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Analyse

Sommes-nous devenus plus stupides?

Ou vivons-nous une transformation de la structure du savoir?
Portrait de l'auteur
Par Mona Fayad
Publié sept. 5, 2026 - 20:01
La question «Le monde est-il devenu plus stupide?» revient régulièrement dans les débats contemporains sur les médias numériques, les moteurs de recherche et les réseaux sociaux. Elle paraît simple en apparence, mais dissimule une problématique plus profonde, liée à la nature même du savoir: comment est-il produit, comment est-il transmis et comment est-il consommé? Peut-être que la question «Sommes-nous devenus plus stupides?» n’est pas la plus juste. Il faudrait plutôt demander: le savoir se transmet-il encore d’une manière qui permette de le comprendre et de le rendre productif? La majorité de ceux qui lisent reviennent-ils encore aux textes originaux? Ou se tournent-ils vers leurs résumés et vers ce qui en est rapporté à travers ce qui circule entre les lecteurs? L’une des clés permettant de comprendre ce phénomène se trouve dans les travaux du psychologue britannique Frederic Bartlett, qui mena dans les années 1930 une série d’expériences sur ce qu’il appelait la «reproduction sérielle». Dans ces expériences, on demandait à une personne d’écouter une histoire puis de la raconter à une autre, qui la racontait à son tour à une troisième, et ainsi de suite. Les résultats furent frappants: à chaque nouvelle transmission, l’histoire n’était pas reproduite telle quelle, mais reformulée. Certains détails disparaissaient, d’autres étaient amplifiés, d’autres encore remplacés par des éléments correspondant au contexte, à l’expérience et à la culture du destinataire. Lorsque la chaîne atteignait un nombre suffisant de relais, l’histoire originale était devenue quelque chose de tout à fait différent. Ce modèle simple met au jour une vérité fondamentale: la mémoire n’est pas un réceptacle neutre, mais un mécanisme de reconstruction. Et lorsque le savoir passe par de multiples intermédiaires, il n’est pas «conservé», mais «reproduit». C’est ici que commencent à apparaître les ressemblances avec notre monde contemporain, ainsi que la crainte de devenir plus stupides. À l’ère des médias numériques, le savoir ne se transmet plus par l’écoute orale, mais à travers des chaînes de médiation: un article est résumé, puis cité, puis republié sous la forme d’un bref post, avant d’être encore réduit à une phrase ou à un titre. Dans ce contexte, on peut reprendre une image métaphorique apparue dans un texte de presse: celle d’une bibliothèque dont les livres seraient remplacés par des résumés, puis par des résumés de résumés, jusqu’à ce que le lecteur se retrouve face à des couches successives de réduction, dans ce que l’on pourrait appeler la «chaîne du raton laveur», qui ne lit pas l’original mais fouille dans ses restes. Il faut préciser ici que le choix du «raton laveur» n’est pas fortuit. Cette métaphore condense symboliquement une situation cognitive qui tend à s’enraciner. Cet animal, qui vit à la périphérie des villes et fouille dans les poubelles, ne produit pas sa nourriture: il se nourrit des restes de ce que les autres produisent. Malgré son intelligence pratique et son aptitude à démonter, saisir et récupérer les choses, il ne comprend pas véritablement ce qu’il a entre les mains, mais les traite comme des matériaux destinés à un usage immédiat. Ainsi se présente le savoir à l’époque de la réduction en série: des textes sont abrégés, puis abrégés de nouveau, jusqu’à ce qu’il n’en subsiste que des miettes de sens, réorganisées et remises en circulation sans véritable lien avec leur source. À ce stade, nous ne nous sommes pas seulement éloignés de l’original: nous sommes entrés dans une nouvelle phase de production de l’information ou du savoir, où l’acteur cognitif n’est plus un lecteur ou un penseur, mais un ramasseur de fragments de sens qu’il redistribue sous des formes rapidement consommables. La «culture du raton laveur» ne désigne donc pas seulement la superficialité. Elle décrit avec précision la dégradation de la chaîne même du savoir, de la création au résumé, de la compréhension au traitement formel, des idées à ce qui n’est plus que leur trace pâlie. Mais ce phénomène ne peut être compris indépendamment de la structure technique qui le gouverne. C’est ici qu’intervient Marshall McLuhan, qui résumait sa pensée dans la célèbre formule: «Le médium est le message.» Le problème ne réside donc pas seulement dans le contenu, mais dans la forme à travers laquelle ce contenu est transmis. Les médias numériques contemporains ne se contentent pas de transporter l’information: ils la remodèlent selon une logique de vitesse, de condensation et de fragmentation. Le texte long devient impropre à la consommation, tandis que l’idée n’est admise qu’à condition d’être réduite à quelques lignes susceptibles d’être partagées. Cette transformation crée un paradoxe saisissant: nous vivons à une époque où l’accès au savoir n’est plus difficile, mais excessivement facile. Or cette facilité excessive fait apparaître ce que l’on pourrait appeler une «illusion cognitive»: il suffit de lire un court extrait ou un résumé rapide pour avoir le sentiment de posséder l’idée. Mais ce sentiment de maîtrise ne s’accompagne pas nécessairement d’une compréhension profonde ni de la capacité à reconstruire ou à critiquer le savoir. C’est ici qu’apparaissent ceux que l’on pourrait qualifier de «semi-instruits»: des individus qui possèdent les signes du savoir mais non sa structure, son vocabulaire mais non sa logique interne. Le problème se complique encore lorsqu’on l’examine sous l’angle de l’attention. Au lieu de demeurer dans un état de concentration prolongée, comme dans la lecture traditionnelle ou la réflexion soutenue, l’esprit vit désormais sous un bombardement informationnel continu: notifications, vidéos, titres et vagues successives de contenu. Cette situation ne produit pas seulement une dispersion de l’attention, mais la reconfigure selon une logique de saut permanent entre de brèves unités de sens, au lieu d’une construction progressive et cumulative de l’idée. Je me souviens ici d’une anecdote que nous nous racontions autrefois et qui circulait beaucoup au temps des manifestations populaires. Elle illustre bien le mécanisme de réduction et de transformation du contenu. Après l’occupation de la Palestine, de nombreuses manifestations populaires descendirent dans les rues en scandant: «À bas la déclaration Balfour!» La plaisanterie voulait qu’à la fin de la manifestation, le slogan soit devenu: «Qu’un type tombe d’en haut!», les deux formules ayant en arabe une proximité rythmique et sonore. Cette image permet peut-être de mieux saisir ce qui se passe dans le langage quotidien lorsque le savoir devient une série de messages courts répétés collectivement. La manifestation commence par une formule politique précise. Puis, sous l’effet de la répétition, de la fusion collective et du rythme sonore, elle se transforme progressivement en une autre formule, complètement différente. Celle-ci peut conserver le rythme et l’intensité affective de la première, mais elle en perd la signification et le sens originels. Ce qui subsiste n’est plus le sens, mais l’énergie émotionnelle de la formule. On retrouve ici, sous une autre forme, ce qu’avait observé Bartlett: ce qui importe n’est pas seulement ce qui a été dit, mais la manière dont cela a été répété et réinterprété dans un contexte social changeant. Si nous réunissons ces différents fils, nous pouvons dire que ce que nous vivons aujourd’hui relève moins d’un «effondrement de l’intelligence» que d’une transformation des conditions dans lesquelles elle se déploie. L’esprit humain n’a pas radicalement changé, mais l’environnement dans lequel il fonctionne, lui, s’est profondément transformé: nous sommes passés d’un environnement permettant l’accumulation lente à un environnement imposant une reproduction rapide et fragmentée du savoir. Ce changement crée une tension permanente entre deux formes de pensée: une pensée réflexive, qui a besoin de temps, et une pensée rapide, qui exige une réponse immédiate. À cette lumière, la question «Sommes-nous devenus plus stupides?» devient en partie trompeuse. Il serait sans doute plus juste de dire que nous sommes davantage exposés à des conditions qui rendent la pensée profonde moins stable, voire moins possible, et qui rendent le savoir plus vulnérable à la fragmentation et au recyclage. Quant à la stupidité, si le terme est permis, elle n’est peut-être pas une propriété de l’esprit, mais un effet secondaire et une caractéristique de la structure culturelle qui s’est mise en place. C’est une technique qui reconfigure notre rapport au monde. Ainsi, plutôt que d’y voir un déclin des capacités humaines, nous pouvons y voir une transformation de «l’environnement du savoir»: un environnement où il est devenu facile de savoir quelque chose, mais plus difficile de le comprendre véritablement, dans toute sa profondeur.
Opinion
Portrait de l'auteur
Par Youssef Mouawad - Publié sept. 5, 2026 - 13:25
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En 2010, Israël a intercepté avec violence le Mavi Marmara, un navire turc affrété par une ONG humanitaire pour venir en aide à la bande de Gaza, alors sous blocus israélien. Cet incident de trop fera éclater au grand jour l’animosité entre le gouvernement d’Erdogan et l’État hébreu. (AFP)
La guerre ne s’est pas encore interrompue dans notre sud qu’elle risque de se déclencher chez nos voisins. C’est dire que nous vivons en sursis et d’un conflit à l’autre. Et pour cause! Peu s’en fallut que le bombardement d’une base syrienne ne dégénérât en bataille rangée entre Ankara et Tel-Aviv. C’était le 18 août dernier et Benjamin Netanyahou n’y était pas allé de main morte: son pays n’allait pas tolérer un ancrage militaire turc susceptible de déborder vers le sud syrien. Le message était d’autant plus brutal que huit frappes avaient pris pour cible la base aérienne d’Abou al-Dhouhour, située à 70 kilomètres de la frontière turque. Rappelons, par ailleurs, que depuis la chute de Bachar el-Assad en décembre 2024, Erdogan est le principal mentor de la nouvelle Syrie, celle d’Ahmed al-Charaa, l’aidant à reconstruire ses forces armées et faisant d’elle un partenaire stratégique. Ce n’est plus la Syrie de Hafez el-Assad Est-ce ce regain de tension entre Ankara et Tel-Aviv qui a précipité une réunion entre le chef de la diplomatie syrienne, Assaad Chaïbani, et le chef du Mossad, Roman Gofman, le 23 août dernier en Jordanie? Or ce conciliabule n’a pas suscité une levée de boucliers dans le monde arabe comme l’avait fait la visite impromptue d’Anouar al-Sadate en Israël en 1977. Un tabou a été officiellement brisé et, de fait, qui aurait pu croire à la tenue d’une telle concertation sous le régime baasiste? L’État hébreu aurait dû s’en féliciter mais, contrairement à ce que l’on attendait, il n’a interrompu ni ses frappes aériennes ni ses incursions territoriales comme celles du 27 août à Quneitra. C’est que les choses ont changé. Sous Hafez el-Assad, la Syrie était une puissance régionale qui, sans être redoutable, était redoutée de ses voisins immédiats, pays arabes fussent-ils ou non. On évitait de lui chercher querelle et de ce fait elle mena, dans certaines limites, une politique étrangère agressive qui versait souvent dans la provocation. Et du coup, en vertu de l’autonomie de son action et des marges de manœuvre qu’elle s’octroyait, elle avait constitué, ne serait-ce que géographiquement, une zone tampon entre d’une part une Turquie «erdoganesque» affichant son islam décomplexé et d’autre part, un Israël, l’État consubstantiellement juif. Or voilà que, dans un pays éreinté par une gestion bassiste et saccagé par des années de guerre civile, la Turquie, s’étant mise à poser ses jalons, va indubitablement se retrouver nez à nez avec un Israël qui occupe une portion du territoire syrien. À quoi s’attendre ? Ayant pris en considération l’ego démesuré de Netanyahu comme celui d’Erdogan, et pour le cas où ces deux hommes d’État demeureraient à leurs postes respectifs, nous devons nous attendre à un duel épique sur le territoire syrien, libanais, jordanien, voire ailleurs. Ce combat sera fait de feintes, d’esquives, de coup fourrés mais également d’attaques frontales, de corps à corps et d’escalades de tension jusqu’au point de rupture. Et cela même si le rapport du Congressional Research Service de septembre 2025 estime que la confrontation directe entre la Turquie et Israël demeure peu probable, précisément parce que les deux États connaissent le coût d’une guerre, si celle-ci en venait à se déclarer. Toutefois, dans le domaine de la polémologie, les dirigeants et autres élites ne sont pas nécessairement des acteurs rationnels! D’autant plus, qu’aux yeux des observateurs israéliens, le slogan qui prévaut en Anatolie à savoir «Make Turkey great again» n’est pas de nature à rassurer l’État sioniste. Washington aura de plus en plus de mal à contenir ou à séparer les deux adversaires qui déjà se rangent en ordre de bataille. La Turquie, un nouvel Iran? Oui, c’est une hypothèse, mais uniquement dans un face à face avec Israël, la Syrie étant devenue du jour au lendemain une zone où «se chevauchent deux périmètres de sécurité», le Turc et l’Israélien, le musulman et le juif. Et il n’est pas à exclure que le militantisme chiite, ce mobilisateur de «proxies», n’en vienne à s’allier, ne serait-ce que momentanément, à une «version frériste» de l’islam politique prônée par Ankara! Nous aurions ainsi, et contre toute attente, un Hezbollah soutenu par son ennemi d’hier, Ahmed al-Charaa, un islamiste venu de Jabhat al-Nusra et Hayat Tahrir al-Cham! Contre l’adversaire commun, un renversement des alliances est toujours légitime et opportun. Mais ce ne serait là qu’une alliance tactique, dictée par les nécessités de l’heure et qui ne pourrait préjuger de l’avenir. Le nationalisme arabe ayant été évacué, la Turquie ne va pas se contenter de s’emparer économiquement du marché syrien fort de 25 millions de consommateurs: elle voudra exercer une influence politique à Damas et investir à cet effet son appareil militaire et sécuritaire. Le pouvoir bancal du président syrien, ne pouvant assurer certaines fonctions régaliennes ni encadrer les divers corps de l’État, fera nécessairement appel à l’expertise de son voisin du nord. Faut-il croire pour autant que ce dernier va être happé par la spirale de la «belligérance annoncée»? Tout s’y prête et l’on peut déjà percevoir les prémices d’un engrenage rappelant celui des États-Unis au Vietnam sous Lyndon Johnson. Car si l’État syrien compte se reconstituer, il aura en premier lieu besoin d’une armée en mesure de mater les tendances centrifuges des Alaouites, des Druzes et autres factions qui appellent au fractionnement du pays. Or c’est à Ankara d’y pourvoir et de renforcer l’autorité centrale sise à Damas. Mais Israël, qui a pris de mauvaises habitudes en Syrie et qui compte y conserver une liberté d’action aérienne, ne peut s’accommoder d’une armée structurée sur le modèle otanien et pouvant servir de proxy à une entreprise néo-ottomane. Et le Liban, de la primauté à la secondarité? Un nouveau décor est désormais planté pour un nouveau script qui définira de nouvelles règles du jeu ! Qu’adviendra-t-il du Hezbollah pris dans une souricière? Eh bien, il pourrait bénéficier, dans ce cas de figure, ne serait-ce qu’en partie, du soutien logistique de Damas, soutien qui lui a gravement manqué depuis la chute de Bachar el-Assad. Et peut-être que, par un déplacement des plaques tectoniques, le Liban passerait du statut de théâtre initial à celui de théâtre secondaire d’un conflit régional. Mais pour tout vous dire, ça nous fera une belle jambe!
L'Essentiel du jour
Portrait de l'auteur
Par LevantTime . - Publié sept. 5, 2026 - 00:55
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Le convoi du CICR transportant les civils libérés, parti de la zone occupée par Israël dans le sud du Liban, s'est rendu au point qui marque le début de la zone tenue par les autorités libanaises. (AFP)
Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a annoncé vendredi avoir transféré au Liban quatre nouvelles personnes relâchées par Israël, au lendemain de la libération d’un premier civil. Il s’agit de trois Libanais et de deux Syriens, selon le CICR. C’est la première fois qu’une telle opération a lieu depuis le début, en avril, des négociations entre le Liban et Israël, sous l’égide des États-Unis. Beyrouth avait demandé, lors de la dernière session de pourparlers en août, la libération d’un premier groupe de ses ressortissants capturés par Israël dans le sud du Liban, où celui-ci est en guerre avec le Hezbollah pro-iranien. Leur nombre est estimé par leurs proches à une trentaine, parmi lesquels figurent des combattants du mouvement islamiste. Le président libanais Joseph Aoun a remercié, dans un communiqué, les États-Unis et le CICR, et affirmé que cette libération «confirmait la pertinence de la position» du Liban, engagé avec Israël dans des négociations rejetées par le Hezbollah. Les États-Unis ont salué jeudi «le gouvernement d’Israël et le gouvernement du Liban pour avoir fait preuve de bonne foi à travers ces premières étapes», exprimant l’espoir que cela serve «de base à des discussions élargies sur d’autres questions civiles». Les deux pays doivent tenir une nouvelle session de négociations en septembre, à une date encore inconnue. Selon le bureau du Premier ministre israélien, l’annonce de jeudi «fait suite aux efforts déployés par Israël et le Liban pour localiser et rapatrier les dépouilles des dirigeants de la communauté juive qui avaient été enlevés et tués au Liban» entre 1984 et 1986. Intensification des frappes israéliennes Sur le terrain, des frappes israéliennes ont fait vendredi trois morts et 23 blessés dans le sud et l’est du Liban. Israël a intensifié vendredi ses frappes dans la région, après avoir annoncé jeudi soir avoir pris le contrôle de la crête montagneuse d’Ali Taher, qui servait de position stratégique au Hezbollah pro-iranien et qui surplombe notamment Nabatiyé. L’armée va désormais y renforcer ses positions afin d’«empêcher l’ennemi de reprendre position dans la zone», a déclaré le ministre israélien de la Défense, Israël Katz. Une frappe a également visé la région de Tyr, notamment le village de Rmadiyé, selon l’ANI. Pour Trump, la guerre en Iran, c’est de la «gnognotte» Concernant la guerre en Iran, le président américain Donald Trump a cherché vendredi à en minimiser l’impact pour les États-Unis, à l’approche des élections législatives cruciales de mi-mandat. «Beaucoup de gens n’appellent pas ça une guerre. Je dis que c’est un conflit militaire, parce que c’est de la gnognotte (en anglais ‘small potatoes’) pour nous. Ce n’est pas un gros truc. On a fait le Venezuela et on a fait ça», a-t-il répondu aux journalistes dans le Bureau ovale, interrogé à propos de son vice-président JD Vance, qui avait déclaré la veille ne pas vouloir qualifier le conflit de guerre. Alors que la flambée des prix du carburant liée à la guerre menace de coûter aux républicains de Donald Trump leur majorité au Congrès lors des élections de mi-mandat en novembre, son administration s’efforce de minimiser l’ampleur du conflit. Selon le président, les États-Unis mènent des «frappes ponctuelles», assurant «ne pas être actuellement en train de se battre». Il a également affirmé que les États-Unis contrôlaient le détroit d’Ormuz et avaient décimé les forces armées iraniennes. «Ce que nous avons accompli est remarquable. Nous avons pris le contrôle du Venezuela et nous avons, pour l’essentiel, pris le contrôle de l’Iran», a-t-il déclaré.
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Par
Amine Jules Iskandar
Publié

Rarement dans l’histoire de l’humanité, l’assaut progressiste fut aussi prépondérant qu’aujourd’hui. Durant les pires heures du marxisme, les goulags et le terrorisme intellectuel se limitaient à certains pays ou à certains empires sans pouvoir soumettre le reste de l’Occident. L’empire soviétique n’a pu interdire la foi chrétienne, la liberté de pensée et l’héritage culturel que sur les territoires qu’il contrôlait directement ou par des vassaux interposés. Aujourd’hui, le délire progressiste embrase les âmes dans ce que Leo Strauss définirait comme un nihilisme dévastateur. C’est une pléthore de pseudo-intellectuels qui cherchent à déconstruire l’humain par une savante remise en question de toutes les valeurs qui le distinguent. Il s’agit de transformer la personne humaine en un individu démuni de tout ce qui le compose socialement et culturellement. Cet homme nouveau, dépouillé de ses repères, est placé seul face à la loi, elle-même dépourvue de tout sens de discernement. Le lexique progressiste L’identité est diabolisée, l’héritage est uniformisé, l’histoire est livrée à l’historicisme fossoyeur, et la vérité est relativisée. L’incertitude généralisée mène ainsi inexorablement au nihilisme. Le mode d’emploi de cet intellectualisme de gauche consiste en une intimidation systématique destinée à anticiper et à empêcher d’emblée les discours non conformes à l’idéologie mondialiste. Son arme consiste en un lexique spécialement affûté pour avorter toute tentative de débat sur les sujets érigés en dogme du globalisme. L’identitaire est alors assimilé au fasciste refusant l’altérité et dépourvu d’humanité. Il est affublé d’attributs répétés inlassablement et revenant mécaniquement en boucle. Il est nécessaire de dénoncer ce lexique pernicieux afin de le démasquer. Les expressions qui reviennent le plus souvent sont celles de renfermement identitaire, comportement tribal, fétichisme racial, identitarisme religieux et identitarisme ethnique. Les termes confession, clan, tribu et même nation sont employés dans un sens toujours péjoratif et humiliant. On leur oppose des notions séduisantes, mais vidées de leur sens, puisque détachées de la réalité. Celles-ci reviennent également en boucle : le vivre-ensemble, la coexistence, l’inclusivité et l’altérité. La nation, assimilée au mal, est à dissoudre, avec ses notions de frontières, d’histoire et d’identité. La religion chrétienne, qui a fondé l’altérité par excellence, est perçue comme une ennemie et un obstacle à cette altérité. L’homme est désacralisé et la vie quotidienne est déspiritualisée. La personne sacrée est remplacée par l’individu consommateur et contribuable. L’homme nouveau, l’idéal du progressisme woke et libéral, n’a plus de dimension transcendantale ; il n’est évalué que par rapport à son rendement et à ses besoins matériels et calorifiques. L’eugénisme Le wokisme n’est que la manifestation extrême de cette idéologie. Après avoir renié la famille, la commune, le pays, la foi, la tradition et l’héritage, il pousse jusqu’à la négation de l’évidence sexuelle. C’est le rejet de la création divine et même de la nature comme manifestation du divin. Il s’agit de la contestation de la création, selon Fiodor Dostoïevski. C’est ainsi qu’après avoir tué Dieu, nous dit Martin Heidegger, le nihiliste cherche la « mort de l’homme ». Le lexique de la bien-pensance progressiste continue de s’enrichir. Récemment, sur les réseaux sociaux d’un pseudo-historien, les conservateurs, identitaires et fédéralistes ont été accusés d’eugénisme. Là encore, le court-circuit intellectuel relève plus du discours idéologique que scientifique. Car l’eugénisme est avant tout le produit du progressisme. Il refuse la création avec ses défauts ; il veut la parfaire. L’homme nouveau doit être sélectionné jusque dans ses gènes. Rien n’est plus opposé à cette pratique que le conservatisme chrétien. Celui-ci protège la vie, proscrit l’avortement et la sélection artificielle. Le christianisme voit dans le malade, le visage-même du Christ et sa présence manifestée par l’absolue altérité. Les isolationnistes Il ne s’agit pas de la première fois que les progressistes projettent leurs vices sur les conservateurs. N’avaient-ils pas, depuis 1975, taxé les conservateurs chrétiens d’isolationnistes ? Ils les ont combattus militairement et idéologiquement. Et pourtant, le Liban desdits isolationnistes était ouvert sur le monde entier et sur toutes les cultures ; celui des progressistes fut mis au ban de la communauté internationale, et isolé autant de l’Occident que des pays arabes du Golfe. Enfin, les progressistes se veulent enracinés dans ce qu’ils appellent l’Orient arabe. Ils se veulent arabistes et ouverts sur leur environnement naturel. Ils taxent les conservateurs d’utopistes tournés artificiellement vers l’Occident. Là encore, il conviendrait de faire appel au discernement. Car dans les faits, les conservateurs sont attachés à leur terre libanaise, à leur appartenance levantine et à leur héritage chrétien oriental, antiochien et syriaque. Ce sont, en revanche, les progressistes qui sont les plus profondément occidentalisés, comme le dévoile leur adoption intégrale de l’idéologie occidentale par excellence, qu’est le wokisme ou le libéralisme radical. Ce rejet de l’héritage, ainsi que la haine de soi, sont des caractéristiques introuvables ailleurs que dans la civilisation occidentale actuelle. Ni le monde musulman, ni l’Extrême-Orient n’expérimentent une telle forme de suicide civilisationnel. Cette idéologie constitue donc la preuve empirique de l’appartenance de la gauche libanaise (qui se prétend arabe) à l’Occident avec ses qualités et ses vices. Il règne ici, en Occident, nous dit Benoît XVI, une forme d'auto-détestation... Et on ne peut que la qualifier de pathologique… Et cette pathologie sévit sur tout l’Occident en y emportant le littoral levantin. Devant cet affligeant manque de discernement, Sa Sainteté nous rappelle que l’unification de l’humanité n’est pas une tâche politique mais un espoir eschatologique, et qu’ignorer l’identité des peuples pour les fusionner en un mélange global est un péché d’orgueil, semblable au péché biblique de la tour de Babel.

Trump et le Liban: une opportunité à ne pas rater

Le Liban se trouve aujourd’hui à un tournant historique décisif. Il dispose d’une occasion rare et précieuse de se débarrasser, une fois pour toutes, de son ennemi le plus dangereux, le Hezbollah, organisation paramilitaire soutenue par l’Iran, qui domine la scène politique intérieure du pays depuis plus de quarante ans. Sous le faux prétexte de protéger la sécurité du Liban et de le défendre contre Israël, le Hezbollah n’a en réalité engendré que chaos, destructions, effondrement économique et misère. Son bilan est sans appel : une incompétence et une impuissance totales. Il n’a été capable ni de défendre un seul pouce du territoire libanais, ni d’infliger à Israël des dommages stratégiques sérieux. Pourtant, malgré sa défaite manifeste et son discrédit évident, l’organisation persiste à refuser l’application de la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies. Jusqu’à présent, les propositions et initiatives diplomatiques du président Trump visant à régler ce problème se sont heurtées au déni et au refus catégorique du Hezbollah, notamment son obstination à ne pas remettre l’intégralité de son arsenal militaire au nord du fleuve Litani. Toutefois, ce simple instrument du régime des mollahs iraniens se retrouve aujourd’hui pris au piège. Incapable de se détacher de son parrain iranien, il est tout aussi incapable d’expliquer à la communauté chiite — qu’il prétend faussement représenter — que les dés sont jetés, que les vents du changement sont irréversibles et que l’heure de la paix avec Israël a sonné. Des décennies de violences inutiles et de luttes idéologiques n’ont produit qu’un seul résultat : l’appauvrissement, le recul et le déclin du Liban. Pendant ce temps, les pays du Golfe arabe connaissent une croissance économique sans précédent, un développement social accéléré et offrent à leurs jeunes générations un avenir bien plus prometteur. Les illusions et les chimères du panarabisme ont été balayées, remplacées par le réalisme, le pragmatisme et le simple bon sens. L’arrivée du président Trump constitue indéniablement un tournant majeur dans l’arène politique du Moyen-Orient et une opportunité unique pour le Liban de s’extraire définitivement de l’emprise toxique des mollahs iraniens et de leurs relais locaux. Jamais auparavant un président américain n’avait offert au Liban, sur un plateau d’argent, une telle possibilité de tourner la page et d’ouvrir un nouveau chapitre porteur d’espoir pour l’ensemble de ses citoyens. Contrairement aux complaisances, aux atermoiements et aux renoncements des précédentes administrations démocrates, le dirigeant américain affiche une détermination claire à imposer la paix et la stabilité dans la région, y compris par la force si nécessaire. À l’exception de quelques États et entités voyous — tels que l’Iran, le Hezbollah, le Yémen et, dans une moindre mesure, l’Irak — l’atmosphère régionale évolue désormais vers davantage de pragmatisme et moins d’arrogance idéologique. Corriger et démanteler les erreurs graves, volontaires et destructrices de la politique étrangère de l’administration Obama — qui a courtisé le régime iranien tout en antagonisant les pays du Golfe — n’est certes pas une tâche facile. Mais le président Trump progresse clairement dans cette direction. Parallèlement à ces évolutions, le Liban a un rôle fondamental à jouer s’il souhaite réellement tirer parti du nouveau paysage politique moyen-oriental et ne pas rater le train lancé par le président Trump. Les autorités libanaises — le président de la République et le gouvernement — doivent immédiatement imposer le désarmement du Hezbollah sur l’ensemble du territoire. Une telle décision permettrait de débloquer la mise en œuvre de réformes essentielles et longtemps différées. L’évocation récurrente du spectre d’une guerre civile ne constitue rien d’autre qu’un épouvantail, utilisé pour masquer l’inaction, la faiblesse et la lâcheté politiques. À défaut d’une telle action, il appartient alors au peuple de se réveiller, de prendre l’initiative et de réagir. Nous devons nettoyer notre propre maison si nous voulons être pris au sérieux par la communauté internationale. Sachant qu’au moins 75 % de la population est favorable au désarmement du Hezbollah, une campagne d’envergure, structurée et largement médiatisée doit être lancée sans délai. Les partis politiques opposés au Hezbollah doivent être contraints par leurs électeurs de soutenir ces démarches, et non de les bloquer. Pour une fois, la pression doit venir de la base vers le sommet, et non l’inverse. Cette mobilisation peut prendre de multiples formes et ne doit pas se limiter à une seule action : conférences, tribunes et éditoriaux podcasts et couverture médiatique internationale rencontres avec les ambassades marches et manifestations sous la protection de l’armée libanaise Le Liban regorge de talents indépendants prêts à s’engager dans cette voie. Cela nécessitera cependant des financements, de la coordination et une mobilisation sur le long terme. Si toutes ces initiatives échouent, alors la désobéissance civile devra devenir le credo du peuple : refus de payer les impôts, boycott des administrations publiques, grèves, pression constante sur la classe politique. Notre volonté collective doit l’emporter si nous voulons enfin sortir de l’obscurité. Enfin, une question fondamentale demeure : l’Iran renoncera-t-il à ses fantasmes mégalomaniaques et ordonnera-t-il au Hezbollah de se retirer définitivement, ou sera-t-il confronté, avec son supplétif, à une nouvelle défaite historique face à Israël et aux US ? Les suites de la dernière rencontre Trump–Netanyahu apporteront sans doute un éclairage déterminant sur les événements à venir.

Rifaat el-Assad n’est plus, la barbarie en deuil
Par
Khairallah Khairallah
Publié

Rifaat el-Assad, disparu il y a quelques jours, le 20 janvier 2026, incarna l’un des visages les plus révélateurs de la grande mutation syrienne vers « l’État de barbarie »: un État dont la prétendue légitimité reposait sur la répression, la açabiya communautaire forcée et la recherche obstinée d’une « alliance des minorités ». Une mutation qui commença, dans les faits, avec l’union syro-égyptienne de 1958, union éphémère qui ne survécut que trois ans et quelques mois. Rifaat el-Assad ne fut, au fond, qu’un rouage parmi d’autres de cet État syrien de barbarie qu’il défendit sans réserve, bien avant le massacre de Hama en février 1982, et jusqu’à l’invasion des campagnes dans les villes. Cette entreprise visait à imposer aux citadins des valeurs archaïques, en représailles contre tout ce que Damas, Alep, Homs, Hama ou Lattaquié incarnaient comme valeurs civilisationnelles. Cette invasion se déroula en Syrie même. Mais l’État syrien de barbarie ne tarda pas à déborder ses frontières pour s’étendre au Liban. Pendant des années, Rifaat el-Assad y disposa d’une présence militaire effective, à travers le déploiement de forces issues des Saraya al-Difa ʿ dans le stade du club al-Nahda, à Ras Beyrouth, à proximité du Bain militaire. Lui et son gang s’y rendirent coupables de pratiques ignominieuses, dont l’enlèvement du chargé d’affaires jordanien Hicham al-Muhaysin, relâché par la suite sous pression. Rifaat chercha également à mobiliser les alaouites de Tripoli, tentant de les enrôler au service de son projet fondé sur l’alliance des minorités contre la majorité sunnite, où qu’elle se trouve. La dérive vers l’État syrien de barbarie s’était déjà profondément consolidée avec le coup d’État du 8 mars 1963, mené par des officiers baassistes et nassériens déterminés à anéantir toute possibilité de renaissance syrienne. Ce putsch balaya les derniers espoirs de voir la Syrie redevenir un État normal après la fin, à la fois grotesque et tragique, de l’union rompue le 28 septembre 1961. Cette union n’avait produit qu’une catastrophe économique, ouvrant la voie aux nationalisations et jetant les bases de l’État sécuritaire, sous la direction de l’officier Abdelhamid Sarraj. Rifaat el-Assad, frère cadet de Hafez el-Assad, incarna pleinement cette figure alaouite avide de pouvoir et d’argent, incapable de s’exprimer autrement que par la violence et le chantage. Il fut ainsi une composante organique de l’État de barbarie mis en place par Hafez el-Assad, qui en posa méthodiquement les fondations. Jusqu’en 1984, Rifaat demeura l’un des instruments du « grand frère », fondateur de l’État alaouite qui s’effondra le 8 décembre 2024, le jour où Bachar el-Assad prit la poudre d’escampette vers Moscou. Rifaat el-Assad ne se contenta pas de crimes commis contre les gens ordinaires. Il alla ainsi jusqu’à s’imposer par la force comme « docteur », se donnant des allures d’intellectuel alors qu’il était incapable d’articuler la moindre phrase correctement. Il joua tous les rôles que le système attendait de lui, notamment en fondant les Saraya al-Difa ʿ, les unités militaires alaouites dont la mission exclusive consistait à protéger le régime et à lui servir de rempart. Ces forces furent ensuite dissoutes, remplacées par la Garde républicaine, elle aussi encadrée par des officiers alaouites. Rifaat occupa un temps le poste de vice-président de la République, avant d’être marginalisé lorsqu’il tenta de s’emparer du pouvoir à la faveur de la grave crise de santé de son frère en 1984. Il crut alors que toutes les conditions étaient réunies pour s’accaparer l’ensemble du pouvoir. Mais Hafez el-Assad, sauvé par ses médecins, mobilisa d’autres hauts gradés alaouites afin de barrer la route à toute prétention successorale. Le ministre de la Défense de l’époque, Moustapha Tlass, sunnite, endossa le rôle de l’invective publique, levant le dernier voile de protection dont bénéficiait Rifaat. Tlass savait toujours comment satisfaire Hafez el-Assad et maîtrisait à la perfection le rôle qui lui était dévolu, tandis que son « maître » préparait son fils aîné, Bassel, à la succession. C’est ce qui se produisit en 2000. Mais Bassel ayant trouvé la mort en 1994, et l’héritier du trône fut Bachar. Durant les longues années passées hors de Syrie, Rifaat el-Assad profita de largesses financières considérables provenant de plusieurs sources arabes. Il acquit des propriétés fastueuses et des hôtels en France, en Grande-Bretagne, en Espagne et ailleurs. Il tenta également de se reconvertir dans des activités médiatiques. Son comportement, marqué par une culture de type chabbiha , évolua peu. Ce qui changea, en revanche, fut son discours: il se mit à se présenter comme un défenseur des États du Golfe, prétendant être à mille lieues de toute tentative de chantage par rapprochement avec l’Iran, pratique dont son frère Hafez puis son successeur Bachar avaient fait un instrument de pouvoir. Hafez el-Assad disposait d’un esprit politique redoutable, mû par la volonté de dissimuler son sectarisme et sa haine des sunnites des villes, ainsi que de tous ceux qui croyaient encore à la liberté en Syrie. Il avait pris le pouvoir à l’automne 1970, avant d’accéder, en 1971, à la présidence de la République, devenant le premier alaouite à occuper cette fonction. Tout puissant… jusqu’à ce que le sort le frappa durement en 1994, lorsque son fils aîné Bassel trouva la mort dans un accident de la route alors qu’il se rendait à l’aéroport de Damas. Hafez reçut ce jour-là le coup le plus violent de son existence. Rifaat, lui, demeura convaincu, jusqu’au bout, que les circonstances finiraient par lui permettre de revenir à Damas pour y jouer un rôle politique, et ce bien avant la disparition de Bassel. Il y revint effectivement en 1993, à l’occasion du décès de la mater familias, Naïssa. Mais le président syrien continua de le traiter avec une extrême prudence, d’autant plus qu’il avait décidé de préparer Bachar à la succession. Hafez el-Assad, qui qualifiait Rifaat de « stupide », selon le témoignage d’un ambassadeur américain ayant servi à Damas, autorisa son frère cadet à occuper certains rôles mineurs, tout en le maintenant sous une surveillance étroite. Rifaat quitta rapidement la Syrie lorsqu’il comprit que toute activité politique lui était définitivement interdite. Alea jacta est. Le maximum que Bachar el-Assad ait pu faire pour son oncle fut de lui permettre de fuir Paris vers Damas afin d’échapper à la prison française. Rifaat el-Assad échappa ainsi à l’incarcération. Il demeura jusqu’à son dernier jour un fugitif de la justice. Une justice qui, tôt ou tard, rattrapera Bachar el-Assad, et, avec lui, bien d’autres encore.

Les sanctions US mettent à nu les failles du régime iranien

« Les régimes totalitaires ne se contentent pas de dominer les corps ; ils cherchent à asservir les esprits. » – George Orwell Depuis la révolution iranienne de 1979, les États-Unis ont imposé à Téhéran un régime de sanctions économiques à grande échelle, devenu au fil des décennies l’un des dispositifs de pression les plus multidimensionnels de la diplomatie américaine. Les premières mesures, instaurées après la prise d’otages à l’ambassade américaine à Téhéran en novembre 1979, ont gelé les avoirs iraniens aux États-Unis via l’Executive Order 12170, immobilisant des milliards de dollars et bloquant de nombreuses opérations financières. Au milieu des années 1990, Washington renforce son arsenal : en mars 1995, tout investissement américain dans le secteur énergétique iranien est interdit ; une mesure suivie en mai d’un embargo commercial total couvrant la quasi-totalité des échanges et transferts technologiques. « Iran and Libya Sanctions Act » d’août 1996 introduit les sanctions extraterritoriales, menaçant les entreprises étrangères investissant dans les hydrocarbures iraniens. Montée en puissance des sanctions financières Avec les tensions liées au programme nucléaire iranien, les sanctions prennent une dimension financière accrue. En juillet 2010, le Congrès adopte le Comprehensive Iran Sanctions, Accountability, and Divestment Act (CISADA), visant à isoler l’Iran du système financier mondial en restreignant l’accès au dollar et au transport maritime pour les acteurs économiques de Téhéran. Entre 2011 et 2012, de nouvelles mesures frappent la banque centrale d’Iran et les acheteurs de pétrole, provoquant une chute significative des recettes, pilier de l’économie nationale. Parallèlement, les sanctions ciblent les responsables et réseaux financiers du régime, avec gel d’avoirs et interdiction d’opérations pour limiter leur accès aux marchés internationaux. La pression maximale et la stratégie iranienne Après un allègement temporaire lié au JCPOA de 2015 (l’accord sur le nucléaire iranien), certaines sanctions sont suspendues en janvier 2016, permettant une reprise partielle des exportations pétrolières. Cette période prend fin le 8 mai 2018, avec le retrait de l’accord en question des États-Unis, qui rétablissent progressivement les sanctions jusqu’au 5 novembre 2018 dans le cadre de la politique de pression maximale. Selon Phillip Smythe, expert du Moyen-Orient ayant travaillé au Washington Institute et à l’Atlantic Council, « les sanctions économiques ont placé le régime de Khamenei en chute libre ». « Cela n’a toutefois pas empêché le gouvernement iranien de poursuivre ses actions aventureuses et l’acquisition d’armes, relève-t-il. En revanche, les mesures US compliquent le financement de ces efforts et des proxys à l’étranger. La pression maximale a limité l’accès aux technologies à double usage, a restreint le mouvement de la flotte fantôme transportant le pétrole et a freiné l’accès aux réseaux bancaires internationaux. » Smythe précise que malgré la pression, le régime a continué à financer certaines milices et a tenté de poursuivre ses programmes d’armement, notamment les missiles à longue portée. Sa flotte fantôme a continué d’exporter le pétrole et, sur ce plan, la Chine est restée un partenaire clé, permettant au régime de maintenir ses ressources et son pouvoir. Nouveaux ciblages et mesures inédites En janvier 2026, face à la répression des manifestations massives, le Trésor américain a sanctionné Ali Larijani, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, pour son rôle dans la répression. Le gel des avoirs et l’interdiction de toute opération avec des entités américaines s’appliquent également à d’autres hauts responsables et réseaux financiers du régime. Le 12 janvier 2026, une mesure historique impose un droit de douane de 25% à tout pays qui continue à commercer avec l’Iran, illustrant ainsi la dépendance du régime à l’égard de ses partenaires étrangers et les faiblesses structurelles de son économie. Les leviers futurs contre le régime Selon Phillip Smythe, « les États-Unis disposent de nombreux outils » pour accroître la pression sur la République islamique. « Ils pourraient s’attaquer aux appareils bancaires plus secrets exploités par la République islamique, indique-t-il. Ces mesures pourraient inclure ainsi des sanctions ciblant directement les dirigeants et les fondements de leur pouvoir » (tenant compte du fait que l’économie du régime repose largement sur le Corps des gardiens de la révolution islamique, l’IRGC, et les bases contrôlées par les mollahs). « Parmi les autres outils potentiellement envisageables figure aussi le ciblage de la manière avec laquelle le régime utilise les cryptomonnaies pour continuer à se financer, ajoute Phillip Smythe. S’attaquer à d’autres économies “fantômes”, telles que la banque, le transport maritime et le transfert d’argent, pourrait également constituer d’autres moyens utiles pour limiter l’action agressive de la République islamique. » Un régime tourné vers l’armement M. Smythe souligne par ailleurs que pour le pouvoir en place à Téhéran, « le peuple passe souvent en dernier ». La priorité du régime reste les programmes militaires et les ambitions régionales, au détriment de la population. Malgré les sanctions et la pression internationale, le gouvernement iranien poursuit ses aventures militaires et le soutien à ses milices, mettant de ce fait en relief la persistance d’un système totalitaire déterminé à imposer ses objectifs stratégiques. De 1979 à 2026, les sanctions américaines – sectorielles, extraterritoriales ou ciblant des individus – ont évolué d’un simple gel des avoirs à un système global et multidimensionnel, combinant embargo, restrictions financières, sanctions contre les élites et mesures tarifaires frappant les partenaires commerciaux et dévoilant les failles et les contradictions du régime iranien. Un tigre en papier Malgré l’image de puissance qu’il cherche à projeter à l’international, le régime iranien s’est révélé être un véritable géant de papier. Ses structures militaires et politiques, présentées comme solides et omnipotentes, reposent sur des réseaux fragiles et une économie dépendante de partenaires étrangers. Les sanctions successives ont mis en relief les vulnérabilités financières du pouvoir et sa difficulté à financer ses ambitions régionales et militaires. Sa résistance apparente cache une réalité beaucoup plus précaire : des programmes coûteux, des proxys ultra financés au détriment d’une population de plus en plus éprouvée. Ce mélange de façade et de fragilité structurelle montre que, derrière la rhétorique de force, l’Iran peine à maintenir son influence sans le soutien ou la tolérance d’autres puissances, confirmant le fait qu’il est en réalité un tigre en papier.

Union pour la Méditerranée: quel bilan pour le Liban ?

Le dernier article de notre décryptage sur l’évolution du partenariat euro-méditerranéen de Barcelone (Euromed), puis de l’Union pour la Méditerranée (l’UpM), dresse un bilan sans détours des acquis et des failles qui ont marqué, pour le Liban, les deux phases 1995-2008 et 2008-2025 de cette double initiative stratégique européenne. Le processus euro-méditerranéen de Barcelone (Euromed), puis l’Union pour la Méditerranée (l’UpM), ont apporté au Liban des acquis politiques, économiques et institutionnels. Ceux-ci restent toutefois limités en raison de l’instabilité chronique qui sévit dans le pays depuis 1995, et plus particulièrement depuis 2008. Les bénéfices du processus de Barcelone pour le Liban dans les différents domaines peuvent être établis comme suit : – Sur le plan politique, la reconnaissance de la légitimité du pouvoir central au terme d’une longue période de vide constitutionnel, un soutien à la souveraineté et à la stabilité de l’État, l’instauration d’un dialogue régulier avec l’Union européenne sur les questions de gouvernance, des droits de l’homme et de la stabilité régionale. – Sur le plan économique, la signature, en 2002, de l’accord d’association Liban-UE, entré en vigueur en 2006, l’octroi d’un accès préférentiel de certains produits au marché européen, des aides financières et techniques pour la modernisation de l’économie, un soutien aux PME, ainsi que le développement des infrastructures. – Sur le plan institutionnel et social, un appui aux réformes institutionnelles et administratives, à l’éducation, à la formation et à la coopération culturelle, le renforcement des capacités de l’État en matière de services publics et de la protection de l’environnement. Toutefois, l’instabilité politique, les conflits régionaux et les crises internes libanaises ont eu un effet inhibiteur, empêchant le Liban de bénéficier des échanges commerciaux souhaités. Les réformes structurelles ont progressé lentement. Les bénéfices de l’UpM Depuis 2008, l’Union pour la Méditerranée (UpM) a apporté au Liban des contributions principalement sectorielles, techniques et diplomatiques, à travers la mise en œuvre de divers projets concrets : – Sur le plan politique, le Liban reste intégré aux dialogues régionaux dans un cadre multilatéral euro-méditerranéen. Il accède à une plateforme de dialogues Nord-Sud et Sud-Sud, lui permettant de défendre ses intérêts malgré sa situation politique et sécuritaire précaire, tout en maintenant sa coopération avec l’Union européenne. – Sur le plan économique et du développement, les acquis ont porté sur la participation à des projets régionaux dans les domaines du développement urbain durable, des transports, de l’énergie et de l’environnement, ainsi que sur l’appui à la croissance inclusive, à la création d’emplois pour les jeunes et les femmes, à l’entreprenariat et aux PME. – Sur le plan de l’éducation et de la formation, le Liban a bénéficié de programmes de l’UpM dans les domaines de l’enseignement supérieur, de la formation professionnelle, de la mobilité académique et de l’emploi des jeunes. – Sur le plan social, un appui a été accordé à des initiatives en faveur de l’égalité hommes-femmes et de l’inclusion sociale. – Sur le plan de l’environnement et du développement durable, un soutien a été accordé à des projets liés à la gestion de l’eau, au traitement des déchets, à la lutte contre le dérèglement climatique et au développement des énergies renouvelables. Autant de domaines importants, compte-tenu de la démographie et des crises successives. Mais, l’instabilité politique au Liban depuis 2008, la crise économique de 2019, les tensions régionales, ainsi que la modicité des ressources financières de l’Union et le rôle limité des aides de l’UE (aussi bien que des institutions internationales) ont restreint les résultats escomptés. Bilan mitigé Il reste que le processus de Barcelone a rapproché le Liban de l’Union européenne et l’a intégré à une coopération euro-méditerranéenne, tout en apportant des aides dans les secteurs économiques et institutionnels. L’impact économique de ces mesures reste toutefois limité. Pour ce qui a trait à l’Union pour la Méditerranée, le Liban a pu bénéficier d’un soutien à l’éducation, à l’environnement et à la société civile, ce qui s’est traduit par des projets concrets dans un cadre de coopération régionale. Ces acquis lui ont permis de maintenir sa place dans le partenariat euro-méditerranéen, mais ils n’ont pas suffi à surmonter les crises successives auxquelles le pays a été confronté. Articles précédents Union méditerranéenne: qu'est devenu le processus de Barcelone? (1/5) L’idée méditerranéenne à l’épreuve des équilibres européens (2/5) Une coopération riche en promesses, le Processus de Barcelone (3/5) Union pour la Méditerranée: une relance inachevée du rêve de Barcelone (4/5)

Syrie: du risque de partition à l’épreuve du nouvel État

En Syrie, la question qui se pose n’est plus celle de savoir si le régime de Bachar al-Assad pourrait se maintenir. Ce chapitre est désormais clos. Le véritable enjeu se situe ailleurs. La Syrie pourrait-elle, après l’effondrement de l’ancien régime, reconstruire un État unifié et viable ou le risque de désintégration et de partition demeure-t-il latent, sous de nouvelles formes ? La chute du régime d’Assad à la fin de l’année 2024, suivie de l’accession d’Ahmad el-Chareh à la tête du pouvoir pour la période de transition, a marqué un tournant majeur dans le paysage syrien. Si ce bouleversement n’a pas, de facto, mis fin à la crise, il en a profondément redéfini les contours politiques. Le débat a été déplacé de l’avenir d’un régime vers celui de l’État lui-même. Premièrement : qu’est-ce qui a réellement changé après Assad ? L’effondrement de l’ancien régime ne s’est pas limité à un simple changement à la tête du pouvoir, mais par la chute d’un système tout entier, fondé sur : – le parti unique, – des appareils sécuritaires tentaculaires, – une centralisation imposante – et des alliances extérieures solides, plus particulièrement avec l’Iran et la Russie. La phase de transition, conduite par Ahmad el-Chareh, s’est caractérisée par un discours radicalement différent : il ne s’agissait plus de restaurer un régime, mais de refonder l’État. De ce fait, l’ancienne Constitution a été abrogée, le parti Baas dissous, l’ancienne structure sécuritaire démantelée, et le processus de la réédification des institutions étatiques lancé sur de nouvelles bases, même si celles-ci sont toujours fragiles. Ce qui est encore plus important c’est que la nouvelle direction a affirmé dès le départ que l’unité de la Syrie n’était pas négociable. Plus encore, elle a rejeté tout discours sur la partition du pays ou sur l’établissement d’une fédération à caractère communautaire. Il ne s’agissait pas d’un simple slogan, mais d’un choix politique concret. Deuxièmement : le risque de partition a-t-il été éliminé ? La réponse exacte est de dire que le danger a été réduit, mais il persiste. Au plus fort de la guerre, notamment entre 2012 et 2016, la partition représentait une possibilité réelle. Le discours sur la « Syrie utile », les cartes de mini-États et les fortes divisions entre les zones d’influence avait fait du démembrement du pays un projet sérieusement mis sur la table à l’échelle internationale. Aujourd’hui, le paysage est différent pour plusieurs raisons: 1 - L’existence d’un nouveau pouvoir central doté d’une légitimité transitoire Ahmad el-Chareh n’hérite pas de l’ancien régime. Il tente d’édifier une légitimité nouvelle, consolidée par une ouverture américaine et arabe prudente, et un aval international sous conditions. 2 - L’absence de consensus international sur la partition À l’heure actuelle, les États-Unis, la Russie et les puissances régionales ne perçoivent aucun intérêt de la partition de la Syrie. Le coût en serait élevé et les risques l’emportent largement sur les bénéfices. 3 - L’échec de l’idée des mini-États à caractère communautaire À l’ombre du refus turc et du désengagement des États-Unis, il est impossible d’édifier un mini-État alaouite viable, une entité sunnite unifiée, un projet druze sécessionniste, ou encore un État kurde. De ce fait, la partition de la Syrie n’est plus perçue comme une solution envisageable, mais plutôt comme un scénario d’effondrement, au cas où le nouvel État échouerait. Troisièmement : Revirement américain… et abandon des Kurdes L’un des principaux changements qui ont marqué la Syrie post-Assad est le revirement clair de la politique américaine. Washington qui avait, des années durant, soutenu les Kurdes comme force de facto dans le Nord-Est de la Syrie, a redéfini ses priorités. Le message américain était clair : – Aucun soutien ne sera apporté à un projet séparatiste kurde. – Aucune protection ne sera accordée, de façon permanente, à une administration autonome indépendante – La priorité est à la stabilité d’un État syrien unifié. Ce changement de position a poussé la direction kurde vers une option jusqu’alors peu envisagée : négocier avec le nouveau régime. Des accords ont ainsi été conclus pour intégrer progressivement les forces démocratiques syriennes (FDS) dans les institutions de l’État, gérer les ressources et les points de passage en échange de garanties portant sur les droits culturels et de citoyenneté. Cela ne signifie pas que la question kurde est résolue, mais elle est passée de la logique de la séparation à celle d’une intégration fragile et incertaine. Quatrièmement: du démembrement au retour à la centralisation… mais à quel prix ? La Syrie passe aujourd’hui d’une phase de démembrement réel à une tentative de rétablissement d’un État central. Cette nouvelle centralisation est différente, ou devrait être différente, de celle qui prévalait sous l’ancien régime. Le défi principal que doit relever Ahmad el-Chareh n’est pas uniquement d’ordre militaire, mais aussi d’ordre politique et social : – Comment construire un État fort sans retomber dans le despotisme ? – Comment gérer les diversités sans provoquer l’implosion du centre ? – Comment imposer l’autorité de l’État sans reproduire la répression ? Pour l’instant, les indices sont contradictoires : – des progrès sont constatés dans la reprise du contrôle du territoire, – mais l’économie reste fragile, – les minorités sont inquiètes – et les anciennes forces, qui jouissaient d’une large autonomie, sont méfiantes. En d’autres termes, le danger n’est plus la partition de la Syrie en mini-États, mais l’échec du nouvel État central à gérer la diversité. Cinquièmement: la Syrie est-elle vraiment hors-danger ? La Syrie a échappé au scénario de la partition rapide et chaotique, mais elle n’est pas encore entrée dans une phase de stabilité durable. La situation peut être résumée comme suit : – la Syrie a échappé à un effondrement total, – elle a échappé aux cartes à caractère communautaire – et elle a échappé à la transformation du démembrement en réalité permanente. Toutefois, elle n’a pas encore surmonté : – l’effondrement économique, – la fragilité de la paix civile, – le risque d’un retour de la violence sous de nouvelles formes, – et le test de la légitimité populaire du nouveau pouvoir. L’État syrien existe donc aujourd’hui, mais il reste à l’épreuve. Sixièmement: le scénario le plus plausible À court et moyen termes, le scénario le plus plausible est celui : – d’un État unifié, – d’une centralisation politique et sécuritaire claire, – d’une décentralisation administrative limitée, – d’une intégration progressive des forces locales, – et d’un soutien international conditionné aux réformes et à la stabilité. Ce modèle ne ressemble pas à la Syrie d’avant 2011, encore moins aux scénarios de partition. Il ressemble plutôt à celui d’un État qui sort d’une longue guerre et qui cherche à se redéfinir. Le succès de ce scénario repose sur un facteur crucial : la nouvelle autorité transitoire deviendra-t-elle un État rassembleur ou sera-t-elle une nouvelle version d’un pouvoir fort dépourvu d’un contrat social ? La chute du régime d’Assad a clos un chapitre, mais elle en a ouvert un plus difficile. La Syrie se trouve aujourd’hui face à une opportunité historique rare : sortir de la logique du régime sans tomber dans le piège du démembrement. Le danger de partition n’est plus imminent, mais il n’est pas entièrement écarté. Il réside dans l’échec au plan politique et non pas géographique. En définitive, la question n’est plus celle de savoir si la Syrie sera partagée, mais si elle réussira à devenir un État unifié après la chute du régime qui prétendait la gouverner au nom de l’unité.