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Strategia

USA-Iran: les jalons de la conflagration annoncée
Par
Khalil Helou
Publié
févr. 25, 2026 - 20:55

Le face-à-face Iran-Etats-Unis rappelle une citation du stratège militaire chinois Sun Tzu (4 e – 5 e siècle Av. J.C.) : « L'art suprême de la guerre est de soumettre l'ennemi sans combattre ». Le président Donald Trump semble adopter une stratégie basée sur cette citation, et il entretient volontairement l'ambiguïté afin de garder le secret sur ses objectifs stratégiques et sa réflexion militaire. Frappes, guerre d’envergure, menaces soutenues (de part et d’autre) qui risquent de dégénérer à tout moment … Les spéculations vont bon train. La concentration des moyens de guerre américains au Moyen-Orient est énorme et ne laisse planer aucun doute quant aux vastes dommages que ces moyens peuvent faire subir à l’Iran. A cet égard, et parlant de ses navires de guerre, le président Trump a déclaré la semaine dernière aux journalistes : « Ils doivent bien naviguer quelque part. Autant qu'ils naviguent près de l'Iran ». Toutefois, la stratégie du président Trump basée sur la citation de Sun Tzu ne saurait s’appliquer au cas de l’Iran où les mollahs et les Gardiens de la Révolution font prévaloir l’idéologie au détriment des données objectives. De plus, le régime fera tout pour survivre, quitte à provoquer la chute du temple sur lui et sur ses adversaires. Historiquement, l’Iran Khomeyniste n’a plié que deux fois et cela après des frappes douloureuses : la première, après la destruction d’une grande partie de la marine iranienne par l’US Navy, les très lourdes pertes subies face à l’armée irakienne, et après de fortes pressions économiques, Téhéran a fini par accepter la résolution 598 de juillet 1988, adoptée par le Conseil de Sécurité un an auparavant et stipulant un arrêt de la guerre avec l’Irak. La seconde fois est intervenue en juin 2025 après 12 jours de frappes israéliennes et un bombardement massif américain contre les installations nucléaires ; les mollahs ont alors immédiatement accepté un cessez-le-feu proposé par le président Trump via le Qatar. Les raids de l’aviation US La détermination iranienne à enrichir l’uranium radioactif et à poursuivre la fabrication de missiles balistiques ainsi que la présence de l’armada américaine dans la région mèneront fort probablement à une confrontation armée lourde de conséquences pour l’Iran, mais aussi avec des risques réels de pertes américaines. En effet, le 23 février courant, le Pentagone avait fait part au président Trump de ses inquiétudes quant aux risques d'une campagne militaire prolongée contre l'Iran, notamment pour ce qui a trait aux pertes en vies humaines. Cela n’a rien d’étonnant, mais est-ce qu’une frappe américaine contre l’Iran risque d’être longue ? Et que veux-t-on dire par « longue » ? Entre mars et mai 2025, au début de la première année du second mandat du président Trump, les Etats-Unis ont mené des frappes contre les Houthis qui n’ont cessé qu’avec l’arrêt de leurs attaques contre la navigation internationale. En juin 2025, les bombardiers B2 de l’US Air Force ont déversé sur l’Iran une douzaine de bombes de 10 tonnes chacune, causant des dégâts massifs aux sites nucléaires iraniens. Puis en décembre 2025, l’aviation américaine a riposté contre l’Etat Islamique en Syrie, ciblant 70 objectifs, et le même mois les missiles américains ont pris pour cible l’Etat Islamique au Nigéria. Début 2026, Maduro a été capturé et remis à la justice de New York, et depuis lors on dénombre des dizaines de frappes de l’US Navy contre l’Etat Islamique et l’organisation Al-Shabab en Somalie. Bilan : zéro mort américain et succès militaires et politiques incontestables pour Washington. Gagner du temps Le président Trump a jusque-là tenu ses promesses électorales : finies les guerres sans fin où les Etats-Unis s’enlisent. Il est certain qu’il tient à continuer à tenir ses promesses pour une multitude de raisons, dont les élections législatives de mi-mandat, sa réputation personnelle et sa volonté de préserver la suprématie des Etats-Unis non seulement sur le continent américain, comme le stipule sa stratégie nationale de 2025 conformément à la doctrine « Monroe », mais de par le monde. L’Iran khomeyniste pour sa part a vu huit présidents se succéder à Washington, dont trois se sont affrontés à Téhéran : Carter, Reagan et Trump. Les autres se sont suffis des sanctions qui n’ont pas empêché l’Iran de développer sa formidable force militaire, de soutenir ses milices alliées et de s’étendre dans la région, ce qui indique des brèches béantes dans ces sanctions, surtout côté exportation de pétrole. Les mollahs ont toujours adopté la stratégie visant à gagner du temps, à exploiter la diplomatie pour avancer dans leurs programmes nucléaire et balistique, et faire trainer en longueur toute négociation. Les huit présidents américains étaient fort occupés chez eux et dans le monde pour se concentrer sur l’Iran. La crise actuelle est différente. Même si Washington souhaite achever le conflit par un accord selon ses propres conditions – ce qui est peu probable – la concentration de forces militaires, la position iranienne intraitable sur l’enrichissement des matières fissiles et la fabrication de missiles, avec en parallèle des discours enflammés de part et d’autre, mènent droit à une confrontation. Face à ce risque, et selon Nate Swanson dans Foreign Affairs du 24 février courant, « la Maison Blanche affiche une confiance généralisée dans la capacité du président Donald Trump à gérer les conséquences d'une telle confrontation. Cette confiance s'inscrit dans une tendance qui, depuis des années, façonne la pensée de Trump ». Ceci dit, les jours et les semaines qui viennent mettront fin aux spéculations, et plusieurs indices montrent qu’une fort probable frappe américaine sera « limitée », ce terme étant très relatif. Il est certain, vu les menaces iraniennes de représailles contre la douzaine de bases militaires américaines dans les pays du Golfe ainsi que contre les ambassades des Etats-Unis, les menaces de minage du détroit d’Ormuz et l’usage de missiles antinavires supersoniques par les Gardiens de la Révolution iraniens, la frappe ou la guerre américaine visera dès les premières heures la marine iranienne pour sécuriser Ormuz, les batteries antiaériennes pour assurer la maitrise du ciel, les sites de missiles anti navires terre-mer pour sécuriser les manœuvres navales, et surtout les postes de commandement, sans compter la mise en œuvre des moyens cybernétiques et électromagnétiques pour aveugler les radars de veille iraniens. Si cette frappe semble énorme pour certains, elle est relativement limitée vu que l’Iran compte 90 millions d’habitants et s’étend sur 1,6 million de km². Une riposte/escalade iranienne ? Un enlisement américain ? Peut-être ! Mais nous sommes loin de la guerre du Vietnam, et de la guerre d’Irak. Pas de troupes américaines au sol en Iran, cela est certain, sauf pour des opérations très précises et de durée éclair, ce qui évite l’exposition à une guérilla. Les moyens asymétriques de l’Iran et de leurs alliés dans la région ne feront pas le poids dans le contexte actuel, et ils ont fait preuve de fugacité dans la guerre contre Israël. Il reste que quelle que soit l’issue, guerre ou pas guerre, chute du régime ou pas, l’Iran n’est plus ce qu’il était au cours des deux dernières décennies.

L’Algérie à l’heure du tournant saharien
Par
Khairallah Khairallah
Publié
févr. 11, 2026 - 13:30

La réunion tenue récemment au siège de l’ambassade des États-Unis à Madrid, consacrée à l’application de la résolution 2797 adoptée le 31 octobre dernier au sujet du Sahara marocain, ne saurait être considérée comme un événement ordinaire. La présence de l’Algérie, représentée par son ministre des Affaires étrangères Ahmed Attaf, revêt une importance particulière en ce qu’elle remet les faits à leur juste place : en l’occurrence que le différend relatif au Sahara est, à l’origine, un conflit maroco-algérien, le Front Polisario n’étant qu’un instrument mobilisé par le régime algérien pour légitimer une guerre d’usure menée contre le Maroc depuis près d’un demi-siècle, c’est-à-dire depuis la récupération par le Royaume de ses provinces sahariennes à la suite du retrait du colonisateur espagnol en novembre 1975. Lors de cette rencontre organisée sous l’égide de Massad Boulos, envoyé spécial US pour l’Afrique, le Maroc était représenté par son ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita. Y participaient également le ministre mauritanien des Affaires étrangères, Mohamed Salem Ould Merzoug, un représentant du « Polisario » ainsi que l’envoyé personnel du secrétaire général des Nations unies, Staffan de Mistura. Ce n’est pas la première fois que l’Algérie prend part à une réunion liée à l’avenir du Sahara. Mais c’est la première fois qu’elle participe à une discussion dont le socle est précisément la résolution 2797, laquelle consacre l’initiative marocaine d’autonomie comme unique document sur la table des négociations. Selon des sources proches des travaux, l’Algérie a tenté de remettre en avant la question du « droit à l’autodétermination », en faisant abstraction du fait que la résolution du Conseil de sécurité souligne explicitement une autonomie « dans le cadre de la souveraineté marocaine ». Plus encore, le régime algérien n’aurait consenti à s’engager dans des discussions relatives à l’autonomie qu’en raison de pressions américaines. Ces mêmes pressions ont conduit le Maroc à détailler sa vision dans un document de quarante pages. À l’origine, l’initiative d’autonomie présentée par le roi Mohammed VI en 2007 depuis Laâyoune ne comptait que trois pages, articulées autour de la consécration de la souveraineté marocaine et d’une décentralisation élargie. L’essentiel réside désormais dans la portée politique de la participation algérienne à la réunion de Madrid. Alger ne se serait pas déplacée sans la conviction qu’aucune amélioration de ses relations avec Washington n’était envisageable en dehors d’un engagement dans des négociations fondées sur la proposition marocaine. Elle aurait préféré maintenir ses réserves à l’égard de la résolution 2797 et continuer d’instrumentaliser le Polisario. Mais la prise de conscience qu’une telle posture compromettrait toute tentative de redynamisation du lien avec les États-Unis — au moment où ses relations avec la France se sont effondrées et où celles avec la Russie se heurtent aux divergences de vues sur le Mali — a conduit à ce repositionnement. À cela s’ajoute la reconnaissance américaine, en 2020, de la marocanité du Sahara, reconnaissance suivie par plusieurs capitales européennes. Elle consacre l’absence de perspective pour le projet visant à faire du Sahara un satellite de l’orbite algérienne. La stabilité du Sahel apparaît désormais liée à l’autorité du Maroc sur ses provinces sahariennes, plutôt qu’à la liberté d’action laissée au Polisario dans un environnement marqué par les réseaux extrémistes et les circuits de contrebande. La participation algérienne à la réunion de Madrid constitue donc un pas vers le réalisme politique — et peut-être aussi vers l’affranchissement d’un complexe historique vis-à-vis du Maroc. Il ne s’agit nullement d’un geste mineur. La question est de savoir si l’Algérie souhaite enfin se libérer du passé et de l’illusion d’un accès à l’Atlantique sans l’accord explicite du Maroc. Le Sahara marocain dispose d’une vaste façade atlantique, et le port en eaux profondes de Dakhla s’inscrit désormais dans les ambitions africaines d’ouverture maritime. L’Algérie pourrait bénéficier d’un corridor terrestre vers l’océan, à travers le Sahara marocain. Cela suppose une coopération avec Rabat plutôt qu’un maintien dans la rupture diplomatique, la fermeture des frontières depuis 1994 et l’interdiction de survol de l’espace aérien algérien. En définitive, la reconnaissance de la marocanité du Sahara pourrait ouvrir la voie à une réorientation stratégique de l’Algérie, loin des postures stériles et des surenchères qui l’ont conduite jusqu’à soutenir le régime syrien dirigé par Bachar el-Assad. Il n’y aurait rien d’inconvenant à permettre aux Algériens de visiter le Maroc, d’observer ses avancées en matière de développement et d’infrastructures, en dépit de l’absence de ressources énergétiques comparables. Un tel geste traduirait un choix d’avenir plutôt qu’un attachement à des slogans révolutionnaires périmés. Quand l’Algérie reconnaîtra-t-elle la marocanité du Sahara, au lieu de voir son ministre quitter par une porte dérobée la réunion madrilène pour éviter une photo aux côtés de son homologue marocain ?

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