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Strategia

Hezbollah-Israël, une guerre sans fin au service de qui? (10)

Enseignements et arrangements trompeurs de la guerre de 2006

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Des religieuses libanaises observent, depuis l’intérieur d’un couvent, les dégâts causés par un raid aérien israélien visant un pylône de transmission de télévision à Fatqa, dans le Kesrouan, le 22 juillet 2006. (Ramzi Haidar/AFP)
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Par Khalil Helou
Publié juin 22, 2026 - 15:05

Cette série d’articles a pour but de mieux comprendre la situation actuelle à la lumière du passé, loin des discours passionnés, idéologiques ou romantiques, qui passent à côté des réalités, laissant au lecteur le soin de tirer les conclusions qui s’imposent.

Les neuf parties précédentes portaient sur une relecture des évènements relatifs à la montée en puissance du Hezbollah depuis l’accord de Taëf, en passant par le retrait de l’armée israélienne du Liban en mai 2000, l’instauration d’un Hezbollahland au Sud et la guerre de 2006. Le présent article traite des leçons de la guerre de 2006 et ses suites.

Dans l’opération Promesse fidèle (el-Wa3ed el-Sadek, appellation donnée à la guerre de juillet 2006), le Hezbollah a suivi des tactiques fondées sur le concept de guerre asymétrique hybride, combinant habilement guérilla traditionnelle, utilisation massive de missiles antichar de pointe à double action, et défense en profondeur sur toute la surface au sud du Litani et une partie de son nord.

Au cœur de ce dispositif, la tactique dite des «réserves naturelles» consistant en un réseau complexe de tunnels et de bunkers enterrés pour rester invisibles face à la suprématie aérienne israélienne, tout en menant des embuscades, ce qui est une tactique de défense calquée sur le Viêt-Cong et l’armée nord-vietnamienne lors de leur guerre avec les Etats-Unis (1964-1973), ces derniers ayant joui d’une suprématie aérienne incontestable.

Le groupe pro-iranien a excellé dans l'usage des missiles antichars de quatrième génération, comme précisé auparavant. Simultanément, il a maintenu un harcèlement constant du nord d’Israël qui est resté paralysé pendant toute la guerre par des tirs quotidiens de roquettes Katioucha (environ 4 000 roquettes au total avec une moyenne de 100 à 120 par jour), utilisant des rampes mobiles dissimulées. De plus, les combattants de la milice islamique n’ont pas eu besoin de lignes d’approvisionnement logistique, du fait que les armes, munitions, vivres et moyens de survie étaient largement disponibles, entassés pendant 6 ans dans les souterrains, et que la guerre n’a duré que 33 jours.

Enfin, le Hezbollah a mené une guerre médiatique agressive : la chaîne Al-Manar diffusait les discours de Hassan Nasrallah qui servaient d'arme psychologique pour galvaniser ses partisans et fragiliser l'opinion publique israélienne. En ce sens, et à titre d’exemple, le 14 juillet 2006, les miliciens du Hezb ont frappé une corvette israélienne au large de Beyrouth, à l’aide d’un missile antinavire de précision C802 Silkworm chinois, fourni par l'Iran, surprenant ainsi les services de renseignement israéliens.

L'impact a causé la mort de quatre marins. Cet incident a constitué une surprise tactique majeure : les systèmes de défense automatisés du navire n'étaient pas activés, le commandement jugeant la menace de missiles antinavires inexistante. Hassan Nasrallah, dans un discours radiodiffusé en direct, invita les Libanais à regarder vers la mer pour voir le navire s'embraser, marquant un tournant décisif dans la guerre psychologique du conflit.

Sommaire des tactiques israéliennes

L'armée israélienne, de son côté, a adopté une stratégie centrée sur la suprématie aérienne, la haute technologie de l’époque, et des opérations de précision. Cependant, elle a démontré beaucoup d’hésitations à opérer une attaque terrestre d’envergure, voulant probablement adopter le modèle de la deuxième guerre du Golfe en 1991 quand les troupes de la coalition commandées par les Etats-Unis ont mené une campagne aérienne soutenue et longue avant d’avancer au sol dans l’opération «Tempête du Désert». Le chef d’état-major israélien Dan Halutz, étant lui-même un pilote de chasse, n’a pas réussi à adapter sa stratégie aux nouvelles réalités du terrain libanais imposées par le Hezbollah.

L’aviation israélienne a pu détruire la quasi-totalité des missiles à longue portée du Hezbollah (Fajr et Zelzal) dès les premières heures du conflit, un grand nombre de rampes de lancement de missiles, des postes de commandement du Hezbollah et des dépôts de munitions. Elle a également réussi à isoler le Liban-Sud en détruisant les ponts et routes stratégiques. Enfin, le raid réussi de commandos en profondeur, comme celui de Baalbeck, où une force spéciale israélienne a pris le contrôle d’un hôpital, le 2 août 2006, tuant 10 combattants du Hezbollah et 6 civils, en capturant quelques civils, relâchés plus tard.

Sur le plan des opérations terrestres, la progression vers le fleuve du Litani n’a été réalisée que partiellement. Les troupes d'élite ont réussi des percées mais n'ont jamais pu établir de contrôle effectif sur la rive sud du fleuve avant l'entrée en vigueur du cessez-le-feu le 14 août. L'incapacité de l'infanterie et des blindés à sécuriser le terrain face aux missiles antichars et à stopper les tirs de roquettes sur le nord d'Israël a constitué le principal échec stratégique.

Les pertes en équipement de l’armée, à part les Merkava et le navire endommagé, étaient un hélicoptère abattu par un missile antichar, et deux autres endommagés qui sont entrés en collision, et plusieurs drones. Cette guerre fut l'événement qui a mis fin à la carrière militaire du chef d’état-major Dan Halutz, aujourd’hui (2026) farouche opposant à Netanyahu et prenant souvent la rue, à la tête des manifestants contre le Premier ministre.

Bilan de la guerre des 33 jours

Côté libanais, le nombre de tués est estimé à 1100 civils, 43 militaires et policiers libanais, bien qu’ils n’étaient pas belligérants, 5 soldats onusiens, 250 à 600 combattants du Hezbollah, 31 miliciens alliés au Hezbollah, et 52 civils étrangers.

Dans les rangs israéliens, on dénombre 165 morts dont 119 soldats. Les pertes matérielles libanaises s’élèvent à 30 000 unités résidentielles totalement ou partiellement détruites au Sud-Liban et dans la banlieue sud de Beyrouth, en plus des ponts, routes et infrastructures ; au total les dégâts furent estimés entre 5 à 7 milliards de dollars. Les déplacés vers Beyrouth et le Mont-Liban se sont élevés à près de 685 000 personnes, et vers la Syrie 200 000, tandis que les déplacés du nord d’Israël étaient entre 300 et 500 mille personnes.

Fin du conflit : la résolution 1701

Le conflit prit fin le 14 août 2006 suite à l'adoption de la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l'ONU. Israël occupait alors une zone tampon d'environ 10 à 30 kilomètres de profondeur à partir de la Ligne bleue. Dès l’annonce du cessez-le-feu, et malgré les routes détruites, les déplacés sont retournés en masse vers leurs villages du Sud. Ce fut le quatrième retour de déplacés au Liban-Sud, non pas suite à la libération du terrain par la force mais à la suite des pressions internationales sur lesquelles comptent toujours l’Iran et le Hezbollah, comme en 1993, 1996 et 2000, ces pressions visant à stabiliser le Moyen-Orient par des arrangements, toujours temporaires.

La résolution 1701 visait à créer une "zone de sécurité" au Liban-Sud, entre la Ligne bleue et le fleuve du Litani (situé environ 30 km plus au nord). Toutefois, son application a été sélective et incomplète, ce qui a abouti à la situation prévalent actuellement. Pour la première fois depuis près de trente ans, l'armée libanaise a déployé 15 000 soldats le long de la frontière sud, affirmant le principe de l'autorité de l'État, contrairement à la rhétorique du président de la République de l’époque Emile Lahoud qui a toujours refusé de déployer l’armée au sud pour laisser cette région sous le contrôle du Hezbollah.

Toujours conformément à la résolution 1701, L'armée israélienne s'est retirée des zones qu'elle avait occupées pendant l'offensive terrestre, et la FINUL a été massivement renforcée, passant de 3000 à près de 10 000 Casques bleus avec un mandat élargi pour surveiller la cessation des hostilités et aider l'armée libanaise à appliquer la 1701. Mais il n’en a rien été pendant les 17 ans qui ont suivi…

La résolution 1701 stipulait qu'aucun groupe armé, en dehors de l'armée libanaise et de la FINUL, ne devait se trouver entre le fleuve du Litani et la frontière. Cependant, les pôles d’influence au sein du gouvernement libanais ont préféré la soumission, n’ayant aucune vision stratégique et ne tirant nullement profit des pressions internationales.

Le Hezbollah, de connivence avec eux, a accepté de retirer ses miliciens en uniforme et ses armes lourdes visibles, mais il a maintenu une présence clandestine totale. Il a reconstruit son réseau de tunnels et de bunkers souterrains, et a reconstitué et modernisé massivement son arsenal, notamment par des dizaines de milliers de roquettes au nez et à la barbe de la FINUL, à travers la Syrie qui constituait un pont terrestre entre le Liban et l’Iran.

Israël, pour sa part, a continué de violer quotidiennement l'espace aérien libanais, affirmant que cela était nécessaire pour surveiller les activités du Hezbollah en l'absence de l'application réelle de la démilitarisation.

La résolution 1701 a réussi à maintenir une stabilité relative et à éviter une guerre totale pendant 17 ans (jusqu'en octobre 2023), mais elle n'a jamais réglé le problème de fond de la présence militaire du Hezbollah au Liban-Sud.

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