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Hezbollah-Israël, une guerre sans fin au service de qui? (13)

La Révolution du Cèdre et le mandat Lahoud

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Par Khalil Helou
Publié juil. 27, 2026 - 13:05

Cette série d’articles a pour but de mieux comprendre la situation actuelle sur la scène libanaise à la lumière du passé, loin des discours passionnés, idéologiques ou romantiques, qui passent à côté des réalités, laissant au lecteur le soin de tirer les conclusions qui s’imposent.

Les douze parties précédentes portaient sur une relecture des évènements relatifs à la montée en puissance du Hezbollah depuis l’accord de Taëf, jusqu’à l’application, gravement incomplète, de la résolution 1701 du Conseil de Sécurité de l’ONU en 2006.


Deux ans avant la guerre des 33 jours de 2006, et plus précisément le 3 septembre 2004, sous la pression directe de la Syrie de Bachar el-Assad, le Parlement libanais a prolongé de trois ans le mandat du président Émile Lahoud. 

Cet amendement constitutionnel a été imposé au mépris de la résolution 1559 du Conseil de sécurité de l’Onu, adoptée la veille à l’initiative de la France et des Etats-Unis. 

Cette résolution exigeait pourtant le strict respect des règles constitutionnelles libanaises et la tenue d'une élection présidentielle libre, équitable et sans interférence étrangère.

De plus, la même résolution exigeait le démantèlement des milices illégales (y compris celle du Hezbollah) et le retrait syrien du Liban.

Pour mettre en scène un semblant de légitimité populaire face aux condamnations internationales, Émile Lahoud a transformé le palais de Baabda en un espace d'allégeance. 

Des délégations pro-syriennes, des fonctionnaires, des militaires, des officiers tous grades confondus, des supporters civils et des partisans du Hezbollah y ont défilé pour orchestrer de «ferventes félicitations», simulant ainsi un large consensus national autour de sa prorogation imposée, alors qu’en réalité il se trouvait isolé internationalement, régionalement et à l’intérieur du pays, sauf par les pro-syriens, le Hezbollah et le mouvement Amal. 

Opposé à la prorogation du mandat présidentiel sous la menace directe de Bachar el-Assad, le Premier ministre Rafic Hariri a démissionné en octobre 2004 avant de se rallier à l'opposition antisyrienne.

Assassinat de Rafic Hariri et la Révolution du Cèdre

Ce revirement politique fut considéré par l'Onu (et, plus tard, par le Tribunal spécial pour le Liban) comme le mobile principal de son assassinat avec ses compagnons et son escorte, le 14 février 2005. 

Ce crime a directement déclenché la révolution du Cèdre puis le retrait forcé des troupes syriennes du Liban.

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Le crime du 14 février 2005 a été suivi d’une mobilisation massive dans les rues de Beyrouth pendant trois semaines, réclamant haut et fort la fin de l’occupation syrienne du Liban, et brandissant les photos des officiers supérieurs qui dirigeaient les appareils sécuritaires libanais, dont les généraux Jamil Sayed, Raymond Azar et Ali Hajj, les accusant d’avoir été complices de l’assassinat de Hariri et les qualifiant de symboles du dispositif sécuritaire libano-syrien.

Renforcement des liens Lahoud-Nasrallah

Pour appuyer et soutenir Lahoud, de plus en plus boycotté, et qui constituait un véritable bouclier légal pour le Hezbollah, Hassan Nasrallah riposta par la mobilisation de ses foules le 8 mars 2005, posant un pacte de survie: protéger le président était présenté comme une ligne rouge et la riposte à toute tentative de le démettre devint explicite. 

La survie politique de Lahoud devint scellée lorsque le patriarche maronite Nasrallah Sfeir refusa sa chute dans la rue pour ne pas créer un précédent dans l’histoire contemporaine du Liban. 

Sa volonté fut respectée avec amertume par la coalition souverainiste de l’époque, soucieuse des équilibres confessionnels dans le pays. 

Les souverainistes ont mobilisé leurs foules une semaine plus tard en réponse à la manifestation du 8 mars. 

Ainsi, le 14 mars 2005 Beyrouth était témoin d’un rassemblement historique de centaines de milliers de partisans du Courant du Futur de feu Rafic Hariri (CF), des Forces Libanaises (FL), des Kataeb, du Parti National Libéral (PNL), des aounistes du Courant Patriotique Libre (CPL, toujours antisyrien à l’époque), du Parti Socialiste Progressiste (PSP), des libéraux chiites, des gauchistes … qui réclamaient le départ des troupes syriennes, le démantèlement de l’appareil sécuritaire libano-syrien, et l’application de la résolution du Conseil de Sécurité 1559.

A la suite de ce rassemblement, la coalition des «Forces du 14 mars 2005» a été créée, dont les figures de proue étaient Samir Frangié, Gebrane Tueni, Samir Kassir, Nayla Moawad, l’ex-président Amine Gemayel et d’autres. 

Cela renforça encore plus les liens entre Lahoud, qui n’avait plus d’options, et Nasrallah.

La culture pro milicienne, contraire à l’Etat de droit

Depuis qu’il était commandant en chef de l’armée libanaise, par ses attitudes et ses directives, Emile Lahoud a instauré peu à peu une «culture» de l’acceptation de l’occupation syrienne, et une «culture» de sympathie vis-à-vis du Hezbollah, présenté comme mouvement de libération nationale contre Israël. 

Cette ligne de conduite apparaissait à travers les discours et les notes de service de Lahoud, ignorant délibérément l’idéologie fondamentaliste du parti pro-iranien, contradictoire avec la raison d’être du Liban de 1920.

Plus tard, devenu président de la République, Lahoud continua à propager cette image du Hezbollah au niveau du pays, non seulement dans les milieux chiites qui le soutenaient, mais également dans des milieux chrétiens, druzes et sunnites.

Cette propagande fut facilitée et amplifiée par des leaders ayant des ambitions démesurées, comme le leader du Courant patriotique libre, Michel Aoun, dix mois après son retour d’exil en France, ainsi qu’une multitude de politiciens des différentes communautés libanaises, comme le leader du parti Démocrate Talal Arslane, et certains dissidents des partis souverainistes ayant été approchés par les Services de sécurité de l’époque.

La sympathie pro-milicienne a également fait son chemin dans les institutions de l’Etat. Ainsi, les officiels louaient la logique de «résistance», justifiant les pratiques illégales, et une déculturation de l’Etat de Droit s’est progressivement installée. 

Ce remplacement de la culture souverainiste, fondement de l’Etat régalien, par une autre de soumission à une milice ayant une idéologie religieuse sectaire, s’est infiltrée au nom de la «résistance» dans les appareils militaires, sécuritaires, administratifs et juridiques libanais. 

Le Liban continue à en souffrir jusqu’à présent, tant cette déculturation est profonde.

Tout le long de ces années, une flopée de politiciens libanais se trouvaient à l’aise dans la soumission à l’occupation syrienne, et se trouvent toujours à l’aise sous l’hégémonie du Hezbollah. 

Ces politiciens ne déployaient aucun effort pour faire prévaloir la dignité nationale, et ont préféré pendant des décennies se concentrer sur leurs intérêts étroits au quotidien, mêlant business, affaires nationales et populisme.

Déploiement de l’armée au Sud, incidents avec le Hezb

Malgré le compromis entre légalité et arsenal du Hezbollah, des incidents ont été signalés dès septembre 2006 pendant le déploiement de l’armée libanaise au Sud, à la suite du retrait israélien entamé le 17 août.

Ces incidents sa sont notamment manifestés, à titre d’exemple, lors de l’interception par l’armée de camions de munitions venant de la Syrie vers la Békaa, et de la Békaa vers le Sud.

Les militaires libanais à l’origine de ces interceptions, jaloux de leur rôle et ayant le sens du devoir, se voyaient frustrés par des décisions politiques les obligeant soit à restituer les munitions confisquées, soit à libérer instantanément les véhicules arrêtés et les miliciens les accompagnant.

Autre exemple entravant la restauration de la souveraineté de l’Etat: la délimitation de zones souvent boisées et fortifiées interdites d’accès aux forces légales libanaises (armée et FSI) sur instruction du président de la République Emile Lahoud.

Ces zones étaient tenues exclusivement par les combattants du Hezbollah. Pour les citoyens qui essayaient de s’approcher de ces zones, les miliciens les en empêchaient, soit sous prétexte qu’il s’agissait de «réserves naturelles», soit qu’il s’agissait là, explicitement, de zones miliciennes devenues des poches d’exclusion de facto, dans la zone de déploiement de l’armée au Sud.


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