
J’appartiens à cette génération qui a grandi avec la guerre, qui craint de mourir avec elle et qui, entre-temps, aura perdu le plus clair de sa vie à attendre ou espérer que cela aille mieux. J’appartiens à cette génération de l’entre-deux qui a connu l’avant 1975 sans pouvoir en extraire des souvenirs de jeunesse. Celle qui peut regretter sans jamais tourner la page. Celle qui pensait que, comme elle, les jeunes d’aujourd’hui, peu importe le camp auquel ils appartiennent, auraient jeté un regard en arrière et auraient préféré vivre que mourir en soi-disant martyrs. Je reste, comme tant d’autres, ahurie de voir que mon pays a pu de nouveau être entraîné dans une guerre absurde au lieu de signer un traité de paix. Celui-là même qui a permis à tous les autres Arabes d’avancer à pas de géant, alors que nous pensions détenir le graal de la région. Et nous voilà recalés au dernier rang, forcés de constater que notre géographie comme notre démographie en seront à jamais remodelées.





