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Par Maxime Pluvinet - Publié juin 2, 2026 - 14:36
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Figue emblématique de la Vallée Sainte de la Qadicha, au Liban-Nord, dans les hautes montagnes de Becharré, Padre Dario Escobar s’est éteint il y a quelques jours, au Liban-Nord, à l’âge de 92 ans. Né en 1934 à Medellin, en Colombie, il avait choisi de renoncer à son cadre familial confortable et aisé, en Colombie, pour venir au Liban au début des années 2000, rejoindre l’église maronite et vivre une vie d’ermite au sanctuaire de Notre-Dame de Hawka, à Qannoubine. Ayant bénéficié, avant de devenir ermite, d’une solide formation universitaire en théologie, en psychologie et en grec biblique, en Colombie, il avait choisi de se consacrer à la contemplation et à la vie religieuse dans la solitude des montagnes de la Qadicha qui garderont vive en elles la mémoire de l’ermite Escobar venu de la terre lointaine de Colombie. Portrait et reportage de Maxime Pluvinet
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Par Maxime Pluvinet - Publié mai 26, 2026 - 20:57
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Alex Saab, Colombien d'origine libanaise, homme clé du pouvoir vénézuélien sous Nicolas Maduro, a été expulsé vers les Etats-Unis, cinq mois après la capture du président déchu par l'armée américaine, pour son implication « dans divers crimes aux Etats-Unis d'Amérique, comme cela est public, notoire et largement relayé par les médias", selon le communiqué des autorités migratoires vénézuéliennes. Alex Naim Saab Moran, s'était rapproché du gouvernement vénézuélien durant les dernières années du mandat d'Hugo Chavez (1999-2013) et en était venu à gérer un vaste réseau d'importations pour le gouvernement de Nicolas Maduro. Il était considéré comme un intermédiaire clé du pouvoir, alors que le pays tentait de s'adapter aux sanctions internationales. Il était notamment chargé des importations de produits destinés au programme social de vente subventionnée de denrées, connu sous le nom de Clap, éclaboussé par des accusations de corruption. M. Saab avait été arrêté lors d'une escale en 2020 au Cap-Vert et extradé en 2021 vers les Etats-Unis qui l'accusaient de détournement d'aide alimentaire et de blanchiment au profit de M. Maduro. Il avait été échangé en décembre 2023 contre dix Américains emprisonnés au Venezuela. Libération que M. Maduro, capturé le 3 janvier dernier par l'armée américaine, avait alors qualifiée de "triomphe". M. Saab avait été accueilli en grande pompe à son retour, puis avait été nommé ministre. Delcy Rodriguez, ancienne vice-présidente de Nicolas Maduro, a pris les rênes du pouvoir après la capture de ce dernier et avait écarté Saab du gouvernement, destituant aussi son épouse italienne Camila Fabri de postes qu'elle occupait. Sous la pression de Washington, elle a opéré de nombreux changements, adoptant une loi d'amnistie pour libérer les prisonniers politiques ou réformant le secteur pétrolier pour l'ouvrir au privé.
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Par Maxime Pluvinet - Publié mars 28, 2026 - 15:00
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Dans la province argentine de Misiones, aux confins de l’Argentine, du Paraguay et du Brésil, les vestiges des missions jésuites racontent une histoire de métissage, de résistances et d’utopies sociales uniques. Des ruines de San Ignacio aux communautés guaranies actuelles, Levant Time suit le fil laissé par le père Sélim Abou, ancien recteur de l’Université Saint-Joseph, dont l’engagement sur le terrain éclaire, au-delà de l’Amérique latine, les enjeux contemporains de l’identité et du vivre-ensemble, jusqu’au Liban. En ce 19 mars, fête de Saint-Joseph, patron de l’USJ, Levant Time présente le reportage de Maxime Pluvinet et Miroslava Salazar en Amérique latine, sur les pas du père Sélim Abou. Dans la chaleur de la terre missionnaire, là où les routes rouges de latérite se dissolvent dans la forêt et où le fleuve Paraná dessine des frontières incertaines entre l’Argentine, le Paraguay et le Brésil, subsistent des fragments d’histoire que le temps n’a pas entièrement effacés. Ce sont des pierres, des voix, des mémoires. Et parfois, des trajectoires humaines qui relient des mondes que tout semblait séparer. Le père Sélim Abou s.j., décédé en 2018 à Beyrouth, appartient à ces figures dont l’itinéraire dépasse les frontières nationales. Anthropologue majeur, penseur du pluralisme et de l’identité libanaise, ancien recteur de l’Université Saint-Joseph, il fut aussi, pendant plus d’un demi-siècle, lié à une région reculée d’Amérique du Sud: la province argentine de Misiones. «Le témoignage silencieux des pierres» À première vue, Misiones semble périphérique. Une excroissance verte à l’extrême nord-est de l’Argentine, enclavée entre deux pays, traversée de plantations de yerba mate, ce «thé des jésuites» qui, en pays guaraní, comme au Chouf d’ailleurs, accompagne chaque conversation, et ponctuée de vestiges en pierre rouge, derniers témoins d’une histoire singulière. Entre 1609 et 1768, la Compagnie de Jésus y fonda, dans la vaste «Province du Paraguay», une trentaine de missions, ou réductions: des communautés où les populations guaranies échappaient à la fois au système colonial de l’encomienda, qui les condamnait ailleurs à une forme de quasi-esclavage, ainsi qu’aux persécutions des chasseurs d’esclaves portugais de Sao Paolo. Dans ces villages, une société hybride vit le jour, ni tout à fait européenne, ni purement autochtone, fondée sur une organisation collective, une économie autonome et un usage central de la langue guarani. Lorsque le jeune jésuite libanais Sélim Abou découvre ces ruines à Noël 1961, à l’âge de 33 ans, le choc est immédiat. Arrivé en Argentine pour compléter sa formation, il visite San Ignacio Miní, classé aujourd’hui au patrimoine mondial. Devant «le témoignage silencieux des pierres», selon ses propres termes, il éprouve une forme de reconnaissance intime: celle d’un dialogue entre cultures rendu possible, fragile mais réel, le confirmant dans sa vocation de jésuite. Ce moment agit comme une révélation. Héritier intellectuel de l’anthropologue Roger Bastide et du père Albert de Jerphanion, assassiné au début de la guerre civile libanaise, le père Abou trouve dans l’expérience jésuitique-guarani une confirmation de sa vocation: comprendre comment des identités plurielles peuvent coexister sans se dissoudre. Une utopie jésuite? Plus de soixante ans plus tard, à Posadas, capitale provinciale tournée vers le fleuve Paraná, cette mémoire persiste dans des lieux inattendus. L’Instituto Montoya, du nom d’un célèbre pionnier de l’aventure jésuite des Guaranis, fut pour Sélim Abou une seconde maison. C’est ici qu’il enseigna à partir des années 1960 et qu’il revint régulièrement pendant trois décennies. C’est ici aussi que sont conservées nombre de ses archives. Dans une salle discrète, à l’étage de sa demeure d’Apostoles, entre photographies et ouvrages originaux de Sélim Abou, la docteure Marisa Micolis manipule avec précaution des documents accumulés sur plus de cinquante ans. Amie, collègue et ancienne étudiante du «père Abou», elle évoque un homme pour qui le temps long était une nécessité. «Aujourd’hui, dit-elle en rappelant le demi-siècle qu’elle a dédié à l’éducation, on pense que l’excellence surgit de nulle part. Mais l’être humain est fait pour le long terme.» Sur une photographie, on distingue le jeune jésuite souriant, aux côtés de son frère Habib. Sur une autre, une icône de la Vierge devant laquelle il priait chaque jour. Plus loin, un exemplaire de son ouvrage datant de 1961 sur le bilinguisme arabo-français: sa première intervention à Buenos Aires. Pour comprendre ce qui a tant marqué le père Abou, il faut franchir la frontière paraguayenne. À San Ignacio Guazú, le père Daniel, conservateur du musée jésuite, résume l’expérience des réductions sans céder à l’idéalisation: «Il n’existe pas de société parfaite. Mais, comparée à celle de son époque, la société jésuite-guarani a réellement créé quelque chose de nouveau.» Il évoque la figure de Roque González de Santa Cruz, jésuite né à Asunción au XVIe siècle, farouche opposant à l’encomienda. Avec d’autres missionnaires, il plaida pour que les Guaranis puissent former des communautés libres, protégées des razzias esclavagistes qui ravageaient la région. Ce projet ne relevait pas d’une utopie abstraite, mais d’un compromis historique. Les Guaranis y trouvaient une relative autonomie; les jésuites, un terrain d’évangélisation. Entre les deux, une culture originale émergea. Aujourd’hui encore, au Paraguay, le guarani est une langue officielle; héritage direct de ces communautés où il fut non seulement parlé, mais aussi écrit et enseigné, aux côtés de l’espagnol et du latin, dont les nombreux ouvrages imprimés, au sein même des réductions sont les témoins. Dans l’église de Santa María de Fe, petit pueblo voisin de San Ignacio Guazú, une guide montre une sculpture de saint Georges terrassant un dragon. Mais ici, le dragon prend la forme de «aña», figure du mal dans la cosmologie guaranie. Sur un autre motif, le fruit de la passion, symbole indigène de fertilité, dialogue avec la vigne chrétienne. Partout subsistent les signes d’un métissage culturel, prématurément assassiné lors de l’expulsion des Jésuites du continent, suite à un accord politique entre couronnes, sacrifice d’un idéal au profit d’un intérêt bien terrestre et dont le film Mission de Roland Joffé (1987) relate les derniers espoirs. 1978: le cœur et la demande Pourtant, le lien entre Sélim Abou et les Guaranis ne se limite pas à cette fascination pour le passé. Il se concrétise en 1978, à la faveur d’un événement singulier: le transfert à Posadas de la relique du cœur de Roque González, saint du Paraguay martyrisé en 1628 et fondateur de la ville, lors de la commémoration de son sacrifice. Des membres du peuple mbya-guarani viennent alors le vénérer. Pour eux, ce missionnaire n’est pas seulement une figure religieuse: il est «l’ami de leurs ancêtres». Ils formulent une demande inattendue. Dans la forêt, lors d’une rencontre avec l’évêque Jorge Kemerer et des professeurs de l’Institut Montoya, le Pa’i (chef spirituel) Antonio Martínez est interrogé: de quoi son peuple a-t-il besoin? Par trois fois, il répond qu’il n’a besoin de rien. Puis, après insistance de Mgr. Kemerer, il précise: «Je veux une école pour mes petits-enfants. Je ne veux pas qu’ils soient comme moi, sans documents, sans langue commune avec vous.» Cette phrase marque un tournant. C’est ainsi que naît un projet inédit: la création de communautés guaranies dotées d’écoles bilingues, à Fracrán et Perutí. Sélim Abou s’y engage pleinement. Pendant douze ans, il accompagne et documente cette expérience qu’il décrira comme une réactivation, «à échelle microscopique», des anciennes réductions. Mais sans nostalgie ni illusion: il ne s’agit pas de reproduire le passé, mais d’inventer une forme contemporaine de coexistence. Javier Villalba, cacique de Perutí, se souvient: «Il a construit un pont entre lui et nos grands-parents. Il était comme un conseiller… et même comme un père.» Dans les témoignages recueillis, un trait revient constamment: l’humilité. Sélim Abou ne vient pas imposer un modèle. Il apprend, observe, accompagne. Il respecte les structures sociales, les croyances, la langue. Il vit sur place, partage le quotidien. «Il était comme nous», rappelle Villalba. De Misiones à Beyrouth, la «résistance culturelle» À Fracrán, aujourd’hui rebaptisée en hommage au Pa’i Antonio Martínez, l’école existe toujours. Les enfants y apprennent à la fois le guarani et l’espagnol. Catalino Martínez, petit-fils du cacique fondateur, insiste sur la portée politique de l’initiative : «Mon grand-père voulait que, même après sa mort, notre peuple puisse continuer à avancer.» L’expérience a contribué à la création d’institutions locales, comme une direction des affaires guaranies. Elle a aussi laissé une trace plus diffuse: une manière de penser le développement sans effacer l’identité. Pour Sélim Abou, cette expérience faisait écho à ses réflexions sur le Liban. Dans un entretien à France Culture en 2006, il soulignait le contraste entre un Liban fragmenté en communautés et une Argentine cherchant à construire une nation unifiée malgré sa diversité. Entre les deux, une même question: comment édifier une société sans nier les différences? Comment faire vivre ses spécificités culturelles sans en faire le ciment d’un projet politique distinct? Car ce que Sélim Abou expérimente ici, dans la forêt de Misiones, il le pense simultanément pour le Liban. Anthropologue des identités, il consacre ses travaux à cette question centrale. Au Liban, cette question prend une dimension dramatique après la guerre civile et durant l’occupation syrienne. Entre 1995 et 2003, alors recteur de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth, Sélim Abou devient une figure centrale de la contestation intellectuelle de la tutelle syrienne. Ses discours annuels, très attendus, prennent une tonalité politique de plus en plus affirmée. En 2002, il dénonce une «syrianisation» du Liban et un système qui altère jusqu’au langage politique lui-même. La même année, il affirme: «L’occupation est la mère des plaies dont souffre le Liban.» Mais sa réponse n’est pas militaire. Elle est intellectuelle. Face à la répression des manifestations, Sélim Abou développe une idée centrale: celle de la «résistance culturelle». Il appelle les étudiants à écrire, à penser, à s’exprimer autrement, à reconstruire un espace critique capable de résister à la domination. Dans l’un de ses discours, à l’occasion de la Saint-Joseph, il évoquera à cet égard à l’appui de ses propos, les éditoriaux et articles de Issa Goraieb et Michel Hajji Georgiou dans les colonnes de L’Orient-Le Jour. Dans ses discours, il met en garde contre un danger plus profond que la contrainte politique: la destruction du discernement. Il décrit un système qui «pervertit le langage», «rompt la cohésion sociale» et «suspend le discours rationnel». Autrement dit: une occupation qui agit aussi sur les esprits, et sur son éventuelle médiocrité. Cette vision s’enracine dans une conviction plus large. Comme le résume l’un de ses contemporains, Sélim Abou cherchait à répondre à une question fondamentale: «Comment vivre ensemble égaux dans leurs droits et différents dans leurs appartenances?» Dans la forêt de Misiones comme dans les amphithéâtres de Beyrouth, il aura poursuivi la même intuition: que les identités ne sont pas des murs, mais des passages. Et que, parfois, c’est dans les marges du monde, dans une école perdue au cœur de la forêt, que s’inventent les formes les plus concrètes de l’universel.
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Par Miroslava Salazar - Publié févr. 26, 2026 - 13:28
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L’armée mexicaine a abattu Nemesio Oseguera “El Mencho”, chef du Cartel de Jalisco et narcotrafiquant le plus puissant du Mexique, recherché par les États-Unis avec une récompense de 15 millions de dollars. Analyse avec le Dr Edgar Guerra, le juriste Emiliano Alba et les correspondants de Levant Time, Maxime Pluvinet et Miroslava Salazar. Le secrétaire à la Sécurité et à la Protection du citoyen Omar García Harfouch (d'origine libanaise), accompagné de Claudia Sheinbaum, présidente du Mexique, lors d'une conférence de presse suite à la mort de Nemesio Oseguera Cervantes, alias « El Mencho », chef du cartel de Jalisco. (Gerardo Vieyra/NurPhoto via AFP) Dimanche 22 février 2026 : Nemesio Oseguera Cervantes, alias « El Mencho », chef du Cartel Jalisco Nueva Generación (CJNG), a été abattu par l’armée mexicaine. La riposte du cartel a été presque immédiate : barrages routiers, incendies de véhicules et actes de violence dans l’État de Jalisco ainsi que dans plusieurs autres régions du pays. Selon une cartographie réalisée par la plateforme Dataint, des événements violents ont été recensés dans au moins 22 États, avec un impact particulièrement marqué à Jalisco, Puebla, Michoacán, Tamaulipas et Baja California. La réaction consécutive à l’opération a mis en lumière l’ampleur réelle du cartel dans de nombreuses régions : son contrôle territorial, son implantation dans les économies légales comme illégales et, surtout, la solidité de sa structure organisationnelle ainsi que sa capacité de mobilisation immédiate. Ce tournant peut être comparé à l’arrestation de Joaquín « El Chapo » Guzmán, survenue le même jour douze ans plus tôt. « Il s’agit sans aucun doute du coup le plus important porté au crime organisé sous l’administration de la présidente Claudia Sheinbaum », affirme Edgar Guerra, spécialiste du crime organisé, de la violence et de la sécurité, dans un entretien accordé à Levant Time. L’hydre aux cent têtes L’opération ayant conduit à la mort d’« El Mencho » constitue une arme à double tranchant. Comme le souligne Emiliano Alba, analyste en sécurité et criminalité organisée, à court terme le gouvernement de Claudia Sheinbaum peut capitaliser politiquement sur cet événement comme une victoire dans la lutte contre le narcotrafic, envoyant ainsi un message à l’opinion publique nationale et aux États-Unis : « Quelque chose a été fait». Cependant, les effets structurels sont d’une autre nature. « Concrètement, nous allons assister à une nouvelle réorganisation au sein du cartel. De violents conflits internes pour la succession sont à prévoir », explique Alba. Nemesio Oseguera occupait une place centrale au sein du CJNG et n’avait pas de successeur clairement désigné. Pour Alba, la chute du chef représente une vulnérabilité conjoncturelle, mais non un effondrement structurel. « C’est une faiblesse opérationnelle temporaire, mais l’organisation demeure », insiste-t-il, rappelant que le CJNG ne repose pas uniquement sur une figure centrale, mais sur un appareil consolidé, doté de réseaux territoriaux, financiers et politiques assurant sa continuité. L’analyste souligne que l’expérience historique montre que la stratégie de « décapitation » des organisations criminelles produit souvent des effets contre-productifs : « Couper la tête de l’hydre en fait surgir d’autres. » Fragmentation, luttes territoriales et violence liée à la succession sont des dynamiques bien connues au Mexique. Ce constat est d’autant plus pertinent que, selon Alba, la stratégie du secrétaire à la Sécurité et à la Protection citoyenne, Omar García Harfuch, s’était progressivement éloignée de l’élimination ciblée des dirigeants pour privilégier le démantèlement des structures. « Il ne s’agissait plus de décapiter les cartels, mais d’attaquer leurs réseaux politiques, financiers et territoriaux », précise-t-il, en référence à des opérations comme Enjambre, visant les alliances politiques et les réseaux de protection institutionnelle. Deux scénarios se dessinent : soit le CJNG poursuit ses activités sans son chef, soit il sombre dans une guerre interne pour le contrôle du pouvoir. Dans ce dernier cas, l’impact sur la sécurité publique serait direct. « Nous assisterions à une hausse des homicides », avertit le spécialiste David Saucedo auprès de l’AFP. Les États-Unis : le voisin encombrant Pour Edgar Guerra, le contexte international est déterminant. « On ne peut comprendre la politique de sécurité du gouvernement de Claudia Sheinbaum sans considérer la pression exercée par les États-Unis. L’administration de Donald Trump a exercé une forte pression sur le Mexique : saisies de fentanyl, contrôle migratoire accru, exigences opérationnelles renforcées. Tout cela fait partie du même ensemble de demandes. » Le gouvernement mexicain a d’ailleurs confirmé que l’opération avait bénéficié d’un appui américain en matière de renseignement. « Ce n’est pas seulement un problème mexicain ou jaliscien. C’est un problème mondial », souligne Guerra. Il ajoute : « Les États-Unis figurent parmi les principaux consommateurs de drogues illicites et l’un des principaux producteurs d’armes. Cela alimente les incitations économiques et matérielles du narcotrafic. Il s’agit donc d’un problème partagé, mais avec une responsabilité structurelle évidente du côté américain. » Une guerre sans fin La « guerre contre la drogue » n’est pas nouvelle au Mexique. Du mandat de Felipe Calderón à ceux qui ont suivi, la confrontation directe avec les cartels s’est imposée comme une constante depuis près de vingt ans. Pourtant, loin de réduire durablement la violence, le pays a traversé des cycles répétés de fragmentation criminelle, de recomposition territoriale et d’expansion des économies illicites. Selon l’Institut national de statistique et de géographie (INEGI), 33 241 homicides ont été enregistrés en 2024, dont 71,8 % par arme à feu. Sous Felipe Calderón (2006–2012), 122 462 assassinats ont été comptabilisés ; sous Enrique Peña Nieto (2012–2018), 157 158 ; et sous Andrés Manuel López Obrador (2018–2024), 202 336. Face à cette réalité, Alba estime qu’une approche exclusivement fondée sur l’affrontement est insuffisante. « Les stratégies contre le crime organisé doivent être globales. Il ne s’agit pas seulement de combattre les organisations, mais de restaurer l’autorité de l’État dans ces territoires et de garantir la sécurité des populations. Cela dépasse largement l’usage de la force. » Guerra partage ce diagnostic : le problème est profondément institutionnel. « Des responsables politiques et des fonctionnaires locaux et régionaux protègent ces groupes et ont permis leur consolidation. Démanteler ces réseaux de protection sera essentiel. » À cela s’ajoute un facteur clé : l’impunité. « Le crime organisé prospère au Mexique parce que l’impunité est structurelle. Sans elle, ces organisations ne pourraient se maintenir. » Dans ce contexte, la mort d’« El Mencho » ne constitue pas une rupture décisive, mais une nouvelle étape d’un conflit prolongé. Plus qu’une fin, elle marque le début d’une recomposition interne souvent synonyme de violence accrue. Comme le résume Alba : « Nous pourrions assister à un moment de calme, comme une accalmie dans l’œil du cyclone, mais seulement à court terme. Ensuite viendra la réorganisation. » Ainsi, ce qui apparaît aujourd’hui comme une victoire politique pourrait annoncer une nouvelle phase de reconfiguration violente. La question n’est plus de savoir s’il y aura des conséquences, mais lesquelles, où et avec quelle intensité. Pour des millions de Mexicains, le doute demeure : est-ce la paix avant la tempête ?
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Par Vanessa Kallas - Publié févr. 9, 2026 - 18:57
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« Espérer, c'est démentir l'avenir », Emil Cioran Cette citation, photographiée par Édouard Elias, a été écrite par le journaliste Samir Kassir sur un morceau de papier deux semaines avant son assassinat en 2005. Elle fait partie des nombreux objets personnels qu’Elias a photographiés afin de conserver la mémoire des victimes d’assassinats politiques au Liban depuis cette date. Portraits et reliques, documentant ces assassinats, sont réunis dans le cadre de l’exposition photographique «Remaining» (Ce(ux) qui restent), organisée pour la cinquième commémoration de l’assassinat de l’activiste Lokman Slim. Inaugurée le 7 février, en présence d’une foule nombreuse et de plusieurs personnalités, dont notamment les députés Marwan Hamadé et Michel Moawad et l’ancien ministre May Chidiac, l’exposition se poursuit jusqu’au 3 mars à Union Marks, à l’usine Abroyan, à Bourj Hammoud, tous les jours, de 14h à 20h. Elle est le fruit d’une collaboration entre le photographe et photojournaliste Édouard Elias et la journaliste et cinéaste Katia Jarjoura, qui en a assuré la conception. Elle est produite par la Fondation Lokman Slim, avec le soutien de l’Institut français. Grâce à cette exposition, la mémoire reprend vie. Entre passé et présent «Remaining» raconte l’histoire de 21 victimes d’assassinat, dont des responsables politiques, des membres de forces de sécurité, des écrivains, des journalistes, ainsi que des témoins et des survivants de tentatives d’assassinat. Les photographies rassemblent des images de leurs proches, des objets qui leur étaient chers, ainsi que les lieux et les scènes des crimes. Le visiteur est plongé dans une atmosphère empreinte de nostalgie et d’empathie. Inspiration et hommage A l’origine du projet, un lien personnel, souligne Katia Jarjoura: «Cette exposition photographique rend hommage à Lokman Slim, un ami qui m’était très cher, mais aussi à plusieurs victimes d’assassinats politiques au Liban, de 2005 à aujourd’hui. Nous voulions que la voix de ces victimes continue de résonner, alors même qu’on a voulu les faire taire. L’objectif est donc de redonner vie, d’une certaine manière, à ces victimes, à leurs idées, à leur présence, et montrer qu’elles ne sont pas mortes en vain». Édouard Elias revient pour sa part, sur le choix du nom donné à l’exposition: «Après la mort de quelqu’un, un sentiment d’absence subsiste. Et comme la justice n’a pas été rendue, c’est comme si ces personnes demeuraient dans un entre-deux. Elles sont toujours présentes: on n’a pas réussi à effacer les souvenirs, à retirer le chapeau toujours accroché à la penderie ou la montre qui traîne sur une table de nuit. C’est cela qui était important pour moi: montrer que ces personnes sont toujours présentes». Katia Jarjoura ajoute: «Dans un pays où le système judiciaire est très faible et où la plupart des crimes restent impunis, nous croyons que l’art engagé peut rapporter une réponse à ce problème». Entre approche visuelle et humanité partagée «Remaining» est entièrement conçue en noir et blanc. «Deux couleurs qui évoquent l’absence, la mémoire et le caractère intemporel des personnes qui ne sont plus là», explique Édouard Elias. «Je voulais que le travail soit sobre, sans effets de couleur ni interventions stylistiques, afin de placer tout le monde sur un pied d’égalité». À travers des objets du quotidien et des lieux familiers, Édouard Elias invite les visiteurs à percevoir l’humanité de ces familles et à prendre conscience de la proximité qui les unit. Depuis son indépendance, en 1943, le Liban a connu plus de 200 assassinats politiques, dont l’immense majorité demeure impunie. La loi d’amnistie de 1991, adoptée à la fin de la fin de guerre de 1975, a favorisé une culture d’impunité qui continue d’influencer la vie politique du pays. Après le départ des forces syriennes du Liban, en 2005, plusieurs figures de l’opposition à l’axe syro-iranien ont été liquidées. L’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri, en 2005, suivi de la création du Tribunal spécial pour le Liban (TSL), a cependant marqué un tournant. La procédure judiciaire engagée a mis au jour l’assassinat politique comme un outil d’influence syro-iranienne, sapant à la fois la souveraineté libanaise et l’État de droit. Qui était Lokman Slim ? Le 4 février 2021, Lokman Slim a été assassiné à Addoussiyé, dans le sud du Liban. Lokman Slim était un éditeur, un cinéaste et un militant politique libanais, reconnu pour son engagement sans concession en faveur des droits humains, des libertés civiles et de l’État de droit. Critique virulent du confessionnalisme, de la violence politique et de tout ce qui se pose en obstacle à l’édification d’un État de droit, il a cofondé avec son épouse, Monika Borgmann, le centre de documentation et de recherches, UMAM, une organisation dédiée à la préservation de la mémoire collective du Liban et à la promotion du débat public. «Remaining» est un appel urgent à la responsabilité et à la justice au Liban, afin que l’avenir cesse d’être redouté et puisse, enfin, être espéré.
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Par LevantTime . - Publié janv. 26, 2026 - 07:41
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Alors que les 47 membres du Conseil des droits de l'homme des Nations unies se sont alarmés dans une résolution de "l'ampleur sans précédent de la violente répression des manifestations pacifiques par les forces de sécurité" en Iran, le Haut-Commissaire Volker Türk a condamné les tirs par les forces de sécurité avec des "munitions réelles" sur les manifestants, déplorant la mort de "milliers" de personnes, dont des enfants. Au cœur de cette répression se trouvent le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI), bras idéologique du Guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei. Les « Pasdaran » ("gardiens" en farsi) constituent une force armée extrêmement organisée, accusée par les Occidentaux d'orchestrer et même de participer à la répression du mouvement contestataire. Qui sont-ils ? Les "Pasdaran" ont été créés en 1979 par le Guide suprême peu après la révolution islamique "afin de propager les idéaux de la révolution islamique", rappelle Clément Therme, chercheur associé à l'Institut international d'études iraniennes, cité par l’AFP. Une source diplomatique occidentale ayant requis l'anonymat avance un nombre approchant les 200.000 hommes. Au-delà de l'idéologie, "c'est une force armée qui fonctionne comme une armée d'élite avec des moyens terrestres, maritimes, aérospatiaux mais elle est mieux entraînée, mieux équipée, et mieux payée que l'armée" régulière, souligne cette source. Le CGRI est également le relais de Téhéran auprès de ses alliés dans la région, comme le Hezbollah libanais ou les groupes armés du Hachd al-Chaabi en Irak. Constitutionnellement, tous ses dirigeants sont nommés par le Guide suprême. En juin dernier, Ali Khamenei avait nommé comme nouveau chef Mohammad Pakpour pour succéder à Hossein Salami, tué lors de frappes aériennes israéliennes. C'est un ancien vétéran de la guerre Iran-Irak. Quels sont leurs moyens ? "C'est un empire dans un empire", souligne David Khalfa, notant que les "Pasdaran" détiennent ou contrôlent des sociétés dans tous les secteurs stratégiques de l'économie iranienne. "Ils ont une position quasi monopolistique", que ce soit dans les infrastructures (ports, transports, barrages, etc.), l'énergie (gaz et pétrole), les technologies, les télécoms, les secteurs financier et bancaire. Leur budget militaire est estimé entre 6 et 9 milliards de dollars par an, soit environ 40% du budget militaire officiel iranien, selon les données récoltées par le chercheur. "Ils contrôlent de facto l'économie iranienne". Comment fonctionnent-ils ? Les Gardiens ont mis en place un vaste réseau de renseignement qui est "le plus étoffé, le plus performant du régime iranien", explique David Khalfa, chercheur de la fondation Jean-Jaurès, cité par l’AFP. Ils sont capables de démanteler soigneusement et dans des délais record des réseaux de contestation, en identifiant en quelques minutes les chefs d'une contestation. Ils s'appuient sur une milice paramilitaire (les Bassidj), recrutée essentiellement dans la jeunesse, qui agit comme une organisation idéologique insérée dans toutes les institutions et toutes les strates de la société. Ils seraient entre 600 000 et 900 000 personnes, selon David Khalfa, sur la base des données croisées de divers centres de réflexion américains. Quel rôle jouent-ils dans la répression actuelle ? "Ils jouent un rôle central dans la répression parce qu'aujourd'hui, plus que jamais, ils sont le pilier du régime iranien, le pilier de sa pérennité, de sa survie", analyse David Khalfa. "Ils ont fixé une ligne politique et opérationnelle par rapport aux manifestations qui est: tolérance zéro", ajoute-t-il. D'où un nombre considérable de personnes tuées, au moins 700 en deux semaines, selon les ONG. Les experts estiment qu'au début des manifestations, les gardiens étaient probablement en retrait, s'appuyant sur les forces de sécurité locales et les Bassidj. Mais "depuis le départ, ils pilotent l'appareil répressif", "ils coordonnent le travail de répression systématique", souligne David Khalfa. La contestation ne faiblissant pas, ils ont envoyé leurs forces terrestres et leurs unités spéciales, explique le chercheur. Et dans "une stratégie de déni" de leur responsabilité, "ils agissent en civil", ajoute Clément Therme, pour ne pas se voir "attribuer directement une responsabilité en matière de violation des droits humains". Une organisation terroriste ? Dès 2019, les États-Unis ont inscrit les Gardiens de la Révolution sur la liste des organisations considérées comme terroristes par le département d'État . Des responsables européens, dont des eurodéputés, ont appelé ces derniers jours l'Union européenne à renforcer la pression contre les autorités iraniennes, réclamant, entre autres, d'inscrire elle aussi le CGRI dans la liste des organisations terroristes. L'Allemagne notamment y serait favorable alors que la Force Al-Qods, l'unité d'élite des Gardiens de la révolution qui agit à l'étranger, est soupçonnée d'être derrière une attaque contre une synagogue en 2021 sur le sol allemand, selon une source diplomatique.
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