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Le convoi du CICR transportant les civils libérés, parti de la zone occupée par Israël dans le sud du Liban, s'est rendu au point qui marque le début de la zone tenue par les autorités libanaises. (AFP)
L'Essentiel du jour
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Par LevantTime .
Publié sept. 5, 2026 - 00:55
Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a annoncé vendredi avoir transféré au Liban quatre nouvelles personnes relâchées par Israël, au lendemain de la libération d’un premier civil. Il s’agit de trois Libanais et de deux Syriens, selon le CICR. C’est la première fois qu’une telle opération a lieu depuis le début, en avril, des négociations entre le Liban et Israël, sous l’égide des États-Unis. Beyrouth avait demandé, lors de la dernière session de pourparlers en août, la libération d’un premier groupe de ses ressortissants capturés par Israël dans le sud du Liban, où celui-ci est en guerre avec le Hezbollah pro-iranien. Leur nombre est estimé par leurs proches à une trentaine, parmi lesquels figurent des combattants du mouvement islamiste. Le président libanais Joseph Aoun a remercié, dans un communiqué, les États-Unis et le CICR, et affirmé que cette libération «confirmait la pertinence de la position» du Liban, engagé avec Israël dans des négociations rejetées par le Hezbollah. Les États-Unis ont salué jeudi «le gouvernement d’Israël et le gouvernement du Liban pour avoir fait preuve de bonne foi à travers ces premières étapes», exprimant l’espoir que cela serve «de base à des discussions élargies sur d’autres questions civiles». Les deux pays doivent tenir une nouvelle session de négociations en septembre, à une date encore inconnue. Selon le bureau du Premier ministre israélien, l’annonce de jeudi «fait suite aux efforts déployés par Israël et le Liban pour localiser et rapatrier les dépouilles des dirigeants de la communauté juive qui avaient été enlevés et tués au Liban» entre 1984 et 1986. Intensification des frappes israéliennes Sur le terrain, des frappes israéliennes ont fait vendredi trois morts et 23 blessés dans le sud et l’est du Liban. Israël a intensifié vendredi ses frappes dans la région, après avoir annoncé jeudi soir avoir pris le contrôle de la crête montagneuse d’Ali Taher, qui servait de position stratégique au Hezbollah pro-iranien et qui surplombe notamment Nabatiyé. L’armée va désormais y renforcer ses positions afin d’«empêcher l’ennemi de reprendre position dans la zone», a déclaré le ministre israélien de la Défense, Israël Katz. Une frappe a également visé la région de Tyr, notamment le village de Rmadiyé, selon l’ANI. Pour Trump, la guerre en Iran, c’est de la «gnognotte» Concernant la guerre en Iran, le président américain Donald Trump a cherché vendredi à en minimiser l’impact pour les États-Unis, à l’approche des élections législatives cruciales de mi-mandat. «Beaucoup de gens n’appellent pas ça une guerre. Je dis que c’est un conflit militaire, parce que c’est de la gnognotte (en anglais ‘small potatoes’) pour nous. Ce n’est pas un gros truc. On a fait le Venezuela et on a fait ça», a-t-il répondu aux journalistes dans le Bureau ovale, interrogé à propos de son vice-président JD Vance, qui avait déclaré la veille ne pas vouloir qualifier le conflit de guerre. Alors que la flambée des prix du carburant liée à la guerre menace de coûter aux républicains de Donald Trump leur majorité au Congrès lors des élections de mi-mandat en novembre, son administration s’efforce de minimiser l’ampleur du conflit. Selon le président, les États-Unis mènent des «frappes ponctuelles», assurant «ne pas être actuellement en train de se battre». Il a également affirmé que les États-Unis contrôlaient le détroit d’Ormuz et avaient décimé les forces armées iraniennes. «Ce que nous avons accompli est remarquable. Nous avons pris le contrôle du Venezuela et nous avons, pour l’essentiel, pris le contrôle de l’Iran», a-t-il déclaré.
Hommage
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Par Michel Hajji Georgiou - Publié sept. 4, 2026 - 23:28
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De Hassan Rifaï, l’on garde l’image d’un juriste respecté, posé, une référence en droit administratif et constitutionnel, argumentant, d’une voix calme et chevrotante, pour pointer du doigt les écarts et les égarements des politiques vis-à-vis du régime démocratique parlementaire et de la Constitution. Pourtant, l’ancien député et ministre, disparu le 3 septembre 2025, était aussi un homme révolté. Un frondeur. Même à cent ans. Surtout à cent ans! Il l’avait été enfant, haranguant les foules à Baalbeck contre le Mandat, puis tout au long de sa carrière d’avocat et de parlementaire. À cent ans, tout à fait désabusé de la République et de ses flibustiers, sa douce colère ne s’était pas calmée. «Le Liban est un pays impossible!», disait-il à l’auteur de ces lignes dans un entretien réalisé quelques années avant sa mort et jamais publié. Mais attention. Hassan Rifaï n’était ni nihiliste ni négationniste. Il s’était battu toute sa vie pour une certaine idée du Liban. En l’occurrence le Grand Liban, uni et pluriel. Et il évaluait à sa juste valeur l’expérience libanaise, dans tout ce qu’elle avait de positif. Mais l’humain l’avait déçu. Or c’est précisément l’humain qu’il recherchait. Et il ne le trouva jamais sur la scène publique libanaise. En tout cas, pas au service de la République. Rifaï était un homme de droit, toujours élégant, irréprochable, tout ce que l’on attend d’un homme de sa stature morale et intellectuelle. Mais il était aussi intraitable. Impitoyable, même. Sans doute son attachement à son pays et à son régime démocratique l’avait-il conduit à ne se reconnaître qu’une seule fidélité: un certain code de valeurs et une certaine idée de la République. Aussi se montrait-il critique vis-à-vis de toutes les erreurs et de toutes les dérives, à commencer par celles que commettaient ses amis politiques. Il n’épargnait personne. Ni les communautés et les clans, ni les chefs religieux, lui qui était d’ailleurs laïc, et certainement pas les responsables politiques! Tout le monde y passait, et Rifaï se faisait un malin plaisir à déconstruire les mythes et les idées reçues qui faisaient de tel ou tel président de la République ou Premier ministre un dirigeant exceptionnel. Ses repères étaient objectifs: la cohérence des actes avec les principes démocratiques. De ce fait, personne ne trouvait réellement grâce à ses yeux. Le constat était terrible: aucun des dirigeants, dans l’histoire du pays, n’avait véritablement respecté la démocratie parlementaire libanaise. Aucun. Non qu’il plaçât tout le monde sur le même pied d’égalité. Il avait suffisamment de distance critique pour reconnaître les qualités et les défauts des uns et des autres. Il aimait citer Léon Duguit: «Le droit constitutionnel n’a de garde-fou que la bonne foi des hommes qui l’appliquent.» Il en avait presque fait son credo républicain. Et son verdict était sans merci: cette bonne foi, il ne l’avait tout simplement pas trouvée. Trop de politiciens, et pas suffisamment d’hommes d’État. Et, surtout, beaucoup de mensonge et d’hypocrisie. Ainsi, un jour, un grand responsable lui avait conseillé: «Ne construisez pas de routes aux gens. Sinon, ils cesseront de venir chez vous.» En dépit du respect qu’il portait à cet allié politique, la formule l’avait désemparé et choqué. Elle contenait à elle seule toute une conception du pouvoir: ne jamais résoudre définitivement le problème de celui que l’on prétend représenter, puisqu’on perdrait, avec son besoin, la raison même de sa dépendance. Le projet de l’État était ainsi renvoyé aux calendes grecques. Ou, en tout cas, s’il se trouvait des gens de bien, le système ne leur permettait pas d’arriver aux postes de responsabilité. Rifaï était un rebelle, oui, mais avec la rigueur et la précision d’un orfèvre du droit administratif et constitutionnel. Et c’est sans doute cela qui le distinguait au sein du landerneau politique libanais. Rebelle, il le fut suffisamment pour le payer cher. En août 1982, il fut victime d’une tentative d’assassinat après s’être opposé au diktat israélien. À Taëf, en 1989, il fut presque mis au ban pour avoir immédiatement discerné les contradictions présentes et les pièges ajoutés dans les réformes constitutionnelles. À partir de 1992, sous l’occupation syrienne, il connut l’ostracisme politique pour son opposition à l’appareil sécuritaire de la tutelle et à la politique de Rafic Hariri. Mais il était juste. Il pouvait s’opposer au confessionnalisme politique, tout en reconnaissant que son abolition à l’étape actuelle serait une catastrophe pour le Liban, et que la démocratie numérique sonnerait une bonne fois pour toutes le glas de la formule libanaise et de la présence chrétienne au Liban. Il pouvait s’associer à l’idée que les chrétiens avaient été lésés par les réformes constitutionnelles de Taëf, les sunnites aussi, soutenait-il, tout en rappelant les excès commis dans la pratique du pouvoir par les présidents de la République entre 1943 et 1990, et en mettant en garde contre une bouffée nostalgique de ces pratiques sous l’antienne du «droit des chrétiens». Une dérive vers un régime présidentiel ou semi-présidentiel constituait, selon lui, un danger pour les chrétiens. L’importance du régime parlementaire hérité de la IIIe République française résidait précisément dans le fait que le président de la République était politiquement irresponsable devant la Chambre des députés. Cela le plaçait, selon Rifaï, dans une position privilégiée. Au-dessus de la mêlée, il pouvait guider le navire de la République à bon port sans se retrouver embourbé dans les enjeux de pouvoir. Cette responsabilité morale de préserver la Constitution et la République était, à ses yeux, beaucoup plus importante que toute responsabilité politique. Mais encore fallait-il en convaincre les principaux concernés. Rifaï pouvait reconnaître l’importance d’une décentralisation administrative tout en refusant que cette revendication se transforme en slogan idéologique masquant une volonté séparatiste. Il rappelait, dans ce sens, que Beyrouth et le Mont-Liban avaient été privilégiés dans la construction du Grand Liban, alors que les régions périphériques, notamment la sienne, Baalbeck, avaient été méprisées. Cela avait contribué à affaiblir le sentiment national libanais, qui était tributaire, après tout, d’un bien-être fondé sur le respect de la dignité humaine. L’adhésion à la citoyenneté supposait que tout le monde fût logé à la même enseigne du point de vue du développement. Sans égalité entre les citoyens, la souveraineté ne pouvait que chanceler. C’était d’ailleurs le sens de sa première intervention au Parlement en 1968. Les événements qui suivirent donnèrent une singulière gravité à cet avertissement. Les déséquilibres économiques, sociaux et territoriaux contribuèrent à nourrir les revendications de la gauche et d’une partie de la rue musulmane, dans un pays déjà travaillé par les tensions communautaires, les ingérences extérieures et la montée en puissance des organisations armées. Ils participèrent ainsi à l’affaiblissement progressif de l’État, avant la guerre, les occupations successives et l’émergence de mouvances paraétatiques. En définitive, Hassan Rifaï incarne un peu ce modèle libanais de personnalité cosmopolite, complexe, située en dehors des tranchées communautaires et partisanes, respectée de manière quasi unanime, surtout hors des cercles politiques, mais uniquement consultée au besoin et de manière intéressée à l’intérieur de ces mêmes cercles. Le Liban n’aime pas les esprits trop indépendants et insoumis, même si son système comporte encore des failles qui permettent à ces derniers d’exister et de se faire entendre. Ils sont tolérés, mais doivent rester en marge. Il en va de la survie de l’État-zaamat et de l’État-jamaat, qui préfère se tourner invariablement vers des patrons étrangers que vers des hommes à même de générer, proposer et mettre en pratique des solutions à l’intérieur. Le système politique libanais et ses protagonistes détestent la notion de responsabilité, parfaitement anxiogène, et lui préfèrent la dépendance ou, pire encore, la servilité. Or, répétait Rifaï, citant une fois de plus Léon Duguit: «Là où est la responsabilité est le pouvoir.» Faut-il dès lors s’étonner qu’au Liban, là où la responsabilité n’est nulle part, le pouvoir ne soit nulle part non plus? Ou, plus exactement, qu’il soit toujours ailleurs?
Analyse

Ali el-Taher: pourquoi le Hezbollah a-t-il refusé de remettre la colline à l’armée?

La bataille s’est-elle achevée par un arrangement non déclaré?
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Par Jad Akhawi - Publié sept. 4, 2026 - 15:00
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La bataille d’Ali el-Taher n’a pas été une simple confrontation militaire autour d’une colline stratégique du sud du Liban. Malgré sa superficie limitée, le site est devenu un point de convergence entre calculs militaires, politiques et régionaux, révélant l’un des aspects essentiels du conflit qui perdure au Liban: qui contrôle le territoire, qui détient les armes et qui décide de la guerre et de la paix? Le plus intéressant n’est pas seulement l’entrée d’Israël sur le site, mais l’insistance du Hezbollah à refuser de le remettre à l’armée libanaise, alors même que celle-ci est la seule institution légitime censée assumer la responsabilité du territoire libanais, en particulier dans les zones frontalières directement liées à la sécurité et à la souveraineté du pays. Pourquoi le Hezbollah a-t-il refusé? Parce que la remise d’Ali el-Taher à l’armée n’aurait pas été comprise comme une simple mesure de terrain. Elle aurait revêtu une signification politique dépassant largement la colline elle-même. Une telle démarche aurait constitué une reconnaissance de fait de l’autorité de l’État libanais sur les décisions sécuritaires et militaires dans le Sud, et du fait qu’aucune autre force armée ne peut agir comme si elle exerçait l’autorité effective sur le terrain. Le site est ainsi devenu un test de l’autorité de l’État, et non plus seulement une position militaire avancée. Qui a tué les combattants? C’est l’épisode le plus obscur du récit de la bataille. La version israélienne fait état de combattants tués et d’autres ayant pris la fuite, tandis que les informations indépendantes sur le nombre de personnes présentes sur le site, la nature de leur mission et leur sort demeurent incomplètes. Les divergences entre les récits ouvrent également la voie à de nombreuses questions auxquelles les seuls communiqués militaires ne permettent pas de répondre. Et il ne s’agit pas d’un simple détail opérationnel: La plupart des combattants ont-ils été tués à l’intérieur du site? Ont-ils réussi à se retirer par des tunnels et des passages? Ou avaient-ils été évacués avant le début de l’opération israélienne? Chacune de ces hypothèses possède une signification différente. Si les combattants sont restés sur place jusqu’au dernier moment, cela signifierait que le site a été le théâtre d’un affrontement direct qui s’est achevé par une nette supériorité israélienne. S’ils ont, en revanche, été évacués à l’avance, la question porterait alors sur l’autorité qui a pris cette décision, les raisons qui l’ont motivée et la possibilité que cette évacuation ait fait partie d’un arrangement plus large, ou qu’elle n’ait été qu’une mesure militaire préventive. Et s’il devait être établi qu’un nombre important d’entre eux avaient quitté les lieux avant l’entrée des forces israéliennes, la question principale serait alors : comment sont-ils sortis, qui a assuré leur évacuation et celle-ci s’est-elle déroulée avec la connaissance d’acteurs locaux ou internationaux? À ce stade, il n’existe pas suffisamment d’éléments publics permettant de trancher entre ces différents scénarios. Mais l’absence d’informations ne retire rien à l’importance de ces questions. Elle accroît au contraire les interrogations sur la nature de ce qui s’est produit dans les heures précédant la prise de contrôle du site. Qu’en est-il de la visite de l’ambassadeur américain en Israël? Le calendrier mérite qu’on s’y attarde. L’escalade autour d’Ali el-Taher a coïncidé avec un mouvement diplomatique américain en direction d’Israël, tandis que des informations faisaient état de discussions sur le site et sur la possibilité qu’il soit finalement remis à l’armée libanaise. Cela ne signifie pas nécessairement que la décision ait été prise en dehors du Liban, ni qu’un accord complet ait été conclu entre Washington, Tel-Aviv et Beyrouth. Mais cela indique que le site n’est plus considéré comme une simple question militaire locale. Il est impossible d’affirmer que la visite de l’ambassadeur américain faisait partie d’un accord secret concernant Ali el-Taher: rien ne permet de l’établir. Il est tout aussi impossible d’affirmer que tout ce qui s’est produit résultait d’un arrangement préalable entre les parties concernées. Il est cependant clair que Washington envisage l’avenir du site dans le cadre d’un dossier plus large touchant au cessez-le-feu, à la stabilisation de la frontière, à l’absence de toute présence militaire échappant à l’autorité de l’État libanais et à la nécessité d’empêcher les zones frontalières de devenir des plateformes permanentes de confrontation. Ali el-Taher s’inscrit dès lors dans des négociations dont la portée dépasse largement sa géographie. Le site est peut-être petit sur la carte, mais il est lié à de grandes questions concernant les arrangements dans le Sud, le rôle de l’armée libanaise, l’avenir des armes illégales et les limites de l’influence israélienne dans la région. Le paradoxe qui a embarrassé le Hezbollah Le grand paradoxe politique est que le Hezbollah a refusé de remettre la colline à l’armée libanaise, sans parvenir pour autant à la conserver. Si l’opération israélienne devait s’achever par un retrait des forces israéliennes et la remise du site à l’armée libanaise, le scénario serait très différent de l’image que le Hezbollah voulait imposer ou cherchait à consacrer: le Hezbollah a refusé de remettre le site à l’État, Israël l’en a délogé, puis l’État est revenu en assumer la responsabilité. Autrement dit, le Hezbollah a refusé de consacrer volontairement l’autorité de l’armée, mais pourrait se retrouver face à une réalité qui la consacre d’une autre manière. C’est ce qui rend la situation politiquement embarrassante, car le résultat final pourrait apparaître comme ayant réalisé, indirectement, ce que le Hezbollah avait refusé de faire directement. Dès lors, une question s’impose: pourquoi la remise du site à l’armée n’a-t-elle pas été considérée comme l’option la moins coûteuse pour le Liban? Cette démarche aurait pu être présentée comme un renforcement du rôle de l’État, une protection du Sud et un moyen d’empêcher Israël d’utiliser la présence du Hezbollah comme prétexte pour demeurer sur place ou poursuivre son avancée. Le refus de remettre le site à l’armée l’a au contraire maintenu dans la zone de confrontation et a permis à Israël de présenter son opération comme une réponse à une présence militaire échappant à l’autorité de l’État. Ali el-Taher résume le problème libanais La question ne se limite pas à cette colline. Le Liban ne peut recouvrer sa souveraineté tant que deux autorités militaires coexistent: celle de l’armée et celle d’armes échappant à l’État. Il ne peut pas davantage demander à la communauté internationale de respecter ses frontières tant que la décision militaire, à l’intérieur de celles-ci, demeure partagée entre les institutions de l’État et une organisation armée disposant de capacités indépendantes. Dans le même temps, le Liban ne peut réclamer le retrait d’Israël de son territoire alors que la décision sécuritaire concernant ce territoire reste elle-même l’objet d’un conflit interne. Tant que des armes subsisteront en dehors de l’État, l’argument israélien demeurera, et le Sud restera exposé à de nouveaux cycles d’escalade. La souveraineté ne se partage pas. Soit l’armée libanaise constitue l’unique référence, soit le Liban demeure un terrain ouvert aux conflits régionaux où s’entremêlent les calculs iraniens, israéliens et américains, tandis que l’État et la société paient le prix de l’affrontement. C’est pourquoi, après Ali el-Taher, la véritable question n’est pas de savoir qui a gagné la colline, mais qui l’administrera une fois la bataille terminée? Si la réponse est l’armée libanaise, Ali el-Taher pourrait marquer le début d’un passage du Sud de la logique de la «résistance» à celle de la responsabilité de l’État. Cela pourrait constituer une première étape vers une redéfinition de la sécurité nationale, dans laquelle la défense des frontières deviendrait la mission des institutions de l’État, et non celle d’une partie agissant de manière autonome. Si Israël demeure sur place, en revanche, le Liban aura une nouvelle fois perdu une partie de sa souveraineté, quelle que soit la version que chaque camp avancera pour justifier ce qui s’est passé. Dans les deux cas, une vérité essentielle demeure: ni le Hezbollah ne peut se substituer à l’État, ni Israël ne peut être le garant de sa souveraineté. La souveraineté libanaise ne peut être restaurée que par l’État libanais, protégée que par son armée et consacrée que par une décision politique claire mettant fin à la dualité des armes et des autorités.
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L’architecture dangereuse de la bulle des investissements de l’IA

En 2006, les marchés du crédit considéraient que le risque immobilier américain était diversifié. Le marché des « subprimes » était né. Les modèles mathématiques semblaient sûrs. La réalité, elle, fut leur effondrement – et la crise financière mondiale de 2008 qui s’ensuivit. En 2025, une illusion étonnamment similaire s’est imposée — cette fois dans le domaine de l’ intelligence artificielle. Pour l’instant, l’IA est largement un phénomène de dépenses d’investissement (capex), dominé par un très petit nombre d’entreprises comme Nvidia et Oracle — les « fabricants de pelles » modernes — qui produisent des puces électroniques et construisent des centres de données pour répondre aux 1,5 trillion de dollars d’investissements projetés par quelques « hyperscalers » tels que Microsoft, Meta ou Amazon. Cette vague de dépenses d’investissements sans équivalent dans l’histoire a propulsé leurs cours boursiers à des sommets inimaginables. Dans le même temps, le secteur de l’IA a construit une architecture financière « circulaire » dans laquelle les mêmes capitaux circulent à répétition entre un petit groupe d’acteurs dominants. Chacun enregistre des revenus provenant des autres. Chacun justifie la hausse de sa valorisation boursière grâce aux dépenses des autres. Et chacun est traité par les marchés financiers comme si leurs risques étaient indépendants. Ils ne le sont pas. Au cœur de cette structure se trouve un contrat sans précédent : un accord de 300 milliards de dollars sur cinq ans entre OpenAI et Oracle. Ce contrat est devenu discrètement le pilier porteur de l’ensemble de la thèse d’investissement dans l’IA. S’il tient, le boom du capex de l’IA se poursuit. S’il se fissure, les conséquences dépasseront largement les deux signataires. OpenAI lève du capital à des valorisations toujours plus élevées — capital ensuite dépensé en puces Nvidia et en infrastructures Oracle. Oracle, à son tour, utilise l’engagement d’OpenAI pour emprunter massivement afin de financer l’expansion de ses centres de données, dont une grande partie se retrouve, sous forme de revenus, directement chez Nvidia. L’appréciation du titre Nvidia — qui a brièvement propulsé la société à une capitalisation boursière ahurissante de 5 000 milliards de dollars en octobre dernier —lui permet de réinjecter ensuite du capital chez OpenAI par l’investissement direct et par la consolidation de l’écosystème. Les mêmes dollars apparaissent comme revenus plusieurs fois sur les bilans des différentes entreprises, mais il s’agit toujours des mêmes dollars. La croissance est enregistrée. Les valorisations boursières augmentent. Plus de capital est levé. La roue tourne de plus en plus vite. C’est, en réalité, une finance circulaire, et non pas une demande organique d’utilisateurs finaux. Ce qui semble être un développement explosif de la demande est en réalité, de plus en plus, le résultat comptable d’entreprises qui se paient mutuellement avec du capital d’investisseurs — le tout fondé sur une hypothétique monétisation de l’IA en entreprise, phénomène qui ne s’est pas encore matérialisé à grande échelle. Les mathématiques de la relation Oracle–OpenAI sont frappantes. OpenAI est en passe d’enregistrer environ 16 milliards de dollars de pertes nettes en 2025 et prévoit des pertes cumulées dépassant 100 milliards de dollars d'ici à la fin de la décennie. Pour honorer son engagement envers Oracle, elle doit faire passer son chiffre d’affaires d’environ 20 milliards à 100 milliards en trois ans - exploit qu’aucune entreprise logicielle dans l’histoire n’a jamais accompli. Oracle, de son côté, doit financer jusqu’à 180 milliards de dollars d’infrastructures spécifiques à l’IA pour servir essentiellement un seul client : OpenAI. Son cash-flow disponible est devenu négatif. Sa dette augmente considérablement. En résulte en fait une co-dépendance bilatérale systémique. Si OpenAI ne peut pas payer, Oracle se retrouve avec des actifs inutiles. Si Oracle ne peut pas financer l’expansion de ses actifs, OpenAI fait face à une crise de capacité de calcul au pire moment. Aucun des deux ne peut se retirer de cette co-dépendance. Aucun ne peut survivre à l’échec de l’autre. Les ingénieurs appellent cela un point de fracture névralgique. Et les marchés financiers les découvrent généralement trop tard. Chaque épisode systémique comporte un nœud de corrélation financière. Dans l’écosystème des « subprimes » en 2008, c’était AIG. Dans l’écosystème de l’IA d’aujourd’hui, ce rôle est de plus en plus occupé par SoftBank au Japon. SoftBank a accumulé une exposition massive et multiforme à OpenAI, au projet d’infrastructure Stargate et à l’ensemble du complexe de l’IA, et ce, malgré une capacité limitée de financement supplémentaire. Son bilan est dépendant d’un seul résultat : que l’adoption de l’IA s’accélère rapidement et sans accroc dans une fenêtre de temps limitée. Si OpenAI trébuche, l’action SoftBank s’effondre. Si Stargate sous-performe, le capital d’infrastructure est déprécié. Si les deux se produisent simultanément, le désendettement forcé devient inévitable - avec des effets en cascade sur tout l’univers boursier de l’IA. Toute la thèse du capex de l’IA repose sur une hypothèse critique : l’adoption et la monétisation de l’IA vont exploser entre 2027 et 2028. Côté adoption, la concurrence s’intensifie. Les taux de croissance de ChatGPT atteignent déjà un plateau tandis que de nouveaux entrants - y compris des modèles open source chinois - gagnent du terrain. Côté monétisation, les études académiques et les données industrielles n’offrent guère de réconfort : 95 % des entreprises déployant l’IA générative ne rapportent aucun retour sur investissement mesurable. Beaucoup de projets sont déjà en phase de réduction ou abandonnés discrètement. Comme pour l’Internet, la révolution technologique de l’IA est bien réelle et son impact à long terme sera profond. Mais les révolutions technologiques sont rarement linéaires — et elles ne récompensent presque jamais tous les acteurs de manière égale. Oracle lui-même était une des « stars » du boom Internet en 1999, avant de perdre près de 80 % de sa valeur lors de l’effondrement de 2000. Ce que nous voyons aujourd’hui est une architecture financière autoréférentielle, où le capital circule en interne, tandis que les marchés actions extrapolent la perfection à travers des valorisations extrêmes. Pour l’instant, les marchés des actions restent optimistes. Les marchés du crédit, eux, ne le sont pas. Ces derniers jours, les spreads des swaps de défaut de crédit d’Oracle ont grimpé à des niveaux jamais vus depuis la crise financière mondiale de 2008. Historiquement, les marchés du crédit anticipent la réalité bien avant les investisseurs en actions. Avec des actions Oracle en baisse de 11 % en une seule séance malgré une croissance spectaculaire des bénéfices, et SoftBank chutant de 7,7 % sur la même nouvelle, les investisseurs commencent peut-être enfin à se demander si le narratif d’investissement de l’IA est aussi solide qu’annoncé. Ce n’est pas encore 2008. Mais les réalités mathématiques sont dangereusement similaires.

«Nostra aetate» : Abou Dhabi et «Fratelli tutti», les bons fruits du dialogue (3/4)

« Nostra aetate » a profondément transformé le dialogue entre catholiques et musulmans. De Jean-Paul II au pape François, le Saint-Siège poursuit une œuvre de rencontre et de fraternité. Troisième volet de notre série. Il est difficile de minimiser l’impact de la déclaration Nostra aetate de 1965 sur les rapports entre l’Église catholique et le monde arabo-musulman. Pour s’en assurer, rien ne remplace la lecture du texte, qui ne présente aucune difficulté d’ordre dogmatique. En voici le passage qui nous intéresse directement : « (…) L’Église regarde aussi avec estime les musulmans, qui adorent le Dieu unique, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, qui a parlé aux hommes. Ils cherchent à se soumettre de toute leur âme aux décrets de Dieu, même s’ils sont cachés, comme s’est soumis à Dieu Abraham, auquel la foi islamique se réfère volontiers. Bien qu’ils ne reconnaissent pas Jésus comme Dieu, ils le vénèrent comme prophète ; ils honorent sa Mère virginale, Marie, et parfois même l’invoquent avec piété. De plus, ils attendent le jour du jugement, où Dieu rétribuera tous les hommes après les avoir ressuscités. Aussi ont-ils en estime la vie morale et rendent-ils un culte à Dieu, surtout par la prière, l’aumône et le jeûne. « Même si, au cours des siècles, de nombreuses dissensions et inimitiés se sont manifestées entre les chrétiens et les musulmans, le saint Concile les exhorte tous à oublier le passé et à s’efforcer sincèrement à la compréhension mutuelle, ainsi qu’à protéger et à promouvoir ensemble, pour tous les hommes, la justice sociale, les valeurs morales, la paix et la liberté. » Cartographier le « berceau » du christianisme Entre 1985 et 2001, bâtissant sur cette solide fondation doctrinale, le pape Jean-Paul II posera des gestes forts : discours à Casablanca devant 80 000 jeunes musulmans, appelant à « croire ensemble en un Dieu unique » (1985) ; prière d’Assise pour la paix avec des représentants de toutes les religions (1986) ; synode pour le Liban et participation d’« observateurs fraternels » musulmans (1995) ; visite historique en Syrie et à la mosquée des Omeyyades de Damas (2001). Au Moyen-Orient, le pape Benoît XVI et surtout son successeur, le pape François, poursuivront méthodiquement la tâche de cartographier spirituellement le « berceau » du christianisme, cet espace où la foi chrétienne se vit désormais en milieu musulman, exception faite du Liban. C’est le pape François qui effectuera, sur le plan du dialogue interreligieux, la percée la plus spectaculaire, grâce au Document sur la Fraternité humaine d’Abou Dhabi (2019) cosigné par le grand imam d’al-Azhar, Ahmad al-Tayyeb, et à l’encyclique Fratelli tutti (2020) qui en développera le message. L’encyclique affirme en particulier : « Les questions liées à la fraternité et à l’amitié sociale ont toujours été parmi mes préoccupations (…). Je me suis particulièrement senti encouragé par le grand imam Ahmad al-Tayyeb que j’ai rencontré à Abou Dhabi pour rappeler que Dieu ‘a créé tous les êtres humains égaux en droits, en devoirs et en dignité, et les a appelés à coexister comme des frères entre eux’. Ce n’était pas un simple acte diplomatique, mais une réflexion faite dans le dialogue et fondée sur un engagement commun. Cette encyclique rassemble et développe des thèmes importants abordés dans ce document que nous avons signé ensemble (…). Je livre cette encyclique sociale comme une modeste contribution à la réflexion pour que, face aux manières diverses et actuelles d’éliminer ou d’ignorer les autres, nous soyons capables de réagir par un nouveau rêve de fraternité et d’amitié sociale qui ne se cantonne pas aux mots. Bien que je l’aie écrite à partir de mes convictions chrétiennes qui me soutiennent et me nourrissent, j’ai essayé de le faire de telle sorte que la réflexion s’ouvre au dialogue avec toutes les personnes de bonne volonté. » ( Fratelli tutti 5 et 6). Maison de la Famille abrahamique Ces principes viendront s’adosser à certaines réalisations. La plus éminente en ce sens reste la Maison de la Famille abrahamique (Abrahamic Family House), à Abou Dhabi. Inauguré en 2023, l’ensemble regroupe une mosquée, une église et une synagogue partageant un espace commun, lieu d’éducation, de prière et de rencontre. Mais l’évolution des mentalités n’est pas la même partout. Ainsi, l’Arabie saoudite n’a toujours pas établi de relations diplomatiques avec le Vatican ; la construction d’églises et la célébration d’offices religieux publics hors des enceintes diplomatiques, y sont interdites. Nostra aetate et ses fruits de dialogue sont un levain agissant surtout au sein de l’islam sunnite, majoritaire (85 à 90 % du nombre total des croyants musulmans). Mais la volonté d’ouverture manifestée par le document conciliaire est universelle. Elle a notamment conduit le pape François à rencontrer l’ayatollah Sistani, lors de son voyage en Irak, en 2021. Le thème de la visite était « Vous êtes tous frères », en écho à l’encyclique Fratelli tutti .

Le « Royal Opera House » de Mascate, entre tradition et technologie de pointe

L’opéra de Mascate est l’un des monuments les plus emblématiques d’Oman. Il fut construit en 2011 à la demande du Sultan Qabous bin Said. Grand amateur d’art et d’opéra, le sultan avait voulu créer un centre d’échanges culturels entre Oman et le reste du monde et une plateforme pour promouvoir les performances artistiques tant internationales que locales. Symbole de la « diplomatie culturelle » d’Oman depuis son inauguration, le « Royal Opera House » de Mascate est un chef-d’œuvre architectural. Il allie ingénieusement le style classique de l’opéra à la tradition architecturale omanaise et réussit à mélanger les influences islamiques au design contemporain et à la haute technicité nécessaire à ce genre d’édifice. Les promoteurs ont utilisé des matériaux d’origine locale comme la pierre calcaire et ils ont doté la façade de l’édifice d’un délicat travail de maçonnerie mettant ainsi en valeur tout le savoir-faire des artisans omanais. En utilisant, à l’intérieur comme à l’extérieur du bâtiment, des détails de l’architecture locale et en la fusionnant avec des éléments contemporains, les architectes ont réussi à créer un édifice omanais typique doté d’une élégance intemporelle. L’intérieur du bâtiment, à la fois raffiné et authentique, est entièrement décoré de marbre, de bois finement sculpté, de tapisseries luxueuses, de lustres en cristal et de délicates arabesques. Quant à l’auditorium, il a une capacité d’environ 1100 places. Il est équipé d’une technologie de pointe en matière de son et d’éclairage. La scène amovible est entièrement conçue pour offrir aux artistes et aux spectateurs une bonne qualité sonore et une vue dégagée, quel que soit l’emplacement de ces derniers dans la salle. Cette technologie de pointe et cette grande polyvalence dans la configuration rendent techniquement possible la tenue à l’Opéra Royal de Mascate de tous genres d’évènements artistiques. Elles le placent parmi les espaces d’art les plus hi-tech et les plus raffinés au monde. Depuis son inauguration, l’Opéra Royal de Mascate a accueilli des spectacles et des musiques du monde entier. Les plus grands musiciens de flamenco ou de jazz tels qu’Igor Butman et Randy Brecker s’y sont produits ainsi que les plus grands orchestres symphoniques, tels que l’Orchestre Philharmonique de Vienne ou l’Orchestre Symphonique de Londres, ou encore l’Orchestre National de Russie. Les meilleurs solistes ont également foulé la scène de l’Opéra de Mascate, comme Andrea Bocelli, Renée Flemming ou encore Placido Domingo pour ne citer que ceux-là. Les plus célèbres troupes de ballet dont le Bolchoï et l’American Ballet Theatre sont également passées par le « Royal Opera House » de Mascate. En plus des opéras et des concerts, divers évènements culturels, des pièces de théatre du monde entier ainsi que des ballets et des spectacles traditionnels omanais y sont programmés chaque année. Les musiques de la région ne sont pas en reste. Des artistes arabes connus se sont produits à Mascate dont Majida el Roumi. Cette diversification dans la programmation a fait de ce centre un lieu privilégié et incontournable pour les évènements artistiques de qualité. En plus du grand éclectisme dans le choix des programmes, l’opéra de Mascate n’oublie pas pour autant sa mission éducative et propose des ateliers et des programmes éducatifs aux artistes en herbe ainsi que des facilités d’accès aux étudiants afin de booster le développement culturel à Oman. Des années après son édification, l’Opéra de Mascate a donc parfaitement réussi sa mission première, voulue par le Sultan Qaboos, et qui était de promouvoir les artistes locaux et internationaux, de sensibiliser sa population à la musique classique et de promouvoir les échanges culturels entre les artistes du monde entier.

La visite papale et la tentation israélienne : entre symbolique et réalpolitik

La visite du pape Léon XIV au Liban n’a pas été une simple halte religieuse ou pastorale, mais un moment politique par excellence dans l’une des phases les plus sensibles qu’ait connues la région. Une visite porteuse de messages à l’intérieur libanais autant qu’à l’extérieur, en particulier à Israël, et aux puissances internationales qui tiennent les fils du jeu régional. Pourtant, une question a largement résonné après le départ du pape: cette visite met-elle fin à l’idée d’une attaque israélienne contre le Liban ? La réponse n’est pas simple. Entre l’immense valeur symbolique de la visite et les calculs stratégiques froids du front sud, une vérité s’impose : la visite a offert au Liban une respiration politique et psychologique temporaire, mais elle n’a pas annulé la logique de guerre. Cependant, conjuguée au regain d’activité diplomatique française et à la visite du président libanais en Oman, elle a contribué à créer un nouveau filet de dissuasion politique et diplomatique, susceptible de ralentir une décision de guerre — et peut-être d’en redessiner les conditions. La visite du pape: une force symbolique… dont les limites sont claires La venue du pape dans un pays ravagé par les crises envoie un message limpide : le monde n’a pas totalement abandonné le Liban, et la préservation de sa diversité et de son rôle demeure une priorité internationale. Le pape a encouragé les Libanais à la réconciliation, au recours à l’État, et au rejet de la violence. Mais l’importance de la visite ne réside pas seulement dans son discours: elle s’inscrit dans le moment le plus délicat depuis la fin de la guerre de 2006. Israël observe de telles séquences avec un œil stratégique. La présence du chef de l’Église catholique à Beyrouth a relevé le coût d’une attaque de grande ampleur durant cette période. Il aurait été difficile pour Israël de lancer une guerre alors que le Liban accueillait une figure religieuse mondiale de ce rang, sous les yeux d’une planète qui regardait, commentait, réagissait. Cela signifie que la visite a réussi — ne fût-ce que provisoirement — à créer une forme de protection médiatique et morale. Mais cette visite modifie-t-elle le rapport de force? Bien sûr que non. Israël ne décide pas d’entrer en guerre pour des raisons d’«état d’âme» ou de symbolique, mais sur la base de calculs militaires et politiques. L’effet de la visite est donc limité dans le temps et dans le registre symbolique ; il n’est pas suffisant pour dissuader une guerre si la direction israélienne décidait ultérieurement de la mener. Le rôle français: entre médiation et pression diplomatique Si la visite papale s’adresse aux émotions et à la conscience internationale, le rôle de la France s’adresse directement au cœur du jeu politique. Historiquement et concrètement, la France demeure l’acteur européen le plus engagé dans le dossier libanais. Au cours des dernières semaines, Paris a travaillé sur deux axes parallèles : Une désescalade de terrain, par des canaux directs et indirects avec Israël. La relance du dossier des frontières et d’une mise en œuvre renouvelée de la résolution 1701. Il n’est un secret pour personne que la direction française tente depuis des mois d’empêcher le sud de glisser vers une guerre totale. Paris joue depuis longtemps le rôle du médiateur, rappelant à Washington qu’une guerre au Liban n’aiderait pas à instaurer la stabilité régionale recherchée par l’administration américaine. Pour autant, les limites françaises sont claires : • La France ne dispose d’aucun moyen coercitif sur Israël. • Son influence repose avant tout sur la conviction, non sur la contrainte. • Son alignement total sur les États-Unis n’est jamais garanti. Malgré cela, la pression française, surtout dans le contexte d’une diplomatie en mouvement accéléré, entre directement dans les calculs de Tel-Aviv et devient un facteur de retenue. Israël sait que la France peut mobiliser l’Europe, politiquement comme médiatiquement, contre toute invasion d’envergure — ce qui n’est pas un détail dans la bataille de la légitimité internationale. La visite du président libanais à Oman: une plateforme régionale de désescalade À un moment où les terrains régionaux débordent de tensions, la visite du président de la République à Oman apparaît comme un investissement habile dans le rôle discret, mais influent de Mascate. Le sultanat n’est pas un pays de fracas, mais un pays d’impact silencieux, entretenant des relations équilibrées avec tous les acteurs: • Téhéran • Les capitales du Golfe • Les puissances occidentales • Et même des canaux sensibles avec certains acteurs internationaux Cela signifie que la visite n’était pas protocolaire, mais destinée à bâtir un réseau de garanties régionales et à ouvrir des pistes de médiation susceptibles de refroidir le front sud. Mascate excelle dans un rôle qu’aucun autre acteur ne peut véritablement jouer: la communication discrète entre adversaires majeurs, sans publicité. Et ce rôle peut constituer l’un des piliers non déclarés de la prévention d’une escalade militaire. Le triangle Pape – France – Oman : qu’est-ce qui change? En rassemblant ces trois axes, on observe ceci: La visite papale a offert au Liban une protection symbolique et morale, et l’a replacé sous les projecteurs internationaux. Le rôle français pousse vers une solution politique et cherche à empêcher la guerre par une pression diplomatique continue. Le déplacement du président en Oman pourrait ouvrir la voie à une négociation indirecte entre acteurs régionaux et internationaux autour du dossier du Liban-Sud. Mais tout cela suffit-il à empêcher la guerre ? La vérité, c’est que la guerre ne se prévient que lorsqu’elle devient plus coûteuse que profitable pour Israël. La visite papale, l’action française et le rôle omanais augmentent ce coût, mais ne suppriment pas l’option de guerre si Tel-Aviv estime disposer d’une opportunité stratégique unique. Nous nous trouvons donc devant un gel temporaire de la logique offensive, et non son abolition: un équilibre fragile entre un effort international de désescalade et une décision israélienne encore suspendue entre escalade et calculs internes. Au final, la visite du pape n’a pas mis fin à l’idée de guerre, mais elle a rendu la guerre plus difficile. La diplomatie française a créé un filet de dissuasion politique. Et la visite du président à Oman a accompli ce que la diplomatie silencieuse réussit souvent: ouvrir des portes qui ne s’ouvrent jamais en plein jour. Israël continuera d’observer. Le Liban continuera d’attendre. Mais la réalité est que la pression internationale sur Tel-Aviv est aujourd’hui la plus forte depuis des années. Et cela n’offre certes aucune garantie… mais constitue, au moins, une chance.

De la nécessité d’une loi globale contre la violence faite aux femmes

Si l’État libanais pêche par la faiblesse de ses institutions, il en est de même pour sa politique sociale qui se heurte aux résistances communautaires et autres failles juridiques. Les femmes continuent d’être exposées à de multiples abus et violences, faute d’une volonté politique d’engager une réforme législative radicale pour éliminer la discrimination dont elles font l’objet. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : jusqu’en novembre 2025, 89 % des signalements reçus sur la ligne d’assistance réservée à la violence domestique (1745) sont effectués par des femmes. Dans 57,5% des cas, l’agresseur est le mari. En 2024, au moins 17 femmes ont été tuées. Dans 60% des cas, le meurtrier était leur mari. Face à cette situation alarmante, l’ONG Kafa, qui lutte depuis sa création en 2005 contre la violence basée sur le genre et l’exploitation, plaide pour l’adoption d’une loi globale, « outil indispensable », selon elle, pour prévenir et combattre ce phénomène. Elle a, à cet effet, lancé le 25 novembre dernier, « Ayb » (littéralement « honte »), à l’occasion du début de la campagne internationale « Seize jours d’activisme contre la violence basée sur le genre à l’égard des femmes et des filles », qui se poursuit jusqu’au 10 décembre, date de la Journée internationale des droits de l’homme. « L’adoption d’une loi globale est d’autant plus importante que l’État libanais n’a toujours pas reconnu officiellement la violence faite aux femmes, explique Leila Awada, avocate et cofondatrice de Kafa. Nous avons eu l’expérience avec la loi sur la violence domestique. Huit ans durant, nous avons appelé à l’adoption d’un texte pour protéger la femme, mais le Parlement a fini par voter une loi qui a englobé tous les membres de la famille. Il en est de même pour la loi contre le harcèlement sexuel, qui ne prévoit aucun mécanisme pour protéger les femmes, alors qu’elles en sont les principales victimes. » Une loi arabe exemplaire Kafa a entamé dès 2017 le travail sur un texte de loi censée prévenir et lutter contre la violence faite aux femmes. À l’époque, des appels sont lancés pour élaborer une loi arabe exemplaire en la matière. Présenté en 2024 au Parlement par certains des députés dits du changement, le document s’inspire largement de la Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique, plus connue sous le nom de Convention d’Istanbul. Conclue et signée le 11 mai 2011 en Turquie, elle est entrée en vigueur le 1er août 2014. À ce jour, elle porte la signature de 43 États membres du Conseil de l’Europe et de l’Union européenne, la Turquie s’en étant retirée en 2021, suivie en 2025 par la Lettonie. Elle est ratifiée par 37 États, ainsi que l’UE. Contraignante pour les États-parties, elle reste ouverte aux pays qui ne sont pas membres du Conseil de l’Europe. Quatre axes Le texte présenté par Kafa repose sur quatre axes : la prévention, la protection, les sanctions et la réparation. Dans le cadre de la prévention, les autorités et ministères concernés devraient, à titre d’exemple, inclure dans les matériels pédagogiques des chapitres consacrés à l’égalité entre les genres, lutter contre le décrochage scolaire, surtout des filles, former des enquêteurs qualifiés pour traiter les plaintes et les dossiers de violence domestique, développer des programmes pour autonomiser la femme sur les plans social et économique et amender les lois discriminatoires envers la femme. Au niveau de la protection, un soutien psychologique, médical et social devrait être apporté aux victimes de la violence domestique. L’État devrait également être en mesure d’offrir des consultations juridiques gratuites, aider les femmes à trouver du travail et leur assurer un abri. Le document prévoit par ailleurs des programmes thérapeutiques pour les auteurs de violence. En matière de poursuites, le document présenté par Kafa préconise plusieurs mesures allant des définitions claires des différentes formes de violence – telles que le viol ou la violence économique – au durcissement des sanctions pour les crimes commis contre les femmes. Il prévoit également le devoir de signalement, la facilitation du dépôt de plainte selon le lieu de résidence de la victime, la suspension des dispositions accordant des circonstances atténuantes, la criminalisation de toutes les formes de violence à l’égard des femmes, la mise en place d’une juridiction spécialisée à toutes les étapes de l’enquête et du procès, ainsi que la possibilité pour la victime d’obtenir une ordonnance de protection. Pour ce qui est de la réparation, Kafa propose la mise en place d’un fonds pour soutenir les femmes victimes de violence en assurant le versement de l’avance prévue pour la victime dans les décisions judiciaires, le versement partiel ou total de l’indemnisation à la victime, ainsi que les frais nécessaires pour la réhabilitation des auteurs de violence. Une stratégie nationale « Le document préparé par Kafa fait office d’une stratégie nationale sur la manière dont l’État doit agir pour protéger les femmes et prévenir la violence, précise Leila Awada. La prévention passe notamment par l’élimination des causes structurelles de cette violence, au nombre desquelles figurent notamment les lois communautaires sur le statut personnel. D’où l’importance d’un code unifié, d’autant que les quinze lois en vigueur instaurent une injustice non seulement entre hommes et femmes, mais aussi entre les femmes elles-mêmes, dont les droits et devoirs restent régis par la loi de la communauté à laquelle elles appartiennent. »

La Syrie, entre défis et opportunités : promesses d’investissements massifs (3/4)

Depuis la chute du régime de Bachar al-Assad, la Syrie est entrée dans une nouvelle ère, porteuse de nombreuses opportunités. La formation d’un gouvernement, la présence d’Ahmad el-Chareh à la tête de l’État et, surtout, l’annonce par Donald Trump de la levée des sanctions américaines contre le pays ont donné le coup d’envoi à la reconstruction. Depuis, dons, investissements et capitaux affluent en Syrie. Bénéficiant à plusieurs secteurs, ces fonds sont susceptibles de contribuer au développement économique du pays. Le secteur énergétique, priorité du gouvernement Avec une production d’électricité de seulement quelques heures par jour, il est impératif pour le nouveau gouvernement syrien de réhabiliter son réseau énergétique. La Syrie a signé à cet effet un accord avec UCC Holding, un consortium qatari spécialisé dans l’énergie. D’une valeur de 7 milliards de dollars, il vise à construire de nouvelles centrales électriques, fonctionnant notamment au gaz naturel et à l’énergie photovoltaïque. Ces nouvelles centrales devraient produire à elles seules près de 5.000 mégawatts, soit près de la moitié de la consommation d’électricité de la Syrie avant la guerre. De plus, lors du sommet syro-saoudien de juillet 2025, Riyad avait prévu d’allouer 150 millions de dollars aux projets énergétiques. Parallèlement, des entreprises américaines, telles que Baker Hughes, Hunt Energy et Argent LNG, prévoient de moderniser les infrastructures gazières et pétrolières syriennes afin d’améliorer l’extraction et le raffinage des hydrocarbures, renforçant ainsi l’indépendance énergétique du pays et pavant la voie à d’éventuelles exportations d’hydrocarbures. Les infrastructures, colonne vertébrale des flux commerciaux Grâce à sa position géographique, la Syrie est appelée à devenir un carrefour commercial majeur dans la région. La réhabilitation et la modernisation des infrastructures terrestres, maritimes et aériennes sont essentielles pour faciliter la circulation des individus et des marchandises. Le pays a signé à cet effet un accord de 800 millions de dollars avec DP World, poids lourd émirati de la gestion et la logistique portuaire, afin de développer le port de Tartous. Lattaquié n’est pas en reste, le gouvernement syrien ayant signé un accord de 262 millions de dollars avec CMA CGM pour en moderniser le port. En ce qui concerne l’aéroport de Damas, c’est le Qatar qui s’engage à le moderniser pour la coquette somme de 4 milliards de dollars. Toujours dans le domaine du transport, un accord de 2 milliards de dollars a été signé pour développer un métro reliant l’est à l’ouest de la capitale syrienne. L’immobilier où tout est à reconstruire Sur un tout autre plan, le forum syro-saoudien de juillet dernier a alloué près de 3 milliards de dollars aux secteurs de la construction et de l’immobilier. L’Arabie saoudite, en partenariat avec Khashoggi Holding et Radiant Structures, prévoit la construction d’une usine capable de produire plus de 6.000 tonnes de ciment par jour, soit l’équivalent de la quantité nécessaire pour édifier une tour résidentielle de 15 étages. Un partenariat a, d’autre part, été signé avec la société italienne Ubako pour un montant de 2 milliards de dollars, pour la construction d’un complexe de plusieurs dizaines de tours résidentielles. Baptisé les Damascus Towers, celui-ci devrait rivaliser avec les gratte-ciels de New York et de Dubaï. Dans un pays ravagé par des années de guerre, la Syrie fait face à une réelle pénurie de logements, d’autant plus que le retour des réfugiés entraînera une augmentation de la demande. Ce qui pose un réel défi d’aménagement des espaces. Le gouvernement devra donc suivre un plan rigoureux d’urbanisme tenant compte non seulement de la construction de logements, mais aussi du développement d’infrastructures et de services publics, ainsi que de la création d’espaces où il sera agréable de vivre. Prochain article : Modernisation numérique et bancaire (4/4)