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Hezbollah-Israël, une guerre sans fin au service de qui? (5)

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Des militants du Hezbollah brûlent une maquette d’un char israélien le long de la barrière frontalière entre le Liban et Israël pour marquer le premier anniversaire du retrait israélien du Liban-Sud, le 25 mai 2000. (Ramzi Haidar / AFP)
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Par Khalil Helou
Publié mai 8, 2026 - 18:27

Dans une série d’articles, nous nous proposons d’apporter un éclairage sur la situation actuelle à la lumière du passé, loin des discours passionnés, idéologiques ou romantiques, qui passent à côté des réalités. Nous laissons au lecteur le soin de tirer les conclusions qui s’imposent. Il est grand temps, dans ce contexte de guerre, de contrecarrer sérieusement la rhétorique stérile de résistance. Non pas par une contre-rhétorique, mais par une approche en profondeur, prônant la culture de l’État de droit, lequel ne pourrait être édifié qu’à travers la souveraineté.

 

Les quatre parties précédentes offraient une relecture des événements qui ont jalonné la montée en puissance du Hezbollah depuis l’accord de Taëf, ses deux premières guerres avec Israël et sa guerre d’usure qui s’étend sur plus d’une décennie.

 

Étape 7: Pourparlers Hezbollah-Israël à Berlin

 

Suite à une médiation allemande avec l’Iran, à la demande du Premier ministre israélien, Ehud Barak, le Hezbollah et Israël se sont engagés dans des pourparlers indirects à Berlin autour d’un retrait israélien du Liban. Le premier round s’est déroulé les 1er et 2 mars 2000, suivi d’un second, le 7 du même mois. Les Allemands faisaient la navette entre les deux délégations.

 

Celle d’Israël était présidée par Uri Lubrani, à l’époque coordinateur des opérations israéliennes au Liban. Sur instructions d’Ehud Barak, ce dernier avait consenti des concessions à toutes les demandes du Hezbollah, au second round des négociations: le retrait de l’armée israélienne sera sans conditions, et l’Armée du Liban Sud (ALS) sera abandonnée. En contrepartie, le Hezbollah contrôlera la frontière et y maintiendra le calme.

 

Washington et Téhéran, tous deux représentés aux pourparlers par des émissaires haut-placés ont donné leur aval à cet arrangement. Idem pour la France qui en avait été informée plus tard. Selon Yossef Bodansky(1), le représentant iranien aux négociations n’a voulu croire aux concessions israéliennes qu’après une confirmation allemande.

 

Toujours d’après Bodansky, qui relate les faits dans son livre The High Cost of Peace, Barak et Lubrani ont gardé secret pendant deux mois l’accord conclu avec le Hezbollah, n’en informant leur armée qu’à la veille du retrait. L’ALS, elle aussi tenue à l’écart, coordonnait avec l’armée israélienne la relève dans la zone de sécurité, croyant que celle-ci allait être assurée par les hommes du général Antoine Lahd(2). Ce dernier, informé que le retrait allait avoir lieu en juillet 2000 comme l’avait annoncé Barak, s’y préparait. Il avait obtenu des promesses d’appui financier et logistique, et de soutien aérien de la part de Tel Aviv, après le retrait.

 

Jusqu’au 23 mai, date du départ des troupes israéliennes, Barak a continué à manœuvrer étroitement pour garder l’ALS dans l’ignorance la plus totale concernant l’accord de Berlin.

 

Il voulait tenir ses promesses électorales et sortir du bourbier libanais sans subir des pressions internes, des sollicitations de la part de Lahd, et, surtout, afin de négocier un accord de paix avec la Syrie à l’abri des pressions militaires au Liban-Sud. À ce stade, le potentiel militaire du Hezbollah s’était considérablement renforcé grâce aux armes qui lui étaient livrées par Téhéran à travers la Syrie. Israël était rassuré et disposé à lui confier la zone de sécurité, convaincu qu’il se tiendrait tranquille à la frontière.

 

La Syrie, cependant, se voyait ainsi privée d’une carte de pression sur Israël, tandis que le grand perdant demeurait le Liban. Le véritable gagnant était en réalité l’Iran qui venait d’obtenir un puissant levier au Liban et même en Syrie. Washington et Tel Aviv avaient, semble-t-il, décidé d’accepter l’existence du régime des mollahs, estimant que les risques, quels qu’ils soient, seraient réduits après le retrait israélien.

 

Washington ne percevait pas que ce régime, après sa défaite dans la guerre de huit ans contre l’Irak de Saddam Hussein, était encore en mesure de diffuser son idéologie au sein des minorités de la région, non seulement pour y asseoir son influence, mais aussi pour y entretenir des tensions internes, détourner l’attention des États concernés de leurs problèmes internes et, surtout, prévenir la réémergence d’un Irak fort aux portes de Téhéran.

 

De plus, pour polariser le monde arabe qui s’acheminait vers une paix avec Israël, les mollahs ont tenté de torpiller ce processus, en attisant les sentiments anti-israéliens qui existaient déjà. Ils espéraient prendre le leadership de la lutte contre l’État hébreu à travers le Hezbollah, le Hamas et la Syrie de Hafez el-Assad, renforcer leur rôle de puissance régionale incontournable, et assurer la survie de leur régime.

 

Les pourparlers de paix israélo-syriens se sont effondrés le 26 mars, trois semaines après l’accord de Berlin, suite à l’échec de la rencontre de Genève entre Hafez el-Assad et le président américain Bill Clinton, ce dernier n’ayant pas réussi à combler le fossé entre Damas et Tel Aviv.

 

Étape 8: 24 mai 2000, retrait total d’Israël du Liban-Sud

 

Le retrait de l’armée israélienne du Liban-Sud s’est déroulé de manière précipitée et presque chaotique, l’ordre de départ n’ayant été donné que la veille. Dans la nuit du 23 au 24 mai 2000, l’armée israélienne a évacué unilatéralement le Liban-Sud.

 

Sur le plan intérieur israélien, la fin de l’occupation a mis un terme aux pertes humaines quotidiennes, mais ce départ a été perçu dans une large partie du monde, et plus particulièrement au Liban, comme une victoire du Hezbollah. Dès lors, l’Iran s’est trouvé doté d’une ligne de confrontation directe avec le territoire israélien, à travers le Hezbollah, et a pu dans le même temps disposer d’une influence quasiment directe sur les affaires internes du Liban.

 

Contrairement aux craintes initiales suscitées par un discours de l’ancien secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, qui a menacé de «tuer les membres de l’ALS dans leurs lits», le retrait israélien n’a pas été suivi d’une campagne de représailles sanglantes du Hezb contre les civils de l’ancienne zone de sécurité. Cependant, certaines propriétés des membres de l’ALS ont été pillées ou occupées, dont la maison du général Lahd. Par ailleurs, des cadres du Hezbollah et du mouvement Amal ont rencontré des chefs religieux chrétiens du Liban-Sud pour les rassurer sur le fait que la «victoire» appartenait à tous les Libanais et non à une seule faction. Cette démarche s’inscrit dans le cadre d’une stratégie de retenue médiatisée que le Hezb a adoptée pour polir son image nationale et renforcer sa légitimité.

 

Le sort des hommes de l’ALS

 

Lors du retrait de l’armée israélienne, environ 7.000 membres de l’ALS et leurs familles respectives, craignant des représailles, ont fui en Israël. Plus tard, une partie d’entre eux est partie pour le Canada, les États-Unis et l’Europe. Une autre partie est rentrée au Liban, dont 2.700 qui ont été jugés pour collaboration, sachant que l’ALS est issue de l’armée libanaise légale.

 

Ce regroupement avait été constitué sur base d’une note de service officielle en 1976, avec pour mission, à l’époque, d’assurer le contrôle d’une partie de la zone frontalière face aux organisations armées palestiniennes. Isolé de son commandement, puis soutenu par Israël, il est devenu indépendant au fil des années et a pris le nom de l’«Armée du Liban libre» avant celui de l’ALS.

 

Les peines pour collaboration purgées par ceux qui sont rentrés allaient de quelques mois à trois ans de prison ferme. Ces Libanais considéraient qu’ils défendaient légitimement leur terre et leur existence. Aux yeux de la loi libanaise, ils étaient des collaborateurs, et pour le Hezbollah, ils étaient des agents d’Israël.

 

Les anciens membres de l’ALS qui vivent toujours en Israël sont au nombre de 3.500. Ils sont enregistrés comme «Libanais» d’Israël et ont obtenu la nationalité israélienne en 2004. Tous ont de la famille au Liban, la plupart dans des villages situés à quelques kilomètres de la frontière. (à suivre)

 

(1) Politologue et auteur américain. Directeur du Groupe de travail de la Chambre des représentants des États-Unis sur le terrorisme et la guerre non conventionnelle de 1988 à 2004. Auteur de plusieurs livres sur le Moyen-Orient.

 

(2) Commandant de l’Armée du Liban-Sud (ALS) à l’époque et ex-général de l’Armée libanaise.

À lire sur le même sujet:

Hezbollah-Israël, une guerre sans fin au service de qui? (4)

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