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Regard posé

Des illusions de paix au Liban
Par
Rami Rayess
Publié
juin 8, 2026 - 07:55

Si l'état d'abattement que vivent les Libanais en cette période se comprend au vu des défaites successives qui les accablent depuis des années — et qui ont atteint leur paroxysme avec les deux guerres d'appui déclenchées par le Hezbollah sans consulter quiconque, guerres qui ont conduit au retour de l'occupation israélienne, au déplacement de plus d'un million de Libanais et à la destruction intégrale de villages du Liban-Sud —, l'enthousiasme excessif de certains pour la paix avec Israël, et la précipitation d'autres vers la normalisation, médiatique ou non, ne trouvent pour leur part aucune justification logique, et il faut au moins les qualifier d'impatients et d'irresponsables.

Amnistie générale: le déclin de la justice, de la politique et de la morale!

Au lieu de se muer en occasion pour ouvrir un débat sérieux sur les fondements du système judiciaire, de la justice et de la peine au Liban, le débat politique et juridique autour du projet de loi d’amnistie générale s’est transformé en joute confessionnelle et sectaire, entièrement étrangère aux principes fondateurs de la loi attendue, à savoir garantir la justice, réparer le tort causé à des détenus privés depuis des années de leur droit naturel à être jugés dans des délais raisonnables, et traiter bien entendu la question de la surpopulation carcérale, laquelle bafoue le minimum des droits de l’homme même à l’égard d’un prisonnier ou d’un prévenu, contredisant ainsi l’essence même de l’idée réformatrice de la prison et convertissant les prisons en espaces de consolidation du crime et des dérives.

78 ans, et la Nakba continue…
Par
Rami Rayess
Publié
mai 20, 2026 - 10:03

Commémorer la Nakba palestinienne comme un rituel annuel où l'on ravive le souvenir de la dépossession de cette terre à ses habitants originels et de sa colonisation par l'entité israélienne ne donne pas vraiment à entendre que la Nakba soit toujours en cours, alors qu'elle l'est bel et bien. Comme si ce peuple n'avait pas suffisamment souffert d'expulsion, de destruction et de défaites, voilà que les vérités se muent en questions qui semblent légitimes aux yeux de l'opinion publique alors qu'elles sont, dans leur fond, très éloignées de la réalité. Parmi ces questions fort en vogue dans les médias occidentaux — et où l'on tend un piège à tout invité qui oserait défendre le droit palestinien — figure celle-ci : « Reconnaissez-vous le droit d'Israël à exister ? » La rapporteuse spéciale pour les territoires palestiniens, Francesca Albanese, fut sans doute celle qui a traité ce point avec le plus d'acuité, en répondant : « Personne ne demande à l'Italie ou à l'Espagne, ni à aucun autre État du monde, de justifier son droit à l'existence ! »

Liban-Syrie : ouvrir une page nouvelle et lumineuse
Par
Rami Rayess
Publié
mai 11, 2026 - 19:22

Les relations libano-syriennes traversent de nouveaux tournants à la suite de l'importante visite qu'a effectuée le Premier ministre libanais Nawaf Salam à Damas, à la tête d'une délégation ministérielle, dans le but de consolider les liens bilatéraux entre les deux pays et de les porter vers une ère nouvelle, capable de dissiper les scories d'une période révolue où les problèmes mutuels s'étaient accumulés et la confiance anéantie, sous l'effet du rôle néfaste exercé par la tutelle syrienne sur le Liban pendant plus de trente ans. Il semble que le passage de la fraternité laborieuse aux espaces de coopération ait véritablement commencé, ce qui exige persévérance, détermination et constance de la part des deux directions, car le chemin vers la reconstruction des relations libano-syriennes est long sans pour autant être impossible, bien au contraire, il demeure faisable, à condition de s'appuyer sur les constantes des deux pays, en évitant aussi bien la rupture totale (l'expérience de 1950) que la tutelle absolue (1976-2005). Une chose est certaine : les deux parties ont un intérêt évident à s'engager dans cette voie inéluctable.

Pour colmater la fracture libanaise
Par
Rami Rayess
Publié
mai 5, 2026 - 08:48

À mesure que se creuse le discours de la haine et de la rancœur entre Libanais, les questions se bousculent sur ce qu’il serait réellement possible de faire pour colmater la fracture politique et médiatique qui s’enracine à travers les réseaux sociaux, désormais à la portée de tous et permettant à chaque citoyen d’exprimer son opinion (ce qui est en principe une bonne chose) sans exercer le minimum d’autocensure, si bien que les fanatismes communautaires et sectaires se déversent librement, sans aucun frein moral ni politique. Cette fissure sociale reflète la division verticale que traverse le pays, une division dangereuse qui touche aux grands choix stratégiques appelés à définir l’identité du Liban et son rôle régional pour l’avenir, et qui porte sur des questions aussi centrales que la manière d’affronter Israël et ses agressions continues contre le Liban, ainsi que la question du monopole des armes par l’État, en application de l’accord de Taëf en vertu duquel toutes les milices libanaises avaient remis leurs armes au début des années quatre-vingt-dix, à l’exception du Hezbollah, au nom de la « Résistance ».

Moyen-Orient: le feu et la poudre
Par
Rami Rayess
Publié
avr. 17, 2026 - 17:38

Les promesses politiques et électorales du président américain Donald Trump se sont évaporées, en particulier dans le domaine de la politique étrangère, et les grands titres rutilants sur la fin des guerres ont fait long feu, lui qui se vantait, dès son élection, de mettre un terme à «huit guerres», alors qu’il en a allumé deux en contrepartie, au Venezuela et en Iran, et menace sérieusement de faire de Cuba sa troisième étape. L’arrestation du président vénézuélien Nicolás Maduro s’est certes déroulée sans provoquer de réaction intérieure notable, le régime ayant lâché son propre chef pour composer avec pragmatisme face à la pression américaine, mais il en va tout autrement avec l’Iran.

Liban: quel après-guerre?
Par
Rami Rayess
Publié
avr. 3, 2026 - 20:33

Comment se présentera la situation du Liban et de la région au lendemain de la guerre américano-israélienne contre l'Iran ? Et qu'adviendra-t-il de la fracture libano-libanaise, qui s'est approfondie à des degrés sans précédent sous l'effet conjugué de ce conflit, de l'engagement du Hezbollah en son sein et des agressions israéliennes qui ne cessent de s'étendre sur le territoire libanais, alors que le nombre de victimes dépasse désormais le millier et s'accroît quotidiennement, d'heure en heure ? Du côté iranien, la survie du régime un mois environ après l'ouverture des hostilités constitue en soi un accomplissement, et c'est précisément ce que les partisans de ce qui se désignait autrefois sous le nom d'«axe de la résistance» nommeraient volontiers une «victoire». Cette appellation demeure bien sûr relative, car ce qui passe pour une victoire à l'aune des critères de cet axe représente un échec retentissant au regard du cours réel de la guerre. Un régime qui se maintient au pouvoir sur des ruines ne saurait se prévaloir d'une victoire, et l'Iran aura besoin de décennies entières pour se relever de l'effondrement dans lequel ce conflit dévastateur l'a précipité.

Le Liban pris en étau
Par
Rami Rayess
Publié
mars 25, 2026 - 06:04

En temps de guerre et de crise, la scène libanaise se divise entre ceux qui font remonter à la surface toutes les fractures et tous les contentieux pour les attiser et les aggraver, et ceux qui s'emploient à consolider un climat d'unité nationale permettant de traverser la période difficile, dans l'attente de jours plus calmes où il deviendrait possible d'aborder les grandes questions nationales. Il est certain que le moment n'est pas venu de s'enfoncer dans des dossiers aussi profonds et aussi chargés que la validité de l'accord de Taëf, la nature du régime politique ou l'abolition du confessionnalisme politique. La phase est celle de l'arrêt de la guerre, du pansement des blessures, de la recherche d'une sortie de l'impasse dans laquelle le pays s'est enlisé, impasse dont rien, pour l'instant, ne laisse présager qu'on en sortira facilement à court terme.

Un débat américain inédit: Israël, allié ou fardeau stratégique?
Par
Rami Rayess
Publié
mars 7, 2026 - 06:48

Avec l'éclatement de la seconde guerre israélo-américano-iranienne, les questions et les observations se pressent autour de ce conflit majeur qui ne manquera pas, sans le moindre doute, de reconfigurer le visage de la région et du monde, laissant derrière lui de profondes répercussions sur l'avenir du Moyen-Orient et la nature des équilibres politiques qui le traversent. Voici ce qui semble en constituer les observations les plus saillantes: — Il apparaît clairement que cette guerre a été mal préparée. En dépit de l'élimination du Guide suprême, du ministre de la Défense iranien et du commandement supérieur dès les premières heures, la chaîne de commandement et de contrôle en Iran se révèle décentralisée — comme en témoigne la persistance des salves de missiles tirées dans toutes les directions. L'incapacité des États-Unis et d'Israël à neutraliser la capacité de frappe en second de l'Iran (Second Strike Capability) confirme cette impression. Par ailleurs, le pari sur un soulèvement populaire en Iran a échoué et ne saurait constituer un facteur fiable. Il ne faut pas non plus ignorer que le combattant iranien procède d'une doctrine religieuse où le martyre n'est pas redouté, mais recherché comme une fin et un gain.

Entre effacement du droit et consécration de l'occupation: la cause palestinienne en péril

Le tournant périlleux que traverse la cause palestinienne est peut-être le plus critique depuis la Nakba de 1948, non seulement en raison de l'abolition du principe du droit à l'autodétermination du peuple palestinien, de la confiscation de ses terres et de l'établissement d'un autre État sur ces terres, mais aussi en raison de la nature du projet israélien, qui revêt un caractère colonial expansionniste et s'emploie à engloutir toujours davantage de territoires, effaçant par là la solution à deux États et empêchant l'émergence d'un État palestinien dans ses frontières minimales, c'est-à-dire les frontières de 1967.

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