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L'Essentiel de la semaine

Perspective d’escalade en Iran: tous les voyants sont au rouge
Par
Taline Becharraoui
Publié
avr. 5, 2026 - 13:23

La semaine qui vient de s’écouler au Moyen-Orient a été un crescendo de rhétorique et d’action militaire qui débouche, ce lundi 6 avril, sur la fin de l’ultimatum lancé par Donald Trump au régime des mollahs, le chef de la Maison Blanche menaçant « d’anéantir » les installations énergétiques de l’Iran. Une semaine au cours de laquelle le président américain a été tout sauf avare en déclarations, l’apothéose ayant été atteint samedi, lorsqu’il a donné 48 heures aux dirigeants en place à Téhéran pour avaliser l’accord qu’il leur a présenté, faute de quoi « l’enfer » s’abattra sur eux. Donald Trump leur demande « de conclure un accord ou d’ouvrir le détroit d’Ormuz », faisant référence à des négociations sur base des 15 points avancés par les Américains, et qui portent principalement sur l’abandon des programmes nucléaire et balistique, ainsi que l’arrêt du financement des alliés régionaux tels le Hezbollah. Le second pilote US retrouvé en vie Au cours de cette semaine, le président américain a soufflé le chaud et le froid, comme il le fait depuis le début de cette guerre contre le régime des mollahs, donnant tantôt des délais de deux ou trois semaines pour la fin du conflit, ou privilégiant d’autres fois la diplomatie en assurant que les Iraniens « veulent conclure un marché à tout prix ». Sauf qu’en fin de semaine, ce sont les Iraniens qui ont donné l’impression de chercher l’escalade. Samedi, ils ont refusé un cessez-le-feu de 48 heures proposé par les Américains, intensifiant au contraire leurs frappes contre Israël d’une part, et surtout les pays du Golfe d’autre part, où ils ont visé des infrastructures sensibles, comme les stations de désalinisation et des centrales électriques (au Koweït), à titre d’exemple. A un moment où les frappes contre leur territoire s’intensifient également, un incident peu banal a eu lieu samedi, quand une centrale nucléaire dans le sud du pays a été touchée. Plus encore, les gardiens de la Révolution iranienne (puisqu’ils dirigent désormais le pays, apparemment) ont décroché une « victoire » morale en abattant vendredi un avion F15 américain, avec deux commandants à son bord : l’un d’entre eux a été secouru rapidement par l’armée américaine ; le second a été retrouvé en vie, mais blessé, dans la nuit de samedi (heure de Beyrouth), au terme d’une vaste et très audacieuse opération de recherches menée en plein territoire iranien, pendant 48 heures, par des unités d’élite de l’armée américaine, appuyées sans discontinu par des hélicoptères et des avions de reconnaissance survolant le territoire iranien à basse altitude. L’opération de sauvetage menée sans encombre pendant deux jours par les unités d’élite US a été marquée, à son stade final, dans la nuit de samedi, par un accrochage avec des éléments des bajidj (la « police » répressive des Pasdaran) qui ont tenté in extremis de devancer les forces américaines pour capturer le commandant du F 15, dont la position avait été repérée par l’armée US. Les miliciens des fajidj ont toutefois subit de lourdes pertes et l’unité d’élite est parvenue à atteindre le commandant et à le secourir avant de se retirer vers un pays arabe voisin. Tirs intensifs contre les Emirats et le Koweït Pour en revenir aux opérations militaires « classiques », la fin de la semaine a été marquée par une intensification des tirs de missiles et de drones contre, notamment, les Emirats arabes unis et le Koweït où l’armée koweitienne a fait état samedi de l’interception, en 24 heures, de 8 missiles balistiques et 19 drones munis d’explosifs. Les Emirats ont indiqué pour leur part avoir intercepté en une seule journée, samedi, 23 missiles balistiques et 56 drones! Mais c’est au stade actuel le détroit d’Ormuz qui reste la pièce maîtresse de ce conflit armé, éclipsant toutes les autres problématiques soulevées par cette guerre, comme le nucléaire et le positionnement régional du régime des mollahs. Le pari iranien sur les répercussions de la fermeture de cette voie maritime stratégique a porté ses fruits : la hausse des prix des carburants pèse déjà sur l’économie de nombre de pays et sur le pouvoir d’achat dans des endroits très éloignés du centre du conflit au Moyen-Orient. Les Iraniens vont même jusqu’à prétendre vouloir profiter financièrement du passage dans ce détroit. Ils le gardent fermé depuis plusieurs semaines, ne laissant passer que les rares navires ayant obtenu leur permission (notamment les navires turcs et indiens), renforçant de ce fait l’impression de contrôle qu’ils maintiennent sur le détroit. Samedi, les sources iraniennes ont prétendu avoir visé et atteint un pétrolier « lié à Israël ». Autre escalade du côté de Téhéran : un média iranien a rapporté samedi une information selon laquelle les exportations de pétrole depuis la très stratégique île de Kharj, celle-là même que Trump menace de conquérir, ont augmenté malgré le conflit. Cette attitude iranienne, principalement les démentis successifs de négociations avec les Américains et le refus d’un cessez-le-feu de 48 heures, sont-ils le signe d’une radicalisation accrue des dirigeants iraniens ? Peu d’informations filtrent sur la situation politique interne en Iran, mais un indice significatif sur ce plan est perceptible dans les réactions à un article, pourtant mesuré, écrit dans la revue « Foreign Affairs » par l’ancien ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif. Celui-ci estime que l’Iran « a la main haute dans ce conflit », ayant pu résister à l’assaut mené contre lui, ce qui a abouti, selon lui, à « l’échec des deux belligérants à obliger le régime à capituler ». Il souligne que l’Iran devrait profiter de cette donne non pas pour poursuivre le combat et provoquer des destructions encore plus dévastatrices, mais pour négocier et offrir de « mettre volontairement des limites à son programme nucléaire et rouvrir le détroit d’Ormuz, en échange de la levée de toutes les sanctions ». Les réactions hostiles à cet article ont illustré la polarisation qui découle de cette guerre, mais les réactions les plus significatives sont celles, extrêmement virulentes, des conservateurs radicaux iraniens qui ont été jusqu’à considérer Zarif comme « naïf » ou même un « traître », l’accusant de vouloir envoyer des signaux de faiblesse en pleine guerre. Entre-temps, le nouveau guide suprême, Mojtaba Khamenei, reste invisible. En bref, les Iraniens donnent l’impression de vouloir pousser leurs deux ennemis dans leurs derniers retranchements. Pour mieux négocier ou dans une fuite en avant ? Quel est (sont) le(s) scénario(s) possible(s) de l’intervention de l’armée américaine la semaine prochaine ? Sachant que le chef d’Etat major de l’armée US a été limogé cette semaine par le ministre de la Guerre Pete Hegseth, au profit d’une figure « qui met mieux en application la politique du président Trump ». Un signe de durcissement du côté américain également. En tout état de cause, la semaine qui s’annonce donne l’impression d’être un tournant dans la guerre. Au Liban … Sur l’autre front, celui du Liban, la même atmosphère d’escalade règne entre le Hezbollah et Israël. La milice chiite mène une action parallèle à celle du parrain iranien, lançant sans arrêt ses roquettes, missiles et drones sur le nord israélien et sur les positions israéliennes à l’intérieur du territoire. De son côté, l’armée israélienne pratique la politique de la terre brûlée dans les villages frontaliers, tout en bombardant extensivement de nombreuses régions. Le nombre de tués ne cesse de croître, avec plus de 1400 victimes depuis le 2 mars. Un dangereux développement a eu lieu en fin de semaine, samedi soir, confirmant la tendance d’une implication de plus en plus grande de la Békaa dans le conflit : des menaces israéliennes de frapper le poste-frontière de Masnaa, entre le Liban et la Syrie, ont obligé les forces de sécurité libanaises à vider le poste en urgence. Pourquoi s’en prendre aux frontières libano-syriennes ? Soupçons plus ou moins réalistes de contrebande d’armes au profit du Hezbollah ? Le ministre des Travaux publics et des Transports Fayez Rassamny a démenti que le poste-frontière ne soit pas bien contrôlé. Volonté de blocus ? L’avenir le dira. A noter une étrange coïncidence : le 28 mars, les autorités syriennes ont découvert et fermé un tunnel qui traversait la frontière, et qui a servi, selon elles, à la contrebande pratiquée par le Hezbollah… Au cours de la semaine écoulée, la résistance des villages chrétiens du Liban-Sud a beaucoup fait parler d’elle : une décision de « repositionner » l’armée libanaise au fur et à mesure de l’avancée israélienne a attiré à la Grande muette de très virulentes critiques concernant ce qui semble être un abandon de ces populations qui risquent leur vie pour rester attachées à leur terre. L’armée a justifié son initiative par la volonté de ne pas se faire encercler, assurant qu’elle garderait des militaires en poste. Si l’armée libanaise est dans le viseur des belligérants du Sud, la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) l’est aussi. Le 30 mars, trois Casques bleus de nationalité indonésienne ont été tués dans une frappe. Trois autre Casques bleus indonésiens ont été blessés quelques jours plus tard. A moins d’un an de son départ définitif, fin 2026, le rôle de la FINUL est une fois de plus remis en question. Un autre épisode a beaucoup interrogé cette semaine : alors que le Hezbollah continue d’afficher une certitude absolue dans son combat et à vanter l’héroïsme de ses combattants, l’armée israélienne a publié des vidéos sur les interrogatoires qu’elle dit être ceux des détenus de ce parti, enlevés lors de combats au Liban. Leurs aveux apportent une preuve d’un moral au plus bas, de combattants qui se posent des questions sur le sens de leur engagement mais reconnaissent ne pas pouvoir « dire non » au parti… Il est évident que la véracité de ces documents peut être remise en cause, mais leur publication provoque un électrochoc. L’avenir du Liban semble plus confus que jamais, et une éventuelle escalade en Iran ajouterait aux incertitudes et aux appréhensions réelles des Libanais. Un autre pays semble se fragiliser progressivement, même s’il n’est pas dans une guerre ouverte comme le Liban : l’Irak donne de plus en plus l’impression d’être une scène ouverte au conflit en cours. Outre les attentats contre des intérêts américains que les autorités n’arrivent pas à endiguer, le premier enlèvement d’un ressortissant américain, une journaliste, par les « Kataëb Hezbollah » pro-iraniens, s’est déroulé en plein Bagdad, ce qui en dit long sur la situation de fait accompli imposé, là aussi, par les factions inféodées aux Gardiens de la révolution iranienne.

Malgré le sursis de Trump, un élargissement du conflit
Par
LevantTime .
Publié
mars 29, 2026 - 17:48

La semaine qui vient de s’écouler, la quatrième depuis le début du conflit entre Israël et les Etats-Unis d’une part, et l’Iran d’autre part, aura brouillé encore plus les pistes concernant une éventuelle sortie de crise. L’état réel du régime iranien reste une énigme, notamment au regard d’une déclaration mystérieuse du président américain Donald Trump en fin de semaine, estimant qu’« un changement de régime aurait effectivement déjà eu lieu », et alors que le sort du Guide suprême Mojtaba Khamenei demeure inconnu. Le président américain a contribué, par ses multiples déclarations, à rendre encore plus opaque le paysage, même s’il continue à jouer la carte de la confiance et que ses collaborateurs et lui assurent de manière répétée que la fin du conflit est une affaire de semaines. Il a beaucoup été question de négociations cette semaine : celle-ci a commencé par un sursis de cinq jours accordé par Trump aux Iraniens après un week-end de menaces contre leurs infrastructures énergétiques : le délai de vendredi n’était pas encore arrivé qu’une prorogation de ce délai était annoncée, jusqu’au 6 avril. Entre-temps, une liste de 15 exigences américaines à l’adresse des Iraniens était dévoilée dans des médias crédibles, comportant principalement des conditions sur la fin des programmes iraniens de développement nucléaire et de missiles balistiques, et l’arrêt de l’appui aux proxys de Téhéran dans la région, tels que le Hezbollah libanais, le Hached al-Chaabi irakien ou les houthis yéménites. Les Iraniens ont répondu par une liste de six points portant notamment sur la condition d’un cessez-le-feu préalable aux négociations et l’obtention de garanties quant à un arrêt total de la guerre. Malgré les multiples démentis iraniens concernant des pourparlers qui seraient en cours, des efforts déployés par le médiateur pressenti, le Pakistan, et d’autres médiateurs, tels que l’Egypte, sont rapportés dans les médias, ce qui expliquerait le nouveau sursis américain. Il reste que le rythme de la guerre n’a pas diminué. Les frappes israélo-américaines se sont poursuivies avec force contre les infrastructures du régime iranien : en fin de semaine, des avions israéliens ont bombardé des sites nucléaires. D’un autre côté, la perspective d’une intervention militaire terrestre américaine se précise également, et des plans sur la prise d’îles iraniennes sont évoqués également dans les médias. Des experts ukrainiens Un nouvel allié dans la guerre contre l’Iran s’est joint aux efforts : le président ukrainien Volodymyr Zelensky a ainsi dépêché des experts spécialisés dans l’interception de drones en Arabie saoudite et aux Emirats arabes unis. De son côté, la partie iranienne ne donne pas de signes visibles d’essoufflement dans ses attaques contre les pays du Golfe tout comme contre Israël. De plus, les Gardiens de la révolution, qui semblent occuper une place de plus en plus centrale dans le régime, ont pris cette semaine des mesures pour fermer totalement le détroit d’Ormuz afin d’impacter plus durablement l’économie mondiale par la hausse des prix du pétrole. En bref, la guerre semble connaître une expansion, non seulement dans l’intensité des frappes, mais géographiquement. Le territoire irakien est plus fréquemment visé par des frappes, et les milices pro-iraniennes y sont de plus en plus actives. L’ambassade des Etats-Unis à Bagdad est régulièrement visée et l’a été une nouvelle fois ce week-end. Toutefois, le développement le plus dramatique de cette semaine aura été l’entrée en guerre d’un allié de l’Iran, resté silencieux jusque-là, les Houthis du Yémen. Tard vendredi, ils ont annoncé que si les frappes se poursuivaient en Iran, ils ouvriraient le front de leur côté, menaçant même de fermer un autre détroit crucial, celui de Bab el-Mendeb, et de paralyser la navigation au niveau de la Mer rouge, comme ils l’ont déjà fait lors du conflit à Gaza et au Liban en 2024. En effet, tôt samedi, les premiers missiles yéménites se dirigeaient vers le sud d’Israël. L’intervention de la milice yéménite pro-iranienne à ce moment précis viendrait renforcer les efforts des Gardiens de la révolution pour maintenir la pression économique, parallèlement à l’étau qui se resserre contre l’intérieur iranien. Répercussions économiques et G7 Cette carte iranienne des rebelles houthis est jouée à un moment où les répercussions économiques de la fermeture du détroit d’Ormuz s’aggravent. Le baril du pétrole a dépassé les 100 dollars, les populations et les secteurs économiques du monde entier en ressentent déjà les effets. Cette question a été au centre de la réunion des ministres des Affaires étrangères du G7 en France cette semaine. Le communiqué officiel de cette réunion a insisté sur la nécessité d’arrêter les tirs contre les civils et d’œuvrer à rouvrir le détroit d’Ormuz. Dans les coulisses, le secrétaire d’Etat américain Marco Rubio, qui effectuait là son premier déplacement à l’étranger depuis le début de la guerre, le 28 février, a été interrogé par ses homologues sur les perspectives du conflit. Il avait lui-même dit aux journalistes qu’il allait les exhorter à participer aux efforts de réouverture d’Ormuz. La guerre contre le régime iranien a suscité ces derniers jours une tension dans le camp occidental: le refus européen de s’y impliquer est une source de mécontentement pour le président américain, qui a insinué, lors d’une déclaration en fin de semaine, que son pays pourrait ne plus se tenir aux côtés des pays de l’Alliance atlantique après la fin du conflit… Incursion israélienne au Liban-Sud à partir du Golan Parallèlement, la situation au Liban se complique de jour en jour. Les avancées israéliennes au Liban-Sud se précisent, avec des informations confirmées sur une infiltration israélienne de plusieurs kilomètres en territoire libanais et un début d’occupation de plusieurs points stratégiques. La grande nouveauté de dimanche matin sur ce plan est l’infiltration de soldats israéliens au Sud à partir du Golan, plus précisément du Mont Hermon, un territoire occupé par les Israéliens en 2024. Ce développement militaire vise de toute évidence à encercler encore plus les miliciens du Hezbollah au Liban-Sud, en prolongement d’opérations menées par l’armée israélienne dans des régions comme Khiam, Bint Jbeil ou Naqoura. Entre-temps, ce conflit devient de plus en plus sanglant au Liban, où la barre des 1100 tués civils a été dépassé cette semaine. Le Hezbollah ne communique toujours pas sur ses pertes en vies humaines mais l’armée israélienne parle de centaines de tués (non moins de 800), sans compter des miliciens capturés et emmenés en Israël. Elle a aussi communiqué sur des tués et des blessés dans ses rangs. Un mystérieux épisode a eu lieu cette semaine dans le ciel d’une région jusque-là épargnée, celle du Kesrouan, au nord de Beyrouth. Mardi, de fortes explosions ont été entendues au-dessus de Jounieh, chef-lieu du caza, avec des débris tombés sur des domiciles sans faire de victimes. Seule certitude, le missile est iranien, mais d’où a-t-il été lancé et quelle était sa destination finale ? L’option la plus plausible est qu’il a été détruit au-dessus du Kesrouan par un missile intercepteur, probablement tiré depuis la mer. Parmi les destinations possibles évoquées, l’ambassade des Etats-Unis à Awkar, ou bien l’aéroport de Hamate, au nord du Liban, où se trouve une présence américaine. « Congrès pour le salut du Liban » à Meerab Le développement le plus important cette semaine au Liban aura été purement politique. La décision prise mardi, 24 mars, par l’Etat libanais de retirer l’accréditation de l’ambassadeur d’Iran Mohammad Reza Shibani et de l’expulser du territoire, tout en rappelant le chef de la mission diplomatique libanaise à Téhéran. Shibani avait été nommé à la mi-février et n’avait pas encore présenté ses lettres de créance au président de la République. La décision, annoncée par le ministère des Affaires étrangères sur base de concertations avec le président de la République et le Premier ministre, est due aux ingérences iraniennes dans les affaires libanaises, qui ont mené notamment à cette nouvelle guerre enclenchée le 2 mars par la milice pro-iranienne, dont l’activité militaire a été rendue illégale par une décision du gouvernement prise le 2 mars. Sans surprise, cette décision a provoqué l’ire du duo chiite, Amal et le Hezbollah, dont les ministres n’ont pas participé à la dernière réunion du conseil des ministres jeudi. A partir de ce dimanche 29 mars, l’ambassadeur est persona non grata au Liban et pourrait même être arrêté par n’importe quel agent de sécurité. Les Iraniens et leurs alliés libanais choisiront-ils la confrontation en prônant le maintien de ce « diplomate » au Liban ? Cela semble être le cas. Mais les partis chiites ont prouvé que malgré leur position en flèche dans cette affaire, ils ne souhaitaient pas l’implosion du gouvernement. Côté iranien, pas de réaction explicite, mais certains signes à décrypter. Vendredi, au lendemain du conseil des ministres libanais, le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a appelé le président du Parlement (et chef d’Amal) Nabih Berry, pour « exprimer sa solidarité avec le Liban contre l’agression israélienne ». On n’en sait pas plus sur la teneur de l’entretien téléphonique entre les deux hommes. Le même jour, les Gardiens de la révolution ont publié un étrange document sur leur compte Telegram, une notice nécrologique de six « diplomates » iraniens assassinés par Israël au cours d’un raid, dont quatre tués en même temps dans une chambre d’hôtel à Beyrouth… La notice les présente revêtus d’un costume militaire indiquant leur grade au sein du corps des Gardiens! L’autre développement politique important de cette semaine a été la tenue de larges assises politiques au quartier général des Forces libanaises, à Meerab, dans le Kesrouan. Y ont participé de nombreuses personnalités chrétiennes des FL et des Kataëb, des indépendants ainsi que des personnalités sunnites et chiites connues pour leur opposition au Hezbollah. Les principaux points du communiqué publié à l’issue de ces assises portent sur la demande de création d’un tribunal spécial qui serait chargé de juger les responsables ayant entrainé le Liban dans la guerre contre le gré de l’Etat et de l’écrasante majorité des Libanais, ainsi que la réclamation, à l’Iran, d’indemnités en compensation des pertes subies durant cette guerre. En marge de cette rencontre, le président des FL a déclaré au média libanais en ligne « Houna Loubnane » qu’«aucun budget puisé du Trésor libanais ne sera déboursé pour financer les conséquences de cette guerre, tant au niveau des déplacés que de la reconstruction », du fait que ceux qui ont provoqué ce nouveau conflit armé, sans consulter personne, doivent, eux, en assumer les retombées financières, et non pas l’Etat qui a été placé devant le fait accompli sur ce plan.

Nouvelle semaine de développements à portée stratégique
Par
Taline Becharraoui
Publié
mars 22, 2026 - 16:35

La mort de l’homme fort du régime iranien, Ali Larijani, mardi 17 mars, et celle de plusieurs autres hauts responsables et cadres supérieurs des Gardiens de la Révolution et des Basidj, n’a pas réduit l’implication de ce régime dans le conflit, puisqu’il vient de lancer des missiles balistiques pour la première fois à l’extérieur du Moyen-Orient, en direction de Diego Garcia, à 4000 kilomètres, et qu’il a ciblé Dimona, au sud d’Israël samedi soir. Au Liban, c’est sur le front du Sud que les combats font rage. La troisième semaine de la confrontation entre les puissantes armées américaine et israélienne d’une part, et le régime iranien d’autre part, a été aussi riche en rebondissements que ses précédentes, et l’état dans lequel se trouve désormais le régime iranien est plus que jamais précaire, même si sa force de frappe demeure non négligeable. Le régime a en effet perdu cette semaine, plus précisément le 17 mars, sa principale figure centrale, depuis l’assassinat du Guide suprême Ali Khamenei le 28 février dernier, en la personne de son puissant chef de la sécurité Ali Larijani, l’une des personnalités politiques iraniennes les plus expérimentées, considéré comme l’homme fort du régime. Celui-ci a été tué lors d’une frappe israélienne contre un appartement de Téhéran où il venait de débarquer, en compagnie de son fils et d’autres cadres du régime. Un assassinat ciblé qui a été suivi de celui d’autres cadres des Gardiens de la révolution et des Basidj, la police répressive sous la supervision des Pasdaran. La mort de Larijani, qui tenait les rênes du pouvoir depuis la disparition du Guide suprême, a posé de nombreux points d’interrogation sur le commandement actuel du régime, d’autant que le successeur de Ali Khamenei, qui n’est autre que son fils Mojtaba Khamenei, n’a toujours pas fait d’apparition publique et son sort reste inconnu. Blessé lors de la même frappe qui a tué son père, de nombreux membres de sa famille et une quarantaine de hauts responsables du régime, le nouveau Guide suprême serait vivant, selon un rapport des services secrets américains publié dans des médias internationaux cette semaine. Le nouveau Guide a publié un deuxième message vendredi, dans lequel il hausse le ton et assure que « l’ennemi a été vaincu ». Militairement, l’Iran continue de montrer des capacités non négligeables malgré les destructions sur son sol, avec des attaques inédites en fin de semaine, qui constituent un tournant dans la guerre. Deux missiles balistiques de portée intermédiaire ont ainsi été lancés vers la base américano-britannique de Diego Garcia, sur une île de l’océan Indien à plus de 4000 kilomètres du sol iranien, et d’où partent des avions de combat en mission en Iran. Le chef d’état-major israélien Eyal Zamir a affirmé que ce tir montre la capacité des Iraniens à menacer des capitales européennes. L’autre nouvelle menace militaire qui a pointé cette semaine implique des installations nucléaires: après des frappes israélo-américaines sur le site de Natanz en Iran, c’était au tour de la ville de Dimona au sud d’Israël, qui abrite une installation nucléaire, d’être la cible de missiles iraniens. La frappe, qui a fait plus de 170 blessés (à Dimona et Arad), n’a pas entraîné un niveau de radioactivité anormal à cet endroit, selon l’Agence internationale pour l’énergie atomique. Ces attaques préfigurent-elles une nouvelle phase du conflit? Au cours de la semaine écoulée, le détroit d’Ormuz et sa fermeture face aux pétroliers ont continué d’être au centre des préoccupations. Le président américain Donald Trump a terminé la semaine par une menace d’anéantir les installations énergétiques de l’Iran si le détroit n’était pas ouvert dans les 48 heures, ce qui a entraîné de nouvelles menaces iraniennes contre les installations américaines de la région. Un rapport d’Axios avait fait état deux jours plus tôt d’un plan potentiel d’occupation américaine de l’importante île de Kharg, cruciale pour les exportations iraniennes d’hydrocarbures, en vue de faire pression pour la réouverture du détroit. Durant cette semaine, le président américain a soufflé le chaud et le froid concernant l’intervention en Iran, estimant tantôt, dans une déclaration vendredi, vouloir réduire l’intensité de la guerre parce que ses objectifs ont été atteints « des semaines à l’avance », ou menaçant tantôt d’escalade, sans être disposé à négocier avec les Iraniens. Entre-temps, l’armée américaine devrait déployer 2000 nouveaux soldats au Moyen-Orient, selon des sources officielles à Reuters. De son côté, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a multiplié les déclarations cette semaine, avec pour idée centrale le fait que les Iraniens ne sont pas disposés à négocier un simple cessez-le-feu, mais une fin définitive de la guerre. La restructuration du Hezbollah par l’Iran Entre-temps, aucune accalmie n’a eu lieu sur le front du Liban-Sud, ouvert par le Hezbollah contre Israël, et qui est le théâtre de nombre d’attaques coordonnées entre les miliciens du parti et les Iraniens. Après une nuit enflammée entre mardi et mercredi au cours de laquelle le cœur de la capitale Beyrouth a été ciblé sans avertissements préalables, ce qui est le signe d’assassinats israéliens ciblés, et quelques attaques sporadiques sur la banlieue-sud désormais vidée de ses habitants, il semble que l’essentiel de la confrontation se déroule dorénavant sur le terrain du Liban-Sud, à la frontière, entre combattants des deux camps. Les noms des villages de Khiam et de Tibé, à Marjayoun, sont revenus dans les médias toute la semaine, tout comme Naqoura, dans la région de Tyr, qui vient d’être englobé dans le front. Tout au long de la semaine, le Hezbollah a communiqué de manière intensive sur ses « attaques » contre « des soldats ennemis », à l’intérieur du territoire libanais comme en territoire israélien. Le parti reste silencieux sur ses propres pertes humaines, alors même que l’armée israélienne affirme avoir tué plus de 500 miliciens du Hezb. D’un autre côté, l’état des avancées israéliennes sur le terrain libanais reste une inconnue. Officiellement, Israël a approuvé en fin de semaine de nouveaux plans de bataille au Liban. Cette semaine a également été marquée par la publication d’un rapport, évoqué par Reuters, le 21 mars, sur la restructuration du Hezbollah par les Gardiens de la Révolution depuis la signature du cessez-le-feu du 27 novembre 2024 et la fin du précédent conflit, qui montre toute l’inanité des efforts de désarmement de la milice. En effet, ce rapport, très documenté, montre comment, après la débâcle du parti lors de ce conflit et l’assassinat de son chef historique en septembre 2024, les Iraniens se sont investis dans la restructuration de la formation chiite via l’envoi d’une centaine de cadres militaires au Liban, dans le plus grand secret. Le Hezbollah qui combat aujourd’hui serait donc radicalement différent de celui des dernières années. Ses troupes seraient réparties en groupes plus petits et autonomes sur le terrain, comptant beaucoup moins sur la communication entre eux. Démantèlement de réseaux au Koweït et aux EAU Politiquement, le Hezbollah reste très isolé sur la scène interne tout comme l’Iran sur la scène régionale. Une réunion des ministres des Affaires étrangères des pays arabes et islamiques dans la capitale saoudienne, jeudi, a résulté en un communiqué au ton ferme sur le droit à la légitime défense des Etats du Golfe, bombardés par les Iraniens depuis le premier jour. Le Liban, par la voix de son ministre des AE Joe Raggi, a réaffirmé l’importance de la proposition libanaise de négociations directes avec Israël. Cette proposition, lancée par le président libanais Joseph Aoun depuis l’ouverture de ce nouveau front le 2 mars, reste entravée par le refus israélien d’une part, et des partis chiites libanais d’autre part, malgré des efforts français cette semaine. La France, qui a dépêché son ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot à Beyrouth puis à Tel Aviv, n’a apparemment pu ouvrir aucune brèche jusque-là. La position libanaise officielle été réitérée par le Premier ministre libanais Nawaf Salam lors d’une interview très remarquée à CNN, jeudi, au cours de laquelle il a appelé le président américain à intervenir pour encourager les négociations directes et mettre fin à une guerre au Liban qui a déjà fait plus de 1000 morts civils. Cette semaine a vu également le démantèlement de réseaux du Hezbollah au Koweït puis aux Emirats arabes unis, qui s’apprêtaient, selon ces pays, à mener « des opérations terroristes » sur leur sol. La position libanaise est significative à cet égard : malgré un démenti du Hezbollah d’une quelconque implication dans ces deux pays, les autorités libanaises, pat la voix du président Joseph Aoun, ont condamné ces actions, réaffirmant le soutien libanais officiel aux deux Etats du Golfe. Les déclarations libanaises sonnent cependant de plus en plus creux, alors même que l’initiative de guerre reste aux mains d’une milice dont la présence a été déclarée hors-la-loi par le gouvernement libanais depuis le 2 mars ; mais le parti pro-iranien n’en a visiblement pas cure. L’agressivité croissante des déclarations hezbollahies, dont celle, particulièrement virulente, du vice-président du conseil politique du parti Mahmoud Comati, qui a menacé de représailles les « traîtres » après la guerre, montre un durcissement de la ligne du parti, tout comme un élargissement des divisions entre les Libanais. Et ce, alors que plus d’un million de Libanais du Sud sont actuellement pris en charge dans les différentes régions libanaises.

Frappes stratégiques contre l’Iran, proposition de négociations directes libano-israéliennes

En Iran, le sort du nouveau Guide suprême Mojtaba Khamenei pose question, et une île iranienne hautement stratégique a été prise pour cible par l’aviation américaine. Sur le front libanais, Israël poursuit son offensive terrestre malgré quelques avancées diplomatiques ces derniers jours autour de l’idée de négociations directes avec Israël, lancée par le gouvernement libanais ; une proposition qui reste tributaire du terrain. Pour la deuxième semaine consécutive, le Moyen-Orient vit comme dans une histoire en accéléré. L’attaque contre l’Iran par les armées israélienne et américaine se poursuit, avec des bombardements intensifs ayant atteint, le 14 mars, l’île iranienne hautement stratégique de Kharg, au nord du Golfe persique. Cette île abrite de grandes infrastructures pétrolières qui ont intentionnellement épargnées par les Américains, alors que le président Donald Trump indiquait que des installations militaires avaient été réduites à néant. L’attaque contre cette île constitue un développement fondamental car elle fait planer une menace potentielle sur les exportations pétrolières de l’Iran. De leur côté, les Iraniens, surtout par la voix des Gardiens de la révolution, se sont employés à montrer leur domination sur le détroit d’Ormuz, par lequel transite non moins de 20% du pétrole mondial. Ils ont déclaré empêcher le passage de tout pétrolier relevant de leurs « ennemis », en l’occurrence les Etats-Unis et Israël et leurs alliés, épargnant les bateaux de pays comme l’Inde, par exemple. Les Iraniens ont par ailleurs menacé de miner le détroit, ce qui a entraîné une riposte américaine ayant détruit largement leurs capacités navales. Le 14 mars, Donald Trump a appelé les pays concernés par les dangers pesant sur leurs bateaux à envoyer des bâtiments militaires escorter les pétroliers lors de leur passage dans ce détroit. Ce que les Iraniens auront réussi à provoquer, c’est une hausse mondiale des prix du pétrole, particulièrement préjudiciable au président Trump, à quelques mois des élections de mi-mandat aux Etats-Unis. Mais leurs propres attaques contre les Etats arabes du Golfe et les intérêts américains dans la région, tout comme contre Israël, ont largement baissé en intensité. Serait-ce un essoufflement de leurs capacités militaires face à l’ampleur de l’offensive (qui a détruit, selon leurs ennemis, une grande partie de leur production militaire), ou une réduction tactique dans l’utilisation de leurs missiles et de leurs drones pour tenir bon plus longtemps, dans une intention visible de fatiguer leurs ennemis et de permettre au régime des mollahs de survivre? L’autre question ayant préoccupé les observateurs cette semaine est la santé du nouveau Guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei. Les rumeurs sur son état de santé se sont intensifiées au cours de la semaine, et il est progressivement apparu, notamment dans des rapports de services secrets israéliens et américains cités dans des déclarations officielles, comme ayant été gravement blessé lors de la frappe qui a tué son père, l’ayatollah Ali Khamenei, et plusieurs membres de sa famille directe, par une frappe israélienne à Téhéran le 28 février 2026, lors du lancement de la guerre. Et ce qui a renforcé les rumeurs est le premier message adressé à la nation iranienne par Mojtaba Khamenei le 12 mars, qui a été lu par une présentatrice et dans lequel le principal intéressé n’est pas apparu. Un discours qui reprend largement les messages du très radical chef de la sécurité iranienne, Ali Larijani. En tout état de cause, les rumeurs les plus folles circulent sur lui : il serait défiguré et/ou amputé des deux jambes, il serait dans le coma, il serait même décédé, il aurait été transporté en Russie pour y être hospitalisé… A suivre. Entre-temps au Liban Le front libanais, lui, n’a pas connu de répit durant cette semaine, bien au contraire. On y a remarqué des attaques coordonnées entre le Hezbollah, dont les combattants sont largement revenus au sud du Litani, et aux frontières avec Israël (si tant est qu’ils s’en soient jamais éloignés) et les attaques venant directement de Téhéran. Le parti, dont l’activité a été qualifiée d’illégale par le gouvernement libanais dès le 2 mars sans que cela ne soit suivi d’action effective sur le terrain, a même intensifié ses opérations à partir du mercredi 11 mars, lançant ce jour-là une centaine de roquettes dans une seule attaque. La grande absente du conflit reste l’armée libanaise. L’autre développement sur le terrain est l’incursion terrestre de plus en plus marquée des soldats israéliens en territoire libanais. Des combats ont lieu avec les miliciens du Hezbollah dans plus d’un secteur, en particulier autour du très stratégique village de Khiam, au Liban-Sud, avec la possibilité d’une offensive terrestre israélienne de plus en plus claire, notamment au vu des renforcements militaires à la frontière. Le plus grave, pour le front libanais, c’est qu’il pourrait durer même au-delà de la guerre en Iran, comme cela est apparu dans des déclarations israéliennes cette semaine. Malgré tous les efforts de propagande du Hezbollah visant à justifier son entrée en guerre, l’équilibre des forces reste plus inégal que jamais, puisque les attaques du parti pro-iranien n’auraient jusque-là tué que deux militaires israéliens (selon les sources de l’armée israélienne), et n’ont provoqué aucun mouvement de population au nord d’Israël. En revanche, au Liban, le compteur des morts civiles s’affole (plus de 800 déjà selon le ministère de la Santé), et les déplacés sont plus de 800 000 déjà à avoir trouvé refuge dans des régions jugées plus sûres. Le gouvernement libanais tente de contenir le mouvement avec plus ou moins de réussite, et les aides internationales commencent à affluer, mais à un rythme qui demeure limité jusque-là. A ce propos, il faudrait retenir la visite du secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres à Beyrouth cette semaine, pour exprimer sa « solidarité » avec le peuple libanais. Ses appels à la désescalade ne devraient pas pour autant être entendus par les belligérants. Au niveau politique, la proposition de « négociations directes » avec Israël avancée par le président de la République Joseph Aoun reste embryonnaire bien qu’elle ait fait du chemin en fin de semaine. Ayant été confrontée à un silence américain et israélien les premiers jours, cette proposition a reçu le soutien du président français Emmanuel Macron en fin de semaine, et il est déjà question d’une possibilité que de telles négociations se tiennent à l’avenir à Chypre ou à Paris. Le Quai d’Orsay a nié cependant, samedi, avoir élaboré un plan de paix entre le Liban et Israël. Du côté libanais, on parle déjà de la formation du comité qui sera chargé des négociations, avec des noms qui circulent, comme celui du chercheur Paul Salem par exemple. Il reste cependant une inconnue importante, celle d’un éventuel nom chiite, un point que le président du Parlement Nabih Berry refuse de trancher pour le moment, d’autant qu’il cherche à imposer la condition d’un cessez-le-feu avant les pourparlers. Le Hezbollah lui-même, par la voix de son secrétaire général Naïm Kassem, dans un discours vendredi, a demandé au gouvernement libanais « de ne pas faire de concessions gratuites » à Israël. Côté israélien, le principal développement consiste dans le fait que le Premier ministre Benjamin Netanyahu a chargé l’ancien ministre Ron Dermer du dossier libanais. Jusqu’à nouvel ordre, cependant, le principal mot de la fin dépendra des résultats des développements sur le terrain.

Les huit premiers jours d’un conflit qui changera le Moyen-Orient
Par
Taline Becharraoui
Publié
mars 8, 2026 - 16:09

Du coup d’envoi, le 28 février, de l’offensive israélo-américaine contre le régime des mollahs iraniens, maquée par l’assassinat du Guide suprême de la République islamique Ali Khamenei, jusqu’à l’embrasement du front du Liban-Sud, à l’aube du 1 er mars, en passant par les frappes iraniennes sur tous les pays du Golfe arabe, la première semaine de la nouvelle guerre du Moyen-Orient est sans conteste historique à plus d’un égard. Il est des années qui peuvent se résumer en quelques mots, et des semaines qui semblent être des années. Les jours écoulés du 28 janvier au 8 mars 2026 ont été si riches en rebondissements qu’ils pourraient être qualifiés de passage d’une ère à une autre. Le point de départ a été le déclenchement, pourtant prévisible, des frappes israélo-américaines contre le régime iranien, après l’échec des négociations sur le dossier nucléaire, le programme de missiles balistiques à longue portée et le sort des antennes régionales des Pasdaran, notamment le Hezbollah libanais. Le reste a été une succession de surprises, comme si l’attaque sur l’Iran avait ouvert une boîte de Pandore. La première surprise est venue de la précision des frappes israéliennes en ce samedi 28 février au matin, qui ont abouti, comme cela sera annoncé des heures plus tard, au succès de l’assassinat du Guide suprême de la révolution iranienne, Ali Khamenei, le véritable chef spirituel et politique de ce pays, en même temps qu’une quarantaine de hauts responsables et cadres supérieurs iraniens, dont le ministre de la Défense, le chef des Pasdaran, le chef des Renseignements et le plus proche conseiller de Khamenei. Jusqu’à quel point ce premier coup, et les premiers bombardements américano-israéliens en territoire iranien, ont-ils déstabilisé ce pays ? A titre de représailles, le régime créera la surprise en dirigeant ses missiles balistiques non seulement contre Israël ou les bases américaines de la région, comme cela aurait été prévisible, mais surtout vers les Etats arabes du Golfe, jusque-là considérés comme des symboles de sécurité et de stabilité. Les agressions contre les pays du Golfe Quotidiennement, depuis le début de cette guerre, les infrastructures civiles du Koweït, des Emirats arabes unis, du Bahreïn, de Qatar, d’Arabie saoudite et même du sultanat d’Oman, pourtant intermédiaire privilégié dans les négociations irano-américaines, sont pilonnées par les missiles des Gardiens de la révolution. Depuis huit jours, leurs aéroports sont quasiment fermés et leur légendaire sécurité interne est bafouée, malgré l’interception de la grande majorité des missiles et drones iraniens lancés contre leur territoire. Et même lorsque le président iranien Masoud Pezeshkian se résout à « s’excuser » auprès de ces pays pour les dommages causés, huit jours après le déclenchement du conflit, leur promettant la « suspension » des frappes contre eux, les tirs se sont poursuivis le jour même, suggérant soit une position conciliante tactique, de pure façade, des Iraniens, soit un début d’effritement du régime entre l’aile dure représentée par les Pasdarans, et une autorité politique supposément plus modérée. Dans tous les cas, un autre signe de l’affaiblissement du régime iranien a été le retard dans la désignation d’un successeur à Khamenei durant les huit derniers jours, sachant que les Gardiens de la révolution cherchent à imposer la candidature du fils du Guide assassiné, Mojtaba Khamenei, dont la désignation est rejetée par les Américains. Les Israéliens, eux, continuent à s’opposer à toute élection d’un nouveau Guide : après avoir frappé une première fois le lieu de réunion du Conseil iranien des experts chargé de cette mission, l’armée israélienne, par la voix de son porte-parole arabophone, Avichay Adraee, a une fois de plus menacé ce conseil d’un nouveau ciblage en cas de réunion pour le vote, qui serait « imminent ». En tout état de cause, cette première semaine du conflit s’est achevée dans la nuit du 7 au 8 mars par une escalade d’ordre « qualitatif », à savoir le bombardement de quatre entrepôts de carburants à la périphérie de Téhéran, ce qui a provoqué des incendies monstres tout autour de la capitale. L’ouverture du front au Liban L’autre surprise de taille a été la réouverture par le Hezbollah du front du Liban-Sud. Cette initiative, suicidaire dans tous les sens du terme, est intervenue à la demande express des Pasdaran. Dans ce qui a constitué une déclaration de guerre à Israël, le parti pro-iranien a ainsi lancé des roquettes Katioucha contre le territoire israélien dans la nuit du 1 er au 2 mars, près de 48 heures après le début de l’offensive américano-israélienne et moins de deux ans et demi après la « guerre de soutien » à Gaza, le 8 octobre 2023, dont le pays ne s’est pas encore relevé. Incrédules, les Libanais se sont à nouveau retrouvés embourbés dans un cercle vicieux de violence, de bombardements destructeurs, d’exode des habitants de régions entières au Liban-Sud, à la banlieue-sud de Beyrouth et dans la Békaa-nord. Le Hezbollah, lui, poursuit ses attaques quotidiennes vers le nord d’Israël, employant des roquettes et des drones. Il a même lancé des drones contre une base britannique dans la paisible île de Chypre. Des chars Merkava israéliens à la frontière libanaise. Après ce nouveau front ouvert à partir d’un pays exsangue, miné par la crise économique et les conséquences d’une guerre très récente, même les plus farouches défenseurs de la « libanité » (!) du Hezbollah ont dû réviser leurs théories. Car ce parti, qui continuait à subir, sans réagir, des assassinats ciblés israéliens malgré le cessez-le-feu du 27 novembre 2024, n’a riposté qu’à l’assassinat du Guide suprême de la révolution iranienne, ce qui a été perçu unanimement comme une claire réponse à un ordre venu du « parrain » iranien. Des menaces israéliennes Cette décision a pris de court l’ensemble de la classe politique libanaise, dont notamment l’allié du parti pro-iranien, le chef du mouvement Amal et président du Parlement libanais, Nabih Berry. Le président de la République Joseph Aoun et le gouvernement de Nawaf Salam se sont clairement positionnés contre cette décision unilatérale du Hezbollah, décrétant comme « illégales » toutes ses activités militaires et lui enjoignant de remettre ses armes, comme il ressort d’une résolution du Conseil des ministres, datée du lundi 2 mars. Toutefois, cette décision inédite des autorités libanaises, dont la mise à exécution a été confiée à l’armée libanaise (chargée précédemment de désarmer le sud du Litani, avec le succès que l’on sait), n’a pas mis le pouvoir à l’abri des critiques internes ni des menaces israéliennes, face au retour des combattants du Hezb aux frontières. Le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a menacé samedi le Liban d’un lourd tribut à payer s’il n’arrive pas à désarmer ce parti. En tout état de cause, ce nouveau conflit semble différent de celui qui l’a précédé : l’armée israélienne occupe des espaces encore plus importants, elle a même effectué une descente héliportée dans un village de la Békaa, samedi 7 mars, et toute la région au sud du Litani est désormais évacuée par les habitants, ainsi que la banlieue-sud de Beyrouth. Parmi les assassinats ciblés, plusieurs ont visé des cadres iraniens des Gardiens de la révolution, dont dans le Mont-Liban et à Beyrouth, régions considérées comme « sûres ». L’issue de ce nouvel épisode sanglant est plus incertaine que jamais. Le régime iranien a décidé de semer le chaos, et de sacrifier à nouveau des pays comme l’Irak, et, surtout, le Liban, ainsi que ses relations avec les pays voisins, du Golfe arabe jusqu’à l’Azerbaïdjan et Chypre. A quoi ressemblera le Moyen-Orient après cet explosif épisode ? Sans nul doute, ce conflit jouera le rôle d’accélérateur de l’histoire.

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