
Il existe des mots-clés dont la seule énonciation suffit à mettre en alerte votre interlocuteur du camp de la momana’a : dès que l’on prononce «Palestine», «résistance», «Amérique» ou «Israël», quelque chose se déclenche en lui, une sorte de commutateur mental, et il se raidit au point où tout débat serein et objectif devient impossible. Le problème au Liban n’est plus aujourd’hui celui du désaccord des opinions, mais bien l’absence du processus de pensée lui-même. Les positions toutes faites sont convoquées instantanément, les discours répétés à l’identique, les choix maintenus en dépit de ce qui change autour d’eux. Comme si nous ne nous remettions jamais en question, ne réévaluions rien, ne nous demandions pas: pensons-nous encore vraiment à ce que nous faisons, ou ne faisons-nous que répéter ce à quoi nous sommes habitués, simplement parce que cela fait désormais partie de notre identité? C’est précisément là que commence le danger, quand la répétition se substitue à la pensée.









