


La réunion tenue récemment au siège de l’ambassade des États-Unis à Madrid, consacrée à l’application de la résolution 2797 adoptée le 31 octobre dernier au sujet du Sahara marocain, ne saurait être considérée comme un événement ordinaire.
La présence de l’Algérie, représentée par son ministre des Affaires étrangères Ahmed Attaf, revêt une importance particulière en ce qu’elle remet les faits à leur juste place : en l’occurrence que le différend relatif au Sahara est, à l’origine, un conflit maroco-algérien, le Front Polisario n’étant qu’un instrument mobilisé par le régime algérien pour légitimer une guerre d’usure menée contre le Maroc depuis près d’un demi-siècle, c’est-à-dire depuis la récupération par le Royaume de ses provinces sahariennes à la suite du retrait du colonisateur espagnol en novembre 1975.
Lors de cette rencontre organisée sous l’égide de Massad Boulos, envoyé spécial US pour l’Afrique, le Maroc était représenté par son ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita. Y participaient également le ministre mauritanien des Affaires étrangères, Mohamed Salem Ould Merzoug, un représentant du « Polisario » ainsi que l’envoyé personnel du secrétaire général des Nations unies, Staffan de Mistura.
Ce n’est pas la première fois que l’Algérie prend part à une réunion liée à l’avenir du Sahara. Mais c’est la première fois qu’elle participe à une discussion dont le socle est précisément la résolution 2797, laquelle consacre l’initiative marocaine d’autonomie comme unique document sur la table des négociations.
Selon des sources proches des travaux, l’Algérie a tenté de remettre en avant la question du « droit à l’autodétermination », en faisant abstraction du fait que la résolution du Conseil de sécurité souligne explicitement une autonomie « dans le cadre de la souveraineté marocaine ». Plus encore, le régime algérien n’aurait consenti à s’engager dans des discussions relatives à l’autonomie qu’en raison de pressions américaines. Ces mêmes pressions ont conduit le Maroc à détailler sa vision dans un document de quarante pages. À l’origine, l’initiative d’autonomie présentée par le roi Mohammed VI en 2007 depuis Laâyoune ne comptait que trois pages, articulées autour de la consécration de la souveraineté marocaine et d’une décentralisation élargie.
L’essentiel réside désormais dans la portée politique de la participation algérienne à la réunion de Madrid. Alger ne se serait pas déplacée sans la conviction qu’aucune amélioration de ses relations avec Washington n’était envisageable en dehors d’un engagement dans des négociations fondées sur la proposition marocaine. Elle aurait préféré maintenir ses réserves à l’égard de la résolution 2797 et continuer d’instrumentaliser le Polisario. Mais la prise de conscience qu’une telle posture compromettrait toute tentative de redynamisation du lien avec les États-Unis — au moment où ses relations avec la France se sont effondrées et où celles avec la Russie se heurtent aux divergences de vues sur le Mali — a conduit à ce repositionnement.
À cela s’ajoute la reconnaissance américaine, en 2020, de la marocanité du Sahara, reconnaissance suivie par plusieurs capitales européennes. Elle consacre l’absence de perspective pour le projet visant à faire du Sahara un satellite de l’orbite algérienne. La stabilité du Sahel apparaît désormais liée à l’autorité du Maroc sur ses provinces sahariennes, plutôt qu’à la liberté d’action laissée au Polisario dans un environnement marqué par les réseaux extrémistes et les circuits de contrebande.
La participation algérienne à la réunion de Madrid constitue donc un pas vers le réalisme politique — et peut-être aussi vers l’affranchissement d’un complexe historique vis-à-vis du Maroc. Il ne s’agit nullement d’un geste mineur. La question est de savoir si l’Algérie souhaite enfin se libérer du passé et de l’illusion d’un accès à l’Atlantique sans l’accord explicite du Maroc.
Le Sahara marocain dispose d’une vaste façade atlantique, et le port en eaux profondes de Dakhla s’inscrit désormais dans les ambitions africaines d’ouverture maritime. L’Algérie pourrait bénéficier d’un corridor terrestre vers l’océan, à travers le Sahara marocain. Cela suppose une coopération avec Rabat plutôt qu’un maintien dans la rupture diplomatique, la fermeture des frontières depuis 1994 et l’interdiction de survol de l’espace aérien algérien.
En définitive, la reconnaissance de la marocanité du Sahara pourrait ouvrir la voie à une réorientation stratégique de l’Algérie, loin des postures stériles et des surenchères qui l’ont conduite jusqu’à soutenir le régime syrien dirigé par Bachar el-Assad.
Il n’y aurait rien d’inconvenant à permettre aux Algériens de visiter le Maroc, d’observer ses avancées en matière de développement et d’infrastructures, en dépit de l’absence de ressources énergétiques comparables. Un tel geste traduirait un choix d’avenir plutôt qu’un attachement à des slogans révolutionnaires périmés.
Quand l’Algérie reconnaîtra-t-elle la marocanité du Sahara, au lieu de voir son ministre quitter par une porte dérobée la réunion madrilène pour éviter une photo aux côtés de son homologue marocain ?