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Zeina Ziadeh

Zeina Ziadeh

Une lettre après l'autre
Por
Zeina Ziadeh
Publicado
juil. 13, 2026 - 23:35

«Pourquoi as-tu cessé d’écrire?» Cette question, plusieurs personnes me l’ont récemment posée. J’ai pris mon téléphone et j’ai demandé à Michel: «Comment écrit-on avec la torpeur dans l’âme?» «Une lettre après l’autre», m’a-t-il répondu. Alors les lettres se sont mises à se disperser dans mon imagination. Je les voyais naître, puis refuser de devenir des mots. Elles s’accumulaient, sans jamais trouver leur place. Savez-vous combien de mots naissent d’une lettre après l’autre? En voici justement, en train de s’écrire et de se lire, à cet instant précis. Vous et moi faisons naître les mêmes mots. Seul le temps nous sépare. Ils naissent et meurent dans un même souffle. Entre celui qui écrit et celui qui lit, il n’y a peut-être que cet instant où tous deux se rencontrent dans un même mot.

Planches de salut
Por
Zeina Ziadeh
Publicado
mai 11, 2026 - 18:29

Entre Furn el-Chebbak et Monot, j’ai eu la chance de voir deux spectacles de théâtre en l’espace d’une semaine. Je n’analyserai rien ici et ne discuterai pas ce que j’ai vu. Je ne suis pas critique, et ce que j’ai traversé durant ces représentations m’appartient trop intimement. Mais quelque chose s’est éveillé en moi. Un désir impérieux de parler, pas pour juger, mais pour témoigner. Le théâtre. La lumière. La rencontre directe avec l’autre. L’autre qui se révèle devant moi dans son corps et sa voix, dans sa sueur et son souffle vivant. Et moi, j’y vais seule, comme si entre le théâtre et moi il existait un rendez-vous amoureux.

Au septième jour
Por
Zeina Ziadeh
Publicado
avr. 23, 2026 - 13:02

Au septième jour, nous reposons-nous ? Non. Nous attendons. Nous vivons toujours sur le seuil de l’attente. Nous feuilletons, à chaque instant de ces vingt-quatre heures, un article par-ci, une déclaration ou un tweet par-là, pour tracer les contours de notre journée. Ici, nulle feuille de route, sinon celle que tracent pour nous ceux qui ne parlent pas notre langue. Et nous, nous subissons. Nous subissons… et nous déconstruisons. Nous lisons entre les lignes bien plus que les lignes elles-mêmes. Nous analysons le silence, et nous doutons de tout ce qui semble naturel. Car le naturel n’est plus naturel.

Flash info: la guerre a commencé!
Por
Zeina Ziadeh
Publicado
mars 8, 2026 - 02:20

Rien de nouveau dans la formule. Mais, cette fois, son poids est différent — le rythme de sa cadence me troue de son vacarme. Nous nous appelons tous pour nous rassurer. Les réponses s'enchaînent comme un rituel quotidien: Nous allons bien, et vous? Bien! Comme si le mot était une incantation derrière laquelle on s'abrite. Ma mère — bien. Mon frère aîné et sa famille — bien. Mon frère cadet, dans sa destination du Golfe — bien. Ma sœur et sa famille, ici — bien. Ceux que mon cœur chérit et ceux que j'aime — bien. Bien! On l'écrit, on le répète jusqu'à ce qu'il s'émousse. Mes proches venus de France pour passer une semaine au pays des Cèdres — et parmi eux certains que nous rencontrions pour la première fois, les enfants surtout — repartent dans quelques heures.

Étrangère sur la Place
Por
Zeina Ziadeh
Publicado
mars 3, 2026 - 08:54

J'ai foulé la place de l'Étoile comme une fille revenue inspecter les traits d'un visage longtemps disparu derrière des cadenas rouillés, des barbelés et des décisions qui pesaient sur le cœur des gens. Je la visite pour la deuxième fois depuis qu'elle m'avait été fermée au visage — depuis qu'elle nous avait été fermée, à nous qui croyions jadis que les places étaient faites pour nous appartenir, et que les villes ne se barricadent que dans les vieux livres, quand les historiens écrivent sur des sièges ou des guerres. Pendant de longues années, la place de l'Étoile demeura un nom que nous prononcions avec précaution, que nous désignions comme on désigne une blessure qui n'a pas cicatrisé. Elle fut fermée par ceux qui croyaient posséder ses clés et les clés de ceux qui s'y trouvaient ; nos pas furent confisqués, et fut repoussée notre rencontre avec ses recoins qui connaissent le bruit de nos pas mieux que ne les connaissent les «gardiens».