les Israéliens, de la colline stratégique d’Ali el-Taher, dans la région de Nabatiyé. Le site constituait un important quartier général du Hezbollah, formé d’un vaste enchevêtrement de tunnels, d’où opéraient des combattants du parti chiite mais aussi, selon certaines informations, des combattants iraniens. Jeudi soir, les Israéliens ont annoncé avoir pris le contrôle du complexe. Dimanche, le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a déclaré que des tunnels devaient encore être dynamités. Ce « succès » militaire n’était peut-être pas une surprise après des semaines de bombardements, mais la réaction du Hezbollah l’a été davantage. Après avoir longtemps assuré qu’il refuserait de céder cette colline stratégique — tout comme les Iraniens, qui avaient eux aussi menacé d’intervenir —, le parti chiite a fini par minimiser l’impact de ce développement par l’intermédiaire de ses médias et de ses relais, sans toutefois confirmer officiellement la perte du site, qu’il avait refusé de préserver en le remettant à l’armée libanaise. L’autre surprise majeure de la semaine a été la libération, par Israël, de cinq civils libanais et syriens détenus dans ses prisons. Cette mesure est intervenue à la suite d’une visite à Tel-Aviv de l’ambassadeur des États-Unis au Liban, Michel Issa. Selon le bureau du Premier ministre israélien, l’annonce de jeudi « fait suite aux efforts déployés par Israël et le Liban pour localiser et rapatrier les dépouilles des dirigeants de la communauté juive qui avaient été enlevés et tués au Liban » entre 1984 et 1986. Là encore, la réaction du Hezbollah interpelle. Tout en considérant la mesure positive mais insuffisante, le parti s’en est une nouvelle fois pris aux autorités libanaises, les accusant de « soumission à l’ennemi » et les tenant pour « responsables » du désastre au Sud. Il les a même mises en garde contre « les conflits internes ». Les revers militaires du parti pourraient-ils l’inciter à se retourner davantage contre la scène intérieure? Enfin, l’armée israélienne a fait dimanche une déclaration importante en annonçant envisager de réduire sa zone d’occupation au Liban-Sud, en passant de l’actuelle « zone jaune » à une « zone grise ». Une telle évolution traduirait, selon cette lecture, une diminution de la menace représentée par le Hezbollah. La mesure n’a toutefois pas encore été approuvée par le leadership politique israélien. Le Yémen et la Palestine La semaine a également été particulièrement tendue au Yémen, où les affrontements entre les rebelles houthis et les forces gouvernementales n’ont cessé de s’intensifier, jusqu’à un samedi particulièrement meurtrier qui a fait plus de 60 morts en une seule journée, portant à environ 200 le nombre de victimes depuis jeudi. L’offensive des Houthis vise notamment à prendre le contrôle de certaines zones bordant le passage de Bab el-Mandeb, ce qui donnerait à cet allié de l’Iran un ascendant supplémentaire sur un autre verrou stratégique majeur, après le détroit d’Ormuz. En Palestine, des propos particulièrement inquiétants d’Israël Katz sur Gaza ont marqué la semaine. Celui-ci a affirmé, sans fournir de preuves, que la plupart des habitants de la bande souhaitaient la quitter, soulignant qu’Israël était « prêt à une telle évacuation » de masse. De quoi laisser penser que le calvaire des Gazaouis est loin d’être terminé. Enfin, notons que l’AIEA a annoncé, le 1er septembre, que des infrastructures découvertes à Deir el-Zor, en Syrie, indiquent que l’ancien régime de Bachar al-Assad préparait secrètement un programme nucléaire avancé susceptible d’aboutir à la fabrication d’une arme atomique avec l’aide d’experts nord-coréens.
Hommage
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Par Michel Hajji Georgiou - Publié sept. 6, 2026 - 13:31
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Le joueur argentin, qui a mis fin à sa carrière internationale le 31 août 2026, n’était rien moins qu’un prestidigitateur des stades. Son parcours, fait de prodiges, de chutes et de rédemption, dit peut-être quelque chose de notre besoin intact d’enchantement dans un monde qui prétend pourtant s’en être défait. Annoncée quelques semaines après la finale de Coupe du monde 2026 perdue contre l’Espagne, la retraite internationale de Lionel Messi n’a pas été sans provoquer une émotion dont il est difficile de trouver beaucoup d’équivalents dans l’histoire récente du football. Il faudrait sans doute remonter à Maradona, ou encore à Cruyff ou Pelé, pour retrouver cette sensation qu’avec le retrait d’un joueur disparaît quelque chose qui excède très largement le sport lui-même, comme si une certaine manière d’habiter le football, sinon même d’y croire, arrivait, elle aussi, à son terme. Loin des glacis de la raison Las des interminables statistiques et des insupportables querelles, fastidieuses et stériles, autour de «qui est le meilleur de tous les temps». L’auteur de ces lignes n’a jamais été un fanatique de ballon rond, ni des classements verticaux ou d’une hiérarchie du mérite en général, et, partant, apprécie le talent de chaque joueur avec le même regard émerveillé d’un enfant de 11 ans. Du reste, cette obsession particulièrement contemporaine des chiffres gâche tout le plaisir du spectacle. Et pour cause: la démarche qui consiste à additionner les buts, les passes décisives, les Ballons d’or, les Ligues des champions, les Copa América, les Coupes du monde… ne peut être que réductrice. Elle n’est pas sans évoquer, sur un autre registre, la critique développée par le philosophe germano-américain Eric Voegelin de la tentation gnostique moderne: celle d’un savoir persuadé de pouvoir enfermer la réalité dans un système et abolir ce qui lui résiste. Les records sont probablement un indicateur du génie de Lionel Messi. Mais tant d’autres grands joueurs qui ont fait vibrer les stades et les cœurs, qui n’ont pas réalisé la moitié de ses exploits, restent pourtant éternels dans les mémoires. Ce qui les a rendus véritablement singuliers se trouve ailleurs, loin des glacis de la raison. Quelque chose d’autre s’est joué autour d’eux. Quelque chose qui relève d’un certain sens profond de la transcendance, que l’entendement ne saurait pleinement saisir. C’est le cas de Lionel Messi pendant plus de vingt ans, depuis le jour où, sous les regards de «l’icône» Diego Maradona, il faisait sa toute première entrée, en juin 2006, dans l’arène de la Coupe du monde sous les couleurs de l’Albiceleste contre la Serbie-Monténégro. Or cet élément indicible qui fait le génie de Messi, comme pour d’autres, touche peut-être à l’un des paradoxes les plus curieux de la modernité: la persistance de la magie dans un monde qui s’est précisément construit contre elle. Le monde désenchanté Max Weber parlait du désenchantement du monde pour désigner ce lent processus par lequel la modernité occidentale avait progressivement soumis l’existence à la rationalisation, au calcul, à la prévisibilité et à l’explication causale. Le monde ne devait plus être parcouru de puissances obscures, de signes, d’interventions surnaturelles ou de volontés invisibles; il devait, au moins en principe, devenir intelligible. Malheureusement, le sport moderne, et plus largement le monde moderne hérité de la globalisation, s’inscrit parfaitement dans cette dynamique. Le football d’aujourd’hui, et pas seulement le football, est en effet probablement l’un des objets les plus quantifiés qui soient. Le moindre geste est mesuré, et tout est soigneusement calculé et modélisé. Des mathématiques à l’intelligence artificielle, le talent brut dépend désormais davantage de la science que de l’enchantement. C’est ce qu’il y a d’humain, dans son rapport spontané, voire sauvage, avec l’invisible issu du cœur, qui disparaît sous nos yeux, au profit de la quadrature de la VAR. C’est, quelque part, le meurtre du sport au nom de plus de rigueur et d’équité… quand bien même l’euthanasie de cette part de spontané sublime finit par provoquer elle-même des injustices flagrantes. Il suffit, pour s’en assurer, de revenir sur certaines décisions controversées du Mondial 2026. Paradoxe des paradoxes, Lionel Messi est lui-même, à l’origine, un enfant de cette modernité technique, à laquelle il doit certainement une partie de sa carrière exceptionnelle. Son corps, trop petit pour les standards attendus, a été corrigé par un traitement hormonal. Détecté très tôt, son talent a été pris en charge par une institution qui a organisé sa formation, son alimentation, son développement physique et son intégration dans une machine sportive déjà mondialisée. Rien, en apparence, ne pouvait être plus éloigné du vieux récit héroïque. L’histoire ressemble davantage, de prime abord, aux dystopies du genre de Gattaca plutôt qu’à celui des mythes et récits messianiques. Pourtant, ce vieux récit est bel et bien revenu, et même avec une insistance presque embarrassante. Depuis les débuts de sa carrière, Lionel Messi a été passé au microscope. Mais plus l’on s’acharnait à l’expliquer et à le démystifier, moins on réussissait à dissiper entièrement l’impression produite par certains de ses gestes. L’homme n’arrive simplement pas à être circonscrit et réduit à l’accumulation de données. À l’âge où la plupart des grands joueurs rentrent dans l’ombre, il continue de surprendre. De stupéfier, même, en apportant au sport cette part d’insensé qui échappe à l’hypersystématisation, quasi robotique, du monde. C’est probablement là qu’il faut chercher cet ailleurs qui caractérise Messi. Dans une survivance de la magie à un moment où même les lieux qui permettaient l’expression positive d’une humanité faite de chair et de sang se retrouvent progressivement «disciplinés» par cet attrait hypnotique pour une nouvelle gnose puritaine au nom de la modernité. Le Messie fabriqué par la machine Bien qu’issu, en quelque sorte, de la machine matricielle, Lionel Messi constitue en lui-même une remise en question de ce modèle de prêt-à-porter. Une sorte d’alter ego du Neo de Matrix jeté dans une simulation régie par des paramètres qui prétendent tout calculer. La destinée de l’Argentin a en effet progressivement pris, presque malgré lui, la forme d’un récit messianique. Le calembour sur son nom serait trop facile s’il n’avait pas été constamment relancé par sa propre histoire: celle de l’enfant fragile, auquel le corps semble vouloir refuser l’accomplissement auquel son talent le destine. Puis celle de l’exil très jeune vers Barcelone, de l’adoption par une ville étrangère, de l’ascension presque irréelle, de la reconnaissance mondiale, et ensuite de cette étrange difficulté à être reconnu par les siens… Car, pendant longtemps, l’Argentine a entretenu une relation de hainamoration avec son enfant prodigue. Qu’importaient ses résultats, son talent, sa brillance… il lui fallait répondre à une seule question, impitoyable: pourquoi n’était-il pas Maradona? Certes, la comparaison était inévitable, mais elle était aussi profondément injuste. Tout séparait les deux hommes dans leur manière d’être au monde. Maradona portait l’Argentine avec tout ce qu’elle pouvait avoir de passionnel, de contradictoire, d’excessif et de théâtral. Il parlait, provoquait, se battait, tombait, revenait, mêlait au football sa vie privée, ses colères, ses engagements politiques… jusqu’à sa propre destruction. Son corps lui-même semblait devenir l’un des lieux où se jouaient les contradictions de son pays. Maradona était l’incarnation même de ce que le monde attendait du football: une âme rebelle, poussant parfois le jeu jusqu’à l’immoralité, mais dans une forme de gigantomachie du football. Maradona était épique. Et, surtout, il avait placé son pays au firmament du football en 1986. Messi, lui, ne donnait rien de tout cela. Il était silencieux, parfois presque absent du récit que les autres construisaient autour de lui, absence qui fut longtemps interprétée comme un défaut. Presque effacé, sans personnalité. C’est d’ailleurs ce que lui reprochèrent les deux géants Maradona et Pelé: manquer de leadership, être trop lisse. Une sorte de bébé-éprouvette miracle des stades. On reprochait aussi à l’enfant de Rosario de ne pas chanter suffisamment l’hymne, de ne pas être assez argentin, d’avoir été «fabriqué» par Barcelone, puis naturellement de ne pas gagner avec la sélection ce qu’il gagnait presque continuellement avec son club. La prophétie inachevée La finale du Mondial 2014 perdue de manière dramatique contre l’Allemagne, puis celles des Copa América 2015 et 2016, avaient progressivement transformé ce soupçon en accusation. Lorsqu’il manqua son tir au but contre le Chili en 2016 et annonça ensuite qu’il renonçait à la sélection, il était pourtant déjà l’un des plus grands joueurs de l’histoire du football. Mais son récit restait étrangement inachevé. Le sentiment d’inachèvement ne concernait pourtant guère son palmarès. Plutôt cette nécessité quasi archaïque continuellement imposée aux héros modernes: parachever leur parcours initiatique. Sous les couleurs argentines, Messi brillait, puis chutait lourdement. Mais il ne se relevait pas. Il n’accomplissait pas la prophétie. Et, aux yeux de son peuple, cela renforçait le sentiment de hainamoration: un dieu déchu reste un dieu, malgré tout. Mais avec, en prime, ce qui est, aux yeux de ses adorateurs, un substrat d’humanité insupportable et, partant, parfaitement haïssable: ses tares, ses faiblesses. Les Argentins aimaient Maradona malgré sa déchéance spectaculaire et son humanité faillie. Mais c’est parce qu’il avait «mérité» cette déchéance, qu’elle était, quelque part, devenue acceptable après Mexico 1986. Messi, lui, n’avait pas encore le droit de chuter, parce qu’il n’avait pas encore atteint le sommet. Non, la prophétie n’était pas accomplie. Elle tournait même à la caricature. Messi revint donc. Mais il dut attendre encore sa rédemption. Il fallut la Copa América 2021, au Maracanã, pour que cette relation faite de soupçon, d’attente et de déception avec son public et son peuple commence véritablement à changer. Et il fallut surtout le Mondial 2022 pour que l’histoire acquière cette forme presque trop parfaite que personne n’aurait osé écrire sans paraître céder à une facilité scénaristique. Fait étrange, Maradona était mort en 2020. C’est comme si une sorte de malédiction nationale oppressante avait été levée. En même temps, le peuple argentin avait besoin d’une figure paternelle de substitution, et la pression ne s’en retrouvait que redoublée. Mais peut-être mêlée d’un peu de tendresse, cette fois? Ce qui s’est produit au Qatar en 2022 est d’autant plus intéressant que Messi lui-même y apparaît légèrement différent. Il proteste davantage, répond aux provocations, s’emporte, parle avec une violence dont on ne le croyait guère capable et laisse même échapper ce «¿Qué mirás, bobo?» face aux Néerlandais qui amuse l’Argentine. Buenos Aires y découvre enfin, avec retard, ce qu’elle avait toujours attendu de lui. Un peu de Maradona dans beaucoup de Messi. Mais Messi ne devient pas pour autant Maradona. Et c’est peut-être précisément là que se produit la véritable réconciliation: l’Argentine cesse de lui demander de l’être. À partir de 2022, Messi n’a plus besoin d’incarner un autre modèle du génie national. Il peut enfin devenir, pour son pays aussi, ce qu’il avait été partout ailleurs: Messi. Simplement. L’acte final de la prophétie Certes, le triomphe de 2022 aurait pu constituer une fin parfaite. Mais, comme pour Maradona, l’acte final de la prophétie héroïque est la chute. Personne n’attendait plus vraiment quelque chose d’exceptionnel de Messi en 2026. À 39 ans, l’on considérait largement qu’il faisait partie des «héros fatigués». La chute du Capitole avait eu lieu avec l’épisode amer de son départ du FC Barcelone et sa mésaventure au PSG. Il n’évoluait plus qu’en ligue américaine, sous les couleurs de Miami… à la périphérie du monde du football, dans les terres lointaines du soccer. Et la nouvelle génération était déjà là, prête à envoyer les ancêtres à Bicêtre. Pourtant, ce Mondial de 2026, qui paraissait devoir n’être qu’un épilogue, se transforma en un dernier coup d’éclat sensationnel. L’Argentine atteignit encore la finale, avec un Messi redevenu à 39 ans son «leader historique» et son recours dans les moments décisifs, accomplissant quelque chose qui n’était pas sans rappeler ce que Roberto Baggio avait réalisé pour l’Italie en 1994, à… 27 ans: le deus ex machina continuel. Baggio échoua aux portes du triomphe contre le Brésil, après avoir pratiquement porté l’Italie jusqu’à Pasadena. Son penalty envoyé au-dessus de la transversale devait laisser l’une des images les plus cruelles de l’histoire des Coupes du monde: celle d’un homme immobile, la tête basse, les mains sur les hanches, tandis que le Brésil célébrait sa victoire. Celui qui était «mort debout». Le lutin italien n’avait jamais connu l’apothéose. Mais cette mort symbolique, loin d’effacer son tournoi, finit elle aussi par entrer dans sa légende. L’histoire fut plus clémente pour Messi, en dépit d’une campagne de haine à son encontre, mêlée d’accusations de triche et de favoritisme, sur fond de décisions arbitrales controversées et d’actes de jeu déloyaux de son équipe, comme elle l’avait été naguère pour Maradona. Plus encore, même. Une finale lors d’un sixième Mondial au bord de la retraite, avec, à la clef, une prestation individuelle hors pair? C’est précisément là ce qu’il y a de magique dans le phénomène Messi, et qui défie la raison et son avalanche de statistiques. Le génie ne peut être enfermé dans une somme de paramètres et de variables. Sa forme physique, même optimale, ne peut pas expliquer à elle seule ce dont le monde entier a été témoin. Et qu’importe si son récit nous rappelle que le héros, tout mythique qu’il fût, ne saurait abolir la sinistre influence de Saturne. Le réenchantement du monde Car, au-delà de la prophétie accomplie, de l’ascension à la chute, avec son lot de bonheurs et de malheurs, l’Argentin a livré au monde un dernier tour de piste qui relève de l’art, sinon de la poésie homérique. Avec le retrait de Lionel Messi de la scène internationale, c’est un peu de la magie du monde qui disparaît… en attendant qu’un autre héros providentiel revienne enchanter les stades. Messi aura incarné, pendant plus de vingt ans, la coexistence de deux mondes que l’on croyait incompatibles: celui de la rationalisation extrême du sport moderne et celui, beaucoup plus ancien, du héros, du signe, de l’attente et de l’enchantement. Lorsque Messi s’en va, quelque chose de cette contradiction apparaît brusquement. D’autres prodiges ont déjà émergé, mais nous découvrons peut-être, au moment même où l’un de ses derniers grands représentants quitte la scène, à quel point nous continuons à avoir besoin de transcendance. Le monde moderne n’a donc probablement pas supprimé l’enchantement. Il n’a fait que le déplacer. Pendant quatre-vingt-dix minutes, cet homme nommé Lionel Messi, qui l’a incarné sur les pelouses, s’en va après avoir tout accompli. Et même plus.
Analyse

Sommes-nous devenus plus stupides?

Ou vivons-nous une transformation de la structure du savoir?
Portrait de l'auteur
Par Mona Fayad - Publié sept. 5, 2026 - 20:01
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La question «Le monde est-il devenu plus stupide?» revient régulièrement dans les débats contemporains sur les médias numériques, les moteurs de recherche et les réseaux sociaux. Elle paraît simple en apparence, mais dissimule une problématique plus profonde, liée à la nature même du savoir: comment est-il produit, comment est-il transmis et comment est-il consommé? Peut-être que la question «Sommes-nous devenus plus stupides?» n’est pas la plus juste. Il faudrait plutôt demander: le savoir se transmet-il encore d’une manière qui permette de le comprendre et de le rendre productif? La majorité de ceux qui lisent reviennent-ils encore aux textes originaux? Ou se tournent-ils vers leurs résumés et vers ce qui en est rapporté à travers ce qui circule entre les lecteurs? L’une des clés permettant de comprendre ce phénomène se trouve dans les travaux du psychologue britannique Frederic Bartlett, qui mena dans les années 1930 une série d’expériences sur ce qu’il appelait la «reproduction sérielle». Dans ces expériences, on demandait à une personne d’écouter une histoire puis de la raconter à une autre, qui la racontait à son tour à une troisième, et ainsi de suite. Les résultats furent frappants: à chaque nouvelle transmission, l’histoire n’était pas reproduite telle quelle, mais reformulée. Certains détails disparaissaient, d’autres étaient amplifiés, d’autres encore remplacés par des éléments correspondant au contexte, à l’expérience et à la culture du destinataire. Lorsque la chaîne atteignait un nombre suffisant de relais, l’histoire originale était devenue quelque chose de tout à fait différent. Ce modèle simple met au jour une vérité fondamentale: la mémoire n’est pas un réceptacle neutre, mais un mécanisme de reconstruction. Et lorsque le savoir passe par de multiples intermédiaires, il n’est pas «conservé», mais «reproduit». C’est ici que commencent à apparaître les ressemblances avec notre monde contemporain, ainsi que la crainte de devenir plus stupides. À l’ère des médias numériques, le savoir ne se transmet plus par l’écoute orale, mais à travers des chaînes de médiation: un article est résumé, puis cité, puis republié sous la forme d’un bref post, avant d’être encore réduit à une phrase ou à un titre. Dans ce contexte, on peut reprendre une image métaphorique apparue dans un texte de presse: celle d’une bibliothèque dont les livres seraient remplacés par des résumés, puis par des résumés de résumés, jusqu’à ce que le lecteur se retrouve face à des couches successives de réduction, dans ce que l’on pourrait appeler la «chaîne du raton laveur», qui ne lit pas l’original mais fouille dans ses restes. Il faut préciser ici que le choix du «raton laveur» n’est pas fortuit. Cette métaphore condense symboliquement une situation cognitive qui tend à s’enraciner. Cet animal, qui vit à la périphérie des villes et fouille dans les poubelles, ne produit pas sa nourriture: il se nourrit des restes de ce que les autres produisent. Malgré son intelligence pratique et son aptitude à démonter, saisir et récupérer les choses, il ne comprend pas véritablement ce qu’il a entre les mains, mais les traite comme des matériaux destinés à un usage immédiat. Ainsi se présente le savoir à l’époque de la réduction en série: des textes sont abrégés, puis abrégés de nouveau, jusqu’à ce qu’il n’en subsiste que des miettes de sens, réorganisées et remises en circulation sans véritable lien avec leur source. À ce stade, nous ne nous sommes pas seulement éloignés de l’original: nous sommes entrés dans une nouvelle phase de production de l’information ou du savoir, où l’acteur cognitif n’est plus un lecteur ou un penseur, mais un ramasseur de fragments de sens qu’il redistribue sous des formes rapidement consommables. La «culture du raton laveur» ne désigne donc pas seulement la superficialité. Elle décrit avec précision la dégradation de la chaîne même du savoir, de la création au résumé, de la compréhension au traitement formel, des idées à ce qui n’est plus que leur trace pâlie. Mais ce phénomène ne peut être compris indépendamment de la structure technique qui le gouverne. C’est ici qu’intervient Marshall McLuhan, qui résumait sa pensée dans la célèbre formule: «Le médium est le message.» Le problème ne réside donc pas seulement dans le contenu, mais dans la forme à travers laquelle ce contenu est transmis. Les médias numériques contemporains ne se contentent pas de transporter l’information: ils la remodèlent selon une logique de vitesse, de condensation et de fragmentation. Le texte long devient impropre à la consommation, tandis que l’idée n’est admise qu’à condition d’être réduite à quelques lignes susceptibles d’être partagées. Cette transformation crée un paradoxe saisissant: nous vivons à une époque où l’accès au savoir n’est plus difficile, mais excessivement facile. Or cette facilité excessive fait apparaître ce que l’on pourrait appeler une «illusion cognitive»: il suffit de lire un court extrait ou un résumé rapide pour avoir le sentiment de posséder l’idée. Mais ce sentiment de maîtrise ne s’accompagne pas nécessairement d’une compréhension profonde ni de la capacité à reconstruire ou à critiquer le savoir. C’est ici qu’apparaissent ceux que l’on pourrait qualifier de «semi-instruits»: des individus qui possèdent les signes du savoir mais non sa structure, son vocabulaire mais non sa logique interne. Le problème se complique encore lorsqu’on l’examine sous l’angle de l’attention. Au lieu de demeurer dans un état de concentration prolongée, comme dans la lecture traditionnelle ou la réflexion soutenue, l’esprit vit désormais sous un bombardement informationnel continu: notifications, vidéos, titres et vagues successives de contenu. Cette situation ne produit pas seulement une dispersion de l’attention, mais la reconfigure selon une logique de saut permanent entre de brèves unités de sens, au lieu d’une construction progressive et cumulative de l’idée. Je me souviens ici d’une anecdote que nous nous racontions autrefois et qui circulait beaucoup au temps des manifestations populaires. Elle illustre bien le mécanisme de réduction et de transformation du contenu. Après l’occupation de la Palestine, de nombreuses manifestations populaires descendirent dans les rues en scandant: «À bas la déclaration Balfour!» La plaisanterie voulait qu’à la fin de la manifestation, le slogan soit devenu: «Qu’un type tombe d’en haut!», les deux formules ayant en arabe une proximité rythmique et sonore. Cette image permet peut-être de mieux saisir ce qui se passe dans le langage quotidien lorsque le savoir devient une série de messages courts répétés collectivement. La manifestation commence par une formule politique précise. Puis, sous l’effet de la répétition, de la fusion collective et du rythme sonore, elle se transforme progressivement en une autre formule, complètement différente. Celle-ci peut conserver le rythme et l’intensité affective de la première, mais elle en perd la signification et le sens originels. Ce qui subsiste n’est plus le sens, mais l’énergie émotionnelle de la formule. On retrouve ici, sous une autre forme, ce qu’avait observé Bartlett: ce qui importe n’est pas seulement ce qui a été dit, mais la manière dont cela a été répété et réinterprété dans un contexte social changeant. Si nous réunissons ces différents fils, nous pouvons dire que ce que nous vivons aujourd’hui relève moins d’un «effondrement de l’intelligence» que d’une transformation des conditions dans lesquelles elle se déploie. L’esprit humain n’a pas radicalement changé, mais l’environnement dans lequel il fonctionne, lui, s’est profondément transformé: nous sommes passés d’un environnement permettant l’accumulation lente à un environnement imposant une reproduction rapide et fragmentée du savoir. Ce changement crée une tension permanente entre deux formes de pensée: une pensée réflexive, qui a besoin de temps, et une pensée rapide, qui exige une réponse immédiate. À cette lumière, la question «Sommes-nous devenus plus stupides?» devient en partie trompeuse. Il serait sans doute plus juste de dire que nous sommes davantage exposés à des conditions qui rendent la pensée profonde moins stable, voire moins possible, et qui rendent le savoir plus vulnérable à la fragmentation et au recyclage. Quant à la stupidité, si le terme est permis, elle n’est peut-être pas une propriété de l’esprit, mais un effet secondaire et une caractéristique de la structure culturelle qui s’est mise en place. C’est une technique qui reconfigure notre rapport au monde. Ainsi, plutôt que d’y voir un déclin des capacités humaines, nous pouvons y voir une transformation de «l’environnement du savoir»: un environnement où il est devenu facile de savoir quelque chose, mais plus difficile de le comprendre véritablement, dans toute sa profondeur.
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Gibran Khalil Gibran: un pont de lumière entre Orient et Occident (1/3)

« Je ne suis qu’un petit nuage qui voyage à travers le ciel, sans savoir où il va ni d’où il vient. » Il est des âmes qu’aucune frontière ne peut contenir et qu’aucune étiquette ne parvient à définir. Gibran Khalil Gibran est de celles-là. À la fois illustre et méconnu, il demeure l’une des figures les plus fascinantes du XXe siècle. Né au Liban, il a grandi dans l’effervescence de Boston et de New York. Par son œuvre, Gibran a démenti la théorie de Kipling selon laquelle «l’Orient et l’Occident ne pourront jamais se rencontrer», car il a réussi à incarner à la fois le meilleur de l’Orient mystique et le meilleur de l’Occident moderne et cartésien. Souvent réduit à l'immense succès planétaire de son chef-d’œuvre, Le Prophète (livre le plus lu aux États-Unis après la Bible), Gibran est un artiste total, un «chercheur d’absolu» qui maniait le pinceau avec la même ferveur que la plume. Son œuvre résonne encore aujourd’hui avec une modernité désarmante. Était-il un peintre, un penseur, un poète, un écrivain ou tout cela à la fois? Auguste Rodin, l’ayant rencontré à Paris, aurait dit de lui: «Le monde attend un nouveau William Blake, et il est né en Orient.» En effet, à l’instar de William Blake, Gibran ne se considérait pas comme un écrivain qui peignait, mais comme un artiste dont la pensée s’exprimait indifféremment par la plume ou le pinceau. Afin de cerner ce personnage, nous aborderons les influences qui ont forgé à la fois le penseur, l’écrivain (qui serait le plus lu au monde après Shakespear et Lao Tseu) et le peintre dont les œuvres vaporeuses cherchent à représenter l’âme humaine dépouillée de ses artifices sociaux. 1883-1931: une vie entre deux mondes Gibran est né en 1883, à Bécharré, un village chrétien au nord du Liban alors sous l’empire ottoman, dans une famille chrétienne maronite. Son grand-père était prêtre. Il n’avait 12 ans lorsque sa mère émigre à Boston, aux États-Unis, avec lui et ses deux sœurs, afin de fuir la misère et un mari alcoolique. Les débuts aux États- Unis sont difficiles, marqués par la mort de son demi-frère, de sa sœur et de sa mère, emportés par la tuberculose. Entre 1908 et 1910, il retourne à Beyrouth pour étudier au Collège de la Sagesse, avant de se rendre à Paris où il fréquente, pendant deux ans, l’Académie Julian afin de parfaire sa technique en peinture. Il y rencontre, entre autres, Auguste Rodin. Les femmes et Gibran « La femme est le temple de la vie. » « Dans les yeux d’une femme, on peut lire l’histoire de l’humanité, car elle porte en elle le mystère de la création et la force de l’amour inconditionnel. » Les femmes ont joué un rôle essentiel dans la vie de Gibran. Il leur vouait une adoration et un respect absolu, ne les considérant jamais comme un objet de désir. Comme il le confiait lui-même, il fut porté toute sa vie par des femmes exceptionnelles. Bien qu’il ne se soit jamais marié, il a aimé plusieurs femmes. Toute sa vie, il n’a cessé d’appeler à l’émancipation de la femme arabe, l’encourageant à briser le carcan des traditions et de la société patriarcale. Parmi les femmes de sa vie, Il y a d’abord sa mère à qui Il vouait une dévotion totale, admirant le courage dont elle avait fait preuve en quittant tout pour émigrer aux États-Unis afin d’offrir une vie meilleure à ses enfants. Une anecdote illustre d’ailleurs parfaitement son rapport aux femmes: durant son séjour à Paris, un modèle qui posait nue pour les artistes fut si touchée par le respect de Gibran qu’elle s’attacha à lui. En signe de gratitude, elle lui lavait son linge chaque jour, gracieusement. Mary Haskell Elle était son mentor et son mécène. Elle a joué un grand rôle dans sa vie. Elle l’a introduit dans les milieux de l’art et de l’édition à New York et a contribué à lancer sa carrière. Bien qu’elle fut de dix ans son aînée, elle est la seule femme que Gibran ait demandé en mariage. Leur relation est détaillée dans le journal intime de Mary Haskell, publié après sa mort. May Ziadé C’est l’une des plus belles et des plus étranges histoires d’amour de la littérature mondiale. Gibran vivait à New York et May Ziadé, écrivaine féministe, au Caire. Ils ont correspondu pendant vingt ans sans jamais se rencontrer. Leurs échanges étaient un mélange de débats intellectuels, de soutien moral et de passion mystique. Cette relation illustre parfaitement le concept gibranien de l’amour: une union des âmes qui transcende la relation physique et les frontières géographiques. Il la considérait comme son alter ego. On peut citer également sa relation amicale avec Barbara Young sa secrétaire, qui l’a aidé dans ses écrits en anglais à la fin de sa vie.

Raymond Eddé ou l’éloge de la « défaite »
Par
Michel Hajji Georgiou
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Le 10 mai 2000 disparaissait Raymond Eddé, au terme d’un exil de plus de deux décennies à Paris. Eddé fut, dans le panorama politique libanais, une personnalité tout à fait atypique. Une certaine histoire retient de lui aujourd’hui une figure idéaliste et obstinée, coupée de la réalité, puisqu’il refusa tous les compromis politiques qui cherchaient un colmatage temporaire des brèches par réflexe de survie immédiate aux dépens des valeurs fondamentales de la République et des fondements élémentaires de l’État, de l’accord du Caire à l’accord de Taëf. Irréductible, le Amid ? Pourtant, paradoxe anachronique, c’est le contraire qu’on lui reprocha au sein de sa communauté. À savoir le fait de ne pas se laisser entraîner dans les flots de testostérone identitaire et de refuser d’écouter les doux chants des sirènes et de la mitraille, contrairement aux partis populaires et aux organisations armées de l’époque. Comme Michel el-Khoury, leader du Destour, le Amid du Bloc national continua à empêcher la montée aux extrêmes, s’opposant à la tentation des armes qui faisait des ravages dans la rue libanaise et chrétienne, y compris au sein de ses partisans. La violence eut finalement raison de sa détermination. Victime d’une série d’attentats contre sa personne de la part des différents belligérants, il préféra partir. Sans savoir, sans doute, que ce départ serait définitif. L’homme qui «avait raison» La petite histoire voudrait que Raymond Eddé ait demandé que soit inscrite, comme épitaphe, sur sa tombe : « Ci-gît Raymond, qui avait raison. » Le Amid était anid , obstiné, dès qu’il s’agissait de camper ferme sur sa colonne vertébrale d’éthique politique. Avec le temps, cependant, la formule n’a pas été sans mêler l’admiration, l’ironie, voire une certaine amertume. Comme s’il s’agissait de l’épitaphe d’un certain mode de comportement politique trop idéaliste, sinon naïf, qui refuse de plier et de s’adapter aux réalités politiques libanaises. Elle définit presque une catégorie anthropologique du personnage politique libanais intègre mais impuissant, peu doué pour la virtù machiavélique. Un « loser », en quelque sorte. Ainsi, le temps libanais politicien a-t-il retenu de Raymond Eddé l’image d’un homme qui a vu venir les catastrophes, mais, en refusant les compromis par souci de garder les mains propres, a fini isolé, exilé, et presque transformé en Cassandra maronite, là où les instincts préféraient suivre les zaïm utilitaristes et populistes ou les « hommes de terrain » en treillis. Et il est sans doute vrai qu’Eddé fut lui-même victime de son rigorisme politique lorsqu’il refusa la proposition de Michel el-Khoury d’unir le Destour et le Bloc national pour créer un contrepoids national au vatenguerrisme, au début des années 1970. « Jamais le fils d’Émile Eddé ne mettra sa main dans celle du fils de Béchara el-Khoury ! », avait-il répondu à cheikh Michel. Et ce fut probablement l’une des erreurs politiques du Amid, puisque l’absence du centre politique qu’aurait pu représenter cet axe national ouvrit la voie à une montée aux extrêmes, et, derrière, à un maître de marionnettes nommé Hafez el-Assad, qui sut exploiter les querelles intestines pour régner durant trois décennies sur le pays du Cèdre. La fonction et la stature Cependant, il est peut-être bon, dans les circonstances actuelles, de détruire une bonne fois ce mythe de « l’idéalisme » et de « l’utopiste » qui continue d’entourer Raymond Eddé, le mal aimé du communautarisme libanais, à plus forte raison de sa tendance sectaire, identitaire, populiste et martiale. Raymond Eddé – et l’auteur de ces lignes ne l’a pas connu personnellement, mais tire ses conclusions des prises de position et du parcours de l’homme – est sans doute le plus impopulaire des chefs politiques chrétiens (à moins que ce ne soit, comble de l’ironie, Béchara el-Khoury). Pourquoi ? Parce que le pouvoir qui l’intéressait n’était pas le pouvoir politique convoité par les politiques traditionnels. Eddé était en quête d’une autorité qui puisse incarner réellement quelque chose qui la dépasse : un savoir, une tenue intérieure, une cohérence, une expérience, une capacité de transmission, voire une forme de noblesse spirituelle ou intellectuelle. Il distinguait instinctivement la fonction et la stature. En cela, il entretenait un rapport très ancien, presque grec ou médiéval, à la légitimité. La vraie autorité ne venant pas du seul statut, elle devait nécessairement découler d’une adéquation entre l’être, la parole et l’œuvre. Chez lui, l’autorité semble devoir satisfaire deux exigences simultanées, rarement réunies : une verticalité réelle du savoir, de l’expérience ou de la pensée et une reconnaissance organique venue d’en bas, du réel humain, du terrain et de la communauté vivante. S’il a péché par manque d’épreuve du réel, ce n’est pas parce qu’il n’a pas voulu retrousser ses manches. C’est parce qu’il n’a pas voulu jouer les fiers à bras et les miliciens. Grosse différence. Il n’a pas voulu succomber à l’illusion de la solution par la violence. Et, en cela, effectivement, il a eu raison. Et, malheureusement, le Liban étant ce qu’il est, il a tous les jours invariablement raison. Eddé conjugua culture, profondeur et une certaine reconnaissance populaire fondée sur des positions de principe, pas des faits guerriers. Pas populaire au sens électoral brut, mais au sens où sa parole rencontra réellement des êtres, circula, transforma, engendra de l’adhésion libre plutôt qu’une obéissance imposée. Eddé créa du politique, là où les autres n’ont cessé de le défaire depuis un demi-siècle. On retrouve là quelque chose de très méditerranéen, presque antique, encore une fois, en l’occurrence l’idée que l’autorité n’est pas seulement un mécanisme institutionnel, mais une relation vivante entre une personne et une cité. Une légitimité éprouvée dans la durée. En cela, comme en bien d’autres choses, il fut tout à fait cohérent. Peut-être trop cohérent pour un homme politique ? Les perdants magnifiques Au-delà, Raymond Eddé a-t-il été un « loser », comme le sous-entend toute une « école » politique actuelle, qui calcule la réussite en termes de masses drainées aux meetings et aux urnes ? Comme, après lui, des personnalités comme Nassib Lahoud ou Samir Frangié, pour n’en citer que quelques-unes ? Il est sans doute temps de briser une fois pour toutes ce mythe qu’une figure qui ne cherche pas le culte de la personnalité comme fondement de sa légitimité politique est nécessairement à mettre au rebut de la politique ou à satelliser, réalisme oblige. Avoir tort avec Sartre plutôt que raison avec Aron ? Non. Certaines personnalités constituent à présent des repères spécifiquement parce que leur savoir a été éprouvé, reconnu, incarné. Elles ont traversé la contradiction du monde réel sans perdre entièrement leur colonne vertébrale. Elles ont incarné une forme de vérité qui n’a pas été récompensée par l’histoire immédiate. Et cela donne plus de poids à leur parole, pas moins. Ces figures ont souvent vu venir les désastres, compris les impasses et refusé certaines compromissions… puis perdu malgré cela. Ou parfois à cause de cela. Il y a chez elles quelque chose de tragique au sens noble. Pas tant la posture romantique du « maudit » que la confrontation entre lucidité et rapport de force. Elles révèlent une chose difficile à accepter : qu’avoir raison ne protège ni de l’échec, ni de l’isolement, ni de la destruction… mais, peut-être, du déshonneur. Leonard Cohen avait eu ce titre sublime pour son deuxième roman : Beautiful Losers , traduit en français par « Les Perdants magnifiques ». La traduction fait perdre de sa force à l’oxymore. Ces « perdants » ne sont pas « magnifiques ». Ils sont tout simplement dans un registre qui n’est pas le même que celui des autres. Leurs ailes de géant ne sauraient leur permettre de marcher au milieu des foules, simplement. Le Liban est rempli de «vainqueurs» tactiques et de perdants historiques. Beaucoup de ceux qui ont gagné les guerres symboliques ou militaires ont laissé derrière eux du vide, de la ruine ou de la peur. Tandis que certaines figures « vaincues » ont conservé une forme de légitimité morale parce qu’elles avaient perçu quelque chose d’essentiel sur le vivre-ensemble, la souveraineté, la violence ou la dignité humaine. Raymond Eddé est de ceux-là. Il accepta de payer le prix de sa clairvoyance plutôt que de trahir sa lecture du réel pour appartenir au camp des vainqueurs. C’est à croire qu’il fut habité d’une tension presque sophocléenne, préférant la défaite juste à la victoire avilissante. Pas par goût de la défaite, non. Mais parce qu’une victoire achetée au prix du mensonge ou de l’aveuglement aurait fini, à ses yeux, par devenir une autre forme de ruine. Et c’est sans doute pour cela qu’il ne voulut jamais vraiment, tout au fond de lui, devenir président d’une République qui n’a cessé, plus de vingt ans après son départ, de se vendre, encore et encore, au plus offrant, plutôt que se décider à être.

Sauver l’humanisme intégral
Par
Michel Hajji Georgiou
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On continue à parler de « mondialisation » comme si le mot avait encore un sens commun. Il n’en a plus. Ou plutôt : il lui reste sa carcasse économique, la globalisation – flux de capitaux, chaînes de production, plateformes numériques –, mais son âme a disparu. La mondialisation comme ouverture, comme promesse d’un monde plus habitable par tous, comme quête d’un langage partagé entre les cultures, est en train de mourir. Cette mondialisation-là n’était pourtant pas qu’une réalité matérielle, mais un horizon moral. Elle reposait sur une idée simple, presque naïve : le contact répété entre les peuples, les cultures, les imaginaires finirait par désarmer la tentation de la guerre. Les distances réduites par la technologie, les transports, l’abolition des frontières douanières… On se croiserait à l’université, dans les festivals, dans les ONG, dans les institutions internationales ; on bâtirait des compromis, des traités, des programmes d’échange. On apprendrait à vivre ensemble, faute de mieux. Cet horizon est né avec une génération précise : les baby boomers. Une génération traumatisée par la Seconde Guerre mondiale, l’extermination industrielle, Hiroshima, la découverte des camps. Une génération pour laquelle le mot « universel » n’était pas une abstraction philosophique, mais une réponse à l’abîme. Au hitlérisme, au mussolinisme, au franquisme. À l’horreur d’Auschwitz. L’ouverture contre les camps de concentration. De là sont sortis la Déclaration universelle des droits de l’homme, les Nations unies, l’Union européenne, les grandes institutions culturelles et scientifiques qui ont tenté – maladroitement, imparfaitement – de fabriquer un espace commun. Cette génération s’était dotée d’un langage : celui de l’humanisme intégral. Un humanisme qui ne réduisait pas l’homme à son identité communautaire, qui ne le dissolvait pas dans le seul marché, qui ne le sacrifiait pas non plus sur l’autel d’une transcendance jalouse. Un humanisme qui plaçait au centre la dignité de chaque personne, contre les fétiches de la race, de la confession, du clan, de la nation. Or cette génération est en train de disparaître. Et avec elle, l’architecture symbolique qui rendait possible une mondialisation d’ouverture. Nous sommes effectivement entrés depuis un moment dans le fameux entre-deux gramscien : « Le vieux monde se meurt, le nouveau tarde à apparaître et, dans ce clair-obscur, surgissent les monstres. » Le vieux monde, c’était celui où l’universel avait encore droit de cité, ne serait-ce que comme hypocrisie officielle. Le nouveau, nous le voyons poindre : un monde de blocs, de murs, de guerres par procuration, de plateformes numériques qui fragmentent les sociétés en tribus hostiles. Et, maintenant, l’intelligence artificielle qui renvoie chacun à « sa » vérité, son narcissisme comme confort intellectuel. Encore une addiction virtuelle sous le couvert d’un progrès. Entre les deux prolifèrent les monstres : les régimes autoritaires qui parlent le langage de la démocratie pour mieux la vider de sa substance ; les populismes qui transforment la colère sociale en haine de l’ennemi intérieur ; les identitarismes religieux, ethniques, civilisationnels, qui font de l’altérité une menace ontologique. La haine est malheureusement devenue l’affect structurant du politique, là où la volonté de vivre-ensemble, même chancelante, était l’espoir d’un monde meilleur. Sans doute jusqu’au désastre charnière du 11 septembre 2001. La haine, la violence, étaient autrefois l’ombre portée des conflits ; elles en sont aujourd’hui le moteur assumé. La frontière n’est plus un instrument de régulation, mais un fétiche brandi en totem. On érige des murs, on brandit les barrières douanières comme des armes, on fantasme le retour aux souverainetés closes, comme si l’interdépendance matérielle pouvait être annulée par décret. Il y a là une ironie cruelle : au moment même où les échanges n’ont jamais été aussi intenses – données, images, capitaux, marchandises circulent à la vitesse de la lumière – les imaginaires, eux, se referment. On ne rêve plus d’un monde commun ; on se contente de défendre des forteresses. Un postulat brisé La mondialisation culturelle des baby boomers était certes occidentale, parfois arrogante, souvent asymétrique. Mais elle comportait une part de mise en danger de soi : on allait vers les autres, on se confrontait à eux, on se laissait transformer. Elle postulait que le monde n’était pas divisible en blocs culturellement étanches. Ce postulat est aujourd’hui brisé. Le XXIᵉ siècle s’écrit au pluriel fermé : « civilisation chrétienne » contre « civilisation islamique », « monde russe » contre « Occident décadent », « vrai peuple » contre « élites cosmopolites », « nous » contre « eux », partout, tout le temps. C’est ce que François n’a eu de cesse de dénoncer jusqu’à sa mort. La question n’est plus : que partageons-nous, mais : qu’est-ce qui nous sépare, et comment l’exploiter ? L’humanisme intégral, lui, est pris en tenaille. Du côté des marchés, il est disqualifié comme naïveté : ce qui compte, ce n’est plus la personne, mais le profil, la donnée, le segment de consommation. L’individu est ainsi pulvérisé en comportements mesurables, monétisables. Du côté des identités, il est dénoncé comme ruse occidentale : l’universel ne serait qu’un masque de la domination, un vernis moral posé sur des rapports de force coloniaux. Réponse : retour aux appartenances « authentiques », aux communautés supposément préservées, aux passions tribales. Pris entre le cynisme du capital global et le ressentiment des identités blessées, l’humanisme intégral ne trouve plus de lieu politique. Il continue à survivre dans des institutions en voie d’ossification, dans les discours diplomatiques, parfois dans quelques consciences individuelles. Mais il ne structure plus l’imaginaire des sociétés. Le plus inquiétant, peut-être, est la cassure générationnelle. Les baby boomers portaient en eux la mémoire directe ou transmise des catastrophes du XXᵉ siècle. Ils avaient vu où mène la déshumanisation radicale, et c’est cette mémoire qui rendait crédible, malgré tout, la promesse d’un universel fragile. Les générations suivantes ont grandi dans un monde déjà mondialisé, déjà connecté, mais aussi déjà fracturé. Pour elles, l’universel apparaît souvent comme un discours épuisé, un récit officiel sans prise sur la réalité. Elles vivent dans la précarité économique, la crise climatique, les guerres à répétition, le vertige informationnel. Des survivances d’un monde révolu Le réflexe le plus naturel n’est pas l’ouverture, mais la défense : défendre son emploi, son territoire, son identité, son confort, son récit. Dans ce contexte, les figures d’ouverture deviennent inaudibles. Qu’elles s’expriment au nom de la foi, de la raison, des droits humains ou de la littérature, elles semblent parler une langue étrangère. Elles apparaissent comme des survivances d’un monde révolu – celui où l’on croyait encore que le dialogue pouvait infléchir le réel. Les « hommes forts », par contre, rassurent. Qu’ils s’appellent Poutine, Trump, Erdogan, MBS, Netanyahu, Orban ou Le Pen, ils répondent tous à une peur intrinsèque d’être avalés, absorbés, happés, dénués de toute différence dans un monde qui avait, du fait de la technologie, atteint un point culminant dans le rapprochement mimétique entre les peuples et leurs particularités. Faut-il en conclure que tout est perdu ? Ce serait trop simple, et trop confortable. La mort de la mondialisation ouverte ne signifie pas la fin de l’universel comme exigence. Elle signifie que la forme historique qu’avait pris cet universel – celle construite par les baby boomers, avec leurs institutions, leurs traités, leurs grands récits – arrive à bout de souffle. Reste la question nue, brutale : comment parler encore de dignité humaine, de droits, de commun, dans un monde qui a cessé d’y croire ? Il faudra sans doute recommencer par le bas, dans les villes, les écoles, les associations, les lieux minuscules où des individus continuent obstinément de croire que l’autre n’est pas d’abord un ennemi. L’humanisme intégral ne renaîtra pas d’un sommet diplomatique ni d’un nouveau traité, mais d’une contre-culture : une culture qui refuse la haine comme langue maternelle et le repli comme horizon ; une culture qui ne confond pas la mémoire des blessures avec la perpétuation de la vengeance. La mondialisation ouverte est peut-être morte. Mais tant qu’il restera des hommes et des femmes capables de dire « nous » au-delà de leurs tribus, et de s’élever au-delà du « moi » pour célébrer et promouvoir la culture du lien, l’universel ne sera pas totalement enterré. Il avancera en boitant, à contre-courant, sans illusions, certes. Comme il l’a toujours fait. Mais il trouvera son chemin. Une phrase attribuée à Burke affirmait que « le mal est l’inaction des gens de bien ». Alors, il faut s’unir - et agir.

Démarche libanaise inédite contre l’Iran à l’ONU

Une démarche libanaise inédite a pratiquement volé la vedette, au niveau local, mercredi, aux deux rendez-vous majeurs que sont la reprise des négociations libano-israéliennes à Washington et le sommet Trump-Xi à Pékin. À la veille de ces deux échéances cruciales en raison de leur impact sur la guerre dans la région, Beyrouth a adressé à l’ONU un mémorandum dans lequel elle met en cause des faits avancés par Téhéran pour protester auprès du Conseil de sécurité des Nations Unies, contre la frappe israélienne qui a tué quatre de ses diplomates, à l’hôtel Ramada, situé à Raouché, en mars dernier. Dans ce mémorandum, la diplomatie libanaise épingle la République islamique, l’accusant de violation de la Convention de Genève sur les relations diplomatiques et d’immixtion dans les affaires intérieures libanaises, selon Independent Arabia, qui en a fait état. Le Liban y accuse également Téhéran de l’avoir entraîné, via son bras militaire, le Hezbollah, dans une guerre destructrice qui ne le concerne pas. Cette démarche du ministère libanais des Affaires étrangères, destinée à replacer les faits dans leur contexte exact, s’inscrit dans le prolongement des décisions du gouvernement qui avait interdit les activités paramilitaires du Hezbollah et jugé persona non grata l’ambassadeur accrédité par Téhéran à Beyrouth, Mohammad Reza Chibani. Son importance, à la veille du troisième round des pourparlers libano-israéliens de Washington réside dans le double message qu’elle envoie: d’une part, la détermination de l’État libanais à aller de l’avant dans le processus supposé lui permettre, à terme, de rétablir sa souveraineté sur l’ensemble du territoire. D’autre part, une reconnaissance officielle libanaise, quoique implicite, de l’inféodation du Hezbollah au régime des mollahs. Dans le texte, le Liban affirme «son droit d’engager la responsabilité internationale de l’Iran et de lui faire assumer les conséquences de ses violations répétées de ses obligations internationales», selon Independent Arabia qui a dit avoir pris connaissance de sa teneur. Le média a cependant fait état d’une plainte déposée par le Liban auprès de l’ONU. Dans une mise au point diffusée dans la soirée, le ministère des Affaires étrangères a toutefois précisé qu’il s’agissait en réalité d’une réponse à des lettres iraniennes adressées au Conseil de sécurité. Si Beyrouth a choisi d’y réagir, c’est en raison d’informations erronées que Téhéran avait présentées en son nom. L'ambassadeur d'Iran auprès de l'ONU avait saisi le Conseil de sécurité après l’attaque, accusant Israël d’une «sérieuse violation du droit international», en ciblant «quatre diplomates iraniens qui exerçaient les fonctions de représentants officiels d'un État membre souverain sur le territoire d'un autre État souverain». Le Liban a expliqué pour sa part que les pseudo-diplomates tués étaient en fait des membres du Corps des Gardiens de la révolution en Iran. Il s’est basé dans ses affirmations sur des photos d’eux en uniforme militaire, avec leurs grades bien en évidence. Si Beyrouth a fourni ces précisions à l’ONU, c’est parce que dans sa lettre, l’Iran avait dit avoir «informé les autorités libanaises du déplacement des quatre diplomates vers l’hôtel Ramada avant leur assassinat». Le Liban a cependant affirmé qu’il n’y a pas eu de coordination, s’appuyant, sur une note officielle du 16 mars, dans laquelle l’ambassade d’Iran avait reconnu qu’«il ne lui avait pas été possible d’informer le ministère des Affaires étrangères de la présence des quatre diplomates à l’hôtel Ramada». Plus encore, ce département a rappelé avoir sollicité à deux reprises une liste actualisée des diplomates iraniens présents au Liban, sans recevoir de réponse. Beyrouth a en outre détaillé dans le document les interventions préjudiciables du CGRI dans le pays et a rappelé, pour illustrer une violation flagrante de la Convention de Genève, le lancement de la première attaque coordonnée avec le Hezbollah, depuis le début de la guerre en février. C’était le 11 mars, soit une semaine après la décision du gouvernement d’interdire les activités paramilitaires du Hezb. Ce jour-là, les Gardiens de la révolution avaient eux-mêmes annoncé les frappes coordonnées au cours desquelles une cinquantaine de sites avaient été ciblés en Israël. Un levier politique Loin d’avoir un impact direct sur le dialogue libano-israélien de jeudi, l’initiative libanaise est cependant de nature à servir de levier politique pour un Liban soucieux de prouver qu’il veut reprendre le contrôle de la décision de guerre et de paix, jusque-là hypothéquée par le Hezbollah. Un signal d’autant plus capital qu’Israël reste focalisé sur la sécurisation de ses localités à la frontière nord avec le Liban. Pour l’heure, le souci libanais reste l’arrêt des hostilités qui ont déjà fait au moins 2882 tués, dont 200 enfants. C’est autour de cet objectif - rejeté jusque-là par Israël- que s’ouvriront jeudi les pourparlers de deux jours entre les deux délégations libanaise et israélienne, conduites respectivement par l’ancien ambassadeur Simon Karam et Yechiel Leiter, chef de la mission diplomatique israélienne à Washington, et composées, entre autres, de militaires. Les discussions s’annoncent difficiles en raison des divergences au niveau des priorités. Le Liban veut surtout un respect rigoureux du cessez-le-feu du 17 avril et un arrêt des destructions israéliennes dans les villages frontaliers afin de permettre le retour des Sudistes déplacés. Israël pour sa part exige un plan clair de désarmement du Hezbollah, une condition qu’il avait déjà posé en novembre 2024, dans l’accord de cessez-le-feu qui avait mis fin à la guerre également déclenché par ce groupe pro-iranien, en soutien au Hamas à Gaza. Tel Aviv avait déjà fait savoir qu’il ne se retirera pas de la zone tampon qu’il continue d’élargir au sud, tant que le Hezb restera considéré comme une menace. Comme pour réaffirmer sa détermination à neutraliser ce groupe, l’armée israélienne a intensifié ses frappes mercredi contre des objectifs du Hezbollah, au Liban-Sud. Elle a en outre ciblé quatre voitures sur le littoral du Chouf et au Liban-Sud. Neuf personnes au total ont été tuées, dont deux enfants. Des appels à l’évacuation de villages ont été également lancés. Les habitants de neuf localités dans la ligne de feu israélienne ont été ainsi sommés de les quitter «vers des espaces ouverts». Le sommet de Pékin Au niveau régional, l’attention est portée sur les entretiens que le président américain Donald Trump aura avec son homologue chinois Xi Jinping, au cours de sa visite de deux jours à Pékin où il est arrivé mercredi. Un sommet aux lourds enjeux globaux, du commerce international à la guerre en Iran, en passant par Taïwan. Le président américain devrait notamment solliciter l’aide de la Chine dans sa confrontation diplomatique avec l’Iran. Surtout que celle-ci risque de déboucher sur une reprise des opérations militaires au cas où Téhéran camperait sur ses positions, «inacceptables» pour Washington. Au cœur des tractations, le sort du détroit d’Ormuz que Téhéran reste déterminé à vouloir contrôler «parce que les revenus des droits de péage sont supérieurs à ceux provenant de la vente de pétrole», a insisté Téhéran mercredi. Une option inacceptable pratiquement à l’échelle internationale, en raison de son impact géopolitique stratégique et commercial. Un autre dossier important à l’ordre du jour des discussions de Pékin: la coopération économique à laquelle Donald Trump attache une importance particulière, comme le montre d’ailleurs la composition de la délégation qui l’accompagne, composée d’une quinzaine de chefs d’entreprises de premier rang.

 Les origines: chapitre 2
Par
Nadim Tabet
Publié

Dans le premier chapitre de cette série de textes sur la grande Histoire et celle de mon fils, Raphaël – «Le temps du Sud, le temps du Nord» – il était question de la différence entre les pays du Sud, où l’Histoire est encore en marche, et ceux du Nord qui, selon Fukuyama, vivraient dans «la fin de l’Histoire ». Mais dans sa conclusion, le texte reprenait une intuition de la poétesse Etel Adnan selon laquelle le Liban – où le passé ressurgit en permanence dans le présent – est en train de devenir «le prototype» du monde de demain. Bien sûr, ce rapport au temps peut paraître contre-intuitif pour les défenseurs de la tradition historiographique selon laquelle l’Histoire a une orientation. Tradition qui trouve son origine dans l’histoire biblique de David, telle que relatée dans «Les Livres de Samuel», et qui a depuis été reprise par les nombreuses philosophies de l’Histoire qui ont pullulé au XIXe siècle. Mais qui s’intéresse à l’historiographie sait que, parallèlement à cette vision, il existe une autre tradition où le temps historique est décrit comme cyclique. C’était le cas chez le précurseur de la philosophie de l’Histoire, Ibn Khaldoun, dans son Livre des exemples publié au XIVe siècle, et, au XXe siècle, chez le grand philosophe de l’École de Francfort, Walter Benjamin, qui défendait une vision de l’Histoire où des éclats du passé peuvent surgir dans le présent. Et qui suit l’actualité sait qu’aujourd’hui, au niveau mondial, nous assistons au retour de nombreux éclats du passé. 1 – Quelle époque historique revivons-nous ? L’un des retours les plus souvent évoqués, surtout en Occident, est bien sûr celui des années 30 du siècle dernier lorsque l’Europe était contaminée par le fascisme. Avec les bras levés de certains politiciens américains, la diabolisation de l’extrême gauche et une montée certaine de l’antisémitisme accompagnée de discours haineux envers les musulmans, on peut aisément comprendre pourquoi cette analogie revient souvent dans le débat public. Même si je souscris à cette lecture, pour ma part, j’ai l’impression que nous assistons surtout au retour d’une époque plus lointaine dans le temps. Une époque qui remonte au XVIe siècle, lorsqu’après la découverte des Amériques, l’Europe commençait à produire un discours sur sa propre supériorité civilisationnelle. L’un des épisodes fondateurs de cette bascule fut la «Controverse de Valladolid», où, en 1551, théologiens et juristes débattirent de la nature des peuples amérindiens pour savoir s’ils étaient les légitimes possesseurs de leurs terres ou si, selon les critères d’Aristote, ils pouvaient être identifiés comme des «esclaves naturels». Même si ce débat aboutit «officiellement» à une reconnaissance de l’humanité des Amérindiens, par la suite ce discours n’a fait que se renforcer, culminant au XIXe siècle avec les théories sur la race et les discours sur la mission civilisatrice afin de justifier une logique d’empire et l’expansion des territoires coloniaux. 2 – Le retour du discours sur la supériorité civilisationnelle Si c’est précisément ce langage qui me semble aujourd’hui réapparaître, c’est tout d’abord parce que Netanyahu y a recours pour vendre ses nombreux carnages au Moyen-Orient comme un «choc des civilisations» et présenter son pays comme celui qui défend les valeurs de l’Occident judéo-chrétien. Mais lorsque l’on voit les nombreux blasphèmes commis par l’armée israélienne à l’encontre de symboles religieux chrétiens, comme c’est le cas au Liban, il est légitime de relativiser la théorie du choc des civilisations. C’est pour cette raison que, plus que la théorie de Samuel Huntington, il me semble plus juste de parler d’un retour du discours civilisationnel. Discours qui est aussi apparu récemment dans la bouche de Marco Rubio au cours d’une conférence où il se référait à la période de Christophe Colomb et des conquistadors comme à une période symbolique de la grandeur de l’Occident. Faite devant un parterre de dirigeants européens, le but de cette conférence était de les inviter à s’allier aux États-Unis pour renouer avec ce passé qui, comme on le sait, était surtout fait d’expansion territoriale, de soumission de peuples et d’effacement de civilisations. Bien sûr, en tant que Libanais, je ne peux qu’être alerté en entendant un ministre de la première puissance mondiale se référer avec fierté à cette période historique. Mais ce qui est encore plus alarmant, c’est que le recours à ce discours «archaïque» est aussi utilisé par les pionniers des technologies du futur. 3 – L’accélérationnisme C’est le cas, par exemple, d’Alex Karp, le controversé patron de Palantir, qui, dans son manifeste pour «l’avenir de l’Occident», publié récemment sur X, fait explicitement référence aux discours sur la supériorité civilisationnelle : «Some cultures have produced vital advances ; others remain dysfunctional and regressive.» Et quand on sait que Palantir vend des logiciels de surveillance à la CIA et à Israël et qu’il ne cache pas son admiration pour la politique de Netanyahu, il y a de quoi s’inquiéter pour les habitants du Moyen-Orient, et je pense au niveau mondial aussi. En tout cas, c’est une étrange ironie qu’Alex Karp ait tenu à soutenir une thèse de philosophie à Francfort afin d’associer son nom à cette tradition philosophique. Une étrange ironie parce que, si autrefois cette école fut le foyer d’une pensée lumineuse, comme celle de «l’aura» de Walter Benjamin, elle se retrouve aujourd’hui associée à un entrepreneur proche d’un courant de pensée, le «Dark Enlightenment», qui veut accélérer la venue d’une nouvelle civilisation débarrassée des lenteurs démocratiques et gouvernée par l’efficacité des nouvelles technologies, telles que l’intelligence artificielle. Tout cela donne l’impression que c’est comme si le débat initié au XVIe siècle revenait, mais avec une hiérarchie civilisationnelle basée sur la maîtrise des algorithmes et de l’intelligence artificielle, et que la question autrefois posée lors de la Controverse de Valladolid, sur l’humanité des Amérindiens, allait muter en celle de savoir quelle sera l’utilité des humains dans une telle civilisation. Que faire face à l’arrivée probable de cette civilisation ? Je ne sais pas, mais le hasard a fait qu’au moment de la publication du manifeste d’Alex Karp, je découvrais au cinéma un film dont l’action se déroule au XVIe siècle, à savoir Magellan du cinéaste philippin Lav Diaz. 4 – « Magellan » et les fantômes Un film splendide picturalement qui, comme son nom l’indique, retrace le parcours de ce navigateur portugais ayant effectué, au XVIe siècle, le premier tour du monde et qui, en atteignant les îles Philippines, se heurta à la résistance de chefs «indigènes» qui, par fidélité à leur culture ancestrale, refusèrent la christianisation forcée. Malgré quelques erreurs factuelles, ce qui est saisissant dans ce film, c’est non seulement sa résonance avec l’actualité, mais aussi sa façon de dépeindre tous les personnages comme des anti-héros. Aucune glorification de qui que ce soit. Que des corps épuisés, vulnérables et visqueux. Pour le dire autrement, on est loin du biopic hollywoodien visant à glorifier un personnage historique, et encore plus loin de la description très enthousiaste faite par Marco Rubio lors de son discours sur cette époque. Et là où cette approche antihéroïque vise juste, c’est qu’elle ne condamne personne en particulier, mais fait apparaître comment un système, en l’occurrence celui du colonialisme, asservit tout le monde, sans distinction entre colonisés et colons, et les jette tous dans la violence. Et l’on devine bien comment, dans le futur, même ceux qui nous vendent aujourd’hui la civilisation du «techno-colonialisme» avec de grands sourires seront eux-mêmes asservis par la technologie qu’ils encensent. Mais pour ne pas terminer sur une note sombre, j’évoquerai la fin du film qui relate la bataille de Mactan où Magellan a été tué par des guerriers menés par Lapu-Lapu. Cette victoire a fait de Lapu-Lapu une figure de légende aux Philippines, où une ville porte aujourd’hui son nom. Mais en choisissant de mettre en scène Lapu-Lapu comme une figure spectrale, Lav Diaz accrédite la thèse selon laquelle ce personnage n’aurait jamais existé. Façon, peut-être, pour Lav Diaz de dire que les victoires des supposées civilisations supérieures ne seront jamais définitives, puisqu’elles seront hantées par le spectre de ceux qu’elles ont tenté de soumettre. Et c’est de cette importance des spectres dont il sera question dans le prochain chapitre.

L’incursion au nord du Litani, un «message» à la veille des pourparlers de Washington

Dans l’attente que se précisent les véritables intentions du président Donald Trump concernant la tournure que prendra le bras de fer avec la République islamique, après la fin de non-recevoir américaine à la réponse iranienne aux dernières propositions US de «paix» (mais de quelle «paix» parle-t-on ?), l’attention des milieux politiques a été braquée en ce mardi 12 mai sur les informations faisant état d’une incursion israélienne – la première du genre dans le contexte présent – au nord du Litani. Depuis la funeste guerre déclenchée par le Hezbollah en juillet 2006 – pour des considérations purement iraniennes – toutes les solutions, initiatives et mesures qui étaient au centre des tractations internationales et régionales portaient sur la pacification de la zone située au sud du Litani. La résolution 1701 ainsi que le cessez-le-feu négocié en novembre 2024 – à la suite d’une autre guerre suicidaire déclenchée par le même Hezbollah – portaient sur la fin de toute présence milicienne dans cette zone méridionale bien définie. À la suite de la troisième guerre démentielle – et non moins suicidaire – enclenchée par le parti pro-iranien, le 2 mars 2026, pour venger la mort du Guide suprême de la République islamique, Ali Khamenei, Israël avait annoncé la couleur, d’entrée de jeu, en soulignant sa détermination à établir une zone tampon dans cette même portion du territoire, en l’occurrence au sud du Litani. L’annonce avec grand fracas d’une incursion de l’armée israélienne au nord de ce fleuve et de l’aménagement d’une position fixe dans cette région, à la périphérie de la localité de Zawtar-Est, constitue, en quelque sorte, une «rupture» avec l’ensemble du processus diplomatique et sécuritaire international concernant le Liban-Sud, entretenu depuis août 2006, date du vote par le Conseil de sécurité de la résolution 1701. Tel-Aviv a même fait état d’un affrontement dans ce secteur – qui aurait duré trois jours – avec des miliciens du Hezbollah. L’importance de la divulgation de ce développement majeur réside dans le fait qu’il intervient à la veille du troisième round des pourparlers directs entre le Liban et Israël qui se tiendra jeudi prochain, 14 mai, à Washington sous l’égide de l’administration Trump, et en présence de l’ancien ambassadeur Simon Karam (ce qui donne une nouvelle dimension politique à ces discussions bilatérales). Le message à l’adresse du pouvoir libanais paraît clair: si aucun progrès tangible n’est réalisé au niveau du désarmement de la milice du Hezbollah, comme le stipulent la 1701 et l’accord de cessez-le-feu de novembre 2024, l’armée israélienne ne se contentera pas de limiter son action au sud du Litani, comme indiqué au départ, mais n’hésitera pas à étendre ses opérations en franchissant le fleuve vers le nord. Cette éventualité a d’ailleurs été évoquée explicitement par le pouvoir politique à Tel-Aviv. Certaines sources vont même jusqu’à faire état d’une possible avancée de Tsahal jusqu’au Zahrani, au sud de Saïda… L’État hébreu pourrait justifier une telle escalade dans ses opérations militaires dans la région méridionale du pays en prenant pour prétexte la recrudescence des attaques du parti pro-iranien contre le nord d’Israël. Pas plus tard que dans la soirée de mardi, plusieurs drones munis d’explosifs se sont ainsi abattus, en provenance du Liban-Sud, en territoire israélien, à proximité de la frontière, faisant des blessés dans les rangs des militaires. Le volet régional Alors que la tension monte sur le front libanais, l’incertitude continue de marquer la situation sur le front iranien. Ce dossier explosif sera longuement discuté au cours de la visite que le président Donald Trump effectuera au milieu de cette semaine en Chine, qui entretient des liens étroits avec la République islamique. Le chef de la Maison Blanche a déclaré mardi sur ce plan qu’il n’a pas l’intention de faire preuve de «précipitation» au sujet de l’Iran, mettant l’accent sur l’importance de l’impact du blocus naval imposé aux ports iraniens. Mais dans le même temps, le président américain a souligné qu’il n’est pas dupe des manœuvres de tergiversation du régime iranien. Une petite phrase qui rejoint les précédentes déclarations du chef de la Maison Blanche qui a souligné à plusieurs reprises qu’il est grand temps de mettre un terme aux nombreuses agressions meurtrières et déstabilisatrices perpétrées contre les pays occidentaux et les États du Moyen-Orient par la République islamique «qui nous mène en bateau depuis 47 ans», comme l’a relevé, fort à propos, le président américain en début de semaine.