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Enorme explosion provoquée par une frappe israélienne sur une localité proche de Al-Mansouri, au sud du Liban. (AFP)
L'Essentiel de la semaine
Portrait de l'auteur
Par LevantTime .
Publié sept. 6, 2026 - 23:27
Alors que les États-Unis semblaient avoir opté pour la seule guerre économique contre l’Iran, l’armée américaine a brusquement mené mardi des frappes contre le territoire iranien en riposte à des attaques visant des pétroliers, entraînant une spirale de violence au cours de la semaine. Au Liban, Israël a libéré plusieurs civils détenus dans ses prisons, tandis que son armée investissait la colline stratégique d’Ali el-Taher et poursuivait ses frappes massives dans la zone qu’elle contrôle au sud du pays. La semaine du 31 août au 6 septembre aura été marquée par une nette accélération des événements au Moyen-Orient, alors que la précédente semblait placée sous le signe de l’immobilisme. Sur le front iranien, dès mardi soir, l’armée américaine a mené des frappes ciblées en territoire iranien, les premières depuis près d’un mois. Cette capture d’écran, réalisée le 6 septembre 2026 à partir d’images vidéo non datées diffusées le même jour par le Commandement central américain, montre ce que le Centcom présente comme l’un des pétroliers iraniens qu’il a détruits en riposte à des tentatives d’attaques de missiles contre des navires militaires. (Centcom via AFP) Toutefois, leur rythme relativement limité donne l’impression que l’administration américaine a opté pour une escalade qui demeure contrôlée, tout en poursuivant son blocus et ses pressions économiques contre Téhéran. Malgré tout, la tension n’a cessé de croître au fil de la semaine. Des explosions ont été entendues samedi sur l’île hautement stratégique de Kharg, par laquelle transite la majeure partie du pétrole iranien. Le président américain Donald Trump a, de son côté, menacé de frapper le site nucléaire de Kuh-e Kolang — « montagne de la pioche » en persan, ou Pickaxe Mountain —, une installation très fortifiée située à une grande profondeur, non loin de Natanz, principal site d’enrichissement d’uranium en Iran. Plus tôt dans la semaine, il avait consacré l’équation du « pétrolier contre pétrolier », promettant de cibler un navire iranien chaque fois que les Gardiens de la révolution frapperaient un pétrolier dans le détroit d’Ormuz. C’est précisément ce qu’a fait l’armée américaine samedi, en incendiant deux navires iraniens. Sur le plan politique, Donald Trump a encore durci le ton envers Téhéran. Après avoir affirmé, dans une interview, que les pourparlers étaient définitivement gelés « parce qu’un accord avec eux ne vaut pas le papier sur lequel il est écrit », il a estimé samedi que le « conflit » avec l’Iran n’était pas une « guerre », mais « quelque chose de banal » pour les États-Unis. Une manière de jouer avec les nerfs des Iraniens tout en rassurant son opinion publique à l’approche des élections de mi-mandat. Un port, ainsi que des installations de stockage et des entrepôts ont été endommagés après une frappe militaire américaine menée dans la province méridionale iranienne d’Hormozgan, qui jouxte le détroit du même nom, le 6 septembre 2026. (AFP) Dans le même temps, le média américain Axios a publié samedi un rapport laissant entendre que les États-Unis se projettent déjà au-delà de ce conflit, commencé le 28 février. Le site affirme, en citant des responsables américains et d’autres sources informées, que l’administration Trump élabore une stratégie plus large pour le Moyen-Orient de l’après-guerre. Celle-ci reposerait sur la mise en place d’un alignement régional destiné à contenir l’Iran, à mettre un terme aux répercussions régionales des attaques du 7 octobre 2023 menées par le Hamas à Gaza et à élargir le cercle de la normalisation entre Israël et les pays de la région. La menace visant Kuh-e Kolang, qui marque la réémergence du dossier nucléaire iranien, fait écho à une annonce de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), qui a déploré, le 1er septembre, que l’Iran n’ait pas rouvert ses sites à ses inspecteurs après les frappes de mai 2025. Rappelons que, malgré l’ampleur de l’offensive israélo-américaine contre les sites iraniens, il est quasi certain que le stock d’uranium enrichi demeure intact et a été placé en lieu sûr par les autorités iraniennes, qui restent attachées à ce qu’elles considèrent comme leur droit au développement d’un programme nucléaire. À la suite de l’annonce de l’AIEA, les États-Unis, mais aussi la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne ont fait part de leur intention de présenter une résolution au Conseil de sécurité de l’ONU condamnant le non-respect par l’Iran de ses engagements en matière de non-prolifération nucléaire. Une unité affichée qui tranche avec le froid qui règne entre Washington et ses alliés européens depuis le début du conflit. De leur côté, les Iraniens semblent continuer à faire face aux bouleversements de la même manière : en frappant plusieurs pays voisins, notamment le Koweït, les Émirats arabes unis et la Jordanie, sans pour autant s’attaquer directement à Israël. Frappes massives au Liban-Sud Sur le front libanais, Israël intensifie ses opérations de destruction dans les villages du Sud, allant jusqu’à utiliser, dans certains cas, des barils d’explosifs. Le président libanais Joseph Aoun a exhorté Washington et la communauté internationale à « faire cesser » les attaques israéliennes sur le territoire libanais, qui ont fait sept morts dimanche sur fond de trêve fragile. Les bombardements ont touché différentes localités de la région de Nabatiyé. Vingt personnes ont également été blessées, parmi lesquelles des enfants, selon le ministère de la Santé. Une frappe a par ailleurs détruit l’ancien hôpital Ghandour, hors service depuis des années. Libération de détenus et prise d’Ali el-Taher Mais l’événement majeur de la semaine dans le Sud a été la prise, par les Israéliens, de la colline stratégique d’Ali el-Taher, dans la région de Nabatiyé. Le site constituait un important quartier général du Hezbollah, formé d’un vaste enchevêtrement de tunnels, d’où opéraient des combattants du parti chiite mais aussi, selon certaines informations, des combattants iraniens. Jeudi soir, les Israéliens ont annoncé avoir pris le contrôle du complexe. Dimanche, le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a déclaré que des tunnels devaient encore être dynamités. Ce « succès » militaire n’était peut-être pas une surprise après des semaines de bombardements, mais la réaction du Hezbollah l’a été davantage. Après avoir longtemps assuré qu’il refuserait de céder cette colline stratégique — tout comme les Iraniens, qui avaient eux aussi menacé d’intervenir —, le parti chiite a fini par minimiser l’impact de ce développement par l’intermédiaire de ses médias et de ses relais, sans toutefois confirmer officiellement la perte du site, qu’il avait refusé de préserver en le remettant à l’armée libanaise. L’autre surprise majeure de la semaine a été la libération, par Israël, de cinq civils libanais et syriens détenus dans ses prisons. Cette mesure est intervenue à la suite d’une visite à Tel-Aviv de l’ambassadeur des États-Unis au Liban, Michel Issa. Selon le bureau du Premier ministre israélien, l’annonce de jeudi « fait suite aux efforts déployés par Israël et le Liban pour localiser et rapatrier les dépouilles des dirigeants de la communauté juive qui avaient été enlevés et tués au Liban » entre 1984 et 1986. Là encore, la réaction du Hezbollah interpelle. Tout en considérant la mesure positive mais insuffisante, le parti s’en est une nouvelle fois pris aux autorités libanaises, les accusant de « soumission à l’ennemi » et les tenant pour « responsables » du désastre au Sud. Il les a même mises en garde contre « les conflits internes ». Les revers militaires du parti pourraient-ils l’inciter à se retourner davantage contre la scène intérieure? Enfin, l’armée israélienne a fait dimanche une déclaration importante en annonçant envisager de réduire sa zone d’occupation au Liban-Sud, en passant de l’actuelle « zone jaune » à une « zone grise ». Une telle évolution traduirait, selon cette lecture, une diminution de la menace représentée par le Hezbollah. La mesure n’a toutefois pas encore été approuvée par le leadership politique israélien. Le Yémen et la Palestine La semaine a également été particulièrement tendue au Yémen, où les affrontements entre les rebelles houthis et les forces gouvernementales n’ont cessé de s’intensifier, jusqu’à un samedi particulièrement meurtrier qui a fait plus de 60 morts en une seule journée, portant à environ 200 le nombre de victimes depuis jeudi. L’offensive des Houthis vise notamment à prendre le contrôle de certaines zones bordant le passage de Bab el-Mandeb, ce qui donnerait à cet allié de l’Iran un ascendant supplémentaire sur un autre verrou stratégique majeur, après le détroit d’Ormuz. En Palestine, des propos particulièrement inquiétants d’Israël Katz sur Gaza ont marqué la semaine. Celui-ci a affirmé, sans fournir de preuves, que la plupart des habitants de la bande souhaitaient la quitter, soulignant qu’Israël était « prêt à une telle évacuation » de masse. De quoi laisser penser que le calvaire des Gazaouis est loin d’être terminé. Enfin, notons que l’AIEA a annoncé, le 1er septembre, que des infrastructures découvertes à Deir el-Zor, en Syrie, indiquent que l’ancien régime de Bachar al-Assad préparait secrètement un programme nucléaire avancé susceptible d’aboutir à la fabrication d’une arme atomique avec l’aide d’experts nord-coréens.
Hommage
Portrait de l'auteur
Par Michel Hajji Georgiou - Publié sept. 6, 2026 - 13:31
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Le joueur argentin, qui a mis fin à sa carrière internationale le 31 août 2026, n’était rien moins qu’un prestidigitateur des stades. Son parcours, fait de prodiges, de chutes et de rédemption, dit peut-être quelque chose de notre besoin intact d’enchantement dans un monde qui prétend pourtant s’en être défait. Annoncée quelques semaines après la finale de Coupe du monde 2026 perdue contre l’Espagne, la retraite internationale de Lionel Messi n’a pas été sans provoquer une émotion dont il est difficile de trouver beaucoup d’équivalents dans l’histoire récente du football. Il faudrait sans doute remonter à Maradona, ou encore à Cruyff ou Pelé, pour retrouver cette sensation qu’avec le retrait d’un joueur disparaît quelque chose qui excède très largement le sport lui-même, comme si une certaine manière d’habiter le football, sinon même d’y croire, arrivait, elle aussi, à son terme. Loin des glacis de la raison Las des interminables statistiques et des insupportables querelles, fastidieuses et stériles, autour de «qui est le meilleur de tous les temps». L’auteur de ces lignes n’a jamais été un fanatique de ballon rond, ni des classements verticaux ou d’une hiérarchie du mérite en général, et, partant, apprécie le talent de chaque joueur avec le même regard émerveillé d’un enfant de 11 ans. Du reste, cette obsession particulièrement contemporaine des chiffres gâche tout le plaisir du spectacle. Et pour cause: la démarche qui consiste à additionner les buts, les passes décisives, les Ballons d’or, les Ligues des champions, les Copa América, les Coupes du monde… ne peut être que réductrice. Elle n’est pas sans évoquer, sur un autre registre, la critique développée par le philosophe germano-américain Eric Voegelin de la tentation gnostique moderne: celle d’un savoir persuadé de pouvoir enfermer la réalité dans un système et abolir ce qui lui résiste. Les records sont probablement un indicateur du génie de Lionel Messi. Mais tant d’autres grands joueurs qui ont fait vibrer les stades et les cœurs, qui n’ont pas réalisé la moitié de ses exploits, restent pourtant éternels dans les mémoires. Ce qui les a rendus véritablement singuliers se trouve ailleurs, loin des glacis de la raison. Quelque chose d’autre s’est joué autour d’eux. Quelque chose qui relève d’un certain sens profond de la transcendance, que l’entendement ne saurait pleinement saisir. C’est le cas de Lionel Messi pendant plus de vingt ans, depuis le jour où, sous les regards de «l’icône» Diego Maradona, il faisait sa toute première entrée, en juin 2006, dans l’arène de la Coupe du monde sous les couleurs de l’Albiceleste contre la Serbie-Monténégro. Or cet élément indicible qui fait le génie de Messi, comme pour d’autres, touche peut-être à l’un des paradoxes les plus curieux de la modernité: la persistance de la magie dans un monde qui s’est précisément construit contre elle. Le monde désenchanté Max Weber parlait du désenchantement du monde pour désigner ce lent processus par lequel la modernité occidentale avait progressivement soumis l’existence à la rationalisation, au calcul, à la prévisibilité et à l’explication causale. Le monde ne devait plus être parcouru de puissances obscures, de signes, d’interventions surnaturelles ou de volontés invisibles; il devait, au moins en principe, devenir intelligible. Malheureusement, le sport moderne, et plus largement le monde moderne hérité de la globalisation, s’inscrit parfaitement dans cette dynamique. Le football d’aujourd’hui, et pas seulement le football, est en effet probablement l’un des objets les plus quantifiés qui soient. Le moindre geste est mesuré, et tout est soigneusement calculé et modélisé. Des mathématiques à l’intelligence artificielle, le talent brut dépend désormais davantage de la science que de l’enchantement. C’est ce qu’il y a d’humain, dans son rapport spontané, voire sauvage, avec l’invisible issu du cœur, qui disparaît sous nos yeux, au profit de la quadrature de la VAR. C’est, quelque part, le meurtre du sport au nom de plus de rigueur et d’équité… quand bien même l’euthanasie de cette part de spontané sublime finit par provoquer elle-même des injustices flagrantes. Il suffit, pour s’en assurer, de revenir sur certaines décisions controversées du Mondial 2026. Paradoxe des paradoxes, Lionel Messi est lui-même, à l’origine, un enfant de cette modernité technique, à laquelle il doit certainement une partie de sa carrière exceptionnelle. Son corps, trop petit pour les standards attendus, a été corrigé par un traitement hormonal. Détecté très tôt, son talent a été pris en charge par une institution qui a organisé sa formation, son alimentation, son développement physique et son intégration dans une machine sportive déjà mondialisée. Rien, en apparence, ne pouvait être plus éloigné du vieux récit héroïque. L’histoire ressemble davantage, de prime abord, aux dystopies du genre de Gattaca plutôt qu’à celui des mythes et récits messianiques. Pourtant, ce vieux récit est bel et bien revenu, et même avec une insistance presque embarrassante. Depuis les débuts de sa carrière, Lionel Messi a été passé au microscope. Mais plus l’on s’acharnait à l’expliquer et à le démystifier, moins on réussissait à dissiper entièrement l’impression produite par certains de ses gestes. L’homme n’arrive simplement pas à être circonscrit et réduit à l’accumulation de données. À l’âge où la plupart des grands joueurs rentrent dans l’ombre, il continue de surprendre. De stupéfier, même, en apportant au sport cette part d’insensé qui échappe à l’hypersystématisation, quasi robotique, du monde. C’est probablement là qu’il faut chercher cet ailleurs qui caractérise Messi. Dans une survivance de la magie à un moment où même les lieux qui permettaient l’expression positive d’une humanité faite de chair et de sang se retrouvent progressivement «disciplinés» par cet attrait hypnotique pour une nouvelle gnose puritaine au nom de la modernité. Le Messie fabriqué par la machine Bien qu’issu, en quelque sorte, de la machine matricielle, Lionel Messi constitue en lui-même une remise en question de ce modèle de prêt-à-porter. Une sorte d’alter ego du Neo de Matrix jeté dans une simulation régie par des paramètres qui prétendent tout calculer. La destinée de l’Argentin a en effet progressivement pris, presque malgré lui, la forme d’un récit messianique. Le calembour sur son nom serait trop facile s’il n’avait pas été constamment relancé par sa propre histoire: celle de l’enfant fragile, auquel le corps semble vouloir refuser l’accomplissement auquel son talent le destine. Puis celle de l’exil très jeune vers Barcelone, de l’adoption par une ville étrangère, de l’ascension presque irréelle, de la reconnaissance mondiale, et ensuite de cette étrange difficulté à être reconnu par les siens… Car, pendant longtemps, l’Argentine a entretenu une relation de hainamoration avec son enfant prodigue. Qu’importaient ses résultats, son talent, sa brillance… il lui fallait répondre à une seule question, impitoyable: pourquoi n’était-il pas Maradona? Certes, la comparaison était inévitable, mais elle était aussi profondément injuste. Tout séparait les deux hommes dans leur manière d’être au monde. Maradona portait l’Argentine avec tout ce qu’elle pouvait avoir de passionnel, de contradictoire, d’excessif et de théâtral. Il parlait, provoquait, se battait, tombait, revenait, mêlait au football sa vie privée, ses colères, ses engagements politiques… jusqu’à sa propre destruction. Son corps lui-même semblait devenir l’un des lieux où se jouaient les contradictions de son pays. Maradona était l’incarnation même de ce que le monde attendait du football: une âme rebelle, poussant parfois le jeu jusqu’à l’immoralité, mais dans une forme de gigantomachie du football. Maradona était épique. Et, surtout, il avait placé son pays au firmament du football en 1986. Messi, lui, ne donnait rien de tout cela. Il était silencieux, parfois presque absent du récit que les autres construisaient autour de lui, absence qui fut longtemps interprétée comme un défaut. Presque effacé, sans personnalité. C’est d’ailleurs ce que lui reprochèrent les deux géants Maradona et Pelé: manquer de leadership, être trop lisse. Une sorte de bébé-éprouvette miracle des stades. On reprochait aussi à l’enfant de Rosario de ne pas chanter suffisamment l’hymne, de ne pas être assez argentin, d’avoir été «fabriqué» par Barcelone, puis naturellement de ne pas gagner avec la sélection ce qu’il gagnait presque continuellement avec son club. La prophétie inachevée La finale du Mondial 2014 perdue de manière dramatique contre l’Allemagne, puis celles des Copa América 2015 et 2016, avaient progressivement transformé ce soupçon en accusation. Lorsqu’il manqua son tir au but contre le Chili en 2016 et annonça ensuite qu’il renonçait à la sélection, il était pourtant déjà l’un des plus grands joueurs de l’histoire du football. Mais son récit restait étrangement inachevé. Le sentiment d’inachèvement ne concernait pourtant guère son palmarès. Plutôt cette nécessité quasi archaïque continuellement imposée aux héros modernes: parachever leur parcours initiatique. Sous les couleurs argentines, Messi brillait, puis chutait lourdement. Mais il ne se relevait pas. Il n’accomplissait pas la prophétie. Et, aux yeux de son peuple, cela renforçait le sentiment de hainamoration: un dieu déchu reste un dieu, malgré tout. Mais avec, en prime, ce qui est, aux yeux de ses adorateurs, un substrat d’humanité insupportable et, partant, parfaitement haïssable: ses tares, ses faiblesses. Les Argentins aimaient Maradona malgré sa déchéance spectaculaire et son humanité faillie. Mais c’est parce qu’il avait «mérité» cette déchéance, qu’elle était, quelque part, devenue acceptable après Mexico 1986. Messi, lui, n’avait pas encore le droit de chuter, parce qu’il n’avait pas encore atteint le sommet. Non, la prophétie n’était pas accomplie. Elle tournait même à la caricature. Messi revint donc. Mais il dut attendre encore sa rédemption. Il fallut la Copa América 2021, au Maracanã, pour que cette relation faite de soupçon, d’attente et de déception avec son public et son peuple commence véritablement à changer. Et il fallut surtout le Mondial 2022 pour que l’histoire acquière cette forme presque trop parfaite que personne n’aurait osé écrire sans paraître céder à une facilité scénaristique. Fait étrange, Maradona était mort en 2020. C’est comme si une sorte de malédiction nationale oppressante avait été levée. En même temps, le peuple argentin avait besoin d’une figure paternelle de substitution, et la pression ne s’en retrouvait que redoublée. Mais peut-être mêlée d’un peu de tendresse, cette fois? Ce qui s’est produit au Qatar en 2022 est d’autant plus intéressant que Messi lui-même y apparaît légèrement différent. Il proteste davantage, répond aux provocations, s’emporte, parle avec une violence dont on ne le croyait guère capable et laisse même échapper ce «¿Qué mirás, bobo?» face aux Néerlandais qui amuse l’Argentine. Buenos Aires y découvre enfin, avec retard, ce qu’elle avait toujours attendu de lui. Un peu de Maradona dans beaucoup de Messi. Mais Messi ne devient pas pour autant Maradona. Et c’est peut-être précisément là que se produit la véritable réconciliation: l’Argentine cesse de lui demander de l’être. À partir de 2022, Messi n’a plus besoin d’incarner un autre modèle du génie national. Il peut enfin devenir, pour son pays aussi, ce qu’il avait été partout ailleurs: Messi. Simplement. L’acte final de la prophétie Certes, le triomphe de 2022 aurait pu constituer une fin parfaite. Mais, comme pour Maradona, l’acte final de la prophétie héroïque est la chute. Personne n’attendait plus vraiment quelque chose d’exceptionnel de Messi en 2026. À 39 ans, l’on considérait largement qu’il faisait partie des «héros fatigués». La chute du Capitole avait eu lieu avec l’épisode amer de son départ du FC Barcelone et sa mésaventure au PSG. Il n’évoluait plus qu’en ligue américaine, sous les couleurs de Miami… à la périphérie du monde du football, dans les terres lointaines du soccer. Et la nouvelle génération était déjà là, prête à envoyer les ancêtres à Bicêtre. Pourtant, ce Mondial de 2026, qui paraissait devoir n’être qu’un épilogue, se transforma en un dernier coup d’éclat sensationnel. L’Argentine atteignit encore la finale, avec un Messi redevenu à 39 ans son «leader historique» et son recours dans les moments décisifs, accomplissant quelque chose qui n’était pas sans rappeler ce que Roberto Baggio avait réalisé pour l’Italie en 1994, à… 27 ans: le deus ex machina continuel. Baggio échoua aux portes du triomphe contre le Brésil, après avoir pratiquement porté l’Italie jusqu’à Pasadena. Son penalty envoyé au-dessus de la transversale devait laisser l’une des images les plus cruelles de l’histoire des Coupes du monde: celle d’un homme immobile, la tête basse, les mains sur les hanches, tandis que le Brésil célébrait sa victoire. Celui qui était «mort debout». Le lutin italien n’avait jamais connu l’apothéose. Mais cette mort symbolique, loin d’effacer son tournoi, finit elle aussi par entrer dans sa légende. L’histoire fut plus clémente pour Messi, en dépit d’une campagne de haine à son encontre, mêlée d’accusations de triche et de favoritisme, sur fond de décisions arbitrales controversées et d’actes de jeu déloyaux de son équipe, comme elle l’avait été naguère pour Maradona. Plus encore, même. Une finale lors d’un sixième Mondial au bord de la retraite, avec, à la clef, une prestation individuelle hors pair? C’est précisément là ce qu’il y a de magique dans le phénomène Messi, et qui défie la raison et son avalanche de statistiques. Le génie ne peut être enfermé dans une somme de paramètres et de variables. Sa forme physique, même optimale, ne peut pas expliquer à elle seule ce dont le monde entier a été témoin. Et qu’importe si son récit nous rappelle que le héros, tout mythique qu’il fût, ne saurait abolir la sinistre influence de Saturne. Le réenchantement du monde Car, au-delà de la prophétie accomplie, de l’ascension à la chute, avec son lot de bonheurs et de malheurs, l’Argentin a livré au monde un dernier tour de piste qui relève de l’art, sinon de la poésie homérique. Avec le retrait de Lionel Messi de la scène internationale, c’est un peu de la magie du monde qui disparaît… en attendant qu’un autre héros providentiel revienne enchanter les stades. Messi aura incarné, pendant plus de vingt ans, la coexistence de deux mondes que l’on croyait incompatibles: celui de la rationalisation extrême du sport moderne et celui, beaucoup plus ancien, du héros, du signe, de l’attente et de l’enchantement. Lorsque Messi s’en va, quelque chose de cette contradiction apparaît brusquement. D’autres prodiges ont déjà émergé, mais nous découvrons peut-être, au moment même où l’un de ses derniers grands représentants quitte la scène, à quel point nous continuons à avoir besoin de transcendance. Le monde moderne n’a donc probablement pas supprimé l’enchantement. Il n’a fait que le déplacer. Pendant quatre-vingt-dix minutes, cet homme nommé Lionel Messi, qui l’a incarné sur les pelouses, s’en va après avoir tout accompli. Et même plus.
Analyse

Sommes-nous devenus plus stupides?

Ou vivons-nous une transformation de la structure du savoir?
Portrait de l'auteur
Par Mona Fayad - Publié sept. 5, 2026 - 20:01
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La question «Le monde est-il devenu plus stupide?» revient régulièrement dans les débats contemporains sur les médias numériques, les moteurs de recherche et les réseaux sociaux. Elle paraît simple en apparence, mais dissimule une problématique plus profonde, liée à la nature même du savoir: comment est-il produit, comment est-il transmis et comment est-il consommé? Peut-être que la question «Sommes-nous devenus plus stupides?» n’est pas la plus juste. Il faudrait plutôt demander: le savoir se transmet-il encore d’une manière qui permette de le comprendre et de le rendre productif? La majorité de ceux qui lisent reviennent-ils encore aux textes originaux? Ou se tournent-ils vers leurs résumés et vers ce qui en est rapporté à travers ce qui circule entre les lecteurs? L’une des clés permettant de comprendre ce phénomène se trouve dans les travaux du psychologue britannique Frederic Bartlett, qui mena dans les années 1930 une série d’expériences sur ce qu’il appelait la «reproduction sérielle». Dans ces expériences, on demandait à une personne d’écouter une histoire puis de la raconter à une autre, qui la racontait à son tour à une troisième, et ainsi de suite. Les résultats furent frappants: à chaque nouvelle transmission, l’histoire n’était pas reproduite telle quelle, mais reformulée. Certains détails disparaissaient, d’autres étaient amplifiés, d’autres encore remplacés par des éléments correspondant au contexte, à l’expérience et à la culture du destinataire. Lorsque la chaîne atteignait un nombre suffisant de relais, l’histoire originale était devenue quelque chose de tout à fait différent. Ce modèle simple met au jour une vérité fondamentale: la mémoire n’est pas un réceptacle neutre, mais un mécanisme de reconstruction. Et lorsque le savoir passe par de multiples intermédiaires, il n’est pas «conservé», mais «reproduit». C’est ici que commencent à apparaître les ressemblances avec notre monde contemporain, ainsi que la crainte de devenir plus stupides. À l’ère des médias numériques, le savoir ne se transmet plus par l’écoute orale, mais à travers des chaînes de médiation: un article est résumé, puis cité, puis republié sous la forme d’un bref post, avant d’être encore réduit à une phrase ou à un titre. Dans ce contexte, on peut reprendre une image métaphorique apparue dans un texte de presse: celle d’une bibliothèque dont les livres seraient remplacés par des résumés, puis par des résumés de résumés, jusqu’à ce que le lecteur se retrouve face à des couches successives de réduction, dans ce que l’on pourrait appeler la «chaîne du raton laveur», qui ne lit pas l’original mais fouille dans ses restes. Il faut préciser ici que le choix du «raton laveur» n’est pas fortuit. Cette métaphore condense symboliquement une situation cognitive qui tend à s’enraciner. Cet animal, qui vit à la périphérie des villes et fouille dans les poubelles, ne produit pas sa nourriture: il se nourrit des restes de ce que les autres produisent. Malgré son intelligence pratique et son aptitude à démonter, saisir et récupérer les choses, il ne comprend pas véritablement ce qu’il a entre les mains, mais les traite comme des matériaux destinés à un usage immédiat. Ainsi se présente le savoir à l’époque de la réduction en série: des textes sont abrégés, puis abrégés de nouveau, jusqu’à ce qu’il n’en subsiste que des miettes de sens, réorganisées et remises en circulation sans véritable lien avec leur source. À ce stade, nous ne nous sommes pas seulement éloignés de l’original: nous sommes entrés dans une nouvelle phase de production de l’information ou du savoir, où l’acteur cognitif n’est plus un lecteur ou un penseur, mais un ramasseur de fragments de sens qu’il redistribue sous des formes rapidement consommables. La «culture du raton laveur» ne désigne donc pas seulement la superficialité. Elle décrit avec précision la dégradation de la chaîne même du savoir, de la création au résumé, de la compréhension au traitement formel, des idées à ce qui n’est plus que leur trace pâlie. Mais ce phénomène ne peut être compris indépendamment de la structure technique qui le gouverne. C’est ici qu’intervient Marshall McLuhan, qui résumait sa pensée dans la célèbre formule: «Le médium est le message.» Le problème ne réside donc pas seulement dans le contenu, mais dans la forme à travers laquelle ce contenu est transmis. Les médias numériques contemporains ne se contentent pas de transporter l’information: ils la remodèlent selon une logique de vitesse, de condensation et de fragmentation. Le texte long devient impropre à la consommation, tandis que l’idée n’est admise qu’à condition d’être réduite à quelques lignes susceptibles d’être partagées. Cette transformation crée un paradoxe saisissant: nous vivons à une époque où l’accès au savoir n’est plus difficile, mais excessivement facile. Or cette facilité excessive fait apparaître ce que l’on pourrait appeler une «illusion cognitive»: il suffit de lire un court extrait ou un résumé rapide pour avoir le sentiment de posséder l’idée. Mais ce sentiment de maîtrise ne s’accompagne pas nécessairement d’une compréhension profonde ni de la capacité à reconstruire ou à critiquer le savoir. C’est ici qu’apparaissent ceux que l’on pourrait qualifier de «semi-instruits»: des individus qui possèdent les signes du savoir mais non sa structure, son vocabulaire mais non sa logique interne. Le problème se complique encore lorsqu’on l’examine sous l’angle de l’attention. Au lieu de demeurer dans un état de concentration prolongée, comme dans la lecture traditionnelle ou la réflexion soutenue, l’esprit vit désormais sous un bombardement informationnel continu: notifications, vidéos, titres et vagues successives de contenu. Cette situation ne produit pas seulement une dispersion de l’attention, mais la reconfigure selon une logique de saut permanent entre de brèves unités de sens, au lieu d’une construction progressive et cumulative de l’idée. Je me souviens ici d’une anecdote que nous nous racontions autrefois et qui circulait beaucoup au temps des manifestations populaires. Elle illustre bien le mécanisme de réduction et de transformation du contenu. Après l’occupation de la Palestine, de nombreuses manifestations populaires descendirent dans les rues en scandant: «À bas la déclaration Balfour!» La plaisanterie voulait qu’à la fin de la manifestation, le slogan soit devenu: «Qu’un type tombe d’en haut!», les deux formules ayant en arabe une proximité rythmique et sonore. Cette image permet peut-être de mieux saisir ce qui se passe dans le langage quotidien lorsque le savoir devient une série de messages courts répétés collectivement. La manifestation commence par une formule politique précise. Puis, sous l’effet de la répétition, de la fusion collective et du rythme sonore, elle se transforme progressivement en une autre formule, complètement différente. Celle-ci peut conserver le rythme et l’intensité affective de la première, mais elle en perd la signification et le sens originels. Ce qui subsiste n’est plus le sens, mais l’énergie émotionnelle de la formule. On retrouve ici, sous une autre forme, ce qu’avait observé Bartlett: ce qui importe n’est pas seulement ce qui a été dit, mais la manière dont cela a été répété et réinterprété dans un contexte social changeant. Si nous réunissons ces différents fils, nous pouvons dire que ce que nous vivons aujourd’hui relève moins d’un «effondrement de l’intelligence» que d’une transformation des conditions dans lesquelles elle se déploie. L’esprit humain n’a pas radicalement changé, mais l’environnement dans lequel il fonctionne, lui, s’est profondément transformé: nous sommes passés d’un environnement permettant l’accumulation lente à un environnement imposant une reproduction rapide et fragmentée du savoir. Ce changement crée une tension permanente entre deux formes de pensée: une pensée réflexive, qui a besoin de temps, et une pensée rapide, qui exige une réponse immédiate. À cette lumière, la question «Sommes-nous devenus plus stupides?» devient en partie trompeuse. Il serait sans doute plus juste de dire que nous sommes davantage exposés à des conditions qui rendent la pensée profonde moins stable, voire moins possible, et qui rendent le savoir plus vulnérable à la fragmentation et au recyclage. Quant à la stupidité, si le terme est permis, elle n’est peut-être pas une propriété de l’esprit, mais un effet secondaire et une caractéristique de la structure culturelle qui s’est mise en place. C’est une technique qui reconfigure notre rapport au monde. Ainsi, plutôt que d’y voir un déclin des capacités humaines, nous pouvons y voir une transformation de «l’environnement du savoir»: un environnement où il est devenu facile de savoir quelque chose, mais plus difficile de le comprendre véritablement, dans toute sa profondeur.
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Quand la résistance devient une question interdite

Il existe des mots-clés dont la seule énonciation suffit à mettre en alerte votre interlocuteur du camp de la momana’a : dès que l’on prononce «Palestine», «résistance», «Amérique» ou «Israël», quelque chose se déclenche en lui, une sorte de commutateur mental, et il se raidit au point où tout débat serein et objectif devient impossible. Le problème au Liban n’est plus aujourd’hui celui du désaccord des opinions, mais bien l’absence du processus de pensée lui-même. Les positions toutes faites sont convoquées instantanément, les discours répétés à l’identique, les choix maintenus en dépit de ce qui change autour d’eux. Comme si nous ne nous remettions jamais en question, ne réévaluions rien, ne nous demandions pas: pensons-nous encore vraiment à ce que nous faisons, ou ne faisons-nous que répéter ce à quoi nous sommes habitués, simplement parce que cela fait désormais partie de notre identité? C’est précisément là que commence le danger, quand la répétition se substitue à la pensée. Ce qui se passe dans l’esprit du partisan de la momana’a relève davantage d’un mécanisme de défense psychique programmé que d’une simple opinion politique. Lorsqu’on prononce l’un des mots suivants — «Palestine», «résistance», «Amérique», «Israël» —, il se produit en lui quelque chose qui ressemble à l’activation d’un programme préétabli, à l’image du prêt-à-porter, et cela se joue à plusieurs niveaux. Premièrement: l’exclusivité de l’identité et sa réduction. La cause — la Palestine — a cessé d’être une question politique ouverte au débat, où l’on pèserait quelle position lui serait la plus bénéfique ; elle est devenue une composante de l’identité personnelle. Tout débat à son sujet est donc reçu comme une agression contre le moi, et non comme une analyse politique. Deuxièmement: la réponse conditionnée. Sur le modèle de ce que la psychologie désigne sous le terme de stimulus, à la mention du mot «Israël», la réponse est immédiatement «ennemi absolu», qui nous aurait attaqués avant même que nous ne l’attaquions — sans analyse, sans examen des possibilités, sans réflexion sur la meilleure manière de l’affronter, ni sur les résultats de cet affrontement jusqu’à présent. Troisièmement: la dissonance cognitive (cognitive dissonance) . Lorsque les faits contredisent la conviction — par exemple, les effets des politiques de l’axe sur le Liban —, une tension intérieure s’installe, une ambivalence, dont l’issue est le choix de la solution la plus commode : nier la réalité en la réinterprétant, ou attaquer directement celui qui la formule. Quatrièmement: le repli collectif et la conformité. Soit l’alignement sur le groupe: à l’intérieur d’un environnement comme celui du Hezbollah, l’opinion n’est pas individuelle mais collective, et tout écart par rapport à la ligne est assimilé à une trahison. La pensée critique y devient une menace à la cohésion. Ce qui nous apparaît parfois comme rigidité ou refus du débat ne saurait donc se réduire à une posture politique radicale ; c’est le résultat d’une structure discursive et psychique cohérente, construite avec soin, répétée et reformulée avec insistance, jusqu’à se transformer en réflexe automatique de la pensée. Cette structure part d’un point décisif, celui de la définition préalable de la réalité. Tous les termes fondamentaux — «l’ennemi», «la résistance» — ne sont pas posés comme sujets à débat, mais comme vérités définitives. Dans ce cadre, l’Amérique et Israël sont présentés comme un ennemi absolu, et la «résistance» se voit accorder une légitimité absolue. Le débat ne porte dès lors plus sur les choix, mais à l’intérieur de frontières tracées à l’avance qu’il n’est pas permis de franchir. Une fois ce cadre installé vient la deuxième étape: charger le langage d’affect. Des mots comme «sacrifices», «endurance», «dignité» et «agression» sont employés non pour décrire la réalité, mais pour susciter une réponse émotionnelle intense. Quand l’émotion prend les devants, l’analyse recule, et l’objection devient alors moins un désaccord d’opinion qu’une forme de trahison morale. Sur ces fondations s’édifie une «binarité fermée» qui ne tolère aucune gradation: soit on est avec la résistance, soit on est avec l’ennemi. La zone grise disparaît, la complexité naturelle de toute réalité politique est effacée, et il n’y a plus d’espace pour penser des compromis, des arrangements provisoires, ni même un intérêt national indépendant de cette fracture tranchée. Pour que le cercle se referme, toute alternative est discréditée par avance. Toute proposition différente est aussitôt qualifiée de «déviation», de «complot» ou de «reniement de l’histoire et des sacrifices». L’idée n’est pas discutée pour ce qu’elle est, mais préalablement déformée, de sorte que le simple fait d’y réfléchir comporte déjà un risque moral. En parallèle, la notion de «communauté» est convoquée comme référence suprême. On parle au nom du «peuple», des «constantes nationales», des «hommes d’honneur» — comme dans le discours du Hezbollah —, laissant entendre que celui qui s’oppose ne se contente pas de diverger d’opinion, mais se place hors de la communauté elle-même. C’est là qu’intervient la peur: la peur de l’exclusion, de l’accusation de trahison, ou de la perte d’appartenance. Mais ce qu’il y a de plus dangereux dans cette structure, c’est l’articulation du dedans et du dehors. Lorsque le désaccord interne est présenté comme un danger plus grave que la menace extérieure — ainsi qu’il ressort des déclarations de certains députés du Hezbollah —, l’adversaire intérieur se transforme en menace existentielle, et non plus en partenaire dans le débat. À ce stade, l’escalade interne est justifiée d’avance. Au bout de ce parcours, un seul choix est présenté comme l’unique solution : pas d’alternative à la «résistance» sous sa forme actuelle, quelles que soient les circonstances, les rapports de force, ou les contradictions avec les intérêts du pays. Le cercle se referme ainsi entièrement. À mesure que cette structure se répète dans le temps, elle finit par ressembler à un «bouton» que l’on actionne dans l’esprit: un seul mot suffit à enclencher une chaîne complète de jugements préfabriqués. La pensée n’est plus nécessaire, parce que la conclusion est connue à l’avance. Le débat cesse alors d’être une confrontation d’idées pour devenir une collision d’identités. Et c’est précisément à ce niveau que l’esprit cesse de fonctionner, non parce qu’il en est incapable, mais parce qu’il n’a jamais été formé à sortir de ce cadre fermé.

Iran et Liban: deux théâtres, une même guerre?
Par
Jean-Patrick Dayras
Publié

Les différentes déclarations et volte-face du président Donald Trump vont modifier les relations avec les Européens, l’OTAN et les alliés des États-Unis. Elles vont entraîner des réactions de la part des pays du Pacifique et du Moyen-Orient qui pensaient la protection des États-Unis crédible. Les Occidentaux jouent la modération et veulent avoir un rôle dans la sécurité du détroit d’Ormuz après la cessation des hostilités. Les États-Unis seront-ils hors-jeu dans la région au profit d’un autre protecteur improbable? Le règlement libanais se fera-t-il avec la France? Avec ou sans l’Europe? Après l’intervention des États-Unis et d’Israël contre l’Iran le 28 février 2026, dont les chefs d’État ou de gouvernement des pays occidentaux, européens et de l’OTAN n’avaient pas été informés, le président Donald Trump a demandé à ces derniers de le soutenir en participant à la préservation de la sécurité dans le détroit d’Ormuz et en assurant un soutien direct aux opérations américaines. Majoritairement, les chefs d’État et de gouvernement ont décliné. La réaction du président Trump a été claire, bien qu’incohérente. Après avoir jugé qu’il s’agissait d’une grossière erreur et après avoir traité les pays européens de lâches, il a affirmé qu’il n’avait pas besoin d’eux et qu’il agirait seul, étant «le plus fort du monde». Faisant un pas de plus dans l’outrance, il déclara que l’OTAN privée des États-Unis serait un «Tigre en papier». Il évoqua même l’idée de se désengager de l’OTAN, faisant ainsi planer la menace de s’affranchir de ses devoirs de membre, s’agissant de l’application de l’article 5 du traité de l’organisation. Pour bien cadrer le sens de ses déclarations, il précisa qu’il reprochait aux alliés de ne pas soutenir les États-Unis en cas de crise et de profiter d’une alliance à sens unique. En conséquence, pour quelle raison garantirait-il automatiquement leur défense? Il formula ensuite ses menaces – retrait partiel des troupes américaines stationnées en Europe – et ses demandes de soutien (participation au blocus naval contre l’Iran). Après avoir exprimé leur position de refus sur ce plan, certains pays interdirent leur espace aérien aux appareils américains participant aux opérations militaires contre l’Iran. Manque de cohérence Dans ses déclarations, le président Trump manque de cohérence. À un besoin de soutien, voire de participation active, succède un désintérêt méprisant puisque les États-Unis – les plus forts au monde – sont en mesure de gagner cette guerre seuls. Apparaît ainsi la notion de guerre, cas pour lequel, invoque le président US, les membres de l’OTAN se doivent de répondre à leurs obligations sur base du traité fondateur. Or il a lui-même déclenché cette guerre – incité par Israël, cobelligérant. Il est donc l’agresseur. L’organisation transatlantique a une fonction «défensive». Dans le cas précis, l’article 5 ne s’applique pas. S’il lui est arrivé d’intervenir, elle ne l’a fait qu’avec un mandat de l’ONU. Soudainement, le président des États-Unis juge qu’il n’appartient pas à l’OTAN d’agir, et il veut la tenir hors de ce conflit, puis il exerce à nouveau une pression sur les alliés et déclare en même temps qu’il va agir seul car il le peut. En réalité, il souhaite un soutien participatif de ses alliés sans que ce soutien se fasse au titre de l’OTAN. Il en résulte, partout où les États-Unis jouent un rôle de protecteur, un doute sur la fiabilité des garanties déclarées et officialisées. Les pays de l’OTAN et les Européens ne sont pas les seuls à douter. Les pays du Pacifique – Japon, Australie, Corée du sud, en premiers – ne peuvent désormais que douter du soutien assuré en cas d’intervention chinoise. À ces pays s’ajoutent Taïwan, l’Indonésie, les Philippines et les États riverains du Golfe arabo-persique, Arabie Saoudite, Émirats, Oman. Lorsqu’un chef d’État, « primus inter pares » au sein de l’OTAN, déclenche un conflit qui peut aboutir à une guerre mondiale, il ne peut pas demander aux membres de l’organisation concernée de le suivre et de le soutenir, de participer activement aux opérations militaires, les yeux fermés. Il ne peut pas, après les avoir traités de façon inconvenante, vulgaire et blessante – il s’adresse à des élus, donc aux peuples qu’ils représentent – déclarer d’un ton méprisant qu’il peut agir seul et n’a pas besoin d’eux. En tout état de cause, force est de souligner que les membres de l’OTAN, même s’ils n’ont pas une attitude unanime, même s’il y a eu quelques désaccords, se retrouvent sur une longueur d’onde certes pas unique mais identique, et sont rejoints par des pays du Pacifique. Le projet d’assurer la sécurité dans le détroit d’Ormuz, après la cessation des hostilités, rassemble bon nombre d’entre eux. Le monde entier, dont le Proche et le Moyen-Orient, donc le Liban, peut apprécier la retenue de la Russie et de la Chine. Il serait naïf de penser qu’ils n’agissent pas en sous-main en fonction de leurs intérêts propres. Mais leur position, analogue à celle des Européens et alliés des États-Unis, portant sur leur non-participation aux opérations militaires, éloigne le risque d’une dérive vers un affrontement dont l’ampleur serait mondiale. Nous ne pouvons qu’approuver la position générale adoptée par les gouvernements européens, les pays de l’OTAN et les principaux pays du Pacifique concernés, sans oublier néanmoins leur engagement de principe visant à assurer la sécurité dans le détroit d’Ormuz qu’il serait bon d’étendre à la mer d’Oman et au Golfe arabo-persique puis à toute les mer Rouge. Le cas échéant, nous ne pourrons que nous féliciter de leur sagesse. Est-il illusoire, voire utopique, de penser que cette attitude commune pourrait être prise en considération par les Iraniens lors des pourparlers de paix? On pourrait penser qu’au Liban il s’agit de la même guerre. Les protagonistes sont, au premier regard, identiques. D’un côté, le Hezbollah télécommandé par l’Iran, Israël en maître du jeu et derrière les États-Unis qui, pour l’heure, se positionnent en modérateurs. De l’autre, l’Iran maître du jeu quoi qu’on le veuille, les États-Unis autres maîtres du jeu, et Israël qui, d’instigateur malheureux puis recadré, est devenu suiveur. Mais les différences sont importantes pour ce qui a trait à l’avenir de ces deux théâtres. L’un est régional, l’autre mondial. L’un exclut l’Europe, et surtout la France. L’autre exclut pour l’instant l’Europe et le regroupement envisagé d’une quarantaine de pays – dont des pays du Pacifique. Le problème iranien semble insoluble tant les exigences – justifiées – des États-Unis vont à l’encontre des exigences défendues fermement par les Gardiens de la révolution, désormais maîtres du pays. Au-delà de ces exigences, pour l’instant incompatibles, le comportement de Donald Trump en matière d’analyse, de diplomatie et de savoir-faire dans une telle négociation est très éloigné de ce qu’il faudrait. Il n’a rien d’autre à présenter que la violence. S’il le fait, gardons-nous de voir les Russes et les Chinois agir. Pour la suite, le comportement et les décisions qu’il sera amené à prendre auront des conséquences sur la conduite des affaires internationales et pour le règlement des différends entre pays. Il est fort possible que Donald Trump gagnera. Mais au prix de quels abandons? Qui et quoi sacrifiera-t-il avant novembre? Il est probable que le véritable vainqueur à long terme sera l’Iran. Sur l’échelle des risques, le probable est au-dessus du possible. Une remise en cause profonde de la fiabilité de la protection étatsunienne par les pays du Golfe ne pourrait-elle pas se traduire par un remplacement des bases américaines? Par quel protecteur? La Chine et la Russie en tireront avantage. Si la France décide d’épauler le Liban dans la position de fermeté qui anime son président, désormais, elle devra le faire avec conviction et fermeté. Les demi-mesures n’ont plus leur place. Il s’agit donc de deux guerres différentes dont les résolutions doivent être coordonnées. L’une pourrait être traitée isolément, l’autre non. Le président Trump en tiendra-t-il compte lors du «round» final de la négociation avec les Gardiens de la Révolution? «Ce qui a le plus changé là-bas, ce n’est pas la Chine, ce n’est pas la Russie, c’est l’Europe: elle a cessé d’y compter» ( Les Conquérants , postface – André Malraux). Plutôt que qu’avoir les yeux de Chimène pour l’Ukraine et ne penser que prix du pétrole s’agissant du Moyen-Orient, les Européens et la France devraient avoir l’ambition de promouvoir au Liban une «paix ferme».

Congrès du Fateh: l’année de la démocratie palestinienne

C’est dans son discours d’ouverture du huitième congrès du mouvement Fatah que le président Mahmoud Abbas a tracé les contours de la vision officielle de la légitimité palestinienne, ce qu’elle est aujourd’hui et ce à quoi elle aspire dans un proche avenir, alertant sur les dangers que font peser la poursuite de la guerre à Gaza, l’expansion coloniale sans précédent en Cisjordanie, la judaïsation continue de Jérusalem-Est. Et, par-dessus tout, l’obédience résolue du gouvernement israélien à ses objectifs de déplacement et d’épuration ethnique des Palestiniens de leur propre pays. La situation palestinienne actuelle, déclara-t-il, est confrontée à des périls existentiels d’une gravité hors du commun. Il a exigé de la communauté internationale, de ses amis, de ses alliés et de tous ceux qui défendent le droit palestinien, qu’ils s’emploient à permettre à l’Autorité nationale de prendre pleinement en main ses responsabilités dans la bande de Gaza au nom de l’État de Palestine, à travers ses institutions officielles et en coopération avec les organes onusiens et la commission administrative mandatée pour y opérer selon les conclusions du «Conseil mondial de la paix», rejetant catégoriquement tout état de fait qui consacrerait la séparation du secteur d’avec la Cisjordanie ou instituerait un dualisme ne servant ni la solution politique ni l’édification de l’État. Le congrès se tient ces 14, 15 et 16 mai, au moment précis où l’on commémore la Nakba, et le président a tenu à rappeler le rôle pionnier du Fateh comme porteur du projet national, réservant une attention particulière au rôle des femmes et de la jeunesse dans la perspective des élections législatives et présidentielle attendues avant la fin de l’année, qui feront de celle-ci l’année de la restauration du système politique palestinien et du raffermissement de sa légitimité selon des critères constitutionnels, l’année en somme d’une démocratie palestinienne retrouvée. C’est en ces termes que peut se résumer la mission politique du Fateh dans les jours à venir, et c’est à partir de là que peuvent s’esquisser les contours de la prochaine étape, avec les stratégies et plans d’action qu’elle requiert pour sortir la cause de sa faiblesse présente, en relevant les défis d’une manière qui serve à la fois l’homme et la patrie, et relance le cycle de la vie politique. Par acclamation Qui regarde l’estrade du congrès aperçoit vingt-cinq portraits qui dominent la scène, au centre desquels trône la figure symbolique de Yasser Arafat, et à ses côtés les martyrs du Comité central, dont un tiers à peine a eu la grâce de mourir dans son lit, après avoir survécu aux batailles et échappé aux assassins. L’ombre de la direction historique est longue, au point qu’il est impossible de l’enjamber sans discernement ni clairvoyance. Au congrès de Tunis, après le retrait du Liban, le président Arafat avait choisi de ne pas faire compter les voix exprimées pour son élection, sachant qu’après 1982, aucune contestation de son leadership ne pouvait prétendre s’élever à sa hauteur. De même que le retrait du Liban avait été un moment exceptionnel, la dissidence qui s’ensuivit, soutenue par le régime syrien des Assad et financée par l’ancien régime libyen, l’était tout autant. Alors que la bataille pour la légitimité était à son paroxysme, le président Arafat fut élu par acclamation sous une ovation debout, avant même l’élection du Comité central. Cette tradition s’est perpétuée dans les congrès suivants, comme on vient encore de le voir à Ramallah, où tous ont pu témoigner que le président Abbas a porté l’héritage de ses prédécesseurs avec patience et maîtrise, incarnant les étapes de l’évolution du Fateh dans sa lutte pour la survie et la continuité et préservant la place historique du mouvement dans la conscience collective et la vie publique des Palestiniens. Et ce alors que la rupture avec le Hamas avait atteint son degré d’acuité le plus élevé et que les dangers avaient atteint le point qui permit aux ennemis de déclencher leur guerre d’anéantissement, de déplacement et d’effacement. À suivre les travaux du congrès, on observe que la génération des fondateurs est encore là, tout comme celle de l’Intifada des pierres et celle de la deuxième Intifada, et l’on discerne la nouveauté que représente la génération du combat actuel pour la survie. Tout cela relève de trois orientations politiques successives : la première, celle des origines, avec le mot d’ordre de la libération, de la lutte armée et du droit historique ; puis la transition vers celui du droit politique, de l’Autorité et de l’État ; et maintenant, depuis la guerre d’anéantissement qui a suivi l’opération du 7 octobre, c’est le slogan «Baqoun» — «Nous demeurons» — qui résume à lui seul le tableau du huitième congrès du Fateh : nous demeurons pour qu’existe un État pour la génération de demain. Sauvetage L’image de la femme de Gaza qui fouille les décombres de sa maison détruite en quête d’un objet qui lui en rappellerait l’existence, fût-ce une assiette brisée au fond de sa cuisine, ressemble à ce que fait le berger expulsé de sa terre ou le paysan agrippé à l’arbre hérité de son père. C’est pour tous ceux-là que l’on entend la voix du président Abbas s’employer, avec l’administration américaine, à sauver ce qui peut encore l’être des accords d’Oslo, tandis que des membres talmudiques de la Knesset cherchent à faire adopter un texte qui autoriserait l’annulation de ces accords et ouvrirait la voie à la colonisation des villes palestiniennes après la main mise sur la «zone B» soumise à l’autonomie. Un tel tableau réduit les tâches immédiates de la politique palestinienne quotidienne à de pures opérations de sauvetage. Le programme de travail du Comité central nouvellement élu n’y échappera pas davantage. Au vu de la composition et de la diversité des membres du congrès, on comprend que le nouveau Comité central, dont la moitié des neuf membres anciens porte l’héritage de la fondation, du combat armé et de l’Intifada des pierres, voit son autre moitié constituée d’une génération forgée dans la deuxième Intifada, où l’action de masse et la violence armée, à laquelle nous avons ensuite renoncé, s’entremêlaient. Parmi eux, certains portent également la vision de l’État moderne et de ce que la Palestine de demain doit être dans un avenir prévisible. Ces potentialités et ces énergies, aguerries, intermédiaires et nouvelles, ne pourront cependant porter leurs fruits que si leurs membres travaillent en véritable équipe, en faisant évoluer d’abord le mouvement Fateh vers la cohérence politique avec la thèse du président Abbas, puis en ouvrant de nouvelles voies pour amplifier la présence palestinienne dans l’espace américain, afin d’arrêter la guerre israélienne ouverte que l’on nous mène sur l’ensemble des territoires occupés en 1967. Sans y parvenir, il sera vain d’évoquer un quelconque succès dans la protection de nos droits politiques légitimes, reconnus par la grande majorité des États du monde. Le réalisme politique qui caractérise le président Abbas n’est pas une disposition personnelle ; il procède d’une longue sédimentation de la lutte au sein de l’expérience du Fateh et de ses transformations successives, depuis les mots d’ordre généraux qui répondaient aux aspirations du peuple depuis la Nakba de 1948, jusqu’à l’attention portée aux besoins urgents des populations après la guerre d’anéantissement. Si l’Autorité nationale réussit, cette année, à organiser les élections législatives et présidentielles, on pourra alors dire que le slogan «Baqoun» a pris corps à travers le plus fort taux de participation, et que ce que nous pourrons obtenir à l’issue de ces scrutins permettra d’affirmer que le passage à la nouvelle étape est possible, avec une conscience lucide des défis redoutables qui s’imposent au peuple palestinien.

L’Iran persiste et signe… son arrêt de mort?

L'Iran a répondu à une nouvelle proposition des Etats-Unis visant à sortir de l'impasse diplomatique et à mettre fin durablement à la guerre au Moyen-Orient, a indiqué lundi son ministère des Affaires étrangères, ajoutant que les échanges se poursuivaient avec Washington "via le médiateur pakistanais". L'Iran a réitéré lundi ses exigences, réclamant en particulier le déblocage des avoirs iraniens gelés à l'étranger et la levée des sanctions internationales asphyxiant son économie. Le porte-parole a également insisté sur le versement de réparations pour la guerre, jugée "illégale et sans fondement". Dimanche, des médias iraniens avaient dénoncé les "conditions excessives" imposées par les Etats-Unis dans leur dernière offre. Selon l'agence Fars, ils exigent que l'Iran ne maintienne qu'un seul site nucléaire en activité et transfère son stock d'uranium hautement enrichi aux Etats-Unis. Un pari risqué Dans ce cadre, l'Iran a formalisé lundi la création d'un nouvel organisme, l'Autorité du détroit du Golfe Persique, pour la gestion de ce passage. Les prérogatives exactes de cette nouvelle structure n'ont pas été dévoilées dans l'immédiat. Mais selon le journal spécialisé Lloyd's List, elle est "chargée d'approuver les transits de navires et de percevoir des droits de passage dans le détroit d'Ormuz". En effet, la République islamique pense que le contrôle de ce goulet d’étranglement serait une arme magique pour faire plier les Etats-Unis. Les Gardiens de la Révolution ont même menacé lundi de faire payer l'utilisation des câbles sous-marins de fibre optique traversant le détroit d'Ormuz, relevant que toute perturbation sur ces équipements ferait perdre jusqu'à des "centaines de millions de dollars par jour" à l'économie mondiale. Dans un message sur Telegram, l'armée idéologique de la République islamique a estimé qu'au nom de la "souveraineté absolue" de l'Iran sur ses eaux territoriales, le pays "pourrait déclarer que tous les câbles en fibre optique traversant la voie maritime sont soumis à des permis, une surveillance et des péages"… Sans aucun doute, cette position radicale émane de l’aile dure du régime, à savoir, les Gardiens de la révolution. Mais cette posture risquée pourrait provoquer la reprise de la confrontation militaire. Pour les Pasdarans et les durs du régime, ce n’est ni plus ni moins une guerre existentielle qu’ils cherchent à perdurer. Alors que l’Iran a perdu de nombreux dirigeants, que ses infrastructures ont été gravement endommagées par les bombardements et que son économie est exsangue, la classe dirigeante refuse de capituler… et réclame même des concessions. Téhéran estime en effet que Donald Trump perdra patience face à la hausse des prix à la pompe, avant les élections de mi-mandat en novembre. La quasi-paralysie du droit d’Ormuz, par lequel transite en temps normal un cinquième de la production mondiale d'hydrocarbures, date depuis le début de la guerre le 28 février, à laquelle Washington a répliqué en imposant un blocus aux ports iraniens. Le blocage de cette voie de passage a fait flamber les cours du pétrole. Mais ce que les dirigeants iraniens oublient, c’est que la conjoncture n'est pas idéale, puisque le peuple est très hostile à ce bras-de-fer, surtout après les vastes manifestations de janvier, réprimées dans le sang (près de 40 000 morts en deux jours, les 8 et 9 janvier), et à cause de l'impact de la guerre sur l'économie et les infrastructures. Un triste record C’est sur ce point que l’Iran a été épinglé dans le rapport annuel d'Amnesty International publié lundi et qui affirme que le nombre d'exécutions recensées dans le monde a grimpé en 2025 et atteint son plus haut niveau depuis 1981, un bond principalement dû à l'Iran où elles ont plus que doublé l'an passé. A elle seule, la République islamique représente 80% des exécutions recensées en 2025 par Amnesty. Quelque 2159 personnes y ont été exécutées par pendaison l’an dernier, contre 972 en 2024. "Les autorités iraniennes ont intensifié leur recours à la peine de mort comme outil de répression et de contrôle politiques, alimentant une hausse sans précédent du nombre d'exécutions", note l'ONG dans son rapport. Le recours aux exécutions a été particulièrement marqué après la guerre des 12 Jours qui a opposé l'Iran à Israël et aux Etats-Unis en juin: 654 exécutions avaient été comptabilisées avant ce conflit, contre 1505 entre juillet et décembre. Les condamnations à mort et exécutions en Iran à la suite du mouvement de protestation dans le pays en janvier et le début du conflit au Moyen-Orient le 28 février ne sont pas comptabilisés dans le rapport d'Amnesty. Mais selon des ONG établies dans certains pays européens, non moins de 600 adolescents et jeunes iraniens, dont de nombreux étudiants universitaires, ont été pendus depuis janvier dernier. Sur le terrain… Une frappe de drone a provoqué un incendie dimanche près de la centrale nucléaire de Barakah, dans l'ouest des Emirats arabes unis, sans faire de blessés ni provoquer de hausse de la radioactivité, les autorités dénonçant une "attaque terroriste". Les systèmes de défense antiaérienne ont détecté "trois drones qui étaient entrés par la frontière occidentale", dont deux ont été interceptés avec succès, tandis que l'autre "a frappé un générateur électrique" près du site, selon le ministère émirati de la Défense. Le ministère a dénoncé une attaque "terroriste", semblant suggérer une implication de l'Iran. L'attaque, "qu'elle ait été menée par l'auteur principal ou par un de ses agents, représente une escalade dangereuse", a-t-il estimé sur X. Abou Dhabi a accusé à plusieurs reprises l'Iran d'avoir mené des frappes depuis le cessez-le-feu du 8 avril, qui a mis fin aux hostilités opposant la République islamique à Israël et aux Etats-Unis. Par ailleurs, l’Arabie saoudite a indiqué lundi avoir intercepté trois drones au-dessus de son territoire, précisant qu’ils auraient été tirés à partir du territoire irakien. Notons dans ce cadre que le Qatar et le secrétaire général de l’Onu ont vivement stigmatisé le tir de drone contre le secteur de la centrale nucléaire de Barakah. Au Liban… Sur le front libanais, en dépit de l’entrée en vigueur (théorique) dimanche, à minuit, de la prolongation de la trêve entre Israël et le Hezbollah, pour une période de 45 jours, Israël a poursuivi lundi ses frappes contre des positions et des infrastructures du parti pro-iranien dans plusieurs localités du Liban-Sud et de la Békaa. Tsahal a appelé dans la journée à l'évacuation de trois localités dans les régions de Tyr et de Nabatiyé en prévision des bombardements. Dimanche, une frappe israélienne près de Baalbeck, dans la localité de Douriss, a provoqué la mort du responsable du Jihad islamique dans la Békaa.

Hezbollah-Israël, une guerre sans fin au service de qui? (6)

Nous poursuivons avec ce sixième article de la série «Israël-Hezbollah», qui vise à mieux comprendre la situation actuelle à la lumière du passé, loin des discours passionnés, idéologiques ou romantiques, qui passent à côté des réalités. Il revient au lecteur d’en tirer les conclusions qui s’imposent. Les articles précédents ont rappelé la montée en puissance du Hezbollah depuis l’accord de Taëf, ses deux premières guerres avec Israël, ainsi que le retrait de l’armée de l’État hébreu du Liban en mai 2000. Après le retrait israélien du Liban, le 24 mai 2000, et sur insistance du Premier ministre israélien Ehud Barack, l’ONU a officiellement certifié, le 16 juin 2000, que ce retrait était total et conforme à la résolution 425 du Conseil de sécurité des Nations unies, désormais considérée comme ayant été appliquée. La Finul a par la suite tracé une ligne de retrait israélien baptisée «Ligne bleue», comportant 13 points de litige entre les deux pays, d’une superficie inférieure à 1 km 2 . Cette ligne est pratiquement confondue avec la ligne Paulet-Newcombe, tracée en 1923 comme frontière délimitant le Liban et la Palestine sous les mandats français et britannique. Au lieu d’exploiter le retrait israélien du 24 mai 2000 pour restaurer la souveraineté de l’État, surtout au Liban-Sud, le président de la République Émile Lahoud et le gouvernement libanais, inféodés à la Syrie, ont adopté une position de soutien institutionnel et politique au Hezbollah sous l’étiquette de la «résistance». Ce narratif de «résistance» risquait d’être sérieusement sapé par le constat officiel onusien du retrait israélien. La position de Lahoud convenait parfaitement aux Syriens et aux Iraniens, soucieux de ne pas priver le Hezbollah de son slogan de «lutte armée». Damas tenait à préserver son levier de pression sur Israël, que ce soit en vue d’éventuelles futures négociations de paix ou en cas de conflit armé avec l’État hébreu, ce qui convergeait avec l’objectif de Téhéran qui tenait à renforcer la milice chiite, son instrument au Liban et dans la région. L’appareil sécuritaire libano-syrien de l’époque, un réseau d’officiers de renseignements haut gradés libanais et syriens qui faisaient équipe, avait anticipé cette question et trouvé l’argument permettant de maintenir le Liban-Sud sous contrôle du Hezbollah, comme plateforme de pression militaire sur Israël. Ce prétexte n’était autre que les hameaux de Chebaa, plus connus sous le nom de Fermes de Chebaa. Le cas particulier des hameaux de Chebaa En avril 2000, à quelques semaines du retrait israélien, le général Jamil el-Sayed, alors directeur de la Sûreté générale libanaise et ami du président Émile Lahoud, devait remettre sur le tapis la revendication par le Liban des hameaux de Chebaa, le but étant de justifier la poursuite de la «résistance» menée par le Hezbollah. Les registres fonciers libanais prouvaient en effet depuis 1949 que cette zone de 62 km² est libanaise, mais sur les cartes elle se trouve en territoire syrien. Elle fut occupée par Israël en 1967, en même temps que le plateau du Golan. Ce basculement stratégique, coordonné avec Damas (notamment via les liens du général Sayed avec le général Ali Mamlouk, son homologue syrien), a donné au Liban officiel un prétexte pour rejeter la certification par l’ONU du retrait israélien total. Les hameaux de Chebaa étaient un sujet de discorde frontalier entre le Liban et la Syrie depuis le mandat français. Ce différend n’a jamais été fondamentalement résolu après l’indépendance des deux pays. Pendant la guerre des Six jours de 1967, Israël avait occupé ces hameaux où l’armée régulière syrienne était stationnée depuis le début des années 1960, et y avait étendu son dispositif militaire établi sur le plateau du Golan. La police et les douanes libanaises y étaient présentes depuis l’indépendance jusqu’à la guerre civile de 1958, lorsque des milices syriennes et libanaises prosyriennes, qui participaient à la rébellion contre le président Camille Chamoun, avaient obligé les policiers et les douaniers libanais à s’en retirer et avaient occupé les lieux pour les utiliser comme base militaire contre la caserne de l’armée libanaise de Marjeyoun. À la fin de la guerre de 1958, ces milices se sont retirées vars le territoire syrien, mais la police et les douanes libanaises n’y sont jamais retournées. Plus tard, l’armée syrienne y a pris position, et la Syrie continue à faire figurer les hameaux sur ses cartes militaires. Lahoud, théoricien de la «complémentarité» entre l’armée et la «résistance» Après les guerres israélo-arabes de 1967 et de 1973, et jusqu’en 2000, le Liban n’a jamais revendiqué auprès de l’ONU les hameaux de Chebaa comme territoires occupés, acceptant de facto les cartes internationales qui les plaçaient en Syrie. Cette revendication n’est apparue officiellement qu’en 2000, dans le but évident de contester l’intégralité du retrait israélien et légitimer, de ce fait, le discours de «résistance» qui a suivi. Ce discours a été considérablement amplifié par le président Émile Lahoud, principal garant politique du Hezbollah au sommet de l’État. Déjà lorsqu’il était commandant en chef de l’armée, il avait conceptualisé la «complémentarité» entre la milice chiite et l’armée régulière libanaise. Il considérait que l’armée devait assurer la paix civile, ce qui impliquait pratiquement la répression des individus et partis souverainistes antisyriens et anti-Hezbollah, tandis que la «résistance», en l’occurrence le Hezbollah, devait avoir pour mission de protéger le pays contre Israël. Lahoud avait effectivement facilité, depuis qu’il commandait l’armée, le passage des armes iraniennes à partir de la Syrie vers les positions du Hezbollah dans la Békaa et au Liban-Sud. Malgré les pressions de l’ONU, il avait systématiquement refusé de déployer l’armée libanaise dans la zone évacuée par Israël, arguant que cela reviendrait à transformer l’armée en «garde-frontière» pour le compte de l’État hébreu. Pour sa part, le président du Parlement Nabih Berry agissait en complémentarité avec Lahoud, comme pivot législatif et diplomatique du Hezbollah, et veillait à ce que les Déclarations ministérielles de tous les gouvernements successifs depuis le retrait israélien, incluent explicitement le «droit du Liban à la résistance pour libérer son territoire», légitimant ainsi les armes du Hezbollah. Pour consolider l’argument des hameaux de Chebaa comme territoire occupé devant être libéré, et imposer de nouvelles règles d’engagements militaires, le 7 octobre 2000, soit quatre mois après le retrait de Tsahal, le Hezbollah devait mener une opération transfrontalière dans le secteur des hameaux, «capturant» trois soldats israéliens, qui s’étaient avérés morts au moment-même. Cette attaque, marquée par l’utilisation par le Hezbollah de véhicules aux couleurs de l’ONU, avait déclenché une crise diplomatique entre la Finul et Israël. En janvier 2004, un accord de médiation allemande devait aboutir à un échange de prisonniers: le Hezbollah restituait les corps des trois soldats et libérait un otage civil; Israël de son côté libérait 435 détenus et restituait 59 dépouilles de combattants de la milice chiite. (à suivre) À lire sur le même sujet: Hezbollah-Israël, une guerre sans fin au service de qui? (5) Hezbollah-Israël, une guerre sans fin au service de qui? (4) Hezbollah-Israël, une guerre sans fin au service de qui? (3) Hezbollah-Israël, une guerre sans fin au service de qui? (2) Hezbollah-Israël, une guerre sans fin au service de qui? (1)

Gibran Khalil Gibran: un pont de lumière entre Orient et Occident (2/3)

Dans notre précédent article, nous avons survolé la vie de Gibran Khalil Gibran. Dans cette deuxième partie, nous explorerons certaines facettes du penseur: l’influence de Nietzsche, Gibran le rebelle et le père du nationalisme libanais. « Je suis un fils de la terre et du ciel. La forêt est mon église, le champ mon sanctuaire et les étoiles mes compagnons de méditation. » Gibran Khalil Gibran « L’homme est une corde tendue entre la bête et le Surhomme, une corde au-dessus d’un abîme. » Nietzche Pendant son séjour à Paris, Gibran découvre Nietzsche, qui transforme sa pensée et son style. Il passe du poète triste et nostalgique au prophète tonnant. Son écriture devient alors aphoristique, prophétique et puissante. Toutefois, à la différence de Nietzsche, athée, cynique et pessimiste, Gibran reste profondément croyant et plein d’espoir. En fait, Gibran adapte le concept du Surhomme de Nietzsche ( Übermensch) à sa sensibilité orientale, ainsi qu’à son idée du nationalisme libanais et de la liberté des peuples. D’ailleurs, la structure même du Prophète (al-Mustafa parlant à une foule avant de lever les voiles) rappelle étrangement celle d’ Ainsi parlait Zarathoustra de Nietzsche. «Le Vagabond, 1928». Fusain. (Musée Gibran Khalil Gibran) Le rapport à l’Église: un croyant rebelle « Votre foi est en vous, et elle est le battement de votre cœur. » « La religion est un cœur qui s’ouvre, non une doctrine qui se ferme. » Gibran Khalil Gibran La relation de Gibran avec l’Église est une relation de «haine-amour» passionnelle. Chrétien maronite de naissance et de culture, son enfance est bercée par la spiritualité de la vallée sainte de la Qadisha, refuge historique des moines libanais. Son style est directement influencé par la Bible, qu’il a lue et relue. Dans Le Prophète , son personnage principal s’exprime en paraboles à la manière des Écritures. Pourtant, Gibran deviendra l’un des critiques les plus féroces de l’institution ecclésiastique. Son livre Les Esprits Rebelles , paru en 1908, fait scandale. Il y dénonce l’alliance entre les féodaux et le clergé, décrivant certains prêtres comme des «loups déguisés en agneaux». À sa parution, l’ouvrage est jugé «hérétique et révolutionnaire». Pourtant, Gibran ne s’attaque pas à la foi, mais à l’hypocrisie de l’institution. «Vous avez votre religion et j’ai la mienne», écrit-il. Bien qu’influencé par le soufisme et l’hindouisme, Gibran reste fondamentalement chrétien. C’est un chrétien des origines, qui ramène tout à Jésus, auquel il voue une dévotion absolue. Très influencé par le romantisme européen et le transcendantalisme américain, il voit dans le Christ non pas un être de douleur et de soumission, mais un «lion» impétueux, un révolutionnaire qui brise les chaînes de la religion organisée. Aujourd’hui, sa relation avec l’Église est apaisée. Il est très bien accueilli dans les milieux ecclésiastiques. Aux États-Unis, certains prêtres célèbrent des mariages en lisant des passages du Prophète . Des thèses universitaires de religieux lui sont consacrées. D’ailleurs, la première traduction arabe du Prophète a été réalisée par un prêtre orthodoxe. «Le Sagittaire, 1923». Aquarelle. (Musée Gibran Khalil Gibran) L’invention d’un «Liban imaginaire» « Le Liban est le terreau de mon âme et le berceau de mes rêves. « Votre Liban est un gouvernement-pieuvre à nombreux tentacules. » Gibran Khalil Gibran Au moment où le Liban est sous domination ottomane puis sous mandat français, Gibran joue un rôle clé dans la construction de l’identité libanaise moderne. Pourtant, il n’est pas un idéologue politique. Depuis New York, où il fonde la Ligue de la plume (al-Rabita al-qalamiyya), il révolutionne la littérature arabe et donne un visage nouveau au génie de la diaspora libanaise. Il devient un symbole national qui incarne un Liban intellectuel, libre et spirituel. Influencé par Nietzsche, Gibran prône une identité libanaise faite de liberté, de puissance et de dépassement de soi. Il ne veut pas d’un peuple libanais victime ou soumis, mais d’une nation libérée de la corruption, intellectuellement ouverte au monde: un Liban pont entre les cultures, distinct du monde arabe par sa spiritualité, son histoire et son ouverture au monde. Durant la grande famine de 1914, Gibran aide activement le Liban par ses écrits, mais lorsque le président Ayoub Tabet lui propose un portefeuille ministériel, il refuse, convaincu que la politique n’est pas sa voie. De nos jours, les écrits de Gibran sont régulièrement récupérés par les politiciens libanais et sont détournées au service d’un nationalisme opportuniste. Invoquer Gibran permet à certains responsables politiques de se donner une stature intellectuelle et morale, tout en ignorant ses critiques acerbes sur la corruption et l’hypocrisie des dirigeants. Gibran, icône malgré lui de la contre-culture Aux États-Unis, Le Prophète , paru en 1923, devient dans les années 1960 une sorte de bible de la contre-culture. Il séduit les milieux hippies par sa spiritualité universelle et son côté œcuménique. Les étudiants le lisent sur les campus et le brandissent comme le manifeste d’une quête spirituelle en dehors des institutions. Cette image est toutefois réductrice. Gibran n’est ni un gourou ni un prophète «new age». Il est un révolutionnaire chrétien, profondément habité par le Christ. Lire sur le même sujet: Gibran Khalil Gibran: un pont de lumière entre Orient et Occident (1/3)