Rarement dans l’histoire de l’humanité, l’assaut progressiste fut aussi prépondérant qu’aujourd’hui. Durant les pires heures du marxisme, les goulags et le terrorisme intellectuel se limitaient à certains pays ou à certains empires sans pouvoir soumettre le reste de l’Occident. L’empire soviétique n’a pu interdire la foi chrétienne, la liberté de pensée et l’héritage culturel que sur les territoires qu’il contrôlait directement ou par des vassaux interposés. Aujourd’hui, le délire progressiste embrase les âmes dans ce que Leo Strauss définirait comme un nihilisme dévastateur. C’est une pléthore de pseudo-intellectuels qui cherchent à déconstruire l’humain par une savante remise en question de toutes les valeurs qui le distinguent. Il s’agit de transformer la personne humaine en un individu démuni de tout ce qui le compose socialement et culturellement. Cet homme nouveau, dépouillé de ses repères, est placé seul face à la loi, elle-même dépourvue de tout sens de discernement. Le lexique progressiste L’identité est diabolisée, l’héritage est uniformisé, l’histoire est livrée à l’historicisme fossoyeur, et la vérité est relativisée. L’incertitude généralisée mène ainsi inexorablement au nihilisme. Le mode d’emploi de cet intellectualisme de gauche consiste en une intimidation systématique destinée à anticiper et à empêcher d’emblée les discours non conformes à l’idéologie mondialiste. Son arme consiste en un lexique spécialement affûté pour avorter toute tentative de débat sur les sujets érigés en dogme du globalisme. L’identitaire est alors assimilé au fasciste refusant l’altérité et dépourvu d’humanité. Il est affublé d’attributs répétés inlassablement et revenant mécaniquement en boucle. Il est nécessaire de dénoncer ce lexique pernicieux afin de le démasquer. Les expressions qui reviennent le plus souvent sont celles de renfermement identitaire, comportement tribal, fétichisme racial, identitarisme religieux et identitarisme ethnique. Les termes confession, clan, tribu et même nation sont employés dans un sens toujours péjoratif et humiliant. On leur oppose des notions séduisantes, mais vidées de leur sens, puisque détachées de la réalité. Celles-ci reviennent également en boucle : le vivre-ensemble, la coexistence, l’inclusivité et l’altérité. La nation, assimilée au mal, est à dissoudre, avec ses notions de frontières, d’histoire et d’identité. La religion chrétienne, qui a fondé l’altérité par excellence, est perçue comme une ennemie et un obstacle à cette altérité. L’homme est désacralisé et la vie quotidienne est déspiritualisée. La personne sacrée est remplacée par l’individu consommateur et contribuable. L’homme nouveau, l’idéal du progressisme woke et libéral, n’a plus de dimension transcendantale ; il n’est évalué que par rapport à son rendement et à ses besoins matériels et calorifiques. L’eugénisme Le wokisme n’est que la manifestation extrême de cette idéologie. Après avoir renié la famille, la commune, le pays, la foi, la tradition et l’héritage, il pousse jusqu’à la négation de l’évidence sexuelle. C’est le rejet de la création divine et même de la nature comme manifestation du divin. Il s’agit de la contestation de la création, selon Fiodor Dostoïevski. C’est ainsi qu’après avoir tué Dieu, nous dit Martin Heidegger, le nihiliste cherche la « mort de l’homme ». Le lexique de la bien-pensance progressiste continue de s’enrichir. Récemment, sur les réseaux sociaux d’un pseudo-historien, les conservateurs, identitaires et fédéralistes ont été accusés d’eugénisme. Là encore, le court-circuit intellectuel relève plus du discours idéologique que scientifique. Car l’eugénisme est avant tout le produit du progressisme. Il refuse la création avec ses défauts ; il veut la parfaire. L’homme nouveau doit être sélectionné jusque dans ses gènes. Rien n’est plus opposé à cette pratique que le conservatisme chrétien. Celui-ci protège la vie, proscrit l’avortement et la sélection artificielle. Le christianisme voit dans le malade, le visage-même du Christ et sa présence manifestée par l’absolue altérité. Les isolationnistes Il ne s’agit pas de la première fois que les progressistes projettent leurs vices sur les conservateurs. N’avaient-ils pas, depuis 1975, taxé les conservateurs chrétiens d’isolationnistes ? Ils les ont combattus militairement et idéologiquement. Et pourtant, le Liban desdits isolationnistes était ouvert sur le monde entier et sur toutes les cultures ; celui des progressistes fut mis au ban de la communauté internationale, et isolé autant de l’Occident que des pays arabes du Golfe. Enfin, les progressistes se veulent enracinés dans ce qu’ils appellent l’Orient arabe. Ils se veulent arabistes et ouverts sur leur environnement naturel. Ils taxent les conservateurs d’utopistes tournés artificiellement vers l’Occident. Là encore, il conviendrait de faire appel au discernement. Car dans les faits, les conservateurs sont attachés à leur terre libanaise, à leur appartenance levantine et à leur héritage chrétien oriental, antiochien et syriaque. Ce sont, en revanche, les progressistes qui sont les plus profondément occidentalisés, comme le dévoile leur adoption intégrale de l’idéologie occidentale par excellence, qu’est le wokisme ou le libéralisme radical. Ce rejet de l’héritage, ainsi que la haine de soi, sont des caractéristiques introuvables ailleurs que dans la civilisation occidentale actuelle. Ni le monde musulman, ni l’Extrême-Orient n’expérimentent une telle forme de suicide civilisationnel. Cette idéologie constitue donc la preuve empirique de l’appartenance de la gauche libanaise (qui se prétend arabe) à l’Occident avec ses qualités et ses vices. Il règne ici, en Occident, nous dit Benoît XVI, une forme d'auto-détestation... Et on ne peut que la qualifier de pathologique… Et cette pathologie sévit sur tout l’Occident en y emportant le littoral levantin. Devant cet affligeant manque de discernement, Sa Sainteté nous rappelle que l’unification de l’humanité n’est pas une tâche politique mais un espoir eschatologique, et qu’ignorer l’identité des peuples pour les fusionner en un mélange global est un péché d’orgueil, semblable au péché biblique de la tour de Babel.








