

Cette série d’articles permettra de mieux comprendre la situation actuelle au vu du passé, loin des discours passionnés, idéologiques ou romantiques, qui passent à côté des réalités, laissant le lecteur tirer les conclusions qui s’imposent. Par ailleurs, il est grand temps de contrecarrer sérieusement la rhétorique stérile de résistance, non par une contre-rhétorique, mais par un travail sérieux en prêchant la culture de l’Etat de droit, celui-ci ne pouvant être établi qu’à travers la souveraineté.
La première partie exposait la situation internationale et régionale qui a abouti à l’accord de Taëf et le début de la montée en puissance du Hezbollah. Cette deuxièmle partie illustre comment la milice du Hezbollah a continué d’exister et de se renforcer sous le double sponsor syrien et iranien, le but pour Damas étant le renforcement de sa position sur la table des négociations de paix avec Israël, et pour Téhéran le torpillage de toute tentative de paix entre Israël d’une part, et la Syrie et le Liban de l’autre.
Deuxième partie: La mise en application de l’accord de Taëf
L’accord de Taëf signé le 22 Octobre 1989, fut élaboré par les Libanais pour ses clauses relatives aux réformes constitutionnelles internes. Il fut le résultat de plusieurs rounds de dialogue entre les parties libanaises, menés par étapes depuis 1976.
Cet accord déplaçait ou réajustait l’équilibre entre les communautés dans le pays et donnait plus de prérogatives au Conseil des ministres aux dépens de celles du président de la République. De plus, il constituait le seul document visant à mettre fin aux guerres qui ensanglantaient le pays. En effet, il prévoyait clairement le démantèlement des milices armées.
Toutefois, les spécialistes en droit constitutionnel avaient mis et mettent toujours l’accent sur de nombreuses lacunes constitutionnelles qu’il a engendrées. Ce ne furent pas les seules, car il en comportait une autre bien plus importante, devenue caduque aujourd’hui: la reconnaissance implicite de l’occupation baathiste syrienne du Liban, avec l’aval des pays arabes, de la communauté internationale, et particulièrement des Etats-Unis.
Washington était préoccupée par la stabilité au Liban, et dans son optique, celle-ci ne pouvait être assurée que par le régime de Damas, même au prix de la répression des libertés. Elle était à ses yeux, nécessaire pour préparer le terrain à un accord de paix entre Israël et la Syrie, puis pour y inclure le Liban, lui-même sous occupation syrienne.
Quand les troupes du président irakien Saddam Hussein ont envahi le Koweït en août 1990, quelques mois après la signature de l’accord de Taëf, auquel le gouvernement du général Michel Aoun s’opposait, la stabilité au Liban est devenue une priorité absolue non seulement pour les sponsors arabes de l’accord, mais encore plus pour les Américains qui ne voulaient plus se distraire au Liban afin de se concentrer sur la crise du Koweït. Le 13 octobre 1990, Damas obtint le feu vert arabe et international pour envahir la partie du Liban qu’elle ne contrôlait pas, en contrepartie de son adhésion à la coalition anti Saddam chargée de libérer le Koweït. Tirant profit de son contrôle quasi-total du Liban, Hafez Assad n’a appliqué l’accord de Taëf qu’«à la carte», et selon ses besoins pour consolider son occupation du pays du cèdre. Ainsi, le régime syrien a désigné les présidents Elias Hraoui puis Emile Lahoud à la première magistrature de l’Etat, chacun pour 9 ans, contrairement aux clauses de la Constitution. Sous leurs mandats respectifs, le Hezbollah a pu jouir d’une marge de manœuvre sans précédent. Il intensifiait son armement à partir de l’Iran via la Syrie. Les Premiers ministres et les ministres successifs sous les mandats de Hraoui et de Lahoud n’avaient aucun pouvoir sur toutes les questions militaires et sécuritaires. Celles-ci relevaient exclusivement des Syriens, dont la stratégie constituait à exercer une pression extrême sur Israël à partir du Liban, par le truchement du Hezbollah qui opérait librement dans le sud du pays et dans la Békaa.
Étape 1: Démantèlement des milices sauf celle du Hezbollah
Durant l’année 1991, les Syriens, après leur invasion, ont pris soin de démanteler les milices qui échappaient à leur contrôle. Non seulement le Hezbollah a été immunisé contre l’accord de Taëf, mais il était encouragé et appuyé par Damas afin qu’il mène une guérilla contre les forces israéliennes qui occupaient une partie du Liban-Sud. Le but était de faire pression sur Tel Aviv pour améliorer la position de Hafez Assad dans les négociations de paix avec l’Etat hébreu, initiées suite à la conférence de Madrid, tenue la même année.
Téhéran pour sa part sponsorisait le Hezbollah pour s’affirmer sur la scène libanaise, noyauter l’Etat libanais, l’affaiblir, et y exporter la révolution khomeyniste, conformément à la Constitution iranienne. A signaler que ce double sponsor dont jouissait le Hezbollah a perduré jusqu’au retrait des troupes syriennes du Liban le 26 avril 2005. Depuis, la tutelle du Hezbollah est devenue principalement iranienne. Elle s’est renforcée et perdure jusqu’à ce jour.
Étape 2: Mini guerre de sept jours Hezbollah-Israël
La guérilla menée par le Hezbollah contre les forces d’occupation israéliennes et leur alliée, l’Armée du Liban Sud (ALS), s’intensifia en 1992 et 1993, sous le slogan de «la résistance». Le 25 juillet 1993, Israël a réagi en menant la première guerre d’envergure contre le Hezbollah, baptisée «Opération règlement de comptes », également connu sous le nom de «la Guerre des sept jours». Celle-ci a pris fin le 31 juillet 1993 sous pression américaine, notamment par le Secrétaire d’Etat, Warren Christopher. Les objectifs israéliens étaient de détruire les infrastructures du Hezbollah, couper ses approvisionnements, l’éradiquer de la région du Liban-Sud, et faire pression sur le gouvernement libanais en déplaçant les civils vers Beyrouth. Cette guerre de sept jours s'est terminée par une entente non écrite entre les deux parties, appelée «Entente de juillet», stipulant de ne pas cibler les civils des deux côtés, tout en maintenant les opérations armées en cours contre les cibles militaires de part et d’autre. Dès le déclenchement des hostilités, Washington était rapidement intervenu pour négocier cette entente, cherchant à maintenir la Syrie dans le processus de paix de Madrid. Un recours excessif à la force par Israël était perçu par l’administration du président George H. Bush comme un facteur susceptible de contraindre la Syrie à se retirer des négociations. L’«Opération règlement de comptes » a fait, parmi les civils libanais, 120 morts et 500 blessés, 300,000 déplacés et des milliers de bâtiments détruits et endommagés. Les pertes du Hezbollah s’élevaient à un nombre indéterminé de morts, et des dizaines de positions de combat détruites. Israël pour sa part a perdu deux soldats et un seul civil. (à suivre)
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