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L'Essentiel de la semaine

Frappes stratégiques contre l’Iran, proposition de négociations directes libano-israéliennes

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A la frontière entre le Liban et Israël, l'armée de l'Etat hébreu reçoit davantage de renforts en vue d'une probable invasion terrestre. (Odd Andersen/AFP)
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Par Taline Becharraoui
Publié mars 15, 2026 - 15:42

En Iran, le sort du nouveau Guide suprême Mojtaba Khamenei pose question, et une île iranienne hautement stratégique a été prise pour cible par l’aviation américaine. Sur le front libanais, Israël poursuit son offensive terrestre malgré quelques avancées diplomatiques ces derniers jours autour de l’idée de négociations directes avec Israël, lancée par le gouvernement libanais ; une proposition qui reste tributaire du terrain. 


Pour la deuxième semaine consécutive, le Moyen-Orient vit comme dans une histoire en accéléré. L’attaque contre l’Iran par les armées israélienne et américaine se poursuit, avec des bombardements intensifs ayant atteint, le 14 mars, l’île iranienne hautement stratégique de Kharg, au nord du Golfe persique. Cette île abrite de grandes infrastructures pétrolières qui ont intentionnellement épargnées par les Américains, alors que le président Donald Trump indiquait que des installations militaires avaient été réduites à néant. L’attaque contre cette île constitue un développement fondamental car elle fait planer une menace potentielle sur les exportations pétrolières de l’Iran. 

De leur côté, les Iraniens, surtout par la voix des Gardiens de la révolution, se sont employés à montrer leur domination sur le détroit d’Ormuz, par lequel transite non moins de 20% du pétrole mondial. Ils ont déclaré empêcher le passage de tout pétrolier relevant de leurs « ennemis », en l’occurrence les Etats-Unis et Israël et leurs alliés, épargnant les bateaux de pays comme l’Inde, par exemple. 

Les Iraniens ont par ailleurs menacé de miner le détroit, ce qui a entraîné une riposte américaine ayant détruit largement leurs capacités navales. Le 14 mars, Donald Trump a appelé les pays concernés par les dangers pesant sur leurs bateaux à envoyer des bâtiments militaires escorter les pétroliers lors de leur passage dans ce détroit. 

Ce que les Iraniens auront réussi à provoquer, c’est une hausse mondiale des prix du pétrole, particulièrement préjudiciable au président Trump, à quelques mois des élections de mi-mandat aux Etats-Unis. Mais leurs propres attaques contre les Etats arabes du Golfe et les intérêts américains dans la région, tout comme contre Israël, ont largement baissé en intensité. Serait-ce un essoufflement de leurs capacités militaires face à l’ampleur de l’offensive (qui a détruit, selon leurs ennemis, une grande partie de leur production militaire), ou une réduction tactique dans l’utilisation de leurs missiles et de leurs drones pour tenir bon plus longtemps, dans une intention visible de fatiguer leurs ennemis et de permettre au régime des mollahs de survivre? 

L’autre question ayant préoccupé les observateurs cette semaine est la santé du nouveau Guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei. Les rumeurs sur son état de santé se sont intensifiées au cours de la semaine, et il est progressivement apparu, notamment dans des rapports de services secrets israéliens et américains cités dans des déclarations officielles, comme ayant été gravement blessé lors de la frappe qui a tué son père, l’ayatollah Ali Khamenei, et plusieurs membres de sa famille directe, par une frappe israélienne à Téhéran le 28 février 2026, lors du lancement de la guerre. 

Et ce qui a renforcé les rumeurs est le premier message adressé à la nation iranienne par Mojtaba Khamenei le 12 mars, qui a été lu par une présentatrice et dans lequel le principal intéressé n’est pas apparu. Un discours qui reprend largement les messages du très radical chef de la sécurité iranienne, Ali Larijani. En tout état de cause, les rumeurs les plus folles circulent sur lui : il serait défiguré et/ou amputé des deux jambes, il serait dans le coma, il serait même décédé, il aurait été transporté en Russie pour y être hospitalisé… A suivre. 

Entre-temps au Liban

Le front libanais, lui, n’a pas connu de répit durant cette semaine, bien au contraire. On y a remarqué des attaques coordonnées entre le Hezbollah, dont les combattants sont largement revenus au sud du Litani, et aux frontières avec Israël (si tant est qu’ils s’en soient jamais éloignés) et les attaques venant directement de Téhéran. Le parti, dont l’activité a été qualifiée d’illégale par le gouvernement libanais dès le 2 mars sans que cela ne soit suivi d’action effective sur le terrain, a même intensifié ses opérations à partir du mercredi 11 mars, lançant ce jour-là une centaine de roquettes dans une seule attaque. La grande absente du conflit reste l’armée libanaise. 

L’autre développement sur le terrain est l’incursion terrestre de plus en plus marquée des soldats israéliens en territoire libanais. Des combats ont lieu avec les miliciens du Hezbollah dans plus d’un secteur, en particulier autour du très stratégique village de Khiam, au Liban-Sud, avec la possibilité d’une offensive terrestre israélienne de plus en plus claire, notamment au vu des renforcements militaires à la frontière. Le plus grave, pour le front libanais, c’est qu’il pourrait durer même au-delà de la guerre en Iran, comme cela est apparu dans des déclarations israéliennes cette semaine.

Malgré tous les efforts de propagande du Hezbollah visant à justifier son entrée en guerre, l’équilibre des forces reste plus inégal que jamais, puisque les attaques du parti pro-iranien n’auraient jusque-là tué que deux militaires israéliens (selon les sources de l’armée israélienne), et n’ont provoqué aucun mouvement de population au nord d’Israël. En revanche, au Liban, le compteur des morts civiles s’affole (plus de 800 déjà selon le ministère de la Santé), et les déplacés sont plus de 800 000 déjà à avoir trouvé refuge dans des régions jugées plus sûres. Le gouvernement libanais tente de contenir le mouvement avec plus ou moins de réussite, et les aides internationales commencent à affluer, mais à un rythme qui demeure limité jusque-là. 

A ce propos, il faudrait retenir la visite du secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres à Beyrouth cette semaine, pour exprimer sa « solidarité » avec le peuple libanais. Ses appels à la désescalade ne devraient pas pour autant être entendus par les belligérants. 

Au niveau politique, la proposition de « négociations directes » avec Israël avancée par le président de la République Joseph Aoun reste embryonnaire bien qu’elle ait fait du chemin en fin de semaine. Ayant été confrontée à un silence américain et israélien les premiers jours, cette proposition a reçu le soutien du président français Emmanuel Macron en fin de semaine, et il est déjà question d’une possibilité que de telles négociations se tiennent à l’avenir à Chypre ou à Paris. Le Quai d’Orsay a nié cependant, samedi, avoir élaboré un plan de paix entre le Liban et Israël. 

Du côté libanais, on parle déjà de la formation du comité qui sera chargé des négociations, avec des noms qui circulent, comme celui du chercheur Paul Salem par exemple. Il reste cependant une inconnue importante, celle d’un éventuel nom chiite, un point que le président du Parlement Nabih Berry refuse de trancher pour le moment, d’autant qu’il cherche à imposer la condition d’un cessez-le-feu avant les pourparlers. Le Hezbollah lui-même, par la voix de son secrétaire général Naïm Kassem, dans un discours vendredi, a demandé au gouvernement libanais « de ne pas faire de concessions gratuites » à Israël. Côté israélien, le principal développement consiste dans le fait que le Premier ministre Benjamin Netanyahu a chargé l’ancien ministre Ron Dermer du dossier libanais. 

Jusqu’à nouvel ordre, cependant, le principal mot de la fin dépendra des résultats des développements sur le terrain. 


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