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Hezbollah-Israël, une guerre sans fin au service de qui? (4)

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Des Libanais, dont des membres du Hezbollah, crient et gesticulent en direction des soldats israéliens postés derrière les barbelés à la frontière libano-israélienne, au lendemain du retrait des troupes israéliennes du Sud-Liban, en mai 2000. (Thomas Coex/AFP)
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Par Khalil Helou
Publié mai 1, 2026 - 13:58

Dans une série d’articles, nous nous proposons d’apporter un éclairage sur la situation actuelle à la lumière du passé, loin des discours passionnés, idéologiques ou romantiques, qui passent à côté des réalités. Nous laissons au lecteur le soin de tirer les conclusions qui s’imposent. Il est grand temps, dans ce contexte de guerre, de contrecarrer sérieusement la rhétorique stérile de résistance. Non pas par une contre-rhétorique, mais par une approche en profondeur, prônant la culture de l’État de droit, lequel ne pourrait être édifié qu’à travers la souveraineté.

Les trois premiers articles présentaient une relecture des événements relatifs à la montée en puissance du Hezbollah depuis l’accord de Taëf en passant par l’opération «Règlement de comptes», l’«Entente de juillet» (1993), jusqu’à la veille de sa deuxième guerre avec Israël.

 

Étape 5: De l’«Entente d’avril» à la guerre d’usure

Suite à l’«Entente d’avril 1996», le Hezbollah, encouragé par l’Iran et la Syrie, a poursuivi sans relâche sa guerre d’usure, lancée en 1991 contre l’armée israélienne et l’Armée du Liban-Sud (l’ALS). Le but déclaré était de libérer la «zone de sécurité» de l’occupation israélienne, mais elle servait dans le même temps un autre but: torpiller les pourparlers de paix dont l’Iran était exclu.

Parallèlement, la position de Washington est restée inchangée depuis les conférences de Madrid et d’Oslo dont l’objectif était d’instaurer une paix définitive au Moyen-Orient.

Pour initier et maintenir ce processus, les administrations américaines successives n’ont cessé d’empêcher toute riposte israélienne d’envergure aux frappes du Hezbollah, misant sur le processus de paix syro-israélien. Le résultat de cette guerre d’usure a été assez lourd pour toutes les parties. Entre 1996 et 2000, Israël a perdu 193 hommes, l’ALS 175, et le Hezbollah 375.

Le point culminant des pertes israéliennes s’est produit en février 1997, avec la collision de deux hélicoptères transportant des troupes du Sayeret Matkal (unité d’élite de l’armée israélienne) vers le Liban-Sud. L’accident a fait 73 morts, le bilan le plus lourd de l’histoire de cette armée. Il a provoqué un choc qui a mené l’opinion publique israélienne à s’interroger sur le prix humain de la «zone de sécurité».

En septembre de la même année, 16 soldats israéliens de l’unité d’élite du Shayetet 13 sont tombés dans une embuscade dressée par le Hezbollah à Ansariya (à 20 km au sud de Saïda). Douze d’entre eux y ont laissé leur vie. L’incident a confirmé ainsi la prouesse tactique du Hezbollah, renforcé et encadré directement par des officiers du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI). Ajouté à celui du crash des deux hélicoptères, il a alimenté en Israël le sentiment d’une guerre sans perspective claire. L’une de ses conséquences a été la naissance du mouvement citoyen «Arba Imaot» (les quatre mères) fondé par des mères endeuillées de soldats tués. La question militaire s’est ainsi transposée vers un débat sociétal et moral, dans lequel le retrait du Liban a été imposé comme exigence politique.

La campagne des «Arba Imaot» a contraint les responsables et les candidats israéliens aux élections à se positionner publiquement sur un départ inconditionnel du Liban. Shimon Pérès, puis Benjamin Netanyahu et enfin Ehud Barak, avant et après leurs entrées en fonction comme Premiers ministres, n’avaient qu’un discours: le retrait du Liban.

En janvier 1998, Benjamin Netanyahu, Premier ministre de l’époque, a déclaré qu’«Israël est prêt à accepter la résolution 425 du Conseil de Sécurité de l’ONU(1) à condition qu’il soit possible de parvenir à un accord avec le Liban qui garantira les procédures de sécurité requises par Tel Aviv». Un mois plus tard, il a affirmé: «Ce que nous devons faire, c’est quitter le Liban. Ce que le monde doit faire, c’est menacer les Syriens s’ils soutiennent des attaques contre nous.» Dans les rangs de l’ALS, c’est l’inquiétude. Celle-ci a pressenti l’abandon israélien, surtout que les forces de Tel Aviv avaient été sensiblement réduites dans la zone de sécurité.

L’élection d’Ehud Barak en mai 1999, faisant campagne en faveur d’un retour des troupes, a marqué une accélération du processus du retrait: Barak avait promis de ramener ses hommes en juillet 2000.

Étape 6: Pour Damas et Baabda, le retrait israélien était un «complot sioniste»

Début janvier 2000, Bill Clinton a réuni Ehud Barak et Farouk el-Chareh, ministre syrien des Affaires étrangères, dans la ville de Shepherdstown (USA). Ce fut la seule négociation directe syro-israélienne de l’histoire, terminée par un échec.

Durant la réunion, les services de renseignements occidentaux et israéliens ont appris que Damas a autorisé Téhéran à réarmer le Hezbollah et à augmenter ses capacités offensives à travers des livraisons immédiates et intenses d’équipements et de munitions à l’aéroport de Damas, que des camions syriens transportaient vers les dépôts du Hezbollah, au Liban, sous l’œil bienveillant du président libanais Émile Lahoud, totalement inféodé au régime de Hafez el-Assad. Malgré cela, Ehud Barak a ordonné à son armée de ne pas cibler les dépôts approvisionnés par les Syriens et, surtout, de ne pas viser ces derniers. Il espérait que les pourparlers de paix avec Damas reprendraient plus tard. Peu après, l’armée israélienne, ayant tenté d’assassiner le leader militaire du Hezbollah au Liban-Sud, a mené des représailles intenses. Le cabinet de sécurité restreint israélien a autorisé une série de frappes aériennes contre le Hezbollah, mais avec interdiction formelle de viser des objectifs syriens. Ceci a valu à Ehud Barak des éloges de Martin Indyk, ambassadeur des États-Unis en Israël et ancien secrétaire d’État adjoint pour les affaires du Moyen-Orient. De plus, Barak ne ratait pas une occasion en public et en privé pour faire savoir qu’il cherchait une stratégie de retrait du Liban. En contrepartie, les ténors du régime Assad ont mené une campagne tambour battant auprès de leurs alliés libanais, affirmant que la proposition de retrait Israélien était un «complot sioniste» visant à assiéger la Syrie exactement comme l’Irak l’était par les États-Unis.

Dans les mois qui suivent, Émile Lahoud a multiplié les interventions pour dénoncer ce qu’il considérait comme une manœuvre tactique dangereuse d’Israël. Il considérait qu’un retrait du Liban sans un retrait du Golan était un piège. Le 9 mars 2000, il a déclaré: «Les plans déclarés d’Israël de se retirer du Liban sont destinés à saboter le processus de paix.» Il a ajouté que tout retrait israélien serait «le fruit du soutien libanais à la résistance (Hezbollah) et de l’unité de la position libano-syrienne», et non pas d’une vraie volonté de paix.

Le paradoxe du régime d’Émile Lahoud est qu’il appuyait à fond la guérilla menée par le Hezbollah pour libérer le sud, ignorant le processus de paix. Il ne voulait pas de retrait israélien, car le maintien de l’occupation israélienne permettait à l’époque de réaliser trois objectifs: la justification de l’occupation syrienne du Liban, le discours de résistance du Hezbollah, et le maintien d’Israël dans le «bourbier libanais» tant que le plateau du Golan n’est pas rendu à la Syrie.

À cette époque, l’hégémonie du Hezbollah sur les institutions de l’État était encore au stade embryonnaire, alors même que cette formation jouissait déjà d’un potentiel militaire important. C’étaient les Syriens qui contrôlaient totalement l’État au Liban. (à suivre)

(1) La résolution 425 du Conseil de Sécurité de l’ONU a été votée après l’invasion israélienne du Liban-Sud, suite aux opérations de guérilla des organisations armées palestiniennes contre Israël à partir du territoire libanais. Celles-ci duraient depuis 1969. La résolution 425 stipule le retrait immédiat et inconditionnel d’Israël du Liban et le déploiement de 3.000 hommes de la Finul (Force intérimaire des Nations unies au Liban) à l’époque.

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