


Du coup d’envoi, le 28 février, de l’offensive israélo-américaine contre le régime des mollahs iraniens, maquée par l’assassinat du Guide suprême de la République islamique Ali Khamenei, jusqu’à l’embrasement du front du Liban-Sud, à l’aube du 1er mars, en passant par les frappes iraniennes sur tous les pays du Golfe arabe, la première semaine de la nouvelle guerre du Moyen-Orient est sans conteste historique à plus d’un égard.
Il est des années qui peuvent se résumer en quelques mots, et des semaines qui semblent être des années. Les jours écoulés du 28 janvier au 8 mars 2026 ont été si riches en rebondissements qu’ils pourraient être qualifiés de passage d’une ère à une autre.
Le point de départ a été le déclenchement, pourtant prévisible, des frappes israélo-américaines contre le régime iranien, après l’échec des négociations sur le dossier nucléaire, le programme de missiles balistiques à longue portée et le sort des antennes régionales des Pasdaran, notamment le Hezbollah libanais. Le reste a été une succession de surprises, comme si l’attaque sur l’Iran avait ouvert une boîte de Pandore.
La première surprise est venue de la précision des frappes israéliennes en ce samedi 28 février au matin, qui ont abouti, comme cela sera annoncé des heures plus tard, au succès de l’assassinat du Guide suprême de la révolution iranienne, Ali Khamenei, le véritable chef spirituel et politique de ce pays, en même temps qu’une quarantaine de hauts responsables et cadres supérieurs iraniens, dont le ministre de la Défense, le chef des Pasdaran, le chef des Renseignements et le plus proche conseiller de Khamenei.

Jusqu’à quel point ce premier coup, et les premiers bombardements américano-israéliens en territoire iranien, ont-ils déstabilisé ce pays ? A titre de représailles, le régime créera la surprise en dirigeant ses missiles balistiques non seulement contre Israël ou les bases américaines de la région, comme cela aurait été prévisible, mais surtout vers les Etats arabes du Golfe, jusque-là considérés comme des symboles de sécurité et de stabilité.
Les agressions contre les pays du Golfe
Quotidiennement, depuis le début de cette guerre, les infrastructures civiles du Koweït, des Emirats arabes unis, du Bahreïn, de Qatar, d’Arabie saoudite et même du sultanat d’Oman, pourtant intermédiaire privilégié dans les négociations irano-américaines, sont pilonnées par les missiles des Gardiens de la révolution. Depuis huit jours, leurs aéroports sont quasiment fermés et leur légendaire sécurité interne est bafouée, malgré l’interception de la grande majorité des missiles et drones iraniens lancés contre leur territoire.
Et même lorsque le président iranien Masoud Pezeshkian se résout à « s’excuser » auprès de ces pays pour les dommages causés, huit jours après le déclenchement du conflit, leur promettant la « suspension » des frappes contre eux, les tirs se sont poursuivis le jour même, suggérant soit une position conciliante tactique, de pure façade, des Iraniens, soit un début d’effritement du régime entre l’aile dure représentée par les Pasdarans, et une autorité politique supposément plus modérée.
Dans tous les cas, un autre signe de l’affaiblissement du régime iranien a été le retard dans la désignation d’un successeur à Khamenei durant les huit derniers jours, sachant que les Gardiens de la révolution cherchent à imposer la candidature du fils du Guide assassiné, Mojtaba Khamenei, dont la désignation est rejetée par les Américains. Les Israéliens, eux, continuent à s’opposer à toute élection d’un nouveau Guide : après avoir frappé une première fois le lieu de réunion du Conseil iranien des experts chargé de cette mission, l’armée israélienne, par la voix de son porte-parole arabophone, Avichay Adraee, a une fois de plus menacé ce conseil d’un nouveau ciblage en cas de réunion pour le vote, qui serait « imminent ».
En tout état de cause, cette première semaine du conflit s’est achevée dans la nuit du 7 au 8 mars par une escalade d’ordre « qualitatif », à savoir le bombardement de quatre entrepôts de carburants à la périphérie de Téhéran, ce qui a provoqué des incendies monstres tout autour de la capitale.
L’ouverture du front au Liban
L’autre surprise de taille a été la réouverture par le Hezbollah du front du Liban-Sud. Cette initiative, suicidaire dans tous les sens du terme, est intervenue à la demande express des Pasdaran. Dans ce qui a constitué une déclaration de guerre à Israël, le parti pro-iranien a ainsi lancé des roquettes Katioucha contre le territoire israélien dans la nuit du 1er au 2 mars, près de 48 heures après le début de l’offensive américano-israélienne et moins de deux ans et demi après la « guerre de soutien » à Gaza, le 8 octobre 2023, dont le pays ne s’est pas encore relevé.
Incrédules, les Libanais se sont à nouveau retrouvés embourbés dans un cercle vicieux de violence, de bombardements destructeurs, d’exode des habitants de régions entières au Liban-Sud, à la banlieue-sud de Beyrouth et dans la Békaa-nord. Le Hezbollah, lui, poursuit ses attaques quotidiennes vers le nord d’Israël, employant des roquettes et des drones. Il a même lancé des drones contre une base britannique dans la paisible île de Chypre.

Des chars Merkava israéliens à la frontière libanaise.
Après ce nouveau front ouvert à partir d’un pays exsangue, miné par la crise économique et les conséquences d’une guerre très récente, même les plus farouches défenseurs de la « libanité » (!) du Hezbollah ont dû réviser leurs théories. Car ce parti, qui continuait à subir, sans réagir, des assassinats ciblés israéliens malgré le cessez-le-feu du 27 novembre 2024, n’a riposté qu’à l’assassinat du Guide suprême de la révolution iranienne, ce qui a été perçu unanimement comme une claire réponse à un ordre venu du « parrain » iranien.
Des menaces israéliennes
Cette décision a pris de court l’ensemble de la classe politique libanaise, dont notamment l’allié du parti pro-iranien, le chef du mouvement Amal et président du Parlement libanais, Nabih Berry. Le président de la République Joseph Aoun et le gouvernement de Nawaf Salam se sont clairement positionnés contre cette décision unilatérale du Hezbollah, décrétant comme « illégales » toutes ses activités militaires et lui enjoignant de remettre ses armes, comme il ressort d’une résolution du Conseil des ministres, datée du lundi 2 mars.
Toutefois, cette décision inédite des autorités libanaises, dont la mise à exécution a été confiée à l’armée libanaise (chargée précédemment de désarmer le sud du Litani, avec le succès que l’on sait), n’a pas mis le pouvoir à l’abri des critiques internes ni des menaces israéliennes, face au retour des combattants du Hezb aux frontières. Le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a menacé samedi le Liban d’un lourd tribut à payer s’il n’arrive pas à désarmer ce parti.
En tout état de cause, ce nouveau conflit semble différent de celui qui l’a précédé : l’armée israélienne occupe des espaces encore plus importants, elle a même effectué une descente héliportée dans un village de la Békaa, samedi 7 mars, et toute la région au sud du Litani est désormais évacuée par les habitants, ainsi que la banlieue-sud de Beyrouth. Parmi les assassinats ciblés, plusieurs ont visé des cadres iraniens des Gardiens de la révolution, dont dans le Mont-Liban et à Beyrouth, régions considérées comme « sûres ». L’issue de ce nouvel épisode sanglant est plus incertaine que jamais.
Le régime iranien a décidé de semer le chaos, et de sacrifier à nouveau des pays comme l’Irak, et, surtout, le Liban, ainsi que ses relations avec les pays voisins, du Golfe arabe jusqu’à l’Azerbaïdjan et Chypre. A quoi ressemblera le Moyen-Orient après cet explosif épisode ? Sans nul doute, ce conflit jouera le rôle d’accélérateur de l’histoire.