
Ma grand-mère Aïcha vit le jour dans la dernière décennie du XIXe siècle, à l’heure même où le mouvement sioniste mondial prenait naissance. Ses deux premiers fils naquirent avant la Grande Guerre et pendant elle ; après l’armistice vinrent sa fille et son dernier garçon. Un an avant la défaite de juin 1967, on la trouvait chaque matin au sérail de Saïda, heureuse d’avoir obtenu de la Croix-Rouge internationale l’autorisation de rendre visite à son fils aîné Toufic, devenu israélien sans avoir jamais quitté Acre. Ce sésame ne suffisait pourtant pas à lui seul. Pour que cet événement exceptionnel dans une vie comme la sienne devînt possible, il lui fallait produire en sus une demande d’invitation émanant de sa fille Maryam la Jordanienne, établie à Naplouse en Cisjordanie, sous souveraineté hachémite. Or cette demande de visite familiale ne valait rien auprès de la Sûreté générale libanaise sans un laissez-passer spécial qu’elle avait obtenu de son fils réfugié à Damas, où celui-ci avait trouvé du travail, un toit, et s’était finalement ancré.








